Note de la traductrice le 29 novembre 2015 : bonjour tout le monde. Avant toute chose, je tenais à remercier Tralapapa qui a eu la gentillesse de relire mon travail et de corriger mes fautes. Merci à toi, tu as vraiment fait du bon boulot, et en plus tu m'as donné de bonnes idées. ;)
Je ne peux pas malheureusement pas répondre aux reviews aujourd'hui-même car n'ayant pas internet dans mon appartement étudiant, à l'heure où je publie ce chapitre, je suis dans une gare, enveloppée dans un châle en laine pour me protéger des courants d'air, et limitée par la batterie défectueuse de mon PC portable qui n'en finit plus de se vider (la grande classe ! ^^).
Cependant, je vous promets que demain, je répondrai à TOUS les messages que l'on m'a envoyés, sans faute. En attendant, je vous souhaite une bonne lecture.
EDIT du 30 novembre 2015 : voilà les réponses aux reviews.
RAR :
Vicki : bonjour, merci de ta review. Oui, lorsque j'ai publié ce chapitre, je n'étais pas encore consciente de la gravité des événements de la veille. Je suis contente d'avoir pu te changer les idées. Biz et bonne lecture
Guest : coucou, merci beaucoup de ta review, j'espère que la suite te plaira. Biz et bonne lecture.
j'aime beaucoup
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Sinful Seduction
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Chapitre 6 : Cœur
Au moment où j'ouvris les yeux, je ne pus reconnaître l'endroit où j'étais. Un bain d'eau tiède enveloppait mon corps tandis que je reposais contre un torse chaud et dur. Même si j'ignorais encore où je me trouvais, je devinai que j'étais dans une baignoire. Mais la baignoire de qui ? Telle était la question.
L'eau du bain était légèrement teintée de rouge. Je poussai un gémissement. Mon corps et ma bouche me faisaient souffrir. La dernière chose dont je me rappelais avant mon évanouissement était cet homme tentant de me violer. Mais était-ce vraiment arrivé ? J'ouvris brusquement les yeux et me redressai en même temps.
La fraîcheur de l'air mordit ma peau nue… nue. Je me retournai et le vis, assis là, l'air secoué. Il était nu, lui aussi. J'étais mortifiée. Comment mes vêtements s'étaient-ils envolés ? Que m'avait-il fait ? Il avait vu mon corps, m'avait vue moi dans mon état le plus vulnérable.
Je m'écartai vivement de lui, glissant vers l'autre bout de la baignoire et me couvrant avec mes mains. « Qu'est-ce que tu m'as fait ? » Lui demandai-je faiblement, trop effrayée pour le regarder dans les yeux.
Il ne me répondit pas immédiatement, ce qui m'inquiéta encore davantage. Mes yeux picotèrent. De toute évidence, il avait brisé sa parole. Il y avait du sang partout. Mon sang. « Du calme, tu es toujours budurwa, » me rassura-t-il. « Tu ne te souviens pas de ce qui s'est passé ? »
Il était tôt ce matin-là, mais dehors, le ciel était encore sombre. Mes cheveux humides étaient collés à mon visage tandis que je déployais tous mes efforts pour comprendre la situation. « Non, » lui révélai-je. « Je ne m'en souviens pas. Mais ce que j'aimerais savoir, c'est pourquoi je me retrouve toute nue dans cette baignoire avec toi. Et pourquoi tu es couvert de… de sang. »
Il se regarda. Il était vraiment couvert de sang. Grinçant des dents, il regarda ailleurs. « Tu es à moi, » gronda-t-il en me fusillant du coin de l'œil. « Je croyais avoir été clair, bon dieu. » Cela ne répondait toujours pas à ma question.
Je plissai des yeux. « Cela n'a rien à voir avec ça, » m'exclamai-je. « Rien du tout. »
« Mais si, » objecta Jacob en montant d'une octave. « Cela a tout à voir avec ça. » Sa voix était si forte qu'elle fit trembloter l'eau et trouva écho en moi et m'ébranla jusqu'aux os. Ses yeux brillaient de fureur, et je pouvais presque voir la vapeur s'échapper de ses oreilles.
Toujours dans l'eau, je me reculai. Je me sentais sur le point de pleurer, mais je refusai de me laisser voir en état de faiblesse. Je voulais être forte, mais ses yeux durs me clouaient sur place dans ma terreur. La faible lueur émanant des bougies vacilla. Il leva un bras et je vis une entaille qui fendait son tatouage tribal. Je haletai d'horreur et manquai de glisser.
Il inclina la tête pour désigner un linge étendu sur le sol à côté de la baignoire. Je fus d'abord perplexe, puis eus un haut-le-cœur en apercevant le sang qui maculait le tissu. « Que… qu'est-ce que c'est ? Ô dieux, Jacob, ne me dis pas que c'est lui. »
Jacob me regard droit dans les yeux d'un air à la fois farouche et insolent. « Si. »
Bien qu'horrifiée, j'aurais dû m'en douter. Finalement, les larmes coulèrent. C'était un barbare, aux manières bestiales et aux traditions sanguinaires. J'avais besoin de sortir – je ne voulais plus être là. « Comment as-tu pu faire ça ? »
Ses yeux s'agrandirent sous le choc. Il se pencha vers l'avant, les yeux brûlant de rage. « Tu ne te souviens de ce qu'il a essayé de te faire ? »
Ma mémoire me revint soudainement. Moi, pressée contre la porte de sa chambre la nuit dernière, suffocant sous la terreur. Lui, titubant dans le couloir comme un idiot. Lui, partout sur moi. Je baissai le regard, épouvantée.
Satisfait de ma réaction, il se cala de nouveau dans la baignoire et me considéra un instant. « Oui, je l'ai tué. Je lui ai arraché le cœur avec mon couteau et je l'ai enroulé dans ce drap pour toi – je voulais que tu le vois comme ça, dans cet état immonde. Et je le montrerai à tous mes gens, pour qu'ils sachent que ceci est le sort réservé à tous ceux qui s'approcheront de toi désormais. »
Cette déclaration me glaça. Je ne pus trouver les mots. Ma bouche s'ouvrit et se referma, pourtant rien n'en sortit. Son visage mua et exprima la peine. Il se passa la langue sur les lèvres et me flatta le genou. Je me dérobai hors de sa portée.
Jacob soupira, sa poitrine se soulevant et s'abaissant lentement. « Est-ce qu'il t'a blessée gravement ? » me demanda-t-il. Je haussai les épaules. Sa tête retomba et des mèches de cheveux lui tombèrent devant les yeux. « Je sais que c'est de ma faute. Je t'ai jetée à la porte juste pour sauter une fille. »
« Non, » le coupai-je. « C'est de ma faute. Je t'ai rejeté. »
« Et je me suis comporté comme un crétin bourré en insistant, » m'avoua-t-il en secouant la tête. « J'aurais dû t'écouter lorsque tu m'as dit que j'avais assez bu de vin. »
Je fixai du regard l'estafilade sur son bras plongé dans l'eau. Cela saignait encore. « Il t'a blessé, » murmurai-je.
Il eut un petit sourire arrogant. « Mais je l'ai tué. »
Il n'y avait pourtant pas de quoi rire. « Laisse-moi voir, » dis-je soudainement, oubliant ma nudité et ma peur. Le visage impassible mais les yeux curieux, il avança vers moi petit à petit, sans brusquerie. J'examinai la balafre. Elle était incurvée, comme si elle avait été infligée par un khépesh, un de leurs couteaux barbares. Je grimaçai. « Cela va s'infecter si on le ne traite pas rapidement, » expliquai-je.
Je levai les yeux et rencontrai les siens qui semblaient me brûler à travers la peau. « Tu es magnifique, » souffla-t-il. De sa main libre, il me caressa le visage et s'attarda sur ma joue, replaçant mes cheveux humides derrière mon oreille.
Le chant des criquets et des grenouilles s'était 'interrompu autour de nous, c'était le silence complet, brisé seulement par le feu crépitant dans la cheminée, et par deux cœurs qui battaient à l'unisson. « Je suis banale, » soufflai-je avec un pauvre sourire.
Il hocha la tête en signe de dénégation. « Non, » trancha-t-il. « Quiconque affirmera une chose pareille se verra arracher la langue. Ton père doit être un voleur audacieux, petite. Il a volé le feu du soleil pour allumer la flamme dans tes yeux. »
Je le regardai en rougissant. « Mon père n'était pas un voleur. Vous, votre Majesté, êtes leur roi. » Il me sourit d'un air suffisant, puis eut un mouvement de recul lorsque l'eau chaude lécha sa blessure.
Je lui jetai un regard. « Je devrais la panser maintenant, » affirmai-je. Il acquiesça et attendis que je sorte du bain. « Ferme les yeux. »
« Pourquoi ? » S'enquit-il. « Le corps des femmes n'a aucun secret pour moi, ni le tien non plus désormais. »
Une minute plus tôt, j'étais persuadée que mon visage n'aurait pas pu rougir davantage, mais il semblerait que je me sois trompée. Je savais qu'il avait raison. Alors je me levai juste devant lui et sortis de la baignoire. À son air surpris et rempli de désir, je devinai qu'il ne s'attendait pas à une telle réaction. J'attrapai une serviette avant qu'il ne pût profiter trop longtemps de la vue de mon corps nu.
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« Bon. Cela devrait aller, » dis-je en finissant de panser son bras. Il était assis sur le lit, épiant chacun de mes mouvements durant mes allées-venues dans la grande pièce. « Comment te sens-tu ? »
Il effectua quelques mouvements circulaires de son bras. « Raide, » conclut-il. « Mais est-ce que j'ai mal ? Ba. Non. Tu es une bonne guérisseuse. » Il tendit la main et m'attrapa par un pan de ma chemise de nuit. Il faisait encore nuit et j'étais encore fatiguée.
Jacob me tira pour me caler entre ses jambes tout en me pressant contre son torse massif. Même assis, il me dépassait largement en taille. Sa langue humecta vivement ses lèvres sèches. Je déglutis péniblement. J'aurais voulu chasser la concupiscence qui habitait son esprit en ce moment. « Tu veux que je… »
« Embrasse-moi, » me coupa-t-il abruptement, ses yeux plongeant au plus profond des miens. « Je t'ai protégée. J'ai défendu ton honneur. Je mérite un baiser. »
C'était parfaitement vrai. De ma vie, je n'avais échangé de baisers qu'avec un seul homme, et c'était le jeune Lord Edward : rien qu'un effleurement des lèvres avant que je ne m'enfuisse, pleine d'allégresse. « Alors… ce serait ta récompense pour avoir sauvé ta dame, » le questionnai-je doucement.
Il sourit et resserra son étreinte autour de moi. « Ainsi, tu as compris que tu es à moi, » constata-t-il joyeusement. « Ça me plaît. Énormément. » Sa main large glissa par-dessus ma chemise de nuit, effleurant mon dos et ma nuque, sa chaleur se diffusant dans tous mes vertèbres.
Ses doigts s'enroulèrent autour de mon cou et me tirèrent lentement vers l'avant. J'étais nerveuse, mais prête. Je pouvais m'estimer chanceuse de ne pas avoir couché avec lui jusqu'à maintenant. M'embrasser était sans doute la priorité numéro un sur sa liste depuis un bon bout de temps.
Lorsque mes lèvres touchèrent celles de Jacob, je pus sentir la chaleur, la passion et le désir qui jaillissaient de lui, avant de m'imprégner moi. Au moment où il me pressa contre sa poitrine, je pus sentir son cœur battre plus fort dans sa poitrine en harmonie avec le mien. Avec ses dents, il me fit ouvrir la bouche, mordillant tendrement ma lèvre inférieure, puis sa langue envahit ma bouche, goûtant ma saveur.
Et je fis la dernière chose à laquelle je m'attendais. Je gémis bruyamment la façon dont sa langue caressait la mienne réveilla le désir en moi, qui s'épanouit comme une fleur au printemps. Au son de ce gémissement, il répondit en approfondissant le baiser au-delà de ce que je croyais possible, descendit ses mains dans mon dos et me serra encore plus fort contre lui.
Attrapant l'intérieur de ma cuisse, il passa ma jambe autour de sa hanche, puis répéta la manœuvre avec l'autre. J'eus alors une réaction surprenante : j'enroulai mes pieds derrière son dos et me rapprochai encore de lui. Ses mains brûlantes glissèrent de mes genoux jusqu'à l'intérieur de mes cuisses, caressant ma peau fine et ivoirienne.
Quand il me prit là dans le creux de sa main, je sursautai et tentai de repousser sa main de ce lieu défendu. Mais au même instant, ses doigts s'activèrent, déclenchant des sensations nouvelles et extraordinaires, auxquelles il me fut impossible de résister. « Oui, » susurra-t-il. « Ô, soyayya. Laisse-toi aller pour moi. Laisse-toi aller à ce que tu désires. »
J'enfouis mon visage dans son épaule tandis qu'il parsemait tendrement mon cou de baisers, et me touchait à cet endroit spécial qui me donnait tant de plaisir. « Oh, mais qu'est-ce que c'est ? » marmonnai-je, les lèvres écrasée contre son épaule large et musclée.
Il lâcha un petit rire velouté de sa voix basse de baryton, qui résonna comme de la musique à mes oreilles. « C'est ta passion, le désir que tu as gardé égoïstement caché, loin de moi, bien trop longtemps, » répondit-il.
Je voulus l'embrasser encore. Le vin dont j'avais abusé avant d'aller au lit commençait à faire effet. La tête me tournait sous l'effet du désir et de la passion alors qu'en temps normal, j'aurais déjà pris la fuite à l'autre coin de la chambre. Je relevai la tête et, avant même d'avoir formulé ma requête, ses lèvres étaient sur les miennes, les suçotant avec tendresse et les entraînant dans un ballet sensuel. Mes entrailles tournèrent en gelée presque sur-le-champ.
Je rompis le baiser, un filament de salive reliant nos lèvres gonflées. Mes paupières étaient lourdes, sa respiration était laborieuse. « Laisse-moi te finir. »
Je secouai la tête, clignant lentement des yeux. « J-je ne comprends pas ce que tu veux dire. »
Il me donna un autre baiser. « Alors je serai ton mentor. » Il tendit la main pour toucher ma bouche. « Lèvres. Lebe. » Puis il m'embrassa juste au-dessus des seins. « Seins. Kiraza. »
« Lebe, » répétai-je. « Kiraza. »
Alors, vif comme l'éclair, il me toucha de nouveau là. Ce fut comme si je chutai d'une falaise invisible, mon cri s'étouffa contre son épaule. « Plaisir, » haleta-t-il d'une voix rauque. « Dadi. »
« Dadi, » chuchotai-je. « Dadi. Tu m'as touché. Personne ne m'a jamais touché ainsi. »
Il me berça dans ses bras. « Il y a bien d'autres façons dont on ne t'a jamais touchée, budurwa. Mais tiens-toi prête petite, car je suis connu pour mes qualités au lit. Je m'occuperai bien de toi. »
Je le regardai droit dans les yeux. Et pour la première fois, je vis autre chose qu'un roi barbare et vil qui volait, tuait et violait. Je vis un mentor, un ami, un frère… un amant. « J'ai confiance en toi, » déclarai-je. Et je le pensai vraiment.
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Assis devant le feu, nous sirotions un verre de vin. Un vent froid nocturne soufflait dans la chambre, passant par la fenêtre ouverte, de sorte que la chaleur du feu émise par la cheminée de pierres était agréable pour nous deux. Lui était assis dans son fauteuil et moi par terre, dos au mur.
Sa silhouette splendide scintillait sous la lumière du feu, étirant des ombres sur les angles bien dessinés de son visage. « Raconte-moi une histoire, » le priai-je. Je me sentais bien le chant nocturne des criquets m'apaisait et me détendait. Je ne pensais plus à l'incident qui m'était arrivé quelques heures plus tôt.
Il porta la coupe à ses lèvres et but une gorgée. J'observai sa pomme d'Adam saillir au fur et à mesure que le liquide coulait dans sa gorge. « Qu'est-ce que tu veux savoir ? »
« Je ne sais pas, » dis-je voix basse en haussant les épaules. « N'importe quoi en fait. Quelque chose pour passer le temps. Je ne pense pas avoir envie de dormir tout de suite. »
Il se cala contre les fourrures de son siège. « Très bien. Je vais te raconter l'histoire de ma famille. » Il alluma sa pipe et la glissa entre ses lèvres. Ramenant mes genoux contre ma poitrine, je posai ma joue dessus. « J'ai eu trois autres frère et sœur. Coyote de Fer, puis mes sœurs jumelles, Corbeau la Douce et Lionne des Neiges. C'est moi qui suis le plus jeune. »
J'écoutai attentivement, penchant la tête avec intérêt. « J'ignorais que tu avais des sœurs. »
Il s'appuya sur l'accoudoir de son fauteuil. « Lionne des Neiges, ou Rachel, de son nom commun, est l'épouse de Trois Chevaux, que tu connais déjà. Ils ont une famille et Lionne des Neiges est sous le nom de son mari maintenant. Corbeau la Douce, ou Rachel, est morte quand j'avais cinq ans, et elle en avait sept. Possible que ç'ait été à cause d'une maladie banale qui a empiré et causé sa mort. »
Je me mordis la lèvre et baissai légèrement la tête. « Je suis désolée. »
Il haussa les épaules. « Ma mère est morte de la même façon quand j'avais sept ans, Lionne des Neiges, la seule sœur qui me restait, en avait neuf et Coyote de Fer, douze. C'était il y a treize ans. Mon père ne nous a pas élevé. On a été confié à des servantes de la maison, mais c'était mon père qui se chargeait des punitions. Il nous fouettait chaque fois qu'on faisait quelque chose de mal. Quand c'était mon frère, il était assis là et vagissait comme un enfant qu'on égorge. Quant moi, je me tenais là et encaissais remarquablement bien pour un jeune garçon, alors que j'avais cinq ans de moins que mon frère. Mon père l'a remarqué. »
Je levai la tête le contemplais dans la pénombre, admirant les ombres dansantes sur sa peau projetées par le feu. C'était un spectacle à couper le souffle. « Tu as beaucoup de cicatrices dans ton dos, » remarquai-je. « Étais-tu souvent puni ? »
Il hocha la tête, tirant de sa pipe une longue bouffée, puis la fumée s'échappa de ses lèvres avant de retomber gracieusement comme une cascade vaporeuse. « Je le méritais le plus souvent. Je volais dans les cuisines, me bagarrais avec les autres gosses et cassais des objets de valeurs. »
Je ne pus réprimer mon rire. « Mais n'est-ce pas ce que l'on vous apprend ? » L'interrogeai-je. « C'est ce que vous faîtes : vous volez, vous vous battez et vous semez la destruction. Je ne comprends pas pourquoi ton père te punissait pour cela. »
Il me regarda dans les yeux, les lèvres retroussées. « Je tripotais des objets qui, je suppose, avait déjà été légitimement volés. J'étais vraiment infernal quand j'étais petit. Mon père admirait mes aptitudes au combat la plupart du temps, mais le jour où j'ai failli tuer le fils du boucher pour avoir frappé ma petite amie de huit ans, il m'a presque cassé en deux. »
J'en fus bouche bée. « Et bien ! Comment as-tu fait pour manquer de le tuer ? »
Il ferma les yeux pendant quelques instants, comme pour essayer de raviver les souvenir de cette journée particulière. « D'abord, je l'ai étranglé. Ensuite, j'ai sorti mon nouveau khépesh, que mon père m'avait donné à mon huitième anniversaire pour m'entraîner, et je lui ai fait une longue entaille dans le bras. J'étais sur le point de lui trancher la gorge quand le père du garçon, le boucher, est intervenu et m'a chassé avec une brochette chauffé à blanc avant que je puisse donner le coup de grâce. J'ai écopé de trente coups de fouets la nuit après que le boucher est venu se plaindre. Mon père était fou de rage. »
À la fin de son histoire, je me surpris à me mordre les doigts. « Cette petite fille, tu la connais encore ? »
« J'étais amoureux d'elle autrefois, » me confia-t-il. « Plume Blanche était son nom. Nous sommes restés ensemble jusqu'à notre quinzième été. Elle a épousé quelqu'un d'autre contre ma volonté. Je voulais qu'elle reste avec moi et j'aurais pu l'épouser. Mais son père l'avait déjà vendue. Son mari la battait quand elle n'allait pas bien et n'avait aucun amour pour elle. Quand elle est tombée enceinte, il la battait sous prétexte qu'elle ne remuait pas assez vite, qu'elle n'était plus jolie à son goût et qu'elle empestait la salle d'eau en vomissant presque tous les matins, si bien qu'à la fin, elle n'a pas survécu à son accouchement et son enfant non plus. »
Je sentis des larmes perler au coin de mes yeux. Je me rendis compte que cela devait le tuer de parler d'elle. « Et son mari ? »
« Je voulais le tuer, » cracha-t-il. « Mais c'était impossible. Parce que c'était mon frère. »
Choquée, je me braquai vers l'arrière. « Ton frère a épousé ton premier amour ? » Lui demandai-je avec consternation. Il acquiesça. Je suçotai et mordillai doucement ma lèvre inférieure. Je ne pouvais qu'imaginer sa souffrance.
« Et, » commença-t-il en reposant la petite coupe de vin sur la table en bois à côté de son fauteuil. « Voilà pourquoi je ne veux te voir nulle part près de mon frère. Si tu l'aperçois, tourne-lui le dos et viens à mes côtés. Il n'oserait jamais te blesser en ma présence. Je refuse de te perdre aussi, Griffe de Tigre. »
Je plissai les yeux. « Pourtant je ne suis qu'une putain à tes yeux. Tu ne m'aimes pas. »
Il ouvrit et referma la bouche comme un poisson hors de l'eau. « J-je… euh, et bien. Je me sens très… je ressens le besoin très fort de te protéger. Aucune idée de pourquoi. Mais c'est comme ça. »
Je soupirai et me renversai en arrière contre le mur. « Donc je ne suis pas différente des autres prostituées du harem, comme Rosalie ou… peut-être Athenodora ? » Je le vis déglutir et s'enfoncer dans son siège. J'eus un sourire narquois. « Tu avais l'air de beaucoup apprécié Athenodora cette nuit. »
Malgré la pénombre de l'aube, je pus voir ses joues virer au cramoisi. « Je t'ai dit que j'étais désolé, » répliqua-t-il sèchement. « Je n'aurais pas dû faire ça. Mais justement, tu n'es pas comme les autres putains. Je t'ai déjà dit que tu étais un défi à toi toute seule. Les autres, c'est juste pour le sexe. Ce que j'ai vécu avec Plume Blanche c'était… de l'amour, je pense. Un bête amour de jeunesse. »
J'étirai mes jambes sur le sol frais. « Et avec moi… c'est juste le désir de la chair ? » Demandai-je.
Jacob me regarda sans me voir, absorbé par ses pensées. Il paraissait avoir un débat mental. « Avec toi, Griffe de Tigre ? » Il se racla la gorge. « Les deux. Je te désire, mais je veux aussi te garder en sécurité… dans mes bras. C'est là ta vraie place. »
J'étais surprise par ce que j'entendais – ma vraie place était dans ses bras, il voulait me protéger, il me voulait. « Ce n'est pas vrai… »
Il m'interrompit avant que je pusse aller plus loin. « Bien sûr que si. »
Je regardai mes pieds nus, mes jambes voilées par ma chemise de coton blanc. Je ne relevai pas les yeux lorsque je lui répondis, brisant le silence de mort qui s'était abattu. « Tu as tué un homme pour moi. Je n'aurais jamais cru… »
Il secoua la tête, ses cheveux lui retombant devant les yeux, doux, humides et relâchés, retombant en cascade sur sa poitrine et atteignant presque ses hanches. Des mèches noires recouvrirent la moitié de son visage et je ne pus voir que ses yeux magnifiques qui me regardaient intensément. « Ah ça, je m'en doute bien, » dit-il avec sarcasme. « Je suis le roi des barbares. De tous ces enfoirés, c'est moi le pire. »
Je demeurai coite, alors que la bise sifflait à travers la fenêtre, soulevant légèrement ma chemise de nuit. « Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, » rectifiai-je. « Tu as eu une enfance difficile. »
Il reluqua chacun de mes mouvements tandis que je m'avançai vers le comptoir pour me servir un verre de vin. Jacob attendit je versai le liquide rouge dans ma coupe. « Une faiblesse, » grommela-t-il. « Tu es une faiblesse. Je ne peux pas te dire non. Si tu étais quelqu'un d'autre, je t'aurais déjà démolie depuis longtemps. Dis-moi un peu – pourquoi es-tu si séduisante? »
Je bus une gorgée de vin. « À toi de me le dire, » rétorquai-je. « Je ne me séduis pas. »
Il eut un sourire moqueur et me fit un clin d'œil. « Tout n'est que flammes chez toi. D'ordinaire, le feu ne se balance pas très bien avec le feu, mais pour nous, je pense qu'on pourra s'en sortir. Nos flammes vont se répandre. »
Je rougis, sentant mes joues cuire. Je portai la coupe à mes lèvres et engloutis le reste. Puis je me dépêchai de me resservir.
« Viens t'assoir, » m'invita-t-il en tapotant sur ses genoux. « Viens me réchauffer de ton feu. »
Je pris ma coupe. J'hésitai à m'assoir sur ses genoux. « Je vais bien, vraiment… »
« Assied-toi, ou c'est moi qui m'en charge. »
Je tentai de m'assoir sur le bout de ses genoux. Mais ses bras volumineux s'enroulèrent presque instantanément autour de mon torse, et il me tira rudement vers lui. Je m'étranglai presque en buvant mon vin, alors que mes jambes et mes bras battaient l'air. Par chance, je n'en renversai point.
Je sentis ses lèvres contre mon oreille, suçotant mon lobe avec sensualité. Malgré la chaleur de sa peau et sa douce odeur de pin, je me sentais mal-à-l'aise. « Petite diablesse, » me fredonna-t-il à l'oreille, sa voix grave m'envoyant des frissons de la tête aux pieds. « À peine on t'approche, tu te dérobes déjà. Tu me rends fou. »
Il m'embrassa dans le cou et je sifflai de douleur, reculant pour éloigner le point sensible. « Je t'ai fait mal ? » S'enquit-il. Je pointai du doigt les hématomes en forme de main sur mon cou.
« Non, ton frère. Il m'a étranglée durement, tu te souviens ? »
Jacob grimaça et se pencha en avant, repoussant mes cheveux pour examiner les bleus. « Ça guérit. Mais ce n'est pas encore complètement parti. » Il déposa un baiser dans mon cou, et ses lèvres se firent plus douces cette fois-ci. Il décida que ce n'était pas suffisant pour lui car il me fit rudement pivoter pour m'obliger à lui faire face, puis ses lèvres capturèrent sur les miennes.
Je m'étranglai, les yeux arrondis comme des soucoupes. Je ne m'étais pas vraiment attendu à cela. Lorsque je m'écartai de lui, ses yeux étaient à moitié fermés et ses lèvres gonflées. Il me dépassait, son menton écrasait pratiquement ma tête.
Je posai ma main sur sa poitrine pour le repousser tout en me repositionnant sur ses genoux. « Cœur pour cœur, » murmurai-je, clignant des yeux dans la lumière orangée du foyer. « Est-ce là le jeu du roi ? »
Il haussa les épaules. « On devrait peut-être dormir maintenant. » Il me reprit la coupe des mains et la posa sur la table. Ensuite il me souleva de ses genoux et m'installa dans le lit, allongeant son grand corps tout près du mien.
Je m'étalais sur l'oreiller, les cheveux dans les yeux. Le feu brûlait toujours. Jacob ôta son pagne se mit au lit, complètement nu. Il resta de l'autre côté du lit, me touchant seulement de ses mains tendres et râpées, ses doigts calleux effleurant mes joues.
Je tournai légèrement la tête et le regardai. « Bonne nuit, » marmonnai-je. Il hocha la tête et roula sur le côté.
Mes yeux se fermaient tous seuls, quand je l'entendis parler encore. « A zuciya ga zuciya, » chuchota-t-il de sa voix grave et rocailleuse. Mes yeux se rouvrirent lentement, suivis par un sourire doux comme le miel qui s'étira lentement sur mon visage.
Je n'eus même pas besoin de lui demander ce qu'il avait voulu dire.
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Dictionnaire Haoussan :
Soyayya : amour
Ba : non
A zuciya ga zuciya : cœur pour cœur
