Note de la traductrice : bonjour tout le monde, en tout premier lieu, je tiens à m'excuser pour ce retard. Pour le coup, c'est entièrement de ma faute, je n'ai pas su gérer mon emploi du temps : j'ai été en déplacement à l'étranger toute la semaine et donc j'ai été coupée des ordis pendant un moment. J'espère malgré tout que vous allez bien et que vous n'êtes pas trop fatigués avec tous les préparatifs pour les fêtes de fin d'année qui avancent à grands pas.

Je remercie encore une fois Tralapapa pour sa patience et son travail de relecture qui m'aident énormément.

Après un chapitre plutôt sanglant, on attaque une partie vraiment intéressante où Jacob va s'énerver pour de bon et révéler enfin son attachement à Isabella de manière… spectaculaire. Mais inutile de trop vous en dire car vous découvrirez tout cela en temps et en heure. Je vous souhaite donc une bonne lecture, en m'excusant encore pour ce retard exceptionnel.

EDIT : oh là, là. Décidément, rien ne va plus. Voilà que je me rends compte que je me suis plantée en publiant le nouveau chapitre. Honte à moi ! Voici donc le VRAI chapitre 7. Mille excuses pour le dérangement et la déception occasionnées.

Réponse aux reviews :

Moofly : bonjour, merci beaucoup de ta gentille review très encourageante. Je suis contente que mon style te plaise, même si je ne fais que traduire. ^^ En tous cas, ça va beaucoup mieux, merci. Bises et bonne lecture.

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Sinful Seduction

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Chapitre 7 : Revendication

À mon réveil, il dormait encore. Je me penchai légèrement vers lui pour le contempler dans son sommeil. Sa poitrine se soulevait et s'abaissait doucement, sa respiration était lente et laborieuse.

Soudain, sa main surgit de dessous les couvertures et se verrouilla autour de mon cou. Je suffoquai, les yeux exorbités. À cette heure de la matinée, il faisait encore trop sombre pour qu'il pût voir mon visage. Ses yeux jetaient des éclairs dans la pénombre, mais dès que ma main rencontra sa joue tiède, il comprit qui il était en train d'étrangler.

Jacob me libéra, manifestement dégoûté de ce qu'il venait de faire. Je m'effondrai sur le lit et toussai, plaquant mes mains sur mon cou. « Bordel, » jura-t-il. « Je suis désolé, vraiment désolé. »

Les sourcils froncés, je le regardai à travers mes mèches de cheveux qui formaient un rideau devant mes yeux. Mais quand je vis son air angoissé, je me radoucis. « Non, c'est de ma faute. Je t'ai troublé dans ton sommeil. »

Il s'assit et tendit le bras vers moi. Je tressaillis inconsciemment lorsqu'il me toucha, retournant le couteau dans la plaie. Il se recula, le visage encadré par ses longs cheveux noirs. « Je dois toujours être en alerte. Je ne peux pas savoir si c'est quelqu'un qui tente de me tuer. »

Je hochai la tête, tentant d'inspirer de l'air à travers mes canaux presque broyés. « Ça va, je vais bien. C'est juste que… je ne savais pas. »

Il se renfrogna et essuya son front de sa main moite. Aujourd'hui, je m'étais déjà habillée d'une robe vert émeraude. La soie laissait mon dos dénudé et drapait souplement ma poitrine et mes jambes. L'ensemble était magnifique. Comme parure, j'avais choisi également un collier rehaussé d'émeraudes.

Jacob me lança un regard et se gratta l'arrière de la tête. « Ça fait des années que je ne l'ai pas revue, celle-là. » Comme il vit que j'étais intrigué, il développa : « C'était une des robes préférées de Corbeau la Douce. »

Je haletai et agrippai le tissu. « Oh, je l'ignorais complètement ! Je vais l'enlever tout de sui… »

« Garde-la, » me coupa-t-il en levant la main. Puis il sourit. « Je trouve qu'elle te va mieux, de toutes façons. »

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J'entrai dans la salle à manger, jetant du coin de l'œil un regard interrogateur à Jacob, auquel il me répondit par un hochement de tête affirmatif. Il portait un pagne brun, tissé de fils verts. Il avança à grands pas, et toute la tablée se leva sur son passage, applaudissant le roi. Arborant un grand sourire, il leva les mains pour répondre au salut.

Puis il me fit signe de le suivre. Je me glissai lentement derrière lui, gardant la tête et les épaules baissées. Jacob me jeta un regard fulgurant et je me redressai instantanément. Il n'aimait pas quand je me comportais comme une petite fille apeurée.

Je redressai les épaules et le menton. Les hommes m'adressèrent quelques regards avant de rebaisser les yeux dans leur assiette. Comme je ne me sentais pas de m'assoir de nouveau sur les genoux de Coyote de Fer, je restai le plus près possible de Jacob.

Il désigna de la tête une chaise juste à sa droite, avant de jeter un regard assassin à l'homme assis à côté de lui. « Bouge. » L'homme prit son assiette et fila au plus vite comme s'il avait vu un fantôme.

Je pris le siège alors qu'il posait à ma gauche une assiette remplie de pommes-de-terre frites aux oignons, d'œufs et ce qui semblait être des saucisses de grizzli grillées, puis un verre rempli à ras-bord de lait de chèvre. « C'était cruel, » lui dis-je.

Jacob me jeta un regard torve en mâchouillant le bout de la cordelette d'une saucisse. « Tu t'assoir t'assois , oui ou non ? » Répliqua-t-il un peu grossièrement. Je ne pipai pas et regardai l'assiette. Il y avait de la nourriture en abondance, et j'étais affamée.

« Où sont les fourchettes ? » L'interrogeai-je. Il fit un geste en direction de l'assiette, attrapa un morceau de pomme-de-terre avec les doigts et la fourra dans sa bouche. L'air maussade, je posai le bout des doigts sur la nourriture et me brûlai. C'était trop chaud. Je glapis et éloignai mes doigts en un éclair. L'instant d'après, je ronchonnai sans vraiment m'adresser à qui que ce soit en particulier. « De tous les objets que volez, vous ne pouviez ramener une seule fourchette ? »

Il m'entendit et lâcha un rire qui ressemblait à un aboiement. Ses lèvres s'étirèrent, et il secoua la tête. « Tout feu, tout flammes, » murmura-t-il. « Tsarki wuta. » Là-dessus, il se tourna vers Boit à la Cascade, assis juste à côté de lui. « Shin ba ta wani abu abu ? » (Le feu à l'état pur. Que pouvait-elle être d'autre ?)

Boit à la Cascade eut un petit rire grave et hocha la tête. « Ta na kamar wuta daga farko. Angelina bã kõme ba ne irin ta. Ita shiru da kuma jin kunya, amma tana da fasaha a dakin kwana. » (Elle est le feu depuis le début. Angelina est complètement différente. Elle est tranquille et timide, mais elle est douée au lit.)

Il hocha la tête et rit bruyamment. « Haka ne, dole ne ka son mace wanda ya san yadda za su gama da ku. » (Oui, une femme qui sait comment te finir, tu dois l'apprécier.)

Boit à la Cascade eut un grand sourire satisfait et acquiesça. « Ta na da hanyoyin da karuwa, amma ba zan iya ganin ta ba a matsayin karami kasancewarsa ya fi I. » Il attrapa un œuf entre ses doigts et le goba. « Babu karuwa da mine ya taka bi da yadda mutum ke girmamawa a matsayin ta ba ni. Ina sha'awan cewa… don haka sai na bi ta da kyau a samu. » (Elle est douée et entraînée comme une prostituée, mais je ne peux pas la considérer comme un être inférieur à moi. Aucune pute ne m'a jamais traité avec autant de respect qu'elle. Je l'admire pour cela… alors en retour, je la traite bien.)

Jacob hocha paisiblement la tête. « Tiger kambori ne wuta, amma ta amuses da ni kwarai. » Il me regarda et gloussa. « Ta na da ta'aziyya zuwa da kewaye. » (Griffe de Tigre a un tempérament de feu, mais elle m'amuse beaucoup. C'est un plaisir de l'avoir auprès de moi.)

Je n'avais pas la moindre idée de ce qu'ils racontaient, mais je savais que Boit à la Cascade parlait d'Angelina. Jacob se retourna vers moi et toisa mon assiette remplie. Je lui rendis son regard. « Mange, » m'ordonna-t-il fermement. Je retournai à mon assiette et pris une pomme-de-terre.

La seconde d'après, je m'étouffai sur ma pomme-de-terre en sentant ses doigts remonter le long de ma cuisse. Il me jeta un regard particulier, m'intimant de me tenir tranquille et de ne pas faire de bruit. J'étais terrifiée à l'idée de le fâcher si je n'obéissais pas mais moi non plus je ne voulais pas faire une scène.

Je pris mon verre d'une main tremblante tandis que Jacob rapprochait sa chaise de la mienne. Ses mains formaient un contact brûlant sur ma peau c'était comme si elles avaient rôti sur un plateau fumant pendant des heures. Je m'étranglai sur mon lait de chèvre quand un doigt long se faufila entre mes replis. J'émis un petit couinement en reposant mon verre un peu fort sur la table et en resserrant mes cuisses étroitement l'une contre l'autre.

C'était une réaction que j'avais lorsqu'on me touchait. Mais en se refermant, mes cuisses avaient pris sa main au piège juste là, près de ma chaleur. Ses yeux s'écarquillèrent, puis se recouvrirent d'un voile de luxure, alors qu'un sourire se dessinait lentement sur ses lèvres. Boit à la Cascade lui jeta un regard curieux avant de le diriger vers moi.

Je fis de mon mieux pour garder un visage impassible. Mais lorsque son doigt se glissa plus haut, je perdis le contrôle. Mon visage devint écarlate et ma tête retomba un peu, tandis que je fermais les yeux en pressant fortement les paupières. Jacob était tout à fait calme, comme tout le monde autour de la table. Personne n'avait remarqué ce qu'il se passait. Je resserrais encore les cuisses lorsqu'il essaya d'introduire un doigt en moi.

Bougeant abruptement le bras, il ouvrit mes cuisses de force de sa main, et son doigt me pénétra, parfaitement recourbé, avant de caresser mon point sensible. Je poussai gémissement assez audible et me levai brusquement. Aussitôt après, je fus terrifiée par mon geste. Toute la tablée me regardait. Jacob avait le visage très rouge – il riait. Il porta son doigt à sa bouche et le suçota délicatement.

Je détournai les yeux avant que mon embarras ne devînt trop grand, puis eus un faible sourire humble. « Je me suis renversé un peu de lait sur les genoux, » déclarai-je devant une table entière d'au moins soixante hommes.

Jacob se redressa légèrement sur sa chaise puis attrapa un morceau viande de son assiette qu'il engloutit d'une bouchée. « Ta ya zubar da madara, » traduisit-il pour moi. Ils hochèrent tous la tête et retournèrent à leur repas. J'étais humiliée par ma réaction à son manège diabolique. Oser me faire cela en plein petit-déjeuner, le comble du vice.

Après avoir fini de manger, je m'éloignai dans la direction opposée pour sortir de la salle. J'entendis Jacob m'appeler pour m'ordonner de l'attendre, mais je l'ignorai. J'avais parcouru la moitié du chemin dans le couloir de l'aile ouest quand une main s'abattit lourdement sur mon épaule.

« Je croyais t'avoir dit d'attendre! » Grogna-t-il.

Je croisai les bras. « Qu'est-ce qui t'a pris de me toucher ce matin ? Tu m'as complètement ridiculisée devant tes meilleurs guerriers. »

« Non, » objecta-t-il. « Tu t'es ridiculisée toute seule. Une femme qui ne sait pas dissimuler sa jouissance aura la réputation d'une femme inexpérimentée. Mais heureusement pour toi, soyayya, j'ai prévu d'arranger ça. »

Bouche bée, je bredouillai : « Tu es vraiment un barbare ! »

Il éclata de rire. Je ne m'étais pas rendu compte que le terme que j'avais employé pour l'insulter n'était en fait rien d'autre que ce qu'il était. « Oui. Et même leur roi, au cas où tu ne l'aurais pas encore remarqué. » Ses cheveux se balancèrent sur ses épaules lorsqu'il se pencha vers l'avant pour frotter son nez contre ma joue. « Mais je sais exactement comment te faire jouir comme un dieu. »

Je fermais étroitement les yeux et inspirai profondément par le nez. « Je suis absolument mortifiée… »

« J'ai besoin qu'on me tresse les cheveux, » lâcha-t-il à brûle-pourpoint en me coupant dans ma diatribe. « Je ne vais pas te demander à toi comme tu es déjà pas mal excitée. Je demanderai à une des autres filles de le faire pour moi. »

Il me donna un baiser rapide sur la joue.

Et me laissa sur les charbons ardents.

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Assise dans un coin du harem, je boudais, les bras croisées contre ma poitrine. Quand il m'avait dit qu'il demanderait à une des autres filles de lui tresser les cheveux, il ne plaisantait pas et il ne parlait pas des servantes, non, mais des prostituées.

L'une d'entre elles était assise sur ses genoux, parsemant son cou de tendres baisers tandis qu'une autre lui tendait des grappes de raisins verts qui trempaient dans du vin, et une troisième l'éventait avec une grande feuille pour lui fournir un peu d'air frais avec son bain chaud. C'était Rosalie qui lui tressait les cheveux. Inutile de le préciser, j'étais jalouse.

Allongée sur son vieux lit de camp, Angelina tressait ses propres cheveux d'un air absent en contemplant un dessin représentant un barbare. Pour me débarrasser du spectacle de Jacob prenant du bon temps ses dames ?, je me levai de la couchette d'Alice et marchai vers mon amie.

Elle leva les yeux en me voyant m'assoir et m'adressa un sourire lumineux. « Isabella, » me salua-t-elle. « J'ai l'impression que cela fait des siècles que nous ne nous sommes plus parlés. Est-ce que tu arrives à gérer ta situation ? »

Je coulai un regard en direction de Jacob. Clair se trémoussait lascivement devant Jacob, dévoilant ses fesses devant lui. Il tendit le bras pour la peloter. Elle se cambra presque instantanément, lui décochant un regard à travers le rideau de ses cheveux noirs.

« Ça va, » soufflai-je avec humeur. Angelina sourit faiblement et hocha la tête, lâchant sa tresse qui retomba sur ses épaules. « Et comment ça va avec Boit à la Cascade ? »

« Qui ? »

Je lui jetai un regard perplexe. « Ton maître, » précisai-je.

« Oh ! » S'exclama-t-elle. « J'ai failli ne pas reconnaître le nom. Je ne l'appelle plus Boit à la Cascade. Il m'a accordé le privilège de l'appeler par son nom commun, Embry. C'est plus facile à dire pour moi. Surtout quand nous faisons l'amour. » Angelina gloussa à cette dernière phrase. Je me retins de rouler les yeux.

Je ne pus m'empêcher de glisser un regard en coulisse vers Jacob. Je pris conscience qu'il n'avait pas souri une seule fois avec ces filles. Sulpicia lui offrit une boule de raisin. Il prit entre ses dents et le roula sensuellement avec sa langue dans sa bouche. Sulpicia papillonna des yeux et sourit de façon séductrice.

Je me retournai vers Angelina, encore plus fâchée qu'auparavant. Je pris la feuille de papyrus sur son lit et étudiai les lignes tracées au fusain. C'est le portrait craché de Boit à la Cascade. Je levai les yeux. Elle me rendit mon regard en se mordillant la lèvre. « Est-ce toi qui as dessiné cela ? » Lui demandai-je.

Elle hocha brièvement la tête. « Ça te plaît ? J'ai l'ai dessiné pendant que je me trouvais dans sa chambre. Il buvait son vin en silence, alors j'ai profité du temps qui me restait. Il est tellement beau, Isabella. Je n'ai pas pu résister. »

Les traits de fusain avaient capté la ligne de ses pommettes hautes et la douceur de ses yeux chocolats en amande, ses mèches de cheveux encadrant ses yeux et tirés en tresse, son sourire aux lèvres pleines, et la petite fossette qu'il avait au menton.

Elle gigota sur place. « Je ne sais pas encore si je dois lui montrer ou non. J'ai peur que cela ne lui plaise pas… ou qu'il me prenne pour une folle parce que je le dessine. Je ne connais pas les coutumes ici. »

Je reposai le dessin sur sa couche et secouai la tête. « Et bien, si cela ne lui plaît pas, c'est que ce sera vraiment un imbécile. » Je lui souriais et elle me répondit avec un sourire éclatant.

« Merci, » murmura-t-elle. « Tu m'enlèves une grande épine du pied. » Angelina prit son dessin et le plia en deux. Je reportai mon attention vers Jacob et vis qu'il regardait droit vers moi.

Il me fit un signe de tête, me faisant comprendre qu'il voulait que je vienne. Je me levai souplement et marchai lentement vers lui, ma robe de soie verte caressant mes cuisses. « Va me chercher du vin, » m'ordonna-t-il. Je me renfrognai.

Moi qui pensais stupidement qu'il m'avait appelée pour que je m'occupasse de lui, mais non ! Il voulait simplement que j'aille lui chercher du vin. Je hochai la tête avec raideur et lui tournai le dos, sortant du harem avant de me diriger vers les cuisines. Je baissai misérablement la tête, les coins de mes lèvres se tordant en une grimace mécontente. Je traînai des pieds jusqu'aux cuisines. Tout le monde voyait que j'étais contrariée, mais personne ne me posa de question.

Dans la cuisine, j'aperçus un visage familier. C'était Ours Noir, le jeune homme qui avait vaincu Faucon Gris à la Shagali. Il était seul, sirotant un verre de vin rouge à un comptoir. Je l'observais un moment, figée sur place. Soit il n'avait pas remarquée ma présence, soit il m'ignorait tout simplement.

Je m'avançai vers les placards et attrapai une tasse sur une étagère. Quand je me tournai de nouveau vers lui, je vis qu'il me fixait. Je sursautai et haletai et plaquai une main contre mon cœur affolé.

Ours Noir ne se moqua point de moi comme Jacob l'aurait fait. Au contraire, il eut un mouvement de recul, visiblement aussi choqué que moi, ses yeux louchant vers moi. Il ouvrit la bouche pour parler, mais la referma l'instant d'après. Je pointai son verre du doigt, avant de pointer le mien. Pour un peu, je ne me serais pas rendue compte à quel point mes mains me tremblaient.

« Giya ? » S'enquit-il. Je supposais que giya était le mot qu'ils employaient pour désigner le vin. Je hochai la tête. Il se dirigea vers une porte juste à côté de cageots remplis de pommes-de-terre, de carottes et de haricots verts. Cela menait à une chambre froide, là le vin frais était stocké avec d'autres sortes de boisson et de nourriture.

Il entra dans la chambre, cherchant des yeux une jarre de vin. Une fois trouvée, il la brandit en l'air. « Na same shi, » déclara-t-il. « Da giya. »

Je posai le verre de Jacob sur le comptoir tandis qu'Ours Noir plaçait la lourde jarre de verre entre mes mains. Le vin était frais, ce qui engourdit mes doigts momentanément. Je la posai à côté du verre de Jacob et la débouchai. Le jeune homme était toujours là, me considérant de ses yeux noirs pleins de douceur tout en buvant son vin par gorgées.

Je fis basculer la jarre, laissant le liquide rouge couler dans le verre jusqu'à ce qu'il fût plein. Je soupirai et rebouchai la jarre. Je le regardai avec humilité alors qu'il se tenait appuyé contre un cageot de carottes, et lui adressai un sourire timide. « Na gode, » murmurai-je.

Ses yeux s'élargirent. Il se redressa et hocha la tête. « Na'am. » Il but une grande lampée de vin. « Ana jin harshena ? »

Je n'avais pas la moindre idée de ce qu'il venait de dire. Et vu mon air complètement perturbé, il dut s'en rendre compte. Je luttai pour trouver mes mots. « Je…je ne… » J'exécutai des gestes de frustration avec mes mains. « Ne parle pas. Ba tare da. »

Cette fois, il eut un léger rire, mais bref. « Ah. Tu sais juste les mots basiques, c'est ça ? »

Ma mâchoire se décrocha, et j'étais certaine que je ne pouvais être plus stupéfaite ni plus troublée. « Tu parles également la Langue Commune? » Le questionnai-je.

Il acquiesça, ses cheveux courts glissant sur ses épaules nues. Il était bien bâti mais n'avait pas autant de muscles que Jacob. « Je suppose que tout le monde ici apprend la Langue Commune dès l'enfance. Il faut bien que l'on connaisse les mots des gens que l'on envahit. »

Je secouai la tête. « La langue. Pas les mots. »

Il opina du chef. « Comme tu vois, j'apprends encore ta… ta… longue. C'est comme ça que ça se prononce ? »

Je ris. « Oui. C'est presque ça. »

« Me haka ke faruwa ? » (Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?)

Les poils de ma nuque se hérissèrent au seul son de ce rugissement. Je fis immédiatement volte-face. Jacob se tenait dans l'embrasure de la porte, fou de rage, ses yeux lançant des éclairs furieux au jeune et innocent Ours Noir.

Le jeune garçon se recroquevilla légèrement et s'écarta lentement de moi. Alors Jacob tourna son regard effrayant et dévastateur vers moi. « Toi, je croyais t'avoir dit d'aller me chercher du vin ! » Fulmina-t-il, ses cheveux enfin tressés reposant sur son torse.

Je soulevai le verre pour lui montrer, tremblant si fort que je renversai un peu de vin. Quelques sillons de liquide rouge gouttèrent gracieusement sur la coupe. « Je…je l'ai f-fait. »

« Ça t'a pris une putain d'éternité, » me cracha-t-il. Je tressaillis sous la violence de ses paroles.

Mais ensuite, la peur se changea en agacement. « Cela fait seulement une minute que je suis partie. »

« Babu, » siffla-t-il. « Plus qu'une minute. » Puis il se tourna vers Ours Noir, le torse gonflé, et l'injuria en lui adressant des gestes obscènes avec ses mains, sans doute pour marquer son territoire.

Ensuite, tout s'enchaîna très vite j'entendis un craquement sinistre, puis vis Ours Noir se tordre sur le sol, les deux mains pressées contre son nez. Du sang coulait à travers ses doigts, et il se tortillait pour s'éloigner de Jacob.

Celui-ci attrapa le plus jeune par la nuque et s'apprêtait à lui administrer un autre coup, quand je me mis à hurler, le stoppant dans son élan. « Arrête ! Arrête de le frapper. Il ne m'a pas touchée ! »

Il ne prit même pas la peine de tourner la tête à mes paroles. Il ne fit que raffermir le poing, le brandissant à quelques millimètres du visage d'Ours Noir. Le pauvre garçon me regarda désespérément, puis Jacob avec terreur.

J'allai vers Jacob et posai une main apaisante sur son épaule chaude. Il se tourna enfin vers moi, ses yeux hantés d'une lueur bestiale et primitive. « Je t'en prie, ne lui fais pas de mal, » le suppliai-je d'un murmure. « Je te promets, je te jure qu'il ne s'est rien passé. Il m'a simplement montré où était le vin pour que je puisse t'en ramener. »

Il relâcha sa prise et laissa Ours Noir s'effondrer sur le sol, encore terrorisé. Puis il leva sa main large et fit courir ses doigts chauds le long de ma peau. « Alors tu n'es pas blessée ? »

Je hochai la tête de droite à gauche. « Je ne l'ai été à aucun moment. »

Ours Noir détala hors de la pièce avec son vin comme un petit garçon effrayé. Jacob l'ignora superbement, contemplant ses mains tachées par le sang du jeune homme. « Je pense qu'il est temps. »

Je fronçai les sourcils. « Le temps pour quoi ? »

« Pour le discours de revendication. »

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Il balança l'organe sanguinolent qui atterrit sur le sol dans un bruit mou en éclaboussant de sang les environs. Der murmures s'élevèrent parmi la foule de près de deux cents hommes l'on se demandait à qui appartenait le cœur qui gisait sur le sol.

Assise sur un coussin, je m'efforçai de réprimer mon envie de vomir à la vue de ce cœur d'homme, dont le cadavre encore chaud gisait sur un sol de pierres. C'était clairement moins horrible quand le chiffon enveloppait cette chose. Lorsque Jacob se mit à parler, je ne pus comprendre ses paroles. Mais j'étais assez fine pour en déduire le sens.

« Wannan shi ne zuciyar mutum, » clama-t-il en pointant l'organe pourpre qui se vidait de son sang sur le sol. « An tsage daga kirji da mutum ya yi kokari ya sa hannunsa a kan wata mace. Kuma wãne ne mace ? Ita Tiger kambori, na mace daga karfe mulkokin Forks. » (Ceci est le cœur d'un homme. Ce cœur a été arraché de la poitrine d'un homme qui a tenté de poser ses mains sur une femme. Et qui est cette femme ? C'est Dent de Tigre, ma femme de Forks, le royaume de fer)

Le silence était total parmi les hommes qui se tenaient là dans la pièce, toute ouïe, les yeux écarquillées, la bouche close. Jacob poursuivit, le courroux flambant dans ses yeux. « Ban yi imani da cewa na yi ya bayyana a fili cewa Tiger kambori ne hannayen. Na da'awar da su kamar yadda kaina, kuma wannan shi zai sa ta gaba daya kashe iyaka zuwa gare ku, al'aurar mata-ji yunwa bastards. » (Je ne crois pas avoir établi clairement que Dent de Tigre était à moi. Ainsi je le proclame : elle est mienne. Et elle vous est désormais interdite, bande de chiens en rut)

Je le regardai toujours. Il se leva de son trône et donna un coup de pied dans le cœur sur le sol pour le faire avancer de quelques pieds. Puis il éclata d'un rire menaçant. « Za ka iya ba shãfe ta ba tare da izinin ta, za ka iya magana ba mata, na iya ko kalle ta ba tare da izini na ! Na yi tofi a kan maza da cewa suna da hadama kamar yadda ya dauki wani mutum mace a matsayin nasa. Idan ba ka so ka kawo karshen sama da ciwon zuciyar ka a kasa a can, sai na shawara ka zauna bãya. Na stomp a kan zukãtan mutanen da suka sa hannu a kan mace ! (Vous n'avez pas le droit de la toucher sans ma permission, vous n'avez pas le droit de lui parler, et vous n'avez même pas le droit de la regarder sans ma permission ! Je crache sur les hommes assez cupides pour convoiter la femme d'un autre homme. À moins de vouloir vous retrouver avec le cœur arraché et jeté là sur le sol, je vous conseille de garder vos distances. Je piétinerai le cœur de tout homme qui posera la main sur ma femme !)

Ses bottes écrasèrent le cœur. Je détournai le regard pour ne pas voir le sang gicler à gros bouillons des artères et autres canaux de l'organe. « Idan ka sosai kamar yadda ya zo kusa da ita, zan sa sharar gida a gare ka ! Zan kone ka kãyan ciki kuma ka ciyar da dabbobin ka, mount kan ka rotting jiki. » (Si vous ne faîtes ne serait-ce que l'approcher, je vous pulvériserai! Je vous brûlerai les tripes et les donnerai à manger à vos bêtes, je placerai vos têtes sur une pique comme des sangliers, et vous rejetterai dans la boue avant de laisser la pluie acide laver vos chairs pourries.)

Il prit ce qu'il restait du cœur massacré et le lança dans la foule. Les hommes se bousculèrent pour éviter le projectile. « Kada a goge maganata kashe sauki. Duk da yake ina gane cewa wannan gargadi, dole ne ka gane cewa wannan ma barazana. Kada ka yi kuskure a gare ni, da na maza, » fulmina-t-il. « Na yi alkawari wadannan sakamakon a kanku ! » (Ne prenez pas mes paroles à la légère. Si moi je les considère comme un avertissement, vous, vous devez aussi les considérer comme une menace. Ne me sous-estimez pas, mes braves. Je vous garantie que je tiendrai parole !)

Mon cœur cognait dans ma poitrine, et je commençai me sentir mal, la sueur me dégoulinant de partout. Jacob avait enfin terminé sa diatribe, il ordonna à un serviteur de mettre débarrasser le cœur et de laver le sol. Puis il marcha vers moi et me fit un geste rapide du poignet. « Debout, » me dit-il.

Je me levai et le suivis hors de la salle. Au moment où je partis, les hommes se dispersèrent en un clin d'œil comme j'avais une maladie extrêmement contagieuse qui aurait pu les tuer instantanément. J'ignorais ce que Jacob avait pu leur dire, mais son discours de 'revendication' avait été plutôt passionné et rempli de colère.

J'accélérai pour rester à son niveau. Aucun homme n'osait me regarder à présent. Je lui tapotai le bras. « Jacob. » Il ne répondit pas. Sa figure était écarlate, et il avait l'air sacrément nerveux et fâché. « Jacob ! »

Il leva la main comme s'il voulait me frapper, mais la laissa en l'air. « Qu'est-ce que je t'ai dit à propos de mon nom commun, si tu m'appelais comme ça en public ? »

Mes yeux s'arrondirent comme des soucoupes et ma lèvre se mit à trembler. « Je… je suis désolée. »

Ses épaules s'affaissèrent, et il se prit la tête entre les mains. De ses pouces, il effectua des petits mouvements circulaires pour masser ses temps. « Non… non, ça va. Mais tâche de t'en rappeler la prochaine fois, d'accord ? »

Je hochai la tête. Il enroula ma taille de son bras large et m'emmena ainsi dans le couloir. Je me laissai aller confortablement dans son étreinte. « Qu'est-ce que tu leur as dit ? Je n'ai pas réussi à suivre. »

Il regardait droit devant lui, les coins de ses lèvres frémissants, signe qu'il luttait pour ne pas sourire. « Juste une chose qui devait être dite. C'est tout. »

Je le toisai en fronçant les sourcils. « Raconte-moi. »

« Non. »

« J'exige que tu me racontes… »

« Tu n'as rien à exiger, » trancha-t-il. « Moi, j'exige. Et j'exige que tu arrêtes de poser des questions. »

Maintenant, j'étais encore plus avide de savoir ce qu'il avait dit qu'auparavant. Dès que nous arrivâmes dans ses quartiers privés, j'acceptai un peu mieux l'idée de vivre avec lui. Je m'assis sur son lit tandis que lui s'asseyait dans son fauteuil favori, fumant la pipe. « Je veux que tu m'apprennes plus de mots, » déclarai-je. « S'il-te-plaît. »

Jacob me jeta un regard de côté. « Femme. Mace. »

J'acquiesçai. « Mace. Comment dit-on 'je suis une femme' dans ta langue ? »

« Ni mace.. »

Je me levai et me pointai du doigt. « Ni… mace. »

Il approuva du chef. « Cœur. Zu… »

« Zuciya, » terminai-je brusquement.

Surpris, il me considéra à travers le miroir, puis sourit doucement. « Tu apprends vite. »

Je haussai les épaules. « A zuciya ga zuciya. »

Il ne répondit rien à cela. Il savait ce que cela voulait dire. « Voleur, » continua-t-il, « se dit barawo. »

« Et comment dit-on 'je suis' ? »

« Kai ne. »

« Kai ne barawo, » lui dis-je. « Ni mace. Ni… Tiger Kambori. »

Cette fois, il sourit largement. « Tu parleras notre langue couramment en un rien de temps. La plupart des gens disent que le Quileute est une langue difficile pour la prononciation, mais on dirait que tu as un don naturel. »

Je haussai de nouveau les épaules. « Parce que tu m'aides à apprendre. Quel meilleur professeur pourrait-on trouver ici que le roi des barbares ? »

Le menton incliné sur sa paume, abaissant légèrement sa pipe de son autre main. « Na'am ? »

« Et ça, ça veut dire oui, » lui dis-je d'un ton neutre, comme s'il ne le savait pas déjà.

« Et si je te faisais faire un test ? » Suggéra-t-il. Je hochai brièvement la tête en signe d'assentiment. J'aimais beaucoup tester mes connaissances. « Mace. »

« Mace. Femme, » répondis-je.

« Barawo. »

« Barawo. Voleur. »

« Hannayen. »

« Oh ! » M'exclamai-je. « Celui-ci, c'est les mains. Cela ressemble aux mains. »

Il confirma d'un signe de tête. « Bien. Et zuciya ? »

Ce mot-là était mon préféré de tous. « Zuciya, » répétai-je. « C'est le cœur. »

« Giya. »

« Giya. Vin. »

« Bon, » conclut-il en se redressant dans son fauteuil. « Je vais t'en donner un autre. Je veux que tu le devines. »

J'acceptai silencieusement. « Très bien, dis-le moi. »

« Tawa. »

Je me mordis les lèvres, songeuse. « Oh, mais ça pourrait être n'importe quel mot dans l'univers, » lançai-je faiblement d'une voix plaintive. « Donne-moi au moins un indice. »

Requête qu'il accepta. « Ça rime avec hannayen. »

Hannayen signifiait main. Mais il voulait que je trouve un mot qui rime avec hannayen. Hannayen, chienne, plaine, naine, vilaine, gêne, peine, graine, haine, sirène, hyène. Et tout à coup, un mot apparut dans ma tête. Je levai la tête. Une tempête agitait les ombres profondes dans les yeux de Jacob. « Cela veut dire mienne ? »

« Na'am. »

Je croisai et décroisai les jambes. « Et comment dit-on, le tien ou la tienne ?

« Naku. »

Je replaçai une mèche de cheveu derrière mon oreille. « Je vois, » émis-je dans un souffle. « Naku da tawa ? »

Il recala sa pipe entre ses lèvres et pris une longue bouffée de fumée sans me quitter des yeux un seul instant. Puis il ôta la pipe de sa bouche, tandis qu'un dragon de fumée se s'échappa de ses lèvres. Enfin ses yeux se fermèrent. « Na'am. »

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Dictionnaire haoussan :

Ta ya zubar da madara : elle a renversé du lait.

Na gode : merci.

Ana jin hareshena ? Tu parles la langue ?

Kai ne barawo : tu es un voleur

Hannayen : mien(ne)

Naku da tawa : je suis à toi et tu es à moi