Note de la traductrice : bonjour tout le monde, bonne année à tous, j'espère que vous avez passé de bonnes fêtes, que vous avez pu profiter de votre famille et de vos amis et que vous vous êtes régalés de vin chaud, chocolats, bredele et autres bûches de Noël. :) Plus d'effusion de sang dans ce chapitre, mais les premiers pas franchis par Isabella dans la voie du péché. Je vous laisse découvrir et savourer tout ça, et vous souhaite encore une bonne année 2016. Bonne lecture !

Merci mille fois encore à Tralapapa pour son travail de relecture. :)

RAR :

Aline : bonjour, merci de ta review, tu ne me déranges absolument voyons. J'essaye de publier un chapitre tous les quinze jours, le week-end, et dans la mesure où j'ai une connexion internet. Voilà, bises et bonne lecture.

Vicki : coucou, merci de ta review. J'espère que tu as passé aussi de bonnes fêtes. Le passage au cœur broyé a aussi été dur pour moi dans la mesure où j'ai bien failli être malade en le traduisant. Mais là, dieu merci, on a fini avec les passages gores pour le moment. Bonne lecture. '-_-

Chacha132 : merci pour ta review. Bonne lecture !

Alexanalonris, Ccile, Anna, Guest : bonjour, merci à vous tous de vos review et désolée pour ce qu'il s'est passé avec le chapitre 7. C'était effectivement une erreur de manipulation, tout comme la note, je l'ai supprimée définitivement. Je vous souhaite une bonne lecture.

Tout comme l'a fait l'auteur dans ce chapitre, je publie ici la liste des différents personnages avec leur équivalents :

Danse avec les Loups = Jacob

Boit à la Cascade = Embry

Trois Chevaux = Paul

Coyote de Fer = Sam

Ours Noir = Seth

Faucon Gris = Jared

Lionne des Neiges = Rachel

Corbeau la Douce = Rebecca

Emilia = Emilie

Cecilia = Kim

Clair = Claire (la petite dont Quil s'est imprégné)

Angelina = Angela

Jezabel = Jessica

0o0o0o0o

Sinful Seduction

0o0o0o0o

Chapitre 8 : Péché

Jacob m'avait annoncé qu'il devait s'occuper de quelque affaire royale. Ceci dit, chacun savait que les affaires royales consistaient à préparer les prochains raids. Ces barbares étaient impitoyables. Donc Jacob m'avait ordonné de me rendre au harem et d'y rester jusqu'à nouvel ordre. Auparavant, il m'avait confié qu'il n'aimait pas l'idée de me savoir en train de me promener toute seule dans le château, au milieu d'hommes oisifs.

Mais ça ne me dérangeait pas vraiment d'aller au harem. J'avais quelques questions auxquelles j'étais sûre que certaines filles du harem sauraient répondre. Quand je m'avançai dans la salle, je constatai que l'endroit était presque vide. Rosalie était assise sur sa couchette, regardant paresseusement à travers la grande fenêtre sur le mur. Celle-ci avait été aménagée en hauteur, probablement pour empêcher les prostituées de s'échapper du harem.

Sulpicia, Didyme, Athenodora, Alice, Emilia et même Angelina étaient absentes. Rosalie se redressa soudain. « Bonjour, » me salua-t-elle d'une voix douce. « Cela fait un moment que je ne t'ai pas vue. »

Je rougis et joignis mes mains derrière mon dos. « Moi non plus je ne t'ai pas vue depuis longtemps, » répondis-je posément en inspectant les environs du regard. « Je suppose que c'est une journée chargée puisqu'il n'y a personne. »

Rosalie hocha la tête, faisant voler ses boucles blondes. « Oh oui. Les hommes ont été très tendus ces derniers temps. Cela fait seulement… et bien quinze minutes que je suis en pause, depuis que Trois Chevaux m'a ramenée ici en fait. »

Je m'assis sur le coin de sa couchette. Elle roula et me fit de la place. « Je pensais que Trois Chevaux avait une femme, » chuchotai-je. « La sœur aînée du roi, non ? »

« Lionne des Neiges ? » S'enquit Rosalie. Je hochai la tête. « Oh, » rit-elle. « Lionne des Neiges est très enceinte en ce moment et Trois Chevaux a été cruellement sevré d'orgasme depuis un bon moment parce que sa femme a mal à ses parties intimes.

Je fronçai les sourcils, désapprobatrice. Trois Chevaux aurait dû se trouver aux côtés de sa femme, la soutenir et l'aider pendant sa grossesse douloureuse. Il ne devrait pas être dans les bras d'une autre femme alors qu'elle était au lit, en souffrance.

« Très franchement, » commença Rosalie. « Je pense qu'il devrait être chez lui, à ses côtés, plutôt qu'ici, en train de me sauter, mais les hommes font ce qu'ils veulent et baisent qui ils veulent. Sa femme va très probablement accoucher d'une minute à l'autre. »

« Oh, là, là, » m'exclamai-je. « Mais qui reste là-bas avec elle ? »

Rosalie haussa les épaules. « Probablement quelques sages-femmes et des amies proches. Les hommes ne sont pas autorisés dans les chambres d'accouchement. »

Je penchai ma tête sur le côté en signe de confusion. « Je ne suis pas sûre de te suivre. Les hommes ne sont pas autorisés à voir leur enfant naître ? »

Rosalie gloussa, ses yeux verts remplis d'amusement. « Non, bêtasse, » rit-elle. La façon dont elle m'avait répondu me donna l'impression d'être une idiote finie. « Les hommes de ce royaume n'assistent jamais à la naissance de leur progéniture. Cela a toujours été la coutume… mais je suis sûre qu'aucun homme ne voudrait voir ça de toute façon. »

Je me renfrognai pour la deuxième fois. « Dans mon royaume, les hommes sont aux côtés de leur femme pour les réconforter pendant l'accouchement. Je suis sûre que cela doit être horrible de ne pas avoir l'homme que tu aimes à côté de toi. »

« Rectification, » objecta Rosalie. « Ce n'est pas horrible mais typiquement barbare. »

Je pianotai sur la couchette en me mordillant la lèvre. Une question me hantait l'esprit depuis un certain moment, et j'ignorais comment la formuler. Je savais que nous étions dans un harem, les femmes avaient des rapports sexuels fréquents et assez rapides en général. « Et quand une femme tombe enceinte, que lui arrive-t-il ? » Demandai-je.

Rosalie se cala contre son oreiller, sa tête appuyée contre le mur de pierre. Elle me regarda à travers ces cils blond foncé. « As-tu une idée du nombre de barbares qui ont des fils et des filles illégitimes ? Presque tous les hommes de ce royaume en ont au moins un ou deux. Une fois que les femmes ont mis leur enfant au monde, elles les élèvent toutes seules. Ça, ou bien elles les abandonnent. »

Je me rapprochai brusquement sur la couchette, mes sourcils formant presque une seule ligne. « Que veux-tu dire ? Les mères abandonnent leurs enfants ? »

Elle soupira. « Tu ne peux pas t'attendre à mieux de la part de ces gens, » m'expliqua-t-elle. « Ils ne savent rien des coutumes et de ce qu'on appelle ''sentiments humains'' dans notre royaume. »

J'étais dégoûtée et n'avais qu'une envie : chasser tout cela de ma tête. Et dire que je me languissais déjà de lui. « Dis-moi tout ce que tu sais à propos de notre roi. »

Rosalie se pencha vers la petite alcôve ensoleillée d'Alice, là où se tenaient sa couchette et sa petite jungle de plantes médicinales, puis cueillit une baie rouge qui pendait d'une vignes. « Il est dur, » déclara-t-elle simplement en croquant le fruit. Ses lèvres claires se tintèrent de jus rouge. « En général, c'est quelqu'un de pas commode du tout. »

Dur n'était pas l'adjectif qui correspondait le mieux avec l'image que j'avais de Jacob. Pour moi, il était doux, gentil et… ma foi différent des autres. « Tu peux développer ? » La priai-je.

Elle fourra une deuxième baie dans sa bouche et m'en offrit autre une qu'elle avait cueilli en plus, mais je déclinai son présent. Elle s'éclaircit la gorge avant de reprendre son récit. « Et bien, à chaque fois que j'essaye de… tu sais, de l'allumer, ça me prend une éternité. Il faut que je sois vraiment très lascive pour l'exciter. Et bon dieu, il ne me prend jamais à moins que je ne le supplie. »

Mes yeux s'agrandirent. Avec moi, Jacob n'avait aucun mal à être excité alors même que je ne faisais rien pour cela. Il l'était c'est tout. « Dis m'en plus. »

Rosalie soupira. « C'est un bon amant. Il est doux et très actif au lit, et je dois bien dire que c'est l'homme le plus séduisant que j'ai eu le devoir de combler. Aucun homme de mon royaume n'aurait pu rivaliser avec lui sur le plan de la beauté. Mais évidemment, il a un caractère dangereux. Il pique très rarement des crises de rage, mais quand il s'énerve, il riposte sur-le-champ, comme un feu sauvage, et brûle tout sur son passage. Il n'a rien de commun avec Coyote de Fer. Danse avec les Loup est fort. »

Cette fois, j'acceptai la baie qu'elle me tendait. Je croquai dedans et la saveur douce-amère afflua sur ma langue. « J'ai une autre question : qu'est-ce que le discours de revendication ? »

Elle s'étrangla bruyamment et la baie qu'elle tenait dans la main lui échappa et retomba sur les couvertures. « Pourquoi ? Est-ce que quelqu'un a prononcé un discours de revendication sur toi ? Dis-le moi, Isabella. Il faut que tu me le dises maintenant. »

Je levai la main pour interrompre ses pépiements. « D'accord ! Mais tu dois d'abord m'expliquer ce qu'est un discours de revendication pour que je sache si je peux te révéler qui l'a fait sur moi. »

Elle souffla. « C'est tellement rare, je doute que ce soit… cela dont il s'agit. Bref, c'est quand un homme choisit une femme, rassemble ses pairs dans une pièce, ainsi que tous les hommes qui pourraient avoir quelque lien avec elle, puis proclame son amour, sa protection et sa propriété sur une femme. Habituellement, le discours est passionné, mais on le confond souvent avec de la colère à cause des mots violents qui sont prononcés. Ensuite la femme n'est plus qu'à lui, et pour le reste du groupe, elle devient ce qu'on appelle son imprégnée. »

J'inclinai la tête. « Son imprégnée ? »

« Oui. » Elle fit un geste brusque avec la main. « Cela s'appelle l'imprégnation parce qu'une fois que l'homme l'a proclamée comme sienne, elle ne peut plus en aimer un autre. Cela fait partie des croyances que ces gens respectent religieusement leurs légendes racontent même que dans des temps immémoriaux, ils courraient entre frères parmi les loups. Et lorsque l'un d'entre eux désignait une femme comme sa compagne, les deux restaient ensemble jusqu'à la mort. Les anciens avaient instauré une loi selon laquelle un homme pouvait imprégner une femme s'il l'aimait et la désirait suffisamment pour la revendiquer. Ensuite ils pourraient vivre ensemble pour toujours. Aujourd'hui, très peu d'hommes le font. Mais la tradition n'est pas morte pour autant puisque cela arrive toujours de temps à autres.

Ce qu'elle venait de me décrire paraissait correspondre en tout point aux événements de la matinée : le discours de Jacob débordant de ressentiment, son regard qui ne m'avait pas quitté une minute et qui m'avait fait comprendre que c'était moi dont il parlait, enfin le cœur de cet homme qui avait tenté de me violer, et dont le cadavre traînait toujours sur le sol. Jacob l'avait lancé en guise d'avertissement.

Je déglutissais péniblement et pris une gorgée d'eau du verre de Rosalie. Tout à coup, Alice déboula dans la pièce comme un ouragan, accompagnée de deux autres filles. Échevelée, elle paraissait transportée de joie. « Sannu, mes dames ! » S'écria-t-elle.

Emilia arriva peu après, la démarche pesante et la lèvre fendue mais souriant quand même. Alice l'accueillit dans son espace médicale où se trouvaient les plantes, l'eau ainsi que les potions et les crèmes curatives. Elle appliqua une sorte de crème jaunâtre sur la lèvre fendue d'Emilia et l'embrassa sur la joue. « Dans peu de temps, tu ne devrais plus avoir aucune trace, » la rassura Alice. « Je sais que Coyote de Fer peut se montrer brutal. »

La jolie femme sourit avec douceur. Elle était très belle, avec des courbes délicates, un regard et un sourire amicaux. Elle n'était pas d'ici et avait une beauté exotique, je n'avais encore jamais vu quelqu'un comme elle. « Coyote de Fer m'aime, » répliqua-t-elle avec conviction. « Et je lui rendrai son amour inconditionnellement. »

Cette déclaration m'assombrit. Comment quelqu'un d'aussi gracieux et gentil qu'Emilia pouvait aimer un monstre comme lui ? « Il ne mérita pas ton amour, » fit remarquer Sulpicia en parlant pour moi. « S'il te bat, il ne mérite l'amour d'aucune femme. »

Emilia glissa à bas de sa couchette. « Oh, mais c'est le sexe brutal qui lui plaît vraiment. Je ferais n'importe quoi pour le combler. »

« Et c'est ce qui fait de toi une imbécile, » intervint Cecilia. Les autres filles du harem ricanèrent à la mine vexée d'Emilia.

Elle riposta immédiatement. « Vous feriez mieux d'admettre que vous êtes juste jalouses parce que Coyote de Fer n'a jamais montré le moindre intérêt pour aucune d'entre vous… »

Cecilia leva les mains au ciel. « C'est ça ! Comme si j'avais envie de sentir le sexe dégueulasse de ce type coincé entre mes parties les plus sensibles, avec ses mains de rustre enroulées autour de mon cou. Si tu t'imagines que je t'envie, tu n'es qu'une pauvre idiote ! »

Elles se jetèrent à la gorge de l'autre, mais Cecilia fut brusquement tirée en arrière par Sulpicia, et Emilia par Alice. Rosalie se leva de son lit. « Est-ce que vous vous rendez compte toutes les deux de la stupidité de vos chamailleries ? Nous ne devons pas gaspiller notre temps et notre amitié pour un homme. Surtout un homme comme Coyote de Fer. »

Emilia tapa du pied sur le sol comme un petit enfant gâté. « Tu es… »

« Silence, » gronda Rosalie. « Et toi, plus un mot. Je n'ai pas de temps à perdre dans des débats sur l'innocence de ton prince, car nous savons toutes qu'il est exact opposé d'un ange. Ce n'est qu'une question de temps avant que tu le remarques. »

Sulpicia renifla, les yeux rivés sur ses ongles nets, assise sur sa couchette à côté de Cecilia. « Elle le remarquera bien assez tôt. »

Emilia repoussa les mains d'Alice et se rua sur sa couchette pour bouder. Rosalie se rassit et me reprit des mains le verre d'eau que je tenais avec raideur. « C'est à moi, » me siffla-t-elle avant d'afficher un sourire triomphant. « Tu es trop facile, Isabella. »

Debout devant la table sur laquelle étaient posées ses plantes, Alice leva les yeux de là où elle était, ses lunettes rutilant au soleil. « Qui a mangé mes baies ? » Demanda-t-elle à la cantonade. Rosalie sourit, révélant ses lèvres luisantes, tâchées de jus de baie. Alice secoua la tête en signe de désapprobation. « Tu aurais dû me le dire. Elles auraient pu être vénéneuses, Rosalie. Tu as de la chance. »

Rosalie lui jeta un regard moqueur. « Et pourquoi cultiverais-tu des baies vénéneuses à la portée de tout le monde dans le harem ? »

Alice jeta un regard perçant à Rosalie à travers ses verres. « On ne peut jamais savoir de quoi j'aurais besoin pour mes concoctions. »

Rosalie posa sa tête sur mes genoux, renversant un peu d'eau sur les couvertures. « Bon, dis-moi juste si ces trucs sont vénéneux, s'il-te-plaît ! » Les cheveux de la blonde me chatouillaient les cuisses. Elle me regarda et sourit, ses doigts fins commencèrent à jouer avec la soie que je portais. « J'aime bien ce tissu. »

Alice posa un autre pot sur sa table de travail. « Non, » dit-elle enfin à Rosalie. « Ces baies n'étaient pas vénéneuses. Mais si tu recommences à manger mes ingrédients, je m'arrangerais d'en mettre bien en évidence la prochaine fois. »

Rosalie l'ignora. « Alors, » commença-t-elle. « Tu ne m'as encore rien dit à propos de ce discours de revendication et de tout ce charabia. Qu'est-ce qui s'est passé en vrai ?

La porte s'ouvrit derrière moi, coupant court au babillage de Rosalie. C'était lui. La jeune femme blonde se recula de moi immédiatement se tint debout bien droite. Il me regarda directement et inclina la tête vers la porte.

Je me levai, comprenant qu'il me fallait le suivre.

0o0o0o0o

Ce soir-là, il avait fait apporter le dîner dans sa chambre. Dehors, il faisait nuit j'étais affamée mais également déconcertée. Jacob se tenait assis à table au fond de la pièce, dans le coin droit, son visage seulement illuminé par le feu.

Je marchai lentement pour le rejoindre, dévorant des yeux les viandes bouillies et fumées, les pains baignant dans des sauces inconnues. Il y avait une coupe de vin juste en face de moi. Je levai la tête vers lui et il me rendit mon regard, attendant que je m'asseye.

Il prit une cuisse de poulet et planta ses dents dans la chair. Puis il me regarda une deuxième fois. Mes yeux se dérobèrent vers mon assiette. Je triturai un morceau de pain avant de le porter à mes lèvres pour en mordre une petite bouchée. Ce n'était pas mauvais.

Je l'observai de nouveau et vis qu'il me fixait encore une fois droit dans les yeux. « Cela fait plus d'une heure que tu ne m'as pas parlé, » dit-il entre deux bouchées de poulet. « Qu'est-ce qui ne va pas ? »

J'avalai le pain et soupirai, calant mes cheveux derrière mon oreille. « Je veux en savoir plus sur ce discours, » lui déclarai-je. « J'aimerais vraiment en connaître le sens et tu ne m'as donné absolument aucun indice. »

Il but une grande lampée de vin. « Parce que j'estime que c'est quelque chose qui n'a pas besoin d'être expliqué pour le moment, » riposta-t-il d'une voix caverneuse qui vibra à travers la pièce jusque dans mes oreilles, surpassant le craquement discret du feu.

Je me renfrognai et repoussai la nourriture du bout des doigts. « Na riga ya sani, » lui révélai-je. « Amma ni ina son ka ka gaya mani da kanka. » (Je sais déjà. Mais j'aurais préféré que cela vienne de toi.)

Il me dévisagea, oubliant son pilon de poulet qui retomba dans son assiette. « Qui te l'a appris ? » Je haussai les épaules. Hors de question que je lui révèle quoi que ce soit. Il montra les dents, secoua la tête et souffla. « Qui te l'a dit ? »

Je reversai ma tête vers l'arrière et poussai un grognement sonore. « Oh, peu importe qui me l'a dit ! Ce qui me dérange, c'est que tu ne m'aies rien dit. » Je m'éloignai de la table et me postai devant le feu. Il fut aussitôt sur mes talons et vint derrière moi ses deux mains se posèrent sur mes épaules, mais je me dérobai.

« Qu'est-ce qui te fait croire que je suis à toi ? » Sifflai-je. « Cela ne fait même pas un mois que je te connais, pourtant tu me revendiques déjà comme ta compagne pour l'éternité, ton… ton imprégnée je ne mériterais même pas d'être au courant ? »

Je me retournais pour l'affronter du regard ses traits étaient figés, durs, et ses yeux me toisaient froidement. « Tu es à moi, » me répliqua-t-il sur le même ton. « Et je suis taka. Tu l'as dit toi-même, petite, rappelle-toi. »

« Comment pourrais-je être à toi alors que tu ne m'aimes même pas ? » Tempêtai-je, une octave au-dessus. « Tout ce qui t'intéresse, c'est de me sauter ! »

Il me considéra comme si une deuxième paire d'yeux venait d'apparaître sur mon front « Non, » finit-il par répondre. « C'est pas vrai ! »

Exaspérée, je tirai une mèche de cheveux. « Bien sûr que si. Je te garantie qu'une fois que tu me seras passé dessus, tu en auras fini avec moi et tu me livreras aux autres. Je ne suis qu'un défi. » Mes yeux me picotèrent parce que je savais que c'était vrai. « Tu n'es qu'un gosse et moi le joujou avec lequel tu te distrais tant que je suis intéressante et fraîche. Mais sitôt que je serai usée, tu me jetteras. »

« Jamais, » protesta-t-il. « Je ne ferai jamais ça. »

Je ne l'écoutai pas. « Si, simplement parce que tu es comme ça. »

« Alors pourquoi j'aurais fait ce discours, hein ? Si je ne voulais pas de toi pour le reste de ma vie, pourquoi je t'aurais désignée publiquement comme ma compagne. » Sa voix, plus forte que la mienne, me coupa au milieu de ma tirade. Ses bras musculeux me ceignirent, me soulevèrent et me transportèrent jusqu'au lit. Je me débattis, mais j'étais ridiculement faible dans son étreinte de fer.

Il me balança sur le lit, maintint mes bras au-dessus de ma tête et roula ses hanches au-dessus des miennes. Je haletai. « Lâche-moi, Jacob. »

Pour toute réponse, il plongea ses yeux noirs dans les miens. Ses cheveux se répandaient sur ses épaules et retombaient en rideau autour de son visage, si bien que je ne voyais plus que lui j'étais piégée, telle une proie, sous son regard de prédateur qui me couvait. « Non, » répéta-t-il d'une voix sourde, confiante et ferme. « Je ne penses pas que tu comprennes à quel point je te désire, à quel point j'ai besoin de toi. »

Il baissa subitement la tête et m'embrassa doucement dans le cou. Je tentai de lui échapper, mais il me tenait solidement. Il pressa ses lèvres chaudes contre ma clavicule, une main emprisonnant les miennes sur le lit, et l'autre posée sur mon ventre.

« Je ne comprends pas ce que c'est, » lui expliquai-je. « Je ne comprends pas ce qu'est une imprégnée. » Même si je venais juste d'entendre l'explication de Rosalie, je voulais l'entendre de sa bouche à lui.

Il m'observa à travers ses cils noirs et épais. « Ça veut dire que tu es moi pour l'éternité. Je t'ai choisie parce que tu es différente des autres. Je t'ai dit que je t'attendrais. Je n'ai jamais fait ça pour aucune femme par le passé. Je les prends et, comme tu l'as dit, je les jette comme un gosse avec son jouet. Mais pas toi, jamais. Et je n'ai jamais su pourquoi que je ressentais cela pour toi jusqu'à ce que j'interroge les anciens et qu'ils m'expliquent que c'était en fait quelque chose de différent. »

Il me laissa dégager une main de sa poigne je pus ainsi lever le bras et tracer du bout des doigts le contour de ses pommettes saillantes. Il inclina son visage contre ma paume. « Je suis contente que ce soit toi, » lui avouai-je. Il parut surpris, alors j'approfondis. « Je veux dire, je n'aurais pas aimé être capturée et devenir la prisonnière de quelqu'un d'autre. »

Il gloussa, un sourire se dessinant lentement sur ses lèvres, doux et paisible comme le printemps. « C'est bien. Je n'aurais pas pu espérer mieux comme prisonnière. »

Jacob roula sur le côté pour me libérer et posa ses mains sur son abdomen musclé. « Comment on fait pour que ça se termine toujours comme ça, hein ? D'abord furieux, puis détendus. Je ne peux même pas rester fâché contre toi. Va comprendre pourquoi. »

Je me soulevai à demi sur mon coude. « Yana da… saboda euh, ni mai kyau. » (C'est parce que euh, je suis agréable.)

Il me regarda d'un air abasourdi, avant de sourire à nouveau. « Comment as-tu fait pour apprendre aussi vite ? »

Je posai ma joue contre ma paume. « Ça s'appelle ''beaucoup de temps libre dans la chambre de Jacob avec des livres''. »

« Tu as soif d'apprendre, » constata-t-il. « Ça aussi, c'est quelque chose de différent. »

« Oui, » approuvai-je. « Comme je n'ai rien de mieux à faire durant les heures où tu m'enfermes dans ma tour, je fouine et je lis tes livres. »

Il ne paraissait absolument pas irrité par le fait que je dévorais ses livres en son absence, pendant qu'il parlait de raids avec ses hommes. « Tu aimes lire ? » Me questionna-t-il.

Je hochai la tête. « Oui, » dis-je encore. « J'ai toujours aimé lire. »

« Livre, » dit-il d'une voix bourrue. « Liffatin. Peux-tu répéter ça après moi ? »

« Liffatin, » répétai-je. « C'est un très joli mot. Tu sais, dans mon royaume, il y avait une petite boutique appelée bibliothèque, dans laquelle on pouvait trouver plein, plein de livres. Certains étaient tristes, d'autres joyeux, beaucoup étaient remplis d'action et contes sur des princes et des princesses pleins de courage, des contes fictifs sur des dragons cracheurs de feu, des fées et des démons. Un livre est un espace où l'imagination peut s'envoler. »

Mon discours parut l'intéresser. « Les livres sont gardés dans une… bibliothèque ? » Demanda-t-il. Je hochai la tête. Il regarda vers le plafond. « J'ai pas de bibliothèque. Mais j'ai des livres. Des rouleaux de parchemin. »

Je me roulai en boule sur le lit de Jacob et m'enfonçais dans les oreillers moelleux tandis que lui s'étirait comme un jeune lion dans les herbes hautes et sèches. « Intéressant. »

0o0o0o0o

Je n'avais pas encore fini mon dîner que lui était déjà allongé sur le lit, attendant que je me joignisse à lui. Je ne pus m'empêcher de croire qu'il éprouvait plus d'amour pour moi qu'il ne le montrait. Jamais je n'avais été confrontée à tant de bonté de la part d'un homme de mon royaume – ce qui était ironique puisque Jacob était le roi des barbares, et que la bonté était l'antithèse parfaite d'un barbare… normalement.

« Je veux être ton professeur, » déclara-t-il. Je me retournai et le contemplai en mâchonnant distraitement un morceau de poulet. Il plissa les yeux et soupira. « Je veux être celui qui te montrera. Je veux t'apprendre à caresser un homme avec science. »

Je le regardais du coin de l'œil. « Et quand as-tu perdu ta vertu ? »

« À douze ans, » répondit-il après une courte pause.

Je m'étranglai dans mon vin qui coulait lentement dans ma gorge. « Douze ans ? Et quel âge avait la prostituée ? »

Jacob eut un début de sourire malicieux. « Pandora avait vingt-sept ans quand c'est arrivé. » Devant mon air dégoûté, il rejeta sa tête vers les coussins et éclata d'un rire d'ogre, franc et tonitruant. Mes yeux s'écarquillèrent sous l'effet de l'amusement. « Mais plus sérieusement, tu es une complète budurwa, vierge même de ton propre plaisir. »

Je secouai la tête et tentai de lui expliquer. « Là d'où je viens, on n'apprend pas aux femmes ni aux filles à découvrir leur plaisir tant qu'elles ne sont pas mariées. Le plaisir était interdit, surtout aux femmes. Si une jeune fille était surprise en train de se caresser, elle était battue. »

La répugnance qui se dessina sur ses traits me fit comprendre qu'il n'était clairement pas d'accord avec les règles de mon royaume. « Ton peuple craint le plaisir comme si c'était un péché. »

J'acquiesçai. « Oh, mais c'est un péché. »

Il rit, ses doigts tapotant la colonne de lit en bois. « Et bien j'ai péché et re-péché, et je pécherai encore. » Jacob m'observa pour juger ma réaction, deviner ce que je pensais. Une vague de chaleur afflua et me rosit le visage au moment où je m'y attendais le moins. « Quoi ? Ce n'est pas comme si tu ignorais que je me touchais. Je me suis même surpris à le faire plus souvent depuis tu me taquines comme ça. »

Je me détournai, déglutissant péniblement. Il quitta les coussins sur lesquels il était allongé pour s'avancer vers moi et s'asseoir à mes côtés. « Est-ce que cela me rend plus repoussant à tes yeux, Dent de Tigre ? » Questionna-t-il en replaçant une mèche de mes cheveux châtains derrière mon oreille. « Est-ce que l'image du sang, du sexe et du péché te révulse ? »

Lorsque sa main chaude atteignit mon genou nu, je la pris et la berçai contre moi. Perdue dans mes pensées, je le considérai d'un air absent, mordillant ma lèvre inférieure. « Non, » conclus-je. Je lui jetai un bref regard et vis qu'il paraissait un peu soulagé. « Un homme qui n'a commis aucun péché et n'a pas de sang sur les mains est un homme qui n'a pas vécu. »

Il glissa un doigt sous mon menton pour diriger lentement mon visage vers le sien. Ses yeux étaient remplis de passion et de désir. Pourtant, sous ce caractère dur et possessif, il était tellement plus. Il était tendre, attentionné et n'avait qu'un seul désir : avoir quelqu'un pour lui, qui se tiendrait à ses côtés – et la personne qu'il avait manifestement choisie, c'était moi.

C'est pourquoi lorsqu'il m'embrassa, je ne tentai ni de m'enfuir, ni de lui résister d'aucune manière. Cela lui plut beaucoup. Il donna un coup de langue sur ma lèvre inférieure avant de me donner un autre baiser pour sceller le pacte puis il s'allongea de nouveau sur le lit. « Je t'attendrai toujours… peu importe le temps que ça prendra. Mais je doute que tu puisses te défendre de mon charme encore longtemps. »

« Et bien je… »

« Tu ne pourras pas me résister éternellement, Isabella, » me confia-t-il, ses yeux rivés vers le plafond. « À un tel niveau de désir, on a largement franchi la limite entre le supportable et l'insupportable. Entre le résistible et l'irrésistible.

Je clignai des yeux stupidement. Il tapota l'espace à côté de lui. « Viens, » m'enjoignit-il. « Et dors. »

0o0o0o0o

Je me réveillai au milieu de la nuit, un courant d'air froid soufflant dans mon dos nu. Ma chemise de nuit avait dû se délacer derrière d'une façon ou d'une autre. Je m'assis précautionneusement sur le lit, prenant garde à ne pas le réveiller.

Sauf qu'il n'était plus à côté de moi.

Sans que je comprenne vraiment pourquoi, mon cœur se mit à accélérer, et mes yeux le cherchèrent de manière désespérée autour de moi. Où pouvait-il être au beau milieu de la nuit ? Était-il absent depuis tout ce temps ?

Je repoussais les couvertures et me glissai hors du lit. Le feu était presque éteint, mais je pouvais quand même voir à travers la pièce. Jacob n'était pas là. La porte était tout juste entrouverte, mais le couloir était dans le noir complet. Où avait-il pu partir ?

J'attrapai une des bougies de cire parfumées de la table de chêne et l'amenai près du feu mourant. Je l'approchai rapidement des braises pour l'allumer. Mais la lueur vive du foyer sombra entre les bûches avant que je ne pusse capter une étincelle pour enflammer le haut de la bougie. « Non ! » maugréai-je entre mes dents dans la nuit.

Avant que je ne pusse dire ouf, l'obscurité s'abattit autour de moi. Je soupirai un peu lourdement, laissant échapper un souffle d'air qui fit trembloter la mèche de ma bougie cela fit naître une étincelle, à demi morte, qui me fit tout de même grâce de sa présence.

Je la fis voler vers la bougie, et la mèche put enfin être allumée, sa lumière n'éclairant que faiblement l'espace autour d'elle. Mais c'était déjà mieux que rien. Je marchai vers la porte en faisant attention à ne trébucher sur aucun objet pour éviter de faire trop de raffut.

La porte grinça lorsque je la poussai. Je fermai les yeux et soufflai. Le moindre bruit pouvait trahir ma présence. Une fois la porte ouverte suffisamment pour me permettre de me glisser à travers, je filai comme une flèche à travers les ténèbres du couloir.

Je tournai au coin, mes pieds nus tapant sourdement contre le sol de pierres froides. Puis finalement, au bout de ce corridor long et désert, je vis une autre porte légèrement entrebâillée, une douce lumière de cheminée filtrant à travers l'ouverture. Je progressai lentement. Je ne savais pas encore s'il était là, s'il était seul ni si il désirait ma compagnie.

J'étais à la porte. Sous le stress, mon cœur et ma tête tournaient à plein régime, et la main que je tendis pour ouvrir la porte en bois tremblait. Il était là, allongé sur un canapé devant le feu. Mes yeux s'arrondirent à la vue des livres alignés sur les étagères de bois poussiéreuses.

Comme il me tournait le dos, je ne pouvais voir son visage, ni ce qu'il était en train de faire. Je supposai qu'il était en train de dormir. Sa tête reposait contre le bras du canapé et l'un de ses bras pendait du bord. Ses yeux étaient clos.

Mon cœur battit plus vite encore à mesure que je m'approchais à petit pas et le voyais mieux. Il respirait lourdement pour une personne endormie, ce qui m'intrigua. Puis je remarquai quelque chose qui avait échappé à mon attention jusqu'alors : son pagne était sur le sol, juste à côté de l'endroit où je me trouvais.

En me penchant en avant, je vis sa poitrine aux contours musculeux, soulignés par les ombres mouvantes. Il ne dormait pas. Mon cerveau me suppliait de regardait ailleurs, mais mes yeux étaient comme bloqués par la scène qui déroulait devant moi.

Sa main glissait le long d'une colonne de chair dure et gonflée, ses doigts cajolant le bout avant de redescendre sans se presser. Une bouffée de chaleur chatouilla mes joues et galopa en moi comme un incendie d'été, répandant les flammes du désir à travers mon corps.

Il ouvrit la bouche, et je pus entendre sa respiration saccadée ses lèvres tremblèrent tandis que sa main s'activait férocement sur de sa virilité. Ainsi le voyais-je, dans son état le plus vulnérable. Je reculai doucement pour me réfugier dans la pénombre sécurisante et confortable de la porte.

Le battement de la chair lisse contre sa main n'était pas audible de l'extérieur, mais maintenant que j'étais dans la pièce, il paraissait résonner amplifié dans le creux de mon oreille. Soudain, il gémit. Non point ce son étouffé et velouté, porté par le vent, mais presque un cri.

Ses cheveux étaient répandus sur le bord du bras de canapé. Il cambra la tête, ses yeux étroitement fermés et des perles de sueur coulant sur son front. Il haleta faiblement à travers ses lèvres tendres et sensuelles. Le roi des barbares, grossier et incliné sur le physique n'aurait pas pu apparaître plus vulnérable, dépouillé de ses armes et loin de son comportement possessif et inhumain vis-à-vis de la chair.

La peau de Jacob était dure et épaisse, épaisse au point de tout renfermer en elle, y comprit la douceur dont je le savais pourvu. C'était un éclat, caché sous la multitude de couches de cette peau compacte et impénétrable, de cette âme solitaire et triste, aspirant simplement au réconfort et de plaisir personnel à ses propres dépends.

Ses mouvements s'accélérèrent. Ses doigts, resserrés à la base de son sexe, remontèrent vers le bout qui été déjà humide sous le plaisir intense qu'il se procurait.

Au contact de ma chemise de flanelle, la chaleur submergea mon intimité. Alors pour la première fois de ma vie, je me touchai, dans l'intention de chercher du plaisir pour m'en donner.

Il accéléra encore, les muscles de son abdomen et de sa poitrine se contractant et se gonflant, tandis que son pelvis allait à la rencontre de sa main. « Putain. » Le terme obscène s'échappa discrètement de ses lèvres. J'étais fascinée par le mouvement de va-et-vient de sa main sur cette colonne de chair superbe et impressionnante, ainsi que par l'expression de son visage, plissé sous le plaisir dans la clarté du feu.

Mes doigts s'activèrent rapidement, me stupéfiant par la sensation que cela me prodiguait. « Na mace, » murmura-t-il. « Is'bella. » Je réprimai un glapissement, même si je savais fort bien que c'était à moi qu'il pensait pendant qu'il accomplissait cet acte impie, mais d'une séduction diabolique.

Je poussai un gémissement étouffé et inclinai ma tête en arrière contre le mur, me laissant complètement emporter par la folie. Je l'entendis grogner, puis pousser un sanglot étranglé tandis qu'un liquide poisseux se répandait sur sa poitrine. Je tournai les talons et pris mes jambes à mon cou dans le couloir avant qu'il ne pût s'apercevoir de ma présence.

Je me rallongeai sur le lit, attendant son retour. Je me tournai face au mur pour lui cacher mon visage et m'enroulai dans les couvertures. Au bout d'un moment, la porte s'ouvrit délicatement. Du coin de l'œil, je le vis s'essuyer la poitrine d'un coup de chiffon, avant de se faufiler dans le lit, complètement nu.

La culpabilité rampa en moi. Je n'aurais pas dû l'espionner, et je n'aurais pas dû me caresser. Mais c'était tellement jouissif de sentir ainsi, de goûter… au péché.

0o0o0o0o

Dictionnaire haoussan :

Sannu : salut

Taka : autre mot qui signifie à toi

Na mace : ma femme