Note de la traductrice : bonjour à tous. Après deux chapitres plutôt HOT, on aborde des thèmes plus sombres, des événements tragiques contre lesquels on ne peut rien et des révélations supplémentaires sur le passé torturé de Jacob. En espérant que cela vous plaise, je vous souhaite une bonne lecture.
Note de Tralapapa : félicitation à notre traductrice préférée ! Il n'y avait que très peu de fautes dans ce chapitre (ou alors j'en ai laissé ?!) En tous cas il n'est pas très joyeux, alors sortez les mouchoirs… !
RAR :
Lili : coucou, merci beaucoup de ta review. Je suis contente que l'histoire te plaise. En effet, Edward ne va pas rester dans l'ombre éternellement, mais d'ici à ce qu'il arrive, il sera peut-être trop tard. ^^
Luz : salut, merci de ta review, mais tu t'es trompée sur le sens de mes paroles : j'ai dit qu'Edward allait revenir, oui, mais à aucun moment je n'ai laissé entendre que Bella reviendrait avec lui. Donc si vraiment tu détestes le couple Bella/Jacob et si tu es une fan inconditionnelle d'Edward, je te conseille d'arrêter de lire cette fic maintenant. Bonne continuation.
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Sinful Seduction
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Chapitre 12 : Topaze
Cela faisait environ une semaine que Lionne des Neiges avait eu son bébé. Je lui avais rendu fréquemment visite, et continuais de le faire. Sa compagnie était agréable, et Jacob était ravi de savoir que j'avais noué un lien affectif avec la seule sœur qui lui restait, sa préférée. Mais à chaque jour que j'allais la voir, elle était plus pâle, et sa voix plus faible.
Lionne des Neiges s'affaiblissait de plus en plus. Elle souffrait d'une infection, et sa santé déclinait. Dire que Jacob supportait mal cet état de fait eût été un euphémisme. Il buvait beaucoup, et son angoisse atteignait des sommets vertigineux. Trois Chevaux aussi était soucieux au sujet de sa femme, mais allait toujours voir Rosalie régulièrement. Il ne méritait pas Lionne des Neiges.
Jacob m'avait expliqué naguère qu'après avoir contracté le même mal que sa mère et son autre sœur, Lionne des Neiges ne s'était jamais tout à fait remise. Les docteurs demeuraient constamment inquiets pour elle, bien qu'elle fût convaincue d'aller bien.
Ils disaient que ses chances étaient vraiment minces.
À cet instant, je remplis un autre verre de vin pour Jacob. Il encaissait très mal la maladie de sa sœur, et buvait plus que de raison pour tromper son anxiété. En lui apportant son verre, je l'observai, son regard absent perdu dans les flammes. Lorsque la nuit tombait, il pouvait faire froid et venteux, même si les journées étaient encore chaudes comme le soleil.
Il prit le verre et le vida d'un coup avant de me le rendre. Il n'avait pas pleuré une seule fois, mais je voyais bien qu'il en mourrait d'envie : son front était constamment plissé, et il se mordait souvent la lèvre. Il refusait absolument de craquer devant moi, considérant les larmes comme un signe de faiblesse, chose qu'il s'était juré de ne jamais me montrer.
Lionne des Neiges avait craché du sang. Sa chemise de nuit en était tâchée. Après la naissance du bébé, il avait fallu la recoudre. Les docteurs du château avaient tout fait pour la sauver, en vain. La blessure s'était infectée et se répandait à présent dans son corps comme un incendie de prairie.
Il avait fallu à Jacob toute sa force de volonté pour ne pas exploser de rage et tuer les guérisseurs qui se trouvaient sur place. Il plongea son visage entre ses mains, ses yeux reflétant la lumière du foyer. Je n'osais prononcer une seule parole.
« As-tu eu d'autre nouvelles de ma sœur ? » Me demanda-t-il doucement. Sa voix me parvint, gutturale et tremblante. Il tourna la tête dans ma direction, ses yeux cherchant les miens.
Je secouai la tête et regardai par terre. « C'est une femme forte, » lui dis-je en faisant de mon mieux pour adopter un ton confiant. « Elle va s'en sortir. Elle guérira. »
Il lâcha un rire dépourvu d'humour avant de me jeter un regard méprisant.
« Conneries ! Depuis son enfance elle a toujours été faible, » me répliqua-t-il d'un ton dur qui me fit bondir. « Regarde la vérité en face, Bella. Elle est… »
Je hochai la tête. « Arrête de te faire du mal, Jacob. Il n'y a aucun moyen de savoir. »
Il détourna le regard abruptement, puis enfouit sa tête dans ses mains et agrippa ses cheveux. « Toi, arrête de me faire du mal. Bien. Ma sœur se meurt. Me dire qu'elle va s'en sortir ne fait que retourner le couteau dans la plaie. »
Mon cœur battait douloureusement dans ma poitrine. Je pris une inspiration profonde et m'adossai contre la tête de lit. « Elle a besoin de toi, tu dois être fort pour elle, » lui chuchotai-je. « Si elle te voit dans cet état, angoissé et déjà prêt à l'enterrer, elle va être terriblement secouée et bouleversée.
Ses doigts tirèrent sur les racines de ses cheveux noirs. « Comme si elle ne savait pas déjà qu'elle est sur le point de mourir, » gémit-il sourdement.
Mes ongles s'enfoncèrent dans ma peau. « Oh, je n'ai pas dit, Jacob. Même si elle le sait, elle ne voudrait pas te voir brisé par sa faute. Je sais que si j'étais mourante, je ne supporterais pas de voir ma famille se faire tant de souci et de peine pour moi. Cela ne ferait que m'effrayer davantage face à l'invisible et l'inconnu qui m'attendent. Je leur souhaiterais… d'être fort, de me tenir la main et de me sourire, tout en m'assurant que tout se passerait bien avant je ne m'envole vers un monde meilleur. »
Il ne pleurait toujours pas. Il se leva de sa chaise et se tourna vers moi, le visage encadré par sa glorieuse chevelure de presque deux mètres de long. Au moment où il s'approchait, son corps de colosse frémit, et il faillit chanceler. Il leva la main et prit appui contre le lit, si bien que j'étais prise au piège.
« Bella… » murmura-t-il. « Sur quoi puis-je me reposer ? »
Je posai mes mains sur son torse chaud comme la braise et déglutis non sans peine. « Tu m'as moi, » lui répondis-je avec douceur. « Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour te soutenir. »
Il se pencha à demi et prit mon visage entre ses mains. « J'ai besoin de toi. » Ce fut tout ce qu'il me dit. Dans ses yeux qui me caressèrent de haut en bas, le désir brillait. Son haleine sentait le vin capiteux et le whisky, et il ne pouvait même plus se relever par lui-même.
« Je crois que tu devrais t'allonger un petit moment, » lui conseillai-je en lui attrapant le biceps pour l'aider à se relever.
« Non, » bredouilla-t-il. « J'ai envie de toi, Bella. Ne peux-tu m'accorder cela ? »
Je grimaçai en entendant la rancœur qui suintait de sa voix. Je hochai lentement la tête en signe de dénégation. « Vous êtes ivre, mon roi. Cela n'est pas le genre de soutien dont vous avez besoin pour l'instant. »
Alors que je tentais de m'éloigner, il m'empoigna le bras brutalement et me tira vers lui d'un coup sec. « C'est tout le soutien dont j'ai besoin, » aboya-t-il.
Je le regardai dans les yeux et déglutis à nouveau. Les muscles de sa mâchoire se contractèrent au moment où il serra les dents, dans l'attente nerveuse et angoissée de ma réponse. « Non, » chuchotai-je. « Je veux que t'allonges sans bouger jusqu'à ce que tu aies les idées claires. »
« Oh, va te faire foutre ! » Il me repoussa avec tant de force que je trébuchai vers l'arrière et tombai durement par terre, ma tête cognant contre la garde-robe. « Tu me rejettes toujours au moment où j'ai le plus besoin de toi. Tu n'es vraiment qu'une salope frigide. »
Le venin de sa voix me prit par surprise. J'étais sur le point pleurer, mais je pris conscience qu'il souffrait terriblement. Je me tins légèrement la tête et me mordis la lèvre. Je pouvais sentir le sang me dégouliner sur le front. « Je suis désolée. »
Son visage s'adoucit un peu à la vue du sang. Il tendit le bras vers moi avant de le rabattre prestement comme si l'air était empoisonné. « Tu ne sors plus d'ici jusqu'à nouvel ordre, » siffla-t-il. « Je t'interdis de parler à qui que ce soit d'autre, ou même de regarder qui que ce soit d'autre. Si je reviens ici et constate que tu n'es pas là, il n'y aura aucune limite à ma fureur. »
Et il s'en fut, claquant la porte derrière lui. Je m'effondrai contre le mur. Il fallait que je soigne cette blessure avant qu'elle ne suppure et ne s'infecte.
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Cela faisait maintenant plus d'une heure que j'étais confinée dans la pénombre de ma chambre. J'avais allumé une bougie parfumée à la vanille dans l'espoir de le retrouver quelque part dans les ténèbres car il faisait nuit, et cela ne lui ressemblait pas de vagabonder à des heures pareilles, ni de revenir se coucher après neuf heures du soir. Il tenait beaucoup à sa nuit de sommeil.
Je plaçai un linge humide sur mon front blessé, mes boucles de cheveux enroulés en un chignon strict. J'avais fini par périr d'ennui à force d'éplucher pendant une heure tous les livres dans la chambre de Jacob, explorant chaque recoin de la pièce avec ma chandelle, et recensant presque chaque grain de poussière que j'avais soulevé.
Je voulais désespérément sortir de ce trou noir et désolé. Je me mis debout, encore étourdie et tremblante du choc que j'avais reçu sur la tête. Je m'avançai vers son bureau où reposaient tout le butin et les bijoux qu'il ramenait des raids, armée de ce qu'il me restait de bougie après cette heure interminable. Je vis la petite boîte en bois qui contenait la Langue d'Argent, ainsi que les colliers d'émeraudes et de rubis jetés pêle-mêle juste à côté.
Je farfouillai, espérant trouver une clef, ou n'importe quoi qui puisse m'aider. J'examinai de près différents rouleaux de parchemin, des bijoux et bibelots venant de maisons bourgeoises, mais ne trouvai nulle part le doux reflet doré d'une clef qui aurait pu me libérer de cette cage. Je m'effondrai sur la chaise juste derrière le bureau et m'enfouit lentement la tête entre les mains.
Mes doigts s'enroulèrent autour de mes cheveux en signe de désespoir, jusqu'à rencontrer le chignon grossier que j'avais fait un peu plus tôt pour dégager mon visage et soigner ma blessure correctement. En triturant les épingles qui maintenaient mes cheveux, j'eus soudain une idée.
Je tirai une épingle et la tins juste devant mon visage. Je plissai les yeux, regardai vers la poignée de porte, puis de nouveau l'épingle. J'eus l'impression que la lumière se fit dans ma tête. Vite, très vite, j'arrachai le reste des épingles, libérant ma crinière de cheveux bouclés qui retomba autour de mon visage.
J'en attrapai une sur le bureau de Jacob et courus vers la porte sans oublier ma chandelle. J'enfonçai l'épingle dans le petit trou de serrure et la testai dans tous les angles possibles, mêmes les plus aberrants, tournant et poussant à différents intervalles. Enfin, juste au moment où je commençai à penser que mon plan n'allait pas marcher, j'entendis un petit 'clic' qui m'arracha un grognement de satisfaction.
Je tournai la poignée et inspectai le couloir pour vérifier qu'il n'y avait aucune servante, esclave ou guerrier concupiscent caché dans les allées sombres. Personne. Je laissai tomber l'épingle par terre et plaquai ma main contre mon cœur qui s'emballait, histoire d'être sûre si j'étais vraiment capable de faire ça. L'avertissement de Jacob avait été très clair : si je n'étais pas là à son retour, il me punirait sévèrement.
Venant du bout du couloir, j'entendis un cri perçant. Un cri de femme qui semblait être en proie à une souffrance inhumaine. Je fus immédiatement intriguée par ce son que mes oreilles avaient capté. Pourquoi criait-elle ainsi ? Était-elle en train d'être violée ?
Je refermai la porte derrière moi, tenant la chandelle devant moi pour m'éclairer le chemin, avant de m'engager dans le couloir sur la pointe des pieds, aussi silencieusement qu'il était humainement possible. À mesure que je progressais, les cris s'intensifièrent, rebondissant en échos le long des murs de pierre.
Bientôt, j'eus la conviction que ce passage devait être interdit. Il n'y avait aucune fenêtre, à l'exception d'une ouverture ronde et étroite, située vraiment hors de la portée de quiconque. Il n'y avait pas beaucoup de pièces, mais beaucoup de portes fermées, ce qui plongeait le corridor dans une obscurité encore plus épaisse. La seule source de lumière venait de la petite fenêtre tout en haut, qui ne laissait passer qu'un pâle rayon de lune jusqu'à moi.
Les cris s'amplifièrent encore davantage lorsque je passai à côté d'une porte entrouverte. N'écoutant que ma curiosité qui avait atteint son point culminant, je plaçai deux doigts sur la porte et la poussai discrètement pour voir ce qu'il se passait à l'intérieur.
Il faisait également sombre dans la pièce, qui n'était éclairée que par la faible lueur provenant d'un coin de la pièce, où le feu s'éteignait doucement. Je distinguais mal les deux personnes sur le lit, mais je devinai aisément ce qu'ils étaient en train de faire. Ce n'étaient pas des cris de douleur que la femme poussait, mais des cris de plaisir. Des jambes à la blancheur soyeuse étaient entremêlées à d'autres longues jambes couleur cuivre.
À l'ombre projetée sur le mur, je pouvais le voir la pénétrer, empoignant brutalement ses cheveux et tirant sa tête en arrière. « Tu me veux ? » Sa voix était si bourrue que je faillis ne pas entendre la question.
Et la réponse fusa peu après, haletante. « Oh oui, je te veux. Baise-moi plus fort, pitié ! »
J'entendis un bruit sec lorsqu'il la claqua dans un accès de folie. Ses miaulements et gémissements de plaisir se répétèrent en écho à travers le couloir. « Oh, dieux… » entendis-je l'homme marmonner. Il la besogna encore plus fort et la frappa au visage.
« Oh, refais cela, » supplia la femme. « J'adore quand ça fait mal ! » Alors il la frappa une deuxième fois, envoyant brusquement sa tête cogner contre son autre épaule. Il s'empara de ses jambes et les enroula autour de sa taille pour être encore plus près d'elle. Il la pilonna sans pitié, et elle se tordit sous lui, manifestement consumée par un plaisir brûlant comme la lave.
Tout à coup, l'homme ralentit la cadence et tira la femme vers le haut de sorte qu'elle se retrouva assise sur ses genoux, le dos collé contre sa poitrine. Ses cheveux se répandirent le long de son dos alors qu'il se déchaînait en elle. Puis il se passa une chose à laquelle je ne m'attendais pas. « Oh, mon roi, » piaula-t-elle. « Vous êtes si fort, si puissant. »
J'écarquillai les yeux et je parvins pitoyablement à réprimer un halètement une fois que je compris que l'homme qui se trouvait avec la fille du harem n'était nul autre que Jacob. Mes yeux s'embuèrent. Je ne savais même pas pourquoi j'avais envie de pleurer. Il ne m'avait jamais appartenu.
Il se retira d'elle. Je reconnus la femme, Athenodora. Il descendit du lit et se dirigea vers son pagne. Je me sauvai précipitamment à travers le couloir, ma chandelle à la main, pressée d'être hors de vue. Je soufflai sur la bougie et me réfugiai dans un coin pour qu'il ne me vît point.
Et juste au moment où je croyais être perdue, il passa devant notre chambre sans s'arrêter et continua jusqu'au bout du couloir. Il voulait probablement voir Lionne des Neiges. Je saisis l'opportunité et filai dare-dare dans la pièce.
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Une autre heure plus tard, je ne dormais toujours pas et fixais un mur d'un air vide lorsque Jacob rentra. J'avais dépassé le stade de l'irritation et à présent, j'étais franchement enragée par le fait qu'après mon rejet, il eut utilisé Athenodora comme défouloir. Ceci dit, ce n'était pas un rôle que je lui enviais particulièremnt.
« Comment tu te sens ? » Lui demandai-je les dents serrées. Il se tenait juste là, à côté de la porte, ses yeux rivés vers le feu. « Tu as pu te soulager avec une autre femme ? »
Aucune réponse. Cela me frustra encore plus que s'il m'avait lancé une réplique cinglante. Son visage était totalement dénué d'expression, ses poings se serraient et se desserraient par intermittence.
Je fronçai les sourcils et baissai la tête, les yeux rivés vers mes mains, avant de retourner brusquement mon attention vers lui. « Eh bien, dis quelque chose… »
« M'sœurmorte. » La réponse jaillit dans un imbroglio de mots incompréhensible.
« Quoi ? » Je penchai la tête sur le côté en signe de confusion. Je craignais d'avoir entendu quelque chose que je ne voulais pas entendre.
Il inspira profondément avant de répéter plus lentement : « Ma sœur est… morte. » C'était donc vrai.
Je me levai immédiatement de ma chaise, bouche bée et bras ballants. « Jacob, je… »
Il leva la main. « Non, » cracha-t-il hargneusement. « Je ne veux pas de ta pitié. Laisse-moi seul. » Là-dessus, il fonça vers son bureau et s'assit dessus, puis ouvrit une grosse boîte en argent dans laquelle il glissa un bijou splendide. C'était un collier de topazes orangées que Lionne des Neiges portait le jour où je lui avais parlé pour la première fois. Il y en avait trois autres identiques dans la boîte.
Ensuite, il me tendit un nouveau collier en me faisant signe de le mettre. Ne sachant quoi faire d'autre, j'obéis et glissai le bijou autour de mon cou. Les mains tremblantes, Jacob prit la boîte et la renversa, si bien que tous les colliers roulèrent sur la table.
« Quand j'ai eu quatre ans, mon père a lancé un raid dans un bazar en terre étrangère, et il a ramené ces colliers, » raconta-t-il d'un ton sourd. « Il y en avait cinq. Je les ai offerts à mes sœurs, à Plume Blanche et à ma mère. C'était le cadeau parfait pour elles parce ces topazes orange ressemblaient à des pierres de feu… et toutes les femmes de ma famille n'étaient que force et flammes. »
Je regardai mon collier. Il était ravissant, et le magnifique joyau translucide était enchâssé au milieu d'entrelacs de métal doré.
Il soupira. « Au fil des ans, j'ai fini par tous les récupérer. D'abord celui de Corbeau la Douce… puis celui de ma mère, de Plume Blanche, et maintenant de Lionne des Neiges. J'ai cru follement qu'une partie de leur âme resterait attachée à ces pierres une fois qu'elles ne seraient plus de ce monde, et qu'ainsi je pourrais toujours les avoir auprès de moi. » Il enfouit sa tête entre ses mains. « J'ai perdu tous ceux que j'aimais. »
Je m'agrippai toujours à mon collier comme si ma vie en dépendait. Mes yeux étaient brûlants de larmes sur le point de se répandre. « Je suis désolée, » murmurai-je. « Si tu désires pleurer, je… »
Il balaya ma réponse d'un revers de la main, les yeux pleins de feu. « Tu veux que je pleure. Tu m'as posé la même question naguère. Tu veux donc que j'éprouve encore plus de peine que je ne ressens déjà. »
Je sursautai à la dureté du ton qu'il avait employé. Je soufflai lentement. « Parfois, il vaut mieux se laisser aller. »
La détresse crispait son visage à présent. « Qu'est-ce que tu en sais ? De ce qu'on ressent quand on perd quelqu'un de proche ? »
Je poussai une exclamation choquée à ses mots. « Ma famille entière a été décimée, et dois-je te rappeler grâce à qui ? À tes hommes, » répliquai-je avec violence. « Je sais tout de ce que l'on éprouve lorsqu'on perd quelqu'un de proche. »
Ce fut à ce moment inattendu que mes larmes coulèrent, dévalant mes joues. Je ne fis aucun geste pour les couvrir ou pour tourner la tête car je refusais d'en avoir honte. Au contraire, mes yeux bruns se fixèrent sur les siens d'un noir métallique.
Il me prit dans ses bras, plongeant son nez dans mon cou. Puis il respira mon odeur profondément en élargissant les ailes de son nez, tout en luttant visiblement pour ne pas pleurer à son tour. Pour quelque raison étrange, Jacob s'acharnait encore à brider ses émotions sous la couche épaisse de sa peau.
Son chagrin le faisait trembler. J'étendis les bras pour le prendre dans mes bras et l'attirer plus près de moi. « Ne me quitte pas, » balbutia-t-il. « Tu dois me promettre de ne jamais me quitter. »
Ma voix était enrouée de sanglots et chevrotait d'une légère hésitation. « Je… je promets. Sache que je n-ne te q-quitterai jamais. »
Il me souleva dans ses bras et m'allongea sur le lit juste à côté de lui. Mon visage reposait sur son sein et son menton sur ma tête alors qu'il tentait de reprendre son sang-froid. « Pourquoi est-ce que tout paraît si vide ? Peux-tu répondre à cela, ma tigresse ? » souffla-t-il doucement.
« Quand tu perds un être très cher, il est parfois très difficile de s'en remettre, » lui expliquai-je.
« Menene zai cika komai na sarari, to, ku ? » Me demanda-t-il faiblement. (Qu'est-ce qui va combler mon vide, alors ?)
Je tournai lentement mon regard vers lui et humectai mes lèvres. Il baissa les yeux vers moi, rentrant un peu le menton. « Zan, idan ka so shi. » (Je le ferai, si tu le désires)
Sa main s'enroula autour de mon cou et toucha le bijou qui l'ornait. « Kada a kai wannan kashe… ba har sai mutuwa ta sassa da mu. » (Ne te sépare plus jamais de ça… garde-le jusqu'à ce que la mort nous sépare.)
Je hochai calmement la tête. « D'accord. Je… comment dit-on promettre dans ta langue ? »
« Alkawari. »
« D'accord. Na yi alkawari. » (Je promets.)
Il plaça son visage dans mon cou. « Je suis tellement désolé pour tout à l'heure. C'était une décision stupide. Cette prostituée ne représente rien pour moi, j'avais juste besoin de… quelque chose. Je suis content que tu m'aies repoussé. »
Je me pris à sourire instantanément. Pourquoi déjà avais-je été fâchée contre lui ? Jamais je n'avais été autant encline à pardonner, et c'était une idée si nouvelle que j'en fus secouée. « N'y pense plus. Tu étais blessé, voilà tout. »
Il m'embrassa sur la joue avant de soupirer. « Tu dois juste me promettre encore une chose, » me susurra-t-il, et son souffle fit voleter une mèche de mes cheveux bouclés qui me tombait devant les yeux.
J'acquiesçai en retour. « Tout ce que tu veux. »
« Ce vide… » dit-il dans un souffle, la voix songeuse. « Je ne veux plus jamais le vivre. »
Je respirai à nouveau contre sa poitrine, frottant mes yeux contre ses mains. « Alors plus jamais tu ne le vivras. »
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Le lendemain matin, je me tenais assise tandis qu'il peignait des signes bleus et blancs sur ma peau. Le bleu était la couleur de la paix et le blanc, celle du deuil et de l'espoir pour les défunts dans l'au-delà. Je me mis debout et choisis une robe de soie blanche et des bijoux sertis de saphirs. La topaze était toujours suspendue à mon cou. J'avais promis de ne jamais l'enlever, et j'étais déterminée tenir ma promesse.
Il me conduisit dehors en m'intimant de le suivre. Aujourd'hui, c'était le jour des funérailles. Jacob ne m'avait pas dit un mot de toute la matinée, et je ne le pressai pas. Je savais à quel point cela devait être dur. Nous marchâmes le long des couloirs jusqu'à l'extérieur du château. Lionne des Neiges était vraiment sublime, vêtue d'une robe blanche rehaussée de rubans bleus et de joyaux. Elle portait sa couronne sur la tête, comme la véritable princesse qu'elle avait été.
Je pouvais voir la douleur dans les yeux de Jacob durant toute la procession autour du corps sans vie de sa sœur, reposant paisiblement dans le cercueil rempli d'une quantité époustouflante de pétales de fleurs bleus et blancs. Coyote de Fer se tenait à côté de lui, son visage dur comme la pierre mais les yeux pleins de tristesse. Ils soulevèrent le cercueil et le déposèrent sur une barque qu'ils mirent à l'eau.
Les servantes de Lionne des Neiges pleurèrent la perte de leur maîtresse. Chacun dans le château connaissait sa gentillesse et sa douceur vis à vis de tout le monde. Trois Chevaux, désormais veuf, pleurait sa femme défunte. L'enfant qu'ils avaient eu était introuvable. Un serviteur s'approcha de Jacob avec une torche enflammée. Le visage de se dernier se contracta de souffrance et de chagrin.
Il regarda vers moi comme pour me demander de l'aide. Je ne savais pas quoi faire. Si j'avais été à sa place, j'aurais ressenti exactement la même chose. Mais au lieu de détourner le regard, je chassai les larmes de mes yeux et hochai lentement la tête. Il s'avança, muni de la torche, et arriva progressivement devant le corps de sa sœur. Trois Chevaux le suivit. Jacob se pencha et l'embrassa sur la tête, puis Trois Chevaux l'imita.
Ensuite, Jacob plaça la torche en contact avec le coin du bateau, les yeux rivés sur les flammes orangées qui embrasèrent l'embarcation. Il serra les dents avec force, avant de jeter la torche dans l'eau et de repousser le bateau enflammé au loin du bout de l'orteil.
Il retourna à mes côtés quasi sur-le-champ. Je pris appui contre son bras et il m'accueillit dans son étreinte. Le cercueil se consuma sur l'eau, permettant à l'esprit de Lionne des Neiges de partir vers l'autre monde. J'étais habituée aux enterrements de chez moi, mais ceux d'ici avaient une charge symbolique beaucoup plus forte. Plutôt que d'emprisonner le corps d'un homme sous la terre pour l'éternité, ces gens croyaient qu'après avoir brûlé le corps du défunt, ses cendres volaient vers le ciel pour ensuite se reconstituer entièrement dans l'au-delà.
Maintenant, Jacob tremblait intensément. Puis brusquement, il tourna les talons et partir à grandes enjambées vers le château. Je le poursuivis, appelant son nom sans relâche, mais il continua sans s'arrêter. Les gens commencèrent à rentrer lorsque le bateau commença à couler, tandis que le corps de Lionne des Neiges retournait à la poussière. Des pétales et des grains de cendre s'envolèrent avec le vent.
Je me mis à sa recherche je voulais le réconforter, le prendre dans mes bras. Il faisait les cents pas dans sa chambre, la tête entre les mains. « Qu'est-ce que je fais maintenant ? » Gémit-il. « Elle est partie. Elle est vraiment partie, 'Bella. »
Je déglutis. « Je veux que tu comprennes qu'elle sera toujours avec toi dans ton cœur, » lui dis-je en appliquant ma paume de main sur sa poitrine brûlante. « Elle ne t'a jamais quitté, tout comme Corbeau la Douce, ta mère, ou Plume Blanche. »
En voyant les traits durcis de Jacob, je me rendis compte qu'il n'avait toujours pas pleuré une seule fois depuis la perte du dernier membre féminin de sa famille. Il me considéra. « Je n'ai pas pleuré depuis si longtemps. Tu as raison, » bredouilla-t-il. « Tu dois me croire insensible. » Il eut un petit rire dénué d'humour. « Et c'est ce que je suis. »
Mes yeux s'humidifièrent au seul spectacle du désespoir qui emplissait ses yeux bruns habituellement d'acier, et au désespoir qui étranglait sa voix. Je reniflai bruyamment quand une larme roula sur ma joue. « Tu n'es pas insensible, » lui chuchotai-je. « Tu n'as pas le temps de pleurer. Les gens ont besoin que tu te montres fort en permanence. Mais tu n'as plus à l'être ici. Ici, tu peux pleurer autant que tu veux, et je te soutiendrai jusqu'à mon dernier souffle. »
Jacob me contempla avec émerveillement avant de fermer les yeux et de tomber à genoux. Il leva les bras et me tira vers lui, enfouissant son visage contre mon ventre et me serrant fort. Et ce qui devait arriver arriva. Les larmes ruisselèrent sur son visage et il prit avidement une goulée d'air. Mes bras volèrent immédiatement autour de lui et le serrèrent au plus près de moi.
« Oh, dieux, » pleura-t-il. Ses mains se refermèrent sur la soie blanche de ma robe et la déchira en la tirant vers lui. Je ne protestai pas et le laissai faire, immobile, sans le lâcher et le laissant me déshabiller. Je savais qu'il n'avait pas l'intention de me prendre.
Mais ce n'est qu'une fois qu'il se débarrassa de son pagne que je compris le symbolisme qui se cachait derrière notre nudité à tous les deux. Il voulait être le plus près possible de moi, et en le laissant faire, je l'avais énormément apaisé. Je m'assis sur ses genoux et sa tête s'affaissa sur ma poitrine tandis qu'il pleurait toujours.
Je le berçai dans les bras. Il avait été si maltraité. Sa mère était morte quand il était jeune, et la dernière figure maternelle de sa vie, Lionne des Neiges, était partie rejoindre les autres membres féminins de sa famille. Il avait été fouetté sans merci par son père, raillé et tourmenté par son grand frère après ce qui était arrivé à Plume Blanche, et enfin reçu un trône d'or à siéger et supporter avec le sourire, malgré l'enfer qu'avait été sa vie. À part moi, il n'avait aucune femme sur laquelle se reposer, et j'étais bien déterminée à rester là pour lui.
Ses mains bouillonnantes me caressèrent le dos et me pressèrent encore davantage. Il explora la peau douce de mes seins et de mes cuisses, me révélant simplement la douceur irrésistible de ses mains. Il embrassa le collier qui ceignait mon cou. « Tu es la dernière, » m'avoua-t-il. « Si je te perds… je ne sais vraiment pas comment je pourrai continuer à vivre. »
Je lui embrassai la tempe, ma main glissant dans ses longs cheveux noirs dans un geste de réconfort. « Alors tu ne me perdras jamais. » Il leva la tête, ses yeux bruns cherchant les miens. Je déglutis et avalais la bulle d'air épaisse qui était restée coincée dans ma gorge. Je hochai la tête. « Mon amie, celle dont je t'ai parlée auparavant, m'a dit un jour : ne te compromet jamais avec un homme que tu n'es pas sûr d'aimer. »
Il reposa sa tête contre la chaise et me réinstalla sur ses genoux. Je pouvais sentir son sexe se raidir contre ma cuisse. « Et… est-ce que tu m'aimes, petite ? »
Je respirai profondément avant d'acquiescer vivement du chef. « Oh oui. Je t'aime, » lui révélai-je.
Un sourire triste se dessina sur son visage. « Très bien alors. Je… je t'aime aussi. » Sa main se posa sur la courbe veloutée de ma hanche. « Et cette amie clairvoyante, que t'a-t-elle dit d'autre ? »
Mes mains se posèrent délicatement sur son visage. « Elle m'a dit que… une fois que tu es sûre de tes sentiments envers cet homme que tu aimes, tu peux décider te donner à lui. » J'avais peur. Mon cœur battait comme un fou. Mais je savais, rien qu'en regardant cet homme, qu'il n'y avait absolument rien à craindre. « Oui, mon amour, je vais me donner à toi. »
Il secoua la tête et posa un doigt sur ma joue. « Non. Non, tu n'as pas à faire ça, juste par ce que je vais mal. »
Je plaquai mon corps contre le sien. « Ce n'est pas le cas. Naguère, tu m'as dit 'quand tu es prête', et maintenant je suis prête, Jacob. Fais-moi l'amour. »
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Désolée, vraiment désolée pour ce cliffhanger particulièrement vicieux, mais je ne peux pas aller à l'encontre de la décision de l'auteur qui a coupé le chapitre à ce moment. J'espère que cela vous a plu et que vous pas trop frustrés malgré tout. ^^ Bon dimanche et à bientôt.
