Note de la traductrice : j'ai presque honte de publier ce nouveau chapitre, tellement je suis en retard. Mais je dois bien vous avouer qu'avec la fin de l'année qui approche, je commence un peu à saturer. Ceci dit, pas d'inquiétude, je bouclerai cette histoire, quel que soit le temps que cela prendra. ^^
Un grand merci à Tralapapa pour son travail et sa patience. Oserais-je vous le confesser : elle est plus rigoureuse que moi. XD Bisous et bonne lecture
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Sinful Seduction
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Chapitre 16 : Guerre
Après avoir fait l'amour comme des bêtes sauvages, nous nous reposâmes, allongés côte à côte sur le lit. Cela s'était mieux passé que la dernière fois puisque je n'étais plus vierge. Quand il m'avait embrassé là, en bas, j'avais vu les étoiles, et ce fut à ce moment-là qu'il me pénétra, ses râles de plaisir vibrant jusque dans mes tympans.
Il m'avait chuchoté des paroles obscènes, des choses que je n'oserais jamais répéter. Mais ses mots avaient enflammés ma chair comme un brasier. Ses mains épousant parfaitement la courbe de mes seins, ses lèvres effleurant mon cou… et cette sensation intoxicante d'être enfin complète lorsqu'il atteignait la délivrance dans ma chair, son corps parcouru de frissons et sa bouche murmurant des propos d'amour contre mes lèvres.
J'étais allongée sur son bras, et il me rapprocha contre lui. Nous n'étions pas mariés mais pour moi, cela revenait au même. Après toutes les fois où il m'avait défendu si vaillamment contre ses hommes… où il s'était imprégné de moi, où il m'avait revendiquée et appelée sa femme, tout cela me montrait bien que j'étais à lui désormais, et pour de bon. Son éloquence lorsqu'il parlait de sa future femme et de ses futurs enfants me donnait envie de faire partie de ses rêves.
Il tourna son visage vers moi et me donna un baiser sur la joue. « Eh bien, tu apprends vite, » murmura-t-il avec une pointe d'humour qui me fit sourire. Jacob avait le don de me faire sourire.
« Qui de mieux que le roi aurait su m'apprendre ? » répliquai-je en lui retournant son baiser sur la joue. « Tu m'as appris tout ce que je sais. Quand je suis arrivée ici, je n'étais qu'une budurwa, et tu t'es bien juré de changer cela. Tu m'as pourchassée comme un molosse pendant la saison des amours. »
Il gloussa parce qu'il savait que c'était vrai. « Surveille donc cette jolie bouche, » dit-il en faisant mine de me réprimander. « Elle t'a déjà causé assez d'ennuis aujourd'hui. » Il s'interrompit tout d'un coup et me regarda avec incrédulité. « Un… un molosse ? Vraiment, Isabella ? C'est ainsi que tu considères ton roi ? »
Comme je ne répondais rien, il roula sur mon corps nu et fit parcourir ses doigts sur mes côtes. Un hurlement de rire m'échappa. « S'il-te-plaît, je t'en prie… ! » Je me tordais de rire, la tête arquée vers l'arrière, alors que ses doigts longs et agiles continuaient leur torture. Finalement, il se redressa vers l'arrière pour ne pas m'écraser sous son corps immense et nu, manifestement amusé par ce petit jeu.
Mes éclats de rires francs et aigus résonnèrent à travers la salle. « Qu'est-ce que tu veux ? » Me questionna-t-il en me chatouillant sans pitié. Après tout, c'était le roi des barbares la pitié ne faisait pas et n'avait jamais fait partie de ses options.
Ma voix semblait avoir disparu, remplacée par mes rires. Je ne pouvais articuler un mot. Je haletais, presque comme si je suffoquais. Il s'arrêta un instant. « Je veux que tu retires ces doigts effrontés qui osent se permettre ces attouchements scandaleux, monstre ! » Glapis-je. Il rit et reprit son traitement de plus belle.
Je réussis à m'agripper autour de sa taille avec mes jambes et tentai de le retourner de toutes mes forces. Pendant un moment, je parvins à le dominer et maintins son cou entre mes jambes. Son visage rougit légèrement, coincé entre mes cuisses à la peau laiteuse qui commencèrent à l'étrangler lentement. Cependant il ne sembla pas angoissé du tout. Au contraire, il eut l'air ravi.
Et avant que je ne prenne conscience de ma position – assise sur lui et de train de l'étrangler avec mes jambes – il attrapa mes fesses entre ses mains et pressa ma féminité contre sa bouche. Soudain, mes yeux s'écarquillèrent et je manquai de m'effondrer sur sa tête, me rattrapant sur mes bras dans les oreillers : sa langue venait caresser ma chair si sensible.
Je tentai de me relever, mais ses bras me tenaient fermement les cuisses, si bien que j'étais piégée dans cette position. Ces caresses érotiques et sa langue chaude accomplissaient de telles merveilles que c'en devenait presque insoutenable. « Jacob ! » Croassai-je.
Ses lèvres se refermèrent sur mon bouton de plaisir et exercèrent un mouvement de succion tandis que sa tête dodelina d'avant en arrière comme pour dire que ce n'était pas encore assez. J'étais si proche de l'implosion que mes yeux voyaient déjà les étoiles. « Je ne t'appellerai plus jamais molosse, je le jure ! »
Et quand il gémit contre ma peau, ma délivrance fut incomparable. Il tapota mes joues alors que je m'extirpai de son étreinte pour me retourner de l'autre côté du lit royal. « Ton arôme s'est imprégné du mien, » déclara-t-il. « Je pourrais me repaître de nos deux saveurs combinées toute la vie, si on m'en laissait le choix. »
Ma figure vira au rouge brique tandis que je me rassis au bord du lit. Je repérai mes vêtements qui gisaient en tas désordonné sur le sol, puis me propulsai hors du lit pour me rhabiller devant lui. J'avais l'impression que ma pudeur avait fini par disparaître complètement à mesure qu'il me répétait j'étais la plus belle femme qu'il eut jamais connue… et si ma mémoire était bonne, dieu sait s'il en avait connu.
Alors que j'enfilais le tissu recouvrant les seins, on toqua vigoureusement à la porte, signe qu'il y avait une urgence. « Na Sarki, » déclama une voix que je reconnus presque sur-le-champ. C'était Ours Noir. « Mutanen bukatar yin magana da kai kan al'amarin game da sabon yaki fara a arewa ! » (Mon roi, les hommes ont besoin de parler avec vous à propos d'une affaire concernant la nouvelle guerre qui débute dans le nord !)
Jacob repoussa vivement les couvertures et attacha son pagne avant de glisser dans ses culottes en peau de daim. Il ne prit pas la peine de tresser ses cheveux. Une fois mes soieries rattachées fermement ensemble, je courus après lui. Son visage était pourpre et fortement marqué par l'inquiétude.
Nous traversâmes les couloirs en un éclair jusqu'à la pièce « spéciale ». La pièce où les hommes parlaient de raids et de stratégies. Je le suivis à l'intérieur, ce qui me valut le regard sévère de plusieurs hommes, dont Coyote de Fer. « Interdit aux femmes ! » Cracha-t-il en bombant son torse musclé juste sous mon nez pour m'obliger à reculer. « Cette information est confidentielle. »
Je regardai Jacob l'espace d'un instant. « Va, » me chuchota-t-il. Je hochai la tête, montrant que je respectai son opinion à lui, et à lui seul. Je pris congé et me dirigeai vers le harem dans l'espoir d'y retrouver Angelina.
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JACOB
Je m'assis au bout de la table et étudiai la maquette des quatre royaumes que nous avions construite. C'était comme un jeu de cache-cache. Nous étions localisés tout sud, dans mon grand royaume de La Push (ou au Pays Barbare, ainsi que le peuple commun avait la manie de nous nommer), protégés par une forêt dense, appelée la Forêt des Voleurs, située à droite de notre château, le Rocher du Château, tandis qu'à gauche, il y avait la Jungle des Ossements. C'était là où les hommes déchargeaient les cadavres que les grands loups avaient pris l'habitude de nettoyer, laissant une multitude d'ossements derrière eux. Je connaissais chaque forêt comme ma poche.
Au nord, il y avait le royaume de Forks, là d'où venait ma Griffe de Tigre. Aussi appelé le royaume de fer, leur roi vieux et gras se vautrait paresseusement sur son trône de fer. Les éléments les plus abondants à Forks étaient sans l'ombre d'un doute leurs métaux. « L'Épée Fourchue » était l'épée la plus convoitée des quatre royaumes. Cette arme contenait à elle seule la force de trois épées normales, et infligeait des entailles trois fois plus profondes. Le royaume de fer prisait également l'usage de leurs tridents, forgés dans le fer le plus puissant pour embrocher trois hommes d'un seul coup.
À l'est, les terres de Pateros, où les gens suivaient des coutumes tout à fait étranges. Protégé par les Montagnes Étincelantes, les gens de Pateros étaient dirigés par une reine au lieu d'un roi, si bien qu'ils appelaient ça la « Reginerra* étincelante » plutôt que royaume étincelant (*NdT : en anglais, il est question d'un « queendom », c'est-à-dire d'un royaume dirigé par une reine. Ce mot n'ayant pas d'équivalent en français, j'en ai inventé un à partir des mots latins regina – du moins il me semble que c'est du latin – qui signifie reine et terra, la terre). Ils étaient obsédés par les couleurs en fait, chaque famille noble portait une seule et unique couleur. Comme la famille de la reine aimait bien des nuances de vert, aucun membre ne portait une autre couleur que le vert. Les familles nobles avaient chacune leur blason, quant aux paysans qui n'avaient pas les moyens de se choisir leur propre couleur, ils ne portaient que des vêtements d'un brun terne pour le restant de leur vie, à moins qu'ils n'aient la chance d'épouser une famille portant une couleur.
À l'ouest se trouvait Seattle, un royaume entièrement tourné vers le culte religieux de leurs soi-disant prince et princesse de la lune. Ils croyaient que la lune était leur seul dirigeant légitime (ce qui était parfaitement stupide), ainsi, dans le « Royaume au Clair de Lune », tout était évidemment lié à la lune. Leur étendard représentait une lune entourée d'étoiles, ils peignaient des images de lunes, et ne portaient aucune autre couleur que le bleu. Ils plaçaient également la nature au centre de leur univers car d'après leurs croyances, si l'humanité venait à gouverner le monde, leurs précieux dieux lunaires allaient s'abattre sur la terre pour nous détruire jusqu'au dernier.
Je fis craquer mes jointures et posai mes coudes sur la table. « Bon… » commençai-je d'un ton impérieux qui seyait à un roi. « Qu'est-ce que c'est que toute cette discussion sur une nouvelle guerre ? Je pensais que nous venions tout juste d'en terminer une. »
Pendant des années, nous nous étions battus contre cette « salope de reine » de Pateros simplement parce que mon abruti de frère préférait lancer des raids là-bas, convoitant leurs bijoux et leurs tissus colorés bien plus que n'importe quelle autre richesse des autres royaumes. Nous avions gagné la guerre contre Pateros et ramené des montagnes d'objets colorés pour décorer le palais de pierre.
Coyote de Fer s'avança et pointa son doigt vers Forks. « Au royaume de fer, le roi Phillip a marié sa fille, la princesse Sera, à Titus, l'espèce d'avorton que cette salope de reine Amélie de Pateros a engendré. Par ce mariage, les deux royaumes ont contracté une nouvelle alliance. Ils prévoient d'unir leurs forces pour attaquer La Push. »
Je haussai les épaules et allumai ma feuille de tabac roulé sur la flamme d'une chandelle. Puis je m'adossai sur ma chaise et portai la feuille à ma bouche pour en tirer une longue bouffée que j'expirai ensuite par la bouche. « Et où est le problème ? Nous avons déjà vaincu le peuple Pateros, nous pouvons le vaincre encore une fois. »
Boit à la Cascade secoua la tête. « Oui, mais cette fois, ce sont les royaumes de Pateros et de Forks combinés. Nous ne nous sommes encore jamais battus contre Forks. Nous ne connaissons pas leur technique de combat, ni l'armement dont ils disposent. Ils pourraient très bien fournir à Pateros leur artillerie perfectionnée. »
Je me penchai vers l'avant pour mieux voir la carte, puis examinai les maquettes. « Quand prévoient-ils de nous attaquer ? Est-ce qu'au moins vous avez cette information ? » Je levai les yeux juste à temps pour voir mon frère hocher la tête.
« Ils ont encore besoin de trois ou quatre mois pour préparer leurs vivres, » me dit-il. « Sans doute qu'ils attaqueront après, mais ce n'est qu'une supposition. Ni cette salope de reine, ni le roi ne se doutent un seul instant de ce que nous avons appris : à savoir qu'ils ont conclu une alliance et prévu de nous attaquer. »
Je hochai la tête et coinçai mon cigare entre mes lèvres. « Bien. Nous procéderons donc ainsi. » Je plaquai mes mains sur la carte et posai une maquette de bateau sur la Mer Barbare. Celle-ci s'étendait en réalité tout autour des Montagnes Étincelantes, ce qui nous rendait pratiquement invisible à la surveillance de Pateros. Ils ne nous verraient arriver que trop tard. « Nous pouvons envoyer la flotte pour les attaquer et les ralentir. Pateros ne m'inquiète pas tellement. C'est Forks qui me préoccupe le plus. Boit à la Cascade a raison. Nous ne savons pas de quoi les hommes là-bas sont vraiment capables, même si nous avons déjà mis à sac leurs villages un paquet de fois. »
La plupart des royaumes n'avaient pas la moindre chance contre nous. Nous étions plus de quatre cent cinquante mille, alors qu'à Forks, ils étaient environ trente mille, Seattle deux cent cinquante mille et Pateros seulement deux cent mille. Je me grattai le menton, ignorant la barbe de trois jours qui y poussaient. Ensemble, Forks et Seattle disposeraient d'environ cinq cent mille hommes, et les dieux seuls savaient combien parmi ce nombre glorieux pouvaient devenir des soldats. Les pertes seraient écrasantes des deux côtés.
Faucon Gris se massa les tempes. « Est-ce que l'un d'entre vous connaîtrait qui que ce soit qui connaîtrait les tactiques de combats à Forks ? Sinon, nous enverrons quelqu'un là-bas pour espionner. »
Je fronçai les sourcils à cette suggestion et la chassai d'un revers de la main. « Nous ne ressemblons absolument pas aux gens de Forks ou de Pateros. Si nous envoyons quelqu'un là-bas, il sera capturé ou tué. Ce n'est même pas la peine d'essayer, » déclarai-je. « Et alors ils devineront que nous sommes au courant de leurs plans. Nous devons conserver cet avantage stratégique et les prendre par surprise, tant qu'ils n'ont pas levé de murailles. »
« Les putes que nous avons capturées viennent de différents royaumes ! Rosalie et Alice viennent de Pateros, et Athenodora et Clair de Seattle, » fit remarquer Soleil de Feu Opalescent.
Soudain, Boit à la Cascade bondit de son siège. « Ange de la Lune vient de Forks ! » S'exclama-t-il. « Elle n'était qu'une servante, mais je suis sûr qu'elle peut nous aider. »
Dès qu'il mentionna son esclave sexuelle enceinte, mon attention s'éveilla d'un seul coup et me ramena à la seule chose en ce monde qui m'était vraiment précieuse. Elle. « Isabella aussi. Elle était fiancée avec un noble, je suis sûr qu'elle en saura plus qu'Ange. » Tous les hommes de la pièce se regardèrent avec intérêt. Je tapai du poing sur la table avec impatience, faisant frémir les cartes et les maquettes. « Et bien qu'est-ce vous attendez, bandes de crétins, allez chercher ma femme ! »
Trois Chevaux et Ours Noir se précipitèrent en même temps vers la porte pour aller chercher Griffe de Tigre ainsi qu'une autre femme de Pateros. Ils étaient partis depuis seulement quelques minutes lorsque les portes s'ouvrirent brusquement, laissant passer les deux femmes. Ce fut alors que je l'aperçus, et mon cœur s'illumina à sa vue.
Ses jolies boucles brunes et soyeuses retombaient en bas de son dos, soulignant les lignes harmonieuses de son visage. Ses longs cils bordaient d'adorables yeux de biches qui regardaient à droite et à gauche. Je m'interdis de saliver quand je la vis mordre nerveusement sa lèvre inférieure, entourant sa poitrine de ses bras. Mais ce geste crispé ne fit que mieux ressortir sa féminité à mes yeux.
Ses yeux arrondis attirèrent immédiatement mon attention. Elle se balança d'avant en arrière sur ses talons et je crus rentrer en transe, incapable de détacher mes yeux de ses seins qui s'agitaient avec ses mouvements. Mes yeux descendirent et suivirent la ligne droite de son ventre, puis ses hanches pleines, symbole de maternité. Je me sentis déjà durcir, à l'étroit dans mes culottes et mon pagne.
Je rajustai ma position sur ma chaise et me tirai de ma transe, avant de proposer à Bella de s'asseoir sur mes genoux. Elle me regarda avec hésitation, puis s'exécuta. Rosalie suivit Trois Chevaux et s'assit à côté de lui. « Pourquoi suis-je ici ? » Bella fut la première à parler parce qu'elle était la seule femme assez courageuse pour faire cela.
Je la considérai. « Une guerre terrible se prépare. Ton royaume a contracté une alliance avec Pateros par le mariage de la princesse Sera et du prince Titus. Ensemble, ils prévoient de nous attaquer avec leurs deux armées. »
Elle haleta et écarquilla les yeux à cette annonce. « C'est… c'est horrible ! Pourquoi feraient-ils… ? »
« Sûrement parce qu'ils ont fini par en avoir marre qu'on vienne faire nos courses chez eux sans qu'ils ne puissent faire quoi que ce soit pour se défendre, » ricana Coyote de Fer. Bella et moi lui adressâmes un regard meurtrier en même temps. Il rit de plus belle.
Je fis pivoter son visage vers le mien et l'embrassai. « Nous avons deux fois, et peut-être même trois fois plus d'hommes que les autres royaumes… individuellement. Mais ensemble, ils peuvent facilement faire le poids. Nous avons de bonnes chances de l'emporter, mais nous en aurions encore plus si tu nous aides. »
Le visage de Bella passa de l'angoisse à la surprise en à peine quelques secondes. « Tu veux que moi… une femme, t'aides dans cette guerre ? » Elle eut l'air perdu dans ses pensées.
Je hochai la tête. « Edward t'a courtisé, tu m'as un peu parlé de lui. Est-ce qu'il t'a déjà parlé de leurs batailles et de leurs tactiques ? De leurs stratégies ? »
Elle tressaillit lorsque je prononçai le nom d'Edward. Elle le croyait mort, tué de sang-froid par Coyote de Fer. Pour être franc, on ne savait jamais si on tuait l'amant, le frère ou le père de quelqu'un. Nous ne gardions aucune trace écrite à la mémoire de ceux que nous tuions – ce n'était que des obstacles sur notre chemin.
Sa langue pointa légèrement et humecta ses lèvres. Je devinai qu'elle bataillait contre elle-même. Mais elle était de notre côté… pas vrai ? « Eh bien, » commença-t-elle. « Je me souviens effectivement de certaines choses. Je pense que cela pourrait vous aider. »
Boit à la Cascade posa ses coudes sur la table et se pencha vers l'avant. « Alors, parle, s'il-te-plaît Griffe de Tigre. Cela pourrait être un facteur déterminant dans cette bataille, voire la clef de notre victoire à cette guerre. »
Bella prit une inspiration profonde avant de hocher la tête. « Je vais vous le dire. Le seigneur Edward me vantait souvent les mérites de ces pièces d'artilleries nommées canons. »
Je pointai Petite Mer du doigt. « Des canons. Prend une feuille de papyrus, de l'encre et rédige-moi ça. » L'homme hocha la tête et exécuta mes ordres. « Maintenant, explique-nous comment marchent ces canons, petite. »
« Les canons sont comme des sortes de longues tiges en bronze avec seulement un côté ouvert : celui du dessus. Ils sont montés sur une paire de roues, pour pouvoir être déplacés. Ils sont extrêmement lourds et massifs. On peut les orienter partout, que ce soit vers l'est, le nord-est… le sud… toutes les directions que vous voulez. Ensuite, il y a l'objet appelé le boulet de canon que vous pouvez tirer sur l'ennemi. On allume le canon avec du feu et… il tire. Plutôt intéressant en fait. » Bella déballa tout ce qu'elle savait, révélant un à un tous les secrets de nos ennemis, tandis que Petite Mer prenait des notes sur son papyrus.
« Après, il y a un engin qu'on appelle catapulte. On l'utilise pour balancer des boules de feu sur l'ennemi, ou pour détruire des murailles. C'est comme une très grande poutre de bois avec un bol rattaché au bout, dans lequel on place le projectile. On peut la bander avec une corde quelconque puis… on la relâche. Là aussi on l'installe sur des roues pour assurer une meilleure stabilité et une plus grande liberté de mouvement. »
Je n'avais encore jamais entendu parler de ces machines de ma vie. Nous avons toujours fait la guerre avec des flèches, des lances et autres objets de métaux pointus que nous lancions sur les gens. Mais elle n'avait pas terminé. « Oh ! Je me souviens d'autre chose : Edward m'a dit une fois que le roi avait ordonné que les boulets de canons soient enchaînés ensemble. Ainsi, ils font plus dégâts parmi les troupes et peuvent briser plus facilement les murs. Ça doit être vraiment quelque chose à voir, mais quelque chose d'abominable. »
Je m'adossai à nouveau, satisfait des résultats. « Petite Mer, est-ce que tu as bien pris note de toutes les armes et de leur fonction ? De leurs caractéristiques ? » L'interrogeai-je. Le jeune homme hocha la tête et me montra son rapport. Je tirai une nouvelle bouffé de mon cigare et filtrai la fumée à travers mes lèvres. Bella redirigea son regard vers moi, ses yeux parcourant mon corps à moitié nu. « Je veux qu'on me fabrique ces outils. Je veux que chaque forgeron, chaque orfèvre et chaque artisan se mettent à l'ouvrage pour réaliser ces canons et ces catapultes. Il faut que tout soit terminé en un mois. »
Les hommes échangèrent des regards équivoques comme s'ils doutaient des compétences de leurs artisans. Rosalie me regarda de l'autre bout de la table. Elle rougit et me sourit, en signe d'invitation évidente à venir la rejoindre si l'envie m'en prenait. Je détournai les yeux. Je n'avais pas la moindre envie de la prendre, bien trop dégoûté par son comportement de traînée. Elle était gaspilleuse. Elle était passée de son plein gré dans le lit de tous les hommes de cette pièce. Elle était fière d'être une prostituée, à l'inverse d'Isabella qui s'était battue si farouchement pour sa liberté.
Avant Isabella, je ne m'étais jamais soucié des sentiments d'une fille du harem. Je la prenais comme un limier prend sa femelle, puis les chassait. Peut m'importait de savoir si elle avait été blessée ou si elle aurait pu être mon imprégnée. J'avais profité de la vie avec le titre de « Roi des Barbares » au cours de mes jeunes années, avant qu'elle n'arrive. Mais à mesure que les jours passaient, je me rendis compte que je commençais lentement à changer. Chaque matin où je me réveillai avec son corps fragile pressé contre le mien dans mon lit, je sentais partir un fragment des ténèbres qui emprisonnaient mon cœur, comme si elle y avait administré un coup de burin.
J'ignorais pourquoi Trois Chevaux avait insisté pour amener Rosalie. Je connaissais déjà les tactiques de Pateros. Loin de me séduire, ses yeux mouillés m'écœuraient, et le drapé de ses vêtements qui soulignait la ligne de ses courbes, montrant son mamelon durci, me donnait des envies de massacres sanglants que j'aurais voulu infliger à son corps. Il y avait toujours un monstre en moi, rongeant les barreaux de la cage que Bella avait dressé autour de lui. Le monstre voulait sortir, et il voulait terriblement faire du mal à Rosalie.
Elle avait couché avec Trois Cheveux pendant que ma sœur agonisait. Ce fait seul suffisait à aggraver la haine que je lui portais.
Je regardai ailleurs. « Livrez des copies aux artisans, placardez-les partout. Faites savoir à tout le monde que nous sommes en guerre et que chacun est tenu de contribuer à l'effort collectif. Nous allons recruter tous les garçons et les hommes pour leur apprendre à se battre. Mon frère, c'est toi qui vas dresser les camps et mener les troupes. Tu les informeras également des conséquences qui retombent sur quiconque reconnu coupable de trahison ou d'espionnage j'ai déjà exposé des têtes en haut de mes murailles, et je n'hésiterai pas à recommencer. »
A cette déclaration, je vis la peur s'allumer dans les prunelles d'Isabella, ce qui me rendit légèrement honteux. Mais je ne pouvais pas faire autrement à cet instant : mon peuple avait besoin d'un roi et j'allais devoir les préparer à affronter le pire des scénarios. Je fis glisser le bout de mes doigts sur son bras et la sentis se détendre contre moi.
Lorsque je relevai les yeux, je vis les hommes me regarder bêtement comme s'ils ne savaient pas quoi faire de mon ordre. « Sortez tous, » grognai-je. Ils se ruèrent vers l'extérieur comme des petites souris apeurées sous le regard du faucon. Tous, excepté mon frère, qui lorgnait ma femme comme si c'était elle la souris et lui le faucon.
Je lui montrai mes dents, alors il quitta la salle nonchalamment en faisant mine de s'attarder. Bella quitta mes genoux et me fixa de l'œil. « Je n'ai jamais aimé la guerre, » murmura-t-elle doucement. « Elle n'apporte que des massacres. Des bains de sang dans les rues, des cadavres s'amoncellent dans les bois, et l'odeur de la mort qui empoisonne l'air pendant des semaines. »
Moi aussi, je détestai les guerres. De mes mains, je tentai de déloger une chiquette de nourriture coincée entre mes dents. Finalement elle se défit tout seul avec un 'pop' satisfaisant qui la fit sursauter. « Tout le monde meurt Isabella. Les dieux de ce monde peuvent être sans pitié, mais quand l'heure est venue, tu dois accepter ce fait. La meilleure mort pour un homme est celle qui survient le champ de bataille, lorsqu'il se bat pour son pays. »
« Mais je ne comprends pas, » marmonna-t-elle en serrant mes mains dans les siennes. Je détournai la tête tandis qu'elle se pressait contre moi. Elle ne comprendrait jamais l'art de la guerre, mais personne ne comprendrait jamais. « Pourquoi ne pas simplement faire la paix avec les autres ? »
Cette question ramena mes yeux vers elle. « La paix ? Je n'ai jamais connu la paix. La seule paix que je possède, c'est quand je suis avec toi. Si c'est la guerre qu'ils veulent, alors c'est la guerre qu'ils auront. »
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BELLA
J'avais beau affirmer haut et fort que je méprisais la guerre, j'avais tout de même livré de précieuses informations sur mon royaume. Où allait ma loyauté ? Avec mes frères et mes sœurs de chez moi, ou bien avec les monstres qui avaient ravagés ma maison et m'avaient arrachée à la vie que je menais là-bas ? Cinq mois auparavant, si on m'avait demandé ce que je pensais des barbares, j'aurais répondu que c'était une race démoniaque, une engeance sans pitié qui méritait de brûler dans les quatre feux de l'enfer pour tout le mal qu'ils nous avaient faits à nous ainsi qu'aux autres royaumes.
Cinq mois auparavant, si l'on m'avait demandé ce que je pensais de leur roi, j'aurais répondu que le roi des barbares était le diable en personne. Mais si l'on me demandait la même chose aujourd'hui, je répondrais que le roi des barbares était l'homme que j'aimais et que je ferais tout pour lui. Sa bonté m'avait changée, mais le comportement belliqueux de ses hommes n'avait pas arrangé l'opinion des autres royaumes.
La seule façon d'arrêter la guerre était d'arrêter les raids, cependant ce n'était hélas pas à l'ordre du jour. Piller, voler et tuer étaient tout ce qu'ils savaient faire. Je nourris Griffure avec un morceau de viande et accueillis le louveteau dans mes bras. Le dernier petit rejeton de la portée était à moi, et j'avais l'intention de le traiter comme un alpha.
J'entendis des pas approcher. Tournant la tête, je vis Jacob qui s'approchait de moi. La petite créature jappa après lui avant de se sauver au moment où son corps sculptural s'assit à côté de moi dans l'herbe. « Je voulais te remercier pour les informations que tu nous as données aujourd'hui. Elles nous seront d'une aide telle que je n'aurais jamais espéré imaginer. »
Je lui souris et hochai la tête. Ses longs cheveux furent balayés sous l'effet du vent tiède, des gouttes d'eau et des feuilles lui caressèrent la peau. Il était vraiment magnifique à voir. Mes cheveux à moi étaient tressés, et la coiffe de cristal que je portai était à couper le souffle. Griffure se réinstalla sur mes genoux et enfouit son museau dans le creux de mon coude.
Je contemplai les collines et les arbres, les yeux fixés droit sur la Forêt des Voleurs. Un nouveau coup de vent fit frémir les arbres et ramena d'autres feuilles. Je me mis à frissonner. Les jours d'été étaient passés vite et nous étions déjà à la moitié de l'automne. Il perçut mon tremblement et ôta son manteau de fourrure animale pour couvrir mes épaules.
La fourrure me réchauffa instantanément et je soupirai. Je me déplaçai pour être plus près de lui puis reposai ma tête sur son épaule. « Merci, » susurrai-je. Un vent plus frais se mit à souffler et je me mis de nouveau à grelotter et à me presser encore davantage contre Jacob. « Tu n'as pas froid ? »
Il secoua la tête. « Je suis un homme à sang chaud. C'est dans mes gènes. » C'était vrai, au final. À chaque seconde qui passait, je me réchauffai un peu plus à proximité de son corps. Brusquement, Griffure releva la tête et se quitta mes genoux comme s'il avait le feu aux trousses.
« Griffure ! » L'appelai-je en amorçant un mouvement pour courir après lui. Jacob m'arrêta et je vis le louveteau grimper en haut la colline, poursuivant quelque chose que je ne pouvais voir. « Il s'enfuit, » dis-je à Jacob.
Jacob soupira et baissa les yeux vers moi. « Il va revenir. Il reviendra toujours. Sois patiente avec lui. » Quelques moments plus tard, Griffure revint, comme Jacob l'avait prédit. Mais ce qu'il ramenait dans sa gueule m'intéressait beaucoup plus.
Lorsque le petit loup s'approcha, je distinguai le lièvre mort qu'il tenait entre ses crocs. « Il a attrapé un lièvre, » constatai-je à voix basse. Griffure déposa l'animal mort à mes pieds. J'eus un léger mouvement de recul. Jacob le ramassa et caressa la tête du petit prédateur. « Je vais le donner au cuisinier pour ce soir. Tu pourras le manger en ragoût. »
Je fis une drôle de tête. « Je ne sais pas si j'en ai très envie. »
Il éclata de rire et se leva. « Allez viens. Je n'ai peut-être pas froid, mais le vent est vraiment en train de se lever maintenant. Ce manteau ne te réchauffera que le temps d'arriver au château. » Je pris Griffure dans mes bras et suivis Jacob vers le Rocher du Château.
Le vent souffla encore à travers les bois et fit presque envoler le manteau que je portai sur mon dos. Je me retournai et regardai vers les arbres qui chuchotaient des secrets inconnus de l'homme, et qui me rendirent mal-à-l'aise. Je mordillai ma lèvre gercée avant de me retourner en direction du château.
L'hiver arrivait. La guerre arrivait.
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