Bonjour à tous.

Je tenais à m'excuser pour cette longue absence. J'ai traversé une grande période de doutes où je me suis beaucoup remise en question, et où je me suis également posée la question de l'utilité de ces fictions. Avec la rentrée, beaucoup de bouleversements familiaux, la transition du collège au lycée et plein d'autres problèmes - dont le syndrome de la page blanche - je n'avais vraiment pas la tête à écrire. J'y ai longuement réfléchi et j'ai finalement décidé de mener à bout les deux projets que j'ai commencé, donc Night Of The Werewolves et Entre ciel et terre, que je désire réellement ne pas abandonner.

Pour NOTW, il était facile pour moi de poster ce chapitre puisque j'en avais déjà 6 d'avance quand j'ai publié le premier. Mais pour plein de raisons différentes, je n'avais pas la motivation ni la possibilité de poster ce troisième volet avant.

En ce qui concerne Entre ciel et terre, mes fiches sont dans mon sac à dos dont je n'arrive pas à décoincer la fermeture éclair. Mais dès que j'y arrive, je me mets au travail, promis. Cependant, il n'y aura plus de date précise pour la publication des chapitres : je préfère faire à mon instinct, par peur de vous décevoir encore une fois parce que je n'aurais pas tenu mes engagements.

J'ai bien reçu toutes vos reviews et vos messages, que ce soit sur ECET ou NOTW. Je n'y ai pas répondu et je m'en excuse, mais sachez que votre présence a été un réel soutien pour moi pendant ces dernières semaines plutôt difficiles. Je vous remercie d'être là pour moi, je vous en suis très reconnaissante.

Je ne suis pas satisfaite de cette grande période de black-out ni du texte que je vous donnerai pour ECET. J'ai perdu beaucoup de ma motivation et de mon envie d'écrire ces deniers temps, ce dont je ne suis pas très contente. J'espère que les choses s'arrangeront avec le temps.

J'espère également que vous comprendrez et que vous ne m'en voulez pas,

bonne lecture,

Andoryss.

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Tu N'en Sortiras Jamais Vivante

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La Seconde Nuit de la Lune était tombée. Enchaînée au mur, cachée comme la veille derrière un tas de caisses en bois, Ruby priait. Ses lèvres articulaient en silence les chants sacrés de l'église, espérant que leur caractère devin la protégerait.

Elle ne se faisait pas beaucoup d'illusions, malheureusement. Les hurlements des Loups la faisaient sursauter à chaque fois qu'ils retentissaient, derrière les épais murs de pierre de la maison.

Sept chasseurs morts la veille, plusieurs blessés, et trois filles de disparues. La bleue n'osait même pas imaginer combien de victimes les lycans feraient cette nuit.

Elle froissa entre ses doigts la cape de velours rouge qu'elle possédait depuis sa plus tendre enfance. À sa naissance, sa mère, plus heureuse que jamais d'avoir enfin donné vie à une fille après trois enfants mâles, l'avait enveloppée dans ce vêtement précieux, le seul de valeur qu'elle possédait, et avait chuchoté son nom aux oreilles du nourrisson.

« Ruby. Tu t'appelleras Ruby, comme le rouge de cette cape qui te protégera. »

La jeune fille s'était longtemps demandée pourquoi Fiona l'avait nommée ainsi, alors que ses cheveux étaient plus bleus que le ciel d'été. Mais elle avait ensuite apprit que le rouge brûlait la rétine des Loups-Garous, eux dont les yeux n'étaient habitués qu'au noir de la nuit et au vert de la forêt, et que Fi lui avait non seulement donné une magnifique pièce d'étoffe, mais également un bouclier plus efficace que les lances des chasseurs.

Ruby se rappela avec un sourire pâle qu'elle avait protesté, écrivant furieusement sur un papier qu'elle avait donné à Joan : « Le sang aussi est rouge, et pourtant les Loups le boivent sans en avoir peur ! ». Son frère s'était contenté d'ébouriffer ses cheveux bleus et de lui lancer un clin d'œil en ne lui donnant pour réponse qu'un bref « C'est les mystères de la Nature ! ». La gamine s'était contentée de cette explication, et était partie bouder dans un coin.

La jeune fille frissonna. Malgré la cape et sa couleur flamboyante, elle était gelée. Sa mère et grandma Penny étaient à nouveau cachées dans la malle du premier. Joan avait refusé de les y rejoindre : même s'il n'avait plus qu'une main, il avait toujours sa fierté. Et puis, il n'y avait plus de place de toute manière dans le coffre. Alors son frère s'était aplati sous son lit, forcé par Fiona qui refusait qu'il monte la garde à côté de la porte. « Si tu te fais tuer par un Loup, les risques qu'a pris ta sœur auront été vains ! » avait crié la matrone. Joan avait alors accepté, maussade.

Ruby eut un coup au cœur. Jamais plus son frère ne pourrait chasser à l'instar des autres hommes du village. Lui qui était si doué, il était désormais condamné à rester à la maison comme un infirme, aux côtés de l'oncle Henn. Et la jeune fille savait que cet avenir était pour le garçon un sort pire que la mort.

Elle se sentait coupable de l'avoir sauvé des griffes du Loup. Quel sentiment horrible.

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La bleue était à deux doigts de s'assoupir quand un fracas assourdissant résonna dans ses tympans, la réveillant de suite. Elle se redressa, alertée. Qu'est-ce que c'était encore ?

Son cœur s'arrêta quand la porte de la cave vola en éclats.

Derrière la double rangée de barreaux, un Loup se tenait, immense.

Elle se mit à hurler, un cri strident et lancinant qui ne voulait pas s'arrêter. Les yeux ronds comme des billes du lycan la fixaient, et Ruby vit distinctement le monstre se lécher les babines. Elle se mit à tirer comme une folle sur la chaîne qui la retenait au mur, et que son père avait fixée pour l'empêcher de sortir de la maison comme elle l'avait fait lors de la première nuit. Sauf que maintenant, le Loup était à deux mètres d'elle et non pas au-dehors.

Ruby se sentit défaillir lorsque la bête énorme arracha aisément les deux grilles qui les séparaient encore. En deux bonds, elle fut près d'elle, et brisa la chaîne en morceaux. La bleue se sentit soulevée et l'instant d'après, elle se trouvait coincée entre les mâchoires du Loup-Garou. Elle crut qu'il allait refermer ses crocs sur elle et l'éventrer, mais au lieu de ça, il quitta sa maison et se mit à courir hors du village.

Ruby hurla, un son bestial et étranglé qui rappelait le nom de Joan.

Elle n'eut que le temps d'entendre le cri de rage et de désespoir de son frère et de voir son ombre se dessiner entre deux maisons. Puis une forme animale se jeta sur lui, et Ruby disparut dans la forêt.

La jeune fille n'en pouvait plus. Elle avait l'impression qu'à chaque foulée, les canines du Loup allaient transpercer ses flancs et déchirer ses entrailles. Au lieu de ça, le monstre continuait à courir, l'emmenant à chaque seconde plus loin de Blodhill. Elle se mit à se débattre, le visage ravagé par les larmes. Elle se fichait qu'il la tue, elle ne voulait que ça. Plutôt mourir que d'être violée par un Loup ! Avec une rage nouvelle, elle poussa avec ses pieds et défonça la mâchoire supérieure du lycanthrope, qui gronda de douleur et ouvrit grand la gueule, la lâchant au sol. Ruby s'empressa de se remettre sur pied et agita sa cape sous le nez du Loup-Garou, lui hurlant dessus de toute la force de ses cordes vocales incapables d'articuler des mots.

« Crève, sale bête de l'Enfer ! Regarde ! REGARDE ! » aurait-elle voulu cracher.

Mais la bête ne réagit pas, se contentant d'esquisser un rictus carnassier. La bleue sentit son cœur se glacer dans sa poitrine quand elle remarqua la couleur particulière des iris de l'animal. Ils étaient d'un gris sale, vides et passifs. Dans l'obscurité de la cave, elle ne l'avait pas remarqué, mais le Loup était aussi aveugle qu'elle était muette.

Sur tous les lycans qui auraient pu l'enlever, elle était tombée sur un aveugle.

Elle se mit alors à courir, de toute la force de ses jambes. Ses larmes l'aveuglaient et elle poussait des petits gémissements de bête blessée. Fuir, échapper à ce destin affreux : elle courait, sa cape rouge qui ne pouvait la protéger claquant dans son dos comme un étendard vermeil.

Elle s'attendait à ce que le Loup-Garou la suive, mais lorsqu'elle jeta un regard par-dessus son épaule, elle le vit tranquillement assis sur son arrière-train, en train d'essuyer de sa patte le sang qui dégoulinait de sa mâchoire meurtrie. Il renversa alors la tête en arrière et poussa un cri de triomphe et de jubilation qui fit frémir la bleue.

Quoi que tu fasses, où que tu ailles, tu ne pourras pas m'échapper, Humaine ! Je suis peut-être aveugle mais ma truffe voit mieux que des yeux d'Homme. Tu n'en sortiras jamais vivante !

Terrorisée, Ruby accéléra. Dans son dos, le Loup hurla une dernière fois :

Retiens bien mon nom, petite ! José te retrouvera toujours ! et il éclata d'un rire dément.

ooOoo

La bleue était roulée en position fœtale derrière un fourré. Elle n'en pouvait plus. Elle avait couru aussi vite qu'elle pouvait, mais jamais elle n'avait vu la silhouette familière de Blodhill surgir entre deux arbres. Elle s'était perdue.

Tremblante, elle resserra les pans de sa cape autour d'elle. Depuis qu'elle avait quitté José sans que celui-ci ne se rue à sa poursuite, les horreurs qu'elle avait vu s'étaient imprimées dans sa rétine pour toujours. Elle était tombée sur trois Loups-Garous en train de s'en prendre à une pauvre fille qui hurlait de terreur et de douleur. Grâce à un bref rayon de lune, Ruby avait reconnu son visage torturé, et elle avait été prise de spasmes. Rendant son dîner le plus discrètement possible, elle avait prié pour ne jamais être confrontée à une vision comme ça encore une fois.

Mais son vœu n'avait pas été exaucé. Après s'être cachée, espérant de toutes ses forces ne pas se faire repérer, elle était repartie et avait trébuché sur une masse informe. Malgré l'obscurité, elle avait distingué un corps humain.

Ou, tout du moins, sa partie inférieure.

Ruby avait vomi une seconde fois, mais cette fois-ci elle n'avait pu expulser qu'une bile âcre, et le goût ne voulait désormais pas quitter sa bouche. Ces horreurs ajoutées à la présence des Loups qu'elle croyait voir partout, et le chemin jusqu'au village qu'elle ne retrouvait pas, avaient nourri la terreur qu'elle éprouvait déjà, et cette dernière avait phagocyté tous ses sens. Elle était aveugle et sourde, incapable de se repérer, terrifiée.

ooOoo

Le jour était enfin venu, chassant les ombres de la seconde nuit. Titubante, épuisée, Ruby réussit à rejoindre un ruisseau et le suivit jusqu'à la vallée. Lorsque les maisons de Blodhill se dressèrent enfin face à elle, elle crut mourir de soulagement. Elle se traîna jusqu'à la grand-place, et là, s'effondra sur les pavés.

Elle sentit des mains la palper, des voix inquiètes et choquées lui vriller le crâne. On l'enveloppa dans une couverture, on l'assit face à un feu allumé au centre du village et on la força à avaler un liquide chaud et amer. La boisson lui fit du bien, sa chaleur se répandit dans ses veines et la remit d'aplomb. Sa vision s'améliora et elle finit par reconnaître les visages flous autour d'elle.

Son père, qui soutenait un Joan blessé mais vivant. Sa mère qui lui frictionnait le dos, les jumeaux et Callum qui étaient assis, le regard vide et leurs armes posées sur leurs cuisses. D'autres villageois qui semblaient à la fois scandalisés et effrayés par le fait qu'elle soit toujours en vie. On finit par lui tendre un papier et un bout de charbon et elle expliqua brièvement qu'elle avait réussi à s'enfuir et avait attendu le lever du soleil pour se repérer. Certains furent heureux, la considérant comme une miraculée, d'autres esquissèrent des rictus méfiants et la prenaient pour la fille du Diable qui seule pouvait échapper à la fureur des Loups.

Ruby apprit, à demi-consciente, qu'elles n'étaient plus que douze. Quatre jeunes filles avaient été enlevées. Lors de la troisième et dernière nuit de la Lune, elles seraient enfermées dans le sous-sol de la bibliothèque du village, sous bonne garde. Les villageois, exténués, désespérés, étaient décidés à ne plus perdre une seule fille. Les Loups, le lendemain, allaient repartir bredouilles.

Ainsi s'acheva la Seconde Nuit de la Lune.