Souffle
Yasuo… un prénom peu commun. Riven ne pense pas se tromper en supposant qu'il est d'origine Ionienne, et qu'il doit avoir quelques vagues significations dans leur language.
« Yasuo… » Murmure-t-elle, confuse.
Un petit rire rauque se fait entendre près d'elle. Elle voit son interlocuteur lever les yeux au plafond, un franc sourire figé sur le visage.
« Cela fait bien longtemps que personne ne m'avait appelé comme ça ! Je l'avais presque oublié. » Répond-il.
La prisonnière arque un sourcil, dubitative.
« Oublier son propre nom ? Comme je le pensais, tu as perdu quelques boulons là-haut. » Fait-elle remarquer en faisant des cercles avec son doigt sur le côté de sa tête.
« Oh crois-moi, c'est possible. » enchaîne-t-il « Ça m'est déjà arrivé. »
Puis, devant l'air amusé de sa camarade d'infortune, il se met à raconter.
Son enfance, son frère.
Son Mentor.
« …Mon frère m'avait dit ce jour-là, de ne jamais contredire un Ancien, et surtout pas cet Ancien-là. Que si je faisais des efforts pour accomplir tout ce qu'il me demandait de faire, je deviendrais un homme meilleur. » Continue-t-il « Aussi, à partir de cette date, plus jamais Yone ne s'est adressé à moi du nom que m'avait donné mes parents. Petit à petit, mois après mois et année après année, je l'ai lentement oublié, sans m'en rendre compte. La mémoire d'un homme est fourbe, tu sais, elle est paresseuse. Elle ne se focalise que sur ce dont son propriétaire a fondamentalement besoin de se rappeler. C'est ainsi que Yasuo s'est substitué à mon patronyme de naissance. »
Riven écoute toujours en silence. La surprise de voir cet homme se dévoiler aussi innocemment passée, elle ne peut s'empêcher de faire l'amalgame entre son enfance et celle de Yasuo.
« Moi non plus, je n'ai jamais connu mes parents. Je pense comprendre ta souffrance. » Fait-elle remarquer.
L'homme secoue la tête.
« Ne te méprends pas, je n'ai jamais dit que je garde un mauvais souvenir de mes jeunes années. Au contraire. » La contredit-il.
« Alors quoi ? Tu regrettes de ne plus être un enfant ? »
« Non. »
Silence.
« Si je devais choisir une époque de ma vie où je serais le plus heureux… Je dirais sans aucun doute aujourd'hui. »
Si la femme aux cheveux blancs avait le bonheur d'avoir de l'eau à boire, elle l'aurait très certainement craché à sa figure de surprise.
« Hein ? » lâche-t-elle, mi médusé, mi amusé. « Tu as conscience de la situation dans laquelle on est, idiot ? ».
« J'en suis conscient, mais certes, le présent est sans aucun doute le temps du bonheur. »
« C'est la première fois que je t'entends aussi optimiste. »
« Ce n'est pas de l'optimisme. Le passé te donne envie de vomir de regrets et de frustration, alors que le futur te rend anxieux et brûle d'incertitude. Par élimination, aujourd'hui est toujours meilleur qu'hier ou demain. »
« Hum… Je retire ce que j'ai dit, ton pessimisme me donne des sueurs froides. » Conclut-elle en fermant les yeux d'exaspération.
« Détrompes-toi, ce n'est pas du pessimisme non plus. »
« Pourquoi est-ce que je sens que tu vas encore m'offrir une de tes analyses philosophiques du monde et des hommes ? » commente Riven en roulant les yeux.
Mais contrairement à ses attentes, rien ne suit. Etonnement déçue, elle continue.
« Bah quoi, je t'ai vexé, peut-être ? »
« Non, j'adapte juste ma conversation aux attentes de mon interlocuteur. Si tu n'as pas envie d'écouter ce que j'ai à dire, je ne poursuivrais pas. » Répond-il en toute sobriété.
Une vague de frustration déferle dans l'esprit de la jeune femme.
« Pourquoi ne t'es-tu pas arrêté plus tôt alors ? »
« Tu me montrais des marques explicites d'intérêt. »
Riven rit jaune.
« De l'intérêt ? Tu veux rire, je t'ai littéralement hait hier soir pour tes mots. » Dit-elle avec véhémence.
« Intérêt et Haine ne sont pas des termes opposés. Au contraire, l'un pousse à l'autre, et la réciproque est tout aussi vraie. »
Abandonnant finalement, la prisonnière se décide enfin à lâcher prise. Elle doit l'avouer, les précédents propos de Yasuo l'ont faite réfléchir, et c'est avec surprise qu'elle découvre qu'elle aspire à entendre la suite de ses dires.
« Continue. » Fait-elle.
« Les gens ont tendance à opposer Haine et Amour. Mais dans le fond, les deux notions sont assez similaires. L'amoureux et l'Haineux ont tous deux un intérêt du même degré pour leur cible. Ils veulent savoir comment elle se porte, si elle est en détresse, joyeuse ou encore si elle s'épanouit. Dans les deux cas, ces sentiments accordent de l'importance à la personne chérie ou détestée. Le véritable ennemi d'un homme, c'est le manque d'attention. La Solitude… »
« L'indifférence. » finit-elle dans un souffle, malgré elle.
Yasuo plonge ses yeux nacrés dans l'azur des prunelles de Riven, et hoche la tête.
« Oui. »
Il ne rompt pas le contact visuel une seule seconde, et la jeune femme frissonne, déstabilisée.
« Parle, je ne connais que trop bien la douleur de garder pour soi des souffrances passées. » L'invite-t-il à continuer. « Crois-moi, en parler, ça soulage. Je ne suis pas de ceux qui jugent. »
Qu'il aille au diable ce démon ! Comment peut-il toujours trouver les mots justes pour la remuer autant ? En quelques mots, il avait déjà apparemment lu au travers elle comme dans un livre ouvert. Et quel type de sorcellerie usait-il pour la mettre en confiance à un point tel qu'elle se sente suffisamment à l'aise pour s'ouvrir à lui ?
Sans pouvoir se contenir plus longtemps, sa bouche se met à bouger sans son consentement, et les mots se suivent, les uns après les autres…
Cela faisait à peine plus d'une semaine qu'elle avait fuie l'orphelinat, et déjà, elle regrettait sa décision. Pourtant, son action avait été réfléchie, elle avait consciencieusement pesé le pour et le contre de son hypothétique départ.
Non.
Riven était, à 12 ans seulement, d'ors et déjà une fille mature, avec la tête sur les épaules. Elle savait qu'en restant une ou deux années de plus dans l'institut, elle aurait fini comme poule pondeuse officielle de la Cité de Noxus, mariée à un soldat aléatoire des rangs de l'armée.
Elle aimait sa patrie, mais voulait la défendre d'une autre façon. Elle voulait montrer à sa Terre mère, que même orpheline, même en tant que femme, elle n'était pas faible. Elle voulait se battre pour elle.
Cependant, ces ambitions guerrières avaient vite été refroidies par la cruauté des nuits noxiennes.
L'hospitalité fait partie des nombreuses qualités que ne possèdent pas Noxus.
Seuls les plus forts survivaient, et cela, Riven ne l'appris que trop tard.
Affamée, exténuée et complètement déshydratée, elle sentait la faucheuse la guetter dans l'ombre, prête à bondir sur elle au premier faux pas.
C'est dans ce contexte qu'apparurent un homme, accompagné d'une femme. Riven les regarda un moment, les yeux vides, indifférente, alors qu'ils parlaient d'elle. Une grosse et vilaine cicatrice barrait l'un des yeux du gars, lui donnant un air sévère. Alors que la femme aux cheveux pourpres près de lui lui parlait avec un enthousiasme certain, il se contenta de faire rouler ses épaules avec dédain, poussant un Soupir.
Elle n'entendit pas leur conversation, la fatigue et la faim l'ayant rendue sourde, si bien que quand le soldat s'approcha d'elle et lui saisit fermement le col, elle se dégagea avec une force instinctive, se mettant en garde face à l'agresseur.
Il leva un sourcil, visiblement très amusé.
« Tu as peut-être raison, Katarina… voyons voir ce qu'on peut faire d'elle. »
« Par la suite, » Continue-t-elle, « J'appris que cet homme était l'un des généraux de Noxus, Darius, plus connu sous l'acronyme de La Guillotine Noxienne. Le gens, même de chez nous, le disait cruel et impitoyable. Il m'emmena, avec Katarina, une autre haut-gradée de l'armée, à L'institut de la guerre. Durant les 6 années que j'ai passée là-bas, la vie fut rude, et sans concession. J'étais nourrie, et logée, mais je ne m'appartenais d'ors et déjà plus. De temps à autres, Darius, pour qui j'avais de plus en plus de respect, m'emmenait voir un homme complètement cinglé, dont je ne me rappelle plus le nom. J'étais sa chose, son cobaye. Injections, drogues et mutilations, j'ai eu droit à tout. Mais à chaque fois, je me sentais plus forte, quelque chose de nouveau coulait en moi, galvanisé par mes espoirs de batailles futures. Le fou m'appelait « sa création », et je pouvais lire dans ses yeux rougis par la démence, toute la fierté, et tout l'amour malsain qu'il me portait. »
A bout de souffle, Riven rompt le contact visuel qu'elle entretenait depuis plusieurs minutes avec Yasuo. La suite, elle la connaissait, et son interlocuteur, bien assez malin pour comprendre que c'était à ce moment de l'histoire de la blonde que sa vie bascula réellement, ne dit rien, et lui laisse le temps de choisir ses mots.
« Un jour, alors que Darius m'avait une fois de plus emmené voir le fou, ce dernier me présenta une épée. » Commence-t-elle. « Une lame immense, plus grande que moi et imprégnée de magie runique. M'assurant que je serais parfaitement capable de la magner, il m'invita à l'essayer. Ce fut démentiel. Je pouvais faire avec cette épée, des choses tellement inimaginables, que même si je t'en parlais, tu ne me croirais pas. C'était comme si la lame me portait, virevoltante avec le vent, tourbillonnante telle une tornade, dangereuse comme la mort. »
Galvanisée par son récit et ses souvenirs de sa première rencontre avec son arme, Riven n'entendit pas Yasuo murmurer : « Comme le vent… ? Humpf… Non. »
« Mais ce jour, ne finit pas aussi bien qu'il avait pourtant commencé. » continue-t-elle. « Mon 'créateur', comme il se plaisait à se nommer lui-même, devant l'œuvre achevée que j'étais enfin devenue, perdit toutes ces limites. Il commença à me faire des avances, et devant ma réticence, devint violent. Il essaya de me violer. Malheureusement pour lui, il m'avait trop bien faite, et ma lame bu son premier sang ce jour-là. »
Sa voix est tremblante, et des larmes coulent une fois de plus malgré elle sur son visage, maintenant plus proche que jamais de celui de l'homme face à elle.
« J'ai tué cet homme, Yasuo, le premier d'une longue, très longue liste. Et le pire, » Elle pleure maintenant franchement. « Le pire, c'est que j'y ai pris du plaisir, j'ai aimé tuer cet homme ! Quand son vieux corps s'est écroulé à mes pieds, je me suis senti soulagée…libérée… et…et… »
Une main bienveillante se pose sur son épaule, ferme et douce à la fois. Ses mots se perdent dans sa gorge, et elle ferme les yeux, meurtris d'évoquer ces sales souvenirs. Elle hoquète de surprise en sentant une main froide retirer les larmes sur sa joue, d'une fine caresse. Elle rouvre les yeux, mais baisse le regard.
« Agissez donc avec plus de respect, mes enfants, envers le sexe qui fera votre fortune, car vous déplairez toujours aux minables, vous avez trop de feu pour les âmes prosaïques. » Récite lentement Yasuo.
Les yeux toujours humides, la jeune femme se plonge à nouveau dans les iris aquilins de l'homme en face d'elle.
« C'est ce que nous répétait toujours notre Ancien, quand, dans notre stupide machisme juvénile, nous parlions vulgairement des femmes. » Avoue-t-il. « Tu n'as pas de remords à avoir dans cette histoire, tu n'as poussé personne à t'agresser. Ainsi, cet escroc a mérité sa mort. »
Leurs visages sont maintenant si proche l'un de l'autre, qu'ils peuvent ressentir le souffle de chacun effleurer leur lèvres.
Mais dans un ultime assaut de lucidité, Yasuo s'éloigne de cette dangereuse créature, qui, il ne l'admettra jamais, a beaucoup trop d'impact sur ces décisions et actions. Peut-être le fait qu'ils aient connu une enfance relativement similaire, ou alors parce que cela faisait des décennies qu'il n'avait plus eu de contacts humains, pousse ses émotions à prendre des décisions que sa raison n'aurait sans aucun doute jamais même envisagée.
« Alors, t'ai-je menti, ne te sens-tu pas un peu mieux maintenant que tu en as parlé ? » se reprend-il.
Riven renifle comme une enfant à qui on a appris une leçon à la rude, et laisse échapper un petit rire jaune.
« Soit… je te l'accorde, monsieur le docteur. »
Elle se redresse pour se donner un peu plus de contenance.
« Merci. »
« Ce n'est rien. »
Il s'affaisse, prenant un air désintéressé.
« Il serait bien qu'on sorte d'ici prochainement, il me tarde de jouter contre toi, Riven l'épéiste. » fait-il, comme si de rien n'était.
Ya'halllo tout le monde ! Un peu en retard, mais vivant ! Les chapitres d'introductions sont bientôt terminés, donc on va très prochainement entrer dans le vif du sujet ! J'espère que vous appréciez toujours autant ma petite histoire !
Nous avons atteint 10 reviews ! Bon ce n'est pas exceptionnel, mias pour moi qui n'y croyait pas trop au début, je trouve ça immense pour un début :D. Continuez comme ça, vous me boostez !
Alors il y a quelque chose que je voulais faire qui me tient à cœur, c'est les discussions avec les viewers ! A partir du prochain chapitre, tous les reviewers auront quelques lignes leur étant dédiées, où je répondrais à leur question/review. Alors si vous voulez me parler de quoi que ce soit, n'hésitez pas !
D'ailleurs je me demandais, jouez-vous tous à Lol ici-bas ? Si je me disais que ce que je joue pourrait vous intéresser ! Bon, je ne joue pas beaucoup ces temps-ci, me la coulant douce aux Canaris jusqu'à la fin de l'été, mais je suis l'actu Lol en permanence !
Alors alors :
-Je suis un ancien Gold IV, de l'époque où je jouais beaucoup :D, mais maintenant, mon compte principal doit se situer dans les méandres du Sylver 2/1 :p
-Je suis un fada de la midlane, et une vraie bouse en tant qu'adc ^^.
-J'ai trois mains : Yasuo, avec 83% de win rate en ranked et rang 5 de masteries :p ( vous l'aurez compris, je l'aime mon Yasuo ). Après Kayle, au mid également, je suis tombée amoureux d'elle avec son skin légendaire 3. Et enfin mon pote Zac, le rejeté de la jungle, je m'amuse toujours autant à sauter partout avec lui :D.
Et vous alors, qu'en est-il de vos mains ?
Peut-être un jour aurons-nous le plaisir de jouer ensemble !
Peace !
HN
