Les nuits étaient les pires pour Abby. Elle n'y pouvait rien, elle était toujours envahie d'une peur irrationnelle. Elle se roulait en boule sous ses couvertes et se raidissait en l'attente d'une attaque qui ne venait jamais. Elle avait l'impression ridicule d'être redevenue une petite fille, une enfant qui a peur de trouver des monstres sous son lit. Le matin, Luka la découvrait exactement dans la même position, le corps en position fœtale et tendu à se rompre.
Le soir du quatrième jour, elle toqua timidement à la porte de Luka. Sam était de garde toute la nuit et Alex était parti dormir chez un ami. Elle entendit le matelas du lit grincer et bientôt, la porte s'ouvrit, révélant Luka, en boxer et une chemise déboutonnée sur le dos, tenant un livre à la main. Apparemment, il sortait de la douche, ses cheveux humides dégoulinaient encore. Sa seule vue la calma. Il ne sembla pas surpris de la voir. Un léger sourire se forma sur ses lèvres et il ouvrit davantage la porte, l'invitant à entrer.
Il ne put s'empêcher de frissonner lorsqu'elle le frôla, lui envoyant une décharge électrique au cœur. Il déglutit et ferma vivement la porte, tentant de contrôler sa respiration. Elle s'était assise sur le lit, ses grands yeux noisette le fixant avec tranquillité et confiance.
- Tu as encore de la difficulté à dormir?
Elle hocha la tête.
- Peut importe que je sois éveillée ou endormie, je fais des cauchemars.
Elle semblait épuisée, sur le bord de craquer. En deux pas, il se retrouva devant elle. Il n'en pouvait plus de la voir souffrir, être sans cesse sur ses gardes. La flamme qui l'habitait s'éteignait à petit feu, comme si elle manquait d'oxygène. Abby manquait d'air, de confiance, de protection. Elle avait toujours tenté de se montrer plus forte que les autres, plus responsable. L'enfance qu'elle avait eu avait été trop courte, elle avait mûri trop vite. Dès l'adolescence, elle avait appris à se fermer aux autre, à ne rien les laisser voir d'elle-même. Luka voyait en elle comme dans un livre ouvert et ce qu'il y lisait l'effrayait. C'était le calme avant la tempête et elle avait désespérément besoin d'une bouée à laquelle se raccrocher. Il avait peur de la perdre, de ne jamais pouvoir la retrouver. Il lui prit les deux mains et la força à se lever. Il voulait à tout pris la réconforter, lui faire savoir qu'il était là pour elle. Sam était à cent lieux de sa pensée. La seule chose qui lui importait était Abby qui se brisait devant lui et qu'il devait à tout prix la retenir.
Elle éleva lentement une main et, ses yeux plongés au fond des siens, la posa avec hésitation sur sa poitrine, là où son cœur battait. Au contact de sa main sur sa peau nue, il tressaillit, incapable de garder contenance. Elle avait fermé les yeux et sa bouche remuait, comme si elle tentait de mémoriser la mélodie des battements de son cœur. De son autre main, elle caressa doucement sa joue, la douce courbe de sa mâchoire et remonta, s'attardant sur sa pommette. Elle suivit l'arcade sourcilière, effleurant ses cils. Elle dessina l'arrête de son nez et s'abaissa à ses lèvres, qu'elle caressa entièrement, doucement, sans hâte. Elle sentait le souffle chaud de Luka sur sa paume, de même que la cadence de son cœur s'accélérer. Elle voulait pouvoir le voir, le sentir, le toucher à toute heure du jour ou de la nuit, simplement en fermant les yeux. Elle voulait pouvoir l'appeler à chaque fois que la peur la submergeait, qu'elle se sentait couler. Elle réalisa qu'elle s'était arrêtée à ses lèvres et ouvrit les yeux.
- Je voulais me souvenir… fit-elle en tentant de définir la lueur qu'il avait au fond des yeux.
Luka prit sa main, entrelaçant leurs doigts. Ce fut comme si quelque chose se brisait dans son regard. Il se pencha vers elle et, contre son oreille, chuchota de sa voix grave et troublée :
- Je ne peux pas…
Ses lèvres chaudes effleurèrent sa tempe.
- Je n'en ai pas le droit…
Il posa son autre main dans le bas de son dos, l'attirant contre lui. Abby osait à peine respirer, mais ne put retenir un gémissement. Son odeur enivrante l'enveloppait, s'infiltrait par tous les pores de sa peau. Les cheveux encore humides de Luka l'effleuraient doucement, lui faisant davantage perdre la tête. Elle était à fleur de peau et lorsque Luka fit courir ses doigts le long de son dos, la caressant impitoyablement sous sa camisole de nuit, un tremblement incontrôlable s'empara d'elle, lui faisant perdre tous ses moyens. Elle s'accrocha à sa chemise et enfoui son visage dans son cou, mordant son colet. Il lui embrassait maintenant doucement la nuque, là où ses cheveux naissaient.
- Luka, je t'en pris…
- Shhhh…
Ses lèvres rencontrèrent les siennes et elle crut mourir, que son cœur allait exploser d'ivresse. Les souvenirs affluaient, vivaces, lui transperçant le cœur. Comment avait-elle pu oublier le goût de leurs baisers, la douceur, la chaleur de ses lèvres, de son corps, la façon dont leur langue s'unissait, ces mains expertes qui la possédaient? Les caresses de Luka s'étaient dangereusement précisées. Abby rompit le baiser pour reprendre son souffle alors que les lèvres de Luka glissaient le long de sa gorge. Il la serra davantage contre lui, comme s'il voulait que leurs deux corps se fondent l'un dans l'autre. Il goûta le velours de sa peau, son essence enivrante. Lorsqu'il atteignit la base de son cou, il grogna d'un air gourmand. Il réalisa qu'il désirait cela depuis longtemps, qu'il ne se sentait jamais aussi vivant que lorsqu'il était avec elle. Elle l'électrisait de la tête aux pieds.
Il réalisa qu'Abby s'était tendue. Elle ne refusait pas ses caresses, mais ne participait manifestement pas non plus à leur étreinte. Sa bouche quitta la douce courbe de son épaule et il releva la tête, ouvrant lentement et à contre cœur les yeux, reprenant peu à peu ses sens. Le visage de Abby, à quelques centimètres du sien, n'exprimait absolument rien. Il était parfaitement lisse, exempt de toute expression, comme s'il ne s'était rien passé. Elle se dégagea lentement et marcha jusqu'à l'autre bout de la pièce, où elle s'arrêta et croisa les bras sur sa poitrine. Le silence dans la pièce en était presque assourdissant, la tension perceptible. Luka restait là, les bras ballants, la gorge nouée. Comment avait-il pu…? Il était avec Sam et, bien qu'il ne nia pas désirer Abby plus que tout, la honte l'accablait. Il baissa lentement les yeux et s'assit lourdement sur le lit, se prenant la tête entre les mains. Il soupira, se demandant ce qui lui avait prit. Il tentait d'empêcher les images des derniers évènements d'affluer à son cerveau. Cependant, l'odeur d'Abby ne le quittait pas. Elle s'était imprégnée sur lui. Il se demanda si Sam la sentirait et devinerait ce qui s'était passé. Il se frotta les yeux, la mâchoire, les joues, troublé. Il sentait la présence d'Abby derrière lui. Elle n'avait toujours pas prononcé un mot. Il se demandait ce qu'elle pensait de leurs baiser, de lui. Il avait désespérément peur de la perdre. Peut-être ne lui adresserait-elle plus jamais la parole? Il gémit. En quelques minutes, tout avait basculé.
Abby gardait les yeux fixés sur le dos du jeune homme. Qu'est-ce qui lui avait pris? Comment avaient-ils pu se retrouver dans cette situation. Son cœur hurlait de détresse. Jamais elle n'aurait cru pouvoir s'abaisser à une telle bassesse. Comme pourrait-t-elle jamais regarder à nouveau Sam dans les yeux? Luka ne semblait pas plus fier qu'elle… Elle voyait qu'il le regrettait, oh, cela oui, mais elle ne pouvait s'empêcher non plus de ressentir du désappointement. Et s'ils ne se parlaient plus jamais par la suite? S'il n'osait plus la regarder? Elle se mordit l'intérieur de la joue et déglutit. Elle venait tout juste de se faire enlever, elle peinait à retrouver une certaine stabilité et voilà que d'anciennes blessures s'étaient rouvertes. Elle ne pouvait pas rester ici. Oui, mais si elle partait, qu'en penserait Sam? Se douterait-elle de quelque chose? Luka lui avouerait-il tout? Elle se dirigea rapidement vers la porte, sentant que si elle ne s'éloignait pas maintenant, sa tête allait exploser. Elle avait besoin de mettre de l'ordre dans ses idées. Luka se leva du lit, le regard implorant, mais ne fit rien pour la retenir. Il se sentait aussi impuissant que le jour où il avait perdu sa Danijela et les enfants. Il avait l'impression que tout glissait loin de lui, sans qu'il puisse faire quoi que ce soit pour empêcher le désastre. Lorsque la porte de l'appartement claqua, il se sentit à nouveau perdu.
Abby marcha d'abord sans but, n'ayant nul part où aller. Elle n'avait pas envie d'aller chez Susan. La nuit était fraîche et elle resserra machinalement son manteau autour d'elle. Elle gardait les yeux rivés au sol, complètement absorbée par ses pensées. Elle se trouvait dans une rue bondée, un boulevard important. Lorsque les portes des commerces s'ouvraient près d'elle, elle entendait la chaleur des voix, les conversations qui allaient bon train, la musique qui jouait en sourdine. Elle n'avait pas envie de se mêler à ces gens. Le seul endroit où elle aurait pu aller et trouver des âmes aussi troublées que la sienne était un bar. La pensée l'effleura un instant et la fit sourire amèrement. Ce serait facile de replonger dans l'alcool, un seul verre et tout serait à recommencer…à nouveau. Bien que tentante, elle la repoussa. Elle n'avait quand même pas travailler aussi fort pour tout envoyer promener à la moindre embûche. Embûche? Était-ce vraiment ce dont il s'agissait? Il lui avait donné un baiser. Un baiser. Ce n'était pas comme si Maggie avait fait une autre tentative de suicide. Un baiser, ce n'était rien, absolument rien… mais un baiser de Luka. Elle pinça les lèvres et accéléra le pas, comme pour fuir les images troublantes qui lui venaient à l'esprit. Pourquoi? Pourquoi? criait-elle intérieurement. Elle n'avait absolument pas besoin de nouveaux problèmes. Elle en avait assez sur les bras. Elle ne tentait même pas d'analyser ce qu'elle ressentait, ni de se questionner sur si elle en avait eu envie. Il avait une relation saine avec Sam, quel besoin avait-elle eu d'aller se fourrer entre ces deux-là?
Elle arriva près du Michigan. Les lumières de la ville se reflétaient sur ses eaux ridées. Un chien jaune, au poil sale et ébouriffé, était accroupi sur le bord de la rive. Il avalait l'eau à grandes lapées, apparemment inconscient des tonnes de déchets qu'elle contenait. Il releva la tête en se léchant le museau et les babines et s'éloigna en trottinant, guilleret, sa longue queue battant joyeusement l'air. Abby l'avait observé d'un œil morne, enviant légèrement son innocence, la simplicité de sa vie. Elle ricana. Il fallait qu'elle soit tombée bien bas pour envier un chien. Elle avait embrassé Luka. Il faisait froid tout à coup. Elle avait embrassé Luka. Elle se demanda si le chien reviendrait. Elle avait embrassé Luka. Quelle heure pouvait-il être? Elle avait embrassé Luka. Elle avait embrassé Luka. Elle avait embrassé Luka. Elle avait embrassé Luka… D'accord, elle avait embrassé Luka. Elle avait deux options. La première, quitter la ville sur le champs, ne jamais le revoir ni lui parler, abandonner ses amis, ne jamais le revoir ni lui parler, se trouver un autre appartement, ne jamais le revoir ni lui parler, trouver un travail dans un autre hôpital, ne jamais le revoir ni lui parler, interrompre ses études, ne jamais le revoir ni lui parler, effacer cinq ans de sa vie, ne jamais le revoir ni lui parler, ou la deuxième, rentrer à l'appartement, s'asseoir à une distance respectable de lui et tirer le tout au clair. La deuxième solution ne lui paraissait pas plus avenante que la première, mais, avec un peu de chance, elle ne perdrait pas tout ce qu'elle possédait, c'est-à-dire son amitié et l'hôpital. Après tout, il devait mortellement regretter son geste. Elle se montrerait ferme, nonchalante et après lui avoir assuré que cela ne se reproduirait plus, ils balayeraient le malaise d'un coup de main et tout serait oublié. Tout serait oublié, il le fallait.
Lorsqu'elle se retrouva face à lui une demi-heure plus tard, malgré toute sa bonne volonté, elle sentit ses convictions fondre comme neige au soleil. Elle avait cogné à la porte, stupidement, peut-être parce qu'elle ne se sentait plus la bienvenue. Il l'avait ouverte lentement, comme s'il craignait une attaque. Elle l'avait trouvé le visage défait, hagard et ses yeux…mon dieu, si elle avait pu en soustraire la douleur… Il n'avait pas paru choqué de la voir. Il s'était tout simplement tenu dans l'embrasure, sans prononcer une parole. Elle s'était retrouvée pétrifiée, glacée par son silence. Elle s'était pourtant préparée, elle savait exactement quoi dire, quel ton prendre. Pourtant, aucun son ne passait ses lèvres et ils restèrent l'un en face de l'autre pendant ce qui lui sembla une éternité. Il sembla recouvrer ses sens le premier, car il s'effaça légèrement, l'invitant à entrer. Elle prit soin de ne pas le frôler, mais il lui semblait que ses sens s'étaient exacerbés et que la chaleur qui irradiait du corps de Luka s'était mêlé à son sang, la plongeant involontairement dans la sensation de bien-être que lui procurait sa proximité. Elle voyait des signes de Sam partout dans la pièce : une note qu'elle avait laissée indiquant qu'elle rentrerait le lendemain matin, un de ses manteaux sur le dossier du divan, du courrier à son nom, un million de petites choses indiquant qu'elle faisait irrémédiablement partie de la vie de Luka. Il n'y avait rien d'Abby, aucune trace… Celle-ci chassa immédiatement la peine qui tentait de l'envahir. Elle était venue pour mettre un terme à peu importe ce qui se passait entre Luka et elle, pas s'apitoyer sur elle-même et sur le fait qu'elle n'était liée à lui que par un lien d'amitié.
Elle sentait son regard rivé sur elle alors qu'elle se dirigeait vers le divan. Elle s'assit bien droite, sur le bout du coussin, alors qu'il choisit de se mettre dans la chaise lui faisant face, de l'autre côté de la table basse. Au moins, un point du plan d'Abby avait été respecté, ils se trouvaient à une distance considérable. Elle ne pouvait s'empêcher de le fixer. Il semblait vide, extrêmement fatigué. Il s'était abandonné sur le dossier, les jambes étendues devant lui. Il la regardait calmement, mais l'habituelle chaleur qui caractérisait son regard avait disparue, laissant place à une lassitude peu familière. Le pire de tout, c'était que Abby savait qu'elle en était responsable. Elle s'éclaircit discrètement la gorge.
- Je suis désolée pour ce qui s'est passé tout à l'heure, Luka, fit-elle en un souffle.
Il esquissa un rire sans joie.
- Désolée pour le baiser ou pour ne rien ressentir pour moi?
Le cœur de Abby se serra. Comment faisait-il pour qu'elle se sente coupable en prononçant seulement quelques mots? Leur rôle aurait du être échangé. À lui la culpabilité et à elle la froideur. N'avait-il pas trompé sa petite-amie? Abby sentit la fureur l'envahir. Rien ne se passait comme prévu. Elle se leva d'un bond, comme munie d'un ressort.
- Je n'ai pas à me justifier Luka! Tu m'as accueillie quand j'avais besoin d'aide, offert une chambre et ton soutient, je t'en suis reconnaissante, mais ne me blâme pas pour avoir refusé d'aller plus loin.
Luka était resté immobile, incapable de se bouger, mais il baissa les yeux à la fin de sa tirade. Elle le brûlait. Sa désinvolture le tuait. Il se sentait involontairement attiré par elle. Il avait essayé de toute ses forces de lutter contre cette attirance, ce désir. Il avait si bien lutté qu'il y était presque parvenu. Il avait partagé le lit de plus de femmes qu'elle ne pourrait jamais se douter, offert son corps sans retenue, tentant de se perdre en quelqu'un d'autre. Il avait cru pouvoir en venir à bout, quand il avait trouvé Sam et Alex. La perspective d'une nouvelle famille, d'une nouvelle vie l'avait aussitôt séduit et il avait foncé tête baissé dans cette aventure, espérant que ses anciennes blessures ne se rouvrent plus.
Il posa à nouveau son regard sur elle. Elle se tenait droite, les mains sur les hanches. Ses yeux marrons brillaient de rage, de désespoir peut-être. Il hocha lentement la tête et, se penchant vers l'avant, croisa les mains et accota ses avants-bras sur ses genoux.
- Tu as raison, tu n'as rien à te reprocher. Je… n'ai jamais réussit à t'oublier Abby…
Abby déglutit et pâlit.
- …cela fait quatre ans que je tente par tous les moyens possibles de passer à autre chose et de te sortir de ma tête. J'ai vraiment tout essayé. J'ai couché avec un nombre incroyable de femmes, dont des prostitués, l'alcool est devenue une consolation : je foutais ma vie en l'air. Je suis allé en Afrique et pendant un instant j'ai cru m'en être sorti. Et puis Alex et Sam sont arrivés et…
Abby l'interrompit.
- Et tu les aimes, pas vrai? Ils sont ta nouvelle famille maintenant, Sam et toi…
- Je n'en sais rien! cria Luka. Je ne sais pas si la raison pour laquelle je suis avec Sam est la bonne, je ne sais pas si je suis une bonne chose pour Alex, je ne sais pas ce que je ressens pour toi…
Le silence avait envahi la pièce et Abby s'était à nouveau assise sur le sofa. Elle jouait nerveusement avec ses mains. Elle était totalement déconcertée. Bien-sûr, elle savait que les liens qui l'unissaient à Luka étaient fort, qu'ils avaient énormément de tendresse l'un pour l'autre, mais elle n'avait jamais réalisé à quelle point…
Elle inspira profondément. Elle ne voulait pas ruiner la vie de Sam et de Luka en l'air, sans parler de celle d'Alex. Il avait besoin de stabilité et, bien qu'il n'ait pas été très accueillant avec elle au départ, elle en était venu à l'apprécier. Sa présence enfantine, bien qu'un peu étrange (la veille il lui avait demandé de lui décrire les opérations qu'elle faisait à l'hôpital) la distrayait toujours. Elle savait qu'il était triste des disputes de Luka et Sam qui, ces derniers temps, étaient essentiellement toujours à son sujet.
- Je ne sais pas non plus ce que je ressens pour toi…
Au moins elle l'avait admis.
- … mais je sais que remettre en question ta vie avec Sam ne résoudrait rien.
Il sembla le point d'objecter mais elle ne lui en laissa pas le temps.
- Il ne s'est rien passé, dit-elle fermement, en plantant son regard déterminé dans le sien.
Il resta quelques instants immobile. Puis il se leva lentement et, contournant la table basse, vint se planter devant elle. Elle baissa la tête, refusant catégoriquement de rencontrer son regard, de lire ce qu'elle y verrait.
La voix de Luka était grave et presque inaudible, comme à chaque fois qu'il était bouleversé.
- C'est ce que tu veux? l'entendit-elle demander.
Elle hocha la tête, le regard toujours fixé au sol.
- Très bien.
Elle vit ses pieds disparaître et entendit ses pas monter l'escalier. Quelques instants après, la porte de sa chambre claquait.
