Chapitre 6: Première Dance
"Pourquoi tu ne m'as pas encore tuée? »
Il souffle.
« Qu'est-ce que tu attends? »
Le ton de la voix de la jeune femme monte d'un cran, et devant l'absence de réaction de l'homme a qui elle s'adresse, elle presse sa lame un plus fort contre sa nuque.
« Tu crois que je ne vois pas clair dans ton jeu, tu fais comme si de rien n'était maintenant, mais dès que je fermerais les yeux, tu n'hésiteras pas une seule seconde à en finir avec moi! » Commence-elle à crier.
Assis en tailleur, dos à son agresseur, Yasuo garde les yeux fermés, et reste impassible face aux menaces de Riven. L'acier froid contre son cou contraste avec la douce chaleur qui recouvre son visage grâce au feu de bois en face de lui.
Dans le silence de cette nuit automnale, seul le crépitement des flammes vient répondre aux questions de la jeune femme aux cheveux blancs.
Le brun a ses mains posées nonchalamment sur ses genoux. Il sent le fil de la lame qui le menace commencer à trembler imperceptiblement.
« Ne joues pas à l'imbécile avec moi! On sait très bien tous les deux que tu es loin d'être con! Tu sais! Tu m'as vu combattre! »
Toujours aucune réponse. Elle arrive de moins en moins à contrôler les frissons le long de son bras, et la prise sur son manche est moins sûre. Elle se mord la lèvre et lève les yeux au ciel de frustration. Elle passe sa main libre dans ses cheveux et essuie rageusement ses yeux humides d'un mouvement de coude pour s'éviter la honte de pleurer une fois de plus devant l'épéiste.
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Il retire son sabre aussi vite qu'il avait percé l'abdomen de sa victime, et virevolte sur lui-même pour parer un coup de pied que lui destinait un des gardes arrivé en renfort. Une fois son ennemi déséquilibré, sa lame fend l'air dans un impressionnant coup de taille qui coupe net la jambe du malheureux. Le vent s'enroule autour de l'acier et un sifflement strident en échappe au fur et à mesure que le combat s'intensifie. Il lève les yeux pour analyser la situation, et se précipite sur le soldat le plus proche en finissant sa course en une véritable tornade de métal qui propulse littéralement son adversaire dans les airs tout en lui infligeant des blessures impressionnantes sur les zones de son corps les plus exposées. Il lève ensuite son sabre en l'air et transperce la mâchoire de sa victime qui vient s'empaler de part en part sur le fil de l'arme, non sans émettre un craquement sinistre d'os fendu.
Un ouragan se déchaîne désormais sur son épée, prenant encore un peu plus de consistance. Il fait claquer sa lame dans un terrible coup d'estoc décrochant la tempête tourbillonnante qui va cueillir une quatrième victime se croyant hors de portée.
Puis il sent une brise bousculer sa joue.
Un vent de travers.
« On y est presque, encore quelques mètres et on pourra enfoncer la porte! » hurle Riven par dessus le vacarme du combat.
L'homme aux cheveux longs sort un peu hagard de sa brève rêverie et cherche du regard la propriétaire de la voix qui vient de s'élever au milieu de ce brouhaha. Ses yeux bruns croisent finalement les prunelles azurs rougies par l'exaltation de son ancienne compagne de cellule.
« Qu'est-ce tu fous?! C'est maintenant ou jamais! » S'énerve-t-elle en brandissant son étrange épée cassée vers la sortie.
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« Crois-moi Yasuo, si je suis encore en vie après cet enfer et toutes les choses horribles qui me sont arrivées, ce ne sera surement pas toi qui arrivera à en finir avec moi! »
Sa tirade se heurte encore une fois au silence imperturbable de l'Ionien.
Son frêle poignet plie finalement sous le poids de l'arme qu'il soutenait et le bout de métal runique tombe au sol en même temps que les genoux de Riven.
Dans la seconde ou la jeune femme ne représente plus la moindre menace pour lui, l'homme, rapide comme l'air, se retourne et l'empoigne par le col, la faisant décoller littéralement du sol. Surprise par le choc et la puissance de la prise qu'elle subit, elle tente vainement de s'agripper au bras de son agresseur pour éviter de suffoquer.
« Tu… tu t'en prends à une femme maintenant? » Commence-t-elle, « Où est passé ton si précieux honneur? »
Elle plonge ses yeux dans les siens, complètement paniquée, et tente de scruter son regard pour y déceler une quelconque réaction.
Mais rien n'y fait, son visage reste désespérément impassible.
« Tu crois que me tuer te pardonnera de tous tes crimes? Tu peux toujours courir, tu es pire que m… »
Une intense douleur dans son dos l'interrompt violemment. Le brun, après l'avoir plaquée sans ménagement contre l'arbre le plus proche, lui assène un crochet dans la volée, sans lui laisser le temps de reprendre son souffle. Son cou craque sous la brutalité du choc, et de sa joue droite émane maintenant une brulure lui dévorant la peau. Elle lâche prise sur l'avant-bras qui la tient toujours prisonnière et ses mains s'effondrent le long de son corps, comme pendue au gibet de presque 1M90 que représente le guerrier face à elle.
Pour la première fois depuis leur altercation, c'est finalement Yasuo qui prend la parole.
« J'espère que cela répond à ta question à propos de mon honneur. » Dit-il. « Ma fierté m'a quittée il y a bien longtemps, et ce ne sont pas tes petites provocations pitoyables d'animal malade essayant de retarder sa mise à mort qui vont rallonger ton espérance de vie. »
Riven voit sa mâchoire se contracter. Sa voix est ferme, mais elle sent qu'il s'applique à ce que chacun de ses mots la pénètrent plus profondément que n'importe quelle lame. Un gout de fer dans sa bouche la fait grimacer, et sans qu'elle ne puisse rien y faire, les larmes se mettent une fois de plus à couler sur ses pommettes.
Elle hoquète en un unique sanglot mal étouffé.
La main de l'ancien prisonnier se resserre un peu plus contre le cou de la jeune femme.
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« Qu'est-ce que… » Murmure Yasuo pour lui-même.
L'ancienne détenue et nouvelle alliée du combattant venait de leur libérer un passage vers leur liberté. Après 3 coups de taille impressionnants pour leur rapidité, elle avait enchainé sur un saut vertigineux et presque surnaturel, retombant avec fracas au milieu des derniers soldats qui leur barraient la route.
Comme portée par le vent.
L'onde de choc de son atterrissage, amplifiée par un dernier coup de taille de son épée sur le sol, propulsa les hommes autour d'elle dans les airs comme des poupées de chiffons, découpant leurs peaux, et broyant leur os.
« Une lame d'air… » Finit-il, médusé.
Riven se relève et fait un grand signe de la main à son attention.
« C'est maintenant ou jamais! »
Pris dans le feu l'action, et surpris de leur victoire écrasante dans cette entreprise suicidaire que représentait leur plan d'évasion, son esprit semble oublier ses récentes conjectures et il commence à courir dans la direction de la fille aux cheveux blancs.
Bientôt, c'est la porte du palais d'Ionia qu'ils traversent tous les deux cotes à cotes à toute vitesse.
D'ici 20 minutes, ils seraient hors de la ville.
Une fois hors de la ville, impossible pour les traqueurs de mettre la main sur eux à nouveau.
Ils ont réussi.
Libres.
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« Tu me crois suffisamment idiot pour que je tombe dans le panneau d'une psychologie inversée aussi évidente? Ou est-ce que tu te sens assez intelligente pour que je réponde à une provoc aussi facile? Si tu prenais un peu le temps d'analyser la situation au lieu d'agir comme une proie prise au piège, peut-être que tu ne te retrouverais avec le gout de ton propre sang dans la bouche à ce moment précis. » Il ouvre sa main et ses doigts libèrent le tissu du col de Riven, qui s'effondre sur le sol. « Pourquoi? Pourquoi encore? »
Il se prend le visage entre ses mains et se frotte les joues comme pour vérifier qu'il n'est pas en train de rêver. Il dégaine son sabre et l'aligne au menton de la jeune fille.
« C'est toi? N'est-ce pas? » Demande-t-il.
Le fil de l'acier oblige Riven à lever les yeux vers Yasuo. Son visage ravagée par la crasse, la fatigue, les larmes et la pression, n'offre aucune réponse à l'homme aux cheveux longs.
« C'est toi. » Se répond-il à lui même.
Il retire son arme de sous sa tête, et la plante rageusement dans le sol.
« Toutes ces années à chercher… à errer, à mendier, à voler, à boire, à tuer… Mon frère, mes amis. Ces mois infernaux dans cette prison puante. Toute… cette souffrance… cette peine… Pour çà?! Pour une pauvre adolescente à peine mature?! Pour une pleurnicheuse ?! »
Il secoue sa tête de droite à gauche, contenant mal un rictus de dégout au coin de ses lèvres.
« Désolé de ne pas être le meurtrier diabolique et malfaisant que tu espérais pour ta vengeance. » Parvient à dire la jeune femme dans un souffle.
Il s'immobilise.
« Tu l'as dit toi même non? Personne n'est foncièrement mauvais. » Continue-t-elle.
Toujours debout devant elle, il ne dit rien.
« Tu fais le malin avec tes théories philosophiques sur le monde et les hommes, mais au final, tu es aussi con que moi. » Elle crache le sang qu'elle garde depuis quelques minutes dans sa bouche sans réussir à l'avaler. « Regardes toi. Tu es libre grâce à celle que tu devais tuer en sortant de ce trou. Alors là pour le coup, ouais, chapeau connard de philosophe, tu t'es bien mis dans la merde! » Elle commence à rire, les yeux exorbités par une espèce de folie passagère, galvanisée par la peur. « Qu'est-ce que tu vas me dire, hein? Que tu as attendu pendant 3 jours à ne rien faire parce que tu étais trop occupé à réfléchir sur quel sort réserver à la pauvre petite fille qui t'a permis de t'échapper de ta jolie prison dorée dans ton palais impérial de mes deux?! Y a pas trente-six solutions à ton problème, tu dois me tuer, alors arrête de jouer au bon saint Maritain avec moi, et finissons-en! »
Essoufflée par sa tirade et à court de venin, elle tape furieusement son poing sur le sol.
« Tu as aidé la criminelle que tu recherches comme une âme en peine depuis des années à s'enfuir de l'endroit ou elle allait finalement être jugée! » Crache-t-elle. « L'exécution de ton vieillard sénile, je l'aurais avouée, et ta pitoyable fierté t'aurait été rendue! »
Elle conclut ses mots en se relevant furtivement et bondit avec les dernières forces qui lui restent sur Yasuo, profitant de la force de l'impact pour le plaquer au sol. Elle s'agenouille sur lui en lui bloquant les bras avec ses jambes, et lui colle son coude sous la pomme d'Adam. Son front est à quelques centimètres du sien, et le jeune homme pris au piège peut sentir son souffle saccadé sur son visage. Elle lui assène un coup de poing de toutes ses forces droit sur le visage.
« Tu n'as plus le choix! Même si tu réussis à prouver que je suis bien l'auteur du crime dont on t'accuse, tu ne seras pas innocenté de toutes les morts que tu as causées! » Deuxième coup de poing. « Toutes les veuves! » Encore. « Tous les orphelins! » Son quatrième coup meurt avant d'atteindre sa cible quand elle sent la main ferme et puissante de l'homme sous elle s'enrouler autour de son cou. « Et moi… » Parvient-elle à finir du fond de la gorge.
Yasuo la retourne comme un pantin et se retrouve maintenant au dessus d'elle, la dominant de tout son corps.
« Tu vas te taire oui! » Lui crie-t-il au visage de sa voix grave et rauque.
Riven écarquille les yeux en entendant pour la première fois le brun hausser la voix de cette façon.
Pour la première fois, il semble véritablement perdre son calme et son flegme si caractéristique.
Leurs yeux se figent les uns dans les autres.
L'épouvante fait face à la colère.
La culpabilité face à l'impuissance.
« Parce que tu crois qu'une fois que j'en aurais fini avec toi, quelqu'un te regrettera? Tu n'as pas de mari, pas d'enfants, pas d'amis. Tu mourrais seul avec tes regrets et ton désir de repentance impossible. »
Il marque une pause. Sa mâchoire se contracte, et Riven jurerait qu'il hésite à ce moment même sur ce qu'il s'apprête à dire.
« Le monde n'en a rien à foutre de toi. »
La jeune femme aux cheveux blancs passe sa main sur celle qui l'étrangle pour essayer de prendre une pleine bouffée d'air. Elle croise ses doigts entre ceux de Yasuo et tire légèrement dessus, comme si elle le suppliait de relâcher un peu son emprise.
Imperceptiblement, il détend sa prise.
C'est à ce moment précis, que Riven prend conscience d'une chose qui lui échappait dans l'attitude du brun.
« Cà te demande tant d'efforts que çà de te forcer à m'en vouloir? » Murmure-t-elle, pensant à voix haute.
Il détourne son regard du sien, brisant le lien visuel qu'ils entretenaient depuis quelques minutes.
« C'est pour çà que tu ne m'as pas encore tuée. » Continue-t-elle, le regard dans le vide. « Tu n'arrives pas à me tenir responsable. Tu te forces à me vomir des méchancetés et des menaces à la figure, mais tu hésites, tu ne crois même pas ce que tu dis. »
Sa main monte le long de son avant-bras et se pose sur l'articulation de son coude.
« Tu as raison. Le monde n'en a rien à faire de moi, depuis le début. Que je sois morte ou vivante, peu lui importe, je ne suis plus rien pour personne. » Dit-elle. « Mais toi, Yasuo… » Ses mots sortent de sa bouche plus vite qu'elle le voudrait, sans qu'elle n'ait le temps de les retenir. Dans sa poitrine, une pointe vient serrer son coeur douloureusement, et sa respiration s'accélère encore un peu plus. « Mais toi, tu fais partie de ceux-là. Ceux qui sont profondément bons. Ceux qui, en plus d'être doués de leur corps, le sont encore plus d'esprit. Le monde a besoin de personnage comme toi. »
Sans comprendre pourquoi, une douce chaleur commence à imprégner les joues de Riven, et en temps normal, elle se serait sentie ridicule et honteuse de ressentir ce genre d'émotions.
« Tu étais sérieusement en train d'envisager de m'épargner après tous les malheurs que mes actions ont apporté dans ta vie? Je n'en reviens pas. »
Sans nier, Yasuo fixe à nouveau son regard dans celui de Riven.
« Je suis désolé, je vais t'épargner çà. Tu n'auras pas à choisir. » Finit Riven.
Aussitôt sa bouche fermée, elle défait son bras droit de l'emprise du brun, et le prenant par surprise, lui cogne la tempe droite de son poing.
Sonné par la brutalité du coup, Yasuo perd légèrement connaissance, et sa vision se trouble sans qu'il ne puisse rien y faire. Une douleur lancinante vient harceler sa tête, l'empêchant de réfléchir pendant quelques précieuses secondes.
Secondes qui sont suffisantes à Riven pour récupérer son arme, et se l'enfoncer profondément dans l'abdomen dans un coup d'estoc impitoyable à elle-même.
Quand Yasuo réouvre les yeux, la seule chose qu'il voit est le corps tremblant de l'ancienne prisonnière s'effondrer sur lui-même dans un silencieux râle de douleur.
Après 1 an d'absence! me revoilà! Pour ceux qui se souviennent encore de moi ou ceux qui découvrent à peine l'histoire, n'hésitez pas à laisser une review pour me dire ce que vous en pensez ( et me jeter des tomates ).
Sur ce,
Peace!
