Le temps s'était maintenu à la pluie, et ils avaient passé leur temps à marcher. Les jambes d'Hermione lui avaient fait mal, au début, si mal qu'elle avait dû les masser, le soir, quand Sirius leur accordait quelques heures de repos plus que mérité. Ses muscles la brûlaient, mais elle restait silencieuse. L'animagus, lui, était plus que muet : il était transfiguré dans un mutisme boudeur, ou glacial, parfois. La sorcière avait l'impression d'avoir affaire à un grand enfant, ou d'autres fois à un adulte très âgé. La lueur dans ses yeux, quand elle croisait son regard, était aussi changeante que les formes des nuages, et ce qu'elle y voyait lui faisait peur ; elle espérait que la faiblesse qu'elle montrait, par sa fatigue ou par sa compassion, n'amenait pas Sirius à la détester ou à vouloir partir loin d'elle.
Il n'avait pas demandé à ce qu'elle continue ses entraînements, mais elle prenait quelques instants, le soir, enroulée dans son manteau dans un fossé, essayant de chasser l'humidité de ses cheveux, pour rentrer dans cette transe spéciale, cette concentration si difficile. Elle avait l'impression de donner trop d'énergie, et qu'elle aurait pu se déployer à faire un feu, à trouver de la nourriture. Pourtant, elle ne voulait pas user de ce temps pour autre chose - c'était un moment sacré, et elle regrettait la voix de Sirius, ses mots calmes, sa confiance tranquille, qui l'aidaient tellement.
Ils partageait la nourriture qui leur restait, et le deuxième jour, ils en vinrent à boire beaucoup d'eau pour calmer la faim qui les tenaillait, leurs vivres ayant disparues, mangées ou oubliées dans l'hôtel. Ils ne virent aucun mangemort, mais ils évitèrent de toute façon les grandes routes, les villes et villages, et toute activité magique. Dormir sans voir formé un bouclier autour d'elle rendait Hermione nerveux, pourtant elle confiait ses heures de sommeil à la veille vigilante de Sirius. A l'aube du troisième jour, ils étaient déjà en train de voyager quand la forêt s'arrêta soudainement, pour devenir une falaise de pierre granuleuse, grise et battue par les vents. Hermione sentit l'air iodé, et lécha ses lèvres sèches : devant eux s'étendait une plaine à l'herbe rase, qui se transformait peu à peu en sable du bord de mer. Et, au loin, une ville dont quelques immeubles et une gigantesque cathédrale dépassaient de l'horizon.
« Tu désires toujours aller à Brighton ? »
La voix de la sorcière était cassante, comme le croâssement d'un corbeau : elle fut surprise d'entendre le son de sa propre voix, et Sirius lui lança un regard incrédule, comme si il s'étonnait lui aussi qu'elle eut prit la parole. L'ébahissement disparut aussitôt, l'animagus ne permettant pas à son visage de montrer ses sentiments en cet instant ; il hésita, et Hermione craignit qu'il se contente de hocher la tête. Elle se sentait si diminuée par son silence, c'était comme si elle ne valait plus la peine qu'on lui parle. Alors, quand elle entendit sa réponse, ce fut comme une ondée sur une fleur déséchée.
« Oui. Espérons que nous arrivions à trouver des rebelles, là-bas. La résistance peut s'y être installée, même si j'en doute ; néanmoins, cela ne nous ferait pas de mal d'espérer tomber sur un ami qui nous veut du bien. »
Et le mince sourire qui étira ses traits émaciés donna à Hermione envie de pleurer. Après leur dissenssion, elle avait tellement désespéré de revoir ce genre d'expression sur le visage de son ami. Malgré elle, ses pensées se dirigèrent vers Harry : qu'aurait-il dit, à savoir sa meilleure amie et son parrain dans leur situation présente ? Aurait-il été fier, ou aurait-il désapprouvé leur mission ? Elle préféra chasser ses idées noires, et se concentra sur comment descendre la falaise penchée. La brise avait un goût agréable de sel, même si elle devait sûrement piquer aux plaies de Sirius.
« Tu ne veux toujours pas que j'y touche ? »
Elle lui avait demandé, quand ils s'éloignaient de l'hôtel. Elle avait insisté - Merlin savait combien elle avait insisté ! Mais cette tête de mule avait refusé tout net, grognant que si elle continuait à l'embêter, il allait lui faire le même genre de plaie afin qu'elle ne se soucie que de ses propres blessures. Si elle n'avait pas pris au pied de la lettre la menace, elle avait comprit qu'elle devait clore ce sujet. Peut-être que l'avancée vers leur objectif rendrait Sirius un peu moins sévère envers lui-même.
« Si j'ai besoin qu'on y touche, je te le ferai savoir. »
Hermione soupira mais abandonna le sujet, même si un regard sur les blessures suffit à lui donner un frisson : dessous les haillons que portait Sirius, les trois profondes plaies avaient cessé de saigner, mais elles étaient pleine de terre, rouges et boursoufflées. Hermione serra les poings ; le sourire sur le visage de Malfoy, quand il avait blessé Sirius, fit monter la nausée de son estomac. Elle espéra que Rémus ou Kingsley seraient là, ou qu'ils auraient au moins des membres de l'Ordre. Puis, elle éteignit la flamme de son espoir comme on monche une bougie : personne ne savait qu'ils seraient là. La moindre trace de magie serait détectée, et Rémus ou Kingsley n'avaient aucun moyen de connaître leur destination ou même leur état. Ce qu'ils risquaient de trouver, par contre, c'était des mangemorts, bien installés dans une ville portuaire comme celle-ci. Elle s'arrêta, les cheveux dans le vent ; ils étaient particulièrement à découverts, sur ces plaines désolées, et elle se sentit soudain nerveuse et appeurée. Sirius lui lança un coup d'oeil en voyant qu'elle n'avançait plus, lui demandant silencieusement ce qui la retenait.
« Ne devrions-nous pas juste prendre un bateau pour l'Italie, ou la France ? Je veux dire, ils ne sauront pas que nous sommes ici ... »
Sirius s'immobilisa, son regard balaya les alentours, et il se laissa soudain choir dans le sable à leurs pieds ; Hermione fit de même, contente de pouvoir se reposer, même si la poussière et les grains de sable commençaient à pénétrer partout, dans le moindre orifice à disposition de leur pouvoir irritable.
« Je t'ai dis que Rémus avaient ses petits secrets. Il a réussi à passer la frontière anglaise, et je ne t'en dirai pas plus. Il s'est installé en Italie, avec d'autres membres, mais ce que je ne t'ai pas dis, c'est qu'il y a plusieurs endroits, notamment à Brighton, où des cachettes sécurisées sont sensées nous attendre. De là, nous pourrons les contacter, leur indiquer notre position, et pourquoi pas leur demander de nous rejoindre. »
L'ébahissement face à un tel secret laissa Hermione pantoise. Elle ne put enlever le ton désapprobateur et fâché de sa voix : « Et tu ne me l'as pas dis, parce que ... ? »
Les yeux noirs de l'animagus se plissèrent, et il répondit d'un ton sec, comme un aboiement réprobateur : « Ce n'est pas un problème de confiance, si c'est ce que tu peux croire ; néanmoins, le but d'un secret est de le rester ; plus il y a de gens qui le partagent, plus il a de chance d'être révélé. »
Hermione sentit le rouge cuire ses joues. Bien entendu - Sirius s'en voulait encore d'avoir demandé à Peter Petigrow d'être le dépositaire du secret des Potter. Il était toujours rongé par ses souvenirs, comme si sa mémoire travaillait comme de l'acide à détruire son coeur. En restait-il encore quoi que ce soit ? Cet homme, si charmant autrefois, avait été changé en bête aux abois par les détraqueurs et sa fuite éperdue. Retrouver Harry n'avait été qu'un mince réconfort, et il l'avait tout aussi rapidement perdu. Hermione ne pouvait qu'imaginer la folie que devait cacher ses boucles noires et ses yeux sombres luisants comme de l'encre. Elle se sentit le coeur gonflé de compassion pour cet être qu'elle ne connaissait pas tant que ça, mais qui représentait à la fois la résistance face à la noirceur des mages noirs, et la faiblesse d'un homme dont la démence résulte de tout ce qu'il a égaré sur sa route, amis et famille.
Sirius dût prendre son silence pour une victoire, car ils se relevèrent et reprirent la route. Hermione détecta rapidement les cris des mouettes, et si le silence l'avait gêné durant ces derniers jours, ce bruit lui vrilla les tympans jusqu'à l'agacement. C'est avec soulagement qu'elle accueillit les premières cabanes de pêcheurs, et ils pénétrèrent dans la ville dans une matinée avancée. Sirius, transformé en chien pour l'occasion, ne reniflait pas autour de lui comme un canidé ordinaire ; il collait les jambes de Hermione avec un soin particulier. La sorcière avait le coeur au bord des lèvres : les agglomérations étaient devenues synonymes de danger, de regards inquisiteurs. Sirius finit par lui montrer la voie à suivre ; les rues étaient anormalement désertes, et les gens qu'ils croisaient avaient le teint gris, les yeux hagards et caves. On aurait dit des fantômes ou des spectres plutôt que des humains. C'était là une preuve d'autant plus flagrante que le Lord Noir avait étendu son pouvoir partout dans le pays. Les moldus étaient sous bonne garde des Mangemorts, et la plupart était tout simplement utilisée comme esclaves ou menu fretin afin d'amuser les sorciers aux ordres de Voldemort. Hermione chasse tout cela de sa tête : elle se concentra, un pas après l'autre, en équilibre sur le fil de la vie. Il ne fallait pas qu'elle tombe - Sirius l'avait dit, Sirius l'avait prévenue, sans eux, tous seraient morts pour rien. L'inutilité des disparitions d'autrui avait un goût de cendre et de ruine dans sa bouche.
Sirius poussa du bout du museau un portail apparemment ouvert, et c'est avec une vigilance accrue qu'elle pénétra à sa suite dans le long couloir qui figurait un jardin minuscule. Ils passèrent le coin d'une vieille maison, et la sorcière se stoppa net : construit dans une pierre couleur de ciel nuageux, dont elle semblait voir des reflets irisés, une maison trônait sur des ruines.
« C'est comme le Square Grimmaurd. Tu savais que j'allais t'ammener à l'abri - et le fait que je sois là joue sur la façon dont cet abri t'apparait. C'est aussi une preuve que sa magie diminue : tu ne devrais être capable de la discerner uniquement si je t'en avais indiqué l'emplacement exact. Nous devons nous dépêcher ; je suppose que les mangemorts ont dû passer au peigne fin les environs, et si les protections de l'abri sautent, mieux vaut ne pas être dans ses environs quand cela arrivera. »
C'était le plus long discours qu'il avait prononcé depuis longtemps ; Hermione hocha doucement la tête, et ils avancèrent jusqu'à la porte de bois noir. C'était comme si un bout de ciel, dont les nuages bougeaient toujours, s'était décollé du firmament et que l'on avait façonné avec son essence une maison. Ou comme si quelque sorcier fou avait apposé une peinture de ciel pour camoufler la cachette aux yeux externes, sauf qu'il n'avait pas songé que du ciel directement sur du jardin, ce n'était guère discret. Sirius poussa la porte du bout des doigts, sur le qui-vive, la baguette d'Hermione dans les mains.
Elle remarqua que ce minuscule bout de bois comptait énormément à ses yeux. C'était durant le genre d'instant où le temps semble s'étendre comme une matière élastique, où les secondes s'étalent autour de vous, au ralenti. Ce morceau de bosquet, empli d'une magie qui lui était propre, était l'élément externe qui rendait ses sorts palpables. La voir tenue par Sirius, c'était à la fois étrange et mystique. Comme si il tenait un morceau d'elle-même. Elle regretta presque de la lui avoir passée, mais son remord disparut bien vite alors que ses pieds claquaient sur le sol jonché de poussière de la maisonnée.
« Cherche un objet de forme ronde, avec une trompe. »
La porte claqua derrière eux, faisant sursauter la sorcière, mais il n'y avait personne - hormis eux deux, deux fantômes amaigris et traînant leur fatigue comme une amie de longue date. Sirius s'était mis à fouiller frénétiquement autour de lui, retournant des papiers, une table, et disparaissant dans une pièce qui ressemblait à une cuisine. Hermione avança sur sa droite, dans un grand salon au parquet terne. Il y avait un très vieux piano, dont elle distinguait la forme sous un drap blanc. L'atmosphère avait la saveur des éons passés. Elle se mit à chercher à son tour, et elle en était à se demander si l'objet existait bel et bien, et à sa demander à quoi il servait pour que Sirius y mette autant de conviction, quand un glapissement la fit relever la tête.
L'épaule calmement posée contre l'entrebaîllement de la porte, la lumière d'une fenêtre illuminait Sirius dans son dos, inondant ses cheveux d'une clarté spectrale. Son visage pâle était dans l'ombre, et son sourire dévoilait des dents aux canines pointues, un sourire carnassier. Dans sa main droite, il tenait ce qui ressemblait à un klaxon. Mais ce qui chavirait la sorcière, c'était l'air à la fois perdu de Sirius, et combien sa maigreur le faisait paraître plus jeune. Les traits tirés, il devait avoir des cernes aussi noires que les siennes. L'animagus vint s'affaler dans un canapé en soulevant un nuage de poussière, puis il appuya fortement d'une pression de la main sur l'objet. Dans un léger couac, l'instrument forma une vibration dans l'air, puis ce fut tout. Hermione haussa les sourcils, puis se décida à parler : « C'est sensé faire quoi, exactement ? »
Mais Sirius lui indiqua de se taire, en posant un index sur ses lèvres décharnés. La sorcière, piquée au vif, s'assit en face de lui dans un fauteuil semblable, et croisant les jambes dans un semblant de fierté, baissa ses prunelles noisettes vers le klaxon. Quand, à la périphérie de son regard, la légère vibration dans l'air se transforma en tourbillon qui effaçait les couleurs de la réalité, comme une goutte d'eau dans de l'aquarelle, elle manqua de se jeter au sol, dans une surprise proche de la terreur. Mais Sirius, lui, se pencha en avant, avidement, son rictus exacerbé, de la salive luisant sur ses commissures. Il avait une étincelle de délire dans ses orbites sombres.
Une forme s'agita dans l'air, et Hermione porta une main à sa bouche pour retenir un sanglot étouffé. Rémus Lupin, du sommet du crâne à la moitié de sa poitrine, était apparu à eux. L'image était terne, grisée, et les contours rongeait l'espace lui-même, mais Hermione se fichait de savoir quel genre de sorcellerie c'était là. Rémus, ses grands yeux doux, son sourire calme et patient, Rémus était bel et bien vivant.
« Hermione. Sirius. Oh, mes amis » murmura t-il, et plus que n'importe quel miroir, ces mots emplis d'une compassion incommensurable, aux dimensions infinies, leur fit comprendre combien ils avaient changés.
Leurs os pointaient sous leur peau tendue, tels deux épouvantails de chair aux carcasses trop grandes. Hermione avait perdu le peu de graisse et de forme qu'elle avait, quant à Sirius, ses muscles saillaient, noueux comme les noeuds d'un arbre, sans une once de gras. Ils n'avaient rien de beau d'héroïque ; la privation, la peur, les dangers et les blessures les avaient réduits à ce qu'il y avait de plus primal, de plus animal. Deux êtes fragiles, deux flammes à peine flamboyantes. Hermione ressentit une honte brûlante à être réduite à un animal aux abois, et cette brûlure alimenta la haine contre les mangemorts.
« J'envoie Kingsley immédiatement à Brighton. Sirius, je t'avais déjà indiqué nos cachettes. Reposez-vous, nous serons bientôt réunis. »
Et, sans en dire plus, comme si il craignait d'être espionné, Rémus disparut, non sans un dernier regard empli de tristesse.
Ce fut tout.
Le silence était aussi destructeur que les mots, trop gentils, et aussi fragile que l'espoir soudain d'avoir fini, d'avoir enfin atteint leur objectif, d'être enfin en sûreté, et bientôt entouré d'amis.
Alors pourquoi Hermione sentait-elle aussi vide ? Il y avait un énorme trou en elle, aux contours indéterminés, à la manière de ce vortex dans lequel Rémus était apparu. Un endroit sans couleur et sans joie, où les murmures étaient des cris, et les hurlements des gémissements peinés. Elle enfouit son visage dans ses mains, et tenta de repousser ses idées noires. Kingley arriverait bien vite, et l'Italie les attendait peut-être. Des membres de l'Ordre, avec des idées de combat et les moyens de se battre contre Voldemort. Elle leva les yeux, et décela chez Sirius une frustration intense. Peut-être avait-il espéré autre chose que ces discours syllabins de Rémus. Il se leva sèchement, dédaignant le klaxon, et s'éloigna à pas furieux.
« Les cachettes ? » fit la sorcière d'une petite voix comme un couinement de souris. Sirius était une tempête, un orage grondant, sur le point d'exploser, mais elle se devait de lui montrer qu'elle était là. Elle était prête à essuyer ses cris, quitte à être la dupe de leur dispute, car c'était préférable à la solitude dans laquelle il allait se murer, encore une fois.
« Pour les repas. Les couvertures. C'était encore une fois une façon de nous protéger : si les mangemorts tenaient cette maison, ils n'avaient pas accès à nos vivres, nos affaires, nos secrets. »
Elle hocha la tête, chercha d'autres mots, plus réconfortants, mais Sirius le lui interdit d'un mouvement de la tête. Elle abdiqua, et se contenta de chercher à l'endroit qu'il lui indiqua. Elle l'entendit monter à l'étage, mais elle préféra rester au rez-de-chaussée. Sa baguette trônait sur la table basse, à côté du klaxon : quand l'avait-il reposée ? Peu importait ; elle s'en empara comme si elle venait de retrouver son coeur. La sentir entre ses doigts, c'était retrouver sa force, sa magie. Immédiatement, ses doutes se cristallisèrent : Kingsley leur expliquerait tout, et ils allaient tout faire pour déchoir ce lord noir.
A sa grande surprise, il y avait un cellier magique, rapetissé, dont elle sortit viande et légumes frais. Elle trouva également des ustensiles de cuisines, et à gestes maladroits, elle se mit à cuisiner. C'était des gestes trop quotidiens, trop douloureux. Des gestes d'une autre vie, qui n'avaient plus de sens dans leur guerre. Pourtant, c'est avec un bonheur consommé qu'elle sentit les aromes exhalés par une tomate fraîchement coupée, et sa joie d'entendre rissoler la viande dans une poële frisait le ridicule. Mais elle ne trouvait pas absurde de se réjouir d'aussi peu : les petites consolations, c'était tout ce qui lui restait. Son regard se porta au dehors : la pluie s'était remise à tomber, froide et annonciatrice de l'hiver précoce. Une joie malicieuse naquit en elle, alors qu'elle se réjouissait à l'idée de revoir la neige, quand une grande partie d'elle-même vouait au froid une haine féroce. Elle avait vécu dans l'hiver polaire, elle avait ressentit les engelures et les difficultés à se nourrir quand la terre était gelée. C'était aussi énivrant que bizarre de voir une partie d'elle encore innocente et enfantine.
Elle appela Sirius quand le repas fut prêt, mais il ne descendit pas. Le coeur lourd, elle mangea seule, sur le piano. Elle se nourrissait à une main, pour ne pas dévorer. Le goût de la viande avait une saveur exquise, et la tomate était divine. L'autre main, elle, pianotait. Les notes, cristallines mais désacordées, sonnaient comme des gémissements de plainte de l'instrument. Elle termina de manger, essaya de jouer une mélodie que son père lu iavait enseignée, puis éclata d'un rire larmoyant en l'imaginant secouer la tête, l'air exaspéré devant la bête d'ivoire et d'ébène qui ne rendait pas les bonnes tonalités. Elle retint ses larmes - elle n'avait plus la force de pleurer. Le ventre plein, la fatigue au creux des reins, elle monta à son tour, devina rapidement où était Sirius à ses bruits de pas (de toute évidence, il tournait comme un lion en cage), elle trouva une chambre vide et s'y installa. Les draps sentaient le renfermé ; elle en ajouta deux pour se tenir chaud sur le matelas aux ressords usés. Pour la première fois depuis qu'elle avait réussit à obtenir un résultat à son animagie, Hermione ne fit pas l'effort de faire sa transe. Pour la simple et bonne raison que, son estomac rempli prenant le dessus, elle s'endormit, la tête sur l'oreille, roulée en boule comme une enfant, serrant contre elle un bout de drap. Dans ses mains serrées, crispées sur le tissu, sa baguette.
