Chapitre 5 : Mise en garde.

Quand il sortit de son sommeil, Alex avait froid.

Il se retourna d'un geste endormi afin de trouver un peu de chaleur dans les bras de la bouillotte ambulante. « Natsu ? » Il constata bien rapidement que son radiateur préféré avait déserté et depuis un petit moment puisque les draps étaient frais. Il se leva maladroitement en quatrième vitesse et se dirigea vers le salon où il ne trouva qu'une boule de poil blanche étalée en plein milieu du salon, lâchant un miaulement provocateur en direction du petit châtain.

« -Et tu l'as laissé partir ? On ne peut jamais compter sur toi, Loy ! »

Il soupira avant d'être pris de légères remontée acides. « Et merde, manquait plus que ça. » Sa course vers les toilettes fut des plus tourmentée.

L'instant qui suivit son énième vomissement, il entendit la porte de l'appartement s'ouvrir pour son plus grand soulagement.

«-Bah alors mon lapin, on ne supporte plus l'alcool ? lança sarcastiquement la Salamandre en entendant son ami cracher ses tripes.

-La ferme, connard. T'étais où ?! répliqua Alex, toujours à moitié mort assis à côté des toilettes, la porte légèrement entre ouverte.

-J'étais avec Gray. »

L'intonation qu'avait pris le mage de feu était étrange, presque colérique ce qui interpella le malade.

« - Un problème ?

-Aucun. »

Il arbora un ton sec et distant, limite inquiétant. Ça ne lui ressemblait pas. Qu'est-ce qu'ils auraient bien pu se dire qui le m'était dans un état pareil ?

Face à cette colère sous-jacente, Alex préféra se taire et s'en aller après s'être habiller et avoir bu un café. Natsu était totalement hermétique et pensif. Il vaquait de droite à gauche et s'atteler à diverses activités dans le plus grand des silences. Il fut un tour rapide sur le blog avant de s'attaquer au ménage. Et oui, le petit félin blanc aimait laisser ses poils sur la moindre petit parcelle de tissu de l'appartement. S'il avait une voix, il dirait sans doute : « Vas-y, nettoie, humain. » Mais heureusement pour son maître, il n'en avait pas.

Natsu repensait à sa discution avec Gray ce matin : « Ils te mentent tous. », « Tu ne comprends pas. » , « Méfie toi d'Alex. »

« -Putain, fait chier ! Pourquoi il a l'air d'en savoir autant ? Ça me gonfle cette histoire ! cria seul la Salamandre. Et en plus je n'ai pas eu le temps de m'expliquer avec Alex ! Ce que c'est frustrant ! »

Aux coups de 14 heures, Alex sortit de chez lui et prit le chemin qui menait au parc. Le soleil était radieux, le ciel était dégagé, il faisait chaud. Les cerisiers étaient en fleurs et sous ses pieds se déroulait un long tapis de palette de couleur rose. Les pétales volaient au doux vent de printemps.

«-Alex, je t'attendais.

-J'ai eu un léger retard, désolé. »

Ce fut un homme assis sur un banc blanc sous un arbre qui l'interpella. Il était plus grand qu'Alex -ce qui n'était pas compliqué, certes, les cheveux clairs et les yeux noisettes. Il avait l'air plus âgé que le petit. Le châtain s'asseya à ses côtés, l'air soucieux.

« -J'étais chez Natsu ce matin...

-Oh... Va t-il mieux ?

-Mieux, mieux... C'est un grand mot... C'est toujours pire que depuis ce jour...

-Ça sonne comme un reproche.

-Je me dis que si tu avais été là plus tôt...

-C'est ta connerie, Alex !

-Mais je te paye pour ça, Ray ! Je sais, j'ai merdé. J'suis jeune, j'suis con. Je m'en veux vraiment tu sais.

-Je sais, oui. C'est vrai, tu as raison, je me sens tout aussi coupable, ne te fais pas d'illusion. Dis-moi, qu'est-ce qui ne va pas aujourd'hui ?

-Tu sais, hier je t'ai dit que ça allait mieux. Je pensais le raisonner et lui dire de ne pas aller voir ce Gray mais ce matin, quand je me suis réveillé, il n'était plus là.

-Tu as baissé ta garde ?! Tes sentiments ne doivent pas empiéter sur le reste, Alex !

-Je sais, Ray ! Mais c'est difficile. J'ai tellement fait pour lui, je me suis attaché d'une manière indescriptible. Ça fait un an qu'on est toujours ensemble, ça me fait bizarre... Ça recommence... Ça m'effraie.

-J'y suis attaché aussi à ce gamin, Alex. J'ai tout fait, tout fait pour lui ! Alors moi aussi ça me fait mal qu'il repense à son ancienne vie.

-Ce n'est pas sa faute... C'est la mienne... »

Les oiseaux chantèrent une balade amère dans le doux ciel bleu. Alex leva les yeux pour admirer ce magnifique spectacle alors que Ray fixait le jeune homme avant d'enfourner sa main dans sa poche ressortant ainsi une petite boîte de comprimé bleu.

« -Tiens, Alex. Ça le calmera au fur et à mesure. Une par semaine. Ne te fait pas prendre. Après 21 heures uniquement. Il faut que tu lui en redonne une ce soir sinon, ça risque d'être compliqué.

-T'inquiète, j'y veillerai personnellement. Je ne laisserai pas ce petit con tout gâché !

-Ne rentre pas dans ce jeu là, tu ne me facilites vraiment pas la tâche ! »

Il soupira avec un léger sourire amusé, prenant d'un geste ferme la boîte que Ray lui tendait. Il fallait recommencer, recommencer par sa faute et dans son cœur fleurissait une fleur bien rare : celle de l'espoir.

Dans un même temps, à 14 heure tapante, Natsu s'était décidé à sortir au bar habituel prendre un café avec sa joyeuse bande de copain dont Haru, le jeune blond.

Malgré la bonne humeur ambiante, il ne pouvait s'empêcher de penser à ce que Gray lui avait dit ce matin. « Il y a une chose dont je voudrais te parler... »

« -Assez ! s'écria le jeune mage.

-Un problème, Natsu ?

-Non, rien ! »

Bien qu'il était à côté de la plaque, la bande préféra ignorer sa mauvaise humeur passagère et continuait à rire et à le détendre. Une heure passa dans les fired et la joie.

« -Bon, j'me casse les gens.

-Tu vas où ? On se retrouve ce soir ?

-J'sais pas, je vais sûrement passer chez ton frère. Ouais, on se verra peut être ce soir. À plus ! »

Tous lui sourirent de bon cœur et il repartit, le sourire aux lèvres. Effectivement, il leva la tête et le temps était splendide. "Pourquoi se prendre la tête pour si peu, Natsu ? "

« Parce qu'ils se jouent de toi. Ouvres les yeux ! » Les souvenirs de la discussion qu'il avait eu avec Gray remontèrent. Il secoua la tête. Non, c'était impossible ! Comment pouvait-il penser une chose pareille ? Il faut réfléchir intelligemment et ne pas tirer de conclusions hâtives. Qui dit vrai ? Qui ment ?

Il avançait à travers les rues, les mains dans les poches avant de s'arrêtait devant un grand immeuble recouvert de lierre grimpant.

Code : 3278. Étage : 3ème. Porte : 32. 18 heures.

Cet immeuble, il le connaissait par cœur, il avait même le double des clefs qui ouvraient la porte devant laquelle il se tenait. Il l'ouvrit d'un geste confiant, guidé par une douce mélodie.

Pénétrant à pas de loup dans ces lieux bien connus, il referma doucement la porte. « Son talent au piano est vraiment indéniable. » pensa le jeune homme en avançant vers la chambre illuminée de son meilleur ami. Il resta devant la porte ouverte à le regarder et l'écouter jouer durant quelques minutes, plongé dans d'intenses réflexions. Il caressa de ses iris vertes tous les détails de son visage : ses yeux teintés d'azur, ses cheveux en bataille, ses lèvres qu'il avait envie de mordre ainsi que ses courts poils châtains qui recouvraient faiblement son bas visage. Ça lui donnait un côté tellement "sexy" dans l'esprit du mage.

Sans même qu'Alex ne le remarque tant il était concentré sur cette douce partition, Natsu partit. Ce qu'il ressentait était tellement contradictoire...

Il rentra chez lui, déprimé et se posa par terre, près de son lit en posant sa tête sur le matelas dans ses bras. Les rideaux étaient ouverts, laissant passer une lumière faiblissante sur son beau visage d'enfant. Il repensait à ce matin, ce que Gray lui avait dit...

« -Natsu, je te le dis, j'ai un étrange pressentiment vis-à-vis d'Alex.

-Comment peux tu dire ça, tu ne le connais pas, Gray.

-... Fais moi confiance. Le peu que je connais de lui me suffit amplement.

-D'où le connais tu ?!

-Là n'est pas la question... Natsu, tu nous manques à Magnolia ! Viens avec moi, s'il te plaît. Refaisons notre vie là-bas, reviens nous. Je t'en pris. Ce monde sans magie n'est pas fait pour toi. Ils te mentent tous... Puis, il y a une chose dont j'aimerais te parler. Pas ici. Pas maintenant. Je prends mon train vendredi. Tu as trois jours pour réfléchir. Je t'en pris, prends le temps d'y réfléchir. »

Il se releva et regarda Loy qui était endormi sur son lit.

« -J'ai réfléchi toute la journée... Et j'en suis venu à la conclusion suivante : Ces derniers temps, tout me contredit dans mes propres pensées, mes propres gestes. J'aimerais faire comme si que Gray ne m'avait rien dit mais quelque chose au fond de moi se réveille. Comme des souvenirs... Et puis... Il m'a dit autre chose... »

~-« -Tu m'as dit que tu faisais d'étranges rêves en ce moment, non ?

-Beaucoup moins depuis que tu es revenu mais oui, c'est vrai. J'entends comme une voix...

-Prends ça. C'est comme un somnifère qui prévient des désagréments nocturnes. Tu dois prendre ça tous les jours aux alentours de 19 heure. » ~

Il regarda l'horloge : 19h16 puis avala d'un coup sec ce médicament ce qui lui valu quelques hauts-de-cœur avant de se dirigea vers ses placards où il sortit un tas de vêtements et une valise rouge.

« -Je ne sais plus où est ma place, Loy... J'ai des sauts d'humeur, la présence de Gray me rends nerveux... Je me pose beaucoup de questions... Que s'est-il passé ce fameux soir ? Pourquoi suis-je stressé et stressant ? Je pense qu'il n'y a qu'une seule solution. Je dois faire le vide dans ma tête, loin de tout le monde. Non, Gray, je ne pars pas avec toi mais je partirai. Non, Alex, je ne pars pas avec toi mais je partirai. Oui. Il est temps pour moi de m'accorder une pause et de faire le point sur cette année. C'est pourquoi, je pars Loy. Loin de tout le monde. J'ai pris ma décision. Je reviendrai... »

Cette fois, le chat ne se contenta pas que de crier sa haine mais réconforta son maître en léchant ses joues mouillées de légères larmes.

Après une année passée ici, l'heure du bilan avait sonné.