Chapitre 6 : Et soudain ; le bilan.

Il y a un temps pour tout et celui qui sonnait une remise en question approchait.

Sa valise était bouclée -ou presque. Il se souvenait avoir laisser deux ou trois affaires chez Alex.

« 19h47 ? Alex doit très certainement être parti chez son frère. J'ai ouïe dire qu'ils faisaient des séances photos pour le blog aujourd'hui. pensa tout haut le jeune homme. »

Il entreprit alors d'aller récupérer quelques affaires avant son départ. Il ne savait pas où partir mais il avait besoin de s'aérer l'esprit... Pourquoi pas dans le continent voisin ? Ou même mieux : pourquoi pas à Hargeon ? Il ne croiserait personne -ou presque. Non, mauvaise idée. Cette ville était un mauvais souvenir...

Ne se laissant pas abattre, Natsu releva la tête devant la grande façade verte de l'immeuble de son ami. Toujours la même chose : trois étages, porte 32. Après une vérification discrète, il constata qu'il n'y avait personne. Il émit alors un soupir de soulagement. Que voulait- il déjà ? Ah oui, récupérer sa chemise grise et son bonnet noir. Il connaissait bien l'appartement d'Alex, il y venait très souvent -et surtout en pleine nuit. Parce que oui, quand Natsu avait des insomnies, il ne se contentait pas de broyer du noir chez lui en prenant une plaquette de somnifères, non. Ce n'est pas marrant, ça. Alors très souvent, il rejoignait Alex chez lui, dans son lit sur les coups de trois heure avant que ce dernier ne grogne chaque fois dans son sommeil : « Putain, Natsu, tu fais chier... » et de se blottir au creux de bras ardents.

La chambre d'Alex était incontestablement plus grande et plus lumineuse mais son lit était plus froid quand Natsu n'y était pas. Combien de nuits avait- il passé ici à soigner ses insomnies passagères ? Ils avaient tous deux arrêté de compter tant cette même scène se répétait.

Finalement, Natsu trouva son bonheur et même peut être plus : il emprunta à son ami un bonnet et une chemise ainsi qu'un caleçon -pour le mettre dans l'embarras. Comment lui dire qu'il va partir ?

« Non, je ne dirai rien. Ça vaut mieux. » Ayant fait le tour de tout le dressing d'Alex, Natsu remarqua qu'il y avait un tiroir qu'il n'avait jamais ouvert. Il tira doucement dessus par une poignée grise et découvrit une écharpe blanche écailleuse. Il analysa d'abord l'objet avant de se souvenir de quoi il s'agissait.

« L'écharpe d'Igneel ? Mais, mais... Qu'est-ce qu'elle fait ici ?! »

Consterné, il se tût un long moment. Que penser ? Les mises en gardes de Gray lui revinrent en tête : « Ils te mentent ! [...] Méfie-toi de cet Alex. Ils te manipulent tous ! »

Et si... Et si... Gray avait raison ? Non ! Il refusait de l'admettre. Il devait y avoir une autre explication. C'était peut-être juste le fruit du hasard. Mais alors comment expliquer que Natsu n'avait aucuns souvenirs de cette écharpe pourtant autrefois si importante à ses yeux ? Fallait-il partir ou rester ? Un événement de plus et Natsu allait craquer. C'était certain. Face à une vérité inarrangeable, que faire ?

Partir, pour mieux revenir et se prendre la vérité en pleine figure ou rester, encaisser, et partir une fois que tous les mystères auront été dévoilés ? La seconde option était tentante. Natsu ne tenait plus en place. Il voulait savoir toute la vérité, de cette mystérieuse soirée à aujourd'hui, le pourquoi du comment Gray connaît Alex, qui avait tué Lucy, dans quel but ?

«- ARGHHHH BORDEL ! Alors que j'avais l'intention de partir ! Je vais péter un plomb, je dois connaître toute la vérité ! Alex m'a menti... M'a trahi ! Tellement de souvenirs me reviennent en mémoire... Comment a t-il pu me cacher un truc pareil ?! »

Rempli de colère et de questions, il quitta telle une furie l'appartement de son ami - ou ennemi ?- en courant à travers les rues jusqu'à chez lui où il prit son téléphone aussi vite qu'il a pu.

« -Allô, Gray ? S'il te plaît, viens, j'ai besoin de toi à la maison le plus vite possible ! [...] À tout de suite. »

Il s'assit sur son lit, complètement déboussolé.

20 heures : studio photo 124 -centre ville.

« -Ok, c'est tout pour aujourd'hui ! Merci ma chérie, tu as été sublime.

-Merci à vous deux. Haru, on se boit un verre très bientôt. À plus tard.

-Avec plaisir, beauté, bonne soirée. Ben alors frangin, t'en tires une tête, ça va pas ?

-Si, bien sûr ! J'ai une boule à l'estomac depuis tout à l'heure, comme si qu'il se passait un truc pas net.

-Un mauvais pressentiment ? Ou une mauvaise digestion des acides ?

-La deuxième solution est certainement le meilleure ! Nan mais c'est à cause de Ray, chaque fois que je le vois j'ai un étrange feeling après.

-C'est peut-être parce qu'il est psy. T'as jamais trop aimé ça, toi.

-En l'occurrence c'est pas le mien, imbécile. Bon, trêve de bavardage, je vais chercher Natsu et ce soir, c'est moi qui régale ! On ne traîne pas au bar mais on sort en boîte ! »

Ils quittèrent alors de bon pied le studio photo avant de retourner chacun chez eux. Alors qu'il se préparait à sortir ce soir, Alex remarqua que ses affaires avaient été fouillées et lâcha un cri lorsqu'il s'aperçut que l'écharpe blanche avait disparu. « Oh, non, tout mais pas ça ! »

Entre temps, il reçut un message de Ray : « Alex, ça ne va pas du tout, j'ai fait de mon mieux mais là ça craint, vas vite voir ce qu'il se passe chez Natsu et fait le taire avant qu'ils ne débarquent ! Ray. »

Pendant plus d'un quart d'heure, on pouvait alors voir un fou courir à travers les rues ensoleillées.

Pendant ce temps là, Gray était déjà arrivé depuis un moment. Ils étaient tous deux assis sur le canapé en compagnie de Loy qui s'accaparait les genoux tremblants de son maître.

« -Je te l'avais dit ! C'est un menteur. Il t'a fait prendre ces médicaments pour que tu nous oublies. Ça a failli marcher ! Alors tu me crois, maintenant ?

-Je... Je ne sais plus quoi penser... J'avais tellement... Tellement confiance en lui... Je...

-Arrête de te lamenter et relève la tête, Natsu ! Tu es plus fort que ça. Ça arrive à tout le monde d'être dupé mais le principal c'est de regarder l'avenir avec les bonnes personnes.

-Dis moi... D'où connais- tu Alex ?

-C'est une trop longue histoire, Natsu. »

Des pensées convergentes vers le pire des soupçons se réunirent dans un esprit échauffé par le sang bouillonnant. Et si la vérité était aussi laide qu'il le prétendait, et si tout n'était qu'un mensonge de plus dans cette vie minable ? L'impatience était probablement une des pires choses dans ce genre de situations décisives qui marqueraient probablement un tournent important dans la vie d'un pauvre enfant abandonné par la confiance.

« -Alors, parle moi de lui.

-Il est arrogant et fière. Avec une gueule comme la sienne il pourrait avoir n'importe quelle femme dans son lit mais il laisse cet arasant boulot à son frère, Haru qui fait collection de conquêtes féminines. Je l'ai autant aimé que détesté. Je l'ai aimé pour toi, mais détesté pour moi.

-Je... Je ne comprends pas ce que tu racontes... Explique- moi ! J'ai besoin de savoir. Pourquoi le déteste-tu autant ?!

-La raison est pourtant évidente, non ? »

Les jambes élancées à une vitesse folle, Alex courrait aussi vite qu'il pouvait, poussé par les nombreux avertissements de Ray qui semblait paniquer de là où il était. Arriverait-il avant "eux" ? Arriverait-il au bord de la catastrophe ? Parviendrait-il à refaire le chemin à l'envers et s'armer une nouvelle fois d'un mental de titane pour faire face à cette nouvelle décadence ?

« J'ai pourtant prié le ciel d'épargner des maux trop forts... Et malgré le fait que je le pris encore, des catastrophes nous tombent encore dessus... Qu'ai-je fait aux cieux pour mériter un tel châtiment ? »

Malgré ses pensées fulminantes, le petit n'espérait plus rien. Il savait qu'il était déjà trop tard. Mais il n'abandonnerait pas et se battrait jusqu'au bout. Alors qu'il arriva à destination dans un affolement certain, il percuta dans le couloir d'entrée une valise remplie de vêtement ainsi qu'une photo de Natsu, Alex, Haru, Loy et toute la petite bande. Bien qu'attendri par ce doux souvenir, il se releva en entendant la voix décomposée de son ami. Il entendait de là où il était des sanglots abondants. Il se dirigea prudemment vers le salon où deux prunelles vertes emplies de larmes de fixèrent d'un regard assassin. Oui, il était trop tard. L'horloge affichait 20h54.

« -Comment... Comment as-tu pu me faire ça ?! Répond moi franchement... C'est bien toi... Qui as tué Lucy ?! »

Figé entre l'illusion et la vérité seule maîtresse était l'ignorance qu'il se devait de suivre. Sa conscience lui murmurait doucement qu'il était déjà trop tard et qu'il ne pouvait pas rattraper son erreur. Douce impertinence qui traversait son regard d'azur se jouerait-elle de lui ? Tendre imprudence, c'est la fin qui commence et une longue décadence vers une forme de démence se tient au bout d'une lance.

« -Dans une certaine mesure, oui. C'est moi qui l'ai tuée... »

Alors qu'il était resté stoïque et que Natsu s'était littéralement écroulé sur le sol, les portes de l'appartement s'ouvrirent.

Et l'enfer recommença.