Chapitre 7 : Décadence.

La peur, les cris, les larmes. Comme des absences, des jeux de mémoire, des tours de magies, un oubli mesquin. Sous ses pieds découlaient mille et une pierres qui composaient son monde, ses rêves, ses envies, ses croyances. Et ce grand mur qui le coupait de cette réalité à caractères factices, où était-il pour ainsi le desinhiber tel un nouveau né ?

« Alex... Dis moi que ce n'est pas vrai... Et qui sont ces hommes qui m'emmènent loin de toi et de Gray... ? Et pourquoi Gray s'efface sans ne laisser aucunes traces... Alex... Où es-tu ? Il fait si froid ici... Pourquoi cette chambre est si petite... Et si blanche ? Pourquoi suis-je attaché par mes manches... Dans mon dos ? Pourquoi est-ce que je me sens si mal ? Pourquoi n'y a t-il pas de fenêtre... Pas de lumière... ? Pourquoi suis-je... Si... Seul ? »

La descente aux enfers était inévitable et fut accomplie par le signe d'un funeste destin. Entouré de linges blancs et d'une aura malfaisante, il était allongé dans ce lit vide, exténué par tous ces sentiments. Ses yeux cernés de noir n'avaient cessé de pleurer face à cette incompréhension totale d'où découlait une ignorance à laquelle il aurait préféré faire face. La lourde porte s'ouvrit laissant entrer une lumière des plus blanche. Son teint blafard et ses petits yeux devenus noirs ne suivaient pas la cadence, son corps ne répondait plus de rien. Il vomissait sans cesse et criait tel un fou en cage. En réalité, c'était un fou en cage.

Depuis combien de jours était-il là ? Depuis combien de temps ? Il ne savait plus. Dans quel état étaient ses amis ? Savaient-ils qu'il était ici, seul ?

Des cris raisonnèrent soudain dans cette vaste prison : « -Laissez le partir ! Le traitement est inefficace ici, j'ai fait appel à un médecin qualifié qui le prend en charge depuis un an !

« -Je suis désolé monsieur, mais c'est impossible. Depuis cet incident nous le surveillons de très près et nous constatons une rechute inévitable.

-Laissez-moi essayer de le sauver ! Je vous en supplie... Juste quelques jours... »

Alors qu'une ombre se profanait dans cette sombre pièce, Natsu tomba dans l'inconscience.

Lorsqu'il ouvrit les yeux, il n'était pas chez lui mais reconnaissait entre mille ces lieux : la chambre d'Alex. Il était d'ailleurs assis au bord du lit ainsi qu'un grand homme blond qui faisait les cent pas. Natsu essaya de se réapproprier de ses membres, ce qui averti le petit de son réveil.

« -Ray, Ray, il ouvre les yeux... Hey, Natsu... Ça va ?

-J'ai... J'ai mal à la tête...

-C'est normal, déclara Ray en s'accroupissant près du lit. Tu as encore besoin de repos.

-Non... Je veux savoir... Ce qu'il m'arrive. Pourquoi étais-je là-bas... Et... Où étais-je ?

-Ray a raison, Natsu, repose toi, tu n'es pas encore prêt.

-Toi, Alex... Je te... Je te déteste... Tellement... J'avais confiance en toi... Je... »

Alex posa délicatement son index sur les lèvres chaudes du jeune homme désorienté et murmura à son oreille : « Chuuuut, tout va bien, maintenant. Ça va aller. Tu n'as plus rien à craindre. Dors maintenant. » Il but une gorgée de liquide vert clair et le retint dans sa bouche avant de coller ses lèvres sur celles de son meilleur ami et de lui transférer lentement la substance. A ce doux contact éphémère, Natsu ferma ses deux prunelles vertes et s'endormit une fois encore.

« -Toi aussi, Alex. Tu as besoin de repos.

-Ray... J'ai lutté pendant près d'un an, j'ai pris sur moi. Ces derniers jours ont été les pires de ma vie. J'ai tellement peur de tout lui dire... Je suis trop nerveux.

-Alors dors près de lui. Tu le soulageras. Tu te soulageras. Laisse parler ton cœur, Alex. Tout est terminé, maintenant... C'est toi qui l'a sauvé. »

Lorsque deux émeraudes s'ouvrirent à nouveau, ce fut lorsque le crépuscule était maître du ciel, l'embrasant de couleurs chaudes. La grande fenêtre était ouverte et laissait apparaître ce spectacle de la plus magique des manières qu'il soit. Il n'avait plus mal à la tête et la fatigue était passée. Il s'asseya alors sur le lit aux draps blancs, recouvert d'une couverture couleur crème. Il s'étira mollement lorsqu'il s'aperçut qu'il portait le fameux pull : « Je suis venu, j'ai bu... j'men souviens plus. » ce qui le fit légèrement sourire. Soudain, un grincement de porte se fit entendre et quelqu'un pénétra dans cette pièce baignée de lumière orangée et en tenant un plateau avec dessus deux tasses de thé.

C'était bel et bien le propriétaire de ces lieux qui apparu devant les yeux de Natsu. Il était souriant et détendu.

« -Salut, Natsu. Bien dormi ? demanda t-il en s'asseyant à ses côtés au bord du lit.

-Je pense que je réalise un peu... Ce qu'il m'arrive mais... J'ai besoin d'une explication claire.

-Très bien. »

Le petit châtain lui tendit une tasse de thé vert à laquelle une touche de miel avait été ajoutée puis un comprimé pour apaiser ses maux qu'il prit rapidement. Il faisait tellement bon ce soir là... L'air était si agréable...

« -Je t'écoute, Alex.

-Alors voilà, il faut que tu sache maintenant... Tu es malade. Tu es atteint de troubles psychiques appelés plus communément : Schizophrénie.

-Q... Quoi ?...

-Tu as été diagnostiqué en tant que tel il y a maintenant un an... Jour pour jour. »

Comment... Comment était-ce possible ?! Alors tout... Tout était... Faux ?! Qu'était-ce au fond de son cœur ? De la peur, de la haine, de la colère ? Ou rien de tout cela ? Peut-être était-ce... Du soulagement ? Il était suffoquant et haletant, ne sachant pas quoi faire ni quoi dire. Il voulait juste savoir toute l'histoire. Un moment passa avant qu'il ne se calme.

«-Je suis prêt, Alex... Raconte moi toute l'histoire.

-Il y a un peu plus d'un an, lorsque tu es arrivé ici, tu étais déjà malade et souffrant. Les médecins qui t'ont pris en charge presque toute ta vie n'arrivaient pas à te faire sortir de ta transe et de ta torpeur spirituelle, tu étais ailleurs, déconnecté du monde réel. Tu parlais sans cesse de tes amis tels que Gray, Lucy, Laxus, Happy... Mais il faut que tu sache que...

-Ils n'ont jamais... Existé... Ils étaient... Dans ma tête ? »

Alors tout ce qu'il avait "vécu" n'était que de la poudre aux yeux ? Était-il à ce point fou pour vivre dans un tel mensonge ?! Accablé, Natsu prit sa tête entre ses mains tremblantes, laissant couler malgré lui des larmes d'amertume devant les iris impuissantes du détenteur de toute la vérité.

« - Ne t'accable pas, je t'en pris. Tu es assez fort aujourd'hui... J'ai attendu suffisamment de temps... Tu es prêt, maintenant, j'en suis convaincu.

-Oui... Je peux tout entendre...

- C'est pourquoi tu as été transféré dans un autre hôpital, celui de la ville. Je travaillais là-bas à l'époque. Tu étais complètement hermétique, tu vivais cloîtré dans ton monde jusqu'à ce que je fasse appel au meilleur neurologue et psychologue du pays : Ray. À partir de ce moment là, Ray a commencé à analyser ton cas de plus près et à tirer la conclusion définitive que tu pouvais guérir. Alors nous avons cherché un traitement pendant plus d'un mois et nous l'avions trouvé. Et c'est comme ça que nous t'avons intégré. Le traitement explique tes pertes de mémoires : tu ne devais pas te souvenir de Quoi que ce soit qui aurait pu te faire replonger, tu comprends ?

-Et ces voix... Que j'entendais dans mon sommeil ?

-Ray venait chaque soirs vérifier ton état. Il te parlait de tout et de rien et te donnait ton traitement qui te faisait oublier ce moment. Voilà pourquoi l'écharpe était chez moi. Pour ne pas que tu replonges.

-C'est pour ça alors... Que tu disais que d'une certaine manière tu avais tué Lucy ?...

-C'est ça. En te donnant ces pillules, les personnages que tu avais inconsciemment créé disparaissaient.

-Mais... Alex... Pourquoi ai-je replongé si soudainement ?!

-C'est entièrement ma faute... Mais... On en reparlera plus tard, tu veux bien ? »

Il se tut un instant. Alors c'est ça de s'apercevoir... Que toute sa vie n'a été... Qu'un mensonge ? Comment une telle chose était possible... ? Il était... Malade ?

Il se souvint soudain de tous les moments passés avec Alex. C'est vrai. Il n'avait jamais été aussi vivant que depuis qu'il l'avait rencontrer, que depuis qu'il sortait tous les soirs dans l'air chaud des soirées, il n'avait jamais été aussi vivant... Jamais. Aucuns jours ne fut plus beau que celui où il les avait rencontrer. Que le jour il avait guérri. C'est vrai, il était malade mais au fond de lui, il était bien. Il était de nouveau sain. Ces derniers jours où il avait vécu l'enfer étaient loin maintenant.

Une fleur germa soudain dans son cœur : celle de la reconnaissance. Il réalisa à quel point il devait à Alex et Ray. Il leur devait tout.

« -Est-ce que... Tu as souffert de tout ça ? demanda le plus grand. »

Le regard désolé de son meilleur ami ne mentait pas : sa souffrance était peut-être même pire que celle que Natsu ressentait. C'était même évident.

Il n'avait jamais remercier Alex de tout ce qu'il avait fait pour lui, de tout simplement être là dans les pires moments comme dans les meilleurs. Entre Alex et Natsu, c'était pour le meilleur et pour le pire, et il avait enfin trouver une réponse à la question qu'il se posait depuis plusieurs semaines.

« -Tu sais, Alex... Je ne te l'avais jamais dit avant mais... Je te suis éternellement reconnaissant... J'ai mis tellement de temps avant de me rendre compte que tu comptais beaucoup pour moi. Et aujourd'hui, tu m'as juste donné une preuve de plus aux doutes que j'avais.

-Et de quoi est-ce que tu doutais ? »

Il sourit timidement avant de s'approcher de l'homme aux yeux bleus. Il posa ses deux mains bouillantes sur les deux joues froides du petit et s'approcha doucement, toujours un peu plus, faisant perdre patience au châtain qui n'attendait qu'un seul contact de lui. Il prit alors l'initiative d'approcher ses lèvres un peu plus près, toujours plus près... Ils jouaient, le plus grand mordillait la lèvre inférieur du plus petit. Puis, leurs lèvres fulminantes vinrent se liées délicatement. La langue du jeune mage cherchait la sienne, explorant timidement sa bouche avant que le plus petit ne mordit légèrement sa lèvre inférieur en signe de vengeance. Le regard désirant, ils se séparèrent.

« -Je doutais de l'amour que j'avais pour toi.

-Et maintenant ?

-Je n'ai plus aucuns doutes, Alex. »

Les mots ne suffisaient pas. Le soleil se coucha alors que le cœur se releva d'une longue chute vers le désespoir. La pente ascendante était très certainement le début d'un nouveau commencement.