Chapitre 8 : D'un point de départ au point final.
Durant la nuit, les iris vertes s'ouvrirent sur un plafond noir. Il regarda d'un coup d'œil endormi l'heure : il était 3h18. Il se leva machinalement, inconsciemment vers la sortie de la chambre, laissant son amant à un sommeil des plus calmes. C'était sûrement l'effet de choc qui l'avait réveillé pour la énième fois alors, il décida de s'habiller et de partir dans la sombre nuit d'été. Il se demandait si sa maladie était en phase de guérison ou s'il devait encore patienter avant d'avoir un traitement qui serait de nouveau adapté pour lui. Que penser de tout ça ? Maintenant qu'il était au courant de sa maladie, il ne voyait plus les choses de la même façon, et se demandait continuellement : « Est-ce vrai ou faux ? ». Dans son cas présent, comment distinguer quelque chose de réel ou illusoire ? Il se sentait déjà mieux. Il était guérri, c'était son intime conviction.
Il rentra chez lui aux coups de quatre heure, dans la fatigue des plus présentes. Il avait dormi toute la journée, c'était aussi une des raisons pour lesquelles il n'arrivait pas à trouver le sommeil. Dans le couloir, il se prit sa valise dans les pieds -toujours cette putain de valise avec ces putains de photos qui ressurgissent comme pour déformer une gravité du rêve à la réalité. Combien de temps était-il resté ainsi, étendu sur le sol dans le noir ? Assez longtemps pour que la boule de poil blanche intervienne et aille, d'une grâce féline remarquable, daigner accueillir son maître et se frottait près de son visage face contre terre.
« -Loy... Tu es bien réel, toi ? Oui, tu l'es... De toute évidence, tout est terminé... »
L'humain se releva et le chat s'en alla, vexé des doutes portés sur sa propre existence. Natsu ne savait plus vraiment s'il était heureux ou non. Finalement, les médocs avaient eu raison de lui et il partit se recoucher dans son lit. Il préférait faire le point final sur la situation seul.
« Laissez moi être seul face à moi-même. » pouvait-on lire sur les lèvres endormies du jeune homme, allongé dans sa chambre noir.
Le lendemain matin, à 10 heure tapante, un jeune homme blond se précipitait en direction d'un grand immeuble de lierre vêtu. Il enjamba les trois étages avant de débouler dans l'appartement de son frère.
« -Alex, Alex ! Je les ai ! J'ai bien cru ne pas y arriver à temps.
-Haru ! Super ! Tu as prévenu tout le monde ?
-T'inquiète, je leur ai promis champagne à volonté. Et quand bien même, tu les connais. Jamais ils n'auraient refusé.
-C'est vrai... Mais dis moi... Comment les as-tu eu si vite, ces billets ?
-Eh bien, tu sais...
-Ne dis rien, j'ai compris. Ta dernière conquête féminine, c'est ça ? Tu me désespère, frangin.
-Malgré tout, je suis un enfant sage, tu sais. Mais au fait... Où est Natsu ? »
Alex s'arrêta de plier ses affaires qui étaient sur son lit avant d'afficher un air rassurant et réfléchi.
« -Je pense qu'il a besoin d'être un peu face à lui même et de faire le point. Ça me semble normal.
-Tu as raison. Ah là là... Je l'aimais bien mon appart, moi !
-Tu en auras un cent fois mieux, ne t'en fais pas. Pose moi ça sur la table, et vas préparer tes affaires. Ce soir sera le dernier au bar, alors, prépare tout le monde, il faut fêter ça !
-Compte sur moi ! »
Haru s'en alla dans le plus grand des bonheurs sous un soleil de plomb et un temps magnifique. « Les jours sont plus beaux depuis... » pensa Alex en fermant sa valise. Il s'avança vers la grande fenêtre de sa chambre. Effectivement, le temps était radieux ce jour là.
De l'autre côté de la ville, Natsu méditait, une tasse de café à la main, son pull fétiche et ses lunettes de travail. Que faire ? Reprendre sa vie comme si de rien n'était ? Pourquoi pas après tout. Ce malheur était derrière lui désormais. Mais quelque chose bloquait encore. La peur.
« -Ah merde ! J'ai oublié de publier mon article hier ! Loy ! T'aurais pu le faire merde !
-MIAOU !
-Pas besoin de t'énerver, gros. C'était une blague. » ricana le schizophrène.
Alors qu'il allumait sa cigarette, la porte de son appartement s'ouvrit, laissant apparaître quatre garçons ainsi nommés : Haru, Jonh, Max et Paul. La bande de pote, entre autre. Manquait à l'appel Alex et Ray, bien que ce dernier ne soit pas tout le temps là.
« -Aller, Natsu ! Ce soir c'est la fête !
-Quoi, encore ? Ça ne change pas vraiment de d'habitude, en fait...
-Ne fais pas ton rabat-joie ! On fête ta renaissance !
-Ma renaissance ?
-Aller, aller, cours t'habiller !
-Mais il n'est que 15 heure...
-Il n'y a pas de mais ! Go ! »
Devant l'enthousiasme de ses amis, Natsu ne pu se résoudre à décliner une telle offre et dans tous les cas, il n'en avait pas envie. C'était l'occasion de dire au revoir à la maladie puisqu'il était guérie. Jamais un sourire aussi beau n'a illuminé son visage que celui qu'il avait ce jour là. Il enfila une chemise rouge et un jean noir et sortit rejoindre ses amis après avoir fait une caresse pleine d'amour à ce qui lui servait d'animal de compagnie. Ou de maître. On ne sait pas trop.
« -Au Hell's, comme d'habitude ?
-Ouep mec ! Ça va teufer ce soir !
-Teufer ? intervint Jonh. Tu inventes des verbes, Max ?
-Perso, moi je vais pécho !
-Sans blague... Quand est-ce que tu ne ramènes pas de fille chez toi, Haru ?! railla Paul.
-Ce soir, je ne la ramène pas les mecs ! Je fais ça dans les toilettes !
-WOOOOOH ! crièrent- ils en un souffle.
-On n'a pas besoin de détails, fais ce que tu veux mais épargne nous certaines images. »
Ils rirent de bon cœur avant d'arriver au bar habituel et commandèrent des cafés. L'heure n'était pas propice aux ivresses nocturnes alors pourquoi avaient-ils traîné Natsu ici à une heure pareille ? Peu importait après tout. Il était bien en leur compagnie.
Malgré la bonne humeur, les heures passées et ni Ray ni Alex encore n'avaient daigné pointer leurs petites personnes au grand regret de la petite salamandre qui brûlait d'impatience.
« Message : à Alex. De : Natsu. Heure : 14 heure.
Salut, chou, désolé pour cette nuit, j'avais besoin de faire le point. J'espère que tu ne m'en veux pas. Je pars au Hell's avec la bande, tu nous rejoins ?
Message : à Alex. De : Natsu. Heure : 15h36.
Toujours pas de nouvelles, est-ce que je dois m'inquiéter ? Si tu veux me faire payer pour cette nuit, je te le répète : Je suis désolé ! Rejoins-nous, s'il te plaît.
Trois appels manqués
Message : à Alex. De : Natsu. Heure : 17h12
Alex ! Ça fait trois fois que j'essaie de t'appeler, ça ne te ressemble pas, merde ! Rappelle vite, ne fais pas ton fier. Merci ! »
Alex soupira en rangeant ce petit objet vibrant dans sa poche. « T'inquiète, j'arrive bientôt, chou. J'ai juste un dernier truc à faire. » murmura t-il en regardant en direction d'un félin blanc dont on pouvait lire dans le regard : « Touche- moi, humain, et tu es mort. » Après rude bataille, Alex sourit d'un air satisfait à l'inverse du petit chat dont le regard assassin était braqué sur le petit châtain.
Au Hell's, vers 18 heure, les premières commandes de bières arrivèrent sur les tables et du monde commençait à arriver et quelqu'un en particulier : Ray. Après avoir salué la petite bande, il alla s'installer au comptoir, non loin de la table des amis afin de discuter avec Natsu, qui était d'ailleurs très enclin à une discussion. Deux vodkas furent commandées.
« -Dis moi, Natsu. T'as des problèmes avec l'alcool ?
-Bizarrement, nan. Je ne me prétend pas indestructible mais... Je n'ai jamais subi de manque. Par contre, qu'est-ce j'en ai pris des cuites ! A en être malade pendant une semaine.
-Est-ce que maintenant tu te souviens un peu plus de moi ?
-Ouais, tout m'est revenu. On a parlé beaucoup, toi et moi. Merci pour tout ce que tu as fait. Je n'ai pas dû être un patient facile.
-En fait... C'était pas toi le plus difficile à gérer. C'était Alex. Surtout à partir du soir de ta rechute. Il a été... Impulsif, colérique, dépressif... Pire que toi.
-Ah ouais ? Pourquoi ça ? Et il s'est passé quoi pour que je rechute ?
-Diméthyltryptamine.
-Quoi ? »
Ray se tut un instant, le regard songeur. Mais sous le poids de l'Inquisition de Natsu, il ne pu se résoudre à se taire plus longtemps. Il vida son verre, cul sec.
« -Ce soir là, vous avez tous les deux étaient cons.
-Comme d'habitude, quoi.
-Plus que d'habitude. Je m'explique. Si tu avais été un jeune sans antécédents médicaux, rien de tout ça ne serait arriver mais le fait est que tu en avais. Donc, en apparence, vous aviez commencé par un jeu innocent.
-Innocents ? Nous ?
-Non, pas vraiment. Mais rien de très différent. Vous faisiez le jeu de la bouteille avec de l'alcool : celui qui était désigné devait boire autant de shot, ex cætera mais, Alex a eu l'intelligence de te proposer sortir fumer après quelques tours.
-Ouais... C'était pas anormal non plus.
-Sauf que, vois-tu, ce n'était pas du tabac dans vos clopes. Mais de la Diméthyltryptamine ou DMT, substance hautement HALLUCINOGENE !
-Ah...
-Alex avait confondu son paquet avec celui d'un homme pas très net de la soirée. Alors évidemment, dans l'état qu'il était, il n'a pas tout de suite remarquer sa boulette. Mais quand tu as commencé à parler de Gray, il s'est jeté sur son téléphone et m'a appelé. Manque de bol, je n'étais pas en ville alors je ne pouvais pas te prendre en charge. Arrachés comme vous étiez, je vous ai retrouvés écroulés sur le bar et je n'ai pas pu demander ce qu'il s'était passé en détail.
-Voilà pourquoi il se sentait si coupable... Et ça explique ma rechute... Donc je suis véritablement guérri... C'était juste... Un accident.
-Accident qui aurait pu coûter... Tellement plus cher. Tu aurais pu rester à l'asile encore très longtemps. Et suite à ça, tu imagines bien l'état dans lequel se trouvait Alex... Il avait bien senti que tu étais hors de contrôle.»
Prenant conscience de l'ampleur des choses, il comprenait soudain l'agitation d'Alex suite à cette soirée... Il avait tout compris mais ne pouvait pas blâmer son ami. C'était inconscient et juste un accident. Un bête accident qui avait pourtant remuer les sentiments du jeune homme aux cheveux cerises. Ça aurait pu dégénérer tellement plus violemment... Mais au fait...
« -Ray ?
-Mmh ?
-On m'a dit que je m'étais disputé avec un homme ce soir là. Qui était-ce ?
-C'était l'homme auquel vous aviez extorqué le paquet de cigarettes.
-Oh... »
Une simple maladresse de la part de son ami Alex l'avait donc mis dans cette situation délicate ? C'est une histoire invraisemblable. C'est fou de passer d'un tel bonheur à un tel malheur. Mais dorénavant, Natsu avait conscience de sa maladie.
« -Natsu... Quoi qu'on en dise... Tu n'es pas vraiment guérri et tu ne le seras jamais. La schizophrénie est une maladie instable.
-Je vois... »
C'était une triste vérité, l'incurabilité était l'une des vérité les plus douloureuses. La frontière entre le réel et l'irréel était tellement mince pour lui que ça paraissait logique que la maladie sommeille encore en lui, dans les moindres recoins de son esprit déchiré et craquelé d'éclat de personnalités multiples. 20 heure sonna.
« -Salut les mecs ! Désolé du retard !
-Alex ! »
Habillé d'une veste en cuir et d'une chemise grise, il se présenta à la table où un poker avait lieu. Il portait un chapeau noir, et cela faisait un moment qu'il ne l'avait pas ressorti. Il s'amusa des regards inquiets et coupables de son amant de la veille mais seul un léger rictus se dessinait sur le coin de ses lèvres et il ne rassurait pas Natsu le moins du monde, au contraire : il le provoquait par des regards toujours plus joueurs. Au bort de la crise de nerfs, le jeune schizophrène jeta ses cartes sur la table en signe d'abandon de la partie et guetta Alex du coin de l'œil, toujours plus transpirant de malaise. Il le taquinait, c'était évident, mais le jeune mage était tout de même cambré, dépossédé de ses moyens.
« -Natsu. On va prendre un verre au bar ? proposa le châtain.
-Sans façon, je ne passerai pas ma journée de demain en compagnie des toilettes.
-Tu ne la passeras pas chez toi de toutes façon.
-Quoi ? »
Tous se levèrent d'un coup et sortirent du bar. Seuls Natsu et Alex restaient, en face à face sous une lumière bleue tamisée.
« -Il se passe quoi... ? »
Le plus petit sourit, nerveusement, sarcastiquement, cyniquement, on ne savait pas exactement. Ses bras étaient croisés sur sa poitrine et il fixait le jeune mage de manière à le mettre mal à l'aise, à le déstabiliser. Il savait quel point sensible il fallait viser pour faire craquer ses petits nerfs fragiles.
« -T'es affreusement mignon quand tu stresses.
-Il se passe quoi, là ? Qu'est-ce que tu me fais ?
-Il ne se passe rien. C'est juste notre point de départ. Notre point d'arrivé. Notre point final.
-Je ne suis pas certain de comprendre.
-La compréhension est une notion bien abstraite puisque comprendre signifie se rabaisser au niveau du mental de l'adversaire pour pouvoir cerner toute sa personnalité et être en accord avec celle-ci.
-Tu... Tu me perturbes...
-C'est bien le but, mon chaton. Vas-tu sortir les griffes ou te cacher sous le canapé comme une bête effarée, telle est ma question. »
Déstabilisé, Natsu se cambra de plus en plus devant le calme d'Alex. Il ne comprenait pas ce qu'il voulait dire, faire, ou lui faire comprendre. Il était perdu dans les yeux dominants de son ami. L'ambiance calme du bar rajoutait une pression incommensurable.
« -Mes nerfs ne sont pas d'acier, Alex. Je vais craquer.
-C'est bon, t'as gagné. Pas besoin de serrer le poing. On part ! »
La surprise fut telle qu'il resta de marbre quelques secondes avant de bégayer : « On.. On part ? » Alex ne lui laissa pas de temps pour se remettre de ses émotions qu'il l'empoigna par le bras et le tira en dehors du bar d'un geste fluide et sur de lui.
Un taxi les attendait. Posant mille et une question, le jeune homme s'agitait, se demandant bien où il partait, pour quoi faire et où étaient les autres ?
Un peu plus tard, ils arrivèrent à l'aéroport. Ils coururent à travers tous les passagers afin de ne pas louper leur embarquement. Une fois assis à bord de l'avion, Alex lâcha la main de son ami.
« -Mais qu'est-ce qu'on fait là ?! Laisse moi partir !
-Non. On part. Notre vie ici c'est terminé. À dire vrai... Si tu es sorti de l'asile, ce n'était que provisoire donc tu imagines bien que, pour ta liberté, il faut faire des concessions...
-Mais, j'avais toute ma vie ici ! Des amis ! Mon chat ! C'est de la folie !
-On est tous là ! »
Effectivement, ils étaient tous à bord sans exception. Même son petit chat était dans les bras indécents de Ray qui essayait de faire réagir la petit boule de poil nommée Loy. Ils expliquèrent que cela valait mieux de partir afin que les médecins ne remettent pas là main sur le schizophrène. Tout était prêt depuis quelques jours déjà : les billets d'avion par Haru, la réservation par Jonh, les formalités par Paul, les passeports par Max, le logement par Ray et le financement et déménagement par Alex. Tout était fait depuis des jours mais ils ne pouvaient rien dire.
« - Ce qui ne te tue pas te rend plus fort. Et tu n'es toujours pas mort. Alors partons. Refaisons notre vie ensemble. Tu ne seras plus jamais malheureux. »
Une larme coula le long de la joue de Natsu.
« -Je... Je ne sais pas comment vous remercier... Je... Merci pour tout... Pour votre confiance... Votre fidélité... Merci !
-Tu n'auras plus jamais peur... Plus jamais. »
Une utopie meurtirère qui l'avait mené à croire l'illusion la plus forte était en train de devenir réelle : l'amitié qu'il avait pour les membres de Fairy Tail n'était pas complètement fausse. Il portait cette amitié dans son cœur. Et elle se destinait à eux.
Fairy Tail était né d'une amitié entre garçons, d'une vie un peu décalée, d'un bonheur imparfait et d'un amour des plus sincères.
