Tadaaam!
Elle a traîné mais la voilà. La seconde partie!
Je ne suis pas vraiment sûre de moi sur ce coup-là (comme d'habitude me direz-vous). J'ai l'impression de ne pas avoir réussi à faire passer les émotions que je souhaitais à travers ces lignes...je voulais quelque chose de mélancolique, fort et triste...
Mais bref!
Vous êtes les seuls juges valables mes chatons! (J'ai l'impression désagréable de ne pas réussir à saisir les émotions contenus dans mes écrits en ce moment, du coup, j'ai du mal à savoir si je réussis à vous transmettre quelque chose. Je crois que niveau confiance en moi, je joue aux montagnes russes...et en ce moment, c'est clairement pas la joie...)
J'arrête de vous embêter avec mes états d'âme à la noix et je vous laisse profiter (je l'espère) de ce chapitre!
My Beautiful Beast
Mini Serie
Happy Birthday Levi (part 2)
« Hey, Grand-frère, quand est-ce que c'est ton anniversaire ? »
Levi releva les yeux de sa cup de nouilles instantanées.
Il posa un regard ennuyé sur la rouquine aux yeux vert pétillant qui sautillait sur place pour se tenir chaud.
Cela faisait presque un an qu'ils avaient fait 'ami-ami' tous les trois. En gros, presque un an qu'ils avaient décidés de monter leur propre gang (appelé gang des Rippers) afin de récolter assez d'argent pour devenir résidents permanents du quartier de Stohess…
Oui, enfin, disons plutôt que cela faisait presque un an que ce fourbe de Farlan avait réussi à attraper Levi dans ses filets… Farlan était un ado de son âge, de taille moyenne, chevelure châtain clair et les yeux rieurs couleur marron noisette. Il avait une gueule d'ange et la langue aussi acérée que son esprit était vif….
Ce qui avait convaincu Levi de faire équipe avec lui ? C'était bien entendu qu'ils partageaient les mêmes ambitions.
Levi aussi voulait avoir le monde à ses pieds. Trôner au sommet. Contempler la fange depuis les hauteurs. Quitter définitivement le trou à rats qu'était Shinganshina…le seul souci, c'était qu'il n'avait jamais eu l'intention de donner vie à ses aspirations en groupe. D'ailleurs, Levi n'était toujours pas prêt à accepter le fait que, d'une façon ou d'une autre, les vies de ces deux crétins puissent être liées à la sienne.
Kenny l'avait plutôt habitué à faire cavalier seul.
Et si, l'insondable rage qui l'habitait, n'était pas tellement mieux exploitée entre les doigts experts de Farlan le Magouilleur, voilà longtemps que Levi aurait trouvé un moyen de fausser compagnie à ces deux boulets…Parce que l'un des problèmes majeurs avec cette situation, c'était qu'elle exploitait l'une des faiblesses naturelles de Levi. Son affection pour la routine et sa facilité à s'accoutumer des choses. Une fois qu'il prenait le pli, il lui était extrêmement difficile de quitter ses habitudes. Avoir ces deux-là dans les pattes, il commençait sérieusement à s'y faire….un an, c'était déjà bien trop long pour lutter contre son inclinaison primaire à s'adapter…A force, il avait fini par les laisser prendre leurs aises et maintenant, ces deux pots de colle pensaient qu'ils avaient le droit d'accaparer le temps où il ne 'travaillait pas' ou encore le droit de lui poser des questions à la con dont la réponse ne les concernait en rien... en somme, ils devenaient bien trop familiers.
Et ça, Levi était très loin d'en être heureux.
S'ils se détendaient et commençaient à croire qu'ils étaient en train de jouer à la dînette entre potes, ils risquaient de devenir des cibles faciles...
Déjà que de base ces deux idiots étaient des cibles incroyablement faciles à abattre si en plus ils s'amusaient à introduire dans leur relation 'professionnelle' une foutue dimension 'émotionnelle' les choses pouvaient très vite mal tourner….Isabel était peut-être moins douée que Farlan, mais comme au final c'était quand même Levi qui devait s'occuper de se farcir tout le sale boulot et protéger leurs arrières, le fait que Farlan soit plus doué (d'un pet de mouche) qu'Isabel pour échapper aux embrouilles, ce n'était pas vraiment important… Levi n'avait aucune envie de finir gravement blessé juste parce qu'il se serait senti bizarrement responsable de la survie de ces deux énergumènes…
Son rôle de 'leader impitoyable' était déjà avec assez difficile à assumer. Alors pas besoin d'encore compliquer les choses…
Il n'allait sûrement pas les laisser s'immiscer davantage dans sa vie privée.
Il décida donc de garder le silence.
Pourtant Levi savait qu'Isabel n'était pas du style à lâcher l'affaire aussi facilement.
Elle continuait de le fixer en gigotant. Ils étaient en plein mois de Novembre et il faisait sacrément froid. La jeune rouquine et Farlan étaient engoncés dans d'épais manteaux alors que Levi portait une simple veste longue, en faux cuir (il l'avait achetée pour pas cher dans une brocante). Installés sur le muret à demi-effondré, non loin de l'entrée du parc abandonné qui leur servait de repère, ils étaient passés à la supérette pour s'acheter de quoi se réchauffer l'estomac.
Suite à de très nombreuses agressions et à la colonisation des lieux par diverses bandes de voyous, l'endroit avait été déserté depuis des années par les habitants lambda du quartier. A l'époque où il l'avait découvert, Levi cherchait un coin tranquille où se retrouver seul et passer ses nerfs. Alors il avait décidé de tabasser tous les délinquants qui peuplaient ce parc et avant qu'il n'ait vraiment compris ce qu'il se passait, on avait fini par déclarer qu'il s'agissait de son 'territoire' et plus personne n'osa y mettre les pieds.
Enfin plus personne sauf Farlan le jour de leur rencontre officielle.
Après qu'il ait réussi à mettre le grappin sur Levi, le parc désaffecté s'était imposé comme repère idéal pour le gang que souhaitait créer Farlan…. Ce cinglé y avait même installé une multitude de pièges en tout genre et avait fait de la remise où ils squattaient une véritable forteresse. Originairement construite pour abriter les outils de jardinage, elle servait aujourd'hui d'entrepôt pour leur arsenal et leurs livres de comptes.
On n'aurait jamais pu croire, à l'entendre parler, le voir agir ou même naviguer dans les eaux troubles des bas fond de Shinganshina, que Farlan n'avait lui aussi que douze ans (même si Levi était sans aucun doute bien mal placé pour le juger…).
Pour convaincre Levi de joindre ses forces aux siennes, Farlan lui avait promis des résultats.
Et à ce jour, il avait tenu chacun de ses engagements.
En suivant ses plans et en appliquant ses méthodes foireuses, leur petit gang de trois percevait déjà des 'loyers' de la part de plusieurs commerçants du coin mais aussi d'une bonne quantité de gangs qui avaient préféré se soumettre plutôt que d'avoir à affronter un Ackermann. Ainsi, ce qui n'était auparavant qu'un rêve devenait de jour en jour un peu plus une réalité pour les membres du gang des Rippers. D'ici trois ou quatre ans, Levi, Farlan et Isabel seraient sans doute les plus jeunes millionnaires de Paradiz si tout se passait comme prévu…
Stupide était celui qui avait décidé de faire naître un génie comme Farlan dans les quartiers chauds de Shinganshina.
Car il avait donné naissance à un démon maléfique qui ne cesserait d'étendre ses ailes avant d'avoir englober le pays tout entier…
Isabel referma soudain ses doigts gelés contre la manche de la veste de Levi et le secoua comme un prunier : « Graaaaaaaaaaand-frèèèèèère, quand est-ce que c'eeeest toooon anniiiiversaiiiireuh ? » Levi grogna et la força à lâcher prise d'un geste brusque qui faillit la faire tomber en arrière : « La ferme Izzi ! Pourquoi est-ce que je te le dirais, hein ? Qu'est-ce que ça peut te foutre ?! » Levi s'était (plus ou moins) habitué à leur présence et il reconnaissait aussi (plus ou moins) leur utilité. Mais ça ne voulait pas dire qu'il avait changé pour autant.
Par exemple, il détestait toujours autant les fêtes.
Et encore plus le jour de son anniversaire.
Aujourd'hui encore lorsqu'il y repensait, il avait l'impression de pouvoir sentir peser sur lui le regard lapis-lazuli de sa mère. Dans son souvenir, elle était inexpressive et étrangement lucide compte tenu des circonstances…il s'en rappelait toujours dans la même position, maladroitement assise à même le sol, devant leur vieille table basse bancale, trop majestueuse pour le clapier dans lequel ils vivaient... « Tu es sans doute ma plus belle réussite, Levi. Je suis si heureuse d'avoir pu t'élever jusque-là…» Quelle connerie ! Si lui, Levi, avait été sa plus belle réussite, alors cette femme avait vécu l'une des vies les plus pourries de l'univers….
Farlan vint soutenir l'initiative d'Isabel, au plus grand étonnement de Levi : « Allez quoi ! Tu peux au moins nous le dire, non ? Regarde, ce n'est pas si difficile, moi par exemple, je suis né le 17 Mai…
- Je m'en fou royalement.
- Allez ! Ne sois pas vache ! On est amis, non ? Ou au moins un truc qui s'en rapproche depuis le temps…» Amis ?! Ce que Levi appréciait en général avec Farlan, c'était sa lucidité et sa capacité à comprendre qu'il aimait conserver son espace vital et sa liberté. Levi les vrilla du regard : « On n'est pas amis. Arrêtez de fourrer votre nez dans mes affaires ou je vous le refaçonnerais façon Ackermann … » Ils frissonnèrent tous les deux sous la menace et n'ajoutèrent plus un mot sur le sujet. Encore irrité d'avoir parlé de son foutu anniversaire, et du coup d'avoir fini par se rendre compte que cette maudite date approchait à grand pas, Levi avait fini par les quitter sans demander son reste.
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Cela faisait déjà des années que Kenny avait cessé d'être un assassin pour investir ses économies dans l'ouverture d'un bar dans le coin des plaisirs du Sud-Ouest de Shinganshina.
Il affirmait qu'il avait choisi d'abandonner ses rêves de grandeurs et s'être dévoué à devenir 'commerçant' afin de pouvoir élever son adorable boulet, comme se devait de le faire tout bon oncle qui se respectait.
Mais la vérité Levi la connaissait.
En plus d'être un fieffé menteur, Kenny était un indécrottable égoïste. Il n'y avait quasiment aucune chance qu'il ait pu sacrifier quoique ce soit pour le bien d'un tiers. La vérité ? C'était que le gang à qui son oncle avait prêté allégeance avait été exterminé (jusqu'à son dernier membre) par une organisation criminelle qui avait jailli du néant du jour au lendemain et s'était très vite imposée comme leadeur incontesté de la mafia Paradyzienne1…Il s'appelait, le gang des Titans.
Du moins, c'était ce que disait Kenny. Mais en réalité, Levi n'avait jamais entendu ce nom ailleurs que de la bouche de son oncle. S'il existait bel et bien, alors ce groupe de criminels était plus qu'étrange. Il se dissimulait dans l'ombre d'une armée de petits, de moyens et de grands gangs entre qui il répartissait son territoire comme on administre des provinces. Les Titans agissaient exactement comme s'ils avaient tout intérêt à ce qu'on parle le moins possible d'eux. Ils étaient les ombres du monde de la nuit. Des ténèbres cachées au plus profond des ténèbres…
Pour peu qu'ils soient réels, ils devaient être composés d'une sacré bande de sociopathes….
Levi ouvrit la porte de service et tomba nez à nez avec Kenny qui avachi sur une des chaises de leur 'cuisine' (à part pour faire des sandwiches et stocker des apéritifs, l'endroit ne servait pas du tout comme devait le faire une cuisine digne de ce nom) fumait une cigarette avec nonchalance. Leurs regards bleus acier se croisèrent et Levi sentit presque immédiatement son sang se figer. Sans qu'il ne parvienne très bien à comprendre comment ou pourquoi, Kenny avait le don de lui donner une irrésistible envie de lui coller son poing dans la figure…
L'adolescent s'apprêtait donc à l'ignorer royalement et se rendre dans sa chambre quand Kenny l'apostropha : « Hey, petite merde, est-ce que t'étais encore dehors à jouer la crapule à la manque ? » Levi s'était stoppé net et avait lentement glissé le regard vers la nuque de son interlocuteur. Même s'il avait eu un couteau entre les doigts, Kenny aurait sans doute été capable de le désarmer et lui couper la main d'un geste net à partir du poignet avant qu'il n'ait pu avoir la moindre chance de l'approcher.
De plus le simple fait que Levi puisse si bien se représenter la scène indiquait qu'une fois de plus son oncle avait été capable de sentir son envie de meurtre et l'avait submergée d'une soif de sang encore plus grande…Kenny la Faucheuse qui s'arrêtait de tuer ? La grosse blague ! Levi ne lui donnait plus que quelques mois avant que sa nature d'assassin ne se rappelle à lui, qu'il accepte un nouveau contrat et recommence à semer des cadavres égorgés dans toute la capitale…Kenny avait déjà tenu bien assez longtemps dans son rôle d'oncle à la retraite, ça en devenait presque inquiétant…
Levi grogna : « Qu'est-ce que ça peut te foutre le vieux, ce que je vais de mon temps ?
- Je me fous comme de mon premier verre de ce que tu peux bien foutre de ton temps, morveux. Par contre si je peux me permettre de te donner un petit conseil, votre petit jeu n'attire pas encore l'attention de gens haut placés dans le Milieu, mais ça ne veut pas dire qu'un jour, ils ne vous feront pas amèrement regretter d'avoir voulu marcher sur leurs plats de bandes. Vous feriez mieux de faire comme la minorité invisibles des gamins qui réussissent à décrocher un diplôme tout en vivant à Shinganshina et vous trouver un job respectable. Vous ne deviendrez peut-être pas riches, mais au moins vous serez pauvres et en vie… » Levi ricana avec dédain : « Je rêve ? Tu te prends tellement au jeu du 'commerçant respectable' que tu commences aussi à vouloir jouer le père plein de bons conseils ? T'es bourré ou quoi ? » Kenny tapota sa cigarette et un petit tas de cendre tomba sur la table.
Levi sentit l'un de ses sourcils tressauter et sa mâchoire s'était serrée à s'en faire craquer les molaires quand il gronda : « Hey ! La table ! Continue d'en foutre partout et j'te fais bouffer ta clope ! » Kenny se tourna légèrement pour lui faire à nouveau face, un sourcil haussé : « Tu dois sans doute être le voyou le plus maniaque de l'Histoire… » En deux enjambées, Levi traversa la pièce, saisit le cendrier qui reposait sur le meuble à l'entrée et le posa brutalement à côté de la main de son oncle (enfin, il avait voulu la lui écraser mais Kenny avait anticipé son action et s'était écarté à temps) : « Je ne suis pas maniaque, t'es juste un gros dégueulasse… » Ils se toisèrent un moment puis son oncle poussa un soupire théâtral. Il haussa finalement les épaules et répliqua : « J'ai pour politique de ne pas interférer dans la vie des autres…je voulais juste te prévenir, que tu saches à quoi t'attendre…
- Je n'ai pas besoin des conseils d'un vieil assassin qui a rangé son couteau pour jouer le barman d'un bar miteux dans un coin réputé pour ses putes et ses travelos…
- Comme tu le voudras, sale petit con. » Kenny se redressa et le toisa de toute sa hauteur. Levi se sentait irrité à chaque fois qu'il constatait à quel point leur différence de taille était flagrante. A quoi avait joué la génétique avec son corps ? Kenny n'est-il pas son oncle ? Son père avait-il été une sorte de pygmée ?!
Kenny posa une main sur le sommet de son crâne et lui ébouriffa les cheveux d'un geste rapide avant de déclarer : « Demain matin, entraînement à 5h. Ne sois pas en retard ou je te brise une phalange. » Levi grogna entre ses dents : « Si tu veux vraiment que j'arrête mon business, pourquoi est-ce que tu continues de m'entraîner ? » Kenny avait entrouvert la bouche et prit un air parfaitement consterné : « T'es le chiard de ma sœur, pour quel genre d'homme sans cœur me prends-tu ? Je sais parfaitement que stopper ton entraînement ne te feras pas arrêter de chercher les ennuis. Ce serait t'envoyer à la mort…
- Je te prends pour le genre d'homme qui a assassiné de sang-froid le père du dit 'chiard de ta sœur' en lui collant une balle entre les deux yeux. » Un léger silence. Kenny poussa un juron avant de demander : « Tu le sais depuis quand ?…
- Rosette…
- Les putes, ça parlent vraiment trop…
- Dixit celui qui a avoué le meurtre de son beau-frère à une pute qu'il connait à peine…
- Hey gamin, un peu de respect, Rosette t'a torché quand t'étais petit, elle est quasiment de la famille. Et puis, en toute honnêteté, personne n'a vraiment pleuré la disparition de ton père…
-…il ne t'ait jamais venu à l'esprit que ma mère l'avait peut-être pleuré, elle ? Ou alors qu'il aurait pu s'occuper d'elle s'il avait encore été en vie?
- Un contrat est un contrat. Ton père était un foutu mafieux. Marié, infidèle, violent et dangereux. Je ne pense pas que son influence aurait été du meilleur effet sur toi ou sur elle….
- Oh. J'oubliais que l'influence d'un mafieux était largement plus néfaste que celle d'un assassin…
-…Et puis ta mère avait une tumeur au cerveau pas un rhume des foins. Elle aurait clamsé avec ou sans lui à ses côtés. » Nouveau silence plus tendu alors que Kenny paraissait jauger sa réaction du regard. Levi soupira : « Je ne vais pas t'en vouloir d'avoir buté un type que je ne connaissais même pas. Relaxe. » Kenny laissa échapper un rire aux sonorités âpres : « T'es vraiment un foutu Ackermann, t'as le sang aussi givré qu'un frigo de boucher… »
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Le 25 Décembre de l'année de ses treize ans, bien qu'on fût le jour J, Levi ne s'attendait à rien. Et d'ailleurs s'évertuait à n'absolument rien ressentir de particulier.
Comme à son habitude, Kenny lui avait fait l'immense plaisir de complètement zappé quelle date on était. Et il n'avait pas eu de nouvelles de Farlan et Isabel de la journée (mais quoi de plus normal puisqu'il avait bravement résisté à leurs assauts répétés pour savoir sa date d'anniversaire.). Levi était donc en train de nonchalamment se promener dans le centre-ville, l'esprit tranquille, quand il avait reçu un message des plus inquiétants de la part de Farlan. Celui-ci le priait de venir leur prêter main forte et lui indiquait une zone du parc abandonnée dans laquelle Levi mettait plus que rarement les pieds…
Que s'était-il passé ? Un groupe ennemi avait-il essayé de les débusquer ?
Ni une, ni deux, Levi prit la direction de son fief, priant malgré lui pour arriver à temps et que ces deux crétins aient réussis à contenir l'attaque du mieux possible, sans être blessés…
Quand il arriva sur place, le silence qui l'accueillit était assourdissant. Mais pas autant que l'étaient les battements erratiques de son cœur contre sa cage thoracique. Son rythme cardiaque irrégulier pouvait être dû à l'effort physique qu'il avait fourni pour arriver sur les lieux aussi vite, mais Levi n'était pas dupe. Il savait très exactement ce qu'il était en train de vivre, ce qu'il était en train de ressentir…parce qu'il l'avait déjà vécu et déjà ressenti, plusieurs années auparavant. Quand il avait ouvert les yeux et vu le teint cireux du visage endormi de sa mère. Senti la lourdeur sur ses frêles épaules du bras froid qu'elle avait posé sur lui, comme pour l'enlacer une dernière fois…
Cet instant hors du temps pendant lequel il avait souhaité de toutes ses forces qu'elle respire encore.
La peur viscérale de se retrouver seul, face à la mort…
Etait-ce à cause de la date que cette idée l'affectait autant ?
Ou alors était-ce parce qu'il s'était bien plus attaché à ses deux idiots qu'il ne serait jamais prêt à l'admettre ?...
Levi n'en savait rien.
Foutrement rien.
Il n'était pas censé pouvoir s'attacher à quoi ou qui que ce soit. Même la mort de Kenny l'aurait sans doute laissé de marbre. Après la disparition de sa mère, il était devenu un vulgaire récipient dans lequel son oncle stockait tous les techniques de combat Ackermann et leur méthodologie pointue en assassinat. Un réceptacle rempli à ras-bord de colère et de rage envers le monde de merde qui était le sien…Il n'y avait plus en lui la moindre place pour l'affection, l'attachement, l'amitié. Tous ces mots en A que la vie réservait sans doute aux véritables êtres humains. Pas à la créature au sang-froid qu'il était….
Et pourtant le voilà, à avaler d'un pas mécanique les derniers mètres qui le séparaient du point de rendez-vous que lui avait indiqué Farlan. A espérer le cœur battant…qu'ils soient en vie….
« Grand-frère ! Par ici ! »
La voix d'Isabel lui fit l'effet d'une gifle. Il se mit à courir avant même d'y avoir pensé, la main crispée autour du manche du long coutelas qu'il portait toujours à la ceinture quand il se baladait. Levi se tenait prêt à défendre chèrement leur vie. Quelle ne fut pas sa surprise quand il déboula dans ce qui semblait être une ancienne aire de jeu où des herbes folles avaient pris le pas sur le béton. Et où Farlan et Isabel l'attendaient, tout sourire. Levi faillit en lâcher son arme de surprise. Il s'était figé entre deux arbres, incrédule et cherchait du regard d'éventuels attaquants…Isabel s'avança vers lui et lui saisit énergiquement les deux mains en s'écriant : « Joyeux anniversaire ! » Levi en laissa tomber sa mâchoire avant de se reprendre.
Il n'allait pas lâcher son couteau. Il allait plutôt s'en servir pour les éventrer.
Sa voix était encore chargée d'émotions lorsqu'il gronda : « Vous vous foutez de ma gueule ?! »Isabel frémit sous la menace mais refusa de lui lâcher les mains. Farlan s'approcha avec prudence : « On s'est dit que tu ne viendrais sûrement pas si tu savais ce qu'on préparait alors…
- Alors vous vous êtes dit que c'était une super idée de m'envoyer un message aussi bizarre et de me faire rappliquer ici en croyant que…vous savez quoi ? Allez vous faire foutre ! » Il repoussa Isabel et entreprit de tourner les talons. Farlan répliqua : « Si tu te souvenais des codes que je vous ai mille fois demandés d'apprendre tu aurais remarqué que je n'avais pas utilisé la série de chiffres qui annonce une attaque du repère ! » Levi avait les mains tremblantes et il ne s'était sans doute jamais senti aussi stupide de sa vie. Qu'est-ce qu'il lui avait pris de rappliquer ici en courant ?
Ce n'était pas parce qu'ils avaient son âge et qu'il passait le plus clair de son temps avec eux qu'il devait laisser ces deux sangsues prendre autant de place dans sa vie !
Il pointa sur Farlan un doigt accusateur : « Tu sais quoi ? J'emmerde ton code ! Je t'emmerde ! J'emmerde cette idée stupide de gang à la con ! J'en ai fini avec vous ! » Isabel passa un petit cri d'effroi, se jeta contre le dos de Levi et l'enserra de ses bras aussi fort que possible : « Non ! » Levi tenta de s'en débarrasser mais elle était plus forte qu'il n'y paraissait. Elle supplia : « Ne t'en vas pas ! On est désolé ! » La voix de Farlan retentit derrière lui : « Non, Izzi, laisse-le s'en aller s'il le veut…on ne peut pas le retenir contre son gré…
- Je ne veux pas qu'il s'en aille ! Je ne veux pas qu'il nous quitte ! C'est la première fois de ma vie que j'ai l'impression d'enfin avoir une place sur Mare2 ! Je ne veux pas que tout s'arrête ! » La pointe de désespoir qu'elle venait d'exprimer stoppa Levi alors qu'il s'apprêtait à lui tordre le poignet pour la forcer à lâcher prise.
Elle parut sentir la tension dans ses muscles et profita de cet instant de faiblesse pour enchaîner : « Tu es la première personne au monde à qui j'ai eu envie de dire 'Joyeux Anniversaire'. Je voulais juste te montrer que tu es important pour moi et que je suis très reconnaissante à Dieu pour t'avoir permis de naître…je voulais juste… » Levi s'entendit déglutir. Une voix mélodieuse lui susurra à l'oreille : « Joyeux anniversaire, bébé…. Tu es sans doute ma plus belle réussite, Levi. Je suis si heureuse d'avoir pu t'élever jusque-là… » Il eut un haut le cœur : « Arrête…je ne suis pas un cadeau, tu n'as pas à remercier qui que ce soit pour ma naissance et d'ailleurs il n'y a personne à remercier ! On est tout seul dans ce merdier, tu comprends ? Et tout ça là, notre collaboration de merde, c'est juste un moyen qu'on s'est trouvé pour baiser notre destin merdique ! On est né dans les poubelles, on a grandi dans la crasse et on crèvera sans doute dans un bain de sang, tout seul. Tu comprends ce que je te dis ? Fous-toi un peu de plomb dans la cervelle et lâche-moi avant que je ne te fasse mal » La prise d'Isabel se raffermit : « Tu as tort Levi…on ne se connait que depuis un an, mais je sais, je sens, que Farlan et toi, vous êtes ma famille….Vous ne m'avez pas abandonnée il y a trois mois quand je suis tombée malade. Vous m'avez trouvé un endroit où vivre quand j'ai été viré de mon lit il y a six mois. Vous m'avez aidé à donner de quoi manger aux petits de l'Orphelinat quand je vous ai expliqué ce que nos tuteurs faisaient de l'argent qu'on leur donnait pour acheter de la nourriture…Alors, c'est vrai, je sais bien que tu n'es pas vraiment mon frère mais…c'est pourtant comme ça que je le ressens…Je voulais te dire 'Joyeux Anniversaire'…j'ai forcé Farlan à découvrir la date, je suis désolée. Je ne recommencerais plus, ne nous laisse pas… » Il y eut un silence.
Levi sentait une lourde boule faire du yoyo en travers de sa gorge et une sorte d'étau s'était refermé autour de sa cage thoracique. Isabel était sans doute en train de pleurer. Elle tremblait et sa poigne s'était soudain relâchée. Levi savait qu'il aurait dû en profiter pour s'en débarrasser, quitter cet endroit, ce parc, et ne plus jamais s'approcher de ces deux crétins…mais ses pieds refusaient de bouger. Parce qu'au fond, il savait ce dont elle était en train de parler. Lui aussi, il avait eu cette étrange impression d'enfin trouver un endroit où il pouvait baisser sa garde, fermer les yeux et reposer sur quelqu'un d'autre, lorsqu'il était avec eux, il avait enfin la sensation que sa vie avait un sens. Qu'on attendait quelque chose de lui qui demandait bien plus de sa part que d'être une vulgaire arme mortelle...
De l'affection, un attachement, de l'amitié. Tous ces mots en A qu'il avait toujours cru réservé aux vrais êtres humains et non à la créature au sang-froid qu'il était, ils ne lui semblaient plus si lointains quand il était à leur côté.
La main de Farlan vint se poser sur son épaule : « Joyeux Anniversaire, Levi. Je pense la même chose qu'Izzi. Je suis heureux que tu sois né, c'est pour ça que j'ai voulu connaitre la date de ton anniversaire… même si tu n'avais pas l'air de le vouloir, même si c'était débile et certainement pas nécessaire... Quand Izzi m'a expliqué pourquoi elle tenait autant à connaitre cette date, je n'ai juste pas pu continuer à trouver ça débile alors… » Levi garda le silence. Farlan reprit : « …Est-ce que tu sais pourquoi est-ce que j'ai préféré travailler avec toi et pas de débaucher les pires lascars du coin pour mettre mon plan à exécution ?
-…Parce que je suis un Ackermann. Et que tu sais que moi, je n'hésiterais pas à faire le sale boulot quand il le faudra…
- C'est vrai. Et tu es le meilleur. Même s'ils venaient en groupe, aucun de ces types ne t'arriveraient à la cheville…Mais ce n'est pas pour ça que je t'ai choisi. Avant de me décider à passer à l'acte, je t'ai suivi pendant des semaines, voire des mois…et tu sais ce que j'ai vu ? » Levi haussa un sourcil tout en aidant Isabel à se tenir bien droite. Il lui essuyait vaguement le visage de sa manche, sans ménagement et elle glapissait de douleur. Il s'entendit répondre : « Un type qui amoncelait les cadavres et les bagarres ? » Farlan le gratifia d'un sourire éclatant : « Non. J'ai vu ça. » Il lui désignait du doigt Isabel et probablement le fait qu'il était en train d'essuyer ses larmes.
Levi fronça le nez mais avant qu'il ne réplique quoique ce soit, Farlan renchérit : « Tu es peut-être effrayant, terriblement fort et super grincheux, mais t'es avant tout un type qui, contrairement à tout ce qu'il dit, en a quelque chose à foutre. De nous. Des gens qui comme toi, sont nés dans les poubelles, on grandit dans la crasse et crèveront sans doute dans un bain de sang…t'es peut-être déjà un assassin à douze ans, mais t'es plus humain que le pire criminel de Shinganshina… » Levi agita la tête : « Je m'en doutais déjà avant mais, il te manque vraiment une case… » Farlan haussa les épaules, amusé. C'est cet instant que choisit Isabel pour refaire surface : « Du coup, est-ce qu'on peut manger ton repas d'anniversaire ? Je crève la dalle… » Et comme pour illustrer ses propos, son ventre gargouilla avec force. Levi leva les yeux au ciel et accepta d'un vague hochement de tête de se plier (pour cette fois) à leur volonté.
Isabel sauta de joie et Farlan sourit de plus bel, tout en l'attirant un peu plus loin.
Il y avait comme une sorte de clairière au milieu d'un tout petit bosquet. Ils y avaient installés une sorte de nappe à piquenique et avaient trouvé le moyen de faire allumer le vieux lampadaire qui se trouvait non loin, éclairant dans une ambiance tamisée le petit tas de victuailles qu'ils avaient assemblés là. Levi fronça les sourcils : « Est-ce que vous avez préparé tout ça ? » Farlan acquiesça : « J'ai l'ami d'un ami qui me devait un service, du coup il nous a prêté sa cuisine et… » Isabel l'interrompit d'un cri aigu : « C'est moi qui ai fait la sauce ! » Levi plissa légèrement la bouche : « Oh ciel. Vous avez vraiment cuisiné tout ça…et donc, je vais crever à l'âge de treize ans. D'une intoxication alimentaire. Mort de merde pour meurtrier…
- He ! Accorde-nous au moins le bénéfice du doute ! On était supervisé !
- Super…
- Oh, allez grand-frère ! Arrête de ronchonner ! Viens ! » Isabel le tira par la manche et l'installa sur la nappe. Ils lui présentèrent leur plat. Une salade de pâtes au poulet, quelques chips, des bières (fraîches vu le froid qu'il faisait) et des biscuits pour tous les goûts.
Ils se servirent tout en racontant comment ils avaient préparé leur salade et c'était dans un silence tendu qu'il avait attendu que Levi prenne la première bouchée de son assiette. La fourchette jetable atteignit sa bouche. Il mâcha. Avala. Et toujours aucune expression ne se trahissait sur son visage lorsqu'il déclara : « C'est dégueulasse. Ça manque de sel et la sauce est limite congelée. Si vous vouliez vraiment piqueniquer vous auriez dû penser avant qu'on est en Décembre et qu'il fait un froid à se choper des engelures aux couilles. » Isabel avait l'air déçu mais Farlan s'était contenté d'acquiescer à son constat. Isabel grogna : « Je n'ai pas de couilles…et elle est super bonne ma sauce ! » Levi agrippa sa fourchette et lui enfourna brutalement une bouchée de pâtes. Elle écarquilla les yeux, mâcha et son visage se décomposa au fur et à mesure. Après avoir avalée sa bouchée elle gémit : « C'est dégueulasse ! Les pâtes sont super molles, ça n'a aucun goût et la sauce est congelée… on est désolé Levi… »
Levi se sentit esquisser un rictus : « Ce n'est pas grave. Pas la peine de t'excuser. En faite, je pourrais limite en faire une sorte de coutume… » Farlan haussa un sourcil : « De quoi ? » Levi répondit : « De manger des trucs dégueu le jour de mon anniversaire. Je ne le fête pas d'habitude. Mais une fois, ma mère a voulu marquer le coup… » C'était la première fois qu'il racontait ça à quelqu'un. La première fois qu'il en avait l'occasion. C'était étrange, de parler tout à coup d'un souvenir. D'une expérience intime, douce et amère. Mais son cœur semblait perdre un peu du poids qui lui pesait dessus à mesure que l'anecdote lui échappait des lèvres alors il continua sur sa lancée: «… Elle est sortie faire les courses et on a préparé un gâteau. A la fin, c'était surtout une sorte de brique faussement au chocolat, presque immangeable. Quand elle s'est rendue compte que c'était dégueu, son visage a fait une sorte de grimace abattue…alors j'ai trempé mon morceau de gâteau dans le jus de fruit bon marché qu'elle avait servi avec. Et on a tout mangé comme ça…l'année suivante, j'ai voulu refaire ce gâteau. Mais j'ai été incapable d'autant le foirer qu'elle… »
Isabel éclata de rire : « C'est trop mignon !
- Mignon ? Je n'en sais rien. Mais pitoyable, certainement…
- J'espère que ta maman ne nous en veut pas de là où elle nous regarde, je suis sûre qu'elle aurait préféré qu'on te serve un truc plus cool…
- J'en sais rien, au fond, je ne la connaissais pas vraiment. Je n'avais que cinq ans lorsqu'elle est morte…et puis, comme je n'arrête pas de te le dire, il n'y a strictement rien après la mort. Elle ne m'observe pas alors elle ne risque pas de t'en vouloir… » Isabel était une orpheline, elle avait longtemps vécu dans l'un des orphelinats 'sponsorisés par l'Etat' de Shinganshina. Un établissement dont le directeur était un Antyen3 catholique…du coup elle avait grandi avec l'impression qu'il existait un Paradis après la mort et qu'un vieux bonhomme barbu veillait sur eux depuis son siège céleste…Levi essayait tant bien que mal de lui enlever toutes ces conneries de la tête mais l'habitude avait la vie dure.
Farlan fixait son assiette de pâtes : « Est-ce que vous pensez que si on trempe nos pâtes dans la bière ça aura meilleur goût ? » Levi sourit franchement : « Essaie. Je pense que te voir vomir, ça pourra m'enlever un peu de mon envie de te frapper pour m'avoir fait un coup pareil… » Isabel et Farlan le fixèrent, ahuris. Levi fronça les sourcils : « Quoi ? » Isabel s'écria : « Tu as souris ! » Levi marqua une pause, interdit. En quoi c'était si spécial ? Levi souffla : « Et alors ? » Farlan répliqua : « Tu ne souris jamais !
- N'importe quoi… dépêchez-vous de manger tout ça qu'on puisse aller dans la remise, je me les gèle…
- Quoi ? Tu veux qu'on mange tout ça ? Mais c'est dégueulasse ! Tu l'as dit toi-même !
- Je déteste le gaspillage. Et puis vous méritez d'être puni, donc si. Vous allez manger toute cette foutue salade de pâtes. Et on ne rentrera que lorsque vous aurez terminé. » Un gémissement de désespoir s'éleva dans la nuit alors que ses deux amis se promettaient de ne plus jamais tenter de lui faire plaisir….
Et pourtant l'année suivante quand ils fêtèrent ses quatorze ans, ils avaient encore une fois choisi de passer au fourneau pour lui préparer quelque chose de leurs mains. Le fiasco avait été un peu moins violent que l'année précédente et la boisson un peu plus alcoolisée (ceci expliquait peut-être cela). Mais comme lors de ses treize ans, installés à même le sol de la remise, Isabel à sa droite, Farlan à sa gauche, Levi avait toujours l'impression qu'à leurs côtés tout était possible. Qu'on lui avait enfin donné la chance de vivre quelque chose de différent, de plus humain, de moins mécanique. Avec eux, le monde tournait enfin rond. Chacune de ses actions avaient un sens. Chacun de ses rêves se changeait en projet d'avenir.
Il n'y avait peut-être pas de bougie à souffler mais sans même s'en rendre compte, Levi avait profité de l'instant pour faire un vœu. Toujours le même. Celui de prolonger ces courts instants de bonheur pour qu'un jour, ils finissent par emplir chaque seconde de son quotidien.
Un an plus tard, Farlan et Isabel étaient morts.
Assassinés par les Titans.
Levi avait dû faire un choix. Et il avait fait le mauvais.
Farlan et Isabel, sa famille, était morte par sa faute. Et il n'avait rien pu faire pour les sauver, rien pu faire pour les protéger. Aussi fort qu'il ait pu l'être à l'époque.
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Cela faisait à peine un mois qu'Erwin Smith avait décidé de le libérer.
Levi lui avait donné sa parole.
Il allait participer à son projet de dingue.
Il était prêt à tout pour avoir la peau des salauds qui avaient arraché à sa vie les seuls lumières de son existence. Il ne rêvait plus de conquérir le monde, d'être riche et puissant. Tout ce qu'il voulait, c'était tout détruire. Anéantir ceux qui avaient fait tomber son cœur au plus profond des abîmes de la solitude. Il n'avait pas pleuré, il n'avait pas ressenti le même froid glacial lui percer la poitrine que lorsqu'il avait constaté la mort de sa mère. Il était en colère, il était insensible et pragmatique. Il avait un but et il savait quoi faire.
Le 25 Décembre, l'année de ses quinze ans, Levi se rendit là où Farlan, Isabel et lui avaient fait leur piquenique hivernal.
Une bière à la main, il s'était installé à même le sol avant de siroter en silence sa boisson. L'endroit était vide. Sombre et aussi froid que son esprit. Il n'y avait rien ici. Plus rien de ce qui avait fait leur si court instant de bonheur. Levi ne croyait pas en l'existence de l'âme, pas plus qu'il ne croyait en l'au-delà. Il savait que ni Farlan, ni Isabel n'étaient plus présents dans ces lieux ou nulle part ailleurs. Il était seul.
Totalement seul.
Et il n'avait qu'une certitude. Plus jamais il ne laisserait entrer la lumière. Plus jamais il ne se bercerait d'illusion sur le véritable sens de sa vie.
Il était né dans les ténèbres. Il mourrait dans les ténèbres.
Mais pas sans emporter avec lui tous les Titans, dans une explosion magistrale.
Alors qu'il se faisait cette promesse solennelle, les étoiles brillaient au-dessus de sa tête. Froides, distantes et impassibles, elles distillaient dans la nuit les lueurs éteintes de leur corps astral.
Levi se souvint avoir lu quelque part que ces lumières que tous admiraient et contemplaient, étaient en fait les résidus d'énergie de micro-planètes qui seraient mortes depuis des milliers d'années. Son expérience avec Farlan et Isabel lui avait au moins appris une chose. Certains buts ne pouvaient s'accomplir autrement qu'en équipe. Pour que cette équipe fonctionne, il fallait pouvoir donner un peu de soi. Levi était comme une étoile. Un être mort depuis longtemps mais qui pour les besoins de sa mission, allait devoir briller. Ne pas tomber dans l'illusion d'un bonheur possible ne signifiait pas qu'il ne pouvait pas le donner aux autres.
Survivre jusqu'à l'instant magique où il tiendrait enfin sa vengeance, ça allait lui demander des changements. Lui demander de devenir lui-même un maître de l'illusion.
Il ne devait pas vivre avec sa colère à la vue et aux sus de tous. C'était dangereux. C'était s'exposer. Et ça l'avait conduit autrefois à s'attacher à ceux qui avaient pu le comprendre et partager ses sentiments. Non, ce qu'il devait faire dorénavant, c'était d'enterrer profondément cette colère en lui, de la faire mûrir, à l'abri des regards.
Levi devait jouer un rôle. Celui du bon soldat. Celui du leader que cherchait Erwin Smith pour sa petite armée de délinquants…
Farlan et Isabel lui avaient appris en quelque sorte appris comment il devait s'y prendre pour que personne ne voit le véritable lui.
Ils étaient ceux qui lui avaient permis de se découvrir, de voir en face et d'affronter sa solitude, son envie d'être compris et aimé. Ils avaient révélé le vrai Levi au monde. Puis ils l'avaient pris par la main et l'avaient emmené avec eux... L'adolescent qu'ils avaient abandonné, qui était assis dans le noir, une bière à la main. Silencieux, inexpressif, aussi impassible que les étoiles qui brillaient au-dessus de sa tête, n'était plus qu'une épave.
Un cadavre ambulant.
Levi était comme une étoile. Un être mort depuis longtemps mais qui pour les besoins de sa mission, allait devoir briller.
1 Nom du pays et du continent où vivent Levi et Eren.
2 Nom de leur planète. Il s'agit de la nouvelle appellation donnée à la Terre par les Nouveaux Humains après que l'ancienne population terrestre ait été décimée à 98% par diverses catastrophes naturelles et chimiques.
3 Un Terrien issu des 2% de l'Humanité ayant survécu. Ils vivent en majorité sur le continent d'Antya, d'où le fait qu'on les appelle Antyens.
Et ainsi s'achève la partie 2.
Normalement à partir de là, les choses s'améliorent pour notre très cher Levi...(tout est relatif...mais soit)
Qu'avez-vous pensez de Farlan et Isabel?
Place à la réponse aux Reviews:
Gloria:
C'est vrai? Tu te sentais mal? J'espère que cette partie ne va pas t'achever! Personnellement, comme je l'ai écris plus haut, je m'attendais à finir en PLS à la fin de cette première partie (du moins c'était l'émotion que j'avais en terminant le brouillon) et pourtant? Je n'ai rien ressenti de particulier et j'avais du coup super peur que vous trouviez ce passage un peu insipide...
Tu me rassures un peu!
Kumiro:
Je pense que ma (longue) absence te permettra d'avoir un peu plus de temps pour rattraper ton retard! *rire jaune*
Mais j'ai bien peur que tu ne finisses par te Spoiler si tu continues à lire les anniversaires de Levi sans avoir terminer les chapitres de MBB...Je ne sais pas où tu en es mais sache que si Eren va encore très bien (#pas de séjour à l'hôpital) la prochaine partie risque fort de te spoiler!)
Bonne année à toi et merci d'être revenue!
Mes meilleurs voeux pour 2017!
A bientôt et plein de love sur vous!
