Bonjour à tous !
Voici le deuxième et dernier chapitre de ce portrait de Luna. J'espère qu'il vous plaira !
Merci à Red Candies pour sa superbe review !
Je vous retrouve la semaine prochaine avec la publication d'un nouveau chapitre d'Apprentis Sorciers, Ecrivains en Herbe ;)
Bonne lecture et à bientôt !
Il est à nouveau minuit, et c'est toujours le printemps, mais cette nuit, Luna n'écrit pas. La lune est cachée sous les nuages, les étoiles aussi. Il n'y a qu'un ciel gris sombre qui pare le monde d'une obscurité confortable. Parfois, on devine une lueur derrière le voile gris, parfois, certains éléments du paysage s'éclairent comme par magie d'une clarté surnaturelle.
Luna laisse filer la brise douce dans ses cheveux, et se rappelle la nuit de la veille, et son carnet vierge de mots. Elle se rappelle son émoi et le laisse l'habiter, doucement.
Parfois, quelques gouttes tombent sur son front comme une bénédiction du ciel, averse froide et douce, qui ponctue poétiquement le fil de ses pensées décousues.
L'air est chargé d'humidité, cette nuit-là ne sent pas les fleurs, elle sent la pluie et la terre humide. Elle sent le monde prêt à croître pour remplir l'espace de sa beauté, elle sent la vie qui coule avec la sève dans les veines des plantes, elle sent le renouveau et la douceur.
Ces nuits-là, Luna les aime comme toutes les autres. Ces nuits où le monde semble créer un cocon pour les pensées, où le paysage ressemble à un immense esprit où résonnent les songes.
Les nuits sont tellement belles, à quoi bon les passer à dormir ? Si Luna en avait la patience, elle créerait une potion qui lui permettrait de se priver de sommeil autant qu'elle le voudrait. Les siestes, plus rares et plus courtes, n'en deviendraient que plus agréables. Ce serait comme Noël, fête magique parce qu'elle n'arrive qu'une fois dans l'année.
Et tout le reste du temps, elle pourrait compter les étoiles et contempler les nuages, regarder les couchers et les levers de soleil, et entendre les arbres bruisser sous la brise sans même les apercevoir. Elle pourrait danser sur les pierres au bord de la rivière pour les entendre chanter, et la nuit l'abriterait de tous ces regards moqueurs. Elle pourrait déclarer son amour à la lune, sans oublier une seule de ses apparitions...
Les nuits de printemps où le monde se pare d'une pudique obscurité sont celles des grands dilemmes pour Luna, car elle aimerait rester allongée sur le sol et s'écouter penser, écouter le ciel résonner de ses songes... Mais elle aimerait aussi courir droit devant, profiter de l'étrange sensation que cause l'obscurité, se sentir aveugle et en profiter pour éveiller ses autres sens : humer l'air, se repérer aux sons de la rivière, répondre au crissement de l'insecte et au soupir de l'oiseau, avancer au doux toucher du vent sur sa peau, percevoir jusqu'aux plus infimes variations de température, et progresser au hasard, se trouver n'importe où au lever du soleil... Rire, chanter, et entendre sa voix étouffée par les nuées.
Marcher, marcher encore jusqu'à trouver l'endroit où les nuages disparaissent et où on peut voir les étoiles. Changer de nuit au fil de ses pas.
C'est un dilemme insoluble, mais ce n'en est pas un, car la nuit est longue, et elle est multiple. Comme Luna, elle n'est pas une, elle change à chaque seconde et abrite en son sein toutes les fantaisies. Cette fois-ci, elle commence par penser, elle courra droit devant, ensuite, sans prendre garde. Elle rira en sentant les feuilles du saule caresser ses épaules, elle tendra la main pour effleurer son écorce... La nuit, personne n'est là pour la juger.
Peut-être un jour choisira-t-elle de partir en balai et de voler encore et encore, et faire le tour de la Terre sans jamais avoir vu le soleil... Elle n'en avait parlé à personne. Elle savait qu'on aurait ri, qu'on lui aurait expliqué que c'était impossible. Elle avait parfaitement conscience que c'était impossible, du moins pour le moment – les fabricants de balais étaient bien inventifs, qui pourrait prédire qu'ils ne le permettraient pas, un jour ? – mais pourquoi les gens voulaient-ils à tout prix l'empêcher de rêver ?
C'était peut-être pour cela que Luna veillait si souvent, les nuits de printemps, d'hiver, d'été et d'automne. Parce que la nuit, les gens rationnels dorment, ils ne se moquent pas. Parfois, elle a pitié d'eux. Leurs esprits sont tellement étriqués qu'ils ont besoin de dormir pour rêver.
Elle peut rêver tout à son aise, éveillée sous le ciel, dans la solitude que lui offre le voile pudique de l'obscurité.
