Après la pluie le beau temps :
« Tu es sûr, Harry ? » Insista Hermione.
« Certain. » Confirma le brun.
« Bon. Soigne toi vite, on à hâte de te revoir, Ron et moi. » Elle hésita puis ajouta. « Colin aussi, je pense. Si tu as le moindre problème, tu m'appelles hein ? »
Hermione était inquiète, ça s'entendait parce que sa voix était moins assurée que d'habitude. Son meilleur ami partait loin d'elle une quinzaine de jours et, vu les circonstances, cela ne la rassurait pas. La seule raison pour laquelle elle avait accepté son départ était qu'elle était sûre de le laisser entre de bonnes mains.
Harry, lui, n'y croyait toujours pas. Quand Snape lui avait proposé de passer sa convalescence chez lui, le brun avait été étonné. Il l'avait été beaucoup moins quand Snape avait ajouté d'un ton mordant :
« Vu votre cervelle de moineau, vous seriez encore capable d'oublier de prendre vos potions. Je ne me casse pas la tête à les faire pour rien ».
Harry avait plissé des yeux et s'était apprêté à lancer un refus acerbe, mais quelque chose dans le regard de l'aîné l'avait fait hésiter. Le Gryffondor sentait que sa relation avec le professeur était à un croisement important. S'il l'avait envoyé paître maintenant, toute possibilité d'une entente cordiale entre lui et Snape semblait vouée à l'échec pour toujours.
Et puis, deux semaines ce n'était pas si long.
« Pourquoi pas. » Avait lâché le garçon. « Tant que vous ne m'empoisonnez pas... »
Le professeur avait grogné.
Depuis son accident, Harry avait beaucoup réfléchi à l'attitude de Snape et aux révélations qu'il lui avait faites. L'idée d'avoir été surveillé et suivi par quelqu'un ne le dérangeait plus autant qu'au début. Bien qu'il n'en comprenait toujours pas les raisons, par ailleurs. C'était étrange, car l'attitude de son ancien professeur était toujours aussi infecte avec lui, mais parfois... Parfois ses gestes contredisaient tant ses paroles qu'il en venait à se poser des questions.
Comme cette fois où il lui avait tenu la main. Ou bien cette autre fois quand il avait senti le regard inquiet de Snape lui courir dans le dos, mais qu'une fois Harry retourné, le professeur avait déjà plongé le nez dans son journal. Comme si rien ne s'était passé.
En fait, la seule chose qu'Harry ne digérait pas, c'était que Sam l'ait engagé à cause du professeur. Il aimait ce travail, et l'idée même d'avoir été engagé parce qu'il était Harry Potter et non pour son efficacité l'ennuyait profondément.
C'était exactement ce qu'il avait fui dans le monde sorcier.
Tout le monde le voyait auror, joueur de Quidditch, ministre de la magie, même.. Mais lui ne savait pas. Il y avait réfléchi pourtant, de nombreuses heures, mais aucune illumination ne l'avait jamais traversée.
Il ne savait pas quoi faire.
Son regard se posa mollement sur Snape qui attendait à l'embrasure de la porte de sa chambre d'hôpital. Il ne l'avait que trop fait attendre.
Alors il ramassa son manteau et sortit.
« C'est joli » Fit Harry.
Après être sortis de l'hôpital, ils avaient marché une centaine de mètres jusqu'à une petite impasse isolée et Snape les avait fait transplanner dans l'ombre.
Quand le Gryffondor avait tenté d'imaginer l'endroit où son ancien professeur pouvait vivre, il en était rapidement arrivé à la conclusion qu'il n'en savait rien. Deux ans auparavant, il aurait sans doute imaginé l'homme dans un sombre appartement aux murs nus, sans personnalité, sans couleurs. À l'image des cachots qu'il avait habités pendant des années.
Mais, à la lumière des derniers événements, Harry était forcé d'admettre que tout ce qu'il pensait connaître de son professeur était faux ou biaisé.
Et il n'avait qu'à jeter un œil à la maison de l'homme pour s'en rendre compte.
C'était paisible. Exact opposé de l'homme qui semblait tourmenté. Le bâtiment n'était pas grand, mais pas petit non plus. En fait, il avait les dimensions parfaites pour abriter un homme qui vivait seul. C'était une petite maison de campagne au style normand, avec ses murs en torchis et ses poutres de bois apparentes. Très... rustique.
Le jardin attira l'attention d'Harry parce que c'était le plus impressionnant à regarder. Il s'étendait sur facilement quatre-cent mètres de long et le brun distinguait au loin le toit de verre d'une serre.
« Merci, Potter, je suis ravi que mon humble demeure vous plaise. » Fit Snape, le ton doucereux.
Clairement, il se foutait encore de sa gueule.
Il suivit docilement son aîné jusqu'à un petit couloir qui débouchait sur deux portes en vis-à-vis. L'homme ouvrit la porte de gauche et laissa Harry pénétrer le premier dans la pièce. Un lit, une petit bureau et une commode étaient les seuls meubles qui décoraient la pièce aux murs bruns. C'était parfait.
Un frisson étrange parcourut l'échine d'Harry qui posa son sac sur le sol et se retourna vers son hôte.
« Voici votre chambre. La mienne est juste en face. Le médecin à insisté pour que vous restiez alité encore trois ou quatre jour le temps que votre cage thoracique se consolide, restez couché le plus possible. Avec les potions reconstituantes, ce délai tombe à deux jours. Je compte sur vous pour ne pas gâcher les efforts que je fais pour vous guérir en prenant des risques inconsidérés. Vous pourrez me rejoindre à midi et dix-sept heures pour les repas. Si vous bougez de votre lit pour toute autre raison, je vous assassine. »
Sur ce, Snape fit volte-face et sortit de la pièce.
Harry s'assit sur son lit et resta songeur.
Il ne comprendrait jamais cet homme.
"Je m'ennuie" soupira Harry.
Le professeur se tourna vers lui, l'air narquois.
"Prenez un livre, je vous ai laissé un libre accès à ma bibliothèque." répondit l'aîné.
"J'ai lu trois grimoires de potions en deux jours. C'est plus que dans toute ma vie. Je n'en peux plus..."
Snape soupira. Sale gamin.
"Qu'est ce que vous faites d'habitude quand vous vous ennuyez, Monsieur Potter ?"
Harry le scruta quelques instants. Il avait du mal à cerner le professeur. C'était déjà vrai avant, mais ça l'était encore plus depuis qu'il avait emménagé provisoirement ici. Il ne voyait l'homme qu'aux repas, et dans le salon lorsque le soir tombait.
Mais le plus dérangeant, c'était qu'ils ne se parlaient pas. Enfin presque pas. "Bonjour", "Bonsoir" et c'était presque tout. Chose étrange que de partager une telle intimité silencieuse...
Sauf ce soir-là. Parce que ce soir-là, Harry s'ennuyait, et que ça allait tout changer.
"Je fais du Quidditch, des ballades, je parle avec mes amis... N'importe quoi. Mais je ne lis pas des grimoires de Potions du 17ème siècle !" Déclara Harry.
"Pour le Quidditch et la ballade... Je crains qu'il ne faille encore attendre un peu. Mais si vous voulez parler, je suis là."
Snape sentit les mots lui brûler la langue avant même d'avoir fini sa phrase. Quel con. Mais c'était toujours comme ça avec Potter, il lui faisait faire n'importe quoi. Il n'y avait que lui pour le faire sortir de ses gonds en deux mots, pour lui faire dire des mots qu'il ne pensait pas, parfois.
Au contact du garçon, il perdait les pédales. C'était aussi compliqué que ça.
« Sérieusement ? » Dit le Gryffondor, incrédule.
Severus rosit.
« Oubliez, je ne veux pas entendre vos lamentations de gosse. » Conclut Severus en attrapant un magasine qui traînait sur la table basse.
Harry le fixait, songeur.
« Je me disais aussi... Et vous, vous faites quoi quand vous vous ennuyez ? »
Le professeur s'arrêta de lire et posa le magasine ouvert sur ses genoux sans quitter les colonnes de mot des yeux. Les yeux dans le vague, il semblait être ailleurs.« Je ne m'ennuie jamais. Enfin pas vraiment. Je jardine, je lis, je brasse des potions, je joue aux échecs... Au fond peu importe. Vous savez, Potter, pour moi l'ennui est un luxe. Ce n'est pas à vous que je dois apprendre à quel point la guerre fut éprouvante et à quel point le simple fait de s'ennuyer est nouveau pour moi.»
Harry baissa les yeux vers la pointe de ses chaussures.
« Oui, je comprends. »
Un bruit sourd lui fit relever la tête. Le professeur venait poser un plateau d'échecs sur la petite table.
« Vous savez jouer ? » Demanda-t-il.
« Oui, nous faisions beaucoup de parties avec Ron lorsque nous étions à Poudlard. Il a bien longtemps que je n'ai plus joué, par contre. »
« Allons Monsieur Potter, ne trouvez pas de justification quant-à votre future défaite » Le nargua-t-il.
Le Gryffondor plissa des yeux.
« C'est ce qu'on va voir. »
« Cavalier en C2 » Commanda Harry au plateau d'échecs. Il ne put retenir un air satisfait. Cette fois ci, sa stratégie était impeccable. Il ne pouvait pas perdre, encore un déplacement et son fou allait prendre le roi de son adversaire.
« Tour en E5 » Déclara Snape au bout de quelques secondes de réflexion. « Échec et mat. Ça ne fera que votre 7 ème défaite d'affilée, monsieur Potter... »
Harry serrait les poings. Snape se payait encore de sa tête, pour changer.
L'aîné prit le plateau de jeu et attira d'un coup de baguette les pions à l'intérieur du sachet. Il avisa son invité qui râlait sur le tapis.
"Je vous charrie, monsieur Potter..." L'interpellé leva la tête et esquissa un sourire grimaçant.
"...Ce n'est que votre sixième défaite."
Un regard noir et un éclat de rire plus tard, Harry se passa la main sur le visage et s'allongea nonchalamment sur le rebord du canapé, ne quittant pas des yeux son ancien professeur qui buvait à lents traits une tasse de thé. C'était étrange comme un simple jeu d'échec avait réussi à les rapprocher. Cela faisait maintenant une semaine qu'il vivait ici mais il ne voyait pas le temps passer. Ils ne se parlaient toujours pas, enfin pas vraiment, mais le rendez-vous autour de la petite table devant la cheminée était devenu incontournable.
La présence du garçon ne dérangeait plus Severus. Il n'aurait jamais pensé ça, mais Potter était facile à vivre. Discret, aidant pour les tâches ménagères dès qu'il le pouvait, silencieux...
Même en deux ans d'observation, il n'avait pas cerné à quel point le garçon avait mûri depuis la fin de la guerre. C'était étrange, parce qu'on sentait en lui en subtil mélange de force et de faiblesse. Potter était hanté par ses souvenirs, mais les surmontait le jour.
Le seul moment de la journée où Severus maudissait Harry, c'était la nuit.
Quand il allait se coucher, c'était toujours la même chose. Au bout d'une heure, le garçon se mettait à pleurer. Et Severus, dans l'ombre, agrippait fermement sa couverture pour se retenir de se lever.
Ce n'était pas son combat. Potter devait affronter ses démons seuls. Chacun ses problèmes...
Et pourtant, cette nuit-là, Snape ne tînt plus.
Peut-être parce que la guérison du garçon approchait dangereusement, peut-être parce que la soirée avait été parfaite.
Ou peut-être simplement parce qu'il en avait envie.
Lorsqu'il ouvrit la porte, il mit quelques secondes à s'habituer à l'obscurité ambiante. Potter gémissait, se tournant frénétiquement d'un côté et de l'autre de son lit. Un sillon de larmes imprégnait ses joues et qui luisaient doucement à la lumière du couloir. Le cœur de Rogue se serra inexplicablement.
L'homme s'agenouilla au pied du lit et posa sa main sur l'épaule du jeune homme. Il le secoua à plusieurs reprises, toujours silencieux, mais le garçon ne se réveillait pas. Il le secoua plus fort.
"Potter, réveillez-vous !"
Le Gryffondor papillonna des yeux et avisa son aîné, surpris. Il renifla.
"Qu'est ce qu'il se passe ?" Dit-il en essuyant ses joues d'un revers de manche. Pourvu que Snape n'ait pas remarqué qu'il pleurait.
"Je n'arrive pas à dormir, Potter, vous êtes trop bruyant. Qu'est ce qu'il se passe, Potter ? C'est comme ça toutes les nuits."
L'interpellé resta silencieux. Que répondre ?
Comme lui décrire ce vide dans son cœur, cette impression que la vie n'avait pas de sens, cette prise de conscience totale de l'absurdité de la vie qui lui donnait le vertige. En même temps que Voldemort, c'était un petit bout de lui qui était mort. Littéralement. Le deuil de soi-même était assurément le plus difficile.
"Je... Désolé" Balbutia Harry. Il baissa les yeux, les maintenant mi-clos pour ne plus distinguer la silhouette de l'homme. Il avait honte d'être aussi faible face à quelqu'un.
Snape se releva et s'assit sur le lit. Harry sursauta lorsqu'il sentit le matelas s'affaisser sous le poids du Maître des Potions mais n'osa pas relever la tête.
"Vous ne devez pas vous sentir obligé d'être heureux. Pas plus que vous ne devriez faire semblant de l'être."
Le Gryffondor écarquilla les yeux.
"C'est normal que la guerre vous ait laissé des séquelles, que vous soyez déprimé par moment. Vous savez, Potter, il m'arrive aussi de faire des cauchemars. Les garder enfouis en vous ne servira à rien sinon à les laisser vous envahir davantage chaque nuit."
Harry renifla. Il jeta un regard rapide à Snape et vit qu'il semblait sincère.
Un second reniflement le prit par surprise. Le garçon sentait ses yeux piquer, et plus que tout il sentait qu'il lâchait prise. Il se refusait à fondre en larmes devant son ancien professeur. Il n'était plus un enfant.
Snape posa sa main sur l'épaule de son invité, et ce simple geste déclencha un raz-de-marrée chez Harry.
Il s'agrippa aux épaules de l'homme et sanglota contre le t-shirt de pyjama de celui-ci. Il ne remarqua pas le frisson qui parcourut son hôte ni le regard étrange qu'il posa sur le brun.
En revanche, il sentit parfaitement les mains du professeur se perdre dans ses cheveux et toute la tension qu'il avait accumulée en deux ans s'envoler au rythme des cercles tracés sur son crane par les doigts de son aîné.
Sa respiration redevint calme, tranquille et ses sanglots cessèrent. Il s'écarta doucement du torse de son professeur. Ils se regardèrent un long moment dans les yeux.
Harry se rendit compte que Snape jouait toujours avec une de ses mèches de cheveux et rougit un peu. Snape ôta sa main.
Le Gryffondor ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose mais se ravisa.
Il ne sut dire au juste à quel moment il se rendormit.
Severus resta longtemps à regarder dormir le brun.
Perplexe.
Severus s'était servi un verre de whisky, chose inhabituelle pour un mardi. Potter était parti chez le médecin, et il savait pertinemment quel verdict le praticien allait rendre. Cela faisait deux-trois jours que le jeune homme était totalement rétabli, mais comme d'un commun accord ils n'avaient pas abordé ce sujet.
Sauf que là, ils n'avaient pas pu repousser le rendez-vous plus longtemps. Cela commençait à paraître trop suspect.
Trois gorgées d'alcool plus tard, Potter se cassait la gueule sur le tapis de son salon. Il n'avait jamais été doué pour les réceptions de cheminette. Snape faillit rire mais se reprit, ce qu'Harry ne vit pas puisque ses lunettes étaient tombées au sol.
Bien vite, les deux se retrouvèrent face à face. Harry fixait le sol, ses mains nouaient et dénouaient sans cesse des liens imaginaires. Comme pour briser sa nervosité.
« Alors, Potter ? » Grogna Snape.
« Je peux rentrer chez moi, les côtes sont nickels ».
Le professeur hochât la tête. « Je ne vous retiens pas, vous êtes libéré » répondit-il simplement. Un peu sèchement, peut-être.
Un ombre passa sur le visage d'Harry. L'aîné faillit se raviser mais ne dit rien de plus. Il regarda simplement le brun s'en aller à pas lents vers sa chambre.
Le regard de Severus tomba mollement sur le fond de whisky qu'il restait dans son verre. Il soupira et le vida cul sec avant de s'enfoncer dans son canapé. Il entendait au loin son invité qui s'affrétait dans la chambre brune. Ces bruitages du quotidien allaient lui manquer. Tout allait lui manquer.
Il entendit le brun revenir quelques minutes plus tard, un petit sac à dos pendait sur son épaule. Harry s'arrêta devant lui, dos à la cheminée.
"Au revoir, Potter" Murmura Snape.
Il vit du coin de l'œil le Gryffondor s'approcher et s'asseoir en tailleur devant lui. Celui-ci passa sa main dans ses cheveux broussailleux, l'air gêné.
"J'ai pas envie de partir." Marmonna Harry, sur un ton si bas que le professeur le manqua presque. Il releva la tête si vite que sa nuque craqua. Il fixait, les yeux écarquillés, le regard fuyant du jeune homme.
"Pourquoi ?" dit-il. Harry se mordilla la lèvre et les pupilles de l'aîné s'obscurcirent davantage.
"Je sais pas, je me sens bien ici. Je ne sais pas." Le timbre de la voix du jeune homme était tremblant.
"Vous pouvez rester Potter." Le sien aussi vacillait.
"Je ne veux pas vous déranger."
La main de Snape vînt s'échouer sur le crâne du cadet.
"Restez. Vous ne me dérangez plus."
Harry eut le bon sens de ne pas briser le silence.
Hermione restait songeuse sur la chaise du balcon. Il y avait quelque chose entre Harry et Snape, elle en était de plus en plus convaincue. C'était à la fois si évident et si caché qu'elle avait parfois l'impression que le monde entier était aveugle ou bien que c'était elle qui devenait folle.
Ron n'avait pas compris quand leur meilleur ami avait annoncé qu'il restait chez leur ancien professeur. Mais avec les années, Ron avait mûri aussi n'avait-il rien dit.
Le temps passé lui avait appris que ce n'était pas parce qu'il ne pouvait pas comprendre certaines choses qu'elles étaient forcément mauvaises.
Harry devait passer dans la journée les saluer et prendre quelques affaires supplémentaires. Il ne leur avait pas donné la raison ni la durée de son séjour prolongé chez l'homme. Hermione était convaincue que lui-même ne se pigeait pas vraiment.
Un sourire narquois fleurit sur ses lèvres faisant frémir Ron qui la regardait par la fenêtre.
Il ne comprendrait jamais Hermione.
Mais il ne cesserait jamais de l'aimer.
"Tu m'as manqué vieille branche" Hurla Ron à son ami qui rentrait dans l'appartement.
Harry sourit en calant son épaule contre celle du roux qui lui avait sauté au cou.
"Toi aussi, Ron, je viendrai vous rendre visite plus souvent, promis." Sourit le brun.
Il mangea en compagnie de ses deux meilleurs amis et entreprit de leur raconter sa vie chez Snape, passant sous silence les moments qu'il jugeait trop intimes. Au fond, il n'y avait pas tant à raconter que cela. Son quotidien était très tranquille et l'alchimie qui régnait entre lui et Snape était indescriptible.
Sur le coup des 9 heures du soir, le brun entendit la porte d'entrée s'ouvrir et ses deux amis s'éclipsèrent soudainement. Harry se retourna, perturbé, et vit Colin qui entrait dans la cuisine, un long paquet sous le bras. Il l'accueilli d'un grand sourire.
"Hey Colin, ça fait longtemps ! Quoi de neuf ?"
Le blond rougit brusquement et ouvrit la bouche avant de se raviser.
"J'ai quelque chose d'important à te dire." Dit-il, l'air fuyant.
Harry fronça les sourcils et hochât la tête.
"Je... Je voulais pas. Je veux juste que tu me promettes de ne rien dire et de ne pas t'énerver avant que tout soit fini, d'accord ?"
Le brun déglutit. Quoi-que voulait dire Colin, ça ne semblait pas être quelque chose de bon.
Il promit.
"Quand je suis arrivé à Poudlard, j'avais lu des centaines de livres sur toi, sur ton histoire. Je n'avais qu'une seule chose en tête, et c'était de te rencontrer. Je voulais me rapprocher de toi, être ton ami. Mais tu ne me regardais même pas, j'avais l'impression d'être un parasite toujours collé à tes baskets..."
Colin reprit son souffle et continua d'un ton un peu plus assuré.
"Ce ne sont pas des reproches. Aujourd'hui, j'ai grandi et je comprends à quel point tu avais de grandes et terribles responsabilités alors. Mais quand j'avais 13 ans, toutes ces choses me passaient par dessus la tête, tu vois ? Alors j'étais amer, et j'ai fait des choses que je regrette terriblement."
Harry ouvrit grand les yeux puis lui fit un sourire chaleureux.
"Tu as vendu des photos de moi à la Gazette, je sais."
Le cœur du blond se figea dans sa poitrine et il afficha un air ahuri.
"Hein ?"
"Je l'ai su en 6ème, quand l'histoire s'était déjà tassée depuis un bon moment. Je t'en ai voulu quelques temps mais j'ai fini par me dire que tu avais tes raisons. Tu étais un gamin, Colin, pas la peine de te faire un sang d'encre pour ça. Après tout nous sommes amis, non ?"
Le sourire du brun vînt faire fondre la glace qui enserrait les poumons de Colin depuis des mois. Il ne put que sourire à son tour et tendre le paquet qu'il avait depuis le début à son aîné.
Une intense reconnaissance lui réchauffait le ventre. Il se sentait léger, et si libre.
"Je ne t'ai jamais assez remercié pour tout ce que tu as fait. Ce n'est pas vraiment un cadeau de reconnaissance, mais j'avais envie de te donner ceci."
Harry eut l'air surpris. "Me remercier pour quoi ?"
Colin sourit encore plus, si c'était seulement possible. Son colocataire était vraiment trop gentil.
"Voldemort, mon frère que tu as sauvé, tout ça..." répondit-il timidement.
Harry ne répondit pas tout de suite, bien trop occupé à déchirer l'emballage du cadeau que lui avait donné son ami, une mimique de gamin trop gâté figée sur le visage.
Il éclata soudain de rire.
Colin lui avait offert un parapluie. Un immense parapluie sur lequel était imprimé un ciel d'été.
"Tu vois, il ne pleuvra plus jamais quand tu ne le voudras pas maintenant. Le parapluie te protégeras si tu le veux." Fit le blond, gêné. Des larmes commencèrent tout doucement à lui picoter les yeux. Le regard d'Harry se fit soudain plus vif. Il avait compris l'attitude de Colin ces derniers mois.
Le blond ne put rien ajouter de plus, Harry l'avait entraîné dans une étreinte puissante sous le parapluie.
"C'est le plus beau cadeau que tu pouvais me faire. Je veillerai sur toi aussi, Colin."
Un reniflement fut son unique réponse.
"Tout s'est bien passé ?" Demanda Snape à Harry qui se relevait péniblement de sa chute hors de la cheminée du salon.
Harry secoua la tête et s'installa sur son fauteuil, à la droite de Severus.
Il avisa d'un air distrait la bouteille de whisky et le verre vide à côté de celui de son ancien professeur puis décida de se joindre à lui. Les gorgées de boisson lui réchauffaient agréablement la gorge.
"Snape ?" Grommela le jeune homme.
"Potter ?"
Celui-ci prit une forte inspiration. " Quand j'étais à Poudlard, vous m'imaginiez comment après mes études ?"
Le professeur posa lentement son verre sur la table basse et cala son menton dans sa main. La question demandait un peu de réflexion.
"À vrai dire, je n'imaginais pas tellement. J'étais bien trop occupé à essayer de vous garder en vie."
Le brun sourit et se leva.
Il ébouriffa tendrement les cheveux de son hôte avant d'aller se coucher.
Aucun des deux ne prit la peine de relever l'événement.
« Snape ? »
« Potter ? »
« On mange quoi ce soir ? »
Snape releva son regard de son livre et haussa le sourcil droit.
« Ce que vous nous préparez de bon, bien sûr. »
Harry tira la langue et partit vers la cuisine, bien vite rejoint par son ancien professeur qui resta adossé à l'encadrement de la porte.
« Je fais des crêpes, ça vous va ? »
Severus fit ''oui'' de la tête.
Harry se mit sur la pointe des pieds pour attraper un paquet de farine sur le haut de l'étagère. Snape ne manqua pas de loucher un moment sur les fesses de son invité. Il détacha péniblement les yeux du spectacle alléchant et se dirigea vers le frigo pour sortir une brique de lait.
Derrière lui, Harry se lécha les lèvres. On allait rigoler un peu. Ou pas. Il espérait que oui.
Il prit une cuillère de farine et, s'en servant comme d'une catapulte, balança le tout sur la chemise noire de son ancien professeur.
Quand celui ci fit volte-face, le Gryffondor se tenait prêt mais en put éviter la gerbe de lait qu'il se prit en plein visage.
Un instant, il resta figé, le lait ruisselant dans ses cheveux jusqu'à son t-shirt.
Un instant avant qu'un terrible combat ne s'engage, s'achevant uniquement quand Severus finit écroulé dans l'herbe du jardin. Aucune parcelle de son corps n'était épargnée, et sa chemise blanche n'était qu'un lointain souvenir. Potter avait posé sa tête sur les genoux de Snape et rigolait sans pouvoir s'arrêter.
Même avec toute la mauvaise foi du monde, Severus devait reconnaître que le Gryffondor était moins sale que lui.
Reprenant son souffle, Harry lâcha :
« N'empêche, j'ai gagné. »
« Sale gamin. » Répondit Severus.
Sans pour autant déloger le brun de ses genoux.
« Severus ? »
Snape se retourna vers lui, surpris.
« Harry ? » Répondit-il.
« Je préfère quand tu m'appelles comme ça. »
Le professeur ne releva pas le tutoiement.
« Passe moi l'arrosoir, gamin »
Harry lui jeta l'outil et continua de désherber sa parcelle de tomates. Les joues un peu roses.
Harry se tournait et retournait dans son lit sans trouver le sommeil. Il prit sa baguette et jeta un « tempus » d'un geste détaché. Il se leva silencieusement et jeta un œil dans le couloir. Snape ne dormait pas non plus, de la lumière fuitait en dessous de la porte de sa chambre.
Le soir avait toujours été un moment qu'il redoutait, depuis le plus jeune âge. Aujourd'hui et depuis quelques semaines, il dormait bien.
Il dormait bien, mais seul.
Ses pensées s'égaraient sans-cesse vers l'occupant de la chambre d'en-face et chaque soir il attendait que le courage lui vienne de le rejoindre.
Mais l'appréhension l'emportait toujours.
Harry ferma les yeux un instant, savourant les souvenirs du visage souriant de Snape qui défilaient derrière ses paupières closes.
« Merde » jura-t-il.
Deux mois qu'ils se tournaient autour, ce n'était plus possible.
Deux mois qu'Harry s'était fait à l'idée que son ténébreux hôte ne le laissait pas indifférent.
Il s'assit sur son lit. Pesa le pour et le contre.
Le pour l'emporta.
Severus s'ennuyait.
Severus faisait semblant de lire.
Severus pensait à Harry.
Depuis deux ans.
Il y avait quelque chose entre lui et ce crétin congénital que Severus n'avait jamais pu saisir. Une intensité. Avant, elle s'était exprimée par la haine, les joutes verbales à répétition et même, parfois, les insultes.
Mais depuis quelques temps l'envie étrange de susurrer à l'oreille du brun d'autres choses que des insultes. Et une envie folle de lui arracher ses vêtements un à un. Avec les dents.
Si Severus avait prit le temps d'être honnête envers lui, il aurait admis que cette assurance était la raison pour laquelle il avait décidé de veiller sur Potter après la bataille finale. Le regard mort du garçon avait brisé quelque chose en lui et il n'avait jamais pu vivre sans depuis ce moment-là.
Ouais, Severus était cuit.
C'est lorsqu'il concluait sur cette évidence que la porte de sa chambre s'ouvrit dans un grincement discret.
Priant pour que Snape ne pose pas de question, Harry se faufila sur la pointe des pieds dans la chambre de l'aîné. Ce dernier leva la tête vers le Gryffondor mais resta neutre. Le brun contourna le lit et se faufila sous la couette, là où il restait de la place.
Severus posa son livre sur sa table de chevet et éteignit la lumière.
Il ne fallut pas deux secondes à Harry pour se lover sur le flanc de Severus.
Il ne fallut pas deux minutes à Severus pour décider d'entourer le torse d'Harry de son bras.
« C'est mieux comme ça » Murmura-t-il.
Mais Harry dormait déjà.
« Severus ? »
« Harry ? »
« J'ai très envie de t'embrasser, là, tout de suite. » Demanda un Harry rouge d'incertitude.
Sa mimique étrange fondit sous les lèvres de Severus.
Enfin.
« Donc toi et Snape vous êtes ensemble, c'est ça ? » Grommela Ron.
« Oui. »
« Ça fait longtemps ? » Fit le roux, indiscret.
« C'est compliqué à dire. Les choses ne se sont pas passées comme ça. »
Ron ne sembla pas satisfait par cette réponse mais n'insista pas plus. Les cernes sous les yeux de son ami n'étaient plus qu'un lointain souvenir. Rien que pour ça, Snape méritait une putain de médaille.
« Quand tu auras fini de raconter notre vie à ton rouquin, tu voudras bien passer à table ? » Sourit Severus à Harry.
Sautillant presque, le Gryffondor rejoignit son amant et, effleurant la hanche de son homme au passage, s'installa entre Hermione et Colin.
C'était la première fois qu'Harry emmenait Severus pour son souper hebdomadaire au Refuge.
« Harry ? »
« Severus ? »
« On part où cet été ? »
« Égypte » répondit le brun.
« Quelle originalité » se moqua Severus.
Harry répondit d'un regard expressément noir.
« Dans un mois c'est la rentrée. » Dit le professeur.
« Je sais. Je vais recommencer à chercher ce que je veux faire de mes journées maintenant que tu ne seras plus là pour me divertir »
Severus répondit d'un regard expressément noir.
Un jour, Harry se promenait dans les rues du centre ville et tomba sur un spectacle étrange. Un vieil homme peignait dans son garage et, en guise de palette, il utilisait l'avant de son voilier garé devant la porte.
Harry le scruta, curieux, l'homme le remarqua et l'invita à venir voir ses peintures.
Il resta à le regarder peindre jusque tard dans la nuit et, en sortant sous le ciel étoilé, Harry sourit. Il avait enfin trouvé sa voie. Plus tard, il serait peintre.
En septembre de l'année suivante, il passa avec succès son examen d'entrée à l'école des Beaux-Arts après des mois d'entraînement.
Et des années plus tard, sous le regard aimant de Severus, il posa le trait final de sa première toile signée.
Il l'appela le Refuge.
« Parfois, quand je peins, j'ai l'impression que tout est possible, comme si à chaque instant c'est moi qui décidais, tu comprends ? Je suis libre. Mes tableaux me parlent, Severus... »
Un sourire ironique sur le visage – les élans poétiques de son compagnon le faisaient toujours rire- Severus demanda :
« Et qu'est ce qu'ils te disent, tes tableaux ? »
« Ils me disent que je t'aime » Souffla Harry.
Et Severus cessa un instant d'être moqueur pour lier sa main à celle de son brun.
Finite Incantatem.
