Elle hésitait encore à utiliser le Miroir trop souvent à l'époque, à cause des avertissements répétés de ce dernier à propos de l'usage excessif de sa magie.
Aucun prétendant ne pouvait prétendre être digne d'elle. Elle voulait davantage d'argent et un titre, pas se marier avec quelqu'un d'inférieur ! Malheureusement, il semblait que le titre de son défunt mari n'était pas assez pour lui accorder l'attention qu'elle désirait.
Plusieurs années passèrent. Elle venait d'avoir vingt-six ans et serait bientôt sans le sou. Ce n'était pas du tout une situation qu'elle appréciait. Elle s'était bien amusée, mais c'était fini de folâtrer.
Au moment où elle s'apprêtait à abandonner la bonne vieille méthode pour chercher l'aide du Miroir cependant, elle le rencontra. Son troisième mari. C'était un idiot. Et il était moche. À dix-sept ans il tremblait comme un vieillard malade, avec des cheveux roux et des taches de rousseur criblant son visage émacié, son nez protubérant et ses doigts se courbant comme des serres sur ses jambes de poulet.
Il était également riche et l'un des célibataires les plus prisés du royaume. Il se disait en confidence qu'il était le seul héritier du Duché, et qu'il était aussi un sérieux prétendant au trône puisque le roi et la reine n'avait pas encore d'héritier.
Il était facile de le séduire. Clementianna n'eut qu'à mentionner qu'elle comprenait ce que l'on ressentait lorsque l'on était rejeté à cause de sa couleur de cheveux et il était quasiment à genoux devant elle, la suppliant de l'épouser. Elle joua les innocentes et rougit timidement, lui affirmant qu'elle ressentait autant d'amour pour lui que lui pour elle. Le sort en était scellé.
Le mariage fut enfin quelque chose convenable à sa personne. Le gamin plein aux as la couvrit de l'attention qu'elle méritait, et Clementianna ne pouvait être plus heureuse. Elle n'eut non pas une, mais trois femmes de chambre qui s'affairaient autour d'elle pour la coiffer et la maquiller pour son mariage. Tout était tel que cela aurait toujours dû être ce jour-là ; elle était plus belle que jamais.
Alors qu'elle s'approchait de l'autel, tenant fermement son bouquet, son sourire était aussi radiant que sa robe, et tous les regards étaient sur elle. Un léger souffle de vent souleva son voile, le soleil fit briller ses cheveux avec des nuances écarlates et même un oiseau sembla trouver le moment parfait pour chanter à l'exact moment où cela rendait la scène d'autant plus magique.
Puis son futur mari se tourna vers elle, révélant son sourire inégal. Il avait l'air aussi heureux qu'elle l'était quelques cinq secondes auparavant. Son propre sourire s'était figé sur ses lèvres. Bon, peut-être que tout n'était pas parfait. Elle devait malgré tout épouser ce garçon hideux, mais elle avait déjà vécu pire. Tout de même, elle espérait que son quatrième mariage aurait lieu avec un homme qu'elle désirait épouser pour d'autres raisons que son argent et ses titres de noblesse. Un bel homme au physique correspondant au sien par exemple.
La cérémonie était une affaire grandiose, quelque chose dont elle pourrait même se souvenir avec plaisir si elle éradiquait tout souvenir de la sauterelle rachitique qui se tenait à côté d'elle. Ils eurent un banquet durant lequel elle réussit à s'amuser, loin de son mari qui n'assista pas aux célébrations après qu'un malheureux incident ne se produise avec du poulet gâté qui avait atterri dans son assiette.
Oui, c'était un bon mariage. Le seul problème était qu'avec un mari aussi jeune, trouver un moyen de s'en débarrasser devenait difficile. Il n'aimait pas la chasse, préférant ses livres à l'extérieur, et bien qu'il ait toujours l'air maladif, il était en pleine santé. Qu'était-elle supposée s'y prendre, faire tomber une étagère sur lui ?
Ce devait être un assez bonne idée, vu que personne ne questionna l'incident quand il se produsiit - tragiquement.
Clementianna supposait que demander au Miroir une autre petite poussée n'était pas grand-chose.
