Bien que le chapitre précédent fût plus court que les autres, celui-ci ne l'est pas du tout. Dans vos commentaires, j'ai noté que vous aviez hâte de revoir une interaction entre Molly et Sherlock. Votre vœux a été entendu ! Il y en a une. De plus, Irène vous avait passablement agacé. Je suis désolée, mais elle va être encore plus désagréable dans celui-là. Elle sera certainement loin d'être un ange à partir de maintenant. Même si elle ne l'avait jamais été.
Encore merci pour vos commentaires ils sont toujours fabuleux à lire. J'adore avoir vos ressentis sur l'histoire, cela me permet de voir la façon dont vous percevez tout ça.
En tout cas, bonne lecture à tous !
CHAPITRE HUIT
— On ne touche pas ! s'exclama joyeusement Molly en sortant le gâteau du four.
— Mais Molly ! croassa l'enfant en sautillant sur place.
— Tous tes invités ne sont pas encore présent Billy. Il ne serait pas poli que tu manges sans que tous soit là.
L'enfant s'accrocha fermement à la table de la cuisine tandis qu'il se tortillait sur place. Il mâchouilla nerveusement sa lèvre inférieure tandis qu'il était obnubilé par la vision du gâteau. Il trépignait sur place alors que son regard n'arrivait pas à regarder autre chose.
— Mais j'ai faim !
Elle roula des yeux en posant la pâtisserie sur la gazinière.
— Tu aurais du manger tous les choux !
Billy grimaça ce qui fit rire Molly. Le petit nez du garçon se retroussa alors que ses bras se croisèrent contre sa poitrine.
— Je n'aime pas ça.
— Voilà qui est étonnant, s'esclaffa Molly en déposant le gâteau sur le plan de travail de la cuisine.
Avec délicatesse elle démoula la pâtisserie sous le regard émerveillé de Billy qui ne pouvait s'empêcher de s'imaginer entrain de dévorer une énorme part. Il mordit sa lèvre inférieure, désireux de croquer à pleine dents dedans. Il imaginait aisément le sucre entré en contact avec sa langue et l'euphorie que cela lui procurait.
Molly laissa un rire s'échapper de sa gorge tandis qu'elle s'empara du gâteau pour le préparer avant qu'il ne soit dévoré.
Tandis que les petits amis de Billy entrèrent dans la salle, Annie débarqua à son tour en poussant un soupire alors qu'elle tenait entre ses mains un jolie petit paquet surmonté d'un nœud rouge. Un sourire fleurit sur ses lèvres tandis qu'elle se planta près de Molly.
— Oh ! Voilà un gâteau appétissant.
— Merci Annie, je crois que je tiens la technique pour ce genre de gâteau, déclara Molly avec une pointe de fierté avant de lever son regard en direction des enfants qui jouaient. Il grandit si vite.
— Oui… J'ai encore l'impression que c'était hier qu'il était un bébé, murmura Annie avec nostalgie tandis que Molly opina brièvement de la tête.
Elle ne pouvait pas détacher son regard de Billy qui éclatait à rire déployé aux côtés de ses amis. Elle sentit son cœur exploser dans sa poitrine à cette vision. Les choses étaient si calmes et si tranquilles. Elle inspira profondément pour savourer le moment tandis que son regard coula en direction d'Annie.
— C'est ce qu'on avait décidé ? demanda Molly en désignant du menton le paquet qu'Annie tenait entre ses mains.
— En effet. J'ai été le chercher ce matin. Il est parfait. Il est temps de lui offrir.
— Venez tous ! ordonna Molly en essuyant ses mains sur son tablier immaculé. Il est l'heure du cadeau.
A ses mots, tous les petits regards pleins de malices se tournèrent dans sa direction. Ils accoururent jusqu'aux deux femmes pour formés une rangée de petites mains accrochés à la table de la cuisine. Annie posa le paquet sur la table et arqua un de ses sourcils sous le regard curieux des enfants.
— Un anniversaire sans cadeau, n'est pas vraiment un anniversaire, n'est-ce pas ? demanda avec entrain Annie. Tiens mon fils.
— Pour moi ? l'interrogea Billy avec une joie non dissimulée. Merci 'man, merci Molly. Qu'est-ce que c'est ?
— Le meilleur moyen de le savoir c'est d'ouvrir, tu ne crois pas ?
Sans un mot de plus, Billy s'appliqua à ouvrir son présent, les yeux brillants tandis que sa bouche formait un « o » parfait. Il tira le tissu vers lui pour l'étendre devant son regard joyeux.
— Oh ! Un déguisement de Robin des bois ! Chic ! Merci maman, merci Molly ! s'exclama l'enfant en se jetant dans les bras d'Annie qui s'abaissa à son niveau.
Elle ouvrit ses bras et l'encercla de ces derniers pour le presser contre elle. Molly sentit quelque chose dans la poitrine se tordre en songeant qu'elle n'avait jamais enlacé ses parents de cette façon. Elle chassa cette idée de son esprit tandis que les autres enfants félicitaient leur ami d'un tel cadeau.
— Il faut que tu l'essayes ! s'exclama Elise, les yeux pétillant de joie.
— Oui ! Essaye-le, renchérit un autre enfant avec impatience.
Billy se senti rougir tandis que tout le monde observait, curieux de voir ce que le costume allait donner sur l'enfant. Mais il ne pouvait pas résister à la tentation. Il s'afféra à déployer correctement le costume pour s'y glisser. Une fois à l'intérieur, il tira sur les pans de ce dernier pour l'ajuster convenablement. Il écarta ses bras et s'inspecta minutieusement sous le regard amusé de Molly.
— Comment me va-t-il ?
— A la perfection, n'est-ce pas les enfants ? dit-elle en dirigeant son regard vers le petit groupe d'enfants.
— Il est beau !
— Je trouve aussi, affirma un des enfants en hochant avec sérieux de la tête.
— Wahou ! lâcha Elise en papillonnant des yeux sous regard attendrit de Molly et Annie. Ca te va vraiment bien.
— En effet, déclara Annie en souriant, mon petit bébé devient un vrai petit homme.
D'un geste maladroit, Billy releva le couvre-chef et bomba son petit torse.
— Je serai le défenseur des pauvres et des opprimés, m'man.
Il tenta de tenir convenablement tandis que les autres enfants l'observaient avec une certaine admiration. Le temps d'un instant, Molly crut voir Sherlock Holmes et son cœur bondit dans sa poitrine. Elle n'avait pas à penser à ça. Elle n'avait aucune raison de penser à lui. Non aucune. C'était l'anniversaire de Billy, alors elle devait être présente physiquement et mentalement pour lui.
— Robin des bois ne passait pas tout son temps à faire ça, déclara Elise avec sérieux.
— Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Billy en inclinant sa tête, perplexe.
— Il avait aussi une amoureuse.
— Pouah ! C'est un truc de fille ça, s'exclama Billy avec dégoût.
Elise secoua sa tête avec déception et plaqua ses petits points contre ses hanches pour montrer son mécontentement. Molly étouffa un rire devant l'air perdu de Billy. Ce garçon n'avait aucune mesure de l'aspect romantique de son personnage.
— Il était amoureux de Dame Marianne et c'est ce qui l'a rendu si courageux, asséna la petite fille. C'est quelque chose de très important !
— Tu veux dire qu'il faut que je trouve une amoureuse ? demanda Billy légèrement troublé.
— En effet. Elle doit être très belle, très intelligente et très gentille.
Billy se gratta la tête en sentant son crâne sur le point d'exploser à toutes ses demandes.
— Qui ? Cette histoire devient compliquée, marmonna-t-il alors que les lèvres d'Elise s'étiraient rapidement tandis qu'elle tourna son attention en direction de la jeune domestique.
— Molly, pourras-tu être dame Marianne ? demanda Elise avec un grand sourire.
— Moi ?
— Oui. Tu serais parfaite.
Un sourire amusé naquit sur les lèvres de la jeune femme qui s'inclina légèrement devant le garçon. Elle lui fit une révérence qui déclencha le rire des enfants. C'était l'anniversaire de Billy et elle voulait passer une bonne journée alors elle n'avait rien contre jouer le jeu. Elle releva gracieusement son visage en direction du
— Bien. Tu me protégeras donc chère Robin !
Tous les enfants et Annie éclatèrent de rire à nouveau tandis que Billy bomba le torse. Son petit menton arrondit se releva avec arrogance.
— Pour sûr m'dame ! Je serais votre protecteur dans la forêt de Sherwood.
Il s'empara de la main de Molly et la tira en direction de la petite entrée. Elle se laissa guider par le petit garçon tandis qu'elle posa une main sur sa bouche pour étouffer un rire.
— Venez Madame, allons dans la forêt de Sherwood !
— Mais Monseigneur, et votre gâteau ?
L'enfant se stoppa net, affichant une moue ennuyée. Molly ne put s'empêcher de sourire davantage devant la mine déconfite de Billy.
— Oh ! Je n'avais pas songé à cela. Peut-être devrions-nous le prendre et le manger dans ma cachette ?
Molly pouffa de rire avec tous les autres enfants qui observaient la scène.
— Nous irons dans ta cachette, une fois que nous aurons dévorés ce gâteau au chocolat. Je pense qu'il est préférable que tout le monde y goûte. Qui veut une part ?
Tous les enfants s'exclamèrent avec joie tandis que Molly découpait minutieusement le gâteau en plusieurs parts égales. Annie aida Molly a distribuer des parts à tous les enfants qui discutaient de divers sujets avec animations.
— Il me semble que cet anniversaire est réussit, s'exclama avec enthousiasme Annie. Billy est tellement heureux.
— En effet, lui accorda Molly d'un geste vif de la tête en souriant de toutes ses dents. Dix ans, ce n'est pas quelque chose qui se fête tous les jours.
— C'est vrai, dit-elle en regardant son fils s'amuser dans son costume avec les autres enfants dans la petite cours extérieure. Il est chanceux de t'avoir en marraine.
— Je ne fais rien d'extraordinaire.
Annie arqua un de ses sourcils, signe qu'elle n'était pas d'accord avec son amie.
— Tu devrais arrêter de minimiser tous tes actes, jeune fille.
— Annie-
— Oui, oui je sais, marmonna la vieille domestique. Je connais le refrain.
Molly ouvrit la bouche pour répliquer quelque chose mais elle fut stopper par la sonnette de l'entrée. Elle fronça ses sourcils en songeant qu'elles étaient seules à la maison. Irène était sortie ainsi que le sénateur. Elle vit Annie se redresser pour aller, mais Molly la stoppa dans son élan en lui offrant un sourire timide.
— Non reste ici Annie, j'y vais.
Billy était déjà devant la porte d'entrée vêtu de son splendide costume de Robin des bois. Il souleva légèrement son couvre-chef de devant ses yeux qui avait la mauvaise habitude de tomber régulièrement devant ses yeux.
Il marmonna des propos incompréhensibles avant de se hisser sur la pointe des pieds pour saisir la poignet de la porte d'entrée. Il la tira vers lui tandis que ses yeux s'écarquillèrent. Molly arriva peu après et sentit son sourire s'étirer davantage alors qu'elle se plaça près de l'enfant.
— Oh bonjour monsieur et madame Watson !
— Bonjour Molly, vous comment vous allez-vous ?
— Bien, madame. Je vous en remercie. Et vous et votre bébé ?
Mary baissa son regard en direction de son ventre et posa avec tendresse une main rassurante dessus tandis que son visage était barré d'un sourire.
— Il se porte à merveille. Voilà l'avantage d'avoir épousé un médecin très chère.
Cela fit rire Molly tandis qu'elle fronça légèrement les sourcils.
— Je ne veux pas vous paraître impoli aux yeux de madame et monsieur, mais monsieur Adler n'est pas là aujourd'hui.
— Oh, mais nous savons, avoua John en souriant à son tour. Nous avons ouï dire qu'un certain garçon fêtait ses dix ans.
John se pencha légèrement en avant pour mieux voir Billy.
— Ne serait-ce pas toi, Billy ?
— Si, m'sieur Watson, déclara timidement le garçon. J'ai dix ans.
— Hum, un âge important, avoua sérieusement John sous le regard amusé de sa femme. Tu sais, ta maman m'a avouer un secret la dernière fois que je l'ai vu.
— Ah oui ?
— Elle m'a dit que tu admirais beaucoup quelqu'un que je connais.
Molly fronça les sourcils, intriguée par les paroles du médecin.
— Nous ne sommes pas venus seuls, déclara Mary en s'effaçant sur le côté pour laisser apparaître Sherlock Holmes.
Lorsque l'enfant vit Sherlock, ses yeux s'écarquillèrent d'étonnement et ses lèvres s'étirent dans un grand sourire jusqu'aux oreilles. Il se mit à sautiller en tapant nerveusement dans ses mains tandis que son couvre-chef glissa légèrement devant son visage enfantin. Molly, elle, avait oublié de respirer.
Elle fit un léger pas en arrière alors qu'elle n'arrivait pas à détourner son regard de l'homme. Il était toujours aussi impressionnant. Elle papillonna du regard et détourna ses yeux de Sherlock. C'était presque douloureux de le voir.
— Wahou ! Vous êtes Sherlock Holmes, le vrai, clama Billy les yeux brillants.
— En effet, concéda le détective en laissant un coin de sa bouche s'ourlet tandis qu'il était enroulé dans son immense manteau sombre.
Molly se figea lorsque le détective plongea son regard dans le sien. Son cœur battait un peu plus vite tandis que ses mains devinrent moites. Elle les frottas l'une contre l'autre en priant de ne pas laisser son stress prendre le dessus. Elle espérait que sa voix ne devienne pas trop aigüe.
— Bonjour mademoiselle Hooper, vibra la voix profonde de Sherlock.
— M. Holmes. Que-Que faites-vous ici ?
— Il a apprit que Billy était un de ses admirateurs, répondit Mary à la place du détective dans un sourire lumineux tandis que les trois invités pénétraient dans le hall d'entrée. Alors il a décidé de venir lui souhaitez un joyeux anniversaire.
— Oh…
Molly resta bouche-bée à cette révélation tandis que son regard glissa de Mary a Sherlock. Il était venu pour un enfant qu'il ne connaissait pas.
C'était gentil.
Sherlock s'agenouilla devant l'enfant et l'inspecta de la tête aux pieds tandis que Billy rougissait furieusement. Molly n'aurait jamais cru voir l'enfant aussi timide.
— Ne serait-ce pas un déguisement ?
— Si m'sieur, dit-il timidement. C'est ma mère et Molly qui me l'ont offerts.
— Il est sacrément beau. Ne serait-ce pas Robin des bois ?
— Si m'sieur.
— Tu me serais d'une aide précieuse pour arrêter les criminels qui rôdent ici.
— Oh oui m'sieur ! J'ai aussi un arc et des flèches ! s'exclama Billy en montrant ces derniers à l'homme.
Sherlock haussa ses sourcils en faisant mine d'être impressionné par les armes de l'enfant. Molly observa la scène avec bienveillance et bonheur. Elle trouvait l'instant si incroyable et touchant, qu'elle se promit de garder ce souvenir précieusement dans sa mémoire.
Mary observait également la situation avec curiosité. Elle esquissait un sourire discret alors qu'elle sentait l'occasion pour Sherlock et Molly de se retrouver seuls.
— Nous allons saluer Annie, déclara Mary en empoignant l'avant bras de son époux. Billy pourrais-tu nous guider jusqu'à ta maman ?
— Bien sûr m'dame ! Suivez-moi. En plus, on va manger du gâteau.
Tandis que Mary et John se laissèrent guider par l'enfant, Molly sentit la nervosité grimper en elle. Elle se retrouvait à présent seule avec Sherlock Holmes. Il avait commencé à ôté son manteau. Se rendant compte de son immobilisme, Molly s'empressa de saisir le vêtement du détective pour le ranger correctement dans la penderie de l'armoire.
— C'est très gentil à vous d'être venu, M. Holmes. Billy vous admire tellement. Grâce à vous, il ne parlera de cette rencontre toute la soirée, dit-elle dans un petit rire nerveux.
— Cela me fait plaisir. Je n'avais aucune affaire en cours, hormis celle de votre sénateur.
Elle lui jeta un regard étonné et se permit de lui sourire une nouvelle fois. Pourquoi fallait-elle qu'elle soit toujours aussi nerveuse lorsqu'elle devait agir autour de lui ? Elle se réprima de mordre l'intérieur de sa joue et se contenta de disposer correctement le manteau sur le cintre de bois. Il fallait qu'elle occupe son esprit sinon, elle savait qu'elle serait perdue. Pourtant, elle pouvait sentir le regard du détective posé sur elle. Il la brûlait tant il était intense.
— Comment allez-vous Molly ?
— Bien, je vais bien, c'est gentil de vous en souciez. Et vous ? Votre enquête avance-t-elle ?
— Elle avance.
Il ne voulait pas en parler, songea-t-elle avec déception.
Un ange passa. Elle s'efforçait de donner l'impression d'être occupée pourtant, pour une des rares fois de sa vie, elle n'avait pas grand-chose à faire. Elle se redressa en s'adossant au plan placard pour jeter un regard au détective qui lui faisait face.
Mon dieu, il était incroyablement beau. Elle s'obligea à fixer son visage de peur que son regard glisse bien plus bas et cela n'aurait pas été convenable. Elle esquissa un geste rude pour remettre une mèche derrière son oreille tandis que sa bouche s'ouvra légèrement.
— Je-J'ai lu l'ouvrage que vous m'avez prêté.
Les sourcils du détective se soulevèrent d'étonnement.
— Déjà ?
— Oui, je l'ai dévoré en une nuit, avoua-t-elle dans un élan d'enthousiasme. Je vais vous le rendre.
— Cela n'est pas pressé.
— C'est votre livre, déclara-t-elle comme si cela expliquait son empressement. Vous me l'avez prêté et c'est déjà très gentil de votre part.
Il haussa ses épaules avec nonchalance tandis que Molly se décolla légèrement du placard. Elle se sentait maladroite. Ses mains étaient moites et maladroits tandis qu'elle grattait nerveusement l'ail de son nez.
Elle devait occuper son esprit pour ne pas dire des choses stupides. Pourquoi fallait-il toujours qu'il arrive à la déconcentrer ? Ce n'était pas juste. Elle devait à chaque fois s'exercer à ne pas paraître ridicule et stupide.
— Ce n'est qu'un livre.
Il la vit baisser son visage en fronçant ses sourcils. Il comprit immédiatement son erreur et sentit la culpabilité l'envahir. Ce n'était certes qu'un livre pour lui, mais pour elle c'était certainement beaucoup plus que cela. Il dut se retenir de justesse de passer une main nerveuse dans ses cheveux.
— Oui c'est vrai.
Il valait mieux pour lui changer de sujet. Il rassembla ses mains derrière son dos tandis qu'il redressait sa colonne vertébral avec douceur tandis que Molly essayait de ne pas observer le torse de l'homme qui se dressait devant elle.
Elle trouvait les moindres de ses poses sensuelles. Il avait cette façon de bouger et se mouvoir qui le rendait incroyablement attractif pour la jeune domestique. Instinctivement, elle eut envie de mordre sa lèvre à cette pensée. Elle n'avait pas le droit de pensée comme ça.
Pas avec lui.
Elle savait que Sherlock Holmes était un homme impressionnant et inaccessible pour elle. Il ne pourrait être qu'une connaissance agréable ou bien au meilleur des cas un ami. Pourtant, lorsqu'elle entendait sa voix de baryton elle ne pouvait s'empêcher de frémir. Elle ne pouvait pas détourner son regard de lui. Il était magnétique. Beaucoup trop pour sa santé mentale.
— Vous n'avez personne chez vous ?
— Le sénateur est en rendez-vous et mademoiselle est chez une de ses amies pour le thé.
— Vous êtes donc livrez à vous-même.
Elle esquissa un sourire charmant qui ébranla le détective alors qu'elle penchait délicatement sa tête sur le côté. Il aimait la façon dont son petit nez se plissait et la façon dont ses lèvres s'étiraient.
— Oui, on peut dire ça.
Elle jeta un regard en direction de la cuisine tandis qu'un sourire barrait les lèvres de la jeune femme. Sherlock ne pouvait pas s'empêcher de l'observer. Elle était encore une fois fascinante dans sa façon d'être. Elle détourna son regard en direction du détective et elle sentit ses joues rosir instantanément.
— Vous m'aviez dit que vous aviez une petite collection d'ouvrages de médecine.
— Le mot collection est un peu fort, dit-elle en lui adressant un sourire timide. Votre collection d'ouvrages est beaucoup plus impressionnante, M. Holmes.
Il haussa ses sourcils, un air taquin se gravait sur son visage parfaitement ciselé.
— Mais ne suis-je pas quelqu'un d'impressionnant ?
Retenant son souffle, Molly ne sut comment réagir. Etait-il entrain de faire de l'humour ? Son corps entier vibra à cette question.
— Oh si, vous l'êtes, dit-elle dans un murmure avant de se diriger en direction des escaliers de la maison.
Sherlock l'accompagna du regard en remarquant à quel point sa démarche était gracieuse et légère. Il sentit son cœur rater un battement tandis qu'elle se retourna légèrement alors qu'elle avait gravit les trois premières marches. S'agrippant nerveusement à la rampe, elle lui jeta un regard étrange alors qu'il fit quelques pas en direction de Molly.
Il n'arrivait pas à détacher son regard de la jeune femme. Avec timidité, elle baissa son regard quelques secondes alors que son cœur explosait dans sa poitrine à ce simple regard. Il était beaucoup trop intense. Beaucoup trop.
— Je-je peux peut-être vous rendre le livre maintenant ? Bégayai-t-elle en affirmant sa prise sur la rampe.
— Cela n'est pas pressé, dit-il en montant la première marche.
— Vous pourriez en avoir besoin pour un cas.
— Vous ne lâcherez pas l'affaire, n'est-ce pas ?
— Non, monsieur, dit-elle en montant lentement les marches alors qu'elle l'entendit fait claquer ses semelles contre les marches en bois.
Elle se permit de sourire discrètement alors qu'elle pouvait sentir la présence du jeune homme derrière elle. Elle sentait sa présence près d'elle et elle dut se concentrer du mieux qu'elle pouvait pour ne rater aucune marche. Elle laissa sa main glisser le long de la rampe avec délicatesse.
Sherlock fixa cette dernière en sentant quelque chose naître dans son estomac. Cela faisait une semaine qu'il n'avait pas vu la jeune femme. Il avait si prit par l'enquête du sénateur qu'il n'en avait pas mesurer le temps.
Une autre lettre de menace était parvenue au sénateur Adler et Sherlock savait qu'il lui fallait augmenter son temps de recherche. Le temps qu'il avait utilisé avec Molly Hooper avait été bien plus important qu'il ne l'avait pensé. Elle avait occupé un temps qu'il n'avait pas prévu et il savait que cela ne lui avait apporté aucune information.
Cette fille était loin d'avoir le profil d'une tueuse, mais il savait d'expérience qu'il devait se méfier de toutes les personnes qu'il croisait. Il observa le dos de la jeune femme ainsi que le léger balancement de ses hanches lorsqu'elle montait les marches jusqu'à l'étage. Elle avait quelque chose d'aérien et délicat.
Les meurtriers aussi pouvait avoir ces qualités, songea-t-il.
Molly Hooper n'était pas une mauvaise personne. Cela, il le savait. Pourtant, elle pouvait très bien jouer un jeu parfaitement étudié pour tromper son monde.
Non… Non, cela semblait invraisemblable.
Pourtant, elle semblait beaucoup trop… Beaucoup trop quoi en réalité ? Il n'arrivait pas à le déterminer. Elle avait cette façon de voir les choses qui le mettait toujours hors de sa zone de confort. Avait-il déjà été cinglant avec elle ?
Non. Pourtant il l'était avec tout le monde. Il ne lui avait offert aucune répartie acerbe et aucun regard glacial.
Si… Si, il l'avait déjà fait. Une fois. Lors de leur rencontre. Il se souvenait encore de son sang qui avait pompé dans ses veines ainsi que son poult qui s'était affolé au crue de son cou. Il avait pas voulu lui sourire. Il n'avait pas voulu la mettre à l'aise, bien au contraire. Elle l'avait elle-même sans le savoir mit hors de sa zone de confort.
Il se mordit l'intérieur de sa joue en se remémorant la scène. Il se souvenait combien elle lui avait coupé le souffle. Elle était entrée dans la pièce avec tout le charme qu'une personne pouvait contenir en elle.
Méfie-toi, murmura une voix qui ressemblait étrangement à cette de Mycroft. Méfie-toi des autres, Sherlock.
Pourquoi fallait-il que son frère hante autant ses pensés et qu'il les perverti autant. C'était de Molly Hooper dont il parlait. Elle était si fragile et timide que Sherlock savait qu'il pouvait l'écraser en une phrase bien sentie. Il pouvait la brisé, il le savait parfaitement.
Prenez garde à vous, Molly, pensa-t-il. Vous êtes dans mon viseur.
Tandis que Molly se dirigeait en direction de sa petite bibliothèque, Sherlock ne se priva pas d'observer la pièce. Il remarqua immédiatement à quel point la chambre de la jeune femme était précaire. Le froid y régnait en maître ce qui expliquait les petites couvertures trouées sur son lit.
Il y avait une petite bibliothèque qui tenait maladroitement debout près d'un petit bureau. Quelques carnets sombres et feuilles étaient étendus au sol. Il esquissa un sourire en songeant à la confession de la jeune femme lors de leur déjeuné. Son amour de la recherche n'était pas exagéré.
Près des carnets, se trouvaient un bougeoir avec une petite bougie qui avait presque intégralement fondue. Perdue dans son observation, il n'avait pas remarqué qu'elle avait laissé un petit rire victorieux s'échapper de ses lèvres.
Elle revint vers lui en souriant.
— Le voici, déclara-t-elle en lui tendant délicatement l'ouvrage.
Lorsqu'il s'en saisit, il le serra fermement entre ses mains. Ses longs doigts fins effleuraient la couverture.
— J'en ai pris grand soin, monsieur. Je vous remercie encore pour votre prêt.
— Je n'en attendais pas moins de vous, Molly.
Elle lui offrit un sourire en guise de réponse. Il aimait la voir ainsi. Elle était facile à combler. Un livre lui suffisait tandis qu'une grande partie des femmes qu'il avait rencontrait offrait un tel sourire à la réception d'un bijou.
Molly Hooper n'était définitivement pas une femme habituelle et cette idée le réjouissait. Il leva son regard et balaya la pièce une nouvelle fois de son regard orageux avant de déclarer :
— C'est donc ici que vous passez vos nuits.
Elle écarquilla des yeux en réalisant que Sherlock Holmes se trouvait réellement dans sa chambre. Elle glissa une mèche derrière son oreille en songeant à ce qu'elle pouvait dire.
Ne dis rien d'idiot.
— Lorsque le travail manque, avoua-t-elle en esquissant un sourire.
— Cela est rare, n'est-ce pas ?
Cela n'était pas réellement une question. Sherlock Holmes la déduisait avec facilitée et cela lui donna immédiatement l'impression d'être vulnérable. Elle détourna le regard en songeant aux nuits horribles que lui avait fait vivre Irène avec ses demandes aussi idiotes qu'insensés. Elle le vit se pencher vers ses carnets tandis qu'elle sentit la panique s'insinuer en elle. Que faisait-il ?
Oh mon dieu, il ne pouvait pas les regarder ! songea-t-elle avec horreur.
— Non, ils ne sont pas…Ils ne sont pas finis ! J-je…
Sans l'écouter, Sherlock s'en empara d'un et commença à le feuilleter. Elle sentit son pouls s'affoler sous sa peau alors qu'elle mourait d'envie que le sol s'ouvre sous ses pieds.
Personne n'avait jamais vus ses croquis. Pas même Annie. Cela la rendait beaucoup trop étrange et c'était beaucoup trop extrême pour elle. Observant le détective découvrir ses croquis elle ne put s'empêcher de bégayer, gênée par le silence qui s'était instaurée.
Qu'allait-il dire ? Allait-il la regarder avec dégoût comme toutes les personnes qui connaissait sa passion. Elle sentit un nœud se former dans sa gorge tandis que ses poumons refusaient de libérer l'air qu'ils avaient capturés.
— J-je… hum… Ces croquis ne sont qu'une- qu'un essai… Je-Je sais ils… ils ne sont pas-pas très bons mais-
— Je les trouve très aboutis au contraire, répliqua-t-il en relevant son regard de félin dans sa direction.
— Vr-vraiment ?
— Oui, dit-il avant de replonger son attention dans le carnet. Je les trouve étonnement fidèle à la nature. Vous avez retranscrit de nombreux détails pour une amatrice.
Les joues rougis par le compliment, Molly sentit sa mâchoire se décrocher. Elle ne savait pas quoi dire. Il était rare que quelqu'un lui reconnaisse un talent et encore moins dans ce domaine. Sherlock contempla les schémas de la jeune femme et tourna les pages du carnet avec ses longs doigts. Il était rare pour lui de le dire mais il était impressionné. Il savait qu'il ne l'avouerait jamais à haute voix, mais il ne pouvait pas s'empêcher de le penser.
— Je pense que la suite des livres vous sera grandement utile pour compléter vos croquis, déclara-t-il en fixant les pages avec sérieux. Vous devriez les emprunter.
— Je-je… J'en serais heureuse de les lires, monsieur, asséna-t-elle en affichant un sourire qui illumina son visage.
Cela fit un poing dans son cœur, mais il s'efforça de rester impassible.
— Bien. Vous pourriez… Vous pourriez venir les lire tranquillement à Baker Street.
— Ch-chez vous ? demanda-t-elle perplexe.
— Eh bien oui. Oui, effet. Cela serait plus évident pour vous. Ainsi vous n'aurez pas à attendre que nous nous recroisions pour m'emprunter la suite.
Il était maladroit dans son explication et cela le fit se pincer ses lèvres. Qu'était-il entrain de faire ? Il fronça ses sourcils en songeant qu'il n'arrivait pas se tenir éloigné de la jeune femme.
— Je… je ne sais pas trop, murmura Molly en mordant nerveusement sa lèvre.
— A moins que ma présence ne vous dérange.
— Non ! Bien sûr que non, M. Holmes, eructa-t-elle avec force.
— Alors de quoi avez-vous peur ? ne put-il s'empêcher de demander.
— D-de rien… De rien, monsieur.
— Vous mentez.
— Non !
— Si, vous mentez, Molly. Pourquoi vous mentez ?
La question ne lui était pas directement adressée mais elle relevait davantage d'une réflexion qu'il se faisait à lui-même. Il n'arrivait pas à la déduire totalement et cela le frustrait au plus haut point.
— Je ne vous mens pas, dit-elle d'une voix troublée.
— Qu'est-ce que qui vous effraye tant ?
— R-Rien.
Il pencha légèrement sa tête avant de déposer l'ouvrage de la jeune femme sur son livre. Lorsqu'il plongea son regard dans celui de la jeune femme, il la vit se tendre irrémédiablement.
Il se permit de rester quelques secondes silencieux afin de concentrer toute son attention en direction sur elle. Il la déduisait sagement observant chacun des détails qui la composaient des cernes sous ses yeux aux plis de sa tenue. Il s'approcha d'elle en sentant tout son corps s'enflammer à leur proximité. Il pouvait sentir son visage chauffer et son sang pomper à tout rompre dans ses veines.
— Vous ne savez décidément pas mentir, Molly Hooper. En tout cas, ma proposition est sérieuse.
La voix du détective était profonde et beaucoup plus grave que d'habitude. Il reporta son regard dans celui de la jeune femme et il sentit quelque chose s'allumer dans son ventre. C'était chaud et agréable bien qu'il lâchait un grognement de mécontentement. Il n'était pas fait pour ressentir ce genre de choses.
En parler à Watson au retour, songea Sherlock avec urgence. Seul son ami saurait le conseiller avec justesse et cela lui permettrait de méditer sur ce qu'il venait de se passer.
Pourtant, il ne put réprimer les mots qui s'échappaient de sa bouche :
— Ma porte est ouverte aux personnes qui ne sont pas stupide. Et vous n'êtes pas stupide.
— M-Merci ?
— C'était un compliment, affirma-t-il maladroitement tandis qu'il se sentait ridicule.
Il pinça sévèrement ses lèvres pour se punir de sa dernière phrase qu'il trouvait idiote. Elle ouvrit la bouche avant la refermer rapidement, laissant ses lèvres s'étirer. Molly glissa une mèche derrière son oreille avant de dire d'une voix enrouée :
— Je… Je vais y réfléchir. Merci M. Holmes.
— Cultiver votre intelligence est important, dit-il rapidement.
Elle lui offrit un sourire bien plus large à cette réponse qu'elle trouvait si flatteuse venant de cet homme. Elle passa rapidement une main contre son tablier pour s'occuper l'esprit et éviter de se sentir moins gauche face à lui.
— Nous… Nous devrions y aller. Avec un peu de chance, il vous restera une part de gâteau.
— Cake ? demanda-t-il avec un intérêt enfantin.
— O-Oui. Au chocolat. Vous aimez ça ?
— Je pense que je l'apprécierais.
Il lui retourna un sourire avant d'opiner tandis qu'elle passa devant lui en récupérant l'ouvrage pour redescendre en direction de la cuisine. Ils échangèrent quelques propos sur leurs lectures personnelles tandis qu'ils descendaient lentement les escaliers. Sherlock fit une blague sur son dernier cas ce qui le surprit lui-même.
Pourtant le rire mélodieux de Molly fit accélérer son rythme cardiaque. Il l'observa du coin de l'œil notant mentalement chacun des traits de la jeune femme lorsqu'elle avait éclaté de rire. Tandis que le rire de Molly résonnait dans les airs, ils n'entendirent pas la porte d'entrée s'ouvrir en grand. Ce n'est que lorsqu'une silhouette longiligne se planta aux pieds des escaliers que les deux jeunes gens compris qu'ils n'étaient pas seuls.
Molly se figea lorsqu'elle vit Irène Adler sur le bas de la porte. Elle sentit tous ses membres se glacer d'effroi. Seigneur, qu'avait-elle fait pour être maudite à ce point ? Irène lui lançait un regard étrange qui était mêlé de suspicion et de colère. Son regard ressemblait à des milliers d'aiguilles qui allaient transpercer Molly.
La jeune domestique ne jeta aucun regard à Sherlock qui avait gelé sur place. Il ne voulait pas voir cette femme et n'avait aucune envie d'assister à sa méchanceté. Il vit Molly se laisser tomber lourdement pour se mettre à la hauteur de sa maitresse.
Les lèvres pincées et les yeux baissés vers le sol, il remarqua à quel point Molly Hooper était tendue en présence d'Irène. Son attitude avait totalement changée. La jeune femme qui été heureuse et amusée avait laissé la place à un automate qui était captivé par l'observation de ses pieds. Sortant de sa torpeur, il fit de grandes foulées pour se poster aux côtés de la jeune femme. Il ne voulait pas la laisser seule à affronter cette femme.
— M. Holmes ! s'étonna-t-elle en affichant un sourire surfait. Que faites-vous ici ?
— Molly devait me rendre un livre.
— Un livre ? répéta-t-elle perplexe tandis qu'elle braqua son regard froid sur Molly.
— Euh… Je… Oui. Le voici, dit-elle en lui tendant d'un geste rude sous le regard sévère d'Irène.
— Comme il est charitable de votre part, . Donnez accès à la culture à une fille comme elle, c'est très généreux. Ainsi qu'une véritable perte de temps.
Molly fixait le sol en sentant une sueur froide la traverser. Seigneur, Irène allait certainement lui en vouloir à mort et lui en faire baver. Elle courba l'échine légèrement, elle espérait que sa torture allait très vite cesser. Elle n'aimait pas avoir à faire à Irène. Surtout lorsqu'elle était en colère.
— Eh bien ! Tu ne remercies donc pas ? grogna-t-elle avec moquerie.
Molly osa lever son regard dans sa direction et elle sentit un frisson désagréable l'envahir de la tête aux pieds. Le regard d'Irène était la chose la plus effrayante qu'elle ait vue. Le nœud qui s'était formé dans sa gorge lui empêchait de parler.
— Eh bien alors ! Qu'est-ce que tu attends ? A défaut de lui faire perdre de son précieux temps, soit polie, insista-t-elle avec méprit.
Blessée par les propos tranchants de sa maitresse, Molly comprit l'intention d'Irène. Elle devait comprendre qu'elle devait retourner à sa place. Molly mordit l'intérieur de sa joue pour réprimer la douleur qu'elle ressentait.
Son cœur tomba dans son estomac tandis qu'elle sentait la honte s'abattre sur elle. Elle n'osa pas relever son regard en direction du détective. Elle ne pouvait pas l'affronter. Elle savait qu'elle avait été beaucoup trop familière avec lui.
Seigneur ! Elle n'était qu'une domestique.
Elle rassembla humblement ses mains en fixant les pieds du détective sous le regard satisfait d'Irène.
— Monsieur, je vous remercie pour le livre.
Sherlock fronça ses sourcils et observa le sommet du crâne de Molly. Il n'aimait pas la façon dont elle se comportait soudainement avec lui. Elle était distante et beaucoup trop cérémonieuse.
— Cela me faisait plaisir.
— Bien à présent, tu peux disposer, déclara Irène en levant fièrement son visage.
Molly ne se fit pas davantage prier. Elle fit demi-tour, le dos vouté en espérant pouvoir très vite s'isoler. Pourtant, elle ne pouvait pas se retrouver seule immédiatement.
Son regard fixait le sol encore et toujours tandis qu'elle se dirigeait vers la cuisine. Elle s'appuya contre le plan de travail, laissant sa tête aller en avant entre ses épaules. Elle poussa un soupire lourd tandis que son cœur cognait douloureusement dans sa poitrine.
— Molly ?
La petite voix de Billy fit relever rapidement le visage de la jeune femme.
— Est-ce que tu vas bien ?
Furieuse contre elle-même, elle balaya du revers de sa main les larmes qui avaient commencés à couler le long de ses joues. Elle se permit de renifler rapidement avant de dire d'une voix raide :
— Je vais bien. Je suis juste... Je suis juste fatiguée.
Elle laissa un petit rire nerveux ponctuer sa phrase tandis que l'enfant l'observait sous ses épais cils noirs. Elle ne voulait pas l'inquiéter. Billy avait la fâcheuse tendance de vouloir protéger sans cesse Molly Hooper.
Elle grimaça mentalement à cette idée. Il n'arrivait pas à comprendre qu'il n'était qu'un enfant et qu'il n'avait pas à s'occuper des problèmes de grandes personnes. Il fit un pas vers elle avant de parler une nouvelle fois.
— Tu sais où est m'sieu Holmes ?
Sa voix était marquée par l'inquiétude. Molly scruta son petit visage poupon avec appréhension tandis que les mots qu'elle prononçait semblaient lui râper la gorge.
— Il… Il est occupé, Billy. Il est avec mademoiselle Adler.
Cette fois-ci, l'enfant fronça ses sourcils, signe qu'il était préoccupé par la réponse de son amie. Il n'aimait pas mademoiselle Adler et il savait combien elle était cruelle avec Molly. Il ne voulait pas croire que son idole puisse être intéressée par une femme comme Irène.
— Oh ! Mais pourquoi ?
— Cela ne nous regarde pas, Billy, répondit gentiment Molly.
— Maman dit que tu l'aimes bien.
Ecarquillant des yeux, Molly se sentit soudainement prit de court par la réponse du garçon. Ses joues chauffèrent alors que son souffle s'était coupé. Elle mâchonna nerveusement sa lèvre en bégayant :
— Je… Eh bien-
— Tu l'aimes bien, Molly, pas vrai ?
— Oh Billy c'est que-
— Moi aussi je l'aime bien, déclara-t-il en hochant vigoureusement de la tête. Je le trouve génial.
Molly ne put s'empêcher de sourire en entendant la passion avec laquelle l'enfant avait dit ça.
— Je suis d'accord avec toi.
— Alors il faut que tu lui parles ! Je suis certain qu'il te trouvera génial.
— Billy…
— Quoi ? s'étonna-t-il en croissant ses petits bras contre son torse. Maman dit qu'une fois que m'sieur Holmes te trouvera génial une fois que tu auras passé plus de temps avec lui.
Le rouge avait totalement recouvert le visage de la jeune femme. Elle était si gênée qu'elle n'osa pas répondre immédiatement. Faisant un petit pas hésitant dans sa direction, elle sentit son cœur cogner dans sa poitrine.
— Ta mère te dit beaucoup de choses, marmonna Molly. Beaucoup de choses qui sont parfois idiotes. Ca c'est ridicule.
— Mais maman dit que-
— Ta maman, pense des choses parfois qui sont… insensées, reprit Molly en s'agenouillant devant l'enfant. Cette idée là est insensée.
— Pourquoi ?
— Parce que ça ne serait pas correct, Billy. Nous avons tous une place et si nous en sortons, nous pouvons avoir des problèmes.
— Je ne comprends pas, répliqua-t-il d'une voix molle.
Molly poussa un soupire en cherchant une explication simple et compréhensible. Elle avait elle-même du mal à comprendre la situation. Elle ne savait pas comment comprendre ce qui se passait avec Sherlock Holmes.
— Côtoyer M. Holmes de cette façon, ce n'est pas acceptable vu ma situation. Je… Hum… Je ne suis que domestique, Billy. M. Holmes est quelqu'un qui vient d'une famille importante. Il doit donc côtoyer des femmes importantes.
Le petit garçon pencha sa tête, confus.
— Mais… Mais tu es importante, Molly.
A sa réponse, Molly ne put s'empêcher de sourire maladroitement devant le regard acéré de l'enfant.
— Pas de cette façon, Billy. Quand je dis des femmes importantes, je parle de femmes comme… Comme…Comme mademoiselle Irène.
— Mademoiselle Irène ? répéta-t-il en plissant son petit nez. Elle est méchante.
— Billy…
— Elle est méchante avec toi, ré-enchérit-il.
— Ce-ce n'est pas la question. Il est juste que je ne peux pas côtoyer, M. Holmes de la façon dont ta maman l'a sous-entendu.
Elle se releva rapidement pour faire comprendre à son jeune ami que la conversation était terminée. Elle esquissa un sourire triste qui ne fit pas bouger Billy.
— Tes amis sont encore ici ? demanda-t-elle d'une voix qui se voulait légère.
Pourtant cela ne faisait que souligner le nœud qu'elle avait dans sa gorge. Elle ne pouvait pas surmonter ce foutu nœud. Elle se maudissait pour cela. Pourtant, encore une fois, elle allait faire semblant que rien ne se soit passé.
MHMHMHMHMHMHMH
Molly frotta nerveusement les chaussures du sénateur à la lueur de la bougie. Elle bailla de temps à autre, sentant la fatigue l'envahir peu à peu mais elle voulait finir sa tâche avant d'aller dormir. Elle prit le temps de repenser à sa journée.
Elle n'avait pas vu Irène depuis qu'elle était revenue. Cela lui convenait parfaitement. Elle était épuisée et elle n'aurait pas supporté une nouvelle vague de rage de la part de sa maitresse. Elle savait qu'Irène n'avait pas été heureuse de la découvrir avec Sherlock Holmes. Elle l'avait payé cher avec cette humiliation publique qu'elle lui avait infligé en publique.
Sherlock Holmes avait été là. Avec elle. Elle poussa un léger soupire en songeant que cela avait valut la peine d'être rabaissée par Irène. Elle mordit sa lèvre tandis qu'elle pouvait se repasser la voix du détective dans son esprit.
Elle leva les chaussures du sénateur devant ses yeux pour mieux les inspectées. Molly étira paresseusement ses lèvres en observant son ouvrage terminé. Il n'était pas si mal.
Cirer les chaussures n'était pas une activité fantastique ni mirobolant, mais au moins cela lui permettait au moins de réfléchir. Elle n'était pas douée pour rassembler ses pensées sans cette activité.
Elle se redressa lentement, savourant le bien-être d'étirer chacun de ses muscles endolories par la fatigue. Elle déploya ses jambes et les étendis. Elle pouvait entendre ses rotules craquées sous le poids de son corps. Molly grimaça au son. Elle n'aimait pas ce genre de chose. Elle massa quelques secondes son dos en essayant de ne pas gémir.
Elle rangea ses affaires avec précaution en prenant soin de mettre les chaussures du sénateur à sa place. Elle rangea le cirage et le chiffon avant de se diriger vers sa chambre. Elle traversa le salon où se trouvait Irène qui fixait l'antre de la cheminée.
A pas feutrés, Molly poursuivit son chemin en direction de l'étage. Elle avait retenu son souffle tandis qu'elle grimpait les escaliers. Elle sentit un poids se retirer de sa poitrine lorsqu'elle atteignait l'étage. Elle allait pouvoir se reposer sans avoir à se battre avec qui que ce soit. Elle allait dormir tranquillement.
Un sourire satisfait barrait ses lèvres lorsqu'elle poussa la porte de sa chambre. Elle tira le nœud qui retenait son tablier blanc pour le plier et le déposer délicatement sur la petite chaise de bois qui se trouvait devant son bureau.
Et dire que Sherlock Holmes s'était trouvé ici avec elle, seuls. Elle sursauta légèrement en sentant son visage rougir furieusement. Elle se sentait maladroite soudainement. Si elle avait été courageuse, elle aurait fait comme certaine de ses filles qu'elle connaissait. Elle lui aurait dit qu'il était un homme incroyable et combien elle était troublée par sa présence, mais elle ne pouvait pas le faire. Elle savait qu'elle serait ridicule et qu'il lui rirait certainement au nez.
Non, il était beaucoup trop poli pour ça.
Elle poussa un soupire en laissant tomber ses épaules tomber. Elle allait donc se contenter de se souvenir encore et encore de leurs échanges. C'était déjà une bonne chose. Elle releva son regard et jeta un regard à sa bibliothèque.
Elle gela sur place. Son regard s'était écarquillé alors que son cœur avait cessé de battre dans sa poitrine. Vide. L'étagère qui abritait sa petite collection était vide. Affolée, elle tourna sur elle-même laissant son regard balayer la pièce.
— Mes livres, murmura-t-elle en sentant la panique l'envahir.
Ses yeux étaient fous et bougeaient à toute vitesse. Son souffle resta bloqué dans ses poumons tandis qu'elle commençait à soulever les piles de robes qu'elle devait recoudre. Rien. Elle avait l'impression de devenir folle tandis qu'elle rabattait nerveusement de temps à autre les mèches qui s'échappaient de sa coiffure.
— Mes livres ! s'exclama Molly paniquée. Où sont mes livres ?
— Tu cherches quelques choses ? demanda Irène qui se trouvait sur le bas de la porte faisant sursauter Molly.
Avec anxiété, la jeune femme déglutit en observant Irène qui le regardait avec une lueur étrange. Elle n'aimait pas ça.
— Mes livres. Il me manque ceux que ma mère m'avait donnés.
— Comme celui avec la couverture rouge ? l'interrogea Irène avec une moue innocente.
— Oui ! Je… Je ne le retrouve pas.
— Moi, je l'ai vu, dit-elle d'une voix vicieuse.
A ses mots, Molly détourna son regard dans la direction de sa maitresse. Les yeux brillants d'espoir, elle fit un pas dans sa direction. Elle avait rassemblé ses mains contre sa poitrine tandis qu'Irène arqua un sourcil moqueur.
Elle savourait le regard désespérée de sa domestique qui était si jubilatoire. C'était comme si elle était un insecte qu'elle était sur le point d'écraser d'un coup de talon.
— Vraiment ? Où sont-ils ?
Cette question eu le don de faire naitre un sourire carnassier sur les lèvres de la jeune Adler. Elle avait attendu cette question avec beaucoup d'impatience. Elle se décolla lentement du mur en appréciant l'inquiétude qui envahissait peu à peu les traits de Molly. Elle aimait voir cette expression sur son visage.
Humectant ses lèvres, elle prit une brève inspiration faisant retarder son annonce d'encore quelques secondes. Elle se félicitait d'ores et déjà du résultat de son annonce.
— Dans la cheminée.
— Dans-dans la cheminée ? Mais-Mais-
Irène entendit un gémissement s'échapper de la gorge de Molly qui avait écarquillé ses immenses yeux bruns. Sans un mot de plus, Molly s'extirpa avec grande hâte de sa chambre pour se ruer en direction du salon où se trouvait la cheminée. Elle dévala les marches aussi vite qu'elle le pouvait sentant son cœur courir à un rythme effréné dans sa poitrine. Son esprit lui hurlait qu'une chose affreuse était entrain de se jouer dans le salon et ses yeux commençaient déjà à la piquer.
Non, ce n'était pas possible. Irène ne pouvait pas lui avoir fait ça. Elle savait que ses livres étaient les seules choses précieuses que Molly détenait. Non, elle ne pouvait pas être si cruelle avec la jeune domestique. A chaque marche, Molly se répétait cela.
Irène n'était pas une femme si mauvaise. Seigneur, dite moi qu'elle n'était pas ainsi, songea Molly en pleine détresse.
Lorsqu'elle se retrouva devant la cheminée, Molly crut mourir sur place. Elle se laissa tomber à genoux en voyant la couverture vermeille disparaitre dans les flemmes rougeâtres.
Ils étaient à ma mère.
— Ce n'est pas possible, chuchota-t-elle dans l'espoir de se réveiller de ce cauchemar.
Elle se rendit compte à quel point sa voix était rauque et chevrotante tandis que son souffle restait bloqué dans ses poumons.
Les larmes aux yeux, Molly releva son regard vers Irène qui l'avait suivit avec grâce. Elle l'observait toujours de haut avec un regard ravageur. Cela rappelait à Molly les fois où Irène l'avait frappé à coup de cravache lorsqu'elle avait fait une tâche sur une de ses robes préférées. Sauf que cette fois-ci, c'était beaucoup plus douloureux que quelques coups.
Ils étaient à ma mère.
Molly laissa un sanglot s'échapper de ses lèvres lorsque son regard se dirigea vers ses livres en décompositions. Elle porta une main à sa bouche pour le taire. Elle sentait son cœur tomber dans son estomac tandis que les larmes lui brouillaient la vue. Ses narines se dilatèrent alors qu'elle tentait de ravaler ses larmes.
Le son du crépitement des flammes était déchirant tout comme celui des bottines d'Irène qui cognait contre le bois des marches. Le rythme régulier la rendait malheureuse à chaque minute tandis que des hoquets la prenaient de temps à autres.
En lambeau, Molly fixait le dernier morceau de la couverture qui était encore visible et sentait ses forces la quitter. Lorsqu'elle sentit la présence d'Irène à ses côtés, elle releva lentement son visage en direction de sa maîtresse et articula péniblement :
— P-pourquoi ?
Irène l'observa de sa hauteur, les bras croisés contre sa poitrine. Ses lèvres rouges étaient pincées tandis que ses longs cils noirs cernaient son regard tranchant qui abritait toute la haine qu'elle éprouvait pour sa jeune domestique.
— Ses vieilleries prenaient de la place. Et puis maintenant, il y a M. Holmes pour t'en prêter, déclara-t-elle en claquant sa langue contre son palais.
Alors c'était ça, songea Molly avec amertume tandis que son cœur se serrait dans sa poitrine. C'était ça sa punition. Mais elle n'avait rien fait de mal. Elle n'avait rien fait contre elle. Molly s'était contentée de se montrer poli et amical avec cet homme. Pourtant Irène ne l'avait pas vu de cet œil là. Molly renifla péniblement tandis qu'elle essuya rapidement du revers de sa main les larmes qui collait le long de ses joues.
— Il était à ma mère… murmura-t-elle en fixant les flammes ronger peu à peu l'ouvrage.
— Oui, il était, corrigea-t-elle en faisant claquer sa langue contre son palais. Estime-toi chanceuse que je ne m'en prenne qu'à tes livres, espèce de gamine ingrate.
Irène se pencha légèrement vers elle et lui murmura :
— Cesse de le voir, sinon je me verrais obligée de faire autre chose pour te faire apprendre ta leçon.
Molly releva son regard brillant en direction de sa maitresse. Irène ne su dire si cela était de la tristesse ou bien de la colère, mais elle s'en moquait. Son sourire satisfait prenait une grande partie de son visage. Elle jeta un dernier regard dégoûté à l'antre avant de partir.
— A présent, il y a du linge à laver. Ne reste pas planter ici comme une idiote.
Bon… Détestez Irène y a aucun problème parce que là… Elle va être terrible, je vous le dis.
