Auteur : Nandra-chan
Disclaimer : Rien n'est à moi, sauf quelques heures de boulot.
Note : Et voilà, chapitre 2, mais que sont ces créatures très très étranges ? Ok, les nours font déjà des ravages parmi les rangs des lectrices. Fye, Kuro-chan, méfiez-vous, vous avez de la concurrence ! Bonne lecture tout le monde . Je suis contente de vous retrouver !
La review des reviews :
Sedinette : ça vient de nounours ou peut-être même de bisounours ! Merci pour ta review !
Tin-chan : Ah bon ? T'es sûre que t'as pas envie :p
Soren : Eh oui, Nandra est un réveille-matin super-sophistiqué qui raconte des histoires, fait le café… et encore, tu sais pas tout !
Shini : Bon ben allons-y pour l'indigestion et les peluches ! Tu vois voir, ce chapitre est très… pelucheux.
Pour me jeter des peluches à la figure, c'est en bas à gauche !
Chapitre 2 – Banquet
Les trois voyageurs suivirent les nours à travers la plaine, en direction du village de tentes. Les petites créatures n'allaient pas très vite, mais sautillaient gaiement sur le chemin, en échangeant des paroles incompréhensibles dans leur drôle de dialecte qui ressemblait à des chants d'oiseaux.
Par moments, certaines d'entre elles se retournaient vers les visiteurs. Elles paraissaient particulièrement impressionnées par la taille et la carrure de Kurogane à qui elles adressaient des regards timides et des petits sifflements admiratifs, auxquels il répondait par d'effrayants froncements de sourcils.
Le mage, de son côté, avait tout de suite été adopté par deux petits nours qui semblaient bien plus jeunes que les autres. Il avançait donc avec Mokona posé sur sa tête, et un nouvel ami juché sur chacune de ses épaules.
L'un des deux s'intéressait beaucoup à ses cheveux blonds, et s'amusait avec l'une des mèches rebelles qui refusaient de rester glissées dans son catogan. Il la prenait entre ses grosses pattes, et s'en servait comme d'un pinceau, pour lui chatouiller le nez et l'oreille avec l'extrémité, ce qui amusait beaucoup sa victime. Fye riait doucement.
Le ninja le surveillait du coin de l'œil. Il le trouvait parfaitement normal, tout à fait comme d'habitude, quand il le voyait s'amuser ainsi avec les petites créatures. Il était l'image même de la gaieté et se prêtait volontiers au jeu, avec des sourires d'enfant – puérils, aurait-il pensé autrefois, mais à présent, il était juste heureux de le voir si insouciant.
Pourtant, quand il le regardait, la sensation de malaise qu'il avait ressentie plus tôt lui revenait, comme un courant d'air glacé parcourant son dos par une journée de canicule. Sans pouvoir mettre de mots sur cette gêne, il entendait parfaitement ce que son instinct lui disait : Il y a un problème. Et son instinct ne se trompait jamais.
La nuit était presque là quand ils atteignirent le village, et l'étonnement prit la place des soupçons dans l'esprit du guerrier. La tribu de Pao vivait dans les tentes de forme conique, faites d'une toile blanche épaisse, et décorées de motifs peints aux couleurs vives. Du bleu, du rouge, du jaune, en faisaient le tour en d'étranges arabesques.
- Ça ressemble à ta magie, observa-t-il à l'intention du blond qui examinait les dessins avec un vif intérêt.
- Et pour cause, répondit Fye, c'est exactement la même magie que la mienne. Sauf que ce sont des enchantements que je ne peux pas pratiquer.
- Explique ?
Le magicien désigna deux frises rouges.
- Ce sont des charmes de protection. Et là, les bleues, sont des charmes de soin. Quelqu'un est malade dans cette tente.
Le ninja fronça les sourcils en regardant autour de lui, puis échangea un coup d'œil inquiet avec son compagnon. De nombreux abris portaient les mêmes motifs de couleur bleue. Apparemment, le peuple des nours avait effectivement de gros soucis. Plus de la moitié de ses foyers étaient affectés par la maladie. Certaines des huttes de toile avaient un aspect abandonné. L'herbe était trop haute devant les rideaux des entrées et elles dégageaient une sensation de vide. Plus personne ne les habitait.
- Tu crois que c'est pour ça qu'ils nous ont appelés ?
- Je l'ignore. Mais si c'est le cas, je ne vois pas comment les aider. Je ne maîtrise pas la magie de guérison. Je ne leur serai d'aucune utilité, Moko-chan doit bien le savoir.
- Alors pourquoi ?
- Nous finirons bien par le savoir. Il suffit d'attendre.
- Je n'aime pas cet endroit. Ces boules de poils sont sympathiques, mais j'ai un mauvais pressentiment.
Le mage ne répondit rien, mais durant un bref instant, le brun crut voir une ombre passer sur son visage. Ce ne fut qu'une impression fugace, et, la seconde suivante, il avait retrouvé son sourire.
- Tu ne devrais pas dire des choses pareilles, le gourmanda-t-il gentiment. Ils comprennent notre langage, tu vas les inquiéter.
Il n'aima pas non plus cette réponse. Il aurait préféré entendre : Mais non, Kuro-chan, tu te fais des idées.
L'arrivée des trois étrangers avait attiré tous les habitants de la petite communauté, mais si Mokona était visiblement très connu et apprécié par le peuple des nours, les deux grandes-jambes semblaient beaucoup les impressionner. Les femelles et les petits se cachaient derrière leurs tentes, ne laissant que leurs têtes poilues dépasser pour les observer sans – croyaient-ils – être remarqués.
Pao conduisit ses invités sur la place du village, et les incita à s'asseoir autour d'un grand feu. Dès qu'ils furent installés, de petits groupes s'approchèrent un peu, timidement, et les entourèrent en babillant mais en restant à une distance raisonnable. Tout le monde semblait brûler de curiosité, mais personne n'osait s'avancer vers eux.
Un mâle, plus hardi que les autres, vint finalement se poster à gauche de Kurogane, tendit une patte curieuse et lui tâta le bras, puis se retira en couinant. Voyant que le ninja ne lui sautait pas dessus, il attendit quelques instants, puis fit à nouveau un pas en avant, et revint se placer à côté de lui.
Entre l'homme assis et lui debout, la différence de taille était encore impressionnante, mais le petit nours adopta une posture guerrière, fier de lui, et parada devant ses compagnons en crânant, sous les sifflements admiratifs des autres. De temps en temps – pas trop souvent quand même – il s'enhardissait à toucher à nouveau le brun, pour prouver aux autres qu'il n'avait vraiment pas peur. Si les poils de sa moustache tremblotaient, c'était juste à cause d'un courant d'air, bien sûr.
Son numéro de gros bras tourna court. Le guerrier éternua, et le frimeur fit un bond de surprise, avant de se carapater à toutes jambes, sous les moqueries de ceux qui, quelques secondes plus tôt, l'encensaient pour son courage.
Fye éclata de rire, attendri, et ne tarda pas à trouver une solution pour gagner le cœur de la tribu de courageux. Il sortit de sa poche la boule de verre magique qu'il emmenait partout avec lui, la frotta contre son vêtement, et elle produisit une belle lumière blanche. Aussitôt, les petites créatures poussèrent des cris de joie, et se mirent à parler toutes en même temps, très excitées.
Elles oublièrent leur peur pour s'approcher de la lampe et l'examiner de plus près. L'une d'elles était tellement fascinée qu'elle en oublia sa frayeur et grimpa sur les genoux de Kurogane pour être un peu plus en hauteur. Celui-ci n'osa plus bouger, de peur que le moindre geste ne la fasse fuir. Il retint son souffle et ne ronchonna même pas.
Tout en continuant son numéro de charme, le mage s'amusa de son embarras et lui adressa un petit sourire avant de reporter son attention sur les nours. Il fouilla à nouveau dans son manteau, en tira une pierre bleue qu'il fit aller et venir sur ses doigts gantés, puis disparaître, pour réapparaître derrière l'oreille d'une petite femelle, qui siffla de ravissement. Il joua un long moment avec ses nouveaux amis, s'amusant à faire sortir la pierre de leurs poches, de leurs poils, ou même de la narine du ninja, qui le reçut d'un grognement.
La stratégie fut efficace, et bientôt les petites créatures ne furent plus du tout intimidées. Les mâles défilaient les uns après les autres à côté du guerrier, prenant des postures avantageuses et faisant ressortir les muscles de leurs bras poilus pour les comparer avec ceux de leur invité, sous les quolibets du reste de la tribu.
Pao, qui avait disparu entre les tentes avec Mokona, revint bientôt, en compagnie de ce qui semblait être sa famille, une nourse plantureuse à l'air doux, et une plus jeune, plus fine, qui se cachait derrière sa mère.
Aussitôt, les autres se calmèrent un peu et s'assirent en rond autour du feu. Plusieurs membres du groupe s'éloignèrent et revinrent quelques minutes plus tard, portant des paniers remplis de victuailles.
Une femelle, qui devait faire partie des personnes les plus importantes du village, à en juger par le respect que les autres lui témoignaient, s'approcha des invités et leur présenta des petits plateaux faits de larges plaques d'écorce couvertes de mets, qu'elle posa devant eux avant de s'incliner très respectueusement et de se retirer.
Puis des nours passèrent parmi les rangs des villageois pour les servir de la même façon, sans toutefois les gratifier d'une révérence. Quand tout le monde eut reçu sa part du festin, Pao se leva et s'approcha des trois étrangers pour prononcer un petit discours dont le ton formel contrastait étrangement avec l'attitude enfantine de ses sujets.
- Au nom du peuple Nours, je vous souhaite la bienvenue. Nous n'avons pas grand-chose à partager avec vous, mais nos femmes ont mis tout leur cœur à préparer ce repas, en gage de reconnaissance pour vous être déplacés jusqu'à nous. Nous espérons qu'il sera à votre goût. Ce soir, restaurez-vous et reposez-vous, et demain matin, nous parlerons. Et maintenant, que les réjouissances commencent !
Sa déclaration fut accueillie par des sifflements joyeux, et les convives attaquèrent leurs plats avec coeur. Pendant que Mokona se régalait, Kurogane examina d'un œil méfiant le contenu de son assiette. Tous les aliments semblaient avoir été bouillis, et ils étaient empaquetés dans de grandes feuilles qui empêchaient d'en deviner la nature exacte.
Curieux bien qu'il n'ait plus grand intérêt pour ce type de nourriture, Fye en prit une entre ses doigts, mordit dedans, et adressa un sourire à son compagnon.
- C'est très bon, tu devrais goûter.
Le ninja lui adressa un regard suspicieux, puis constata que le magicien avait vraiment l'air de se régaler, et testa à son tour. Les ballotins de feuilles étaient composés d'un mélange de plantes, associées à du riz sauvage. Chacun d'eux avait ses ingrédients particuliers. L'un avait un goût anisé, l'autre un arôme de cannelle, un autre encore avait la saveur douce et sucrée de la carotte… mais aucun d'eux ne contenait de viande.
C'était délicieux, mais frugal, et le brun commençait se dire qu'il n'en aurait jamais assez pour remplir sa grande carcasse, quand le mage transféra discrètement le contenu de son assiette dans la sienne.
- Et voilà, Kuro-chan, dit-il avec un sourire. Avec ça, ton estomac sera bien rempli.
- Tu lis dans mes pensées ?
- Qui sait ? répondit le blond, le regard moqueur.
- Manquerait plus que ça…
Le banquet fut suivi de chants et de danses, qui se prolongèrent tard dans la soirée. Certains nours faisaient de la musique avec des instruments de bois, essentiellement des percussions et des flûtes, tandis que les mâles exécutaient des ballets guerriers, agitant leurs lances et leurs boucliers, puis les femelles entrèrent à leur tour en scène pour leur partie du spectacle, qui parut remporter un grand succès auprès de la gent masculine de la tribu.
Enfin, petit à petit, la fatigue gagna les convives qui se retirèrent vers leurs tentes par petits groupes, et le calme tomba sur la place.
- Je suis désolé, dit Pao en s'approchant des deux humains. Nous n'avons pas de tentes assez hautes pour les grandes-jambes. J'ai très honte mais vous allez devoir dormir dehors.
- Ça ne fait rien, Roi Pao, le rassura le mage. Il fait bon et ça ne nous dérange pas du tout.
Deux femmes leur apportèrent des stocks de couvertures – trop petites, il en fallait plusieurs pour couvrir le corps d'un humain - et ils décidèrent de s'installer à la sortie du village, au pied d'un gros arbre qu'ils avaient repéré à leur arrivée. Mokona était fier comme un paon, il avait eu l'honneur d'être invité à passer la nuit dans la tente du chef.
Fye s'installa confortablement, allongé sur le dos dans l'herbe épaisse, les bras croisés derrière la tête. Son regard se perdit dans l'immensité du ciel étoilé. Un long silence s'établit entre les deux équipiers. Kurogane, adossé au tronc, scrutait son visage que le clair de lune auréolait d'argent, en quête de réponses aux questions qui l'avaient taraudé toute la journée.
- Qu'est-ce que tu as ? demanda finalement le blond. Tu ne m'as pas quitté des yeux depuis qu'on est sortis de la forêt.
- Rien du tout…
Le magicien se retourna sur le ventre, pour détailler à son tour les traits de son compagnon, puis plongea sa prunelle azur dans celles du guerrier. Puis, après quelques secondes de cet examen muet, lui sourit.
- Tu t'inquiètes trop.
- Je ne m'inquiète pas.
- Kuro-chan ?
- Mmm ?
- Qu'est-ce que tu as vu ? Dans la forêt, quand j'ai failli tomber. Tu t'es retourné et tu as vu quelque chose.
- Non, pas vraiment. C'était énorme, et brun. C'était… Je n'en sais rien. On aurait dit une ombre gigantesque, qui recouvrait toute une partie de la forêt. Mais je n'ai pas vu la créature à qui elle appartenait. Comme si quelque chose se cachait dans les feuillages, je ne saurais pas l'expliquer. Mais ce que j'ai su avec certitude, par contre, c'est qu'elle a bien failli te rattraper. Je ne l'ai pas vue, mais j'ai senti… son aura au-dessus de toi.
- J'ai été maladroit, désolé.
- Dormons. On en saura peut-être un peu plus demain.
Le ninja s'éveilla à l'aube et resserra sur lui les pans de son manteau. Le ciel blanc, sans nuages, disait que la journée serait belle et sans doute chaude, mais l'aurore était fraîche et humide. Il constata que le mage s'était également couvert pendant la nuit, avant de se recoucher.
Allongé sur le ventre, la tête posée sur un bras, il semblait encore profondément endormi. Il paraissait bien, détendu. Il n'avait pas ces traits un peu crispés qu'il arborait lorsque des cauchemars avaient hanté son sommeil.
Le guerrier se dit que sa mauvaise impression de la veille n'était peut-être pas fondée, finalement. Ce devait être une conséquence de la frayeur qu'ils avaient eue quelques heures plus tôt.
Fye bougea très légèrement, soupira, et battit des paupières. Comme s'il avait senti le regard de son compagnon peser sur lui, il s'éveillait. Il se redressa légèrement et posa sur lui une prunelle encore brumeuse, surmontée d'une tignasse toute ébouriffée, avant de lui adresser un sourire un peu maladroit, pas très assuré.
Ce sourire-là, c'était celui que le brun préférait. Durant leurs voyages, quand ils dormaient côte à côte, le premier sourire du matin, le premier regard, étaient toujours pour lui. Même s'ils se disputaient, même s'ils s'affrontaient parfois rudement, quelles que soient les tensions qui existaient entre eux, c'était un moment de trêve, une règle à laquelle le mage ne dérogeait jamais. Ce sourire-là et ce regard-là appartenaient à Kurogane, et ils étaient toujours pleins de lumière et de chaleur. Mais ce matin-là, il eut également droit à une chose à laquelle il ne s'attendait pas.
- 'jour… fit Fye, d'une voix endormie.
Il se mit à quatre pattes, fit quelques pas dans sa direction, lui écarta les genoux et vint se pelotonner contre lui, rabattant les pans de son manteau noir par-dessus le sien. Il se lova contre sa poitrine, remua un peu pour trouver une position confortable, soupira, et parut se rendormir avec un petit soupir de satisfaction.
- Hé…
- Ne ronchonne pas, Kuro-chan, il est trop tôt, répondit le blond en lui fermant les lèvres du bout des doigts, sans relever la tête. Dors.
- Hé…
Trop tard, réalisa-t-il. Le bruit léger de la respiration du magicien lui indiqua qu'il était déjà reparti au pays des rêves. Ses cheveux lui chatouillaient le menton. Il sourit. Après tout, pourquoi pas ? Il referma ses bras sur le corps mince de son compagnon, et suivit son conseil.
- Puuuu ! Fye et Kuro-pii sont love-love !!! s'exclama une voix bien connue près de son oreille.
Kurogane s'éveilla en sursaut et en grognant, tel l'ours dérangé dans son hibernation par un visiteur trop curieux. Il adressa à la petite créature blanche qui ricanait bêtement à côté de lui un regard noir qui n'eut strictement aucun effet.
Mokona faisait des bonds étourdissants autour d'eux, en chantant « love-love » sur tous les tons. Le brun aurait bien voulu le poursuivre, mais quand il essaya de repousser Fye pour se lever, celui-ci s'agrippa fortement à sa tunique avec un gémissement douloureux, qui figea instantanément son geste.
- Doucement, Kuro-chan, protesta-t-il mollement en levant sur lui un œil étrangement froid, fatigué.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
L'impression s'effaça, le mage sourit, encore dans les brumes du sommeil, comme si rien ne s'était passé. Il émergeait à peine, et n'avait peut-être même pas conscience du fait qu'il venait de parler.
- Mmm ?
- Quoi ? Je t'ai fait mal ?
- Hein ? demanda-t-il, d'une voix traînante.
- A l'instant, je t'ai fait mal ?
- J'ai dit ça ?... Euh… Non… ça va. Je… j'ai rêvé, peut-être.
- Bonjour Fye !!!
- Oh, Moko-chan ! Bonjour, marmonna le mage, toujours dans le brouillard.
- Fye est mal réveillé ! Fye est mal réveillé ! chantonna le manjuu en sautant sur l'épaule du guerrier.
- Mmm… je dormais bien, là. J'avais chaud. On ne peut pas rester encore un peu comme ça ?
- Fye doit se lever ! Il est déjà tard ! Mokona est levé depuis longtemps !
- Tant mieux, Moko-chan, tant mieux. Je suis content pour toi.
- Dites… ça ne vous dérangerait pas de papoter ailleurs que sur moi ?
Ces mots semblèrent enfin sortir le blond du coton, et il regarda autour de lui, reprenant doucement pied dans la réalité.
Le soleil était levé mais une fine couche de brume flottait encore sur le paysage couvert de rosée. Comme si la conversation des humains leur avait donné un signal secret, tous les oiseaux cachés dans le feuillage de l'arbre auquel ils étaient adossés se mirent à pépier de bon cœur. Lentement, la nature s'éveillait aussi pour une nouvelle journée.
Fye repoussa les plis du manteau du ninja, frissonna un peu dans la fraîcheur matinale, prit appui sur sa jambe gauche pour se mettre debout, et retomba lourdement avec un grognement de douleur, en portant ses mains à la cheville qu'il s'était tordue la veille.
- On dirait que ça ne s'est pas arrangé, finalement, fit-il d'un ton ennuyé.
- Tu n'auras qu'à demander à ces nours de te guérir, puisqu'ils savent utiliser la magie, suggéra le brun en se levant et en lui tendant la main pour l'aider à faire de même.
- Fye s'est fait mal ? demanda la boule de poils.
- Je me suis tordu la cheville, hier. Je pensais que ça irait mieux, mais on dirait que ça a empiré.
- Mokona demandera à Paya de te soigner.
- Paya ?
- Paya est la femme de Pao. C'est la plus grande guérisseuse de la tribu. Il faut y aller maintenant. Ce matin, il y a le Conseil !
Quand ils entrèrent dans le village, ils constatèrent qu'ils étaient probablement les derniers à s'être levés. Partout, on s'agitait joyeusement, dans une ambiance de gaieté laborieuse. Les nours les saluèrent à leur passage, dans leur dialecte sifflant, en leur adressant de grands signes amicaux de la main.
Et quand ils arrivèrent sur la place principale, ils étaient escortés par une cohorte de noursons gambadants. Le magicien boitillait, mais cela ne l'empêchait pas de s'amuser avec ses nouveaux amis. Il paraissait d'excellente humeur. Il soulevait les petits par grappes, les lançait à l'air, à leur plus grand ravissement, et les rattrapait habilement.
Puis il se mit à jongler avec quatre d'entre eux comme s'il s'agissait de balles, à l'ébahissement général. Même Kurogane finit par rire à ses facéties, en compagnie des mamans nourses qui observaient d'un œil mi-inquiet mi-hilare le traitement peu orthodoxe que le grande-jambe aux cheveux d'or faisait subir à leur progéniture ravie.
Pour finir, il en déposa délicatement trois sur le sol, ne gardant qu'une minuscule noursonne qu'il fit disparaître dans les plis de son manteau. Des murmures de stupéfaction un peu anxieuse parcoururent l'assemblée, et se changèrent en sifflements admiratifs et en applaudissements quand le blond s'approcha du ninja, glissa ses bras autour de sa taille, et fit ressortir la fillette de sa cape pour la restituer, saine et sauve, à sa mère.
- Tu t'amuses bien ? grommela l'assistant magicien désigné volontaire parmi le public.
- Oui, Kuro-chan, répondit le mage en lui posant un doigt entre les sourcils et en massant doucement les plis qui s'y formaient toujours. J'arriverai bien à les faire disparaître, un jour, et je ne les laisserai pas réapparaître…
- Et comment tu comptes t'y prendre ? Avec des tours de magie ?
La réponse fut en forme de sourire. Un sourire dangereux, plein de malice… Et un certain brun se dit qu'il aurait dû éviter de poser la question. Quand une lueur espiègle brillait dans les yeux de son partenaire, c'était mauvais signe…
L'arrivée de Pao, accompagné de neuf autres nours, mâles et femelles, vêtus de capes de cérémonie, mit fin aux jeux. Le moment du Conseil était venu.
Toutes les familles qui étaient réunies sur la place s'installèrent en rond, pendant que des hommes disposaient des billots de bois en arc de cercle, pour servir de sièges. Le ninja et le mage s'assirent en tailleur, à même le sol, face à l'assemblée des sages de la tribu, et Mokona trouva un fauteuil confortable en la personne de Kurogane, qui le prit sur ses genoux.
Le chef de clan se leva, et fit face à ses invités, son petit visage poilu aux yeux brillants arborant un air grave un peu incongru. Le temps de la fête était terminé, le temps des problèmes se profilait à l'horizon.
