Titre : Rozamova
Auteur
: Nandra-chan

Disclaimer : Rien n'est à moi, sauf quelques heures de boulot.


Note : Hopla ! Bon, passons aux choses sérieuses ! Kuro-chan, Fye, c'est bien joli de s'empiffrer et de faire les imbéciles et de pioncer, mais il faudrait aussi penser à travailler hein ! Allez les p'tits loulous, au boulot.
La review des reviews :

Tin-chan : je sais pas trop, pour le manteau, y a déjà Fye dedans et tu sais comment il est, il s'étale, il prend ses aises :)
Crocojuju : Merci beaucoup, n'hésite pas à laisse un petit mot quand tu passes me voir, les reviews c'est comme les câlins, on n'en a jamais assez :)
Soren : tu me connais, tu sais bien que je ne vais pas les laisser tranquilles bien longtemps
Shini : Bon, j'ai créé la situation, c'est pas de ma faute si Kuro est un peu long à la détente, des fois :)

Pour me gratouiller derrière les oreilles, c'est en bas à gauche !


Chapitre 3 – Mission

Pao les salua d'une manière très formelle, et leur présenta les membres du conseil, qui inclinèrent tous la tête en témoignage de respect pour les invités. Puis le chef de clan reprit la parole.

- Voici le temps des explications, dit-il. Le peuple des nours vous est reconnaissant de vous être déplacés jusqu'ici pour nous aider, et moi, Pao, vais vous donner dans quelques instants la raison pour laquelle nous avons fait appel à vous. Mais auparavant, afin que vous puissiez comprendre notre situation, veuillez, je vous prie, écouter notre ancienne, Pyula, vous raconter l'histoire de notre peuple.

Une vieille nourse au poil raide et clairsemé apparut, s'appuyant sur le bras d'un jeune mâle qui la traitait avec déférence. Il l'aida à prendre place sur un billot, puis s'assit sur le sol à côté d'elle.

- Pyula ne parlant que notre dialecte, c'est son petit-fils, Pey, qui traduira pour vous son récit.

L'aïeule commença à s'exprimer, dans la langue flûtée de son peuple, d'une voix qui parut étrangement jeune à ses trois auditeurs. Bien vite s'éleva celle de Pey, formant un contrepoint grave aux trilles que lançait l'ancienne.

« Autrefois, sur les terres bénies par le Dieu-Arbre de Rozamova, vivait dans la joie et l'harmonie le grand peuple des noursabeils. Ce peuple était formé de deux tribus, les nours, et les nabeils.

Les nours connaissaient la magie des soins, les charmes de protection, et pratiquaient la cueillette des herbes médicinales et des plantes comestibles, pour ceux de leur race et pour ceux de la tribu des nabeils.

Les nabeils, quant à eux, connaissaient la magie qui fait entendre les prières aux dieux, qui apporte le soleil et la pluie pour faire pousser et mûrir les fruits, et connaissaient la façon de récolter la poudre dorée des fleurs, pour en faire du miel, ainsi que des techniques savantes pour conserver les plantes et faire des réserves de nourriture pour l'hiver.

Les noursabeils vivaient ensemble, mettant leurs connaissances en commun et ils étaient heureux. Les nours et les nabeils ne parlaient pas le même langage, et il était impossible pour eux d'apprendre celui de l'autre tribu, mais les dieux leur avaient fait un cadeau. Ils leur avaient offert le Bâton-Parole, qui leur permettait de se comprendre.

Lorsque les nabeils partaient à la recherche de la poudre d'or, le peuple des nours restait au village et gardait attentivement ce trésor. Et lorsque les nours partaient pour la cueillette, le peuple des nabeils gardait pour eux le Bâton-Parole.

Mais un jour, alors que les nabeils s'étaient éloignés dans les montagnes, le village noursabeil fut attaqué par les redoutables naigles, qui vivent dans les montagnes.

Les naigles emportèrent beaucoup de jeunes nours et de jeunes nabeils pour nourrir leurs naiglons, et ils emmenèrent également le Bâton-Parole.

A partir de ce jour funeste, le peuple des nours et le peuple des nabeils ne purent plus se parler comme avant. Et lorsque les nabeils revinrent de leur collecte et découvrirent ce qui était arrivé, ils se mirent en colère. Ils reprochèrent aux nours la perte du Bâton-Parole, et ne voulurent pas essayer de comprendre leurs explications.

Les nabeils quittèrent les nours, et partirent à une extrémité de la vallée, tandis que la tribu nourse allait s'installer à l'autre bout, le plus loin possible de leurs anciens amis. Depuis ce temps-là, le peuple des noursabeils n'existe plus.

Maintes fois, de jeunes nours courageux tentèrent d'aller dans la montagne pour reprendre le Bâton-Parole aux naigles, mais aucun d'eux ne revint jamais et les nours décidèrent d'abandonner leurs recherches, car ils n'étaient pas nombreux, et que chaque membre de leur tribu était important. Ils en avaient assez de sacrifier leurs enfants aux naigles qui les emportaient dans leur forteresse pour les dévorer.

Depuis ce temps, les nours et les nabeils ne se parlent plus, et vivent chacun dans leur partie de la vallée.»

La vieille nourse se tut et se leva, signifiant par ce geste la fin de son récit. Pao s'avança, prêt à prendre le relais.

- C'est une histoire très triste, dit Fye, l'air désolé.

- Cela fait maintenant plusieurs années que les nours et les nabeils vivent séparés, répondit le chef, et nous nous sommes habitués à cette nouvelle existence. Seulement, un nouvel événement est intervenu, et nous ne pouvons plus rester tels que nous sommes.

Il fit un geste ample, et deux femelles apparurent. Les trois voyageurs reconnurent Paya, la femme de Pao, parmi elles. L'autre était plus jeune et avançait timidement, le regard fixé sur le sol. Elle était très jolie, avec une épaisse fourrure blanche et des charmants vêtements ornés de perles de couleurs et de rubans qui se croisaient sur les manches et le col. Ses yeux noirs et tristes, plus grands que la moyenne, étaient ourlés de longs cils de velours, et de petites touffes de poils nouées de fils roses émergeaient de ses minuscules oreilles délicates. Il sembla au mage que c'était celle qu'ils avaient aperçue la veille, avant le banquet, cachée derrière sa mère.

- Voici ma fille, Paolya, la princesse du peuple nours.

La nouvelle venue accomplit une petite courbette devant eux puis alla s'asseoir à la place laissée libre par l'ancienne, qui s'était retirée dès la fin de son récit.

- Paolya était encore une enfant quand le peuple des nours et le peuple des nabeils se sont séparés. Depuis sa naissance, elle était promise à Zayan, le tout jeune prince des nabeils. Leur mariage devait sceller à jamais l'alliance entre nos deux tribus, seulement le vol du Bâton-Parole par les naigles a compromis cette union. Paolya et Zayan ont été élevés ensemble et se sont toujours aimés. Et aujourd'hui, Paolya a atteint l'âge de prendre un époux, qui deviendra le futur roi des nours, mon successeur. Beaucoup de jeunes adultes du village ont déjà demandé sa main, mais elle les a tous éconduits. Paolya désire ardemment épouser Zayan et ne veut que lui. Alors j'ai décidé de lui accorder son souhait, car, en tant que père, je désire plus que tout son bonheur, et en tant que chef de la tribu, je désire que ma succession soit réglée avant que je ne parte rejoindre le Dieu-Arbre dans le Royaume des Esprits. C'est pourquoi je vous ai appelés à l'aide, amis de mon ami.

- Que souhaitez-vous que l'on fasse ? demanda le mage. Faut-il aller chez les naigles récupérer votre Bâton-Parole ?

- Le peuple nours vous serait reconnaissant si vous acceptiez d'aller le chercher pour nous au nid des naigles, dans la montagne, afin que nous puissions nous présenter à nouveau devant le peuple des nabeils, notre faute réparée, que ma fille puisse enfin avoir le mariage qu'elle a tant espéré, et que les noursabeils puissent être réunifiés.

- Est-ce que c'est loin ? demanda Kurogane en regardant les montagnes autour de la vallée des nours.

Pao tendit la main vers l'un des sommets.

- Là-bas. De nombreux jours de marche sont nécessaires au peuple nours pour atteindre le pied du nid des naigles, mais les grandes-jambes ne devraient pas éprouver les mêmes difficultés. Mes deux fils, les frères cadets de Paolya, Pon et Piri, vous serviront de guides, car ils ont souvent arpenté la montagne au péril de leur vie pour les surveiller. Acceptez-vous de rendre ce service au peuple des nours, amis de mon ami ?

- Puisqu'on est là, pourquoi pas ? fit le ninja en écrasant un peu la tête de Mokona, qui couina.

- Si cela peut rendre le sourire à la charmante Paolya, ce sera avec plaisir, confirma le magicien.

- Il y a une autre chose que vous devez savoir, dit Pao. Votre voyage devra être rapide. Vous devrez être de retour dans autant de jours qu'il y a de doigts dans trois de vos mains. Sinon, il sera trop tard. Il nous faudra encore autant de jours qu'il y a de doigts dans l'une de vos mains pour nous rendre auprès du peuple des nabeils, et sans doute le même nombre de jours pour les convaincre de pardonner à la tribu des nours et d'accepter le mariage de Paolya et de Zayan. Si vous ne revenez pas dans ce délai, il sera trop tard.

- Pourquoi trop tard, et pourquoi si vite ? s'étonna le brun.

Pao se tendit légèrement, fronça son petit nez duveteux, et plissa les sourcils.

- Le mariage de Paolya et Zayan doit être célébré avant la fin de cette lune. C'est très important, mais je ne peux vous donner la raison.

- Ça ne paraît pas très loin, Kuro-chan, dit Fye en regardant la montagne, ça doit être faisable en deux semaines.

- Très bien, fit le guerrier en s'adressant au chef nours. C'est d'accord. Nous partirons dès que tout le monde sera prêt. Mais avant, il faut s'occuper de la cheville du magicien, il s'est blessé hier dans la forêt. Et en parlant de ça, on aimerait également avoir quelques explications sur cette chose qui nous a poursuivis dans les bois. Vous savez peut-être de quoi il s'agit ?

Pao se tourna vers sa femme et lui adressa quelques sifflements. Aussitôt, la nourse se leva et fit signe au mage de la suivre. Elle le fit s'éloigner un peu du groupe et l'invita d'un geste à s'asseoir et à retirer sa botte, puis se pencha sur sa cheville tuméfiée.

- Le Grand Mal, dit Pao, ramenant l'attention du ninja sur lui. Nous ne savons pas vraiment ce que c'est. Je suis désolé mais je ne peux pas vous en dire plus à son sujet. Le peuple des nours reste dans sa vallée, et ne s'aventure pas dans la forêt, sauf pour surveiller les naigles. Nous ne sommes pas forts, et nous ne sommes pas nombreux. Nous devons faire attention, car toutes les vies du peuple nours sont importantes.

- Je comprends, répondit le brun, distrait, en coulant un nouveau regard en direction du magicien, qui semblait en pleine discussion avec Paya.

- Voici mes fils, dit Pao, alors que deux jeunes mâles s'approchaient.

Ils étaient un peu plus petits que leur père, blancs, le poil légèrement gris aux extrémités, et vêtus de parme. Ils portaient des arcs en travers de la poitrine, des carquois remplis de flèches, des lances, et des poignards glissés dans leur ceinture. Ils se ressemblaient comme deux gouttes d'eau.

Une fois faites les présentations, des femelles s'approchèrent avec des sacs remplis de provisions, des outres d'eau, et demandèrent plusieurs fois s'ils avaient besoin d'autre chose.

Le ninja se débattit un moment avec elles pour leur faire comprendre que non, finit par remporter cette dure victoire, et se levait au moment où le blond le rejoignit. Il avait retrouvé sa démarche souple, et la femme de Pao avait disparu entre les tentes.

- On devrait partir, dit Fye en attrapant Mokona et en le posant sur son épaule. La matinée n'est pas encore terminée, alors autant en profiter pour avancer le plus possible.

Il termina sa phrase d'un léger sourire, que le ninja trouva un peu forcé, un peu nerveux, et son regard… tiens, il ne le connaissait pas, ce regard-là. En quelques minutes, un changement subtil s'était opéré dans l'humeur du mage. Restait à savoir lequel.

- Je te trouve bien pressé, tout d'un coup.

- Plus vite on sera partis, plus tôt on sera de retour, non ? Comme ça, les festivités du mariage pourront durer plus longtemps !

- Mouais… Enfin, on ne sait pas ce qu'on va trouver là-haut, alors je suis d'accord avec toi. Mieux vaut partir tout de suite.

- Dis, Kuro-chan, tu crois qu'on sera invités au mariage ? demanda Fye d'un ton joyeux.

- Pfff… qu'est-ce que j'en sais, moi, hein ?

- Tu pourrais être le témoin de la mariée ! Ça ne te plairait pas ?

- Mffff… à ton avis ? Allez, on bouge, ça t'évitera de raconter d'autres âneries.

- Halala, tu es si romantique, Kuro-chan ! Mais moi j'aimerais bien te voir dans un beau costume de cérémonie, et puis tu serais sûrement tout gêné, ce serait très… mignon ?

- Fye ?

- Oui ?

- Premièrement, vire cet air niais de ta face, et deuxièmement… ta gueule.

- Oui, Kuro-chan !! répondit le blond, hilare.

Une demi-heure plus tard, tout le village était rassemblé pour faire ses adieux au petit groupe de voyageurs. Paya reparut, et, sans un mot, tendit un pot de terre au magicien, qui le prit, la remercia, et fourra l'objet dans les poches de son manteau. Quelques murmures désolés parcourent l'assemblée des spectateurs.

Kurogane et Mokona assistèrent à cet étrange échange, mais aucun d'eux ne posa de questions, même s'ils brûlaient tous deux de curiosité. Fye, quant à lui, ne semblait pas désireux de leur donner des explications.

Puis Pon et Piri prirent la tête d'un pas gaillard pour longer un chemin en direction des montagnes.

Marcher derrière les nours n'était pas simple pour les deux grandes-jambes, qui devaient sans arrêt raccourcir leurs foulées afin de ne pas leur écraser les talons, et ils adoptèrent bientôt une solution radicale pour palier à ce petit problème technique.

Le mage attrapa Piri par le col de sa tunique et le déposa sur ses épaules, tandis que Kurogane faisait la même chose avec Pon. Les deux équipiers avaient eu la même idée exactement au même moment, et avaient agi sans se consulter, ce qui provoqua entre eux un échange de regards amusés.

Affublés de cette nouvelle charge, pas très importante, ils reprirent leur route en avançant bien plus librement, guidés par les sifflements flûtés des deux créatures. Ils progressaient vers l'ouest, où la haute silhouette d'un pic les dominait, et la vallée montait en pente douce en direction d'une forêt de conifères, qu'ils atteignirent en milieu d'après-midi. Plus ils avançaient, plus la déclivité se faisait raide et la chaleur intense, rendant la marche fatigante.

Ils n'avaient encore croisé personne, et les sentiers qu'ils suivaient avaient été tracés par des bêtes sauvages qui descendaient des bois vers les points d'eau.

- Ce pays n'est pas très peuplé, constata le blond. Il n'y a personne à part les nours, les nabeils et les naigles ?

- Narmottes vivent dans montagne, répondit Piri, peu habitué à parler le langage des humains.

- Des narmottes ?

- Narmottes gentilles. Méchants norbacks vivaient dans forêt. Mais nous pas rencontrer. Norbacks partis.

- Vous les avez chassés ?

- Grand Mal a chassé beaucoup. Norbacks partis vivre autre côté vallée.

- Là où vivent les nabeils ?

- Pas savoir.

- A quoi ils ressemblent, ces naigles ? demanda le ninja.

- Gros noiseaux ! répondit Pon. Enormes noiseaux ! Plus gros que deux-jambes !

- Qui est gros ici ? grommela le brun, ce qui fit pouffer son compagnon.

- Guerrier est gros ! reprit le nours avec enthousiasme et fierté, faisant redoubler l'hilarité du mage. Magicien est gros aussi !

- Ah non, fit Fye en riant. Kuro-chan est gros, mais moi non !

- Toi, tu es juste un crétin.

- Oui, Kuro-chan, mais un crétin fin !

- Dis plutôt un crétin qui se croit fin…

- Oui, oui, Kuro-debu (1)…

- Grrr… Je m'appelle Kurogane !!

Il gagna un sourire lumineux, et, encore une fois, se dit que les questions qu'il se posait à propos de son compagnon étaient sans objet. Il grogna contre lui-même. Il fallait qu'il arrête. Depuis deux jours il faisait une véritable fixation sur le mage. S'il y avait quelqu'un d'anormal entre les deux, c'était plutôt lui, non ? Ça ressemblait à quoi, ce comportement là ? Il était ninja, pas mère poule !

Il fixa ses yeux sur la montagne, allongea le pas, et en trois enjambées, il prit la tête du petit groupe. Au moins, comme ça, je le verrai pas, ça m'évitera de le regarder… Douces illusions, car si ses prunelles étaient rivées aux sommets enneigés dans le lointain, son esprit, lui, refusa obstinément de chasser l'image qui l'obsédait, celle d'un idiot blond au sourire tendu, et d'une étrange expression au fond d'un iris couleur de ciel.

Ils marchaient depuis un moment en silence, chacun plongé dans ses pensées, les nours se laissant bercer par les mouvements de leurs porteurs, quand Kurogane s'aperçut qu'il n'entendait plus de bruits de pas derrière lui. Il s'arrêta, se retourna, et vit que Fye n'avançait plus. Il s'était accroupi et examinait quelque chose sur le sol. Il retourna en arrière et s'arrêta près de lui.

Armé d'un petit bâton, une expression sérieuse sur le visage, le mage grattait une surface de terre de couleur brune qui formait une trace sombre au milieu de l'herbe grasse, aux tons émeraude, de la prairie.

En regardant mieux tout autour d'eux, le ninja en aperçut plusieurs autres, qui faisaient penser à des plaques de gale dans le pelage d'un chien. Sans qu'il sache vraiment pourquoi, il se sentit vaguement dégoûté. Il n'avait pas l'âme d'un poète, mais ces trous pelés étaient comme des insultes à la beauté du paysage.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il en se penchant par-dessus le magicien.

Il tendit un doigt en direction de la tache, mais la main de Fye se posa sur son poignet et stoppa son geste.

- C'est de la moisissure. Tu ne devrais pas la toucher, Kuro-chan. C'est peut-être toxique.

- Et ? Elle a quoi de passionnant cette moisissure ?

- Rien, je soufflais un peu, c'est tout.

- Tu es déjà fatigué ? s'étonna le brun en le détaillant du regard.

Effectivement, une fine pellicule de transpiration couvrait son front, et ses pommettes s'étaient un peu colorées sous l'effet de la chaleur.

- Ça va. Mais tu marches très vite, tu sais ? J'ai deux boules de poils à porter et Moko-chan a dû trop manger au banquet, hier soir, j'ai l'impression qu'il pèse une tonne, ajouta-t-il avec une mimique espiègle.

- Mokona n'est pas lourd ! s'exclama une voix issue de l'intérieur de sa tunique.

- Ça, c'est toi qui le dis, Blanche Neige, répliqua le brun avec un petit rictus moqueur. Tu es lourd.

Quelques secondes plus tard, le magicien se déclara prêt à repartir, et ils se remirent en route d'un bon pas.

Le campement du premier soir fut établi au coucher du soleil, alors qu'ils approchaient de la lisière de la forêt. Ayant encore en tête le souvenir de leur mésaventure de la veille, les deux humains préférèrent s'installer dans un creux de la colline plutôt que de s'engager sous le couvert des arbres.

Ils n'avaient pas très envie de se faire surprendre en pleine nuit par ce Grand Mal, et de devoir courir à toutes jambes dans l'obscurité.Ils rassemblèrent du bois et firent un feu, puis sortirent leurs provisions et s'installèrent tranquillement pour le repas.

- Les nours ne chassent jamais ? demanda le ninja, en regardant sa feuille farcie au riz et aux herbes d'un œil dubitatif.

- Tuer animaux interdit par Dieu-Arbre, répondit Piri – ou Pon, on ne savait jamais très bien tant ils se ressemblaient – manger animaux pas bon pour nours. Nours manger fruits et herbes. Avant, nours manger aussi miel du peuple nabeil. Miel bon. Nours aimer beaucoup.

- Magicien pas manger ? s'étonna le second en constatant que Fye ne touchait pas à la nourriture. Magicien malade ?

- Non, non, je vais très bien, le rassura le blond. Je n'ai pas faim, c'est tout.

- Magicien devrait manger. Visage trop blanc.

- Plus tard, peut-être. Ne te fais pas de souci, je vais bien. Il ne faut pas t'inquiéter si je ne mange pas.

- Piri voudrait voir tour de magie ! demanda timidement l'autre nours. Magicien montrer boule de lumière ?

Il sortit la sphère magique de sa poche et la fit briller pour eux, puis Mokona montra à son tour quelques-uns de ses secrets, notamment son étrange « capacité de stockage », et ses parfaites imitations du mage et du ninja, ce qui provoqua de grands éclats de rires et sifflements ravis de la part des deux petits nours.

Puis il fut temps d'aller se coucher, et chacun s'installa du mieux qu'il put. En prévision de la fraîcheur matinale, Fye se munit, cette fois, de son manteau, et s'allongea un peu à l'écart du feu, couché sur le dos, les bras croisés derrière la tête, comme la veille.

Quand leurs deux guides et le manjuu se furent endormis, le brun vint le rejoindre et défit les bandelettes de son poignet pour qu'il puisse se nourrir. Il but un peu, chipota beaucoup, joua un instant avec la main que le guerrier lui avait abandonnée, puis renonça à faire semblant d'avoir de l'appétit et le repoussa gentiment.

- Je n'ai vraiment pas très faim ce soir. Je me sens un peu vaseux. Ça doit être à cause de la magie de Paya. Ou bien peut-être que j'ai pris froid la nuit dernière.

- C'est pour ça que tu étais fatigué cet après-midi ? Tu es un vampire… tu devrais être à l'abri des rhumes, non ?

- Je ne sais pas, répondit le mage avec un petit sourire espiègle. Peut-être que les vampires craignent l'humidité.

- Rapproche-toi du feu, dans ce cas, répondit le ninja en refaisant son bandage, avant de se lever et d'aller s'installer non loin des flammes, le dos calé contre un rocher.

Fye le regarda s'éloigner, avec un petit soupir à mi-chemin entre l'amusement et l'exaspération. Kuro-chan, tu es très malin, mais quand tu t'y mets, tu es vraiment très idiot, pensa-t-il en se tournant sur le côté, la tête calée sur son bras, avant de fermer les yeux.

Il resta un long moment ainsi, à essayer de se concentrer sur les bruits nocturnes pour chasser ses préoccupations et n'y parvint pas. Compter les étoiles ne marcha pas non plus, alors il se releva, fit des choses que font les magiciens insomniaques lorsqu'ils sont seuls, et la lassitude finit par le gagner.

Il s'approcha sans bruit du ninja, s'accroupit devant lui, le regarda dormir pendant quelques instants, tendit les doigts vers lui, frôla presque son visage, puis retira sa main, lui sourit et retourna se coucher.

Quand il s'endormit enfin, le ciel s'était un peu éclairci, annonçant que la nuit était bien avancée. Il était toujours d'humeur sombre et il fit de mauvais rêves, peuplés de bruits étranges ressemblant à ceux des feuilles sèches que l'on écrase dans le creux de sa main, de naigles énormes survolant des Kurogane obèses qui n'arrivaient pas à fuir assez vite pour se cacher et se faisaient emporter dans leurs serres, et, pour une obscure raison, d'Ashura.


(1) debu : gros, dodu