Titre : Rozamova
Auteur
: Nandra-chan

Disclaimer : Rien n'est à moi, sauf quelques heures de boulot.


Note : Hop hop hop ! Euh, je vais pas faire un long discours hein. Donc voilà… la suite.
La review des reviews :

Soren : Le pire est là :p
Shini : garde ta caméra en main, ça chauffe !
Hachi : tu veux aussi une narmotte pour ta collec ?

Pour m'enterrer vivante, me tremper dans l'eau glacée, ou me mettre dans le papier alu, c'est en bas à gauche !


Chapitre 5 – Terrier

- Ouaaaah ! Impressionnant ! s'exclama le mage en levant la tête, un grand sourire accroché aux lèvres.

- Puuu ! Mokona est impressionné aussi ! renchérit le manjuu.

- Bordel… lâcha le ninja, signe que lui aussi était correctement pris au dépourvu par ce qu'il voyait.

- Etre narmottes ! s'écria Pon. Gentilles !

Et heureusement, pensa Kurogane en observant le couple de créatures qui se tenait devant lui, et dont chaque individu le dominait d'au moins deux têtes.

Un corps épais couvert d'un pelage gris, plus clair et duveteux au niveau du ventre, un museau allongé mais large, terminé par un petit nez noir et une bouche étroite munie de longues incisives courbes, des yeux vifs, des oreilles presque invisibles, et des bras courts et puissants, terminés par des mains griffues, telles étaient les deux narmottes qui faisaient face à leurs visiteurs, assises sur leur postérieur plus vaste qu'une tente familiale du peuple nours.

- Pon ! Piri ! s'exclama l'une d'elles, d'une voix grave et tonitruante.

- Shokola ! Papyehalu !! Nous amener amis voir vous !

- Euh, bonjour, dit le mage, que la carrure extraordinaire du nommé Shokola faisait paraître chétif. Je m'appelle Fye, et voici Kuro-pon.

- Kurogane !!

- Enchanté, dit très courtoisement la bête. Je suis Shokola, et voici mon épouse, Papyehalu. Vous êtes des humains ? Je n'en avais encore jamais vu. Soyez les bienvenus. Mais que font deux grandes-jambes dans les montagnes de Rozamova ?

- Eux aider nours à récupérer Bâton-Parole pour réconcilier avec nabeils ! expliqua Piri.

- Oh ! Je vois ! Et quelle est cette étrange créature blanche ?

- Mokona est Mokona ! Mokona est l'ami de Pao !

- Oh ? fit la bête, surprise et ravie. Soyez le bienvenu, ami de Pao. La nuit va tomber. Acceptez l'hospitalité des narmottes pour vous et vos compagnons.

En marchant sur les pattes arrières dissimulées par un épais bourrelet de graisse qui formait une jupe autour de leurs pieds, le couple conduisit ses invités vers un repli de terrain.

A flanc de colline s'ouvrait un terrier à l'entrée obscure, donnant sur une profonde galerie. Le long du boyau se répartissaient différentes petites caves, qui servaient, à la saison froide, pour l'hibernation de toute la famille, comme l'expliqua Papyehalu.

- Malheureusement, le terrier restera vide, cette année, conclut-elle, d'un ton triste.

- Vos enfants ont tous fondé leur propre foyer ? demanda le mage.

- Le Grand Mal les a dévorés, dit la femelle, le regard voilé le chagrin. Le Grand Mal dévore tout. Un jour, il dévorera mon Shokola aussi, qui part tout seul se promener dans la montagne.

- Je suis vraiment désolé pour vous.

Un silence lourd s'installa un bref instant dans la salle.

- Qu'est-ce que le Grand Mal ? demanda Kurogane, brisant le malaise.

- Tabou est le Grand Mal. Personne n'en parle. Mais si vous allez dans la montagne, vers le nid des naigles, vous le rencontrerez sûrement. Si le Grand Mal me prend mon Shokola, j'irai dans la montagne, moi aussi, et je me donnerai à lui pour qu'il me dévore, car je ne veux pas être séparée de mon époux. A présent, excusez-moi, je vais préparer le dîner.

Elle s'éloigna, laissant ses invités dans l'une des chambres, baignant dans une atmosphère de tristesse.

- Mokona est sûr que Shokola ne voudrait pas que Papyehalu fasse ça, dit la boule de poils, d'une petite voix.

- Grand Mal tout dévorer, dit Pon, philosophe. Papyehalu simplement choisir son moment pour dévoration.

Fye se laissa glisser le long de la cloison contre laquelle il s'était appuyé, recru de fatigue, et le cœur lourd. Il aspirait au calme et à l'oubli qu'apporte, quelquefois, le sommeil. Il échangea un court regard avec le ninja, se pelotonna dans son manteau, ferma les yeux et s'endormit aussitôt.

- Magicien malade, constata Piri en s'approchant de lui et en posant la main sur son front, dans un geste plein de tendresse maternelle. Beaucoup fièvre. Pon et Piri aller chercher herbes pour soigner un peu.

- Vous ne voulez pas vous reposer ? demanda le brun.

- Pon et Piri pas fatigués. Grandes-jambes porter tout le temps. Aller chercher herbes. Mokona venir ?

Quelques secondes plus tard, ils avaient disparu, laissant le ninja seul avec son compagnon endormi. Il faisait sombre dans le terrier, et il se pencha sur le mage, tâta les poches de son manteau et y trouva la boule magique, qu'il frotta sur ses vêtements pour l'allumer, avant de la laisser flotter dans l'air, ainsi que Fye le lui avait appris dans le manoir d'Argaï.

Il la regarda longuement, tandis qu'elle dérivait avec mollesse vers le plafond, aussi légère et délicate qu'une bulle, et animée d'une clarté blanche aux reflets bleus dansants.

Elle était belle, comme la magie qui l'avait créée, et elle était étrange, attirante et mystérieuse, tout comme l'était l'homme qui l'avait créée, façonnée, avec ses mains magnifiques et son extraordinaire pouvoir.

Kurogane pouvait se l'imaginer au travail, penché sur son ouvrage, un léger pli de concentration sur le visage. Il pouvait deviner ses gestes, doux et précis, comme il l'était toujours, et son sourire quand la lumière était apparue pour la première fois dans la sphère.

Il aurait voulu le voir, ce moment. Il voulait les voir tous, les moments de la vie de Fye. Les bons comme les mauvais, les joies comme les peines.

Ses yeux délaissèrent la lampe magique au profit de son créateur. Même le sommeil n'atténuait pas les traces de la fatigue sur ses traits. Il toucha son front humide et trop chaud, et le sentit froncer les sourcils.

- Réveille-toi, Fye. Tu dois manger, et ensuite tu pourras dormir tranquillement jusqu'à demain matin.

- Pas faim… grommela le blond, sans ouvrir les yeux.

- Nourris-toi quand même, sinon tu ne tiendras pas la distance, demain.

Le magicien souleva une paupière et s'assit péniblement, conscient que son équipier avait raison. Mais quand celui-ci ôta les bandelettes qui entouraient son poignet et le lui présenta, il se détourna.

- Sois raisonnable, insista le ninja. Je sais que n'aimes pas ça mais…

- Je me sens très mal, Kuro-chan. Je ne vais juste pas y arriver, répondit-il à mi-voix.

- Ça va, ne bouge pas.

Le brun s'assit à côté de lui, et sentit qu'aussitôt, il se laissait aller contre lui, privé de ses forces. Il passa un bras autour de ses épaules pour le soutenir, s'infligea lui-même une morsure et porta la blessure à la bouche de son compagnon.

Il dut attendre un long moment, avant de sentir qu'une transformation s'opérait chez ce dernier, et qu'il plantait enfin ses crocs dans son bras. Mais même ce geste lui parut pénible, forcé.

Et quand les lèvres du blond abandonnèrent sa peau, il ne paraissait pas mieux. Il cala sa tête contre le bras du guerrier, et se blottit contre lui, comme un enfant frileux.

- Kuro-chan, tu veux bien rester un peu comme ça ? S'il te plaît.

Plus que la demande elle-même, ce fut le ton du magicien qui le persuada. Il le connaissait bien, maintenant. Il savait à quel point il pouvait être tactile, toujours à chercher le contact, et même parfois terriblement collant. Ces gestes n'étaient souvent que du jeu et des démonstrations d'affection.

Mais là, Fye ne jouait pas. Il n'allait vraiment pas bien. Il le devinait dans sa façon de se laisser aller contre lui. Et lentement, insidieusement, une ombre se fit une petite place dans le cœur de Kurogane.

Il le laissa s'endormir contre lui, et n'osa plus bouger. Demain, quand il serait reposé, il retrouverait tout son dynamisme. Demain, le soleil brillerait.

- Piri et Pon ont trouvé herbes !! lancèrent les nours en entrant, impromptu, dans la pièce, avant de rester interdits en découvrant les deux grandes-jambes blottis l'un contre l'autre comme des moineaux sur une branche.

- Fye et Kuro-myu sont love-love !! lança Mokona, en faisant des bonds joyeux.

- Recommence pas toi. Il avait froid, stupide haricot ! Et arrête de crier, tu vas le réveiller.

- Gros guerrier parler trop fort aussi, fit sentencieusement Pon.

- D'une, je ne parle pas trop fort, rétorqua le ninja en baissant quand même d'un ton, et de deux, je ne suis pas GROS !

- Kuro-debu est trop gros, Kuro-debu est trop gros, chantonna le manjuu.

Jamais plus qu'à cet instant le ninja ne regretta de pas pouvoir écraser la face de cette petite peste blanche.

Par chance pour la bestiole, Papyealu vint annoncer l'heure du dîner et, après avoir doucement écarté le mage et l'avoir allongé sur sa couverture, le guerrier alla rejoindre ses compagnons de voyage dans une pièce voisine.

Le lendemain matin, Fye s'éveilla le premier, aussi frais qu'un lendemain de beuverie. Il se leva comme il put et quitta la chambre sans déranger ses amis. Dans la partie où l'on préparait les repas, il rencontra Papyehalu, qui lui fit boire une décoction faite avec les herbes que les nours avaient ramassées pour lui.

Puis il lui demanda si elle connaissait un point d'eau dans les environ, et elle lui indiqua un petit lac de montagne qui se trouvait juste de l'autre côté de la colline, précisant qu'il y trouverait sans doute Shokola, à cette heure de la journée.

Et en effet, lorsque le mage y parvint, après quelques minutes de marche, il découvrit le mari narmotte assis sur un gros rocher, en train de pêcher.

- Je croyais que vous ne mangiez que des plantes, s'étonna-t-il.

- Ce n'est pas pour les manger. C'est juste un passe-temps. Je les relâche toujours. Vous veniez pour chercher de la nourriture ?

- Non, fit le blond. Je voulais me laver. Seulement, je ne veux pas déranger votre pêche.

- Mais faites donc. Les poissons seront probablement encore là demain matin.

- Merci.

- L'eau est à tout le monde.

Sans aucune gêne, le magicien ôta ses vêtements entra dans le lac avec une grimace.

- Elle est glacée…

- C'est normal. Elle vient des neiges éternelles.

Fye s'aspergea un peu, frissonna, puis plongea, sous le regard scientifique de la narmotte, curieuse de voir l'anatomie des humains.

En réalité, c'était des bêtes comme les autres, constata Sholoka, sauf que celle-ci manquait sérieusement de graisse et de fourrure. Et sa peau avait une drôle de teinte claire et nacrée, aussi délicate qu'un rayon de lune.

Enfin, presque toute sa peau, observa-t-il, parce que sa cheville gauche et son mollet, eux, avaient une très très vilaine couleur.

Le mage nagea un peu, mais renonça vite. Il se frotta le corps pour le débarrasser, à sa grande satisfaction, la transpiration malsaine provoquée par la fièvre, et ressortit sur la berge en claquant des dents, les lèvres bleuies par le froid.

Il se sécha avec un carré de tissu emprunté à Papyehalu, enfila sa tunique avec une moue un peu dégoûtée, et passa son manteau, puis s'assit sur la berge, jambes nues, et fouilla dans ses poches.

Il en sortit le pot d'onguent de Paolya, en mit sur ses doigts et commença à se tartiner abondamment la cheville et le mollet avec la pâte verte, qu'il fit pénétrer en massant, même si ce geste lui faisait un mal de chien.

- Il y a longtemps que vous vous êtes fait ça ? demanda Shokola en s'asseyant à côté de lui.

- Quatre jours. C'est très douloureux.

La narmotte lui prit le baume, le porta à ses narines et le renifla longuement.

- C'est un bon mélange, dit-il enfin, en en mettant sur sa propre main et en poursuivant le massage sur la jambe du magicien, avec des gestes étonnamment doux et délicats malgré ses grosses paluches griffues. Mais cela ne vous guérira pas…

Fye s'allongea sur la berge, abandonnant sa jambe aux soins de son étrange nouvel ami. Il lui faisait mal, mais ça faisait quand même du bien. Petit à petit, il sentait ses muscles se détendre, et il se dit que finalement, après ça, il serait peut-être capable d'affronter une nouvelle journée de marche.

- Tant que ça me soulage…

- Cela ne vous soulagera pas non plus éternellement. Dès demain, vous ne pourrez plus plier votre genou. C'est une très vilaine blessure. La guérisseuse qui vous a donné cet onguent a dû vous le dire.

- Je n'ai pas besoin de l'éternité. Tant que ça tient jusqu'à la prochaine lune, ça va. Ensuite…

- Ensuite vous pourrez rentrer chez vous.

- Oui, à la maison… répondit le mage avec un grand sourire en finissant de s'habiller. Merci, Shokola. Je dois repartir. Mes compagnons vont s'inquiéter.

- Je vous accompagne. Mon épouse se fait toujours beaucoup de souci. Elle a peur que Grand Mal ne me prenne.

- Et vous, vous ne le craignez pas ?

- Le Grand Mal nous prendra tous un jour ou l'autre. Certains partent devant, et d'autres doivent attendre un peu plus longtemps, c'est tout, répondit la narmotte en coulant vers lui un regard fataliste.

- Je suppose que vous avez raison. C'est juste une question de chance.

- Où est la chance, quand un homme voit ses propres enfants disparaître avant lui ?

- Il vous reste Papyehalu. Pour elle, vous devez continuer à vous battre, à vivre, tout simplement.

- Tout comme vous…

- Tout comme moi, car j'en ai fait la promesse.

Quand ils retournèrent au terrier, Kurogane, Mokona et les nours émergeaient à peine. Privés de la lumière du jour et fatigués par leur expédition de la veille, ils avaient dormi plus longtemps qu'à l'accoutumée, et étaient attablés devant un solide petit déjeuner.

Ils accueillirent les nouveaux arrivants avec bonne humeur et se réjouirent de voir que le magicien paraissait en meilleure santé.

Son visage avait repris des couleurs et il semblait avoir recouvré ses forces. Il se déclara prêt à repartir, et, sitôt le repas terminé, la petite troupe s'apprêta à reprendre son expédition.

Le couple qui les avait si chaleureusement hébergés vint leur faire ses adieux sur le seuil du terrier. Ils échangèrent des accolades qui avaient quelque chose à voir avec des étreintes d'ours.

Fye remercia gentiment Papyehalu pour son hospitalité et commença à s'éloigner avec les nours, tandis que Kurogane achevait de saluer Shokola, qui lui posa sa grosse patte velue sur l'épaule.

- Soyez très prudents, dit-il. Passé le prochain col, vous entrerez dans le territoire des naigles. Si vous ne voulez pas vous faire capturer, suivez mon conseil : guettez les ombres venues du ciel, et si vous en voyez une, courez vite vous cacher. Et surtout, ne laissez pas les nours et votre ami en forme de haricot s'éloigner de vous. Ils feraient des proies trop faciles.

- Merci beaucoup du conseil, nous le suivrons à la lettre.

- Et vous, jeune homme, soyez courageux, quoi qu'il arrive. Restez ferme et déterminé. Ne vous laissez pas décourager.

- Chéri, laisse donc partir ce garçon, intervint Papyehalu, sinon se compagnons auront franchi le col avant que tes discours ne soient terminés.

Après un dernier au revoir, le ninja tourna les talons et trotta pour rejoindre le magicien, en remuant dans son esprit le dernier conseil que Shokola lui avait donné.