Titre : Rozamova
Auteur
: Nandra-chan

Disclaimer : Rien n'est à moi, sauf quelques heures de boulot.


Note : Ouh ! j'ai failli oublier la note. Ben… voilà, c'est la note.
La review des reviews :

Hachi : ça va être une vrai zoo à la fin :p
Kuroxfyechan : contente de te revoir dans mes reviews, merci ! et contente que ça te plaise. Bon courage pour ta reprise
Tin-chan : je te mail une autre tasse de café ?
Soren : oui c'est vrai, le pauvre quand même (vieux sourire pervers)
Shini : voilà voilà, aujourd'hui, grimpette et course à pied !

Pour me jeter des boules de neige, c'est en bas à gauche !


Chapitre 6 – Colère

Après avoir quitté le couple de narmottes, les cinq voyageurs gravirent le versant jusqu'au col que Shokola leur avait indiqué, et qu'ils franchirent aux alentours de la mi-journée, sous ciel sans nuages.

Fye s'était lancé dans une conversation de botanique, ou plutôt d'herboristerie, avec les deux nours, qui s'avérèrent posséder une grande connaissance des vertus médicinales des plantes, malgré leur jeune âge. Le mage, toujours curieux, et particulièrement dans ce domaine où ses pouvoirs étaient inexistants, les noyait sous une avalanche de questions, sans jamais parvenir à les coller.

Ils lui expliquèrent, dans leur langage simple et décousu, que de tous les peuples de Rozamova, celui des nours avait toujours été le plus intéressé par la magie curative et les potions de guérison, et que des générations de sorciers et d'apothicaires s'étaient succédées, vivant en communion avec la nature et transmettant leur savoir et leur expérience à leurs enfants, qui faisaient ensuite leurs propres découvertes, enrichissant ainsi, au fil des années, les connaissances de la tribu.

A midi, ils s'arrêtèrent pour prendre une collation, bénéficiant de l'ombre d'un gros empilement de rochers, car les arbres étaient devenus rares à cette altitude.

Puis, durant l'après-midi, les conversations se tarirent, la fatigue et la composition de l'air aidant. La lumière dure du soleil, que plus rien ne venait jamais filtrer, se reflétait sur les larges dalles de pierre qui formaient le décor et sur de grands névés éblouissants. Les marcheurs se déplaçaient les yeux baissés, blessés, les paupières plissées, et ne relevaient la tête que lorsqu'ils y étaient obligés.

Sans raison apparente, alors que venait le soir et qu'ils n'avançaient plus qu'avec lenteur, le silence que les circonstances leur avaient imposé se fit lourd, aussi lourd que leurs pas, et un malaise s'installa au sein du groupe.

Etait-ce l'immensité des sommets qui se dressaient au-dessus d'eux, la sensation de n'être que des fourmis face à la domination indifférente de ces géants immobiles ? Etait-ce l'approche du danger, quand chacune de leurs foulées les amenait plus près du nid des naigles ? Etait-ce l'haleine pourrie qu'un courant d'air sournois faisait refouler depuis le fond des crevasses semblables aux bouches édentées de vieillards grimaçants qu'ils longeaient parfois pendant de longues minutes, sans oser plonger leurs regards dans leurs profondeurs obscures, que le soleil n'atteignait jamais ?

Nullement exaltés par la grandeur du paysage, ils allaient péniblement, fatigués et nerveux, le visage fermé, les lèvres pincées, n'osant s'adresser la parole de peur de se voir retourner une répartie cinglante.

Le magicien était à nouveau malade et harassé, et traînait la patte sous l'œil plus furieux qu'inquiet de son compagnon. Kurogane était en colère, et il ne savait pas très bien pourquoi. C'était venu progressivement, au fil des heures, à mesure qu'il voyait le sourire s'effacer du visage du blond, ses traits se tirer et sa démarche se faire moins assurée.

Cela s'était ajouté à l'atmosphère déjà pesante qui s'était instaurée entre eux, et à présent, dans la lumière flamboyante du crépuscule, alors qu'ils cherchaient un refuge pour la nuit, au milieu d'un champ de cailloux entrecoupé de plaques de neige, Fye titubait, et le ninja enrageait.

Il fulminait et il s'interrogeait. Pourquoi cette hargne soudaine ? A qui en voulait-il ? A Shokola, dont les énigmatiques paroles lui avaient trotté dans la tête toute la journée ? A Mokona pour les avoir entraînés dans cette aventure sans leur demander leur avis ? A ce crétin blond qui avait trouvé le moyen de tomber malade alors que sa condition de vampire aurait dû le protéger ? Ou bien, tout simplement, à lui-même ?

Quel était donc ce sentiment déroutant qui l'animait depuis la veille, qui l'avait fait se réveiller en sursaut, au matin, le cœur affolé et le front humide, une sensation nauséeuse au fond de la gorge ? Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ?

- Je crois qu'on devrait s'arrêter là-bas, sous ce surplomb, suggéra le mage en posant une main sur son bras pour attirer son attention.

Le guerrier se tourna vers lui, vit son teint pâle, ses yeux cernés, ses lèvres trop blanches, et se sentit encore plus courroucé.

- Eh ben oui, faisons comme ça, rétorqua-t-il avec sècheresse avant de s'éloigner à grands pas.

La veillée fut morose. Fye se coucha immédiatement, éreinté, sans songer à s'alimenter, et Kurogane ne desserra pas les dents de toute la soirée, fusillant du regard toute créature qui pénétrait dans son champ de vision. Les trois petits poilus renoncèrent bien vite à essayer de le dérider, se couchèrent et s'endormirent rapidement.

Bien après que les nours et le manjuu eurent sombré dans le sommeil, il rongeait encore son frein, le tourbillon de ses tourments intérieurs l'empêchant de trouver le repos. Et d'abord, pourquoi n'y avait-il personne dans ce monde, à part des peluches disproportionnées ? Où étaient-ils donc, ces méchants, les naigles, le Grand Mal !?

Voilà ce qu'il lui fallait, une bonne bagarre ! Passer ses nerfs sur quelqu'un. Du concret, de l'action, des coups, du sang, peut-être même un ou deux craquements d'os brisés. Les siens ou ceux de quelqu'un d'autre, peu lui importait, pourvu que ça casse et que ça fasse mal.

Tout plutôt que cette attente insupportable, que ces menaces invisibles planant au-dessus de leurs têtes. Tout plutôt que de voir le mage s'affaiblir lentement, heure après heure, et trembler comme un enfant alors qu'ils étaient coincés ici, à dormir sur des cailloux, à passer leurs journées à marcher, quand il avait besoin de repos, de soins et d'un bon lit.

Depuis les événements d'Infinity, Fye était passé par toutes sortes d'états d'esprit, colère, haine, peur, et même parfois folie, mais aussi joie, sérénité. Il avait failli mourir plusieurs fois, il s'était fait attaquer, il avait été malmené, blessé, mais jamais il n'avait baissé les bras, il s'était toujours battu, parfois de façon surprenante, mais il avait toujours lutté pour obtenir ce qu'il désirait. Et il avait toujours fini par s'en sortir, par les sauver tous les deux.

Alors pourquoi, depuis la veille, le ninja avait-il la désagréable impression que le blond ne luttait pas ? Pourquoi est-ce qu'une simple fièvre – même forte – et une cheville foulée le mettaient dans un tel état, alors qu'il s'était sorti sans dommages d'un combat furieux contre la fausse princesse, à Argaï, avec un bras et trois côtes cassés, sans parler du coup de poignard qu'il avait pris dans le ventre à peine quelques heures plus tôt ?

Quel était cet ennemi, qui avait eu raison de lui, subitement ? Qui l'avait privé de ses forces, de son dynamisme ? Qui avait pris son mage pour le remplacer par cette créature douce et triste, qui venait se blottir contre lui pour chercher un peu de chaleur ? Il voulait savoir, quelle que que soit la réponse. Tout, plutôt que le sentiment horrible que j'éprouve en ce moment. Tout plutôt qu'avoir… peur !?

- Merde !

Il donna un coup de talon rageur dans un caillou, qui fut projeté à une distance plus que respectable dans la pente. L'écho de ses rebonds se poursuivit longtemps après qu'il eut disparu dans la nuit.

Mais Kurogane eut beau jurer, s'énerver et tempêter, le fait était qu'il avait réellement peur. Il était même terrifié. Et il détestait ça.

Il haïssait cette sensation oppressante qui le saisissait quand il se tournait vers le mage et qu'il voyait sa pâleur, sa prunelle trop brillante, enfiévrée. Et cet idiot avait beau dire que ce n'était rien, un coup de froid, que ça allait passer, il avait beau essayer de faire comme si de rien n'était, il le voyait bien lui, que son état empirait rapidement. Il le voyait bien qu'à ce rythme, dans peu de temps… non. Cette pensée-là devait rester informulée. Elle ne pouvait pas être, c'était impossible, inenvisageable.

Le brun se leva et alla s'accroupir à côté de son compagnon endormi, sondant son visage à la recherche de réponses. Qu'est-ce que tu me caches, Fye ? Depuis notre arrivée dans ce monde, tu dissimules quelque chose. Qu'est-ce qui m'a échappé ? Je ne t'ai pourtant pas quitté des yeux. Qu'est-ce que j'ai raté ?

L'objet de ses pensées dut sentir sa présence, car il s'éveilla, releva la tête, et leurs regards se rencontrèrent. Ils se trouvaient dans une zone dangereuse, et le guerrier constata qu'il pouvait compter sur la vigilance de son partenaire qui, même malade, ne dormait que d'un sommeil léger, et qui, à cet instant, le regardait en fronçant légèrement les sourcils, inquiet.

- Un problème ? demanda-t-il.

Kurogane hésita. Il venait de se faire prendre en flagrant délit d'espionnage, et il n'avait pas vraiment de moyen de se justifier. Son orgueil de fier ninja qui ne montre jamais ses sentiments risquait bien d'en prendre un coup.

- Non, tout est calme. Rendors-toi, répondit-il en lui posant une main sur le crâne et en appuyant dessus pour l'obliger à se rallonger.

Heureusement pour lui, Fye était trop fatigué pour relever l'incongruité de la situation et poser des questions, ce qu'il n'aurait pas manqué de faire en temps normal. A la place, il ferma les yeux, et quelques secondes plus tard, il sombrait à nouveau.

Je devrais essayer de faire comme lui, pensa le guerrier, en s'apprêtant à se relever. Ses doigts étaient restés mêlés à la chevelure du mage. Il les en retira délicatement, et fixa longuement sa main. Sa peau se souvenait encore de la douceur des cheveux dorés, et il eut subitement envie de renouveler ce contact. Puis ses yeux se posèrent sur son visage trop pâle, et il se souvint qu'il était en colère.

Il retourna s'asseoir un peu plus loin. Maudits soient les jeteurs de sorts, et particulièrement celui-là. Il passa une mauvaise nuit.

Le froid les réveilla juste avant le jour. A cette altitude, même les épais manteaux des deux humains suffisaient à peine à les protéger, alors que les nours à l'épaisse fourrure ne semblaient pas affectés. Quant à Mokona, il avait trouvé un refuge sûr dans la tunique du guerrier, qui, pour une fois, ne s'en plaignait pas, car il faisait un radiateur tout à fait acceptable.

La veille, ils n'avaient pas trouvé suffisamment de petit bois pour faire un feu correct, aussi le petit-déjeuner fut-il rapidement expédié, et les voyageurs se remirent-ils en route dès les premières lueurs de l'aube. Lorsque le soleil pointa à l'horizon, ils avaient déjà parcouru une bonne distance.

Le premier incident se produisit en milieu de matinée alors qu'ils marchaient à découvert sur un terrain jonché de grosses roches grises aux arrêtes tranchantes. Kurogane allait en tête, scrutant les sommets du regard.

- Alors, il est où, le nid des naigles ? demanda-t-il à Pon, qui était, comme d'habitude, juché sur ses épaules.

- Pas savoir, répondit la petite créature. Nous jamais venir aussi loin dans montagne. Trop danger.

Comme pour lui donner raison, à l'instant où il terminait sa phrase, une grande silhouette ailée leur cacha la lumière. Son ombre immense parcourut le plateau, passa au-dessus d'eux, disparut au loin, puis revint.

- Naigles ! cria Piri.

- A l'abri ! s'exclama le ninja en désignant un empilement de rochers, se souvenant des conseils de la narmotte.

Les deux équipiers se mirent à courir pour se cacher, serrant leurs trois petits compagnons entre leurs bras. Mais au moment où ils contournaient un gros bloc de pierre derrière lequel ils pensaient se dissimuler, la cheville du mage lâcha, et il trébucha, bascula avant, et se rattrapa de justesse en s'agrippant au manteau du brun, qui le saisit par la taille pour le soutenir et l'obliger à s'accroupir derrière l'énorme caillou, au moment où l'oiseau géant survolait à nouveau le sentier qu'ils suivaient quelques secondes plus tôt.

Ils attendirent plusieurs secondes en retenant leur souffle, guettant son retour pour savoir s'il les avait repérés, mais il ne se remontra pas et ils finirent par se détendre.

- Attendons un peu avant de repartir, suggéra Fye, d'une voix tendue qui alerta tout de suite son équipier.

Il se tourna vers lui et fronça les sourcils. Adossé au caillou, le souffle court, il était livide, les traits crispés, et paraissait beaucoup souffrir.

- Tu ne sens pas ta force, Kuro-chan, dit-il avec un petit sourire quand il surprit le regard interrogateur posé sur lui. Moleste-moi un peu plus délicatement la prochaine fois, tu veux bien ?

- Hé, je te trouve gonflé de dire ça, alors que c'est toi qui t'es jeté sur moi.

Il fut étonné quand le magicien se mit à rire, d'un rire doux, animé d'une joie réelle, profonde. Un rire qui lui réchauffa le cœur. Il réalisa que ce son lui avait manqué et se demanda depuis combien de temps il ne l'avait pas entendu, avant de se rendre compte que cela ne faisait pas plus de deux jours. Il avait l'impression que cela faisait des années.

- Bon, et maintenant, comment on va faire pour trouver le nid des naigles ? demanda-t-il aux deux nours qui échangeaient des sifflements, à voix basse.

- Piri penser que nid pas loin, répondit l'un d'eux.

- Monter, dit Pon en faisant des gestes vers les pics. Grandes-jambes voir nid quand être tout près. Nid gros.

- Avec ça, on est bien avancés… grogna le guerrier en se relevant.

Quand ils furent sûrs que le danger était éloigné, ils se remirent en route. Ils s'arrêtaient fréquemment, pour inspecter le ciel, mais également pour collecter le moindre bout de bois, la moindre branchette qu'ils rencontraient. La nuit suivante allait être glaciale et ils auraient besoin de se réchauffer. Mokona gobait tout, afin que les deux humains aient les mains libres en cas d'attaque, mais ils ne furent plus inquiétés jusqu'en fin d'après-midi.

Comme la veille, Fye avait tenu une bonne partie de la journée sans montrer trop de faiblesse, mais plus l'heure avançait et plus il se fatiguait.

Ils marchaient en file indienne sur un large névé où leurs pieds s'enfonçaient profondément. Il allait devant, avançant tout de même à grandes foulées, suivi par le ninja qui, pour lui faciliter la tâche, portait les deux nours et Mokona, quand soudain, il trébucha, fit un pas en avant pour se rattraper, poussa un grognement de douleur et s'écroula, sans personne à qui se raccrocher, cette fois.

Kurogane s'arrêta, attendant qu'il se relève, mais rien ne vint. Il restait couché sur le côté, à même la neige, les bras serrés contre ses flancs, les mâchoires contractées par la douleur.

- Fye s'est fait mal ! s'exclama le manjuu en bondissant des bras de son porteur pour se précipiter vers le blessé.

Il fut vite rejoint par le brun qui s'accroupit et se pencha sur lui, passablement inquiet.

- Fye ! Fye ! appelait la boule de poils.

- Gros magicien très malade, fit Pon en sautant à terre à son tour.

Les yeux clos, narines pincées, il semblait en effet devoir mobiliser toutes ses forces et sa concentration pour surmonter son malaise. Il paraissait incapable de répondre aux appels des deux nours et de Mokona.

- Poussez-vous, les poilus, dit le guerrier en se penchant sur lui et en posant une main sur son front, qui était brûlant, ce qui lui tira un soupir.

A ce contact, Fye ouvrit les yeux, et le ninja comprit à son regard qu'il était au bord de l'évanouissement. A côté de lui, Piri jetait des petits coups d'œil vers le ciel, le nez plissé.

- Pas rester ici, dit-il. Dangereux. Naigles voir nous tout de suite au milieu grand blanc.

Le nours avait raison, la première chose à faire était d'aller se mettre à l'abri, le temps que leur ami récupère. Kurogane passa ses bras sous ses épaules et ses genoux et le souleva avec facilité. Il n'était pas bien lourd.

- Allons-y, et vous autres, restez tout près de moi.

- Je suis désolé… je retarde tout le monde.

- C'est pas comme si tu le faisais exprès…

- Je crois que je peux marcher maintenant.

- Tu restes là où tu es. On va se trouver un abri sûr pour la nuit, et on installera le campement.

Ils traversèrent l'étendue blanche le plus rapidement possible, l'humain calquant son pas sur les petites créatures pour ne pas les perdre en route, se souvenant des mises en garde de Shokola sur le fait qu'ils faisaient des proies faciles.

Kurogane s'arrêta un instant pour changer de position et caler le corps du blessé contre sa hanche, glissant un bras sous ses cuisses pour le maintenir. La tête du blond vint se loger sur son épaule, et crut l'entendre retenir plusieurs fois sa respiration, comme s'il souffrait pendant qu'il le manipulait. Il essayait pourtant de faire doucement.

Quand il fut correctement installé, ils reprirent leur route. Le ninja était soucieux, non seulement le front du mage, appuyé contre son cou, était trop chaud, mais son corps entier dégageait une chaleur impensable, et pourtant, il tremblait, comme s'il grelottait.

- Là-bas, dit Pon en tendant un doigt dodu vers un amas rocheux. Sans doute bon abri.

Et il ne s'était pas trompé. Plusieurs blocs de pierres formaient un petit refuge arrondi, qui coupait agréablement le vent, et leur fournirait un bon refuge. Il se pencha pour déposer son compagnon, qui resta sans réaction, mais quand il voulut se relever, ses bras accrochèrent son vêtement, soulevant légèrement sa tunique. Ses yeux tombèrent par hasard sur le ventre du magicien, et s'écarquillèrent de surprise.

- Fye… Qu'est-ce que c'est que ça ?

Sans attendre de réponse, il le souleva, le remit sur ses pieds et releva sa chemise, dévoilant l'intégralité de son abdomen et de son torse. Sur tout son côté gauche, sa peau avait une teinte malsaine, marron, zébrée de violet. Il effleura la marque des doigts et vit ses traits se crisper. Ce simple contact était, apparemment, douloureux.

- Retire ton pantalon.

- Excuse-moi ?

- Retire ton pantalon, ou c'est moi qui te le retire.

Fye ne se sentait pas la force d'obéir, et n'avait pas non plus envie de se faire déshabiller de force par un ninja visiblement énervé. Il retint un soupir, et plongea son regard dans les prunelles incarnates de son équipier.

- C'est inutile, Kuro-chan, dit-il d'une voix lasse. Toute ma jambe est comme ça…

Une vague de fureur saisit le guerrier. A en juger par l'étendue des dégâts, ça devait faire un moment que le magicien était dans cet état. Pas étonnant qu'il ait autant de difficultés à tenir le rythme toute la journée. Il se demandait même comment il arrivait encore à mettre un pied devant l'autre. Il posa un doigt sur ses côtes et appuya sans ménagement. Le blond grimaça.

- Et bien sûr, ça fait très mal… Qu'est-ce que c'est que cette marque ? Et quand est-ce que tu comptais m'en parler, espèce de crétin ? Qu'est-ce que tu attendais ? D'être incapable de bouger ? Et si les naigles nous étaient tombés dessus, ou le Grand Mal, qu'est-ce que tu aurais fait, hein ? Abruti ! Réponds-moi, qu'est-ce que c'est que cette marque ? C'est ça qui te rend malade ?

Le blessé ouvrit la bouche pour répondre, mais il n'en eut jamais le temps. A l'instant où il allait parler, une ombre s'abattit sur le petit groupe, et l'air s'emplit du bruit de battements d'ailes. Les nours poussèrent des sifflements aigus, et les deux hommes relevèrent brusquement la tête.

Posé sur un rocher, ses yeux jaunes à l'éclat dur brillant dans le crépuscule, un énorme naigle les dominait de toute sa hauteur.