Titre : Rozamova
Auteur : Nandra-chan
Disclaimer : Rien n'est à moi, sauf quelques heures de boulot.
Note : Eh ben voilà, les voilà les naigles ! Depuis qu'on les attendait ! Mais qu'est-ce qu'il va-t-il donc bien pouvoir s'passer maint'nant, hein ? hein ? Pfff... au moment où je finis mes corrections et où je vais publier... Vous n'êtes pas loggée. Identifiez-vous avant de poursuivre. Et vas-y toutes les petites corrections à refaire par la même occasion ! Il ne me l'avait pas encore faite celle-là. Scrogneugneu de site !
La review des reviews :
Soren : t'es pas là mais je pense à toi :)
Tin-chan : oh oui j'aime quand je te torture :p
Shini : lol, merci pour tes reviews j'adore vraiment.
Pour me faire descendre des nuages c'est en bas à gauche !
Chapitre 7 – Envol
Kurogane lâcha le mage. Sans forces, celui-ci glissa mollement le long de la paroi contre laquelle il était appuyé, et se retrouva assis par terre. Les deux nours et Mokona, terrifiés, virent s'agglutiner contre lui, et il les entoura de ses bras pour les protéger.
- Fye ! couina le manjuu en se serrant contre lui.
- Ne t'inquiète pas Moko-chan. Ça va aller. Kuro-sama veille sur nous, non ?
Le ninja avait dégainé son sabre et faisait face à un énorme oiseau, haut comme au moins deux hommes, au plumage brun, qui l'observait, perché sur un rocher. Les yeux grenat du guerrier affrontaient silencieusement ceux, dorés, du volatile.
- Fiche le camp, dit-il prêt à attaquer.
- Qui êtes-vous ? demanda l'animal d'une voix grinçante, qui sonnait étrangement.
- Des voyageurs.
Le naigle ricana.
- Des voyageurs ? Vous vous moquez de moi, non ? Aucun voyageur ne s'aventure dans cette partie de Rozamova, même avec… des guides nours, acheva-t-il en posant ses prunelles brillantes sur les deux petites bêtes qui lancèrent quelques trilles flûtés et se serrèrent un peu plus contre le mage.
Celui-ci les repoussa gentiment, et se releva avec peine, en s'appuyant contre le rocher.
- Nous ne sommes pas venus envahir votre territoire, dit-il. Je m'appelle Fye, et voici Kurogane, Pon, Piri, et Mokona.
- Je suis Rahzi. Que faites-vous sur les terres des naigles ?
- Nous désirons discuter avec le chef de votre… nid ? Pardonnez-moi, je ne sais pas comment vous nommez vos habitations.
- Ce sont bien des nids. Que voulez-vous à notre chef ?
- Le peuple nours désire récupérer un objet qui se trouve en votre possession. Si votre chef acceptait de nous recevoir, nous pourrions peut-être trouver un terrain d'entente et éviter un affrontement.
A nouveau, l'oiseau émit un ricanement, qui tenait du croassement.
- Vous voulez… négocier ? Qu'est-ce qui vous dit qu'on ne va pas tout simplement vous emporter au nid et vous dévorer ?
- Ce ne serait pas très prudent de votre part d'essayer, grogna le ninja en relevant un peu la pointe de son arme.
- Tu n'es pas en position de me menacer, grande-jambe. Tu es seul, tu ne pourras jamais les protéger tous.
- Il en est tout à fait capable, et en plus, il n'est pas seul, dit Fye, en s'avançant d'un pas et se plaçant à côté de son compagnon, les trois boules de poils planquées derrière ses mollets.
- Toi ? Regarde-toi, tu tiens à peine debout.
Le magicien tendit le doigt. Une lumière blanche apparut, fila vers un tas de pierres, et les pulvérisa.
- Je peux aussi le faire en restant assis, dit-il à l'oiseau, avec un sourire aimable.
- Un sorcier ?
- Alors, qu'est-ce qu'on fait ? demanda le ninja. Tu nous conduis à votre chef ou on aura du poulet grillé au menu de ce soir ?
Le naigle darda sur lui un regard meurtrier, et le blond lui adressa, pour sa part, un coup d'oeil amusé.
- Tu es tellement diplomate, Kuro-chan !
- J'en ai assez de manger de l'herbe comme si j'étais un cheval, ça doit être pour ça.
- Hyuuu, Kuro-sama est un prédateur ! fit le mage, hilare.
- Ouais, et toi, tu ferais bien de te méfier…
- Oh ?
Fye eut un petit rire et son regard espiègle accrocha celui du brun, s'attarda… Une légère rougeur apparut sur les pommettes du guerrier, qui se dit que sur ce coup-là, il aurait vraiment mieux fait de se taire.
L'oiseau battit des ailes, pour ramener l'attention sur lui. Il ne croyait pas ce qu'il voyait. Ces deux-là étaient en train de l'ignorer, tout simplement ? Ils avaient devant eux une des plus terribles créatures de Rozamova, et eux, ils… se faisaient les yeux doux ? Il lança un appel puissant. Quelques secondes plus tard, un de ses congénères venait se poser à côté de lui.
- C'est d'accord, dit-il. Mais un seul d'entre vous vient. Rodha restera pour surveiller les autres.
- Je refuse, dit le brun. On vient tous, ou personne ne vient.
Le mage lui posa une main sur le bras.
- Tu devrais y aller, Kuro-chan. Je vais rester ici avec les petits.
- Je ne suis pas d'accord. Tu es de plus en plus malade. Je ne veux pas te laisser tout seul. Qu'est-ce qui arrivera si tu… tu pourrais avoir besoin de moi.
- Je crois qu'on n'a pas tellement le choix. Vas-y. De toute façon, je ne sais pas si je serai capable de monter jusqu'au nid. Il vaut mieux que je reste ici pour me reposer avant de redescendre dans la plaine.
- Je n'aime pas du tout cette idée.
- Décidez-vous, fit Rahzi, qui, décidément, n'appréciait pas du tout l'attitude des deux humains.
Il n'avait pas l'habitude d'être ignoré de la sorte. Qu'est-ce qu'ils avaient, ces deux-là, à la fin ?
- Je suis sûr que tu trouveras un terrain d'entente avec leur chef, si tu ne le menaces pas toutes les cinq minutes de le transformer en grillades, fit le mage avec un grand sourire.
Le brun le dévisagea longuement, sondant son regard trop clair, observant ses traits tirés par la fatigue. Il avait raison, il avait besoin de repos, de reprendre des forces. Mais le laisser… Comment ferait-il s'il avait un nouveau malaise ? Ou si les naigles s'en prenaient à lui dès qu'il aurait le dos tourné.
Il avait confiance en lui et il savait bien que si le campement subissait une attaque, Fye ferait tout pour protéger ses compagnons, mais lui, se protègerait-il ? Dans l'état où il était, et malgré la petite démonstration qu'il venait de faire, serait-il en mesure d'assurer la sécurité des poilus sans se mettre dans une position très délicate ?
- Je veux ta parole qu'aucun mal ne sera fait à mes compagnons pendant mon absence, dit-il à l'oiseau.
- Tu l'as.
- Je te préviens, si jamais tu …
- Il est inutile de me menacer, grande-jambe, répondit Rahzi avec hauteur. Tu as ma parole. Personne ne touchera à tes amis, du moment que tu ne tentes rien contre mon peuple.
- Très bien. Je viens avec toi.
Le naigle sauta à terre, tirant de nouveaux sifflements de frayeur aux deux petits nours, et inclina son cou épais en direction du ninja.
- Monte. Il n'y a pas de chemin terrestre pour aller au nid, je vais t'emmener.
- Tu veux que je…
- Monte.
Il allait obéir, quand il sentit qu'on le retenait par la manche. C'était le mage. Il fouilla dans les poches de son manteau, en sortit la boule magique et la lui fourra dans la main.
- On ne sait jamais, lui dit-il avec un sourire. Il ne reste qu'une heure ou deux avant la nuit, ça pourra peut-être te servir. Sois prudent, Kuro-chan, et diplomate, si possible.
Puis il souleva le manjuu et le lui colla entre les mains.
- Et prends Moko-chan avec toi. Il te sera sûrement utile pour discuter avec le chef des naigles.
- Ouais. Et toi… tiens-toi tranquille et reprends des forces, parce qu'à mon retour, on aura une petite conversation, tous les deux. Ne crois pas que tu vas t'en tirer si facilement. Tu me dois une explication…
Le blond hocha la tête, sans sourire, et le guerrier enfourcha le cou épais de l'oiseau géant, qui battit aussitôt des ailes et s'éleva dans l'air frais du soir. Quelques secondes plus tard, il n'était plus qu'un petit point qui disparaissait derrière un pic. Dès qu'il eut disparu, le magicien se laissa tomber à terre, épuisé. En silence, il regarda l'oiseau s'envoler, et même lorsqu'il eut disparu de son champ de vision, il continua à fixer longuement le ciel, de son œil triste.
- On dirait que cette fois, je ne vais pas pouvoir esquiver, hein, Kuro-chan ? demanda-t-il doucement.
- Gros magicien aller bien ? fit Piri en lui touchant la jambe, le ramenant au moment présent.
- Oui, Piri. Mais Moko-chan est parti avec tout notre bois pour le feu. Allons en chercher un peu, d'accord ?
Il volait. C'était une sensation incroyable, cela n'avait rien à voir avec ce qu'il ressentait quand il traversait les couloirs dimensionnels, ni avec ce qu'il avait vécu dans le monde de Piffle quand il avait fait cette course folle avec les engins à moteur.
Ici, rien n'arrêtait le vent qui sifflait à ses oreilles et glissait sur son visage, tandis que le sol s'éloignait rapidement. Entre ses cuisses, sous ses fesses, il pouvait sentir les muscles puissants du naigle rouler sous sa peau à chaque battement d'aile. L'oiseau s'engagea dans un courant ascendant, déploya toute son envergure et se laissa porter vers le haut.
Le guerrier plissa les yeux, gêné par le froid et la luminosité tandis que sa monture virait sur une aile et filait droit vers la montagne, où il remarqua une ouverture dans la paroi, sans doute l'entrée d'une caverne. Il en eut rapidement la confirmation quand ils se posèrent sur une plateforme rocheuse, juste devant l'ouverture.
Kurogane se laissa glisser à terre, où il resta un peu étourdi, au moment où une dizaine de nouveaux volatiles s'approchaient. Ils entourèrent l'humain, l'examinant avec curiosité, en abaissant vers lui leurs grandes têtes aux yeux perçants et au bec acéré.
- Viens, dit Rahzi, en le précédant à l'intérieur de la caverne.
Le ninja observait les lieux avec intérêt. Il était dans une grande salle, haute de plafond, où se dressaient de gros blocs de pierre sur lesquels étaient posés des nids faits de branchages, dont certains étaient si épais qu'on aurait dit des troncs d'arbres.
Les naigles, une vingtaine peut-être, allaient et venaient paisiblement, sans plus se préoccuper de lui, une fois passée la surprise de voir un grande-jambe sur leur territoire. Son guide le conduisit vers un gros oiseau encore plus massif que lui, qui le regardait arriver, tranquillement perché sur son caillou.
Les deux créatures s'entretinrent un instant ensemble dans leur propre langage, puis celui qui devait être le chef se tourna vers lui.
- Rahdna, roi du peuple des naigles, consent à écouter ta requête, grande-jambe.
Mokona posé sur son épaule, Kurogane se présenta, puis exposa sa demande, au nom du peuple des nours. Quand il eut terminé, son interlocuteur, qui l'avait écouté attentivement, s'accorda le temps de réfléchir avant de prendre à son tour la parole.
- De quel pays viens-tu ? demanda-t-il.
- Du Japon.
- Où est-ce ?
- Très loin d'ici.
- Et qu'as-tu à offrir au peuple des naigles, en échange de ce… Bâton-Parole ?
- Je ne sais pas. Que les naigles formulent leur demande et, si c'est dans mes moyens, je leur donnerai satisfaction.
- Tu ne connais rien de ce pays, Kurogane-qui-vient-du-Japon. Que crois-tu pouvoir nous apporter ?
- C'est à vous de me le dire…
L'oiseau l'examina à nouveau, puis s'intéressa à Mokona, qui se ratatina sous le poids de ses prunelles de topaze.
- Le grande-jambe ne peut pas nous aider. Toi, en revanche, tu le peux peut-être.
- Mokona n'est pas bon à manger, précisa la boule de poil, au cas où le naigle se serait fait des idées.
Mais ce n'était pas le cas. Le regard qu'il posait sur lui était curieux, et peut-être que la flamme qui y brillait ressemblait à une lueur d'espoir. C'était ce que se disait le ninja, en se faisant la réflexion que, depuis son arrivée, il n'avait pas vu beaucoup de créatures avec cette expression.
Même les sourires des petits nours montaient rarement jusqu'à leurs yeux.
L'image d'un magicien blond, vêtu de noir, debout dans une cellule, la tête levée vers une fenêtre à barreaux, et regardant tomber la neige, s'imposa à son esprit. C'était à cela, pensa-t-il, que ressemblaient les naigles. Des êtres magnifiques, puissants, que rien n'aurait dû atteindre, et pourtant prisonniers, enfermés dans une cage, cherchant une manière de s'en échapper.
- Je ne vous connais pas, c'est vrai, dit-il, et je ne sais rien de votre monde, mais je peux essayer de vous aider à briser vos chaînes.
Le roi des naigles ramena son attention sur lui, le dévisagea pendant de longues secondes, puis hocha la tête.
- Rahzi va te montrer.
A nouveau, l'oiseau le conduisit sur la plateforme et étendit le cou vers lui pour l'inciter à l'enfourcher. Il battit des ailes, et s'éleva au-dessus du sol.
Il monta un peu, plana au-dessus du versant de la montagne que les cinq voyageurs avaient gravi, survola le col, l'alpage des narmottes, la forêt et la vaste plaine où vivait le peuple des nours.
Le soleil était presque couché et les hauts sommets projetaient de grandes ombres sur le paysage baigné d'or pur du crépuscule.
- C'est beau, n'est-ce pas ? dit le naigle, sans vraiment attendre de réponse.
Le souffle coupé par le vol et par l'extraordinaire expérience qu'il vivait, le ninja ne pensa d'ailleurs pas à lui en donner une.
- Et maintenant…
En quelques coups d'ailes puissants, Rahzi attrapa un courant ascendant et monta haut dans le ciel, puis fila droit vers l'ouest. Il revint vers la montagne, passa entre deux pics et perdit de l'altitude.
Quand il amorça sa descente, l'estomac du ninja resta quelques secondes en suspension dans les airs avant de redescendre brusquement au fond de ses entrailles. Il serra un peu plus les cuisses et grogna.
- Les voilà, nos chaînes, dit le naigle. Crois-tu que tu pourras les briser ?
Kurogane regarda au-dessous de lui et écarquilla les yeux. A ses pieds s'étendait une vaste plaine, tellement vaste qu'elle se perdait à l'horizon. Au pied du massif montagneux, l'herbe y était semblable à celle du pays des nours, haute, grasse, d'un vert profond, tirant un peu sur le bleu, parsemée d'épais bosquets de feuillus.
Mais un peu plus loin, tout le pays semblait partagé par une ligne brune. Et derrière cette limite, le paysage changeait totalement. Il n'y avait plus rien, ni herbes, ni arbres, ni même rivières. Seulement une étendue de terre de teinte sombre, striée de lignes fauves. Il en émanait une impression d'intense désolation, de vide total, de mort.
Et dans l'air froid du crépuscule, le ninja décela une odeur de décomposition, comme si cet endroit était en pleine putréfaction. Il l'avait déjà sentie, se rappela-t-il. C'était la même que celle qui montait des crevasses qu'ils avaient longées pendant leur ascension vers le sommet. Et la couleur… cette couleur aussi lui rappelait quelque chose. C'était la même que celle des taches que le mage examinait sur le sol, le premier jour de leur mission.
Un mouvement attira son attention vers la limite qui départageait ces deux mondes qui paraissaient totalement opposés, et il dut batailler avec son propre esprit pendant plusieurs secondes pour comprendre ce que ses yeux lui montraient. La ligne de démarcation ne coupait pas nettement la plaine en deux. Elle paraissait un peu floue, étrange. Et tandis que le naigle perdait de l'altitude, s'en rapprochant lentement, le brun comprit enfin ce que ses sens lui montraient.
Elle bougeait. Lentement, comme hésitante, irrégulièrement, elle avançait vers les montagnes. Comme une vague mortelle, mais bel et bien vivante. Le sang se glaça dans les veines du guerrier.
- Bordel… jura-t-il entre ses dents, mais qu'est-ce que c'est que ça ?
