Auteur : Nandra-chan
Disclaimer : Rien n'est à moi, sauf quelques heures de boulot.
Note : Eh bien voilà, on y est. Le dernier chapitre de Rozamova est là. J'ai un petit pincement au cœur, j'avoue j'avoue. J'espère que ça vous a plu.
La review des reviews :
Hachi : si tu as du chagrin, dis donc à Kuro de te prendre dans ses bras… hum, pardon.
Soren : Pour le club de soutien, je pense que tu peux voir ça avec Hachi :)
Kuroxfyechan : Tu as ta réponse :) cette fic se termine ici. Merci pour tes reviews, j'espère que tu continueras à me laisser des petits mots si tu aimes mes prochains textes. Ou pour râler si tu ne les aimes pas.
Tin-chan : Tou vas vouar cé qué tu vas vouar ! Yé vais té faire perdre ton grec !
Pour me dire que vous ne m'aimez plus, ou que vous m'aimez encore plus, c'est en bas à gauche !
Chapitre 10 – Larme
La nuit était tombée lorsque Fye s'éclipsa de la fête et se dirigea vers la rivière. Après avoir grelotté pendant des jours, il avait à présent l'impression de brûler littéralement de l'intérieur, et il se sentait complètement épuisé.
Il laissa tomber ses vêtements, entra dans l'eau et barbota quelques minutes, mais le liquide glacé ne lui apporta qu'un mince soulagement. Il se lava rapidement, se sécha, se rhabilla et s'assit sur la berge. Il resta un très long moment à contempler le reflet de la lune jouant avec le courant, pendant que ses longs doigts massaient machinalement les muscles durs comme du bois de ses mollets.
Sous son calme apparent, une foule de réflexions tourbillonnait dans sa tête. Pourrait-il faire quelque chose pour le peuple nours, alors qu'il avait à peine la force de marcher ? Etait-il juste d'aider les nours et de laisser les autres, Shokola et Papyehalu, les naigles, les nabeils ? Comment faire pour leur éviter la fin terrible qui serait sûrement la leur ? Il n'avait pas le temps d'y réfléchir, et presque plus de forces, il ne pourrait pas sauver tout le monde. Il ne pourrait pas non plus se sauver lui-même, pas cette fois.
Ses pensées dérivèrent petit à petit vers le Japon et le palais de Tomoyo, sa nouvelle maison. Il voulait rentrer. Il avait tellement envie de retrouver sa chambre, de s'allonger sur son lit et de laisser le soleil entrer à flot par la fenêtre pour le réchauffer ! C'était là qu'il voulait être, dans ce pays, dans cette demeure où il avait trouvé sa place, où il avait été heureux.
Il voulait s'asseoir sur la terrasse de bois, admirer les jardins si beaux, si lumineux, écouter le bruit des fontaines et se laisser bercer par le chant des oiseaux, puis s'endormir, paisiblement, avec quelqu'un qu'il aimait à ses côtés. Mourir en paix, ça paraissait bien. Et puis, peut-être qu'une fois mort, il le retrouverait, lui, celui qu'il avait laissé là-bas, à Seles, celui qui l'attendait depuis tellement longtemps, celui qu'il n'avait plus aucun espoir de sauver, maintenant que les plumes de la princesse avaient été détruites, par sa propre faute. Fye…
Pourtant, son esprit se révoltait à l'idée d'abandonner maintenant, de perdre tout ce qui, malgré tous les efforts qu'il avait fait pour le rejeter, s'était imposé à lui : la vie, l'espoir, et Kurogane. Surtout Kurogane, qui représentait à lui seul cette vie, cet espoir. Non, c'était trop dur d'y renoncer, de replonger dans les ténèbres dont le guerrier l'avait sorti et dans le froid. Il voulait vivre, pourquoi n'en avait-il pas le droit ?
Il était tellement absorbé dans ses pensées qu'il ne remarqua qu'au dernier moment le bruit des pas du brun qui venait le rejoindre. Le ninja s'installa en face de lui, et son regard tomba sur la poitrine du mage, que sa chemise encore ouverte dévoilait un peu.
Il tendit un doigt pour écarter délicatement les pans de tissu, et retint un grognement. La marque qu'il avait vue la veille s'était encore étendue. Elle remontait à présent presque jusqu'à sa clavicule, et elle avait également gagné en largeur. Bientôt, elle le recouvrirait entièrement. Et ce simple geste, cet effleurement de l'étoffe sur sa peau, l'avait fait tressaillir. Il devait vivre un véritable enfer.
- Qu'est-ce que c'est, Fye ? C'est cette chose, n'est-ce pas ? Le Grand Mal.
Le blond entoura ses jambes repliées avec ses bras, posa son menton sur ses genoux, et ce geste dissimula son torse. Il regardait droit devant lui, fixant un point invisible, au loin, à travers son compagnon.
- Oui, répondit-il, presque à voix basse, sans lever les yeux.
Le cœur du brun s'arrêta. Et se remit brutalement à battre, plus vite, plus fort.
- Mais… Pourquoi ? Comment ?
- Je n'ai pas trébuché, dans la forêt, au moment où on s'enfuyait. Sur le coup, j'ai cru que je m'étais juste entravé, mais j'ai réalisé ensuite que c'était faux. Cette… chose m'a touché. Elle m'a juste effleuré, mais elle m'a contaminé. Au début, c'était juste une petite tache sur ma cheville, j'ai cru que c'était simplement un bleu. Puis elle a commencé à s'étendre, elle progresse très vite. A ce rythme, dans deux ou trois jours, elle aura complètement recouvert mon corps. Ensuite, il ne faudra plus s'approcher de moi, car je serai contagieux. Je commencerai à me putréfier lentement, toujours vivant, et dans une semaine, moins si j'ai de la chance, je mourrai.
En quelques secondes, des dizaines d'émotions défilèrent dans l'esprit du ninja, sans qu'il effectue le moindre geste. Il restait là, immobile, sans la moindre réaction, comme assommé par la nouvelle, les yeux rivés sur son compagnon qui le ne le regardait toujours pas.
Mais à l'intérieur de lui, c'était un maelström de sentiments qui tourbillonnaient furieusement, s'entrechoquaient, se mélangeaient. Surprise, incrédulité, colère, fureur, haine, chagrin, incompréhension, peur, révolte, désespoir, il ne savait plus où il en était, mais au milieu de ce séisme sentimental, quelque chose émergea lentement. Un mot. Une des idées les plus simples du monde. Non !
Jamais il ne l'accepterait. En un clin d'œil, il fut sur ses pieds.
- Lève-toi, ordonna-t-il d'un ton sec, rageur. Debout, le mage !
Et comme celui-ci ne réagissait pas, il l'attrapa par les épaules et le remit debout de force, sans se soucier de la douleur qu'il provoquait.
- On rentre. Tomoyo saura sûrement comment te soigner.
- Kuro-chan…
- La ferme ! On rentre, et tout de suite !
Il le prit par la manche et voulut l'entraîner vers le village, mais le blond résista. Il ne bougea pas d'un pouce. Même malade, il n'était pas dénué de force.
- Ça ne servirait à rien, dit-il. Je ne vais pas guérir, Kuro-chan…
- Tu es un vampire ! Tu guériras !
- Non, je suis désolé. C'est parce que je suis un vampire que j'ai tenu aussi longtemps. Si j'avais été un humain normal, je serais mort en deux jours. Mais je ne vais pas guérir. Il n'y a rien que Tomoyo-hime, ou même la Sorcière, puissent faire pour me sauver. Personne ne connaît de remède.
La fureur qui avait saisi le guerrier retomba aussitôt, aussi vite qu'elle était montée, douchée par la voix faible, résignée, et infiniment triste du magicien.
- Elle te l'a dit, la vieille peau ?
- Oui. Je lui ai parlé, la nuit où on a dormi près de la forêt. Elle a dit… elle a dit que ce mal était quelque chose de nouveau, qu'elle ne connaissait pas. Elle ne sait pas comment le soigner. Elle a dit que ce mal n'est pas une chose naturelle. Quelqu'un l'a créé.
- Comment ça, qu'est-ce que ça veut dire ? C'est quelqu'un de ce monde qui a fait ça ?
- Elle ne le pense pas. Elle a dit que quelqu'un avait sûrement infecté ce monde de façon volontaire. Pour… faire un essai.
- Qui pourrait faire une chose aussi horrible ?
- Elle ne me l'a pas dit.
Kurogane revint se placer devant son équipier, qui gardait obstinément les yeux fixés sur le bout de ses pieds. Il lui prit le menton et l'obligea à relever la tête, et à le regarder. Il voulait être à nouveau en colère, mais le visage du blond l'en empêcha. Il avait l'air terriblement malheureux, totalement désemparé, et terrifié… et quand il le questionna à nouveau, il fut surpris par sa propre douceur. Il comprit, quand les premiers mots franchirent ses lèvres, que la dernière chose qu'il désirait, c'était le blesser encore plus, ou même simplement l'effrayer.
- Pourquoi, Fye ? Pourquoi tu ne m'as rien dit ?
- Je voulais… je voulais juste…
- Qu'est-ce que tu voulais ?
- Je voulais garder encore un peu l'illusion que tout était normal. Je ne voulais pas que tu le saches parce que je ne voulais pas que tu changes d'attitude envers moi. Je voulais juste profiter encore un peu de toi, Kuro-chan. De toi tel que tu as toujours été. Je sais que j'aurais dû t'en parler, mais… je me disais que si je ne te disais rien, si je le gardais pour moi, alors, ce serait comme si ça n'existait pas vraiment. Comme si je ne portais pas cette monstruosité en moi. Comme si cette chose n'allait pas me forcer à être séparé de toi. Ça n'aurait pas de réalité si toi tu n'en parlais pas, si je ne le voyais pas dans tes yeux, à chaque fois que tu me regardes. Je voulais… être encore un peu avec toi.
- C'est très idiot, tu le sais, hein ? Tu crois que j'aurais changé si je l'avais su plus tôt ? Tu crois peut-être que j'aurais eu… peur de toi ? Que je t'aurais rejeté ?
- Non ! Non… Je voulais juste… être encore un peu… vivant.
Le mage eut un pauvre sourire, et une larme unique glissa sur sa joue, jusqu'au pouce du guerrier qui l'essuya doucement. Fye tremblait, alors il l'attira contre lui, dans ses bras. Il se sentit se raidir. Il lui faisait mal, mais il resserra quand même son étreinte sur lui.
Il pouvait presque suivre chaque réaction du corps du blond contre le sien. Il ne luttait pas contre la douleur. Non, il voulait être là, alors il acceptait la souffrance, il se l'appropriait, il la dépassait, jusqu'à pouvoir s'abandonner, se détendre un peu, dans la chaleur du refuge qui lui était offert, ses mains légères posées sur la taille de son compagnon, son front appuyé contre sa poitrine.
Comment avait-il fait, se demandait Kurogane, pour tenir encore debout, pour continuer à parler, rire, faire le pitre devant les nours, ou penser encore à les aider, alors qu'il était à l'agonie, et que le plus petit mouvement qu'il faisait était une torture ? Comment avait-il fait pour parvenir jusqu'au sommet de la montagne, dans un tel état ? Mais il n'en pouvait plus, il avait atteint sa limite, le ninja le sentait à la façon dont il se blottissait contre lui, il l'avait vu dans cette larme solitaire qu'il avait recueillie du bout du doigt.
- J'ai peur, Kuro-chan. Je suis mort de peur. Et je ne veux pas mourir. Pas maintenant. Et surtout, pas comme ça. Pas par cette abomination qui va me faire pourrir lentement.
- Je ne permettrai pas que ça arrive, je te le promets.
- Merci…
- Mais avant d'en arriver là, on va se battre. Je vais me battre. S'il existe une solution pour que tu guérisses, je la trouverai. Fais-moi confiance.
- Je t'ai toujours fait confiance.
- Comme quoi, il t'arrive d'avoir des moments d'intelligence, tout n'est pas perdu.
- Cette pensée m'est d'un grand réconfort, Kuro-chan.
- Tu trouves encore le moyen de te payer ma tête, ou c'est juste une impression ?
- Jamais je n'oserais me moquer d'un gros guerrier comme toi, Kuro-debu.
- Toi… je ne suis pas gros ! Et je m'appelle Kurogane !
Il le sentit sourire, c'était bien. Il l'écarta doucement de lui, le temps de l'obliger à s'asseoir et de s'installer derrière lui pour le reprendre dans ses bras et rabattre sur eux les pans de son manteau.
Il ne voulait pas le lâcher, même pas une seconde. Il ne le laisserait pas seul face à ses tourments comme il l'avait fait quand il était tombé malade au palais, ou après l'avoir frappé à Argaï. Non, pas cette fois. Il serait là, il le soutiendrait, à chaque respiration, à chaque battement de cœur, jusqu'au tout dernier. Très lentement, le mage glissa dans le sommeil.
Ce fut Paolya qui les trouva, un peu après l'aube, endormis sur les berges de la rivière. Elle les observa un moment, un petit sourire au coin des lèvres, puis s'approcha et toucha timidement le bras du ninja qui s'éveilla en sursaut.
- Bon… bonjour, fit-elle en reculant précipitamment.
Ce grande-jambe était vraiment gentil, mais son regard faisait un petit peu peur, tout de même.
- Père vous fait demander, dit-elle. Il est sur la place du village avec tout le monde.
- On arrive, répondit Kurogane, en réveillant doucement le magicien.
Ils eurent du mal à revenir jusqu'aux tentes, même ce si n'était pas loin. Fye tenait à peine debout, et il brûlait de fièvre. Ses articulations refusaient de fonctionner, et ses muscles étaient durs comme la pierre. Mais quelques minutes plus tard, ils avaient retrouvé le peuple des nours.
Toute la communauté était rassemblée et les attendait. On les fit asseoir et on leur proposa une collation, que Pon et Piri leur servirent en personne, ce qui, d'après les réactions des spectateurs, devait être un grand honneur. Puis Pao prit la parole.
- Amis de mon ami, et amis du peuple des nours, au nom de toute ma tribu, je souhaite vous remercier une nouvelle fois pour nous avoir ramené notre bâton sacré. Par ce geste gratuit et d'une grande générosité, vous avez gagné la reconnaissance et l'amitié de chacun d'entre nous, et j'ai le plaisir d'annoncer qu'à partir de ce jour, vous êtes officiellement acceptés comme membres de notre clan. Désormais, vous serez Fye, Kurogane et Mokona, de la Tribu de Pao.
A cette déclaration, tous les nours se mirent à taper des pieds joyeusement et à siffler. Le chef dut attendre trois bonnes minutes avant que le tintamarre ne se calme et qu'il puisse reprendre son petit discours.
- Je pense que vous devez avoir hâte de rentrer chez vous, mais j'aurais encore une faveur à vous demander, et j'espère de tout mon cœur que vous me l'accorderez. Nous partons aujourd'hui avec le peuple des naigles pour rejoindre le peuple des nabeils, afin de célébrer, dans de grandes réjouissances, le mariage de ma fille Paolya et du prince Zayan, ainsi que la réunification des noursabeils et notre nouvelle amitié avec les naigles. Cela nous procurerait à tous un immense plaisir si vous vouliez bien nous accompagner.
- Je crains que cela ne soit impossible, répondit le mage, en souriant gentiment devant l'expression déçue de Pao. Comme vous l'avez sûrement remarqué, je ne suis pas en bonne santé, et je supporterai sans doute pas ce voyage. Et puis, ne le prenez pas mal surtout, mais j'ai vraiment envie de revoir… ma maison.
- Je le comprends très bien, et je n'insisterai pas.
- Roi Pao, pourquoi ne pas nous accompagner ? Il doit bien y avoir une solution pour vous puissiez quitter ce monde et trouver un endroit où vous pourrez vivre en sécurité. Avec ma magie, l'aide de Moko-chan, et, si elle le veut bien, de la Sorcière des Dimensions, on peut certainement faire quelque chose.
- C'est une offre généreuse, mais je ne peux pas accepter. Le peuple nours a toujours vécu à Rozamova, et si le temps de Rozamova doit s'achever, le temps des nours s'achèvera avec lui. Nous nous y sommes préparés, et nous l'avons accepté. Tout ce que nous voulions, c'était avoir le temps de réunifier les noursabeils et de célébrer l'union de ma fille avant que le Grand Mal ne vienne nous prendre. Ce sera possible grâce à vous, et pour cela, nous vous serons éternellement reconnaissants.
- Je comprends, répondit le mage.
Il s'était attendu à cette réponse, mais il était tout de même triste. Il éprouvait beaucoup d'affection pour les adorables nours, et il ne voulait pas les voir disparaître, mais il n'insista pas. Ils avaient pris leur décision, et il se devait de la respecter. Même si c'était douloureux. Car ça l'était certainement encore plus pour eux.
- Il faut partir, maintenant, dit Kurogane, en le prenant par le bras pour l'aider à se lever.
Le blond s'appuya sur lui pour ne pas retomber.
- Merci pour votre hospitalité, dit-il en se penchant – ce qui le fit vaciller dangereusement – pour serrer les paluches de Pao entre ses mains délicates.
- Nous avons des présents pour vous, dit Paya, la femme du chef, en s'approchant de lui et en lui tendant un grand sac de toile. Ce sont des fruits séchés préparés à la façon des nours, et il y a aussi d'autres cadeaux, que les nourses ont confectionnés à votre intention en attendant votre retour du pays des naigles.
Le mage cala la grande besace contre son ventre. Elle était singulièrement lourde, émettait de la chaleur dans le fond, et… bougeait. Son regard d'azur se mêla longuement à celui, noir et brillant, de Paya. Il y lut de la détermination et une supplique silencieuse. Il lui sourit.
- Merci beaucoup, Reine Paya. Nous en prendrons le plus grand soin, et nous chérirons toujours ces souvenirs du peuple qui nous a acceptés comme trois des siens.
La nourse lui rendit son sourire, visiblement soulagée.
- Il est temps d'y aller, Moko-chan, dit-il en lançant un dernier coup d'oeil autour de lui.
Une dernière fois, il contempla les visages de Pao et son épouse, de la jolie Paolya et de Pon et Piri, les courageux petits guides qui avaient bravé les dangers des sommets avec eux. Puis son regard dériva sur le paysage autrefois paradisiaque de Rozamova, la vallée, les montagnes. Il lui sembla qu'au loin, une ombre brune s'étendait, menaçante, sur le sommet des pics.
Mokona donna le signal du départ. Pendant que de longs filaments de lumière les auréolaient, Fye et Kurogane firent leurs derniers signes d'adieu aux petits nours, avec des pincements au cœur. Bientôt, ils seraient au Japon, et jamais ils ne les reverraient.
Mais tout à coup, tout s'arrêta et le manjuu retomba sur le sol avec un couinement désolé. Des murmures d'étonnement parcoururent l'assemblée des petites créatures.
- Moko-chan ? Ça ne va pas ? demande le magicien.
- Mokona ne peut pas vous emmener… geignit la bestiole, les larmes aux yeux. Pardon ! Mokona est désolé ! Pardon !
- Qu'est-ce que t'as ? T'es malade ? demanda le ninja.
- Noooon. Yûko ne veut pas.
- Répète ça ? demanda le brun, vite énervé quand il s'agissait de la Sorcière.
La pierre qui ornait le front de la boule de poils s'éclaira, et l'image de la magicienne apparut. Elle était vêtue de noir, coiffée très strictement, et posait sur eux un regard sévère qu'aucun sourire ne venait adoucir.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? l'apostropha le guerrier, d'une voix dure. Au cas où ça t'aurait échappé, on est pressés de rentrer.
- Je suis désolée, dit-elle, mais c'est impossible.
- Comment ? gronda le ninja, dont les yeux avaient pris une expression menaçante.
- Je vois… fit tristement le mage, en essayant tant bien que mal de se redresser. C'est à cause de moi, n'est-ce pas ?
- Je suis navrée, Fye. Mais je ne peux pas…
- Je comprends. Ça ne fait rien.
- Crois-moi, Fye, reprit la femme, je suis vraiment désolée…
- C'est bon. Je comprends. Je resterai.
Kurogane, en revanche, ne comprenait pas. Ou plutôt, il ne comprenait que trop bien ce qui était en train de se passer. Il rattrapa son équipier, passa un bras autour de sa taille, et le colla d'autorité contre lui, sentant qu'il tentait de s'éloigner et refusant de le laisser faire.
- Hé, la Sorcière, qu'est-ce que ça veut dire ?
- Tu peux rentrer au Japon, Kurogane, dit Yûko. Mais Fye doit rester ici. Nous ne savons pas ce qui pourrait arriver si on permettait à une personne malsaine de quitter ce monde. Il est trop dangereux.
Le sang du brun se mit à bouillir dans ses veines, surtout quand il sentit l'impact que la dureté des paroles de la Sorcière avait sur son compagnon. Fye, pantelant, son front brûlant de fièvre appuyé contre son bras, s'était recroquevillé contre lui, comme s'il cherchait sa protection. Il raffermit son étreinte, le serra un peu plus fort.
Il n'avait pas besoin de le regarder pour avoir à quel point il souffrait. Il pouvait presque entendre son cœur hurler sa peine. Comment osait-elle ? Comment avait-elle seulement osé penser les mots qu'elle avait prononcés ?
- Malsain ? Dangereux ?
- Il porte ce mal en lui, Kurogane.
- Et alors ? C'est une raison pour le traiter comme s'il était un monstre ? Hein, la vieille peau ?
- M'insulter n'arrangera rien, répliqua la sorcière, glaciale. Il n'y a rien que tu puisses faire ou dire qui me fera changer d'avis.
Les jambes du mage ne le soutenaient plus, mais, il s'était quand même repris et il essayait de se débattre dans l'étreinte de son compagnon. Il leva la tête vers lui compagnon et ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais le ninja fut plus rapide.
- Non ! dit-il sèchement. Je sais ce que tu vas dire, et c'est non.
- Mais… Kuro-chan…
- Non, reprit le brun, plus doucement. C'est hors de question. Je ne pars pas sans toi. Je ne t'abandonnerai pas.
Malgré sa faiblesse, le magicien sourit. Quand il avait ce regard-là, il était inutile de protester. Sa décision était prise, il ne reviendrait pas dessus, et le blond sentit un immense soulagement l'envahir. Il ne voulait pas que le ninja reste, qu'il se condamne à mort pour lui, mais il avait besoin de les entendre, ces mots-là. Seulement, s'ils restaient à Rozamova, ils seraient tous les deux morts dans quelques heures.
- Alors, qu'est-ce que tu veux faire ?
- Emmène-nous… ailleurs. Tu veux ?
Fye accusa le coup. Les emmener ailleurs ? Dans son état ? En serait-il seulement capable ? Et pour aller où ? Mais le guerrier était là, il le soutenait, et il le regardait droit dans les yeux, sûr de lui, confiant. Il avait une idée et il essayait de la lui transmettre sans le secours des paroles.
- Où comptez-vous donc aller ? demanda Yûko. Es-tu devenu fou, Kurogane ? Ce garçon est malade, tu as vu ce que ce mal fait à ce monde. Tu veux condamner ton pays à cette souffrance ? Et ta princesse ?
- Occupe-toi de tes fesses, la Sorcière. Je n'ai rien à te dire. Aucun compte à te rendre. Je ne te dois rien.
- Quelle grossièreté !?
- Ouais. Je suis de mauvaise humeur là. Je n'arrive pas à croire que tu veuilles tout simplement l'abandonner ici, à une mort horrible. Je n'avais pas vraiment confiance en toi, mais je n'aurais jamais cru que tu sois capable d'une telle cruauté.
- Ce n'est pas comme si j'avais le choix, Kurogane, répondit la femme avec sècheresse. Fye représente un terrible danger. Je ne peux pas tolérer qu'il…
- Ferme-la. Je n'ai pas envie d'entendre tes arguments. Tu en as déjà bien assez dit. Le mage n'est pas un pantin qu'on manipule à sa guise et qu'on jette au rebut une fois qu'on n'a plus besoin de lui. Et toi, tu n'es personne pour lui… tu n'as pas à accepter ou tolérer. Fye est libre, et moi aussi je suis libre. Personne ne décidera de notre destin à notre place.
- Ce n'est pas comme ça que…
- Qu'est-ce que tu n'as pas compris, dans la phrase « Ferme-la » ? Toi, et l'autre type, vous vous êtes servis de nous pendant des mois, mais c'est terminé. Plus personne ne nous contrôlera, plus personne ne lui dictera ce qu'il a à faire. Tu crois vraiment, après tout ce temps, après tout ce qu'il a fait, qu'il mettrait inconsidérément de vies innocentes en danger, lui, plus que n'importe qui d'autre ? Tu n'as pas encore compris ? Tu réfléchis, quelquefois ?
Contre lui, il sentit le mage remuer. Il baissa les yeux, croisa son regard. Le blond lui fit un léger signe de tête. Il avait compris où il voulait en venir. Bien sûr…
- Je vais essayer, Kuro-chan, mais…
- Arrête un peu avec tes objections, lui répondit-il doucement, je sais que tu vas y arriver.
- Mais si je meurs là-bas, tu mourras aussi, souffla le blond, d'une voix très basse pour n'être entendu que par son compagnon. Je ne veux pas.
- Je ne te laisserai pas mourir, voilà tout, sourit le ninja. Tu m'as déjà sauvé la vie plusieurs fois, Fye. Laisse-moi t'aider, c'est mon tour. Emmène-nous, et ensuite, laisse-moi faire. Et si jamais j'échouais, ça ne serait pas très grave.
- Pourquoi tu fais ça, Kuro-chan ? Tu n'y es pas obligé. Tu as ta place au Japon, auprès de Tomoyo-hime. Tu as promis de la protéger. Alors pourquoi ?
- Tu ne le sais pas ?
Fye eut un petit sourire, presque un rire. Bien sûr… il le savait. C'était juste qu'il n'osait pas y croire.
- Dans ce cas, dit-il enfin, je crois que je devrais essayer, non ?
- Ce serait pas mal si tu réussissais, idiot de mage.
Il sentit que le brun resserrait encore son étreinte sur lui, pour lui communiquer sa force, sa vigueur, mais aussi confirmer ses sentiments : sa confiance, et le reste... Il tendit un bras devant lui, pointa son index, et une lumière bleue et blanche apparut, alors qu'il commençait à tracer des arabesques dans l'air autour d'eux.
- Kurogane !! Attends ! s'exclama Yûko. Ne fais pas ça !
- Adieu, la Sorcière. Tu as perdu, cette fois. Estime-toi heureuse, on ne va pas venir chez toi, contaminer ta précieuse petite personne.
Le dessin du magicien s'illumina, et l'atmosphère fut envahie par de grandes formes lumineuses, si intenses que les spectateurs durent fermer les yeux, éblouis. Lorsqu'ils les rouvrirent, les deux hommes avaient disparu.
- Yûko !? chouina Mokona. Où est-ce qu'ils sont partis ?
- Je n'en sais rien, répondit la femme, d'une voix très lasse. Je n'en ai aucune idée, Mokona.
- Mais c'est impossible ? Yûko sait toujours…
- Il faut croire que non, Fye est vraiment très habile. Rentre à la maison, maintenant. Dépêche-toi. Il ne faut pas rester là.
Loin, très loin de là, un guerrier aux cheveux noirs portait un magicien blond inconscient à l'intérieur d'une maison déserte, dont il referma la porte d'un coup de pied.
A partir de cet instant, quel que soit l'avenir qui les attendait, tout ce qui se passerait entre les murs de cette demeure n'appartiendrait qu'à eux. Ils étaient libres.
Et voilà, c'est fini !! Ça vous a plu ? Pas plu ? Vous voulez une suite ? Pas de suite ?
Exprimez-vous, ne vous gênez pas, les reviews sont là pour ça :)
