chapitre 3: où les choses s'accelèrent...

Merci à tous les reviewers ainsi qu'aux lecteurs silencieux ! A très bientôt ! LVEB

Après le cours de botanique, Mary s'était rendue à la grande salle. Elle avait failli aller voir Laura et lui proposer de manger avec elle. Leurs discussions lui manquaient. Mais elle s'en était retenue. Ce n'était pas le moment. Après ces stupides histoires de lycanthropie peut-être. Elle s'assit donc seule à l'extrémité de la table des Serdaigles. De là où elle était elle voyait parfaitement la table des gryffondors. Et accessoirement Lupin. Il était en train de rire avec ses amis. Mary resta songeuse. Pouvait il vraiment être ce que les livres disait ? C'aurait été tellement plus facile de le croire. En ce moment elle serait en train de parler travail avec Laura... Mais il n'y avait pas que Lupin. Il y avait des tas d'autres loups garous. Estimer qu'ils étaient tous perdu pour le genre humain, et ce sur des preuves aussi mince... sans se questionner outre mesure... C'était plus facile, mais ce n'était pas bien. Et puis c'était aussi de la malhonnêteté intellectuelle. Au moment où elle songeait ça Mary se surprit à sourire. Au fond, tout au fond elle avait des petits côtés Serdaigles.

Elle termina son assiette et avala la dernière gorgée de son jus de citrouille. La table des gryffondors était désormais vide. Celle des serdaigles aussi. Perdue dans ses réflexions Mary avait pour la première fois de sa vie, pris réellement le temps de manger. Le résultat c'était que si elle attendait cinq minutes de plus elle serait certainement en retard en métamorphose. Elle sortit donc de la grande salle moitié courant, moitié marchant. Elle se hâtait lorsqu'elle heurta un sixième année de plein fouet. Et pas n'importe lequel. C'était le garçon aux cheveux en bataille qui traînait toujours avec Lupin et Black. Son nom c'était... Potter... Capitaine de l'équipe de quidditch de gryffondor, relativement bon en cours, et surtout incroyablement arrogant et insupportable quand il l'avait décidé. Mary l'avait vu tenter à plusieurs reprise de draguer une préfète de gryffondor. La fille l'avait envoyé paître... A l'époque Laura et elle avait trouvé que la petite rousse avait fait preuve d'un grand bon sens. Quoiqu'il en soit, le garçon était juste en face d'elle, un sourire amusé sur les lèvres. Merlin qu'il pouvait être suffisant ! Murmurant un vague "désolé", elle s'apprêtait à faire un détour lorsqu'il l'attrapa par le bras.

"Ça tombe bien; je te cherchais. Toujours intéressée par les loups-garous ?"Mary se sentit rougir jusqu'à la racine des cheveux. "J'ai entendu ta conversation avec Bertram... La porte était ouverte..." Elle n'avait vraiment pas de chance. Pourquoi fallait il que les amis de Lupin viennent systématiquement fourrer leurs nez dans ses recherches ? Plus rouge encore si cela était possible Mary rétorqua:"Parfois les livres ne répondent pas à toutes les questions.

- Et Bertram a répondu aux tiennes ?"

Il la fixait intensément. Comme si ce qu'elle allait répondre revêtait une importance primordiale. Mary réfléchit un instant et se lança: "Mettons que je ne suis pas tout à fait convaincue par ses arguments."

Le visage du garçon s'éclaira. Elle nota que lorsqu'il perdait son air sûr de lui, il pouvait être particulièrement charmant.

"Si tu veux essayer un autre type de discours, je te conseille un livre...

- J'ai fiché tous ceux de la bibliothèque..."

James Potter retint un juron. Ces fichus serdaigles étaient insupportables d'efficacité dans les recherches. Sirius disait toujours qu'ils n'étaient bon qu'à ça. "Ce sont des planqués qui se cachent derrière leurs livres, James. Ils élisent domicile dans un bureau et ils te regardent de l'air suffisant du type qui sait et qui est convaincu que toi tu n'es qu'un ignorant". Eh bien,foi de James Potter, il allait prouver à cette petite Serdaigle arrogante que, non, elle ne savait pas tout...

-"Tu n'as pas lu celui-là: il n'est pas répertorié. C'est un vieux bouquin... Il a échappé au nouveau classement de Pince... Toutefois, ce qu'il raconte est assez révolutionnaire! Si ça t'intéresse il est dans les rayonnages du bas de la section créatures magiques. Tu sais, avec les énormes dico de soin aux hippogriffes que personne ne va jamais consulter.

- Et l'auteur c'est qui ?"

Potter eut un sourire réjoui: "Peut-être le plus grand sorcier du monde..."

Et sans ajouter un mot il tourna les talons. Mary haussa les épaules et reprit sa marche pressée. C'était un peu stupide comme réponse. Merlin, les quatre fondateurs et au moins une centaine d'autres sorciers avaient un jour été honoré du titre de plus grand sorcier du monde. En fait c'était même une réponse assez "gryffondorienne". Une réponse du type "je parle d'abord, je pense après". Tsss... Mary se surprit à penser qu'elle pouvait être une sacrée mauvaise langue. Elle poussa juste à temps la porte de la salle de métamorphose. Il ne restait qu'une place libre... A côté de Laura.

Laura regarda Mary entrer. Elle sourit. Son amie n'avait jamais eu une démarche très élégante. Aujourd'hui elle était perdue dans ses pensées et avançait, la tête légèrement penchée vers l'avant comme si elle voulait que son menton arrive avant elle à destination . D'ordinaire, elle se serait gentiment moqué de ce qu'elle surnommait "la marche du dromadaire".Mais lorsque Mary fut installée, elle se sentit trop gênée pour tenter oser dire quoique ce soit. Elle passa nerveusement la main dans ses cheveux. Sa voisine lui lança un regard embarrassé. Elle essaya de parler mais Mac Gonagall avait commencé son cours.

Cependant, Laura n'avait pas l'esprit à penser aux sortilèges de transfert et encore moins à ceux qui étaient utilisés lors des métamorphoses trans-espèce. Elle songeait à Mary. A serdaigle il n'était pas toujours facile de se faire des amis. De fait, la compétition était rude entre les élèves. On avait des camarades, des binômes de travail,des compagnons de révisions, mais il arrivait toujours un moment où la loi du classement reprenait ses droits: dans l'air supérieur de celui qui avait réussi son devoir sur table et parfois dans la hargne de celui qui avait échoué. Néanmoins, elle et Mary avait toujours réussi à se préserver de cette concurrence acharnée. D'une part parce que leurs capacités intellectuelles se valaient, d'autre part parce qu'elles avaient trop besoin l'une de l'autre. Et peut-être aussi songea Laura, parce que Mary se fichait comme d'une guigne de ses résultats. A tel point qu'elle avait été une fois convoqué par Flitwick, leur directeur de maison. Il lui avait dit qu'elle aurait pu faire beaucoup mieux. Qu'elle se mettait elle-même en situation d'échec. Qu'elle s'arrangeait toujours pour être bonne mais sans briller. Laura se rappela avec amusement la tête de Mary lorsqu'elle lui avait raconté cette entrevue. Elle faisait des grimaces si comiques que la petite blonde avait regretté de ne pas posséder d'appareil photo. Mais au fond d'elle , elle savait que Flitwick avait raison. Mary avait détesté sa maison dès sa première semaine à Poudlard ; elle ne comprenait pourquoi on l'avait envoyé là. Et elle faisait tout pour prouver qu'à leur cérémonie de Répartition le Choipeaux s'était trompé.

Laura soupira tandis qu'elle entamait sa quatrième feuille de notes. Pour la première fois la voix sèche de Mac Gonagall ne parvenait pas à la captiver totalement. Son esprit vagabondait loin de la salle de classe tandis que sa main écrivait machinalement ce que disait le professeur. Leur cérémonie de Répartition... Elle se souvenait de l'appel de son nom, "Bennet Laura", et du sentiment de panique qui l'avait alors envahit. Il fallait qu'elle soit digne de sa famille. Qu'elle suive leur voie. Ils étaient tous passé par Serdaigle depuis des générations: Ses grands-parents, des pionniers de la magie expérimentale, sa mère, une grande médicomage toujours partie en congrès, son père un expert en matière de nouveaux sortilèges, et ses frères... qui n'avaient pas encore eu le temps de s'illustrer quelque part. La peur de ne pas être la hauteur lui tordait le ventre. Elle s'était assise sur le tabouret trop haut pour elle. Quelqu'un lui avait posé le choixpeau sur la tête. Il n'était pas à sa taille. Les rebords lui tombaient sur les yeux et elle ne voyait plus rien. Perdue dans le noir et l'angoisse, sa respiration était comme coupée. Et puis, enfin, après une minute interminable, avait retentit le cri de la délivrance: "SERDAIGLE!". La tension était retombée. Et elle s'était dirigée vers sa table en pleurant son trop plein de peur.

Elle avait cru que c'était la fin de ses soucis. Que tout le monde pourrait être fier d'elle maintenant. Mais elle s'était trompée. La première lettre de ses parents ne l'avait félicité ni pour sa place à serdaigle ni pour ses premiers et excellents résultats. On lui annonçait juste que l'un des ses frères venait d'obtenir une bourse pour un an d'étude à l'institut de Salem et que l'autre avait fait l'admiration de ses confrères en améliorant une potion de mémorisation. Ce soir-là, elle avait pleuré. Amèrement. Avec désespoir. Et puis Mary était venu la voir. Elles avaient parlé, et elles étaient devenues amies. Mary avait secoué ses nattes brunes déjà passablement décoiffées et lui avait dit en substance que ses parents n'étaient "que des imbéciles doublés de crétins profonds" et qu'ils ne comprenaient "rien à rien". Mais Laura n'avait pas renoncé à impressionner sa famille. "Coupe le cordon"lui répétait Mary vingt fois par mois. En vain. Sa famille... Ils étaient tous si intelligents, si brillants. Elle, elle n'était rien par rapport à eux... Rien du tout...

La main de MacGonagall sur son épaule la fit sursauter.

"Vous dormez miss Bennett ? Ça fait deux fois que je vous pose la même question !"

Laura rougit violemment.

" Heu... Vous pourriez la répéter une troisième fois, bafouilla-t-elle sous les regards désapprobateurs de ses camarades". Le professeur haussa les sourcils et obtempéra. Laura répondit. Juste... comme d'habitude. Lorsqu'elle replongea dans ses notes elle découvrit un petit mot de Mary . Son cours était parsemé des graffitis de son amie. Parfois c'était idiot, parfois c'était drôle, parfois c'était juste gentil. Cette fois c'était porteur d'espoir:"Vivement que cette histoire soit terminée. Toi et ta pathologie du travail me manquez. Mary" Elle eut chaud au coeur. Ce n'était pas un stupide loup garou qui allait les séparer. Son père disait toujours qu'il ne fallait pas désespérer. Et elle n'avait jamais vu son père se tromper. La fin du cours sonna. Laura regarda Mary s'éloigner en fuyant son regard. Celle-ci n'était jamais vraiment à l'aise avec les sentiments. Et son petit mot devait la gêner plus qu'autre chose. Laura décida qu'il était temps pour elle de passer à l'étape supérieure de son plan. Le débat aurait lieu la semaine prochaine. Elle avait dit à ses camarades qu'il serait public. Tout se déroulerait donc dans la grande salle. La veille, ils avaient demandé l'autorisation à Flitwick qui la leur avait accordé avec enthousiasme. Il ne les avait même pas interrogé sur le thème de leur controverse: il était fier de ses élèves et leur accordait une confiance sans borne... Surtout quand il s'agissait des têtes de classe. Saisissant l'occasion, Laura avait alors suggéré qu'on invite officiellement les élèves des autres maisons. Flitwick avait été encore plus ravi. Ce type de controverse faisait partie des traditions de Serdaigle. Mais ce serait merveilleux d'en faire profiter tout le monde. Il en parlerait aux préfets. Il leur conseillerait de venir. Cela inciterait les autres élèves à participer. Et puisque Laura était si motivée il lui confierait la présidence du débat. A cet instant la jeune fille sut qu'elle allait remporter la bataille. Le président ne parlait certes pas beaucoup . Mais il dirigeait et arbitrait. Il répartissait les temps de parole, il décidait de qui allait parler, il sélectionnait les questions du public. En fait, il pouvait orienter le débat. Et à Serdaigle son autorité était toute puissante. Personne n'avait jamais contesté les ordres d'un président. D'ailleurs, trônait dans une vitrine de la salle commune, le registre de tous les présidents des grandes controverses de Serdaigle. Laura avait remercié Flitwick pour le grand honneur qu'il lui faisait et s'en était allé en songeant que désormais le lycanthrope était perdu. Elle préférait penser à lui en ces termes. Après tout il n'était plus un être humain. Un vague malaise s'insinua chez Laura sans qu'elle comprenne pourquoi. Le préfet avait bien joué la comédie. Elle avait même failli le prendre pour l'homme idéal. Elle avait été ridicule. Elle fut prise d'un brusque accès de colère. Il s'était joué de tout le monde, il allait payer. Son malaise s'amplifia. Sans raison. Lupin était la cause de tout ça; son père avait toujours dit que les loups garous étaient porteurs de malheur.

"Laura !"La jeune fille se retourna. "J'ai les affiches !"

Une rouquine de troisième année se tenait devant elle avec un lourd paquet dans les mains. Elle s'appelait Jane Mansfield. Son père était député à la chambre de haute sorcellerie et elle avait fait savoir à toute sa promotion qu'il voterait en faveur de l'amendement du code de conduite des loups-garous. La controverse l'enthousiasmait. Laura se dirigea vers elle et lui prit le paquet des mains. Ne pouvant attendre, toutes deux s'assirent à même le sol. Surexcitées, les mains tremblantes, elles déchirèrent le papier kraft. Des affiches multicolores jaillirent. Le professeur Flitwick était vraiment génial, pensa Laura. Les inscriptions clignotaient et changeaient de couleur. Tout était fait pour attirer l'oeil et aiguiser la curiosité de l'élève moyen de Poudlard:

"UN EVENEMENT EXTRAORDINAIRE !

LES CELEBRES CONTROVERSES DE SERDAIGLE SONT ENFIN RENDUES PUBLIQUES ! VOUS ETES TOUS CONVIES A PARTICIPER A CETTE TRADITION DE LA MAISON DES ERUDITS! UN THEME D'ACTUALITE Y SERA TRAITE ET DISCUTE ! VENEZ TOUS VOUS JOINDRE AU DEBAT DANS LA GRANDE SALLE LE VENDREDI 29 OCTOBRE A 15 HEURES.

Laura eut un hoquet de surprise.

"Mais ce n'est pas la date prévue ...on a cours ce jour là"

Jane éclata de rire.

- Flitwick est super ! Il m'a dit qu'il avait parlé à Dumbledore et aux autres directeurs de maison. Tu te rends compte... Ils ont trouvé fantastique cette idée de débat public. Et ils ont proposé que ce soit obligatoire... Sur les heures de cours! En fait l'affiche c'est juste pour la forme. Tout le monde sera là! Même les profs !"Laura se sentit pâlir. Son idée prenait une ampleur qui la dépassait. Mais elle se rassura. Après tout les pro-lycanthropes étaient extrêmement rares. " Tu vas voir la raclée qu'on va infliger aux défenseurs des loups garous... Enfin s'il y en a dans la salle et s'ils osent se manifester."

Jane avait l'air ravie. Laura fut tout à fait calmée. Elle était désormais sûre que sa controverse irait dans le sens qu'elle voulait.

" On les accroche ? demanda la troisième année en montrant les affiches.

- Non pas tout de suite. On va d'abord trouver les préfets et leur en donner pour leur salle commune, répondit Laura, un léger sourire sur les lèvres.

- On commence par qui ?

- Les gryffondors...

- Leur préfets c'est Lupin et Evans, non ?

- Tout à fait...

- Eh bien on a de la chance ! J'ai croisé Lupin et compagnie tout à l'heure... Ils allaient sur le terrain de quidditch...

- Alors allons-y nous aussi !déclara Laura avec entrain. "

Dehors l'air était frais et il bruinait. Les deux filles marchèrent rapidement vers le terrain. Quatre garçons étaient en train de faire les fous sur leurs balais. Le sourire de Laura s'élargit. Elles crièrent le nom de Lupin. Il se posa et se dirigea vers elles. Laura l'observait avec attention. Quelques jours auparavant, elle l'aurait trouvé séduisant. Maintenant, il l'horrifiait. Jane lui expliqua d'une voix pointue de quoi il retournait. Laura lui tendit un lot d'affiche avec un charmant sourire. Si charmant qu'elle vit les joues du préfet s'empourprer. Quelques jours auparavant son coeur aurait battu un peu plus vite. Maintenant, c'était une colère froide qui l'animait. Elles s'en retournèrent et Lupin remonta sur son balai.

Au loin Laura entendit la voix de Black qui criait:" Elle te plait la petite blonde, Moony ?" Il y eut des éclats de rire. Et une autre voix furieuse qui répondait:"La ferme Padfoot. Je me passerai de tes commentaires dégoulinant de crétinisme" D'autres éclats de rire. Et une chanson discordante et stupide dont les paroles ressemblaient vaguement à "Rémus n'a pas les yeux bleus mais il est amoureux..." Et puis tout se tut.

Jane émit un gloussement: "Eh bien... On dirait que tu as fait une touche..."

Laura évita de regarder les yeux emplit d'admiration de celle qui marchait à côté d'elle. Le malaise était revenu. Plus insistant. Une petite voix mentale lui disait qu'elle se fourvoyait complètement. Laura la fit taire. Et elle resta seule avec elle-même et sa nausée qui augmentait