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CHAPITRE 11: ENTRETIEN AVEC UN LOUP GAROU

Le lendemain, Mary se réveilla de bonne heure. Elle avait envie de voir le soleil se lever. C'était un désir soudain, brusque, presque tyrannique. Un de ces désirs auxquels on ne résiste pas. Elle s'habilla rapidement, les yeux fixés sur la fenêtre. Il faisait encore très sombre. Elle était dans les temps. Elle descendit rapidement dans le hall. Avec plaisir, elle écoutait le bruit de son pas, heurtant régulièrement les marches de marbres blancs. C'était un bruit plein, rempli de promesses et d'espérance. La jeune fille se sentait curieusement en paix. D'avance elle savourait le picotement de l'air frais et matinal. Ces promenades en solitaire lui redonnaient toujours la sérénité: elle aimait y réfléchir tranquillement au rythme mesuré de sa propre marche. Comme à l'habitude le château semblait désert. "Les lève-tôt ne sont pas légion à Poudlard", songea-t-elle avec un sourire. S'arc-boutant contre les lourdes portes de chêne, elle s'apprêtait à sortir lorsque des pas rapides derrière elle la firent sursauter. La serdaigle stoppa net et se retourna brusquement. Devant elle se trouvait Lupin. En une fraction de seconde tout repassa devant les yeux de Mary: la controverse, Laura, le journal intime, la pleine lune qui approchait... Les images défilaient à une vitesse incroyable. Une voix douce la sortit de sa songerie.

"Tu penses trop. On voit tout sur ton visage.

Mary planta son regard dans celui du préfet. Un regard impassible. La jeune fille eut soudain la certitude qu'il savait. Il savait qu'elle savait. La lycanthropie se dressait entre eux comme un gigantesque non dit.

-C'est vrai... Mais toi tu n'exprimes jamais rien.

Le garçon eut un mouvement de surprise. Apparemment il ne s'attendait pas à quelque chose d'aussi direct.

-On ne fait pas toujours ce qu'on veut

- Et qu'est ce que tu veux ?

Mary fut tout d'un coup prise d'un soudain accès de frayeur: et si elle allait trop loin ? Après tout elle ne connaissait pas vraiment Lupin. Et lui ne la connaissait pas non plus: elle n'était que Miss Sourire-en-coin, la fille qui ne fait que suivre Laura.

Cependant le gryffondor reprit la parole d'une voix calme.

-En fait je voulais te féliciter et... te remercier...

Mary tenta de contrôler sa respiration. Elle était affreusement intimidée. A cet instant précis, les secrets qu'elle avait découvert la gênaient plus qu'autre chose. Elle eut un faible sourire. Lupin semblait maintenant résolu à tourner les talons. Alors elle prit une grande inspiration et se lança.

-Me féliciter et me remercier pour quoi ?

Pendant une seconde le masque du préfet sûr de lui sembla se fissurer et dans les yeux bruns du gryffondor brilla une lueur d'incertitude. Toutefois il se reprit.

-Te féliciter pour la controverse. Ta prise de parole était très bien pensée, très bien argumentée et très courageuse."A nouveau, il voulut partir... S'enfuir aurait été un terme plus approprié. "Désolé mon joli, mais tu ne t'en tireras pas comme ça...", pensa Mary. Elle était déterminée à obtenir de la bouche de Lupin la véritable raison de sa présence et de ses remerciements

"Alors je remercie le bon élève que tu es de cette flatteuse appréciation..."Lupin sourit. Avec lenteur. Comme une fleur qui s'épanouit au ralentis."... Mais je demande également à Remus Lupin le préfet, la raison pour laquelle il me remercie, spécialement à une heure si matinale"

Lupin pâlit. Il se rapprocha. Et fiévreusement, avec angoisse, comme si cette question lui brûlait les lèvres depuis plusieurs minutes, il murmura:"Tu sais pour moi?"

Le coeur de Mary accéléra ses pulsations. Le moment de vérité était venu.

" Oui... chuchota-t-elle

Lupin s'éloigna d'elle aussi brusquement qu'il s'était rapproché. Il paraissait presque avoir peur.

- Que vas tu faire ?

-Te demander d'être mon ami...

L'ambre liquide qui semblait composer les yeux du gryffondor s'assombrit

-Je ne veux pas de ta pitié !

Son ton était sec, glacial, sans appel. Mary soupira intérieurement. Lupin et sa fichue carapace! Avec une pointe d'énervement elle déclara:

-Je n'ai pas pitié de toi. A vrai dire je crois que je t'admire...

Le préfet écarquilla les yeux, surpris.

-Tu admires les bêtes sanguinaires ?, grinça-t-il.

"Arrête de te dévaloriser crétin !", s'exclama intérieurement Mary.

-Non j'admire les hommes courageux.

Il y eut un silence pesant. Lupin avait baissé les yeux .

Mary reprit la parole, sur le ton patient dont on explique les vérités du monde aux tout petits enfants:

-Tu crois que j'aurais fait ce que j'ai fait pour Malfoy ou pour Lestrange ? Si j'avais appris que ceux là étaient ce que tu es, je n'aurais pas fait de recherches. J'aurais juste pensé que les on-dits étaient justifiés. Que les loups garous sont vraiment cruels et sans-coeur. Cependant je suis tombée sur toi. Sur toi et ta gentillesse. Et tout d'un coup cette solution ne m'a plus parut si plausible. Tu t'étonnes que je t'admire ? Tu as tort. Tu es digne d'admiration. Tu supportes tout sans te plaindre, avec le sourire. Tu as gardé ton bon coeur. Moi je n'aurais pas pu. La réaction des autres m'aurait aigrie. Ma souffrance m'aurait rendue méchante. Je suis faible et un peu égoïste. Mais toi... Toi tu as tout affronté en restant aimable et attentif aux autres. Et tu t'étonnes encore que je t'admire ? Tu as plus de force et de courage que beaucoup d'entre nous Lupin... Il serait peut-être temps de t'en rendre compte.

Le jeune garçon avait relevé la tête. Ses yeux brillaient curieusement.

-James a raison tu es une drôle de serdaigle". Sa voix était un peu rauque. Il inspira avec force et parla: "Mais tu es aussi têtue qu'une gryffondor mal lunée... Enfin si je puis me permettre de parler ainsi..." Mary sourit. Lupin eut un mouvement de tête qui ressemblait presque à une excuse. Puis avec détermination il ajouta:"J'accepte: Soyons amis..." De manière un peu solennelle il lui tendit la main. Mary la prit et la serra. Une certaine fierté l'envahit: elle avait franchi le seuil de l'univers du mystérieux préfet. Lupin eut un léger sourire et reprit d'un ton amusé, comme pour faire diversion: "Tu voulais te promener, je crois ? "La jeune fille opina. "Penses tu que tu accepterai la compagnie d'un type admirable ? Tu ne seras pas trop impressionnée ?"

Mary éclata de rire: "Et comment !J'ai tout un tas de question à te poser"

Lupin se raidit. Mouais... Mieux valait ne pas crier victoire trop vite... Le préfet était prompt à refermer la porte de son monde... Pour détendre l'atmosphère, la serdaigle précisa sa pensée: "Toutes mes questions tournent autour du sujet: mais comment diable as tu fait pour savoir que je savais ?"

Le jeune garçon se détendit. Il poussa la porte et s'effaça pour la laisser passer. Dehors soufflait un petit vent glacial. Lentement le ciel s'éclaircissait. Lupin se mit à parler:" Tu avais mis la puce à l'oreille de James et de Sirius avec tes recherches sur la lycanthropie. Et puis il y a eut ta réaction à la controverse. James s'est dit que tu semblais très impliquée. Alors lui et moi avons pensé que quelqu'un dans ta famille ou tes amis avait été touché par la maladie. Mais Sirius n'était pas d'accord. Il n'a pas voulu dire pourquoi. Je suppose qu'il ne voulait pas m'alarmer en l'absence de preuves. Toutefois, il a décidé de te surveiller. Il avait mis Peter dans la confidence. Hier soir il a donc vu que tu allais à la Cabane Hurlante...

-Comment?...

Lupin rougit embarrassé.

-Mettons que mes amis et moi avons mis un point un moyen de savoir qui va où..." Mary haussa les sourcils, perplexe. Toutefois, devant la gêne du gryffondor, elle n'insista pas. Il lui faudrait un certain temps avant de réussir à apprivoiser Lupin tout à fait. Celui-ci poursuivit: "Il a tout mis en relation. Il a compris que tu devais avoir deviné. Du moins c'est ce qu'il m'a dit hier. Il voulait aller vérifier en t'interrogeant. Mais j'ai préféré y aller tout seul...

- Quel brave et courageux petit gryffondor tu fais!, répliqua Mary. "Lupin opina, l'air excessivement digne et la jeune fille se mit à rire. Il y eut un silence. Le jour commençait de se lever. Les arbres baignaient dans une étrange lumière grisâtre. "N'empêche, qui aurait pu croire que Black savait se servir de son intelligence... murmura Mary plus pour elle même qu'autre chose.

-Oh, Sirius est extrêmement intelligent. Il n'en fait pas étalage mais...

-Il n'en fait pas étalage... Quel doux euphémisme ! Honnêtement la seule chose qu'il montre c'est son impressionnante capacité à faire le pitre..."

-Les apparences sont parfois trompeuses, non ?

Lupin regarda Mary avec un bon sourire tandis qu'elle se sentait rougir. Elle aussi avait encore du chemin à faire dans son combat intérieur contre les préjugés.

-Je ne nierais pas qu'il y a une large part de crétinerie innée chez lui, reprit Lupin, pensif, mais c'est quelqu'un de bien... vraiment..."Mary ne répliqua rien. Quelques oiseaux chantaient. Elle se concentra sur leurs maigres pépiements. Lupin semblait perdu dans ses réflexions. Au bout d'un certain temps il rompit le silence. "Dis moi tu la connais bien... Laura Bennett ?"

Il s'était arrêté et la regardait maintenant avec un air presque suppliant. Éminemment amusée, Mary nota que ses joues s'étaient empourprées.

"Un peu. Pourquoi ?

-Tu traînes toujours avec elle à la bibliothèque...

-Oh... Elle t'intéresse ? demanda Mary le plus innocemment possible.

Le préfet était désormais écarlate.

-Non... enfin... oui... un peu... mais bon... rien de bien méchant... Pas la peine de lui dire...

Maintenant, Lupin semblait trouver que ses lacets constituaient la chose la plus passionnante au monde. Ses balbutiements étaient désormais inaudibles pour l'oreille humaine et il tortillait avec frénésie une des extrémités de son écharpe rouge et or. Pendant un moment Mary se sentit prise de compassion pour la dite écharpe qui risquait de ne pas s'en sortir sans dommages. Le sourire de la serdaigle s'élargissait de plus en plus. Elle tentait de réfréner avec peine une immense envie de rire. Le désarroi du gryffondor avait quelque chose de particulièrement comique. Elle n'aurait jamais cru qu'il était si timide. Mais d'un certain côté ça le rendait tout à fait adorable. Cependant, Lupin avait l'air de se sentir de plus en plus mal. Mary décida donc d'interrompre son supplice.

-Mais même si elle ne te plait pas particulièrement tu aimerais juste savoir si tu as une chance avec elle ?" Lupin approuva vigoureusement et Mary décida de terminer la conversation au plus vite sous peine d'exploser de rire devant le pauvre garçon. Ce qui aurait été bien évidemment fort mal venu..."Je crois que tu n'es pas trop mal parti..., commença-t-elle déterminée à lui laisser autant d'espoir que le permettaient les convenances.

-Mais les gens comme moi... elle aussi était à la Cabane Hurlante et...

-Si tu parles de ton petit problème de fourrure, je crois qu'il n'y a plus de problème justement... le coupa abruptement Mary. Je n'aurais pas dit ça il y a quelques jours mais..., songea-t-elle, mais maintenant..." Lupin la regardait plein d'espoir. La serdaigle se sentit pleine de pitié: "Enfin je crois que tu peux tenter une approche...

Elle venait de prononcer la formule magique. Elle n'avait pas fini sa phrase que Lupin bondit et lui plaqua un baiser sonore sur la joue. Et il retourna vers le château en courant.

-Merci encore pour tout, cria-t-il de loiné

Abasourdie, Mary le regarda s'éloigner.

"Je crois que je vais mettre cet accès de folie passagère sur le compte de la pleine lune qui approche, songea-t-elle."

Et soudain, le rire qu'elle avait retenu depuis si longtemps éclata. Il montait comme les bulles d'un verre de champagne. Il la secouait comme le vent secoue les arbres dans la tempête. C'était un rire libérateur marquant la fin des semaines de tension, un rire gigantesque, un rire démesuré. Mary tomba par terre. Allongée sur le sol, les bras en croix, elle attendit que les vagues de rire se calment. Le regard fixé sur les nuages gris, elle eut l'impression de partir pour un immense voyage. Elle ferma les yeux. Le vent sur son corps, la dureté du sol, le chatouillement de l'herbe... Durant une seconde elle se sentit exister si fort que son coeur menaçait d'exploser. Et ce bref instant avait une saveur d'éternité.