Disclaimer : Les persos ne sont pas à moi, et je ne touche pas d'argent avec cette fic

NDA : Par contre, forcément, il y aura des spoilers mélangés à des situations purement inventées, comme je reprends légèrement la trame de la saison en changeant un peu beaucoup de choses lol, puisque je n'avais vu que le premier épisode d'heroes lorsque j'ai commencé cette fic. Alors désolée d'avance, car il y aura forcément des incohérences, mais je vais m'efforcer d'être à peu près crédible ; même si ça ne reprendra pas le déroulement de la saison…

Chapitre 5

Ne pas se fier aux apparences…

Sylar se faufila dans une autre conduite. Plusieurs cœurs battaient à l'unisson dans la pièce, il sentait des pouvoirs, mais préférait éviter une confrontation directe, du moins sur le moment. Il rampa vers le mur face à lui, et jeta un œil par les rayons de la lucarne.

Mohinder était bien là, debout, face à Bob et sa chère fille. Ils n'étaient que trois alors… Mais il préférait se méfier. La porte s'ouvrit brusquement, laissant la place à un homme assez jeune.

- Mon cher, tes précautions étaient encore désuètes… C'est le branle bas de combat dans les couloirs. J'ai un mort et un blessé parmi mes hommes. Et tu sais que je déteste que tout soit hors contrôle.

Elle fit un pas en avant.

- Papa n'y est pour rien ! On ne sait même pas qui c'est !

L'homme croisa les bras, fixant à nouveau Bishop sans faire cas de la jeune femme.

- Veux-tu des nouvelles fraîches ? Parkman et la gamine ont réussi à se sauver. Soit ils ont fichu un bordel énorme à eux deux, soit ils ont été aidé… Le soldat blessé est dans les vapes, il ne peut nous être utile, les autres ont vu un homme s'échapper. Parkman est assez puissant pour s'infiltrer dans leur esprit afin de leur faire croire ça. Ce qui implique une mauvaise gestion de ses sédatifs, puisqu'il a pu utiliser son pouvoir… Une mauvaise gestion… Donc, c'est de ta faute, Bob. Et tu as intérêt à réparer ça rapidement.

Sylar sentit le soulagement de Mohinder le traverser de part en part.

- Attends Adam, ce n'est pas possible…

- Je n'ai pas fini, le coupa-t-il sèchement, je disais donc qu'une personne extérieure a aussi bien pu intervenir. Après tous les efforts fournis pour nous cacher à nouveau après les dernières évasions en date, ce serait d'un pathétique incroyable, n'est-ce pas ? Je pars maintenant.

Il fit quelques pas face à Mohinder, et releva le visage du généticien d'un geste sec de la main.

- Je pars retrouver ma princesse… pauvre homme, si tu connaissais ce pouvoir incroyable qui coule dans ses veines…

Mohinder serrait les dents, soutenant le regard tourné vers lui sans broncher. L'homme sortit de la pièce en ricanant. Bob regarda sa fille.

- Ne t'avise plus de lui adresser la parole, il est trop dangereux. Es-tu stupide ?

Un petit rire s'éleva de la pièce.

- Vous voyez, ils ont réussi à s'enfuir. Votre forteresse n'est pas si imprenable ! Je partirais moi aussi, et je récupérerais ma sœur !

Bob se tourna vers lui, l'air furieux.

- Je n'en serais pas si sûr à votre place !

Soudain, la jeune fille agrippa Mohinder et le plaqua dos à elle, se tournant vers le soupirail.

- Papa ! Cria-t-elle.

Gabriel se maudit. Attentif à cet idiot de Suresh, il n'avait plus fait attention à la fille.

Il n'avait plus besoin de se cacher. Il explosa le soupirail, et bondit dans la pièce. Mohinder le fixait de ses grands yeux effarés. Elle raffermit sa prise sur lui, un bras entourant sa gorge, et une main posée sur son crâne.

- Si tu fais un pas, je lui grille le cerveau. Quoi que tu aimeras sans doute ça, non ? Lui cracha-t-elle avec mépris.

Sylar eut un sourire mauvais.

- Et en quoi ça me concerne ? Je suis venu me venger, tout simplement. J'ai récupéré mes pouvoirs grâce à cet idiot, et je suis là pour mettre à sac toutes vos précieuses petites manigances…

- Dans ce cas…

Une étincelle jaillit de ses mains, puis le corps de Mohinder fut agité d'un soubresaut. Il poussa un gémissement étouffé. Sylar envoya le jeune fille valser contre le mur d'un seul regard.

- Arrêtez immédiatement ! Cria Bishop.

Il pointa son revolver vers lui.

- Et que croyez vous faire avec ceci ? Vous savez pourtant, après m'avoir gardé si longtemps, quelle est l'étendue de mes pouvoirs.

- Je le sais, répondit posément l'homme, et je connais aussi ceux que vous acquis au cours de votre escapade. C'est pourquoi je tiens ceci vers vous disons, pour la forme… Vous vous êtes mépris du tout au tout sur nos intentions de base. Nous ne comptions pas vous garder prisonnier pour l'éternité. Nous devions savoir à tout prix jusqu'à quel point votre potentiel pouvait se révéler… dangereux… C'est pourquoi nous vous avons injecté le virus. Pour ralentir le processus. Vous êtes incontrôlable. La plupart des… de nos patients, ont toujours été relâchés sans autre forme de procès. Retour à la vie normale sans même se rappeler de leur passage chez nous. C'est ce qui aurait dû arriver la première fois que vous aviez été pris par Bennett. S'il n'avait pas été négligent, nous aurions pu nous rendre compte à quel point vous auriez pu nous être… utile. Savez vous seulement que nous comptions vous offrir un poste au sein de notre compagnie ?

- Un poste ? Cracha Sylar avec tout le mépris dont il était capable.

- Exactement. Votre don extraordinaire doit servir à des fins utiles. N'est-ce pas ce que vous faites, en prenant les données des autres ? Les leur voler pour vous en servir à des fins utiles ? Nous voulions faire de même avec vous. Nous servir de vous afin de faire prospérer la Compagnie. Mais vous êtes tellement buté…

- Bien sûr… et faire exploser mon appartement, c'était à quelle fin utile, si ce n'est ma mort ?

Bob eut l'audace de sourire largement.

- Un simple avertissement. Nous sommes pas idiots au point de croire que vous vous seriez laissé piéger par une stupide bombe. Mais j'avoue que vous m'avez surpris toutefois, voler de la sorte au secours du professeur Suresh… S'il suffisait juste de cela pour que vous restiez avec nous, je peux vous garantir qu'en restant ici, vous pourrez le voir autant de fois qu'il vous plaira.

C'était plus qu'il n'avait envie d'en écouter.

- ça suffit, je pars. Avec lui. Et si vous tenez à la vie, vous feriez mieux de ne pas vous opposer à notre départ.

- Attention !

Il tourna la tête, juste pour voir Mohinder atterrir contre lui. Un éclair le frappa de plein fouet. Il se concentra malgré la douleur, et réussit à envoyer le père et sa fille contre le mur d'une poussée mentale. Ils tombèrent évanouis l'un sur l'autre. Il sentit des bras se glisser sous ses aisselles, pour l'aider à se relever. Mohinder, qui ne se départissait pas de son air mi-méfiant, mi-surpris, le tirait vers la porte.

- Non, pas par là, par où je suis arrivé… murmura Sylar.

Ils se glissèrent par le soupirail, et entendirent la porte s'ouvrir d'un coup. Des voix d'hommes leur parvinrent, alors qu'ils avançaient à vive allure. Ils arrivèrent avec peine jusqu'au dessus de la sortie. Toutes les portes étaient gardées. Sylar se concentra, puis fit fondre une partie du mur. Ils se glissèrent par là à vive allure, et il entraîna Mohinder vers la Jeep. Il était épuisé.

Trois hommes se dressèrent sur leur passage. Mohinder pointa un revolver vers eux d'un air menaçant.

- Laissez-nous passer !

- Professeur ! Que faites-vous ? Vous n'avez pas le droit de quitter l'enceinte de la base !

Les gardes semblaient se demander quelle était la meilleure attitude à adopter. Ils pointèrent leurs armes vers eux avec hésitation.

- Calmez-vous, nous allons vous raccompagner. Baissez votre arme.

Gabriel commençait à respirer avec difficulté. S'il continuait à utiliser encore plus de pouvoir son cerveau exploserait sûrement. Il se sentait complètement vidé. Il n'avait pourtant pas le choix… Que pouvait faire le généticien avec son arme contre trois gaillards pareils ? Il se concentra et les armes fondirent, brûlant les mains des soldats. Ils profitèrent de leurs cris de douleur pour foncer vers le véhicule. Le jeune homme n'avait absolument pas eu le temps comme il l'avait prévu de faire des provisions, mais le principal était d'avoir de l'essence et surtout les clés. Mohinder, après lui avoir jeté un bref coup d'œil s'installa au volant et démarra.

Il n'eut pas le loisir d'aider l'Indien à suivre une route quelconque, sombrant dans une étrange torpeur, à mi chemin entre le sommeil et l'évanouissement.

Il se réveilla brusquement lorsque le véhicule s'arrêta. Mohinder avait les yeux rivés sur lui, et serrait le volant à s'en faire pâlir les jointures.

- Tu… tu vas m'expliquer ce qui s'est passé au juste.

Il avait la bouche pâteuse, et s'étira en grimaçant.

- Bennett m'a expressément demandé de venir à votre secours.

Le généticien eut une expression qui l'aurait fait rire s'il ne s'était pas senti aussi vaseux. Un sourcil arqué, la bouche arrondie, comme suspendue sur une question. Il se reprit et fronça les sourcils, semblant ingérer doucement ces faits.

- Noah ? Et tu as sauvé… Matt et Molly ?

Sylar haussa les épaules.

- Oui. Ne t'inquiète pas, ils doivent être loin à l'heure qu'il est. Ce balourd m'a insidieusement infiltré le crâne pour me prévenir qu'ils chercheraient Bennett, et qu'on devait se planquer tant qu'on n'aurait pas de nouvelles d'eux.

- Et comment fera-t-on ? demanda Mohinder d'un ton cinglant.

- La gamine, idiot, elle nous retrouvera…

Mohinder ne répondit pas et sauta hors de la voiture pour aller farfouiller à l'arrière. Sylar comprit qu'ils avaient épuisé l'essence. Ils avaient du rouler un bon moment alors avant qu'il ne se réveille. Merde, il aurait pu arriver n'importe quoi.

Il s'extirpa avec difficulté de la voiture pour aller l'aider. Il devait faire comme si tout allait bien. Il ne réclamerait son antidote à Mohinder que lorsqu'ils seraient en sécurité. Et qu'il aurait une seringue…

Pas question de lâcher le morceau avant ça, qui sait ce que pourrait faire ce type s'il savait qu'il deviendrait bientôt sans défense ?

Il serra les dents et s'empara du bidon que l'Indien peinait à traîner près du réservoir. Il fit le plein, et remonta dans la voiture.

- Bien, il fera nuit dans peu de temps. Ce sera plus simple pour nous orienter, murmura Mohinder comme pour lui-même.

- Plus simple ? Questionna le jeune homme.

- Oui, avec les étoiles, nous retrouverons le Nord. Lui répondit-il d'un air absent.

Puis il inspira un grand coup, et se tourna à nouveau vers lui.

- Pourquoi ?

- Pourquoi quoi, demanda Sylar d'un ton sec.

- Pourquoi Bennett t'a demandé à toi précisément de venir m'aider ?

- Il savait que je connaissais cette base, du moins celle d'origine, et que je te retrouverais sans trop de problèmes.

Mohinder soupira. Le soleil commençait à se coucher.

- Et pourquoi tu es venu ? Je veux dire… Pourquoi tu l'as fait ?

- Tais-toi, tu m'ennuies avec tes questions idiotes, répondit le jeune homme d'un ton morne.

Il se tourna vers l'autre côté, attentif aux sons de la jungle. Des bruissements de feuille, des respirations et des battements de cœur d'animaux, rien d'alarmant. Il soupira. Pourvu qu'il puisse tenir… Il n'y avait pas de raison, après tout il l'avait fait une fois déjà.

Mais n'avait pas déployé autant de pouvoirs en si peu de temps….

Les premières étoiles apparurent et Mohinder enclencha le contact. Ils roulèrent encore un long moment sur des semblants de vieux sentiers avant d'arriver devant une rivière. Ils n'iraient pas plus loin en voiture.

Sylar leva brusquement la tête, tendant l'oreille. Puis il finit signe au généticien de le suivre sans un bruit. Il ressentit un grand soulagement.

- Là-bas, il y a un pont. Une fois qu'on l'aura passé, on ne sera plus loin de la frontière. Ensuite, on n'aura plus qu'à se trouver un hôtel… On se fera discret un moment, il faudra qu'on parte loin d'ici. Remonter dans le Nord des Etats-Unis. Tu as tes papiers sur toi ?

Mohinder acquiesça en sortant son portefeuille de la poche arrière de son jean.

Gabriel l'entraîna vers l'aval de la rivière. Ils descendirent ainsi le long du fleuve durant un bon moment. Puis le pont apparut au loin. Gabriel étouffa un juron. Des hommes étaient postés devant, armes au poing.

- On doit trouver un autre passage, murmura Mohinder.

Le jeune homme réfléchit. Aurait-il assez de force pour qu'ils puissent se tirer de là ? Ils repartirent d'où ils étaient venus, s'arrêtant à mi-chemin.

- Je devrais faire tomber un de ces gros arbres, mais cela attirerait trop l'attention. Je ne vois qu'une solution… J'espère que tu sais nager.

- Evidement, répliqua Mohinder, mais le courant est bien trop fort, on sera emporté droit vers les soldats avant d'avoir eu le temps de faire trois brasses…

Gabriel ne répondit pas, occupé à inspecter les lieux. Son regard s'éclaire, et il s'enfonça dans la forêt. Il avait trouvé ce qu'il fallait. De grosses lianes qui leur permettrait de ne pas se faire emporter par le courant. Il en attrapa une à deux mains et tira. Elle avait l'air solide. Dans tous les cas, ils n'avaient pas le temps de spéculer ou de faire des essais. La première tentative devait obligatoirement être la bonne.

Ils s'attachèrent chacun à la même liane, et entreprirent rapidement de tester sa résistance. Ça devrait aller. Ça devait aller…

Ils avancèrent jusqu'à avoir de l'eau jusqu'à mi-cuisse. Déjà là, l'eau les fouettait férocement. Ils prirent une grande inspiration et se jetèrent dans le lit du fleuve. Le choc fut brutal. L'eau glacée alliée à la force du courant failli leur être fatale. Sylar dut se servir plusieurs fois de son pouvoir pour ramener Mohinder à lui. Ils avalaient l'eau par trombes, se démenant comme de beaux diables pour atteindre l'autre rive. Ils finirent par atteindre la berge, toussotant et crachotant. Ils étaient gelés et remblaient de tous leurs membres. Ils se laissèrent tomber l'un contre l'autre sur le sol. Le jeune homme avait cru voir sa dernière heure arriver lorsqu'il s'était retrouvé sous l'eau, dans l'incapacité de distinguer le sol du ciel. Heureusement, Mohinder l'avait ramené à la surface, avec bien du mal toutefois.

Ils restèrent un moment allongés. La chaleur était mauvaise. Une multitude de bestioles tournaient autour d'eux, et ils avaient à peine la force de les chasser de la main. L'odeur qui se dégageait des arbres était mauvaise. Un mélange de pourriture moite liée à d'autres effluves étranges. Gabriel se pencha sur le côté pour vomir ce qu'il avait ingurgité la veille.

Mohinder se redressa, détachant les lianes de leurs tailles.

- Allez, il faut qu'on reparte. On ne peut pas rester là…

Trempés jusqu'aux os, ils marchèrent encore pendant environ une heure. Puis Sylar entendit les premiers signes de civilisation. De vieilles bicoques étaient disséminées aux abords de la forêt. Une espèce de bidonville.

Des enfants s'amusaient avec un vieux chien efflanqué, et quelques vieilles femmes préparaient à manger en discutant.

Il se tourna vers Mohinder, un doigt sur la bouche. Ce dernier hocha la tête, et ils s'éloignèrent des habitations. Ils découvrir un vieux sentier qu'ils empruntèrent, pour se trouver devant des barrières grillagées qui semblaient ne plus jamais vouloir se terminer.

Un sourire éclaira le visage du plus jeune.

- Voilà, nous sommes à la frontière !

Il tendit les doigts vers le grillage, faisant fondre ses particules. Ce qui puisa encore considérablement dans ses dernières forces. Ils se faufilèrent par le passage, et marchèrent un bon moment avant d'atteindre une petite ville.

Là, ils volèrent un pick-up et roulèrent une bonne partie de la soirée et de la nuit. Ils se retrouvèrent, épuisés, devant un petit motel miteux.

- Reste caché, mieux vaut éviter de faire savoir que nous sommes deux. Attends-moi là, dit-il à Mohinder.

Il alla chercher une chambre. La réception était une pièce mal éclairée, jaunâtre, où se tenait un vieux petit bonhomme derrière un comptoir noir de crasse. Il donna une clé à Sylar qui lui tendit des billets. Il avait donné une apparence d'homme banal entre deux âges au vieil homme, qui de toute façon lui avait à peine jeté un bref coup d'œil.

Il retourna à la voiture et ils se garèrent devant la chambre. Il se sentait encore plus mal. Il était crevé, avait faim, froid… Un regard à Mohinder lui fit comprendre qu'il devait se trouver dans le même état d'humeur que lui.

- Tiens, dit-il en lui tendant les clés, je vais faire quelques emplettes… J'arrive.

Le généticien ne répondit pas. Son cœur faisait de drôles de bruits. Sylar se demanda ce qui pouvait bien lui arriver. Une sensation de gêne l'étreignit. Il ne put s'empêcher de repenser à cette époque, pas si lointaine, mais qui lui semblait maintenant à plusieurs millions d'années lumières, cette époque où en tant que Zane Taylor, il avait pu s'approcher du gentil professeur si naïf qu'était Mohinder pour mener à bien ses desseins…

Pour récupérer cette fameuse liste, ce Saint Graal qu'il avait tellement convoité…

Il secoua la tête, haussa distraitement les épaules, et fit demi-tour. Ses vêtements avaient séché sur lui, puants de sueur et d'eau croupie. Le généticien était dans le même état. Il devait trouver des vêtements décents. Des chaussures décentes. Le plus tôt serait le mieux.

Sa seule envie actuelle était de dormir, mais il ne comptait pas se balader à poils dans la minuscule pièce.

Il démarra le véhicule, et se rendit dans la ville la plus proche. Il se faufila dans une ruelle, entra par effraction dans un magasin, prit des vêtements, de la nourriture, et surtout à boire. Eau et une bonne bouteille de scotch. Nul doute que cela lui remettrait les idées en place.

Lorsqu'il revint chargé de paquets, Mohinder était endormi sur le lit, la taille ceinte d'une serviette. Il s'était douché. Pas de traces de ses vêtements. Il avait dû les jeter.

Sylar décida de le laisser dormir. Il prit une bonne douche, qui sembla le purifier complètement. Il enfila un caleçon propre et un tee-shirt noir. Puis il sortit de la salle de bain. Le généticien semblait ne pas s'être éveillé du tout. Il sortit des sandwichs tout faits, et les disposa sur la table de chevet avec une bouteille d'eau dont il avait pris une bonne rasade. Puis posa sa main sur le bras de l'indien, qui se réveilla dans un sursaut, l'air hagard.

- Doucement… Je t'ai pris des fringues, et il faut que tu manges.

Il sembla le regarder sans comprendre, puis posa un œil sur la petite table. Il attrapa la bouteille avec avidité et but longuement. Gabriel avait prit un sandwich, et s'appliquait à le mâcher lentement.

Ils mangèrent en silence. Puis Mohinder attrapa les vêtements et s'enferma dans la salle de bain pour s'habiller.

L'horloger en profita pour se servir un bon verre d'alcool. Il s'étonna lui-même, lui qui ne buvait jamais. Mais il après toutes ces émotions, il avait besoin qu'un feu lui descende dans les veines.

Il s'allongea ensuite sur un côté du lit, les yeux rivés au plafond. Qu'allait-il leur arriver à présent ? Il était épuisé nerveusement et physiquement. Il n'avait même pas pensé à s'arrêter dans une pharmacie pour prendre une seringue. Tant pis, cela attendrait demain… Il avait besoin d'un long repos. Il ferma les yeux. Puis la porte s'ouvrit et il sentit Mohinder s'asseoir à côté de lui. Il perçut l'hésitation du généticien.

- Allonge-toi, tu crois vraiment que je serais venu te chercher pour te faire du mal ensuite ? Tu es plus stupide que je ne le croyais !

- Tu es malade.

C'était une affirmation. Pas une question. Sylar rouvrit les yeux et tourna la tête vers Mohinder.

- Oui. J'ai encore besoin de toi, on dirait…

- Comment se fait-il que… ?

Gabriel se redressa en soupirant.

- L'antidote marche très bien, ne t'en fait pas. C'est Bennett qui m'a réinjecté le virus pour être certain que je te trouverais coûte que coûte. Si tu pensais que j'étais venu par pur état d'âme, désolé de t'enlever tes illusions…

L'indien haussa les épaules, et eut un sourire narquois.

- Comme si je pouvais imaginer ça… Pourquoi tu ne me l'as pas dit avant ?

Le jeune homme pinça les lèvres, et se rallongea sur le matelas, tournant le dos au généticien.

- Peu importe. Bonne nuit, répondit-il d'un ton sans appel.

Il avait juste besoin de dormir pour l'instant. Vraiment besoin.

Mohinder éteignit la lumière, et s'allongea à son tour.

Le bruit de leur respiration régulière enveloppa rapidement la chambre d'une atmosphère apaisante.

Au petit matin, Gabriel fut éveillé par un bruit de moteur. Le temps de retrouver ses esprits, il eut juste le temps de voir le pick-up partir. Il pesta intérieurement contre lui-même. Il était donc devenu si faible qu'il n'avait pas entendu le docteur sortir de la chambre. Cet enfoiré profitait de sa maladie pour le laisser en plan.

Il se traita d'imbécile. S'il avait été plus vigilant, l'autre n'aurait rien vu de son état. Il serra les poings, s'habilla, mais ne sortit pas. Après avoir tourné en rond un moment, il se prit un verre de scotch. Suivit d'un autre. Il avait un mal de crâne atroce. La colère l'accentuait encore plus. Il se servit une troisième rasade, pour essayer de faire passer la douleur.

Maudit Suresh !

S'il le retrouvait un jour, il lui ferait payer sa trahison !

Ce n'était que le juste retour des choses, clama une petite voix dans sa tête.

Il prit un quatrième verre. Maudit encore une fois cette foutue Compagnie, toutes les générations de Suresh passées et à venir. Au bout du sixième verre en l'espace d'une trentaine de minute, son esprit se mit à vaciller.

Il s'allongea sur le lit, tenant son crâne à deux mains. La douleur devint fulgurante. Il se retint de crier, et se roula en boule. Des gouttes de sueur coulèrent le long de ses tempes, et dans son dos. Il se sentait vraiment mal…

Il se leva en titubant, pour se passer de l'eau sur le visage. Il se regard dans le petit miroir au dessus du lavabo. Son visage était amaigri, blême, et de gros cernes lui mangeaient les joues. Effectivement, il n'aurait pas pu soutenir le contraire à Mohinder. Il était bel et bien en piteux état.

Allait-il crever ici, dans un motel pourri, seul avec cette sale bouteille vide ?

Il le méritait. Ce point n'était pas tellement contestable… mais il avait quand même accompli des sauvetages spectaculaires. Le sien, et ceux de Suresh. Celui-là….

Il entendit la porte du motel se claquer, et une exclamation étouffée se fit entendre.

- Mais… Qu'est-ce que tu as foutu ?

Il ouvrit la porte avec difficulté, et se trouva face à un Mohinder stupéfait qui tenait la bouteille vide à hauteur de son visage.

- Que… Tu… T'es pas parti ?

Il tomba à quatre pattes, gémissant sourdement. Sa cervelle partait en lambeaux, c'était certain… Il ferma les yeux et se laissa rouler sur le sol. Des mains fraîches se pressèrent contre son front. Mohinder essaya de le redresser mais il était plus lourd que lui. Il tenta de s'agripper au lit pour se hisser dessus avec difficulté. Il tourna le visage vers l'Indien.

- Ma… Tête…balbutia-t-il.

- Ce n'est pas ça qui va t'aider, bon sang ! Éructa Mohinder avec hargne.

Le généticien lui souleva la tête, et le força à avaler un breuvage au mauvais goût. Puis il se sentit sombrer.

Lorsqu'il ouvrit les yeux, une éternité après lui sembla-t-il, le mal de crâne avait disparu. Il avait la bouche pâteuse, et n'avait qu'une idée en tête, se brosser les dents. Il se leva, puis une brusque contraction de son estomac le fit se jeter sur la cuvette des toilettes, où il vomit comme jamais.

Etrangement cela lui fit du bien. Il s'essuya la bouche, et en se redressant, tomba sur le regard désapprobateur de Mohinder.

- Je ne sais pas ce qui t'a pris, mais j'aimerais autant ne pas me coltiner un piètre buveur sur les bras !

Sylar sentit la colère monter en lui. Il détestait se sentir faible devant quelqu'un…

- Je croyais que tu m'avais laissé ! Je… J'étais en colère, alors j'ai bu quelques verres, et puis, et puis…

- Tu es malade. L'alcool n'est en rien un bon remède. Et je ne serais pas parti comme un voleur. Je me doutais bien que c'était pour ça que tu ne disais rien. Tu pensais que j'aurais pu profiter de ta faiblesse pour te laisser en plan, ou pire… te tuer, non ? Mais remets les choses à leur place ! Je ne suis pas un traître, moi !

- Tu en es sûr… ? Répondit Sylar d'une voix suave.

Mohinder le regarda quelques instants, l'air interdit. Puis lui jeta un paquet à la tête.

- J'étais allé à la pharmacie, si tu veux savoir. Pour te soigner. Débrouille-toi, maintenant, je vais faire un tour, j'en ai assez de voir ta tête !

Et il sortit prestement de la chambre avant qu'il ne puisse lui rétorquer quoi que ce soit. Sylar baissa les yeux sur le paquet. Il éprouva une légère honte qu'il chassa au plus vite. Il ouvrit le sachet, et vit des aspirines, des cachets contre les nausées, et d'autres médicaments. Puis, au fond, son précieux sésame… sa seringue. Un sourire marqua malgré lui son visage aux traits tirés. Il avala une aspirine, et passa sous la douche.

Il avait mal jugé le généticien. Cet idiot n'était pas assez téméraire pour partir sans lui. Et en plus il lui donnait tout de suite ce qu'il espérait. S'il le voulait, il pouvait prendre son sang, et l'abandonner à son sort…

Comment réagirait l'homme face à une nouvelle trahison de la sorte ? Ses yeux brilleraient-ils encore du même éclat de haine ?

Il se délecta de cette pensée. Mais il ne ferait pas ça non. Mieux valait l'avoir à ses côtés pour profiter directement du spectacle de toutes les émotions défilant en lui. Pour lui qui ne ressentait rien, cet homme était un enchantement perpétuel. Peut-être… peut-être que s'il analysait son cerveau, il pourrait, lui aussi, ressentir toutes ces choses… ?

Mais s'il faisait cela, le généticien ne serait plus là. Et cette vie semblerait beaucoup moins amusante sans lui.

Il fit rouler la seringue entre ses doigts, attendant patiemment le retour de son camarade. Il se sentait plus faible de minute en minute, mais bientôt, tout cela ne serait plus qu'un mauvais souvenir.

Protéger Mohinder… Se venger de la Compagnie… Le programme l'amusait beaucoup. Mohinder… Il espérait tellement renouer le même genre de relations avec lui que lorsqu'il se faisait passer pour Zane. C'était si amusant, de le voir boire ses paroles avec autant de naïveté, de sentir son cœur battre si vite lorsqu'il était près de lui… Peu à peu, il réussirait, il en était sûr… Même s'il était le pire des meurtriers, même s'il lui avait fait du mal… oui, peu à peu, il saurait adroitement l'attirer de nouveau dans ses filets… Cet homme si intègre… Le torturer mentalement était bon. Délectable… Être près de lui à nouveau était une bénédiction finalement… Il pourrait à nouveau se laisser envahir par ses vieux démons…

La porte s'ouvrit à nouveau. Il leva la tête vers Mohinder qui le regardait, lèvres pincées.

- Merci, lui dit simplement Sylar.

Le généticien sembla se détendre légèrement.

- Il y a un aéroport pas loin, moins d'une heure de route. Mais… Je n'ai pas de passeport, et maintenant c'est obligatoire, même à l'intérieur du territoire…

- Ne t'en fais pas pour ça, lui répondit-il en souriant, avec ça, nous n'aurons aucun problème pour passer les contrôles.

Il lui tendit la seringue. Mohinder la prit, puis sorti une bande de caoutchouc du sac en papier.

Brave Mohinder, pensa Sylar avec amusement… Si tu savais à quel point toi, tu m'es utile….

A suivre………………