Chapitre deux : une étoile dans le coeur
Il existe en France un petit village d'irréductibles gaulois nommé Mouzay, perdu au fin fond de la Meuse profonde, dans le nord est du pays. Un cadre rural et viticole, des gens parlant avec l'accent du pays, tout ici respire la carte postale d'antan, un lieu farouchement archaïque malgré l'avancée sensible des technologies de ces dernières années .Quelques habitants possédaient même encore d'antiques Renault Scènic , voiture datant du début du siècle, préférant ainsi la route du plancher des vaches, animal dont une représentation trônait sur la devanture de l'hôtel de ville, à la voie des airs ...
Il n'est donc pas nécessaire de préciser que ce village peuplé de 500 âmes étaient également un nid de réactionnaires anti-progrès, tant et si bien que même la nouvelle de l'invasion Crogs ne leur était parvenu que une semaine avant la fin de la guerre, provoquant un mouvement de panique sans précédent chez les paisibles retraités, terrorisés par ces aliens venus de si loin dans le ciel étoilé !
Cette nuit là justement, les étoiles brillaient de mille feux dans ce ciel obscure de début d'été ; un paisible silence s'était installé sur le petit bourg, les éclairages des maisons s'éteignant les uns après les autres et on entendait même le murmure des animaux gambadant dans la forêt toute proche mélangé au souffle du vent paresseux...
Soudain un grondement sourd se fit entendre, troublant le mutisme de cette belle soirée: au loin un nuage de poussière s'éleva dans la campagne, et bientot on vit débouler à toute vitesse une voiture volante noire aux vitre teintées. Quelques fenêtres se rallumèrent, des vaches meuglèrent d'indignation et un vieillard sortit même de sa maison en hurlant des jurons à l'encontre de la vile technologie tout en brandissant un ravissant chausson aux motifs écossais. Soudain, le véhicule pila net devant une maisonnette aux volets bleus qui semblait inhabitée, provoquant un bruit strident dut à des freins mal huilés et un redoublement des jurons du papy.
-« Ah bravo, je dois avouer que comme arrivée discrète je n'aurais pas fait mieux ! On vous a pas appris à conduire au ministère ?
Devant le manque de réactions visiblement volontaire du chauffeur du sièges des nations Zaïe fit claquer rageusement sa langue entre ses dents, signe de son agacement. Ouvrant la portière, elle sortit de la voiture en pestant contre le monde entier, hurla au vieux de déguerpir et finalement se retourna en affichant son plus beau sourire innocent :
- Ah au fait mon brave, demain j'irais au lieu de départ seul compris ? Votre conduite est encore pire que la mienne, donc je préfère encore y aller à pieds si cela ne vous importune point ! Sur ce, bonne nuit, duchnock !
Et elle envoya violemment la portière dans l'autre sens, faisant glisser sur son nez les lunettes noirs du chauffeur qui leva les yeux au ciel. Cette jeune fille était une des ambassadrices les plus exaspérantes qu'il n'avait jamais conduit. Non, a vrai dire elle était la plus exaspérante tout court. Durant tout le voyage elle n'avait cessé de râler, de baragouiner dans un dialecte qui lui était inconnu, avait mis de la musique de sauvages au volume maximum, s'était amusé à descendre et monter son siège puis celui du chauffeur, avant de finir par entrer dans une attitude méditative qui avait grandement intrigué le brave homme, étonné du calme que cette gamine si turbulente pouvait avoir. Dieu, pourquoi fallait il que toutes ces jolies jeunes filles fraîches soient aussi impulsive et agaçante ? Après un énième soupir l'homme redémarra la voiture et partit sans demander son reste devant les yeux inamicaux du vieil homme au chausson qui était resté sur son perron, prêt à défendre sa précieuse maison de l'intrusion du monde moderne.
Alors que le silence reprenait peu à peu ses droits et que les habitants se rendormaient, une fenêtre appartenant à la maison devant laquelle la voiture s'était arrêtée s'alluma d'un éclairage étrangement bleuté. Zaïe, à présent assise sur une table poussiéreuse d'un style décoratif révolu depuis des décennies, avait joint ses mains sur sa poitrine et avait fermé ses yeux, la respiration lente ; bientôt une aura bleue l'entoura, éclairant toute la pièce et ses inspirations se firent plus profondes. Ses longues nattes volaient à présent au dessus de ses mains, et tout son corps semblait se détendre peu à peu, avant de s'écrouler mollement contre la table. La magie cessa instantanément, et les paupières de la jeune Nourasienne se soulevèrent lentement, ses pupilles bleues affichant un air contrarié .
Elle se releva en baillant et s'étira paresseusement, la bouche grande ouverte ; ses pieds rejoignirent le sol et elle quitta finalement la pièce redevenue sombre. S'avançant dans un couloir noir, elle n'eut pas besoin d'allumer la lumière pour trouver la porte qui la menait à sa chambre : ce chemin était à présent habituel pour elle, même un peu trop à son gout. Elle tourna la poignet, monta doucement les escaliers grinçants et arriva au grenier ou étaient disposé un unique lit deux places surmonté d'une couverture et d'un édredon fort utile dans cette pièce humide et glaciale, que n'arrivait à chasser la chaleur des journées, et une énorme valise ou se battait en duel de nombreux vêtements, quelques flèches, des dagues, des magazines, un clé à molette et d'autres objets assez inhabituels dans une valise d'adolescente.
Zaïe n'était pas seule dans la grande pièce nue : sous la couette se dessinait une bosse menue qui se soulevait et s'abaissait lentement accompagné d'un bruit de respiration, indiquant que c'était bien un corps endormi qui se trouvait là dessous. La jeune fille se déshabilla prestement, enfila une chemise de nuit trop large pour elle ou souriait un ours délavé, retira les élastiques qui retenaient ses cheveux roux et s'avança vers le lit dans la ferme attention de dormir au moins 5 heures, quand soudain elle interrompit ses pas.
Dans le silence de la nuit, on percevait un bruit quasiment inaudible que Zaïe saisit tout de suite. Elle fronça les sourcils, et s'assit sur son lit, soulevant la couette.
- Eh bien Ellie ? Tu ne dors pas ?
Dans la pénombre à peine troublée par un rayon de lune s'échappant de la lucarne se dessinait un petit corps d'enfant recroquevillé sur lui même. Son visage à demi caché par ses longs cheveux roux, la dénommée Ellie retint soudainement sa respiration à l'appel de son nom, étouffant ses sanglots en essayant visiblement de faire croire à sa sœur qu'elle dormait profondément. Cette dernière sourit, se coucha auprès de l'enfant et rabattit ses couvertures sur elles deux. Il y eut un silence pendant lequel la main de Zaïe s'aventura dans les cheveux de sa jeune soeur qui avait toujours les yeux clos, concentrée à ne pas les ouvrir . L'adolescente soupira :
- Ellie, ce n'est pars parce que je suis plus vieille que toi que tu dois me prendre pour gâteuse... Je sais bien que tu ne dors pas, ta respiration est trop rapide pour cela, et généralement quand quelqu'un a de l'eau sur le visage soit c'est parce qu'il a chaud, ce qui m'étonnerait vu comment on caille par ici, soit parce qu'il pleure. N'ai je pas raison ?
La petite eut un rire étranglé, et , poussant ses cheveux qui cachaient son visage, dévoila son visage : elle ressemblait en tout point à sa grande sœur, ayant les mêmes yeux bleus si espiègles et de longs cheveux d'un roux pétant, mais possédait un visage beaucoup plus rond et enfantin . Son petit menton tremblait tandis que Zaïe passait sa main sur sa joue, recueillant quelques larmes. Enfin, n'y tenant plus, Ellie se précipita contre la poitrine de sa grande sœur, y pleurant de toutes ses forces, ses petites mains s'agrippant désespérément à sa chemise de nuit, ses : Zaïe enserra la petite de ses bras, et ferma les yeux, attendant que ses larmes se tarissent.
- Chut, ne pleure plus, je suis là imoto... murmura elle en la berçant
- Nee... Nee-san !
Mais incapable de dire un mot de plus, la petite se tut, faisant froncer les sourcils de sa grande sœur.
- Ellie, qu'est ce qu'il s'est passé ?
- R...Rien du tout ! s'exclama un peu trop vite la petite fille en enfuyant son visage contre celui du nounours aux couleurs délavées
Zaïe leva les yeux aux ciel ; elle se releva brusquement, entraînant sa petite sœur avec elle qui eut un hoquet de surprise , se retrouvant assise sur les jambes de sa grande sœur qui avait saisit son menton entre ses doigts, la forçant à la regarder.
- Ellie, dis moi ce qu'il y a eu. Déjà pourquoi la vieille chouette n'est elle pas là ?
La vieille chouette était le surnom assez peu affectueux qu'avait donné l'adolescente à sa tante qui les logeait, elle et sa sœur depuis 3 semaines dans sa grande maison . Zaïe ne l'aimait pas, la sachant carrément hostile aux Nourasiens dont elle avait découvert l'existence avec ses deux nièces, et interdisant même à ses triplettes , Clara, Léonore et Johanna, de jouer avec Ellie sous prétexte qu'elle n'était qu'une « sale alien alliée aux Crogs ».
A vrai dire ce n'était pas de plein grès que la femme les prenait elles deux en vacances ici, mais un arrêté présidentiel combiné à une coquette somme d'argent l'avait étrangement rendu tout à fait coopérative. Pourtant elle se vengeait de cette intrusion chaque jour, ne leur adressant la parole qu'uniquement par nécessité et leur ayant réservé le grenier humide et moisi comme chambre . Pourtant, malgré ces nombreux désagréments, Zaïe avait décidé de rester ici avec sa soeur pour le bien de sa mission : personne à part le ministère et l'ex équipe terrienne ne connaissait l'existence de Nourasie, et il était hors de question de débarquer ici dans un hôtel du coin !
- Elle... elle est allé à l'église avec Léonore, Johanna et...et...Clara .
- Elle t'a laissé toute seule ici ? Elle m'avait pourtant juré qu'elle ne recommencerait pas ! Quelle enfoirée! s'exclama Zaïe
Ellie prit peur devant l'expression de colère qu'affichait à présent sa soeur et ses pleurs reprirent de plus belle. Zaïe se mordit la lèvre et tendit des bras rassurant à sa petite soeur qui s'y blottit en reniflant.
- Allons, excuse moi, j'ai passé une longue journée, c'est tout, gomen nasai ... Il s'est passé autre chose n'est ce pas ma puce... Tu n'as pas peur habituellement tout seule non ?
- Je...non... mais tu vas me crier...
- Vas y, je ne te gronderais pas...à moins que tu m'annonces que tu as perpétré un attentat contre le roi, là je suppose que je serais dans l'obligation d'omettre une légère protestation !
Ellie sourit : elle aimait l'humour et la bonne humeur de sa soeur quelle que soit les circonstances, cela la rassurait. Elle plongea son regard dans le sien, prenant une grande inspiration :
- Tante Laurence m'a crié très très fort parce que ... j'ai utilisé ma magie sur Clara.
- Pardon !
- Tu vois ! tu te fâches ! couina Ellie
Zaïe soupira de nouveau et ferma les yeux, sentant une migraine poindre le bout de son nez ; son sommeil réparateur allait visiblement devoir attendre. Quand elle souleva de nouveau ses paupières elle vit que sa petite soeur la regardait anxieusement et penaude, craignant sûrement de se faire disputer. L'adolescente prit les mains de sa petite soeur entre les siennes et la regarda avec sérieux.
- Ellie, commença elle, tu sais très bien qu'à Nourasie comme sur Terre tu ne dois utiliser ta magie qu'avec moi, et surtout pas à l'encontre d'autre personne ! Tu n'es pas assez expérimentée, tu aurais pu la blesser gravement ou pire !
- Mais elle t'a insulté !
- Laisse moi deviner, elle a dit que j'étais une pute Nourasienne qui suçait tous les mâles qui le désirait ?
- Oui, répondit avec étonnement la petite fille, comment tu le sais ?
- C'est l'insulte préférée de sa mère, soupira Zaïe, et de toute façon ni toi ni Clara ne savez ce que cela ne signifie n'est ce pas ?
Ellie hocha la tête avec perplexité ; elle ne connaissait en effet la signification de ces mots étranges, pourtant elle avait compris que cela n'était absolument pas une preuve de sympathie envers sa grande soeur, et cela avait mis dans une rage folle la petite d'habitude si calme et douce.
- Et que lui as tu fais ? questionna de nouveau Zaïe
- Je l'ai fait voler dans les airs et je l'ai fait tourner comme une toupie ! avoua la petite
- PARDON !
-Tu te répètes Nee-san...
Cette fois-ci se fut au tour de Zaïe d'afficher un air perplexe : faire voler une personne était un sort très dur à maîtriser, et à sa connaissance sa petite soeur n'en était pas encore à ce stade d'apprentissage, elle le savait d'autant plus que c'était elle-même qui enseignait la magie à sa petite soeur, aucun maître de Nourasie ne voulant s'occuper d'un enfant aussi jeune, et surtout d'une fille ! La jeune Nourasienne ne put s'empêcher de sourire de fierté, mais bien vite se fut un bâillement qui pris le dessus.
- Bon Ellie j'espère que tu ne recommenceras plus. On en reparlera plus tard, là je suis crevée et demain une rude journée nous attends alors...
- Pourquoi une rude journée ?
- Demain nous retournons sur Nourasie imoto ! Et avec l'équipe Terrienne en bonus !
- Vrai ! On repart au château ?!
Au hochement positif de sa soeur, Ellie se jeta en poussant des cris de joie sur elle, la poussant sur le matelas ou elle se retrouva bientôt allongée de tout son long.
- Nee- san ! C'est génial, si les Terriens viennent avec nous cela veut dire que le traité va être signé ! Alors la paix va revenir, et plus personne ne nous insultera à cause de là d'ou on vient, ni sur Terre ni sur Nourasie, n'est ce pas !
- Oui Ellie... Je suppose que oui. Allez, il faut dormir maintenant.
Et alors que le silence revenait pour de bon et que sa petite soeur fermait définitivement les yeux blottit contre elle, Zaïe sentit un net malaise grandir en elle : il fallait vraiment être une enfant aussi naïve et innocente qu'Ellie pour penser que ce simple bout de papier officiel changerait la mentalité de chacun et réglerait tous leurs soucis ...
Quand ils arrivèrent au point de rendez vous convenu, au cœur d'une forêt verdoyante et touffue, les membres de l'équipe terrienne n'avaient pas fière allure : les traits tirés, la plupart avaient passé la nuit à cogiter sur la mission qu'on leur avait en sommes toute imposée. Rien ne leur garantissait qu'ils reviendraient vivant, rien ne leur garantissait qu'on leur avait dit la vérité... Ils étaient anxieux, et pourtant ils étaient là. Par dépit peut être, mais aussi par espoir de pouvoir enfin vivre en paix dans cette galaxie, espoir jusqu'ici systématiquement déçu.
Seule Eva ne semblait inquiète, ou du moins pas pour les mêmes raisons que les autres ; la jeune fille, habituellement si peu regardante sur sa tenue vestimentaire les jours de repos, avait vidé son armoire au moins trois fois avant de trouver une tenue qui ne lui semblait ni trop large, ni trop moulante, ni trop voyante...Epuisant par la même occasion son père dont l'évidente impatience de revoir son ami agaçait. La soirée précédente, sa fille avait passé 3 bonnes heures à lire des lettres que le prince de Nourasie lui avait envoyé, et que le président des Nations avait soigneusement censuré, passant plusieurs fois du rire aux larmes , l'émotion se lisant dans ses yeux. Et d'un cote cela ennuyait grandement Don Wei.
Eva était une jeune fille solitaire, son père le savait ; jamais en un an elle ne lui avait parlé d'une quelconque connaissance ou d'un ami à son école, et le week end elle restait avec lui, ne sortant pas en ville comme les adolescents de son âge. Evidemment l'homme était ravi de pouvoir passer tout ce temps avec sa fille qu'il voyait assez peu la semaine à cause de son travail astreignant, mais il se doutait que sa fille n'était pas heureuse de sa situation, et cela le peinait au plus haut point. Mais comment rendre heureuse une jeune fille de 16 ans lorsque l'on était un vieux croûton de 45 ans et son père de surcroît !
Bien sûr il aurait pu la laisser revoir Stan, Koji et Rick . Mais il s'y refusait catégoriquement ; les revoir lui aurait rappelé la course d'Oban, et cette tragique histoire à propos de Jordan ce gamin qui l'avait tant aimé, et justement ce fameux prince... Si loin d'elle actuellement. Non, assurément Don avait bien fait de l'éloigner du milieu de la course, lui épargnant ainsi de pénibles souvenirs, et assurant par la même occasion au père qu'il ne perdrait pas sa fille comme il avait perdu sa femme , sur un star racer...
- Evaaaaaa ! Les mécanooooos ! Riiiiiick ! Vieux croûton !
- Nee-san, arrête tu vas les fâcher !
Don Wei releva soudainement la tête, son expression faciale indiquant qu'il n'avait pas tellement apprécié l'appellation de Zaïe qui leur faisait de grands signes accompagnée d'une fillette de 10 ans souriante. Eva répondit en levant le pouce et s'avança d'un pas décidé vers les deux sœurs, tandis que Stan soupirait :
- Décidément, je me demande dans quoi on s'est embarqué...
- Seul l'avenir nous le dira ! répondit sans enthousiasme Rick
- Déjà si on avait un vaisseau cela irait mieux, commenta ironiquement Don
- Oh mais il y en a un ! S'écria Zaïe qui venait d'apparaître mystérieusement derrière Koji qui sursauta un grand coup
La jeune Nourasienne poussa gentiment mais fermement le japonais qui n'émit pas grande résistance, suivit de près par le jaloux Stan et le duo Rick et Don qui n'en finissaient plus de râler sur leur sort. Arrivés au centre même de la clairière, Zaïe consentit enfin à lâcher le col de Koji et mit ses mains sur ses hanches, affichant une mine contrite.
- Bon, j'admet que ce n'est pas un très grand vaisseau, mais cela devrait suffire à nous amener tous à bon port !
- Mais quel vaisseau ? Il n'y a rien ici, juste du vide ! s'étonna Eva
- Nee-san, tu as oublié de désactiver le sortilège de protection ! rit Ellie
Les quatres hommes eurent un sursaut commun, n'ayant visiblement pas encore prêté attention à la petite Nourasienne qui se tenait devant eux, un grand sourire aux lèvres.
- Ah exact ! s'écria Zaïe en se frappant le front de sa tête, je vais aller régler ça. Au fait tout le monde, ajouta elle en se retournant vivement vers Koji qui s'immobilisa brusquement en se trouvant à quelques centimètres d'elle, je vous présente Ellie, ma petite soeur ! Elle fait partie du voyage.
Avant que Rick eut le temps de soupirer une nouvelle fois, Zaïe joignit ses mains en murmurant une formule inaudible, et un vaisseau apparut soudainement à quelques pas de lui, brillant d'un aura bleu. La jeune Nourasienne, saisissant avec poigne la valise d'Eva qui trainait là, s'inclina ridiculement en même temps que la porte s'ouvrait, se retenant à grande peine de rire :
- Le vaisseau de mademoiselle messieurs est avancé ! Si vous voulez bien me faire l'honneur...
Et en à peine quelques minutes l'ex équipe terrienne se retrouva assise et solidement attachée dans un vaste star racers, et s'envolaient devant les yeux médusés des oiseaux affolés par ce congénère si grand et bruyant, le dit animal de fer étant conduit par Ellie elle même, au grand désespoir de Don Wei.
- Pourriez vous mademoiselle m'expliquer pourquoi notre pilote n'est autre qu'une simple gamine ? soupira il pour la énième fois
Zaïe, adossé à un pneu de secours, laissa échapper un grognement d'agacement. Ils étaient tous 6 assis, ou pour certains avachis, dans la pièce principale du vaisseau grise et froide, la seule touche de couleur étant le rideau rose à fleurs jaunes horriblement kitsch qui les séparait du cockpit ou conduisait Ellie . Eva somnolait sur l'épaule nue de Rick qui fixait la jeune Nourasienne, tandis que Koji et Stan fixaient les nombreux outils éparpillés sur le sol avec une attention soutenue.
- Tout simplement parce que je ne sais pas conduire de Star Racers alors qu'elle si !
- Et que fait votre petite sœur sur Terre avec vous ?
- Non mais quelle curiosité ! s'indigna faussement Zaïe en décochant un regard moqueur à Don Wei, ne me dites pas que vous n'avez toujours pas compris que nous étions Terro-Nourasienne !
Au grand silence qui suivit, Zaïe comprit que en effet personne n'avait encore fait cette déduction. Elle eut un regard tragi-comique à l'encontre d'Eva qui lui répondit avec un sourire mal assuré.
- Aaaah, ils n'avaient pas deviné ! A votre avis pourquoi suis je aussi hyperactive et hystéro-joyeuse ?
- Parce que tu es une sale gosse mal élevée ? se risqua Stan qui reçut un pneu de plein fouet quelques micro-secondes plus tard
- Tss, évidemment que non, c'est par mon sang de terrienne que je suis ainsi ! répliqua Zaïe qui récupéra le pneu du visage du mécano, lui laissant une jolie marque rougeâtre sur le nez, ne croyez pas que les Nourasiens sont comme moi, vous risqueriez d'être fortement déçu !
Eva se gratta la tête : en effet Aikka et son maîtres ne s'étaient jamais amusé à lui envoyer des pneus par mécontentement et ne se baladaient pas avec un sempiternel sourire moqueur aux lèvres, contrairement à la terro-nourasienne qui se faisait visiblement une joie de frapper tout ceux qui la contrariait, y compris Rick qui venait d'esquiver de justesse une boite à outils volante pour avoir oser demande à Zaïe si les Nourasiennes étaient aussi bien fichue qu'elle.
- Tu ne sauras rien du physique des Nourasiennes satyre, claqua elle en se rasseyant sur son pneu qui plia sous son poids, mais néanmoins je m'estime dans le droit de vous indiquer que les nourasiens sont très fervents vis à vis de la famille royal, assez réservés et complètement dévoues à la cause nationale... Ne vous avisez jamais de critiquer quoi que se soit de Nourasie si je ne suis pas avec vous, vous risqueriez d'y passer !
- De vrais japonais quoi... marmonna Koji dont le visage s'assombrit singulièrement
- Exactement ! S'exclama Zaïe en frappant du poings sur le pneu qui émit un sifflement de protestation, le peuple nourasien ressemble en tous points au peuple japonais ! Même coutume, même langue... Ils sont juste beaucoup moins frustrés sexuellement parlant, mais ça c'est une autre histoire... ajouta elle en jetant un regard amusé à Eva qui était devenue rouge pivoine
- Super, marmonna Stan voyant son petit ami pâlir de minutes en minutes
- Même langue ? s'étonne Don Wei, vous voulez dire que vous ne parlez pas uniquement le français ?
Le visage de Zaïe se tendit soudainement, et Don s'écarta quelque peu de la jeune fille, ayant sûrement peur de se prendre un ustensile quelconque en pleine face . Il y eut un silence un peu tendu ou on n'entendit plus que le bruit des moteurs vombrissants.
- A vrai dire... commença la jeune fille d'un ton étonnement mal assuré, le français n'est pas leur, enfin notre, langue maternelle. C'est celle des Crogs, elle nous a été imposé. Mais entre nous nous parlons le Nourasien , ou le japonais si vous préferez, ça fait partit de notre culture... C'est un sujet tabou là bas, je vous déconseille de l'évoquer, tous risqueraient de le prendre très mal.
Don Wei hocha la tête gravement. La situation n'était donc pas si tranquille que cela, discréditant les indications rassurantes et hypocrites de ce fichu président... Fronçant les sourcils, il se tourna vers sa fille qui fixait à présent Zaïe d'un drôle de regard, mélange de compassion et d'incompréhension :
- Chérie, tu voudrais bien aller voir la petite soeur de Zaïe deux minutes s'il te plaît ? J'ai à lui parler ... en privé.
- Mais enfin, pourquoi est ce que j'ai pas le droit d'entendre moi aussi ? Papa ne commence pas je...
Toutes protestations de la part d'Eva furent coupées net par la main de Zaïe qui surgit de nulle part, baillonant la jeune terrienne.
- T'inquiètes, j'te raconterais tout miss, chuchota elle à l'oreille de la jeune pilote
- Mais...
Eva chercha quelques soutiens auprès de Stan et Koji mais ceux ci détournèrent ostensiblement le regard, visiblement embarrassés. La jeune fille sentit soudainement une colère sourde monter en elle.
- C'est dégueulasse ! Je suis tout autant concernée que vous dans ... mhphphphpph...
- Allez Eva, va voir Ellie si elle n'a pas besoin d'aide ! Et n'essaye pas de me mordre, d'autres ont déja essayé avant toi, et à présent ils habitent l'autre monde... prévint gravement Zaïe avant de lui sourire gentiment
Eva se dégagea violemment de l'étreinte forcée de Zaïe et tourna les talons en pestant contre son père, le président, l'école, le système et la galaxie entière en général, déclenchant le rire si excentrique de la jeune Terro-Nourasienne restée derrière elle ; cette fille lui plaisait vraiment, et elle ne pouvait rêver meilleure complice pour faire passer un sale quart d'heure à la noblesse Nourasienne... Ce séjour risquait d'être assez amusant en fin de compte !
Ellie aimait piloter. Sa passion c'était la course, la vitesse, toutes ses choses qui faisait grimper l'adrénaline et augmenter le rythme des pulsations de son cœur. Depuis toute petite, depuis que son père l'avait emmené dans son atelier de star racers, elle voulait être pilote et rejoindre les étoiles, si lointaines dans le ciel...
Cela pouvait paraître étrange pour une jeune fille de son âge, et beaucoup de filles dans sa classe se moquait d'elle : une Nourasienne monter dans un star Racers ? Quelle drôle d'idée ! Un nourasien qui se respecte monte des insectes, mais certainement pas ces drôles de machines faites de tôles. C'était impensable, d'autant plus que les femmes ne pouvaient accéder au monde de la course ; à vrai dire la femme Nourasienne n'a pas énormément de domaine ou elle est autorisée à exceller.
Mais voilà. Ellie n'était ni Terrienne, ni Nourasienne : elle était les deux à la fois, vivant ainsi de deux cultures. Et tandis que sa grande sœur avait su montrer à tout Nourasie que même une fille pouvait maîtriser la magie, Ellie comptait bien prouver au Terrien que même une fille d'origine Nourasienne pouvait conduire une star Racers. Après tout elle avait ça dans le sang, son père n'était il pas mécano ?
- Ellie ?
- Ah !
La petite cria de surprise lorsqu'elle sentit la main d'Eva sur son épaule. Celle ci eut un sourire s'apparentant plus à la grimace et s'assit dans un coin du cockpit avec un air bougon, sans expliquer à la petite fille la raison de sa venue ni de sa mauvaise humeur. Décidant qu'aujourd'hui n'était pas un jour triste, elle enclencha le pilote automatique et vint s'asseoir sur les genoux juste devant Eva qui la regarda plutôt étonnée.
- Eva, c'est vrai que t'es pilote de star racers ?
- J'étais, corrigea la jeune fille, il y a un an c'est moi qui ai gagné la grande course d'Oban...
- C'est vrai ! s'exclama la petite en battant des mains admirative, alors tu as même battu Prince Aikka ! Tu dois être très très forte !
- Pas tant que ça visiblement, même mon père m'a interdit de reprendre les courses... Ca veut bien dire que j'étais médiocre.
Le sourire d'Ellie disparut ; c'était bien ennuyeux, elle qui avait espéré arracher un sourire à Eva n'avait réussi qu'à l'assombrir encore plus... Soudain elle eut une idée lumineuse ; prenant la main de la jeune fille, elle y tira de toute ses forces afin de mettre debout.
- Mais, qu'est ce...
- Eva ! Je suis sûre que tu es la plus forte de toutes les pilotes de star racers du monde entier ! Conduit un peu le vaisseau si tu veux, de toute façon ton papa regarde pas !
Eva, à présent sur ses pieds, regarda la petite Terro-Nourasienne ; cette petite était vraiment adorable... Puis son regard dévia vers le cockpit, ou se trouvait un rocket-seat, ressemblant assez à celui qu'elle avait jadis possédé . Un frisson la parcourut, l'envie se faisant de plus en plus forte, et elle avança très lentement des manettes, les effleurant du doigt. Conduire de nouveau un vrai vaisseau, et ne pas se contenter de les essayer tous moteurs éteins, retrouver ce sentiment d'excitation et de peur mélangées...
- Je... je veux bien essayer un petit peu... dit elle doucement pour le plus grand plaisir d'Ellie qui déjà poussait avec entrain Eva sur le siège.
Elle s'assit doucement, comme de peur de casser l'engin. Si son père la découvrait ici en train de piloter il serait sûrement fou de rage... Mais peu lui importait ; elle désenclancha le pilote automatique, et ferma ses mains sur les manettes. Derrière elle entendit Ellie applaudir en riant :
- Bah tu vois, tu conduis bien ! C'est sûrement parce que ta mère c'est Maya Wei... Elle était si forte !
- Oui, c'est vrai, acquiesça Eva avec un sourire, elle était très forte.
La petite fille s'agenouilla près des manettes, regardant avec attention chaque mouvement d'Eva, espérant ainsi progresser dans sa conduite qui était encore très raide, à cause de son jeune âge.
- Est ce qu'elle te manque ?
- Qui ?
- Ta maman...
La jeune fille gardant son regard fixé sur le pare brise, esquissa un sourire :
- Moins maintenant. Mais au début c'était très dur .
- Moi il me manque tout le temps !
Ellie avait presque crié ces mots, provoquant un fronçement de sourcils perplexe d'Eva.
- Excuse moi, murmura la petite fille d'un air penaud
- Ce n'est pas grave, la rassura Eva, de qui parles tu ?
- De mon papa... Il est mort quand j'étais plus petite...
- Je suis désolé.
- C'est pas grave ! S'écria la petite Terro-Nourasienne, j'voulais t'en parler un peu, parce que toi tu sais ce que c'est d'avoir perdu quelqu'un non ?
Eva hocha la tête gravement.
- Et à ta maman tu ne lui en parles pas ?
Ce fut au tour d'Ellie d'afficher un air sérieux.
- Je n'ai pas de maman, confia elle, je ne l'ai jamais connu en fait. Elle est partie quand je suis née, et elle est jamais revenue. Nee-san ne m'en parle jamais, je crois qu'elle la déteste vraiment...
- Vraiment ?
La petite fille ouvrit la bouche pour répondre mais la ferma bien vite à l'apparition de sa soeur qui venait de soulever le rideau.
- Eva tu peux reven... Tiens ! Ellie a enfin consentit à passer la main à quelqu'un d'autre ? Je suis atrocement jalouse de toi Eva, même à moi, sa propre soeur, elle m'a refusé cet honneur! s'exclama elle en faisant mine de pleurer à grosses larmes sous les rires de sa soeur qui se jetta dans ses bras
- Au fait, de quoi avez vous parlé finalement ? Murmura discrètement Eva
Zaïe lui jeta un drôle de regard et posa ses mains sur ses hanches, tandis que sa petite soeur grimpait sur son don.
- Oh, trois fois rien, il m'a demandé si les Crogs étaient toujours sur Nourasie, sur quoi je lui ai aimablement répondu...
- Mademoiselle ! Cette information est top secrète ! s'indigna au loin Don Wei, je refuse que...
- QUE LES CROGS SONT EN EFFET PARTIS DE NOURASIE, JUSTE APRES LA FIN DE LA GRANDE COUUURSE ! coupa l'adolescente en riant aux éclats tandis qu'Ellie s'excusait bruyamment auprès du chef d'écurie du comportement de sa soeur tout en essayant d'empêcher celle ci d'envoyer à l'autre bout du vaisseau un baril d'essence.
Eva sourit . Elle était au beau milieu de nulle part, conduisant dans un vaisseau trop petit au coté de bruyantes sœurs excentriques, en route vers une planète inconnue et peut être hostile...et elle se sentait étrangement bien.
A vrai dire elle ne s'était jamais sentie aussi bien depuis bien longtemps. Voire même une année entière...
