Chapitre 8 : La mélancolie de l'insecte
- Et celle ci elle me va ?
Yume apparut de derrière le paravent peint, vêtue d'une longue robe de mousseline bleu pâle découvrant ses épaules et laissant apparaître ses pieds nus. Eva sourit et lui fit signe de s'approcher :
- Pas mal, faut juste que j'arrange les épaules... Comme ça c'est parfait !
La jeune princesse eut un sourire radieux ; c'est avec cette expression de félicité totalement innocente qu'elle avait réussi à attirer Eva dans sa chambre afin de lui faire voir ses robes et d'avoir son avis, bien que la terrienne tenait en horreur ce genre d'essayages . Mais ça avait eut l'air de lui faire tant plaisir qu'elle n'avait put résister, et avait ainsi découvert l'immense chambre de la petite fille, bien plus grande que la sienne qui était pourtant d'une taille respectable ; le lit à baladin (ou elle aurait pu allonger au moins 5 comme elle) ou elle avait pris place était à présent jonché de robes en tous genres, de la plus légère à la plus couverte, toutes aussi somptueuses les uns que les autres, de broches, de chaussettes, de chaussures, de bijoux, de breloques... Eva en avait la tête qui tournait devant l'étendue de l'armoire de la petite fille qui ne semblait pas avoir de fond : c'était sans doute ça qu'on appelait la vie de château...
- Dis moi Eva-chan, pourquoi tu ne portes jamais de robes ou de trucs de...euh...
- Tu veux dire des trucs de filles ? rigola la pilote en comprenant que la princesse n'avait pas osé finir sa phrase de peur de la froisser
- Oui voilà ! Je suis sûre que tu serais très belle avec une robe..., commença la rouquine en fouillant dans sa malle, comme ça !
- Je ne serais pas très à l'aise là dedans tu sais... marmonna Eva devant la robe bustier blanche assez courte qu'elle lui tendait triomphalement
Alors que la terrienne se préparait à esquiver une attaque de la petite nourasienne visiblement décidée à lui enfiler la robe pourtant trop petite pour elle de force, la porte de la chambre s'ouvrit brusquement, dévoilant un Aikka en tunique et pantalon blanc brodés d'or, les pieds nus et les cheveux détachés tombant sur ses épaules, l'air tout sauf éveillé.
- Yume tu n'aurais pas vu ma...
La vue d'Eva affalée au pied du lit de sa petite soeur, laquelle se promenait à présent en culotte devant elle, sembla le réveiller tout à fait ; ses yeux ronds passèrent du tas de vêtements échoués au sol à l'expression rigolarde de Yume, puis il finit par soupirer en secouant la tête, et referma la porte d'un air résigné.
- Quelqu'un pourrait il m'expliquer...
- Bonjour Nii-san ! s'exclama la jeune princesse en lâchant la robe sur la tête de la terrienne, j'ai invité Eva-chan à venir jouer un peu avec moi !
- Imoto, tu ne dois pas embêter Eva...
- Mais elle ne m'embête pas tu sais Aikka, au contraire !
Le prince se tourna vers son amie qui s'était dépêtrée de sa prison de tissus, les joues rouges, osant à peine croiser ses prunelles brunes avec les siennes ; il était si beau les cheveux détachés et ainsi vêtu !
- En tout cas Oniisan c'est toi le plus malpoli de nous deux ! signala sa petite soeur d'un ton bougon, les mains croisées sur sa poitrine nue, tu es en habits de nuit devant ton invité ! Cela ne se fait pas !
Aikka allait répliquer, le visage soudainement cramoisi, mais Eva le prit de court :
- Habits de nuit... Tu es en habit de nuit Aikka ! s'exclama elle les yeux ronds
- Euh, oui, je te prie de me pardonner de...
- Non, mais ça ne m'embête absolument pas mais... tu es sûr que c'est un pyjama ça ?
Jamais la terrienne n'avait vu un pyjama aussi luxurieux , tant les broderies étaient fines et soignées et tant il allait bien à son ami, dévoilant sa silhouette fine et musclée ; elle se demanda intérieurement comment on pouvait dormir avec un aussi beau vêtement sans avoir peur de le froisser.
- Pourquoi Eva-chan, toi tu ne dors pas avec un...pa-ja...ma ? demanda Yume d'un air intrigué en grimpant sur ses genoux
- Un pyjama, corrigea elle en passant ses bras autour de ses petites épaules brunes, si si j'en ai un mais pas si...euh...beau ! En vérité ce que ton frère porte je pourrais très bien le porter dans la rue !
Deux regards bleus et ronds accueillirent sa déclaration.
- Ne raconte pas de bêtises Eva-baka ! ria Yume, ce ne sont pas des vêtements dignes pour une sortie !
- Toi arrête d'importuner Eva et file t'habiller !
- Roh t'es vraiment de mauvais poil ce matin Oniisan !
Néanmoins la petite fille obéit à son grand frère et partit prestement dans sa salle de bain personnelle afin de se vêtir, laissant Eva seule avec son ami qui s'avachit à ses côtés en soupirant, visiblement épuisé. Un long silence embarrassé s'installa entre les deux amis, n'osant se regarder, tel deux adolescents amoureux...
Qu'ils étaient certainement.
- Tu m'as l'air fatigué... commença maladroitement la jeune pilote en se tournant franchement vers le prince qui lui adressa un sourire
- Plutôt oui, toutes ces réunions et ces protocoles sont terriblement épuisants... Pour être franc j'ai hâte que tout cela prenne fin !
Elle hocha la tête ; c'était certainement le désir de chacun.
- Zaïe aussi a l'air très fatigué... Elle assiste elle aussi aux réunions ?
- Non ce n'est pas tout à fait ça...
Devant le regard inquisiteur de la terrienne Aikka sembla avoir une hésitation :
- Je suis désolé Eva, mais je ne peux vraiment pas t'en dire plus. Si Zaïe veut t'en parler, elle le fera, mais je ne la trahirai pas.
- Très bien, je comprend, murmura la terrienne un peu déçue, mais dis moi tu m'as l'air de bien connaître Zaïe... Vous êtes amis ?
Le sourire d'Aikka s'élargit, ce qui provoqua un léger sentiment de jalousie au creux du ventre de la jeune pilote, qui s'en étonna quelque peu.
- Je crois qu'on peut dire ça oui...
- Enfin, toi le Prince de Nourasie et Zaïe l'ex-domestique, c'est assez étonnant !
Pas aussi étonnant que Aikka le prince nourasien et Eva la roturière terrienne, pensa celui ci avec une pointe d'amusement devant l'air curieux de son amie.
- A vrai dire on se doit mutuellement une fière chandelle... Elle m'a en quelque sorte « humanisé », c'est elle qui m'a fait prendre conscience qu'avant d'être prince j'étais l'égal à tous, domestique... comme pilote de course rebelle !
La terrienne sourit, flattée de se voir citer dans les propos de son ami.
- Quant à moi je... Mais je ne sais pas si ça va vraiment t'intéresser...
Eva ne répondit rien et rapprocha ses genoux de son menton comme elle l'avait fait lorsqu'il lui avait conté l'histoire des fleurs bleues ; Aikka se sentit soudainement l'âme d'un conteur captant l'attention de ses jeunes spectateurs.
- Bon très bien... Mais tu dois me promettre de ne pas répéter ce que je vais te dire, Zaïe pourrait avoir de gros problèmes si ça se savait !
Elle hocha la tête.
- En vérité... C'est moi qui ai appris les arts martiaux et la magie à Zaïe. Enfin, du moins partiellement. Nous devions avoir dans les 13 printemps quand nous nous sommes connus, et je lui avais proposé de l'aider à développer son potentiel ... qu'elle avait énorme par ailleurs ! Elle avait déjà quelques bases qu'elle avait appris seule grâce à des livres, mais apprendre de cette façon ça ne mène jamais bien loin ...
- Mais ou est ce que vous vous entraîniez sans vous faire voir ?
- Près de la clairière aux fleurs bleues ou je t'ai emmenée l'autre soir ; on ne s'entraînait que la nuit, ainsi notre discrétion était maximale !
Eva regardait Aikka d'un air plutôt perplexe ; celui se sentit un peu blessé du fait qu'elle ne le croyait visiblement pas.
- Eva, je t'accorde que cela peut paraître incongru, mais c'est la vérité ! Zaïe a toujours eu ça dans le sang, je n'ai eu qu'à lui apprendre quelques mouvements pour qu'elle atteigne sa force actuelle et...
- Je ne remet pas en cause cette histoire d'entraînement Aikka ! s'exclama la terrienne, seulement je ne comprend pas trop comment l'on passe d'un stade de domestique inconnue de tous à amie du prince ...
Elle se tut un instant, de peur de vexer le prince par ses propos peut être un peu trop brusques, mais se décida à poser la question qui lui brûlait les lèvres :
- Comment vous êtes vous exactement rencontré ?
Aikka soupira .
- Ce n'est pas vraiment un bon souvenir tu sais...
Eva ne répondit pas, et se contenta d'encourager son ami d'un haussement d'épaules désinvolte . Aikka hocha la tête, résigné à lui faire part de ce côté sombre de sa relation avec Zaïe.
- C'était donc il y a quelques années... A l'époque les Crogs contrôlaient nos Terres, et plus particulièrement le château sur lequel ils avaient fait main basse : je me rappelle que partout ou j'allais je ne pouvais les éviter, ils étaient vraiment partout...
La terrienne se rapprocha instinctivement du Prince devant l'expression douloureuse que prenaient peu à peu ses yeux bleus ; elle commençait vaguement à regretter d'avoir insisté de connaître le fin mot de l'histoire.
- Et donc ce soir là les Crogs sont tombés sur Zaïe et son amie aux yeux noirs... je ne me rappelle plus de son prénom .
- Ichirin, souffla Eva
- C'est ça, répondit il, et ces brutes ont ordonnés à cette fille de venir dans leurs quartiers afin qu'ils...enfin...
- Je vois.
Aikka déglutit difficilement.
- Mais Zaïe ne l'a évidemment entendu de cette oreille et s'est interposé et les Crogs l'ont très mal pris, notamment dû au fait qu'elle ait du sang de terrien, qui étaient leurs ennemis, . Ils ont finalement décidé de lui faire payer son effronterie. Toutes deux étaient à quelques pas de la salle de banquet, et c'était l'heure du repas des nobles... Nous avons tous entendu les cris de Zaïe qui se défendait, et pourtant pas un seul ne s'est levé pour aller lui porter secours, pas un seul.
Les mains du jeune prince tremblaient légèrement, et Eva les lui prit contre les siennes dans un pur élan de tendresse ; il sourit faiblement et continua son récit :
- Evidemment je n'ai pas bougé moi non plus, et ait continué à manger. Je ne me rendais pas compte de la gravité de la situation, et ce n'est que quand les autres amies de Zaïe sont arrivés affolés dans la salle pour demander de l'aide aux autres domestiques, les mains couvertes de sang, que j'ai compris. Que les Crogs avaient frappés une innocente, que personne dans la grande noblesse n'y avait trouvé le moindre inconvénient, et qu'ils avaient même tous trouvé le moyen de juger le repas délicieux tout en sachant qu'une de leur compatriote, une femme qui plus est, venait de se faire lâchement lyncher !
La voix de Aikka était vibrante de colère ; il ferma les yeux et serra plus fort les mains de son amie qui était pendue à ses lèvres. Elle était sincèrement désolé pour la peine du Prince, mais ne pouvait se résoudre à lui demander d'arrêter, tant ses talents de conteurs étaient aiguisés.
- Donc après le repas je suis monté directement aux appartement des femmes, non sans avoir chapardé un onguent que mon père m'avait offert pour soulager mes blessures lors de mes entraînements, dans l'espoir de pouvoir soulager celles de Zaïe je suppose... Lorsque je suis arrivé devant son appartement, il y avait Ichirin qui berçait Ellie, qui était alors très jeune, dans ses bras et qui m'expliqua que Zaïe se reposait à l'intérieur.
- Zaïe avait donc empêché les Crogs d'arriver à leurs fins ?
Le prince hocha la tête.
- Et tu es allé soigner Zaïe ?
- Non non, ça n'a pas été aussi simple ! J'ai d'abord dû convaincre ses deux autres amies qui étaient à l'intérieur de ma bonne foi et que je ne venais pas ramener Zaïe aux Crogs. Mais le plus dur fût de convaincre Zaïe d'accepter de me parler, car même clouée au lit, le bras cassé et une plaie sanguinolente au dos, Zaïe restait Zaïe et s'obstinait à essayer de m'attaquer. C'est comme ça que j'ai vu qu'elle avait des bases de combat et de magie, qu'elle avait utilisé contre les Crogs d'après ses amies, ce qui est rare sur Nourasie de la part d'une femme.
- Mais donc, après l'avoir convaincu, tu lui as donné l'onguent non ?
Aikka secoua la tête en riant un peu ; Eva fut rassurée de le voir de meilleure humeur et se risqua à poser sa tête contre son épaule, désirant étrangement de minutes en minutes avoir plus de contacts physiques avec son bel ami.
- Je lui ai effectivement donné... Mais je l'ai reçu bien vite en pleine face !
Il y eut un silence embarassé.
- Pardon ?
- Oui, elle m'a envoyé l'onguent à la figure en m'insultant en une langue que je ne connaissais pas, sans que ses amies ne réagissent ! J'avoue avoir été plutôt surpris !
Eva fut soudainement pris d'un fou rire en s'imaginant Zaïe envoyer une tarte à la crème sur le Prince, tels les clowns que l'on voyait à la télévision. Elle fut bien vite rejoint par ce dernier, heureux d'en avoir enfin fini avec ce mauvais souvenir.
- Et donc, demanda Eva entre deux hoquets de rire, c'est après cela que tu lui as proposé tes services ?
- Oui oui, même si ça a été plutôt long ! Mais j'ai fini par l'avoir à l'usure, et je crois savoir quelle ne le regrette pas vraiment ...
Le prince tenta de se retenir de pouffer devant l'expression hilare de son amie, mais le rire eut raison de sa dignité princière, et il finit s'esclaffer franchement en sa compagnie, parvenant à oublier son contact si rapproché qui le mettait au fond de lui même un peu mal à l'aise.
Les deux compères furent bientôt rejoins par une Yume furibonde qui leur sauta dessus, croyant qu'ils riaient d'elle, et tous trois finirent par terre en riant, bien loin de leurs soucis actuels.
Ils se laissèrent aller, à même le sol, à rire et à sa chamailler gentiment, même si il n'y avait aucune raison de le faire en ces temps sombres et incertains.
Et quiconque aurait vu cette scène aurait pu affirmer que leur joie et leur jeunesse auraient éclairés à ce moment précis le plus noir des chemins.
Y compris leur propre destin.
Zaïe regardait d'un œil critique ses camarades de l'armée cadette prendre place autour de Gdar, l'insecte princier, prêt à recevoir un cour de la part de leur maître d'armes à propos de la différence de vol entre un scarabée cendré et un scarabée à aile blanche. Pourtant faisant également partie de l'armée cadette, la jeune fille, comme à chaque fois qu'elle franchissait le seuil des écuries royales, restait quant à elle assise dans un coin sur un meute de foin, écartée de cet enseignement pourtant capital à son apprentissage. Il n'y avait néanmoins là dedans point de machisme ou de mauvaises intentions de la part de l'honorable sensei ; c'était la jeune fille elle même qui était venu le démarcher afin de ne pas participer aux cours relatifs aux insectes.
Pour la bonne et simple raison que Zaïe avait une peur bleue des insectes.
Aussi loin que remontaient ses souvenirs, cette phobie lui était venu après sa seule et unique chevauchée d'un insecte en compagnie de sa mère qui avait finit en un rodéo improvisé de l'animal furieux pour des raisons qui lui avait toujours été inconnues. La disparition de sa mère, pilote d'insecte, n'avait fait qu'ancrer dans le cœur de la petit fille une profonde rancœur envers ces animaux volants, qui n'avait pas disparut en grandissantn au contraire. Aussi Zaïe préférait largement regarder de loin ses amis s'envoler dans le ciel azur, seule sur sa meute de foin, plutôt que de réitérer l'expérience traumatisante.
La terro-nourasienne poussa un long soupir et s'étira sous les regards amusés des écuyers royaux, accommodés à la présence une fois par semaine de la jeune fille inactive qui rêvassait généralement pendant toute l'après midi en attendant que le temps se passe . Mais alors qu'elle s'apprêtait à se caler confortablement contre la planche qui lui servait de dossier afin de piquer discrètement un somme, des bruits de pas lourds retentirent ,tous les écuyers sursautèrent comme un seul homme, et les moins gradés s'inclinèrent, signe que leur visiteur était quelqu'un de haut placé.
Zaïe tourna lentement la tête, s'attendant à voir apparaître le duc de l'est ou tout autre noble nuisible à son repos, mais à la seconde même ou son regard croisa la silhouette du nouveau venu, un profond tressaillement prit tout son être et son sang se glaça instantanément.
- Relevez vous messieurs !
Il lui semblait qu'elle n'arrivait plus à respirer ; tous ses sens étaient en alerte ; ses mains tremblèrent violemment alors que le visiteur, qui était une visiteuse, saluait les écuyers un à un tandis que Le maître d'armes de l'armée cadette les rejoignait. Il avait abandonné ses élèves et parlait maintenant à voix basse avec la femme en jetant des regards inquiets à sa jeune élève qui était littéralement pétrifié.
Soudainement la femme se retourna ; son regard bleu perçant croisa celui de Zaïe ; celle ci se releva, les traits crispés ; toutes deux possédaient le même éclat dans leurs prunelles en amande, d'un bleu plus que semblable .
On lui avait si souvent dit qu'elle avait les mêmes yeux que sa mère...
- Otsume qu'est ce que tu fous ici ? chuchota Kuro à l'adresse de son amie qui ne prit pas la peine de lui répondre
Dans l'esprit de Zaïe c'était véritablement le chaos ; les pensées cohérentes s'évaporaient dans la brume de la peur et de la haine qu'elle ne parvenait à contrôler, s'infiltrant jusqu'au plus profond d'elle même. Elle redevenait enfant, cette fillette abandonnée par sa mère et orpheline de père, cette fille devenue adolescente qui en avait tant bavé, seule pour élever sa petite soeur envers et contre tous.
Devant elle se tenait Otsume Guizard, sa propre mère qu'elle n'avait vu depuis près de dix ans . Elle n'avait à l 'époque alors que 6 ans, et avait vu pour la dernière fois la silhouette frêle et droite de sa maman disparaître du hublot du vaisseau qui la ramenait sur Terre, enlevant la toute dernière parcelle de confiance maternelle qui lui restait au fond de son cœur.
Jamais, malgré les explications patientes et tendres de son père, elle n'avait comprit la raison de son abandon. Et elle s'était éduquée elle même dans la haine de sa mère pour mieux combler son vide affectif et soigner sa douleur profonde. Elle la détestait sans la connaître, elle la détestait pour tout ce qu'elle avait fait, ou pas.
C'était de sa faute si son Papa était mort.
C'était de sa faute si son Papa avait été si malheureux.
Entièrement de sa faute...
- Qu'est ce qui lui arrive à Zaïe ? Elle est tout pâle ! s'étonna Yuki, resté en retrait en compagnie de ses camarades de l'armée cadette
- J'en sais rien... Peut être que c'est Otsume-san qui l'effraie ? répondit d'un air perplexe Naoki
- Otsume-san ?
- C'est la seule pilote d'insecte femme sur Nourasie, expliqua le jeune bourgeois passionné d'insectes (pour cause il faisait partie de la famille fondatrice de la plus célèbre écurie d'insecte du pays), un caractère de cochon et redoutée de tous, elle est pas commode, mais elle a vraiment une incroyable dextérité !
- Et visiblement Sensei la connaît... remarqua Haru
Les jeunes hommes, tout comme les écuyers, ignoraient tout du drame qui se nouait dans la rencontre entre la pilote et la jeune guerrière qui n'était autre que sa fille. Mais ce dernier point était inconnus de tous, excepté les concernées et Kuro et le prince. Celui ci observait d'un œil inquiet le traumatisme qui ravageait le visage blanc et tremblant de son amie ; mais il était le seul à qui elle s'était confiée, et il ne pouvait se permettre de la trahir en révélant à leurs amis l'étroit lien que partageait Zaïe avec Otsume . A vrai dire, la seule chose qui était en son pouvoir c'était de prier de toutes ses forces Kami pour que la situation déjà explosive ne dégénère pas !
Kuro n'en menait pas plus large que son élève ; malgré le sempiternel air blasé et impassible du visage de son amie, il pouvait sentir chaque battements furieux de son cœur en lui, et il devinait l'immense effort qu'elle s'imposait afin de cacher le tremblement convulsif de ses mains. Il n'était pourtant pas prévu qu'elle vienne aux écuries aujourd'hui : il la soupçonnait d'être venue afin d'apercevoir sa fille après ces longues années d'absence, comme elle l'avait fait, cette fois là sans le faire exprès, avec Ellie. Le maître d'armes comprenait qu'il fallait absolument désamorcer la situation avant que Zaïe ou sa mère ne s'emportent soudainement comme elles en avaient toutes deux l'habitude. Aussi s'avança il vers sa jeune élève qu'il jugea plus instable que Otsume à l'instant précis, et posa d'une façon paternelle sa main sur son épaule tremblante.
- Zaïe, tu devrais...
- LACHE MOI !
Le hurlement de Zaïe provoqua subitement le silence dans l'assemblée, déjà peu loquace . C'était comme si le temps s'était suspendu ; pas un mouvement, pas un souffle, pas un son ne parvenait à la jeune fille à la fois terrifiée et furieuse, complètement paniquée au point de frapper son maître d'armes et de lui manquer gravement de respect, involontairement.
- Pa...pardon sensei ! je voulais pas je...
Elle se recula sous les yeux anxieux de son sensei, et parvenant enfin à s'arracher à l'attraction des yeux bleus de sa mère qui n'avait pas bougé d'un pouce, courut vers l'extérieur sans un mot, fuyant cette femme qu'elle avait espéré ne jamais revoir.
Le regard rivé à sa fille qu'elle n'avait vu grandir, Otsume sentait sa poitrine trembler au rythme de son cœur affolé. Cela lui était si rare de ressentir de la peine qu'elle en avait oublié presque cette douleur qui lui labourait maintenant l'esprit . La pilote ne comprenait pourquoi elle avait eu ce besoin impérieux de la revoir, ne serait ce qu'apercevoir son visage de jeune fille, et trouver les traits de Daniel mêlés aux siens. Elle savait que sa fille la détestait, et cela se justifiait tout à fait à son sens ; comment cette gamine, si mature fut elle, aurait elle put la comprendre ? Elle même n'y parvenait pas...
Aikka observa encore un instant Otsume qui suivait de loin la fuite de sa fille ; elle murmura quelques mots à l'adresse de leur maître d'armes qui hocha la tête gravement. Puis le prince se tourna vers ses camarades médusés de l'attitude déroutante de Zaïe habituellement si maîtresse d'elle même :
- Je crois que nous ferions mieux de reprendre notre entraînement. Murmura il
Ils acquiescèrent en silence, et se remirent sagement à leurs observations des ailes du scarabée cendré, chassant leurs interrogations à propos de leur amie, comme le doux vent de cette fin d'après-midi chassait les rares nuages de coton blanc du ciel radieux de Nourasie...
Stan agrippa soudainement la manche de Koji et l'intima à rester avec lui alors que la délégation terrienne et les nobles nourasiens quittaient la salle de réunion. Le jeune asiatique leva les yeux vers ceux de son amant, et attendit patiemment que la porte se ferme tout à fait pour tendre les lèvres vers les siennes. Ils s'embrassèrent alors longuement ; Stan réprima un soupir de contentement.
Ils avaient tant attendu de se retrouver enfin !
La bonne morale nourasienne leur avait imposé une abstinence forcée, l'homosexualité étant prohibé, voire inexistante à leurs yeux. C'était d'ailleurs avec grand peine qu'ils avaient obtenu une chambre commune, argumentant que cela serait plus simple pour eux afin de discuter du traité et de la guerre qui se préparait (dont ils ne causaient en vérité pas une fois en dehors des réunions tant cela les déprimait). Aussi guettaient ils à présent le moindre instant de solitude ou ils pouvaient exprimer leur amour sans choquer leurs hôtes très conservateurs...
La main de Stan dériva lentement de la nuque de Koji dans son dos, afin de caresser ses...
- AAAH MAIS ILS SONT CACHES LAAAA LES PETITS COQUINOUUUUUUS !
Koji sursauta si fort que ses lunettes tombèrent au sol alors que Stan s'écartait de son petit ami en grognant, se tournant vers l'intrus, ou même l'intruse.
Ou plutôt les intruses.
- Bonjour Koji ! Bonjour Stan ! les salua poliment Ellie qui tenait la main gantée de dentelle rose de Chiyo
- Ohayou les amis ! s'écria celle ci, vous savez si vous vouliez faire des cochonneries ça serait bien pluuus confortable dans un lit !
- Je te remercie grandement du conseil, répondit sarcastiquement Stan, reconnaissant à sa voix agaçante et suraiguë la journaliste hystérique dont lui avait tant parlé une Eva hilare
Ellie se pencha pour ramasser les lunettes de Koji et les lui tendit en souriant ; celui ci la remercia d'une courbette, les joues cramoisies d'avoir été ainsi découvert par une enfant innocente et une journaliste tout sauf discrète lorsqu'il s'agissait de colporter des ragots juteux et embarrassants .
- Pourquoi t'es tout rouge Koji-san ? s'étonna la petite soeur de Zaïe en se hissant sur la pointe des pieds pour mieux apercevoir le visage du mécanicien
- Parce qu'ils étaient en train de se bécotteeeeeer ! pouffa Chiyo en secouant ses grandes couettes bleues électrique d'un air ravi
Stan préféra couper dans ses questions Ellie qui semblait fortement intriguée par la situation.
- Et vous mesdemoiselles, que faites vous ici ?
Chiyo sourit et s'assit à terre aussi gracieusement que sa robe rose encombrante (et forcément excentrique ) le lui permettait, suivit par Ellie qui s'agenouilla au pieds de Koji.
- A vrai dire, commença la journaliste, je cherchais un guide afin de m'entraîner dans les bas fonds de Nourasie afin de mettre quelques menues choses de frivoles et juteux dans mes articles à propos de cette sympathique planète et...
- Et tu as déduis qu'une gamine de 8 ans te serait particulièrement utile afin de découvrir les quartiers à putes nourasiens ? soupira Koji
- A peu de choses prêt oui ! répondit la nippone en s'esclaffant, bien que les prostitués les plus ignobles se trouvent généralement dans les châteaux, c'est bien connu !
Stan échangea avec son petit ami un regard vaguement désespéré . Ellie quant à elle bougonnait qu'elle avait 10 ans et non 8 comme l'avait estimé le japonais .
- Mais au fait, ou est ta grande soeur toi ? demanda Stan à Ellie, désireux d 'éviter à la petite fille une expédition nocturne en compagnie d'une Chiyo en grande forme - et donc dangereuse - , il se fait tard non ?
La terro-nourasienne haussa les épaules, l'air soudainement un peu triste.
- Elle doit encore être à son entraînement ... murmura elle pensivement
- Et ta copine, Hana ?
- Elle est partie avec Ichirin pour remplir des papiers je crois !
- Et les copines à ta soeur, les jumelles ?
- Elles sont de service !
- Ooooooh et puis c'est pas comme si j'étais une mauvaise chaperonne hein ! s'exclama d'un air indigné Chiyo en tapant du pied au sol, j'en prendrais bien soin avant de la rendre à sa sœur ... Si cette dernière s'y trouve disposé...évidemment...
Les deux jeunes hommes se demandèrent en cœur se qu'entendait la japonaise par « être disposé », mais ils préférèrent ne pas approfondir la question, craignant sans doute d'avance la réponse. Néanmoins celle ci, loin de s'être vexé, se releva joyeusement et frappa dans ses mains en riant.
- Bien bien ! Messieurs nous allons vous laisser à vos occupations, et je vais de ce pas me balader avec ma jeune amie !
- C'est ça ! grommela Stan en observant Ellie tout sourire rejoindre Chiyo, se demandant si il ne ferait pas mieux de la forcer à laisser la petite ici
- Sayonara Koji - kun ! Sayonara Stan – kun !
Le japonais répondit d'un geste de la main à la terro-nourasienne, et regarda en compagnie son amant la porte de se fermer sur la journaliste (à présent en train de chanter un quelconque générique d'anime en japonais d'une voix affreusement criarde et nasale) et la petite fille (les oreilles visiblement immunisées contre ce genre d'attaques sonores) , main dans la main.
- Dis Chiyo-chan, Koji et Stan ils sont amoureux ? demanda Ellie une fois la chanson terminée, s'étant toutes deux éloignées de la salle de réunion , et des oreilles des deux mécaniciens.
- Oui ma puce ! répondit la japonaise en souriant
- Ils sont monosexuels alors ?
- On dit homosexuel ! rectifia gentiment la journaliste en gratifiant sa remarque d'un clin d'œil espiègle, mais trêve de question indiscrètes, ma chérie je te ramène chez Ichirin !..
- On ne va pas visiter la ville ? s'exclama un peu déçue Ellie
- Ca sera pour une autre fois ... il se fait tard et ta sœur va s'inquiéter et encore tout me mettre sur le dos ! acheva dramatiquement Chiyo, provoquant le rire de la petite terro-nourasienne, ravie de s'être fait une nouvelle amie si originale et drôle.
Koji se tourna vers Stan, lui signalant d'une pression de main qu'ils étaient de nouveau seuls. Il l'embrassa furtivement, et lui murmura à l'oreille :
- Ne te fais pas de mouron, je suis sûre que Chiyo prendra bien soin de Ellie !
Stan sourit devant la candeur de son petit ami . Il lui caressa les cheveux et lui retira ses lunettes en soupirant.
- Mais bien sûr mon amour, répondit il sarcastiquement, tu dois sûrement avoir raison, je ne lui connais effectivement pas de tendances pédophiles à notre Chiyo ...
Eva soupira pour la pénultième fois en tournant les pages de son dictionnaire franco-japonais . Elle avait pris la résolution de s'initier à la langue du peuple d'Aikka, premièrement afin de tromper son ennui durant les longues journées nourasiennes, et évidemment par intérêt à la culture de cette planète si accueillante. En outre elle désirait maîtriser cette langue chantante ne serait ce que pour comprendre les chuchotements qu'elle provoquait immanquablement lorsqu'elle flânait innocemment au château, se doutant que ce n'était pas que de la gentillesse qui ressortait de ces bavardages de couloir . La terrienne avait donc emprunté le dictionnaire de Koji , et comblait ainsi ses longs après midi (lorsque Zaïe était en entraînement), espérant acquir rapidement quelques menues bases.
Mais depuis qu'elle avait fourré son nez dans le volumineux ouvrage , son désespoir augmentait de pages en pages : en quelques jours elle avait seulement appris à dire son nom, et indiquer qu'elle était stupide à ses hôtes (ce qui avait d'ailleurs occulté une situation plutôt cocasse avec Neko et Mune, littéralement écroulées de rire lorsqu'Eva leur avait débitée fièrement cette phrase, croyant leur dire qu'elle était une fille, ou quelque chose dans le genre) . L'apprentissage du japonais (ou du nourasien) se révélait donc bien plus ardu qu'elle ne le croyait, et la terrienne n'osait demander de l'aide à ses amis nourasiens, certainement de peur qu'ils ne se moquent d'elle (car, très peu le savait, Eva avait un petit côté susceptible assez dévastateur lorsqu'il était provoqué) .
Plongé dans sa lecture tout en déambulant dans les couloirs sans fin , et toute à sa perplexité, la jeune fille avait perdu toute perception de ce qui se passait autour d'elle, notamment d'une certaine terro-nourasienne qui fonçait droit sur elle. Et visiblement, cette jeune fille ci ne regardait ou elle courait, car elle rentra soudainement de plein fouet dans la poitrine d'Eva qui poussa un cri de surprise .
Le dictionnaire qui s'était échappé des mains de la terrienne sous le choc, entama un vol plané, et alla s'échouer aux pieds d'un domestique ventripotent qui ne parut pas s'en étonner outre mesure. Le corps d'Eva s'affaissa lourdement au sol, suivi de près par celui de Zaïe qui s'écroula de tout son long sur elle en un bruit sourd .
- Eh bien Zaïe ! Ca t'arrive souvent de te jeter sur tes amis pour leur dire combien tu les aimes ?
Eva releva tant bien que mal la tête, s'attendant à ce que la terro-nourasienne en fasse de même et réplique à sa boutade : mais celle ci restait obstinément le nez contre son ventre, son visage caché par ses longues mèches dépassant de ses deux tresses partiellement défaites. La jeune pilote de star racers fit la moue, et tenta de glisser ses doigts sur le menton de son amie afin de le lui faire relever, sans succès.
- Eh oh, Zaïe ? Qu'est ce qui t'arrive ? Appela elle de nouveau, un peu inquiète de son manque de réaction
La jeune guerrière serra les poings rageusement. Elle s'était retenu devant tous ; ses amis, Aikka, son maître d'armes, les écuyers, et même devant sa génitrice qu'elle se refusait d'appeler mère ; mais à présent, elle ne pouvait plus contenir ses larmes qui roulaient lentement sur le tee shirt violet d'Eva. Elle ne l'avait pas vu venir, elle n'avait pas regardé devant elle lorsqu'elle avait pris la fuite des écuries ; elle avait seulement désiré s'enfuir très loin de Otsume, des insectes, de la peur et de la tristesse mélangées, et de sa vie passée qu'elle croyait définitivement enterrée...
Eva observait silencieusement le corps tendu de son amie terro-nourasienne ; à cette heure ci elle était censée être en entraînement, et visiblement elle n'était pas accompagnée de ses camarades. En outre, bien que Zaïe fasse visiblement tout son possible pour le dissimuler, la terrienne se rendait bien compte aux soubresauts qui animaient brusquement son dos courbé qu'elle pleurait.
Alors elle se rappela le comportement étrange de son amie ces derniers jours, combien elle était distante, renfermée, voire triste. Et le refus d'Aikka de lui en apprendre plus sur son lourd secret qui visiblement la bouleversait . Peut être était il temps que Zaïe lui fasse part d'elle même de ses tracas ; étaient elles amies, oui ou non ?
Eva se releva, entraînant Zaïe avec elle. Une fois mise sur pieds, elle lui prit les épaules, et lui demanda doucement de la regarder, ce que la terro-nourasienne fit à contrecœur. Pas un mot ne fut échangé, les regards échangés suffirent aux deux jeunes filles pour se comprendre. Celui de Zaïe, rougi par les larmes et paniqué, qui choqua Eva tant elle avait l'habitude de voir son amie sûre d'elle et joyeuse, croisa son propre regard, tendre et curieux.
Elle lui prit sa main tremblante dans la sienne, et se rapprocha de son oreille qui lui paraissait si grande. Une curieuse sensation les prirent, confiance teintée de mélancolie, de tristesse. Elles avaient souffert toutes les deux ; Zaïe souffrait actuellement. Il était grand temps qu'elles se confient l'une à l'autre ...
- Alors Zaïe, et si tu m'expliquais ce qui se passe ...
Encore une fois, désolé de vous avoir fait attendre pour ce chapitre 8 ! » Mais j'ai eu une grosse période d'exams à affronter, j'ai donc une excuse valable pour mon retard de quasi deux mois . Néanmoins, à présent que je suis en vacances le rythme de postage risque fort de s'intensifier :)
J'aime bien ce chapitre, il est un peu long mais je le trouve sympa. J'ai réussi à intégrer du StanxKoji (que certain réclamait à corps et à cris :P), du EvaxAikka (m'enfin ça c'est pas trop dur à mettre :D ) à nouveau du Chiyo (non, désolé Phiphi, bien que je sois énergique je n'en suis pas encore à ce point ! XD) (quoique les cheveux bleus ça me tenterait bien...) et bien sûr ma Zaïe déboussolée, torturée (et plein de trucs qui riment en –é ) grâce/à cause de Otsume . Dans le prochain chapitre, vous saurez tout, ou du moins tout ce que vous devez savoir pour l'instant, du passé de ces deux là !
Au chapitre remerciement, je fais d'énoooormes bisous tous baveux à ma Madji qui me commente, m'aide, m'écoute, et que j'aime très fort ! Et évidemment un gros gros merci à tous ceux qui me lisent, avec un ptit bisou bonus à ceux qui me commentent D
A bientôt pour de nouvelles aventures !
