chapitre 9 : Sourires

- Et alors que la princesse croyait que tout était perdu et qu'elle pleurait sans fin à son balcon, noyant son beau royaume dans des eaux salées et amères, quand soudain elle aperçut un magnifique insecte descendre du ciel bleu. Son cavalier n'était autre que le beau prince qu'elle avait rencontré au bal ...

Ichirin se tut et tourna son regard sombre vers Hana ; la petit fille s'était endormie, rêvant certainement au conte de la belle princesse pleureuse sauvée des eaux par son prince chevauchant un fier insecte. La jeune femme sourit et reposa le lourd livre de contes qu'elle avait emprunté quelques jours plus tôt à Zaïe sur la petite commode près du lit. La nuit était tombée depuis longtemps sur le château, et seul une bougie blanche éclairait le visage fatigué de l'ancienne prostituée, à présent tutrice et mère.

La domestique tendit timidement sa main vers le visage détendu de Hana, et fit glisser quelques mèches rebelles et rousses derrière son oreille. Son doigt retraça lentement la courbe de ses joues rondes, et s'égara près des cicatrices de ses yeux ; ses paupières avaient été cousues peu après que les Crogs lui aient sauvagement retiré ses globes oculaires, créant une sorte de ligne blanchâtre et rouge assez morbide, juste au dessus de son nez. La nuit, la petite fille abandonnait son épais bandage pour mieux aérer ses blessures ; étrangement, Ichirin ne s'était pas senti dégoûtée par l'aspect putrides de celles ci, comme le craignait la fillette. Elle l'avait simplement prise dans ses bras et avait embrassé son front brûlant, sans un mot. Plus que quiconque, elle savait ce qu'était le rejet, la honte d'être différente et la peur de la solitude, de l'oubli ; elle se sentait si proche de cette enfant !

Hana soupira dans son sommeil, troublant sa respiration paisible de dormeuse bienheureuse. Demain une rude journée de travail attendait Ichirin , il était donc grand temps pour elle de rejoindre sa protégée au pays des rêves; la jeune femme s'étira en baillant et se pencha en avant dans le but de souffler sa bougie. Mais alors que le noir se fit, le silence nocturne fut troublé par trois petits coups secs à sa porte.

Surprise, Ichirin se leva subitement et tendit l'oreille dans la pénombre, inquiète. La jeune femme avait gardé de son ancienne profession une peur sourde et irrationnelle de ses « patrons » qui venaient à l'époque la chercher dans sa chambre pour l'amener à des clients potentiels. En outre venait s'ajouter la crainte que ces horribles hommes peu scrupuleux viennent la chercher au château, afin de la ramener au quartier Kiyubi, le quartier ou vivaient la majorité des prostitués nourasiennes de la ville, et de la forcer à reprendre du service. Elle refusait catégoriquement d'abandonner sa vie de domestique, ses amies, et la petite Hana ; mais chacun savait ce qu'encourrait une fille de joie qui refusait quelque chose à son patron...

Les trois coups se répétèrent de la même façon, un peu plus bruyamment . Ichirin se força à se calmer ; elle repensa à Zaïe qui lui avait dit maintes fois qu'elle ne risquait absolument rien au château royal , du moins depuis que les Crogs étaient partis, et qu'au moindre problème elle n'avait qu'à crier et la moitié de l'armée royale accourrait pour chasser l'intrus. Rassérénée par cette idée rassurante, la jeune femme s'avança vers la porte et tourna le loquet, ne défaisant pas par précaution la chaîne de sécurité .

- Bonsoir Mademoiselle, excusez moi de vous déranger si tard ...

Ses yeux s'écarquillèrent brusquement alors qu'elle dévisagea la femme qui avait frappé à sa porte ; portant une longue cape vert bouteille cachant ses habits et son corps menu, sous la capuche se cachait le visage de nul autre que la reine Kimiko. Ichirin défit brusquement la chaîne de sécurité et amorça un mouvement pour se courber, stoppé net par la main fine de sa royale visiteuse.

- Je vous en prie, ne vous courbez pas devant l'impolie que je suis !

- Ma...ma reine ! balbutia la domestique d'une voix aiguë, estomaquée de trouver celle ci au pas de sa porte, dans l'aile des appartements des domestiques (ou pas un noble osait mettre les pieds habituellement), mais que faites vous ici ?

- Je devais vous parler impérativement de la petite Hana .

A ces mots le regard de Ichirin devint soudain plus sombre qu'il ne l'était déjà ; ainsi, le moment qu'elle avait craint était déjà venu, on allait lui reprendre sa petite fille afin de la confier à une famille plus digne, et moins pauvre... La reine se rendit compte intuitivement de son désarroi et lui offrit un sourire réconfortant comme elle seule savait les faire, mélange subtil de tendresse et de compréhension, qui étonna la domestique. Elle se permit de se glisser dans l'appartement de la jeune femme qui lui avait ouvert la porte, et lui prit sa main entre les siennes, douces et parfumées.

- Ma jeune amie, commença la mère d'Aikka une fois que la porte fut refermée, vous devez savoir que les temps que nous traversons sont sombres et incertains ...

Il y eut un silence durant lequel Ichirin et la reine regardèrent la petite Hana qui dormait, nullement réveillée par l'arrivée de cette dernière . Puis la domestique se tourna de nouveau vers sa majesté avec une lueur de mélancolie dans les yeux. Elle soupira :

- Vous allez me retirer Hana n'est ce pas ? murmura elle tout bas , de peur de réveiller sa protégée et à cause d'une grosse boule de tristesse qui lui traversait douloureusement la gorge

Sa royale interlocutrice eut une expression sincèrement étonnée .

- Comment ? Serait ce là votre désir ?

- Absolument pas ! s'exclama Ichirin

Hana soupira bruyamment dans son sommeil.

- A vrai dire, je venais vous voir pour vous demander si vous accepteriez de garder la petite Hana un peu plus longtemps que prévu, chuchota la reine, bien sûr vous serez payée afin de régler ses frais de scolarité, d'habillement, de nourriture et que sais je encore !

Ichirin ne répondit pas tout de suite, si stupéfaite qu'elle en perdit momentanément la parole. Mais subitement, son maigre visage fut éclairé d'un beau sourire. Un sourire franc, un sourire de pur bonheur, sourire qui paralysa un instant la mère d'Aikka et de tous les nourasiens, stupéfaite d'une telle expression de félicité innocente qui fit frémir la Reins de tout son être . Cette jeune femme, quoi que les ragots en disaient, était pure et pleine de bonté, elle en avait l'intime conviction alors qu'elle imprimait dans sa mémoire cette expression radieuse qui aurait pu éclairer les pénombres dans laquelle elles étaient toutes deux plongées.

- Je suppose donc que vous acceptez ? Il me suffit de votre accord

La timide Ichirin se contenta de dodeliner de la tête en rougissant un peu. La reine sourit et sans un mot, s'avança vers le lit ou se reposait Hana ; elle se pencha, l'embrassa sur la joue, aussi silencieuse qu'un pétale de fleur s'avançant sur les eaux claires du lac environnant le château. Puis elle se releva, souhaita une bonne nuit à la domestique et s'apprêta à repartir vers ses quartiers, lorsque soudainement elle se retourna, planta son regard bleu dans celui noir de Ichirin,.

- Vous savez mademoiselle... si je vous confie la garde de cette petite, c'est car j'ai toute confiance en vous.

Et la porte se referma sur la frêle silhouette de la reine, de nouveau cachée dans les plis de sa longue cape. Ichirin battit des paupières, son cœur s'emballant subitement.

Confiance...

On avait enfin confiance en elle !

Très peu de personne au château osait approcher la domestique ; on l'appelait dans son dos la putain, on la pointait du doigt comme celle qui avait outrageusement profité de la bonté du roi et même les enfants s'éloignaient de son chemin, croyant que cette drôle de jeune femme aux yeux noirs étaient une sorcière tout droit sorti se nourrissant de leurs peurs... Alors la confiance, forcement elle ne la connaissait que trop peu .

Elle n'aurait su décrire le sentiment qui la prit tout à coup ; la surprise de se voir considérer comme une personne à part entière, la tendresse de garder Hana près d'elle et la joie, intense, qui l'irradiait. Qui aurait vu Ichirin à ce moment précis n'aurait pas reconnu en cette personne heureuse et insouciante la sombre et silencieuse domestique qui œuvrait chaque jour à se construire une nouvelle vie, loin de son passé de débauche et de malheurs...

Mais dans la petite chambre sombre redevenue silencieuse , il n'y avait pas un souffle de vent, pas un son pour accompagner leur sommeil.

Ichirin et Hana étaient seules


Aikka tournait et retournait sa plume entre ses longs doigts en soupirant. Devant lui, sur le bureau de bois massif, trônait un parchemin désespérément vierge de toutes écritures. De tous les travaux princiers qu'il avait à produire, l'écriture d'un discours était le plus fastidieux, le jeune prince était en train de s'en apercevoir à ses dépens.

Cela faisait une petite heure que son père l'avait convié dans les appartements royaux, interrompant une nouvelle fois ses entraînements de moins en moins journaliers ces temps ci ; mais au lieu d'une entrevue avec le roi comme il s'y était attendu, c'était une feuille blanche qui l'avait accueillie, ainsi que tout un attirail de plumes luxueuses que le premier conseiller royal lui avait tendu en lui murmurant les instructions les yeux baissés.

Le prince était ainsi expressément invité à produire un discours afin d'annoncer à son peuple que les Crogs étaient sur le point de les envahir de nouveau.

Au vu de cette mission périlleuse, le jeune homme aurait largement préféré enfiler une des robes de sa petite sœur que d'accomplir cette prouesse littéraire, et il enrageait silencieusement de l'intelligence de son père qui n'était évidemment pas présent afin d'empêcher tout tentative de plainte de la part de l'adolescent. Seul le premier conseiller partageait la pièce en sa compagnie, l'observant sans un mot ni un bruit, comme il savait très bien le faire.

Aikka soupira.

- Mon prince ? Etes vous souffrant ?

Le conseiller du Roi semblait s'être sorti de son mutisme, et il regardait à présent son prince de son sempiternel air neutre. Le prince ne répondit pas tout de suite ; après tout, n'était il pas Prince de Nourasie ? On ne lui en voudrait guère d'une quelconque impolitesse...

Néanmoins, se décidant finalement d'honorer la question du vieil ami à son père, le jeune homme fut interrompit par la lourde porte de bois qui s'ouvrit en grinçant sinistrement ; les domestiques avaient certainement du omettre de la huiler, par paresse ou honnête oubli, qui sait ?

- Sa majesté le roi !

Aikka sursauta ; lui et le conseiller se relevèrent comme un seul homme et s'inclinèrent en une parfaite synchronisation devant le Roi qui venait de franchir le seuil de la porte. Il y eut un silence tandis que l'illustre visiteur s'approchait de son bureau, inspectant la feuille ou était censé être inscrit le discours du Prince. Il leur ordonna de se rasseoir, et soupira en plantant son regard sévère sur sa progéniture qui déglutit.

- Eh bien fils, ne t'avais je pas laissé des consignes claires ? Ou se trouve ton discours ?

Se fut au tour d'Aikka de soupirer. Son père s'assit en face de lui sur un fauteuil de velours pourpre que lui présentait son conseiller qui quitta la pièce à petit pas. Il ne cessait de le fixer, visiblement en attente de la réponse de son fils qui tardait . Celui ci n'osait regarder son père ; comme tous les nourasiens, et même si il était son géniteur, Aikka avait bien du mal à affronter le regard du Roi...

- Je ... à vrai dire, je n'y arrive pas père , avoua il en levant honteusement ses yeux bleus

L'expression du Roi resta neutre ; sans cesser de fixer son fils il saisit le parchemin et une plume.

- Je n'ai aucune idée en vérité pour étoffer cette annonce... acheva le prince piteusement

Le roi sourit subitement d'un air paternel au jeune homme qui se demanda instantanément si il devait se méfier de ce soudain revirement de sentiment. Le silence persista un instant pendant lequel le roi ne quitta pas un instant son enfant du regard ; avant de fermer les yeux paisiblement, comme si il comptait dormir. Pourtant il commença à parler, d'une voix chaude et expressive.

- Allons Aikka ... ne sois pas si modeste je te prie. N'est ce pas toi qui conversait il y a quelques jours avec ton amie Zaïe de l'importance de l'éducation des jeunes Nourasiens à l'art du combat et de la magie ?

Le prince sursauta vivement ; depuis combien de temps son père était il au courant de sa relation avec Zaïe, censée rester secrète aux yeux de tous ? Il ouvrit un instant la bouche dans l'intention de justifier cette discussion, mais la referma bien vite devant le regard du vieil homme indiquant qu'aucun démenti ne serait accepté. Néanmoins il ne semblait pas plus outré de cette amitié que cela, aussi Aikka en ressentit un vif soulagement.

- En outre, continua le roi, j'ai entendu les arguments de celle ci concernant l'éducation des jeunes filles aux mêmes arts martiaux, et tu m'avais tout l'air d'être d'accord avec ces idées plutôt...féministes, n'est ce pas ?

Le prince fronça les sourcils.

- Pardonnez moi père mais je ne vois pas le rapport entre cette discussion et mon discours ...

- Ce que je veux te faire comprendre par là Fils, l'interrompit son père d'un geste de la main, c'est que je ne te demande pas seulement d'annoncer à ton peuple cette guerre, mais aussi et surtout de les rassurer !

La voix du Roi prit soudainement une teinte passionnée et grave qui impressionna vivement son fils, néanmoins toujours perplexe par ses mystérieuses paroles .

- Ce que je veux que tu leur fasses comprendre, c'est que jamais, jamais ils ne doivent perdre la confiance en leur patrie et leur armée ! Je veux que tu leur promettes des choses qui leur fera un lendemain meilleur, et qui feront des Nourasiens un peuple fort et respecté ! Ces promesses, seront les toutes premières que tu feras, et tu devras les tenir, et t'y accrocher coûte que coûte, tu entends ? Nous traversons des temps durs et sombres, et si nous connaissons de tels drames et que tu es né dans une période si peu glorieuse, c'est que quelque chose ne va pas dans notre politique, notre système, chacun le sait . Aussi, pour ne pas perdre espoir, il faut justement espérer et promettre ce qui changera notre avenir. Tu dois y croire, tu dois avoir foi en ta planète, car c'est en partie de cette confiance que tu te construiras ton trône de roi !

Aikka regarda longuement son père ; seul son visage ridé et fatigué exprimait sa vieillesse grandissante, du en grande partie à son rôle si pesant de roi et à l'invasion des Crogs qui l'avait littéralement happé, mais il avait pourtant gardé sa vitalité de jeune guerrier. Cet homme, à qui il avait toujours voué le plus profond respect, n'avait pas été ce qu'on appelle un bon père ; très peu présent lors de son enfance, sans cesse occupé par les crogs et diverses réunions, et en outre très peu expérimenté dans l'art d'élever un enfant (il avait eut Aikka jeune, l'année de son mariage, à 18 ans) le prince dès son plus jeune âge avait du apprendre à vivre sans dépendre de personne, fusse même ses propres parents, car la reine Kimiko n'était hélas pas plus libre que son conjoint.

En vérité, il n'avait jamais eu véritablement de parents ; bébé on l'avait confié à une nourrice très gentille certes, mais qui ne l'avait jamais considéré comme son fils, et lui comme sa mère. Et après son départ, Aikka s'était retrouvé tout seul, sans repères dans ce monde assez incompréhensible pour son jeune âge . Le prince était évidemment choyé, célébré, constamment invité à des goûters, des chasses, et des choses qui le ravissait en tant que petit garçon ; mais pourtant la seule chose dont il avait réellement eu besoin pendant son enfance c'était son père et sa mère . Mais tellement de personnes avant lui avait besoin d'eux !

- Dis moi ce que tu penses à l'oral, tu te tourneras vers l'écriture après cet exercice qui s'en trouvera plus aisé, je te l'assure.

Il avait bien tenté de le détester évidemment, de se dire qu'il était un père indigne, et que les Nourasiens avaient bien tort de l'admirer ainsi. Mais pourtant, pouvait il réellement lui en vouloir ? Cet homme était quelqu'un d'exceptionnel, et ce discours ne faisait que renforce ce sentiment au plus profond d'Aikka. Tout ce qu'il espérait à présent qu'il avait grandi, c'était d'être au moins un aussi bon roi que lui, et peut être un meilleur père...

- Je crois que j'aimerais leur dire ...

Le roi s'était redressé, toute son attention tourné vers son fils. Aikka avala sa salive une nouvelle fois, intimidé car peu habitué à ce genre d'exercice d'élocution en la présence de son père. Pourtant, il décida de se lancer une bonne fois pour toute, et de lui exprimer le fond de sa pensée . Tant pis si celle ci le dérangerait !

- J'aimerais dire à notre peuple déjà, que nous avons une armée exceptionnelle, commença Aikka en fixant un point invisible au dessus de l'épaule de son père, que notre excellente pratique des arts martiaux, des insectes et de la magie, transmis de génération en génération, doit faire notre fierté, et que jamais nous devons cesser de le transmettre. C'est pour nous un précieux savoir .

Le roi hocha silencieusement la tête ; la voix du prince pris plus d'assurance.

- Mais ce savoir, jusqu'ici n'est que transmis qu'aux nobles . J'aimerais promettre aux roturiers, et pas seulement à la bourgeoisie, qu'un tel enseignement leur sera prodigué si ils le souhaitent. Car ce n'est pas notre naissance qui fait notre savoir et nos qualités, mais bien ce que l'on est. Et un noble peut être bien misérable face à un roturier, pourvu que ce dernier ait la foi, et vive dans le respect ! Ces castes, si elles ne peuvent être abolies pour le moment, je désire néanmoins les outrepasser. Avant d'êtres des princes, des ducs ou des écuyers, ne sommes nous pas tous des hommes ?

Aikka avait fermé les yeux, emporté dans l'élan de sa passion, semblant oublier jusqu'à la présence de son père toujours à ses cotés. Maintenant les premières idée étaient posées il ne pouvait plus s'arrêter, et les mots s'échappaient de sa bouche comme des oiseaux de leur cage . Tant pis si ces opinions révolutionnaires pouvaient choquer la société bien pensante, le prince était seul ici, face à lui même, et osait enfin s'affirmer. Il n'était plus le petit garçon qui ne se souciait pas que les Crogs puissent punir ses sujets injustement, qui ignorait tout de ce monde. Son cocon doré s'était depuis longtemps brisé ...

- La dernière chose que j'aimerais leur dire est concernant la condition des femmes ici, sur notre belle planète. Car si nos hommes sont fiers et vaillants, il en va de même pour nos femmes, nos mères et nos sœurs. J'aimerais leur donner autant de chance que j'ai pu avoir moi et mes camarades de l'armée, étant des jeunes hommes. Qu'elles s'affirment et qu'elles soient libres !

Instantanément les pensées du prince allèrent vers Zaïe, sa première amie, en qui il avait toute confiance, et qui lui avait inspiré ces idées si déplacées. Peut être un jour grâce à la terro-nourasienne chaque jeune fille pourra également intégrer l'armée cadette, sans passer par les affres douloureux de son propre parcours...

- Je suis fier de notre peuple, de notre armée. Et je suis fier de notre amitié neuve mais sincère avec les terriens ; ensemble nous combattront les Crogs.

Aikka pensa un instant à Eva ; son cœur s'emballa . Les sentiments en lui se mélangeaient ;la fierté, la peur, le courage, l'amour...

- Et nous construiront la paix, définitivement .

Le silence s'installa de nouveau autour du Prince ; il ouvrit les yeux et regarda son père qui avait également les paupières closes. Un instant seulement il se demanda si celui ci ne s'était pas endormi et qu'il ne l'avait pas écouté ; le sourire sur les lèvres du Roi contredit cette idée . Mais lorsque son père ouvrit à son tour ses yeux, la stupeur prit Aikka.

Il était fier.

Le roi était fier du Prince.

Tout dans son attitude montrait l'étendue de la fierté qu'éprouvait le vieux père face à son fils ; ses yeux brillants et émus, son sourire si particulier, et enfin ces mots chaleureux, cette phrase qui acheva de rendre ce moment magique et unique.

- Mon fils, dit il en se relevant, étreignant le Prince de toutes ses forces, tu feras ... un excellent roi !..


Zaïe regardait fixement Eva raviver les braises du feu crépitant à ses pieds, ses prunelles bleues comme perdues dans son violent éclat orangé. La terro-nourasienne semblait absorbée toute entière par sa chaleur ; elle avait les lèvres closes et le visage tendu, n'ayant même pas pris la peine d'essuyer les grosses larmes qui avaient roulé silencieusement sur ses joues rouges.

Le ciel de Nourasie avait revêtu son manteau de nuit, recouvrant la prairie ou étaient assises à même le sol les deux amies d'une obscurité silencieuse. Seul le feu de camp (dont Eva tentait désespérément ranimer les flammes vacillantes) leur offrait une visibilité certes réduites, mais qui suffisait à la terrienne pour se rendre compte de tout le désarroi qui animait Zaïe. Son amie, dont elle avait l'habitude de voir arborer un visage impassible et neutre en toute circonstance, lui donnait cette nuit toute l'expression de son malheur sur ses traits fins, visiblement sans chercher à le masquer.

- Zaïe, commença doucement Eva en s'asseyant en tailleur à ses côtés, est ce que ... est ce que ça va ?

La question était stupide, Eva en avait conscience, mais elle ne voyait pas d'autres moyens d'engager la conversation ; et en effet, après avoir poussé un long soupir et rabattu ses genoux contre sa poitrine, Zaïe commença à parler d'une voix rauque qui trancha dans la nuit calme :

- A vrai dire... J'en sais trop rien. Tout ça est très compliqué, je ne sais pas par ou commencer ...

- Par le début ça serait déjà pas mal !

La terro-nourasienne sourit faiblement .

- Si on commence par le tout début, je vais d'abord te raconter l'histoire de mes parents.

Eva dodelina de la tête.

- En fait, ma mère est pilote d'insecte. ; je t'avais parlé d'une noble qui avait intégré l'armée cadette avant moi, tu te souviens ? Eh bien c'était elle . C'est également la première nourasienne à avoir mis le pied sur Terre, dans des circonstances que je ne connais pas vraiment . Toujours est il que une fois arrivée là bas, la seule personne qui a accepté de la loger c'était mon père, un terrien donc, mécanicien dans le seul garage d'antiques automobiles sur roues du coin. Ils ont finit par sortir ensemble, et un bébé est né peu de temps après, c'était moi.

Eva baissa le regard vers les bûches rougeoyantes .

- Evidemment, comme les Nourasiens étaient inconnus des Terriens et que le gouvernement ne souhaitait pas que ça change, ma mère et moi vivions en toute clandestinité . Mon père par chance habitait dans la maison de ses parents qui était paumée au beau milieu de nulle part, et le plus proche village ou se trouvait le garage de papa était à quelques kilomètres de chez nous. Je n'allais pas à l'école maternelle et n'avait pas d'amis de mon âge, puisque tout le monde ignorait mon existence et celle de ma mère, excepté notre médecin et ma marraine, amie de mon père , Angélique, et la sœur de papa, une crétine qui n'a jamais accepté que je joue avec ses filles sous prétexte que ma mère était une racaille d'extra-terrestre.

Zaïe regarda du coin de l'œil Eva qui contemplait toujours le feu de camp avant de reprendre son récit.

- Ma mère était très spéciale ... Plutôt froide et brutale, je me suis souvent demandé comment mon père avait réussi à l'apprivoiser . Elle n'était pas méchante avec moi, c'était une bonne mère je suppose, mais un peu distante. Je ne garde pas énormément de souvenirs d'elle, c'était il y a si longtemps, j'étais très jeune quand elle est partie. Je devais avoir dans les 5 ans ...

- Quand elle est partie ? s'étonna son amie

La terro-nourasienne poussa un profond soupir et ferma les yeux ; son visage était à moitié éclairé par les lueurs des braises dansantes, créant un jeu d'ombres près de sa bouche, ses yeux, ses joues. Cela lui donnait une expression à la fois magnétique et inquiétante.

- J'y venais .

Eva approcha ses mains afin de mieux les réchauffer ; les nuits nourasiennes pouvaient être particulièrement glaciales ...

- Lorsque ma mère a atteint le 8e mois de grossesse pour Ellie, elle a décidé de tous nous embarquer sur Nourasie afin d'accoucher dans la plus pure des traditions. Mon père était ravi, et j'avoue que ce côté de ma culture m'était complètement inconnue. Mais là bas il y avait les crogs et cette foutue alliance avec les nourasiens, évidemment qui étaient constamment sous pression . Mon père étant un terrien, la famille royale a eu la bonté de le cacher avec moi dans des appartements ou nous n'avions pas le droit de sortir sans autorisation, afin de nous préserver de leur fureur... Pour un premier contact avec Nourasie, on pouvait rêver mieux !

Au loin le chant d'un oiseau nocturne brisa le silence quasi complet qui les enveloppait ; Eva ne disait mots, respectueuse jusqu'au bout du secret de Zaïe, consciente qu'elle lui faisait confiance, et elle en était au fond d'elle même très honorée.

- Et donc, une fois avoir accouché de ma petite soeur, ma mère s'est retrouvée devant un choix ; repartir avec nous sur Terre, car il était clair que l'on ne pouvait pas loger sur Nourasie par temps de guerre avec des crogs anti-terrien partout , ou rester pour défendre sa patrie et son roi. Ma mère a choisi Nourasie. C'était la dernière fois que je l'ai vu, il y a 10 ans .

- C'était ?

- Je l'ai revu cette après-midi, aux écuries. Elle fait partie de l'armée du Duc de l'est, et elle a été appelé au château pour préparer la guerre des Crogs. Voilà. C'est ... c'est tout .

Eva se rapprocha de Zaïe et lui prit la main dans un pur geste de compassion ; cette dernière ouvrit les yeux et regarda la jeune pilote d'une expression douloureuse. Le feu, petit à petit, diminuait.

- Quand ton père est il mort Zaïe ? Comment en es tu arrivé à être domestique au château sur Nourasie ?

La terrienne avait omit de dire qu'elle était désolé pour son amie ; elle savait par expérience que ce genre de phrase était futile et même agaçant pour les concernés, et ne voulait en aucun cas arrêter Zaïe dans ses précieuses confessions.

- Il est mort 5 ans plus tard, quand j'avais onze ans et Ellie 5 . Il avait beaucoup souffert du départ de maman, et est mort d'une maladie cardiaque du à un trop plein de stress d'après les médecins, ou quelque chose comme ça . Ca a beau être courant ce genre de mort d'après eux, quand on est dedans je t'assure que ça fait vraiment vraiment mal . On ne se doute pas combien c'est douloureux .

Eva hocha la tête.

- C'est pour ça alors, que tu étais si mal ? C'est car tu as revu ta mère que tu n'avais pas revu depuis si ...

- Je la hais.

La terrienne sursauta au ton soudainement venimeux de Zaïe. Elle se tourna vers son amie, et constata que son visage était à présent crispé, le regard dur et ses lèvres pincées. A cet instant, si elle ne commençait pas à la connaître Eva aurait certainement été effrayé de cette fille au regard furibond et au souffle précipité, furieux, comme un taureau sur le point de charger. Zaïe prit de nouveau la parole, la voix pleine de ressentiment et de fureur mal contenue ; elle frissonnait .

- Pour tout ce qu'elle nous a fait je la déteste. Elle nous a abandonné, a abandonné mon père qui l'aimait tant, tout ça par fierté guerrière. Elle a privé Ellie de mère, et c'est de sa faute si papa s'est senti si mal. C'est de sa faute s'il est mort, si on s'est retrouvé toutes seules Ellie et moi, à crécher chez une tante qui ne pouvait pas nous piffer. C'est entièrement de sa faute si papa s'est senti si on a tant galéré, si j'ai dû fuir la Terre pour Nourasie...

Sa voix monta brusquement d'un cran ; elle hurlait presque.

- Comme une crétine j'ai cru pouvoir la retrouver, et former du nouveau une vraie famille ! J'ai été vite déçu évidemment, comment cette ... femme aurait put accepter de remplir son rôle de mère ? Mais quelle conne j'ai été ! Ce n'est... ce n'est pas ma mère !

Ces dernières paroles se brisèrent misérablement dans la nuit. Zaïe avait de nouveau caché son visage contre ses genoux, et aux soubresauts irréguliers qui agitaient maintenant son dos Eva comprit qu'elle pleurait en silence.

Et alors, devant cette vision si étrange et bouleversante de son amie qu'elle avait toujours connue maîtresse d'elle même à présent en pleurs, la terrienne comprit. Tout était clair à présent, sur la raison de l'exubérance parfois fatiguante de la terro-nourasienne, sur ses regards parfois si sombres, sur son énergie au delà du raisonnable à trouver une famille à Hana...

Zaïe n'était en réalité qu'une fille qui souffrait de son passé, continuellement.

- Tu sais, murmura Eva au bout d'un long moment, je crois que tu devrais parler à ta mère. Ta situation ne fera que stagner voire empirer si tu continues à l'ignorer, et vous souffrirez indéfiniment avec Ellie !

La jeune pilote contemplait fixement le feu crépitant à ses pieds, évitant ainsi tacitement es yeux rougis de son amie qui ne tarda pas à trouver elle aussi un attrait fulgurant aux braises rougeoyantes.

- Qu'en sais tu ? articula cette dernière d'une voix rauque, moins je la vois mieux je me porte, je suis pas sûre que tu puisses comprendre ça.

Eva soupira.

- Aikka ne t'as jamais parlé de mon histoire n'est ce pas ?

Zaïe secoua la tête négativement et jeta un coup d'œil vers la terrienne, un peu perplexe ; ou voulait elle en venir ?

- Si je me permet de te donner ce conseil Zaïe, continua Eva en souriant légèrement, c'est que je suis bien placée pour savoir que l 'on ne peut jamais fuir éternellement son passé...

Et à son tour, Eva parla. Elle raconta son enfance, la mort de sa mère puis l'abandon de son père, l'horrible pensionnat et toutes ces heures à pleurer, à douter, à désespérer. Puis elle conta la course d'Oban, sa transformation en Molly, son espoir fou de ramener à la vie sa mère, et sa déception face à ce père froid et sec qui correspondait si peu à ses souvenirs d'enfant. Et enfin, elle parla de ce dernier qui, finalement, avait comprit qui elle était, les explications, les larmes puis les étreintes, et sa nouvelle vie, sa renaissance en une Eva épanoui et heureuse.

Cela dura une bonne demi-heure pendant laquelle Zaïe ne pipa mot, attentive au récit. Quand se fut fini, la terro-nourasienne osa enfin regarder Eva. Cette dernière souriait paisiblement.

- Tu vois ma vieille, conclut elle en lui donnant une tape amicale du l'épaule, si j'ai réussi à me rabibocher avec mon père, alors pourquoi pas toi ?

Zaïe haussa les épaules, plus émue qu'elle ne le laissait paraître.

- Merci, marmonna elle simplement

Et c'était déjà beaucoup.

Enfin, Eva céda à ses pulsions, et elle enserra de ses bras son amie, l'entraînant dans une étreinte réconfortante qu'accueillit avec chaleur la terro-nourasienne qui laissa finalement libre court à son émotion, chose qu'elle ne faisait que trop rarement.

Et toute deux regardant le feu mourir, elles eurent unanimement l'intime conviction que la flamme de leur amitié, pourtant toute neuve, brillait de plus en plus fort, réchauffant leurs cœurs meurtris et résorbant leurs blessures les plus secrètes.

Elles avaient enfin trouvé en l'autre quelqu'un qui les comprenait. Et c'était pour elle une sensation confuse mais profonde de bonheur.

Tout simplement.


- C'est vraiment très gentil à vous de nous aider à pendre le linge Rick-san !

- Je vous en prie ne me remerciez pas, comment aurais-je décemment laisser de si charmantes jouvencelles dans leur détresse vestimentaires ?

Neko eut un rire charmant à l'encontre de Rick et lui envoya un baiser en soufflant sur sa main avant de courir rejoindre sa soeur jumelle afin de l'aider à étaler les draps blancs sur la longue corde à linge prévu à cet effet dans la lingerie extérieur du château. L'ex-pilote leur décocha de loin son plus beau sourire séducteur savamment travaillé par l'éternel coureur de jupons qu'il était, qui fut accueilli par des gloussements joyeux et gracieux.

Habituellement la réaction enthousiaste des jumelles aurait dû réjouir le brun, avide de conquêtes aussi charmantes que ces demoiselles. Mais étrangement aujourd'hui le coeur n'y était pas vraiment. Pas de pensées osées ni de frissons lui parcourant la nuque, s'en était à perdre son nourasien !

La compagnie n'était pourtant pas en cause dans ce manque de réaction ; Neko et Mune avaient depuis longtemps tapé dans l'oeil du brun qui avait de suite décelé l'étendue de leur sensualité leur promettant monts et merveilles s'il avait fréquenté leur couche. En réalité l'ancien pilote avait bien compris que le problème venait uniquement de lui, et si il leur faisait gentiment du charme c'était peut être plus par habitude ou par une stupide obligation personnelle que par réelle envie. Que tout cela lui paraissait fade !

Dans un sens cela le reposait de ne pas avoir l'esprit sans cesse accaparé par les formes enchanteresses des nombreuses femmes vivant au château, et cela lui évitait assurément quelques tracas du type grossesses indésirées, demande en mariage forçée ou dispute plus ou moins violente avec le frère/père/cousin/mari de la promise . En outre il avait remarqué que ses pensées macabres et lugubres qui l'obsédaient tant depuis son arrivée sur Nourasie s'étaient estompées, à son plus grand soulagement. Mais la question était maintenant de connaître la cause de ce subit revirement de situation .

Et le début de réponse que lui avait soufflé son instinct troublait Rick plus qu'il ne voulait se le permettre...

- Il a l'air pensif notre beau terrien ! souffla Mune à l'oreille de sa sœur tandis qu'elle s'escrimait à attraper une pince à linge sur la corde sans perdre l'équilibre

- Bah ! soupira Neko visiblement ravie, il doit avoir l'esprit trop occupé par le discours du prince... ou par notre poitrine !

Les domestiques se cambrèrent en simultané tout en pendant divers vêtements aux tissus délicats, essayant d'attirer par télépathie l'attention de Rick sur leur personne .

- En tout cas, c'était géant.

- De quoi ? Nos poitrines ?

Mune balança une culotte sur la tête de sa soeur qui n'essaya même pas d'esquiver, de peur de salir le royal dessous.

- Baka ! Je te parlais du discours du Prince !

Neko hocha la tête et se tourna un instant vers l'immense forêt qui bordait le coté est du château. Si l'on se concentrait très fort on pouvait même y voir la mer tout au loin ; c'était un des passe temps favoris des gosses vivant au château .

- Je ne pensais sincèrement pas qu'un noble tel que notre Prince pourrait nous comprendre à ce point ... murmura elle

- Oui, c 'est une bonne chose qu'on nous considère enfin.

Les deux jumelles eurent un soupir synchronisé ; le discours du Prince Aikka si avant-gardiste, et finalement très humain, avait ému beaucoup de monde, aussi bien dans les rangs des domestiques que dans celui des nobles. Hélas, et c'était à prévoir, tous ne l'avaient pas bien pris . Certains, comme Neko et Mune, avaient été estomaqué puis ravi d'étendre un noble de cette trempe s'occuper de leur sort peu enviable. D'autres s'étaient méfié, s'attendant à une entourloupe d'envergure ; ah les belles paroles ! Mais étaient donc les faits ? Chez les nobles ça avait été de tous les côtés la stupeur, et parfois même la crainte de perdre ces privilèges qui leur facilitait tant la vie. Mais fort heureusement une majorité était indifférent ou favorable à ce changement, heureux de voir une monarchie aussi vieille que Nourasie se moderniser quelque peu.

- Mine de rien j'ai un peu eu l'impression d'un déjà vu . remarqua Mune d'un air perplexe, Pas toi ?

- Vraiment ? S'étonna sa soeur, je ne connais pas d'autre noble qui ai défendu à ce point notre cause pourtant et ...

- Je ne parlais pas de nobles.

Une ride barra le front délicat de la domestique.

- Ou veux tu en venir ?

Ce discours, sur l'égalité des chances et tout ça, c'est exactement ce avec quoi nous bassinait Zaïe...

Neko n'eut pas le temps de réfléchir à la réplique de sa soeur que de vives lumières tranchèrent brusquement l'obscurité et aveuglèrent les jumelles. Elles mirent leur bras en visière en criant de peur, et se recroquevillèrent sur le sol, leurs longs cheveux volant dans le vent soudainement violent et impétueux.

- Mais qu'est ce qui se passe ? hurla Mune sans que personne ne l'entende, sa voix couverte par des vombrissements de moteur puissants.

Rick se précipita sur les jeunes filles, renversant au passage le lourd panier à linge, et se mit devant elles en plissant les yeux, dans une pure attitude de protection, éberlué. Les jumelles venaient d'échapper de peu à un vaisseau spatial qui avait bien failli les emporter tant il était passé près d'elles.

Le cœur battant à tout rompre, Neko serra contre elle sa soeur, suivant du regard l'engin qui était passé si près d'elles s'éloigner dans la nuit . Rick jura entre ses dents, reconnaissant enfin ce vaisseau ; elles tremblèrent et se blottirent l'une contre l'autre, ayant elles aussi compris l'incompréhensible.

Les Crogs étaient de retour.