Les amis, je suis de retour avec un nouveau chapitre. J'ai eu beaucoup de mal à le boucler mais je pense être arrivée à un résultat correct et pour l'instant, les échos sont bons
Merci à Altiru (quand Kakashi changera, c'est à dire ? quand il deviendra l'homme qu'on connait ? ça, je sais pas trop pour l'instant... Merci en tous cas !) et à kakashi-le-meilleur (une nouvelle revieweuse, c cool ça ! je suis contente que tu aimes cette fic car je l'aime beaucoup. Elle n'a pas bcp de succès par contre, dommage)
Bonne lecture ! Ce chapitre et probablement au moins les deux suivants sont consacrés à l'univers ANBU.
Chapitre IX
La pièce manquante
Kakashi grimaça et se retourna dans son lit en étouffant un gémissement de douleur. Son œil gauche lui brûlait. Il avait l'impression d'avoir un tison chauffé à blanc enfoncé dans l'orbite et régulièrement, des crises de fièvre le faisait trembler des pieds à la tête. Impossible de trouver le sommeil. Haletant, il enfouit son visage dans l'oreiller trempé de sueur dans le vain espoir d'apaiser sa douleur mais ne réussit qu'à transpirer un petit peu plus. Finalement, n'y tenant plus, il se leva et se dirigea d'un pas mal assuré vers la salle de bain en prenant soin de ne pas réveiller Shinji et Kaito, qui bien que dormant dans la pièce d'à côté avaient l'ouie très fine. Il s'aspergea longuement le visage avec de l'eau fraîche mais n'osa pas se regarder dans le miroir. Il n'avait toujours pas accepté cet œil sanglant logé dans son orbite gauche et quand il contemplait son reflet, il avait systématiquement un mouvement de recul. Entre le Sharingan et lui, ce n'était pas le grand amour. Et ça, Okara l'avait tout de suite compris.
Kakashi n'avait pas eu besoin de le lui dire pour que son capitaine comprenne qu'il ne savait pas – et qu'il ne voulait pas – utiliser son doujutsu. Mais l'ANBU ne l'avait pas entendu de cette oreille et l'avait dès le début astreint à étudier les capacités théoriques de son œil puis à les mettre en pratique pendant les entraînements. Pour l'instant, il travaillait essentiellement le principe de la visualisation anticipée. Le copiage et la manipulation de l'esprit viendraient plus tard. Le capitaine tenait d'abord à ce qu'il maîtrise la technique de base à la perfection et malgré la douleur lancinante dans son œil gauche à chaque fin de journée, Kakashi ne s'épargnait aucun effort pour y arriver. L'ANBU l'avait prévenu : tant qu'il ne maîtriserait pas son œil, il ne participerait pas aux opérations et la guerre continuerait sans lui. Peu importait que Konoha fût ainsi privée d'un élément précieux. L'entraînement était prioritaire.
Et les entraînements, il les enchaînait depuis un mois. Okara n'avait pas menti. Etre ANBU n'était pas une partie de plaisir. N'auraient été sa volonté et son orgueil, Kakashi aurait jeté l'éponge depuis longtemps. Et quand il avait le malheur de penser qu'il n'en était qu'à la première phase de formation, il manquait bien souvent de sombrer dans le découragement le plus total. Lui qui s'était tant vanté du rythme de ses entraînements avait été remis à sa place dès le premier jour. De toutes évidences, Okara prenait grand plaisir à veiller à ce qu'il n'ait pas une trop haute opinion de lui-même et l'obligeait à utiliser le Sharingan jusqu'à ce qu'il en tombe d'épuisement. Le soir, c'était à peine s'il avait la force de manger et la douleur l'empêchait souvent de s'endormir avant une heure très tardive – qui était d'ailleurs généralement celle du réveil. Seuls des passages quotidiens à l'infirmerie lui permettaient de se lever chaque matin. Sans les infirmiers qui effectuaient un suivi particulier de son œil et lui prescrivaient chaque jour une quantité non négligeable de vitamines et autres produis dont il préférait ne pas connaître le nom, il aurait probablement plongé dans un coma profond dès le troisième jour. Kakashi avait une fois demandé aux médecins pourquoi personne n'intervenait auprès du capitaine Okara pour qu'il calme le jeu, lesquels lui avaient alors répondu que d'une manière générale, il valait mieux éviter de contester les méthodes de l'officier ANBU si l'on tenait à rester sain d'esprit. Il les avait crus sur parole. Et les entraînements avaient continué, plus épuisants les uns que les autres, à croire qu'Okara n'était jamais à cours d'idées lorsqu'il s'agissait d'amener un corps à son extrême limite.
Il ignorait combien de temps il tiendrait à ce rythme mais il se disait que si d'autres y étaient parvenus, alors lui le pouvait aussi. Et d'un autre point de vue, l'épuisement l'empêchait de ruminer de trop noires pensées.
Il inspira à fond. Le sommeil ne viendrait décidément pas cette nuit. Tant pis. Il décida de sortir vers un tour. Il enfila rapidement son masque, noua son bandeau sur son œil avec des mains fébriles mais délaissa son masque de loup. En théorie, son port était obligatoire, même en dehors des missions, mais il était peu probable qu'il rencontre qui que ce soit à cette heure là et d'un point de vue plus subjectif, il transpirait déjà bien assez sans rien sur le visage. Régulant sa respiration avec soin, il ouvrit sa fenêtre. De là, il bondit silencieusement sur la branche d'arbre la plus proche et se laissa glisser à terre. Le vent ne siffla pas dans ses vêtements et les feuilles fanées se soulevèrent à peine quand ses pieds touchèrent le sol. Une ombre. Juste une ombre.
Après avoir vérifié que personne ne l'avait vu sortir, Kakashi fourra ses mains dans ses poches et se mit à marcher. Il n'avait pas d'idée bien précise de l'endroit où il voulait aller. Il ignorait même s'il avait réellement envie de bouger. La nuit était froide mais ça ne le dérangeait pas. Au contraire, l'air frais lui faisait du bien et apaisait un peu la brûlure de son œil. Inspirant profondément, le garçon se permit un sourire. Il était seul. Personne pour lui parler ou lui poser des question stupides, personne pour lui faire faire des pompes jusqu'à ce qu'il s'en casse les bras, personne pour lui aboyer des ordres. Bref, personne pour lui prendre la tête. Il se demanda pourquoi il ne sortait pas plus souvent la nuit.
S'asseyant sur l'herbe humide, il se mit à contempler les étoiles. Le ciel était complètement dégagé, laissant apparaître une multitude d'étoiles nimbées d'un doux halot argenté. C'était une belle nuit. Une nuit paisible. Kakashi soupira. Il serait resté comme ça des heures durant, à regarder le ciel et écouter chanter les insectes. Mais il savait qu'à l'instant même où la dernière étoile disparaîtrait, Okara viendrait le chercher. Et l'enfer des exercices recommencerait. Il n'avait jamais reculé devant le moindre entraînement mais depuis un mois, il se surprenait à redouter ces longues heures passées auprès du capitaine, ce qui ne lui était jamais arrivé avec Arashi. Il se passa la main devant les yeux, légèrement déprimé.
- Tout va bien, Kakashi ? fit soudain une voix derrière lui.
Le garçon sursauta et se retourna. C'était Isane, sa coéquipière. Une fois l'étonnement passé, il la salua d'un signe de tête, se traitant mentalement d'imbécile : pris dans l'harmonie de la nuit, il avait baissé sa garde et ne l'avait même pas entendue arriver.
Bien joué, Kakashi. Ah si, si, j'insiste. Baisser sa garde et ne pas sentir arriver un ninja alors qu'on est ANBU, je reconnais, c'est très fort.
Il retint un soupir d'agacement en la voyant s'asseoir près de lui et ôter son masque d'ANBU. Il n'avait pas envie de parler. Pour une fois qu'il était tranquille et bien, il aurait voulu rester seul. En venant chez les ANBU, il avait espéré se trouver au milieu de gens comme lui et qui par conséquent lui foutraient la paix. Mais si c'était le cas de la majorité d'entre eux, Isane n'entrait pas – et ne voulait de toutes évidences pas entrer dans ces règles.
Il lui jeta un coup d'œil. Elle le regardait avec ce qui ressemblait à de l'inquiétude. Un maigre sourire se dessina sous son masque. De tous, c'était elle qui était la plus proche de lui, sans doute parce que la différence d'âge était moindre mais Kakashi n'en était pas certain. Chacune des discussions qu'il avait avec elle se révélait instructive. C'était une femme d'esprit assez vif, aux réflexions pertinentes et à la générosité peu commune. En lui expliquant les règles de vie chez les ANBU et en le présentant aux autres, elle lui avait épargné bizutage et autres pratiques peu réjouissantes, chose dont il lui était très reconnaissant. En somme, elle se comportait avec lui comme elle l'aurait fait avec un petit frère – c'était du moins ainsi qu'il s'imaginait une relation fraternelle. Mais malgré tout, il ne pouvait s'empêcher de se montrer distant avec elle. D'abord parce que l'amitié n'était pas recommandée chez les ANBU, ensuite parce qu'elle lui rappelait trop Tsunade et enfin parce qu'il n'aimait pas qu'on s'occupe de lui. Il préférait gérer ses affaires tout seul.
- Ça va, répondit-il. C'est juste…
- Ton œil.
Kakashi la regarda un instant puis hocha la tête. Isane soupira.
- Tu sais, Okara ne fait pas cela pour te décourager ou te tuer à petit feu comme le pensent certains. S'il te pousse tant à bout, c'est parce qu'il sait que tu as un potentiel énorme et il veut que tu l'exploites.
- Au risque de me faire abandonner ? répliqua Kakashi un peu plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu.
Isane secoua la tête.
- Okara a beau être dur, il sait parfaitement où se trouve la limite de chaque individu. Crois-moi, s'il avait voulu te tuer d'épuisement, il y a longtemps que tu serais mort.
Pendant une seconde, Kakashi crut qu'elle plaisantait. Mais son équipière était sérieuse et cela le remplit de colère. Il serra les poings. Alors comme ça, Okara le ménageait ? Il se sentit profondément humilié. Comme si elle avait lu dans ses pensées, Isane sourit.
- Ne le prend pas comme ça, Kakashi. Okara est loin de te mépriser. Nous avons simplement tous une limite physique et mentale que nous devons respecter et la force du capitaine, c'est justement de savoir où elle se trouve. Il n'est pas là pour nous tuer ou nous dégoûter. Son but, c'est de faire de nous les meilleurs. Et quoi que tu puisses penser, ce n'est pas parce que tu es plus jeune qu'il te ménage.
Kakashi ne répondit pas. Voyant qu'il n'était pas convaincu et qu'il n'avait apparemment pas envie de discuter, Isane n'insista pas. Elle se leva, brossa les quelques herbes collées à son pantalon et remit son masque.
- Crois-moi, murmura-t-elle avec un sourire. Tu finiras par l'aimer.
Et elle disparut dans la nuit. Kakashi resta un moment à contempler l'endroit où elle se trouvait quelques secondes auparavant puis il posa son menton sur ses genoux, pensif. Isane avait beau dire, il avait du mal à s'imaginer ami avec le capitaine. Il le respectait, là n'était pas la question. On aurait même pu dire qu'il l'admirait. Mais de là à l'apprécier… Non, ça, ce n'était pas possible. Okara était un homme bien trop froid, distant et dur pour s'attirer sa sympathie. Et ce qui le gênait encore davantage, c'était de se reconnaître en lui ; de voir le reflet de ce qu'il avait été pendant si longtemps. Tout à coup, il comprit mieux ce qu'Obito avait du ressentir en faisant équipe avec lui.
Obito…
Un flot d'images lui revint brusquement en mémoire, pêle-mêle, accompagnée d'une forte odeur de sang comme à chaque fois qu'il pensait à son ami. Des cris, des larmes… Et de nouveau cette foutue douleur dans l'œil… Ce sentiment de culpabilité dans la poitrine semblable à une main lui broyant lentement les entrailles. Il fourra son visage dans ses mains, se retenant avec peine de hurler de rage. Il n'avait pas voulu tout ça, non il ne l'avait pas voulu. Sa mort, le Sharingan, les larmes de Rin, quitter l'équipe 7… Autant de choses qu'il n'avait pas désirées et qui étaient pourtant arrivées par sa faute. Rin ne s'était pas mise à pleurer toute seule et leur équipe ne s'était pas dissoute par hasard. Non. Lui seul, lui seul était responsable. Il avait détruit tout ce qui faisait sa vie.
Il soupira. C'était plus un constat qu'une lamentation mais ça n'en était pas moins effrayant. Depuis quand avait-il des tendances autodestructrices ?
C'est génétique ! répondit presque aussitôt une voix dans sa tête.
Le garçon se figea un instant à cette pensée puis eut un rire sans joie. Ce n'était pas faux. Il se comportait exactement de la même manière que son père. Agir dans son coin en pensant bien faire puis réaliser – après coup bien évidemment – que ça n'avait fait qu'aggraver les choses. C'était sûrement une caractéristique de la famille Hatake. Et probablement aussi la raison pour laquelle on n'y vivait jamais très vieux. Aujourd'hui à quoi se résumait sa vie ? A rien. Il n'était plus rien. Plus de famille, plus d'amis, plus d'identité. La seule chose à laquelle il pouvait encore se raccrocher, c'était son entraînement d'ANBU. Mais ça ou rien, c'était pareil. Faire partie de cette division d'élite revenait à s'effacer derrière le masque et à devenir l'outil que l'on avait soi-même forgé avec soin. C'était disparaître. Il avait cru que ce serait facile mais c'était loin d'être aussi simple…
Ou peut-être tout simplement qu'il ne se donnait pas tous les moyens pour y parvenir. Peut-être devrait-il cesser de réfléchir pour se concentrer exclusivement sur ce qu'on attendait de lui. Peut-être était-ce cela qu'Okara essayait de lui dire. Il soupira une fois de plus. Lâcher prise. Il devait lâcher prise. C'était à ce prix qu'il retrouverait un semblant de sérénité ou au moins d'efficacité. Il leva les yeux vers la lune, pâle et mystérieuse, inaccessible mais en même temps si belle. Puis il se leva. Le jour n'allait pas tarder à se lever. Déjà, les étoiles perdaient de leur éclat. Il devait rentrer. Il avait assez d'heures de sommeil en retard pour ne pas en rajouter d'autres. Mais de retour dans sa chambre, il ne put s'empêcher de contempler une dernière fois l'astre argenté. Il sourit. C'était une belle nuit.
Le lendemain, Okara alla le trouver juste avant qu'il n'entre dans la cantine des ANBU.
- Pas de petit déjeuner aujourd'hui, lui annonça-t-il d'entrée avec sa diplomatie habituelle. Suis-moi.
Kakashi le dévisagea, perplexe. Si à cet instant, il avait cédé à sa première impulsion, il aurait répondu « Quoi ? ». Pas qu'il ait spécialement faim mais aux vues du rythme que lui imposait Okara, sauter un repas, aussi frugal fût-il, était suicidaire. Mais on ne répondait pas « Quoi ? » avec un air abasourdi à un capitaine, aussi convertit-il laborieusement sa première réaction en un haussement de sourcil vaguement étonné.
- Si je ne mange rien, je ne tiendrai pas toute la matinée, taichou, fit-il remarquer.
Okara croisa les bras.
- Tu discutes ?
- Non, taichou, s'empressa de répondre le jeune ninja. C'est une remarque, c'est tout.
- Je note. Et maintenant, suis-moi.
Et il s'éloigna. Docilement, Kakashi lui emboîta le pas. Mais Okara ne se dirigea pas vers les terrains d'entraînement. Au contraire il l'emmena droit vers le quartier nord, zone un peu à l'écart et peu habitée. Bien que perplexe, Kakashi ne posa pas de question, sachant pertinemment qu'Okara ne répondrait pas. Et d'ailleurs, comme l'énonçait si bien la règle n°21 du code de conduite ninja…
Un subordonné ne pose pas de question dont la probabilité de réponse dans un laps de temps de 5 minutes est supérieure à 0.5
Il soupira intérieurement. La procédure était chose fort ennuyeuse quand on y réfléchissait. Mais c'était la procédure et tout le monde devait s'y plier. Soudain, un bâtiment aux murs sombres se détacha dans l'horizon rosi par l'aube. Kakashi ralentit le pas une fraction de seconde, la respiration tout à coup moins aisée.
Les prisons. Probablement l'endroit dont on évitait le plus de s'approcher quand on habitait à Konoha et ce pour trois raisons. D'abord parce que tout civil ou ninja de grade inférieur à celui de Chunnin n'y avait de toutes façons pas accès – lui-même ne s'y était rendu que deux fois et uniquement pour des escortes. Ensuite parce que 50 voire 60 des détenus étaient potentiellement – très – dangereux. Et enfin parce que le bâtiment abritait la section la plus secrète mais également la plus redoutée de toutes les institutions ninjas : le service d'interrogation.
Officiellement, cette section n'existait pas. Elle n'était mentionnée sur aucun papier et ses agissements étaient tenus secrets. Aucun des actes s'y déroulant n'était rapporté par écrit, tout se faisant par voie orale. C'était en grande partie pour cette raison que seuls les ANBU et les Jounins de très haut niveau y avaient accès, en plus de ceux qui y travaillaient quotidiennement.
De nombreuses rumeurs couraient à propos de cette division fantôme dont chacun connaissait l'existence sans pouvoir le prouver, et le mystère entretenu par la classe dirigeante autour d'elle ne rendait que plus effrayant le peu qui parvenait à filtrer. Le fait était que tous ceux qui avaient, un jour, le malheur d'y entrer et de porter un insigne autre que celui de Konoha disparaissaient purement et simplement de la circulation. On ne les revoyait plus et chose qui était en soi encore plus navrante, on les oubliait.
Comme beaucoup de gens, Kakashi se doutait que le terme d'« interrogation » cachait ceux de torture et d'assassinat et le simple fait d'imaginer des shinobis reconnus et admirés, tels qu'Arashi ou même Jiraya-sama, en train de torturer des gens le rendait malade. Et encore plus de devoir reconnaître l'indiscutable utilité de ce service. De nombreuses opérations étaient accomplies chaque jour avec succès grâce aux informations récoltées dans cette division. Sans elle, Konoha aurait perdu la guerre depuis bien longtemps. Et voilà que lui aussi, Hatake Kakashi, allait devoir toucher à cette pratique. Cela lui répugnait d'avance. Mais d'un autre côté, il s'était promis de se plier sans rechigner à tout ce qu'on lui ordonnerait.
Okara ne sembla pas remarquer le soudain malaise de Kakashi car il ne se retourna pas et son pas resta égal. Une fois devant les lourdes portes, il fit face à son protégé. Bien qu'il ne pût voir son visage, Kakashi sentit sa gravité.
- La première phase de ton entraînement s'achève ici, commença-t-il.
Pour une oreille profane, le ton aurait paru neutre mais le jeune ninja y détecta un soupçon de malaise et de tension qui l'inquiéta beaucoup plus que l'aura malsaine du bâtiment carcéral. Inconsciemment, il se crispa.
- Sur le plan physique, tu es fin prêt, continua Okara. Tu dois encore exercer ton œil mais sur l'essentiel, c'est bon. La seconde phase de la formation d'ANBU axe les exercices sur la résistance mentale. Ça peut paraître secondaire mais c'est loin d'être le cas. Tous ceux qui ont négligé cet aspect de l'entraînement sont soit morts soit retournés au simple grade de Jounin.
Il fit une pause calculée puis abaissa son regard sur Kakashi.
- Tu sais ce qui t'attend à l'intérieur de ces murs. Je ne t'oblige pas y entrer. Cette épreuve est la plus difficile de toutes et peu de gens en viennent à bout. Si tu as peur, si tu penses que tu n'y arriveras pas ou plus simplement, si tu ne veux pas en passer par là, tu peux partir. Je ne te jugerai pas. Pense simplement à rendre ton masque et ton uniforme avant de rentrer chez toi.
Comme toujours, c'était clair et direct. Kakashi admira secrètement son capitaine. Pour décourager les moins déterminés, c'était le discours parfait. Des mots à la fois durs et compatissants, le tout dominé par un ton condescendant qui pouvait, en fonction de l'auditeur, plomber le moral ou au contraire le booster. Bref, une merveille de manipulation psychologique. Le jeune homme sourit. Okara était homme habile. Tous les deux savaient parfaitement que Kakashi n'en resterait pas là. Plus qu'un avertissement, c'était un défi que lui proposait l'ANBU.
- Je ne reculerai pas, répondit-il fermement.
Il sentit distinctement Okara sourire derrière son masque.
- Très bien.
A cet instant, s'il avait su ce qui l'attendait réellement une fois à l'intérieur, il y aurait sans doute réfléchi à deux fois.
Quelques heures plus tard, il sortait du bâtiment en titubant, le visage blême et les yeux hantés. Le pas mal assuré, il s'adossa au mur sombre et s'efforça de se calmer. Se détendre, respirer. Mais malgré ses efforts, la scène revenait sans cesse danser devant ses yeux, horrible, écoeurante, et les hurlements ne cessaient pas. Il secoua la tête.
Alors c'était ça, torturer quelqu'un : faire souffrir le plus longtemps et de la manière la plus cruelle possible jusqu'à ce que la victime en perde la raison. C'était ça que le conseil cachait avec tant de soin… Oui, c'était compréhensible. Primordial, même. Il y avait fort à parier qu'à la seconde même où les populations civiles apprendraient ce qu'on leur cachait, une émeute éclaterait. Et on en serait réduits à de bien pires extrémités que dissimuler l'usage de la torture. Tuer pour vivre, cacher pour régner, le paradoxe ninja se reflétait jusque dans les institutions même de la société et Kakashi en aurait ricané s'il en avait eu le cœur. Malgré tous ses efforts, la cruauté dont il avait été témoin avait été telle qu'il doutait pouvoir de nouveau regarder son capitaine en face. Celui pour qu'il avait tant de respect n'avait rien fait pour s'opposer à cette démonstration brute de barbarie. Il était consterné, dégoûté.
Un hurlement de douleur explosa dans la petite cellule. Un cri chargé de sanglots, brisé. Le cri d'une bête blessée à mort, rendue folle par la souffrance. Désespérée.
Kakashi détourna la tête, incapable de supporter le spectacle une seconde de plus. Mais la main d'Okara se referma tel un étau sur sa mâchoire et lui remit brutalement la tête dans l'axe. Obéissant à un pur réflexe, le garçon essaya de se dégager mais la poigne du capitaine était trop puissante. Il ferma alors les yeux de toutes ses forces, dernier recours dans une situation qui avait depuis bien longtemps échappé à son contrôle. Presque aussitôt, une gifle retentissante heurta sa joue et la voix d'Okara résonna avec force dans ses oreilles.
- Ne détourne pas les yeux, soldat ! Regarde. Regarde la mort en face. Et contemple la souffrance de ton ennemi, son agonie. Ne tremble pas ! La mort ne doit pas t'impressionner. Elle est près de toi. A chaque instant, tu peux sentir sa présence. C'est ça être ninja : donner la mort ou la recevoir. Si tu n'es pas capable de comprendre ça et de l'accepter, t'as rien à faire chez les ANBU !
Kakashi déglutit avec peine. Il sentait au ton de sa voix qu'Okara ne tolérerait pas d'échec ou de forfait. Il devrait aller jusqu'au bout. Mais c'était dur. Très dur…
Il s'était attendu évidemment à ce que ce le soit mais pas à ce point là. La torture obéissait à des règles totalement différentes de celles qu'il avait appliquées jusqu'à maintenant. Tuer, il connaissait par cœur ; c'était sa vie. C'était simple, c'était rapide. Du plus loin qu'il se souvienne, il avait toujours eu la mort comme compagne. Mais torturer… c'était jouir de la douleur de l'autre, en profiter et ça, ça le révulsait. Tuer ne l'avait jamais dérangé. C'était dans l'ordre logique des choses quand on était ninja et surtout, c'était indispensable si on voulait survivre. Mais il n'y avait jamais pris plaisir. Il s'était toujours arrangé pour conclure ses combats le plus vite possible et pour tuer l'autre rapidement. A l'inverse, le but de la torture était de faire mourir la personne le plus lentement et le plus douloureusement possible. Il ne comprenait pas. Ou plutôt, il ne voulait pas comprendre. Il ne voulait pas croire que cette pratique avait toujours existé parmi les ninjas, qu'elle faisait partie d'eux et contribuait à leur légende. Ce côté noir ne collait pas avec l'image qu'il s'était faite du shinobi. Et encore moins avec celle qu'il avait eu d'Okara.
- Kakashi, fit alors la voix du capitaine.
Le garçon sursauta et se retourna. Son capitaine se tenait juste derrière lui, les bras croisés. Comme toujours, Kakashi n'eut pas besoin de voir son visage pour deviner ce qu'il pensait. Il était déçu. Mais en l'occurrence, il se moquait complètement de l'opinion de l'ANBU et n'avait qu'une envie : lui dire ses quatre vérités.
- Cette fille… commença-t-il la voix tremblante de colère, elle…
- Avant de dire quoi que ce soit, le coupa Okara d'un geste, je crois que tu devrais remettre les choses dans leur contexte.
Leur contexte ? répéta Kakashi abasourdi. Vous croyez que ça justifie ce que vous avez fait ?
- Au cas où tu l'ignorerais, poursuivit l'ANBU, imperturbable, nous sommes en guerre depuis maintenant plus de huit mois. Les effectifs commencent à manquer, tout comme les réserves de nourriture. Sans compter l'hiver qui arrive. Konoha a déjà perdu le tiers de ses troupes et le conflit en est toujours au même point. Personne n'a pris l'avantage. Quoi qu'en dise le conseil, nous n'aurons pas les moyens de poursuivre dans cette voie très longtemps. Tout au plus tiendrons-nous six mois. A l'inverse, Kiri et Kumo s'étaient préparés à une guerre de durée. Rien ne joue en notre faveur. Tu peux donc aisément comprendre l'importance du moindre indice concernant leurs prochaines attaques, non ?
- Il y a d'autres moyens… insista Kakashi.
- Des moyens coûteux et autrement plus risqués. L'infiltration est un travail à long terme ce qu'on ne peut se permettre. Et le taux de réussite de l'espionnage est inférieur à 50 selon les derniers rapports. Si tu restes objectif, Kakashi, tu te rendras compte très vite que nos choix sont extrêmement limités.
- Ça ne change rien ! Konoha ne devrait pas s'abaisser à de telles pratiques.
La kunoichi poussa un cri. Des larmes roulèrent sur ses joues mais ses yeux gardaient leur lueur de défi. Morino lui, ricana et sortit une fine pince en acier de sa poche. Puis il détacha les poignets de la fille et fit signe à Kakashi de s'approcher.
- Tiens la, dit-il tout en empoignant son bras gauche.
Les mains tremblantes, le jeune garçon obéit sachant qu'Okara le regardait. Il pouvait sentir la kunoichi trembler de tout son corps. Toujours souriant, Morino approcha sa pince de la main de sa victime qui roula des yeux terrifiés et tenta de se dégager. Mais Kakashi ne lâcha pas prise. Les tenailles en métal se refermèrent sur l'ongle du pouce.
- Toujours rien à dire, ma jolie ?
Elle secoua la tête et ferma les yeux, les mâchoires serrées. Très lentement, les pinces soulevèrent l'ongle. Un gémissement s'échappa des lèvres de la prisonnière, qui se transforma en hurlement quand l'ongle fut brutalement arraché. Kakashi ferma les yeux. Mais les sanglots lui parvinrent quand même, ainsi que la voix douce de Morino.
- C'est douloureux, hein ? Eh bien pense que je peux le refaire avec chaque doigt de ta main. Et si ça ne suffit pas, avec l'autre main. Et si encore après tu t'obstines, on passera aux pieds. Alors, qu'est-ce que t'en dis ?
Okara secoua la tête d'un air agacé.
- Mais mon pauvre petit, ces pratiques ont toujours existé, qu'est-ce que tu crois ? Officiellement, évidemment que personne n'en parle mais c'est utile pour gagner des batailles et obtenir de précieux renseignements. Avec de bonnes infos, on peut faire beaucoup de choses.
- Et on fait souffrir des innocents.
Okara ôta son masque d'un geste brusque comme si la dernière remarque de son élève le piquait au vif. Ses grands yeux sombres étincelèrent en se posant sur Kakashi. Il se pencha et planta son regard dans le sien.
- Il y a une chose qu'il va falloir te mettre dans la tête, mon gars, sourit-il avec un brin d'ironie. Quand on est ninja, et qui plus est, quand on participe à une guerre, on n'est jamais innocent. Jamais.
Et il remit son masque. Presque aussitôt, Kakashi perçut son sourire triomphant. Il serra les poings, mi rageur, mi admiratif. Une fois de plus, le discours avait fait mouche. Il se mordit les lèvres. Pourquoi Okara trouvait-il toujours les mots pour ébranler ses certitudes ? C'en devenait frustrant. Et en même temps, c'était instructif. Il baissa la tête.
- Kakashi, reprit Okara, à présent, tu as deux choix. Retourner dans cette pièce ou te barrer. Je te l'ai dit, tu peux partir. Mais je ne crois pas que ce soit ce que tu veux.
Pas de réponse.
- En fait, je pense que tu ne sais pas ce que tu veux, toi-même. Je me trompe ?
Kakashi réfréna un soupir agacé. Encore touché.
- Qu'espérais-tu en venant chez les ANBU ?
Pris au dépourvu, le garçon ne sut quoi répondre. Pourquoi diable lui demandait-il cela ? Ça ne le regardait pas. Il haussa les épaules.
- C'est plus important que tu ne le penses, Kakashi. Si tu n'as pas de but, comment veux-tu arriver à quoi que ce soit ?
Sa voix s'était faite plus douce et en même temps plus impérieuse. Le garçon ouvrit de grands yeux perplexes. Depuis quand Okara faisait-il dans la psychologie ninja ?
- Je suppose que ça a un lien avec la mort du petit Uchiwa en tous cas, vu la façon dont Tashiro-sama parle de toi.
Kakashi serra les dents.
Super…
- Mais crois-moi, tu fais fausse route.
Comment ça ? demanda le garçon, sortant soudain de son mutisme.
- En venant chez les ANBU, je pense que tu cherchais une sorte de rédemption, n'est-ce pas ? Un moyen d'oublier ?
Kakashi regarda ailleurs.
- Tu n'y arriveras pas de cette façon. Le pardon ne passe pas seulement par l'esprit. Te dire que tu as fait une erreur et le regretter n'est pas suffisant. Tu dois faire en sortes que ça ne se reproduise plus.
Silence.
- D'après toi, pourquoi est-ce arrivé ?
- Parce que je méprisais les autres, marmonna Kakashi. Je pensais pouvoir tout faire tout seul et que mes équipiers n'importaient pas.
Il avait du mal à croire qu'il était en train de discuter de cela aussi librement avec son capitaine. Mais étrangement, ça ne le dérangeait pas plus que ça.
- Bon. Donc tu as essayé de changer de vision.
- Oui.
- C'est tout à ton honneur. Mais si tu ne vas pas plus loin, ça ne sert strictement à rien.
Kakashi le regarda sans comprendre.
- Tu pars du principe que c'est ton attitude qui est responsable. C'est très probable. Mais si tu te contentes de changer ton comportement pour corriger tes erreurs, ça ne suffira pas. L'état d'esprit n'est rien si tu n'as pas les moyens de l'appliquer.
Kakashi hocha imperceptiblement la tête. Il commençait à comprendre où Okara voulait en venir.
- Une mentalité ne suffit pas à protéger des personnes chères, Kakashi. Il faut les capacités derrière. Ces capacités, je peux te les donner. Mais il faut que tu le veuilles.
Il s'approcha de son élève.
- Tu veux empêcher que ça recommence ? Tu veux protéger tes amis ?
Kakashi hocha la tête, une détermination totalement nouvelle envahissant son cœur. Oui, bien sûr qu'il le voulait ! L'ANBU avait raison : sans but, il n'arriverait à rien, et celui qu'il lui offrait lui apparaissait comme la pièce manquante à sa nouvelle vie. La clé était là : devenir plus fort pour empêcher que le drame d'Obito ne recommence. Une force que les ANBU, et plus particulièrement Okara, étaient en mesure de lui offrir. Une force qu'il obtiendrait, peu importe qu'elle passe par l'apprentissage de la torture. Il irait jusqu'au bout et deviendrait un ninja capable de protéger ceux qu'il aimait.
Okara ouvrit de nouveau la porte du bâtiment. Il n'hésita pas et le suivit à l'intérieur. Ses mains ne tremblaient plus quand le battant d'acier se referma derrière lui dans un claquement sinistre.
Voilà c'est tout pour le moment. Pour les commentaires, c'est en bas à gauche
Tashiro : tu les prends vraiment pour des cons tes lecteurs...
Jiraya : c'est pas une bonne stratégie de marketing, ça. Crois-moi si tu veux avoir du succès...
Moi (coupe Jiraya avant que ça dégénère) : oui bon, ça ira. Je vais me débrouiller.
