Les gens, vous ne rêvez pas, c'est un update ! Mais avant tout, je tiens à vous remercier pour vos merveilleuses reviews qui m'ont comblée de joie et m'ont poussée à écrire la suite. Cette fic est ma préférée et je me donne à fond pour vous donner le meilleur résultat possible alors croyez bien que le moindre commentaire, même court, me fait super plaisir !
Un grand merci à : tafolpamadlaine (je t'aiiimeuuh lol), yune-chan66, Hitto-sama, Sakoni, Altiru (Okara te plait ? cool moi aussi ), Maetelgalaxy, Anbu Scade, Subakun-sensei, Redblesskid, Styx Uchiha, cignus crew (merci merci wouah, c'est vraiment super gentil. J'aimerais bien être une future Rowling mais bon ) et monsieur P
Et maintenant, je vous laisse lire. A oui petite précision, Tashiro a changé de nom C'est Fugaku maintenant lol son vrai nom quoi. Bonne lecture !
Chapitre X
Chercher sa place
Quelques semaines s'écoulèrent. La guerre ne cessait pas. Les ninjas tombaient chaque jour par dizaines sans que la situation militaire n'évolue. Chaque camp conservait fermement ses positions et il devenait de plus en plus certain que la victoire irait à celui qui tiendrait le plus longtemps. Et force était de constater que Konoha n'était pas en tête des pronostics. Okara ne s'était pas trompé. L'effort de guerre, très soutenu au cours des premiers mois, s'essoufflait progressivement. Les ressources commençaient à manquer et si l'on ajoutait à cela l'approche de l'hiver et la multiplication des enterrements, on imaginait facilement le désarroi des habitants. Dire qu'ils étaient soucieux n'aurait pas représenté le tiers de l'état d'esprit général. En réalité, les gens en étaient arrivés au stade où ils ne se contentaient plus de se lamenter. L'heure était au mécontentement – ninjas et population civile compris – et c'était sans doute cela le plus grave. En cas de mutinerie, Konoha n'aurait d'autres choix que celui de s'incliner.
Debout devant la fenêtre de son bureau, contemplant avec mélancolie la pluie qui s'abattait depuis plusieurs heures sur Konoha, le Sandaime promenait sur le village un regard triste. Il était parfaitement conscient de la situation mais il n'avait guère le choix. S'il continuait dans cette voie et qu'il perdait, Kiri et Kumo ne se gêneraient pas pour envahir Konoha et se livrer à des atrocités auxquelles il préférait ne pas penser. En revanche, s'il acceptait de déposer les armes, les conditions de paix seraient peut-être moins sévères… mais ce n'était pas certain.
D'un autre côté, rien n'indiquait que Konoha perdrait la guerre. La situation était critique mais pas désespérée. Pas encore… Le village possédait encore nombre de shinobis de valeur qui préfèreraient mourir plutôt que de capituler. Non, ce qui l'inquiétait surtout, c'était la colère montante des habitants. Le conflit durait depuis trop longtemps. Il ne se voilait pas la face : Konoha aurait du régler les choses rapidement. Tout au plus avait-on envisagé une guerre de trois mois. On en était déjà à neuf. Résultat, le village s'enfonçait de plus en plus dans une guerre de durée qu'il n'avait pas les moyens de tenir. Et d'ici à ce qu'une émeute n'éclate, il n'y avait vraiment pas loin. Conclusion : il fallait mettre un terme à ce conflit le plus rapidement possible. Le tout était de savoir comment, le principal étant d'épargner au village des souffrances inutiles. Le vieil homme ferma les yeux et serra les poings. Peut-être valait-il mieux arrêter les frais tant que les dégâts restaient limités ; mais il était peu probable que le conseil approuve, sans parler des Jounins « jusqu'auboutistes ». L'image de Danzou lui vint aussitôt à l'esprit, le faisant grimacer. Ce serpent ne ratait pas une occasion pour lui faire comprendre son mépris par rapport à ses plans de bataille et à sa politique en général, et ce qui énervait profondément l'Hokage, c'était de ne pas parvenir à lui donner tord sur le plan pratique. Il ne s'était jamais risqué à appliquer les stratégies de Danzou, bien trop risquées à son goût, mais il en venait aujourd'hui à se demander s'il n'aurait pas mieux fait… Peut-être auraient-ils eu plus de résultats… Après tout, au point où ils en étaient…
Le Sandaime passa sa main devant son visage, légèrement dépassé par la situation. Lui seul était responsable dans l'histoire et il se devait d'assumer. Mais était-il toujours le plus compétent pour être à la tête de Konoha, il n'en était plus sûr.
Trois coups retentirent alors et la porte s'entrouvrit, laissant passer une tête dans l'embrasure :
- Hokage-sama ?
- Qu'y a-t-il ? demanda le ninja sans se retourner.
- Arashi-sama vient de rentrer.
Le Sandaime se retourna aussitôt, le visage soudain éclairé.
- Excellent ! Faites-le entrer.
Le Chunnin hocha la tête et quelques secondes plus tard, Arashi tendait à l'Hokage une fine liasse de papier. Le chef du village n'y jeta qu'un coup d'œil rapide. La mission avait été un succès, c'était le principal. Il regarda Arashi. Le jeune homme était trempé et ses traits lisses tirés par la fatigue mais son incroyable regard bleu conservait sa vivacité et il se tenait droit. Et toujours cette aura d'énergie autour de lui… Comme si le soleil lui-même avait pris possession de son corps pour rayonner à travers le jeune homme. Il méritait vraiment bien son surnom. L'Eclair jaune de Konoha… Une légende à lui tout seul, un rempart face au danger. Toutes les vertus du monde concentrées en un seul être… L'Hokage parfait…
- Hokage-sama ?
Le Sandaime cligna des yeux. Arashi le regardait, la tête penchée sur le côté dans cette attitude à la fois sérieuse et étonnée qui n'appartenait qu'à lui. Et avec une telle bonté dans le regard que le vieil homme en fut bouleversé.
- Excuse-moi, Arashi. Je réfléchissais.
Il laissa s'écouler plusieurs secondes puis prit une grande inspiration et se leva.
- Arashi, commença-t-il en le regardant droit dans les yeux, je n'irai pas par quatre chemins : le conseil et moi-même avons décidé de te désigner comme mon successeur officiel.
Le jeune homme cilla à son tour. Il n'était pas surpris, non. Le Sandaime lui avait déjà dit qu'il pensait à lui pour le remplacer. Seulement… il ne pensait pas que ça arriverait si tôt. Et certainement pas dans ces circonstances.
- Dès que cette guerre se terminera, je me retirerai et tu prendras ma place, reprit l'Hokage.
- Je suis extrêmement honoré, Hokage-sama, répondit Arashi en s'inclinant, et je ne demanderais pas mieux que d'honorer la confiance que vous me portez…
- Mais… ?
- Mais il me semble que vous portez un regard trop dur sur vous-même. Votre puissance et votre sagesse restent inégalées à ce jour. Vous êtes toujours digne d'occuper votre poste.
Le Sandaime cessa de sourire et se tourna vers la fenêtre dégoulinante de pluie.
- Je suis responsable de ce qu'il se passe aujourd'hui. Cette guerre, les morts, les familles brisées… L'opinion des gens à mon égard a changé. Le nier serait me voiler la face et ce n'est pas ce qu'est censé faire un Hokage.
- Les habitants ont beau gronder, ils vous font confiance, répondit Arashi qui savait très bien que cet aspect-là dérangeait particulièrement son supérieur. Abandonnez-les et vous leur enlèverez le peu d'espoir qu'il leur reste.
- La confiance est une bonne chose, à condition qu'on ait les moyens de l'honorer ce qui n'est peut-être plus mon cas. Quant à ce que tu dis par rapport à mes capacités « inégalées », ce n'est qu'une question de temps. Passé un certain âge, la force et l'énergie déclinent inéluctablement.
Arashi se mordit les lèvres.
- C'est grâce à vous si le village est ce qu'il est aujourd'hui… insista-t-il.
- Et c'est grâce à toi qu'il continuera de l'être, répondit fermement le vieil homme en se retournant vers son cadet.
Le ton était impérieux, autoritaire. Il ne permettait pas la contestation, pas plus qu'il n'impliquait de réponse. C'était un ordre et Arashi l'accepta. Il hocha la tête en signe d'assentiment. Le Sandaime sourit d'un air approbateur.
- J'annoncerai ma décision ce soir à toutes les personnalités importantes. Je tiens à ce que tu sois présent.
- J'y serai.
- Parfait. Tu peux te retirer.
Arashi hocha la tête et se détourna. Mais en posant la main sur la poignée, il ne put s'empêcher de poser la question qui lui brûlait les lèvres.
- Hokage-sama, avez-vous des nouvelles de Kakashi ?
Le Sandaime, qui s'apprêtait à retourner à ses papiers, sembla l'espace d'une seconde pris au dépourvu par la question puis il regarda ailleurs. Arashi se tendit.
- Hokage-sama… insista-t-il.
Le Sandaime soupira.
- Je lui ai affecté une mission de rang S il y a deux jours, répondit-t-il avec gravité. Assassinat, ajouta-t-il en voyant le regard interrogateur du jeune homme.
Arashi fronça les sourcils, sentant le pire venir.
- Quelle est la cible ?
- Kamiya Hajime.
Arashi manqua de s'étouffer.
- Le général des troupes du nord ? Mais…
- Arashi, nous savons tous les deux de qui nous parlons n'est-ce pas ? La mission est très dangereuse, j'en suis conscient. Mais cet homme doit être éliminé et d'après les derniers rapports, une occasion inespérée va s'offrir à nous dans les heures qui suivent.
- C'est-à-dire ?
L'Hokage croisa ses longs doigts.
- Le général Kamiya doit se rendre pour une inspection dans un des avants postes de Kiri à une vingtaine de kilomètres de la frontière. Il faudra donc l'intercepter avant qu'il n'y arrive. Il aura bien entendu une garde rapprochée mais très réduite de façon à ne pas attirer l'attention et à se déplacer rapidement. J'ai de plus entendu dire qu'il était récemment tombé malade. Arashi, nous avons une occasion unique de lui régler son compte une fois pour toutes. Lui mort, Kiri sera grandement affaiblie.
- Kamiya n'est pas idiot. Il sait parfaitement que cette inspection représente un risque pour lui et il va se protéger.
- Je n'ai pas dit que les risques n'existaient pas, Arashi. Au contraire, cette mission reste extrêmement dangereuse mais nous devons saisir cette opportunité et l'unité de Kakashi était la plus compétente parmi les équipes disponibles…
- Qui la dirige ?
Le Sandaime eut un léger sourire.
- Okara Kôji.
Arashi sourit à son tour.
- Je vois.
- Ton protégé est bien entouré, Arashi. Et lui-même est extrêmement talentueux, tu le sais.
Arashi hocha la tête en silence.
- Pas de plan B ? demanda-t-il malgré tout, tout en sachant déjà ce que lui répondrait son supérieur.
L'Hokage leva les yeux vers le jeune homme et le regarda.
- Pas de plan B, confirma-t-il.
Nouveau hochement de tête. L'Hokage le regarda avec compassion.
- Je sais ce que ce garçon représente pour toi, reprit-il plus doucement, mais s'il te plait, essaie de rester objectif. Tu vas devenir Hokage bientôt. Ton devoir c'est…
- Je sais.
Les mots n'avaient pas été proférés de façon agressive mais le soupçon de sécheresse les accompagnant ne pouvait être ignoré. Le Sandaime soupira.
- J'ai confiance dans les capacités de Kakashi, dit encore le Sandaime, et je fais aussi entièrement confiance au capitaine Okara. Toi aussi, n'est-ce pas ?
- Bien sûr.
- Je sais que tu voudrais être sur place. Seulement il est trop tard et en plus je te l'interdis. Et au-delà, il y a l'impact que cela aurait sur Kakashi. Il penserait que tu ne lui fais pas confiance et il t'en voudrait. Sans parler de la réaction de Kôji…
Arashi grimaça. Oui, pour sa propre sécurité, mieux valait qu'il ne s'attire pas les foudres du capitaine ANBU. Après tout, il était vrai qu'avec lui, Kakashi ne risquait pas grand-chose. Mais tout de même… Il hocha la tête par automatisme et quitta finalement la pièce mais il savait qu'il irait voir son ancien élève dès que ce dernier serait rentré de mission.
Tapi dans l'ombre d'un arbre touffu situé à quelques kilomètres d'un campement kirien, immobile et tous les sens tendus au maximum, Kakashi se tourna vers son capitaine. A peine visible à côté de lui, Okara lui fit signe d'attendre. Pas encore… Shinji n'avait pas donné le signal, preuve que la cible n'avait pas encore pénétré dans le périmètre établi. Pas question de se mettre à découvert tant que ce n'était pas le cas. Réfrénant avec tact son impatience et il fallait bien l'avouer, sa légère fébrilité, Kakashi regarda en contrebas. Isane et Kaito n'étaient pas visibles mais le garçon savait qu'ils étaient là, en embuscade, prêts à bondir. Pour passer le temps, Kakashi récapitula mentalement les données de la mission.
L'officier qu'ils étaient censés assassiner n'était pas n'importe qui : Kamiya Hajime, commandant des troupes du nord de Kiri. Homme éminemment respecté par ses pairs et redouté de ses subordonnés, mais également complètement fou. Sa soif de sang n'avait d'égale que son implacable cruauté ; on racontait qu'il avait égorgé des villages entiers par pur amusement. Les rumeurs les plus folles affirmaient même qu'il était adepte du cannibalisme… En tous les cas, d'après ce que Kakashi avait entendu, il y avait effectivement matière à s'inquiéter – « paniquer » aurait été un mot plus juste. L'homme avait beau être cinglé, il était aussi doté d'une intelligence extrême – certains disaient que les deux notions se rejoignaient – et d'un sens tactique peu commun. Combien de fois n'avait-il pas anticipé les manœuvres de la Feuille et renversé des situations militaires pourtant désespérées, envoyant ainsi des centaines de soldats dans les bras de la mort ? Combien de fois avait-il tendu des embuscades avec succès ? Combien de fois avait-il transformé des tentatives d'assassinat en débâcles pures et simples ? Car c'était peut-être cela le plus inquiétant dans l'histoire : ce n'était pas la première fois que l'on tentait de tuer le général Kamiya depuis le début de la guerre et force était de constater qu'il s'en était systématiquement sorti ; on n'avait pas toujours pu en dire autant du côté de Konoha qui avait perdu plusieurs équipes de valeur au cours de ces opérations délicatement qualifiées de « suicide » par les ANBU. Et comble d'ironie, Kamiya ne s'était jamais soucié de renforcer sa garde personnelle malgré tous les attentats perpétrés contre lui.
Il aurait été faux de dire qu'après avoir pris connaissance de ces éléments, Kakashi n'eût pas éprouvé un certain sentiment de panique. Le nombre de ses missions effectuées parmi les ANBU s'élevait au chiffre respectable de trois et bien que ses équipiers lui aient affirmé que pour quelqu'un de son âge, c'était déjà très bien, il n'en avait curieusement retiré aucun réconfort. D'autant plus que son capitaine ne le couvrait pas particulièrement d'éloges et se contentait la plupart du temps de hochements de tête plus ou moins approbateurs. Oui, Kakashi était inquiet. Selon toute vraisemblance, Kamiya ne serait pas seul – l'homme était peut-être cinglé mais pas au point de se balader seul en territoire ennemi – au moment de l'attaque et même s'il l'avait été, la probabilité pour l'unité de Kakashi de finir empalée sur une lance n'en aurait été que peu réduite. Voilà la conclusion à laquelle était arrivé Kakashi après analyse. Et les quelques éléments encourageants, à savoir que Kamiya serait plus isolé que jamais et qu'en plus il était malade, ne suffirent pas à le rassurer.
Mais malgré tout ça et malgré les paroles d'avertissement du Sandaime qui avaient eu – aux yeux de Kakashi – des allures de discours d'adieu, le capitaine Okara n'avait pas semblé considérer la mission comme un obstacle majeur à la poursuite de sa carrière car il avait pris la nouvelle avec une étonnante décontraction. Et dans la mesure où ni Isane, ni Shinji ni Kaito n'avaient émis d'objection, Kakashi avait supposé qu'ils pensaient de même. Il en avait donc pris son parti et n'avait rien dit non plus.
Le garçon jeta un bref regard à Okara. Aucune anxiété, aucun doute n'émanait de lui. Rien qu'une détermination féroce et en dessous, l'envie de sang qui commençait à monter. Kakashi sourit intérieurement. Il se sentait soulagé que son instructeur soit avec lui. Sa présence et son assurance avaient quelque chose de rassurant. Ce serait la première fois qu'il utiliserait son Sharingan en combat réel et en cas de pépin, il préférait savoir Okara à proximité… Lors de ses précédentes missions, il n'avait pas eu à se battre. Il n'était pas inquiet, il savait comment se servir de son œil ; mais en mission, il ne portait pas son bandeau et devait donc utiliser ses deux yeux constamment, chose qui, inévitablement, lui coûtait du chakra. Beaucoup si combat il y avait, et c'était bien ce qui l'inquiétait. L'estimation qu'il avait de son endurance était trop vague pour établir une stratégie quelconque, d'autant plus qu'il ignorait si l'adversaire résisterait – même s'il était fort probable, pour ne pas dire certain, que oui – et surtout de quelle façon.
Un léger sifflement à peine audible venant du sud retentit, tirant le garçon de ses pensées. Il se raidit. Le signal. Kamiya approchait. C'était le moment où jamais. Sur un signe d'Okara, Kakashi se rapprocha. Isane et Kaito apparurent sur sa droite. Il s'écoula une seconde pendant laquelle chacun guetta le moindre mouvement hostile puis le capitaine leur fit face.
- Je m'occupe de Kamiya, murmura-t-il. Ookami 1), ajouta-t-il en désignant Kakashi, tu restes en retrait pour l'instant et tu n'interviens que si les autres sont en difficulté. Et il se pourrait bien que j'aie besoin de ton Raikiri pour achever la cible.
Kakashi hocha la tête. Rester en arrière ne lui plaisait pas mais il savait, et Okara aussi, qu'il aurait de toutes façons à intervenir. Le rapport de force était trop déséquilibré pour se passer de sa puissance.
- Asahi 1), Shippu 1), reprit Okara en regardant successivement Isane et Kaito, vous vous occupez des autres. Namida 1) devrait nous rejoindre d'ici peu. N'oubliez pas : pas de gaspillage de force. Et si ça tourne mal, vous savez quoi faire.
- Oui, taichou.
- Alors on y va.
Les ANBU se dispersèrent. A partir de là, tout alla très vite. Le ninja de tête déboula brusquement dans leur champ de vision. Aux vues de sa vitesse, il ne devait pas les avoir repérés. Un kunaï fusa, filant vers la gorge du ninja de Kiri à une vitesse effrayante. Le shinobi plongea sur le côté en catastrophe. A peine s'était-il redressé qu'un deuxième poignard fendait l'air et se plantait dans son torse. Le temps qu'il le réalise, ses cervicales se brisaient dans un craquement sinistre.
Ni une ni deux, les ninjas de Kiri se mirent en formation. Ils étaient tous habillés de la même façon et portaient des masques qui dissimulaient le bas de leur visage. Kakashi jura intérieurement. Kamiya était habile. De cette façon, il était impossible de le distinguer de ses hommes. Pourtant, il vit Okara s'élancer sans aucune hésitation sur l'homme placé le plus à gauche et lui enfoncer un kunaï bien senti sous la jugulaire. Sans grande surprise, le ninja se liquéfia et laissa la place à une flaque d'eau. Okara battit immédiatement en retraite en effectuant plusieurs saltos arrière. Dans le même temps, Isane et Kaito s'étaient jetés sur les autres shinobis. Le rôle de Kakashi aurait été de les surveiller pour effectivement voir s'ils avaient besoin d'aide. Mais il ne put s'empêcher de regarder du côté d'Okara. Le capitaine et son adversaire se toisaient à présent à environ vingt mètres de distance ; si l'ANBU adoptait une position de parfait compromis entre l'attaque et la défense, Kamiya – car c'était bien lui – semblait considérer son ennemi avec amusement. Debout, bras croisés et tête penchée sur le côté, il souriait. Kakashi se rapprocha. Peu à peu, la voix du général de Kiri lui parvint.
- … attaque de plus… …êtes pathétiques … l'attitude classique de la bête sauvage qui est acculée… Manœuvre désespérée…
Kakashi sourit. L'homme essayait la provocation. Technique classique qui pouvait s'avérer efficace mais qui en l'occurrence ne lui serait d'aucune utilité. Il en fallait bien plus pour déconcerter Okara. Kamiya se serait-il mis à chanter que l'ANBU n'aurait pas perdu une miette de sa concentration.
- J'aime les animaux sauvages, continua Kamiya. Tu sais pourquoi ? Parce qu'ils ne s'embarrassent pas de convenances, de code et de règle. Il n'y a que la lutte pour la survie, la soif de sang. Le combat.
Il fit quelques pas vers Okara. L'ANBU ne bougea pas. Kamiya le considéra avec intérêt.
- Tu ne recules pas ? Intéressant. Peut-être que finalement, je vais pouvoir m'amuser un peu.
Il s'accroupit sans quitter Okara des yeux. Puis lentement, il abaissa son masque. Un visage basané et déformé par une grimace avide apparut. Kakashi frissonna. Kamiya n'était pas particulièrement effrayant à voir mais il dégageait une aura très malsaine, assez semblable à celle d'Orochimaru. Une aura poisseuse, collante, qui donnait la désagréable impression d'être comme une mouche dans une toile d'araignée… Kakashi vit son capitaine se tendre imperceptiblement.
Kamiya aussi le vit. Il passa sa langue ses lèvres souriantes.
- L'appel du sang… C'est tout ce qui compte. Sentir la peur de l'ennemi…
Sans crier gare, il disparut et se retrouva instantanément derrière Okara.
- Je sens ta peur, lui murmura-t-il à l'oreille.
Et il réapparut à sa place initiale. Le tout en une fraction de seconde, mais il s'était assez attardé dans le dos d'Okara pour que l'ANBU se crispe cette fois visiblement. Le sourire de Kamiya s'élargit. Il considéra Okara avec dans les yeux une lueur de convoitise qui donna la nausée à Kakashi.
- Amuse-moi…
Sa voix devint un râle. Son regard se fit fou. Okara dégaina son ninjato.
- Fais-moi goûter ton sang, ANBU !
Et avec un cri rauque digne d'un chien, Kamiya se jeta sur le capitaine.
- Un peu de silence, je vous prie ! intima le Sandaime alors qu'un brouhaha de protestations et de commentaires en tous genres menaçait de s'installer durablement dans son bureau. S'il vous plait ! On ne s'entend plus !
Les visages se tournèrent vers lui et bon gré mal gré, les conversations privées cessèrent. L'Hokage soupira. Réunir dans la même pièce tous les représentants des habitants du village était peut-être nécessaire mais ç'avait systématiquement la même conséquence : la moindre déclaration déplaisante ou poussant à débattre provoquait inévitablement un concert de commentaires, de sortes que passé un certain délais, toute discussion s'avérait impossible.
Une fois le silence rétabli, le Sandaime promena un regard impérieux sur l'assemblée. Tous, ils étaient tous là : Uchiwa Fugaku, Hyuuga Hiashi, le trio Ino-Shika-Cho et le chef du clan Aburame, représentants des familles nobles ; Orochimaru, Jiraya, Shiba Eiji, commandant des forces ANBU et – un tic nerveux étira son visage – Danzou pour la section « Racine » et Arashi, principaux chefs militaires ; enfin, Maeda Aiko et Usama Fuhito représentaient les populations civiles.
Un peu à l'écart, bras croisés et tête haute, Arashi présentait un visage calme mais dans sa poitrine, son cœur battait anormalement vite. Le Sandaime venait d'annoncer sa décision de le nommer comme successeur à l'assemblée. Il savait que dans l'ensemble, et malgré les protestations, le choix de l'Hokage serait respecté ; il l'était toujours. Mais ça n'empêcherait pas les opinions contraires de se manifester. Et pas besoin d'être extralucide pour deviner lesquelles le feraient. Il jeta un coup d'œil vers les chefs de clan Uchiwa et Hyuuga. Si Hiashi arborait une expression relativement neutre, Fugaku lui dissimulait mal sa contrariété – apparemment, il n'avait toujours pas digéré l'histoire avec Kakashi. Quant à Orochimaru… Mieux valait ne pas en parler.
- Conformément aux règles, fit le Sandaime après quelques secondes de silence, je soumets mon choix à l'assemblée. Si les deux tiers d'entre vous l'approuvent, la décision sera officialisée. Nous allons donc procéder au vote. Qui approuve ?
Arashi se crispa. Sans compter l'Hokage, ils étaient douze, lui-même étant bien évidemment exclu du vote. Il lui fallait donc huit voix. Plusieurs mains se levèrent. Parmi elles, celles de Jiraya, de Shiba Eiji et du trio. Légèrement fébrile, Arashi compta les mains. Il y en avait huit. Neuf avec l'Hokage. Un sourire éclaira son visage. En théorie, c'était gagné. En théorie seulement parce que les quatre voix qui restaient n'appartenaient pas à n'importe qui et comptaient souvent plus que ne l'autorisait le suffrage.
- Qui est contre ?
Sans surprise, les mains d'Orochimaru, de Fugaku, de Hiashi et de Danzou se levèrent. Arashi devinait pourquoi. N'étant pas issu de famille noble, il était susceptible de mener une politique défavorable aux clans. Il était vrai, pour leur défense, qu'il était contre le principe des privilèges mais les Uchiwa et les Hyuuga étaient bien trop précieux pour risquer de perdre leur soutient en leur ôtant des prérogatives auxquelles ils s'accrochaient bec et ongles et qui au fond ne révoltaient plus grand monde. Danzou devait craindre qu'il ne mène une politique trop molle et Orochimaru… C'était Orochimaru.
- Arashi-kun est trop jeune pour assumer de telles responsabilités, avança Fugaku.
- Quelqu'un avec plus d'expérience serait plus indiqué, ajouta Hiashi en jetant un regard en coin à Orochimaru.
Arashi se retint à grand peine d'éclater de rire. C'était bien la première fois que ces deux là s'entendaient sur quelque chose de précis ; l'événement était historique. Mais il était surtout effaré de voir jusqu'où les deux leaders étaient prêts à aller pour protéger leurs intérêts.
- Arashi a toute l'expérience nécessaire, gronda Jiraya qui semblait penser la même chose que son ancien élève. Il est le meilleur de sa génération et même au-delà et vous le savez.
- Désolé de te contredire, intervint alors la voix douce d'Orochimaru, mais je ne suis pas sûr que ce gamin possède toute la maturité que tu lui attribues.
- Que voulez-vous dire ? demanda poliment Arashi.
S'il s'énervait, c'était fichu et tous les deux le savaient. Le Sannin se tourna vers lui. Toute trace de colère ou d'animosité avait disparu de ses yeux jaunes. Cela troubla Arashi au-delà de toute expression. D'abord parce qu'Orochimaru ne le regardait jamais autrement qu'avec haine ; et ensuite parce que ce « beau » sourire ne lui disait rien qui vaille. Il lui évoquait plutôt un serpent immobile, attendant que sa proie s'approche suffisamment pour attaquer. Il se crispa. Ses poings se serrèrent. Orochimaru discuterait mais ce serait pour la forme. Cette bataille là était perdue, le Sannin le savait ; par conséquent, il attaquerait plus tard, dans un autre but et dans un tout autre contexte. Au final, qui perdait et qui gagnait réellement ?
- Je dis simplement que tu as parfois tendance à privilégier les intérêts particuliers au détriment de ceux du village, répondit Orochimaru avec un sourire qui en disait long.
- Arashi-kun sera-t-il capable de voir où se trouvent les intérêts réels de Konoha ? renchérit Danzou de sa voix éraillée mais puissante. Et même à supposer qu'il les trouve, les développera-t-il de la façon qui convient ?
- Je n'en sais rien, répondit très honnêtement le jeune homme. Mais si vous ne me laissez pas essayer, nous ne le saurons jamais.
- Insolent, marmonna Fugaku.
- Je n'ai pas l'intention de transformer Konoha en dictature. Et encore moins de le mener à sa perte. Mon dévouement sera total, je vous le promets.
- Quelles garanties avons-nous ? répliqua Hiashi.
- La mienne, trancha l'Hokage. Si j'ai choisi Arashi, c'est parce que je sais qu'il a les compétences nécessaires.
- Je me porte également garant, ajouta Jiraya. Maintenant, si vous considérez que ni l'avis d'Hokage-sama ni le mien n'ont de poids, exprimez-vous, je vous en prie.
Un silence lui répondit. Arashi constata avec une certaine satisfaction que Fugaku avait baissé les yeux et que Danzou ne semblait plus disposé à intervenir. Orochimaru ne se manifesta pas non plus. Toute contestation aurait de toutes manières été considérée comme une remise en question de l'autorité de l'Hokage et donc, comme un suicide politique ; un sacrifice auquel personne, et pas même Orochimaru, n'aurait consenti de bonne grâce.
- Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de débattre plus longtemps, conclut l'Hokage au grand soulagement d'Arashi. La majorité a tranché. Elle est favorable. Je déclare donc officiellement Uzumaki Arashi futur Yondaime du Village Caché de Konoha. Il prendra ses fonctions aussitôt que cette guerre sera terminée.
- Si elle s'achève un jour, persifla Orochimaru.
Arashi lui jeta un regard mauvais. Ce reproche à peine voilé ne signifiait rien de bon. L'Hokage avait beau dire, Orochimaru n'était pas le genre d'homme à oublier facilement ce genre d'affront. Lui aussi avait été candidat au poste et se voir doublé par quelqu'un de plus jeune devait représenter une cuisante humiliation. Nul doute que le Sannin lui demanderait des comptes très vite. Sans oublier bien sûr les Hyuuga et les Uchiwa qu'il lui faudrait rassurer quant à ses intentions concernant la politique intérieure. Il soupira, une grande lassitude s'emparant tout à coup de lui.
Kakashi retint son souffle en voyant Kamiya déraper sur le sol poussiéreux, le torse rayé d'une profonde entaille, et poser un genou à terre, du sang perlant en gouttes écarlates sur le sol. En face de lui, Okara s'avança à pas lents, raffermissant sa prise sur son ninjato. Aucune hésitation, aucune peur ; et toujours cette incroyable détermination qui se reflétait jusque dans son allure. Kakashi ne put s'empêcher d'être impressionné. Okara n'avait pas été nommé capitaine pour rien. Le général de la Brume pratiquait un taïjutsu totalement atypique, basé sur des mouvements anarchiques et une grande vitesse, ce qui rendait ses coups difficilement prévisibles. Mais pour ce qu'il pouvait en voir, Kakashi trouvait que son capitaine s'en sortait plutôt bien. Précis et agile, il parvenait à éviter la majorité des coups tout en perçant la défense de Kamiya. Deux ou trois fois, il porta même une attaque qui aurait été fatale à n'importe quel Chunnin ; et même si Kamiya avait réussi à les parer, il avait été blessé et commençait à perdre beaucoup de sang. Kakashi trouvait d'ailleurs étrange qu'il ne s'en préoccupe pas plus que cela.
Il y a deux explications. Le problème, c'est qu'elles se valent autant l'une que l'autre : soit il est vraiment fou et il ne s'en rend pas compte, soit il n'y va pas à fond.
Autant la première option le laissait totalement indifférent, autant la deuxième l'inquiétait un peu. Okara avait beau être très fort, il avait tout de même encaissé un certain nombre de coups et tôt ou tard, les effets se feraient sentir. La sauvagerie du général lui conférait de plus une force terrible, qui à plusieurs reprises menaça de déborder Okara, ainsi qu'une endurance qui semblait inépuisable. Kakashi avait confiance dans les capacités de son supérieur mais sur la distance, il craignait qu'il ne se fatigue avant Kamiya. Par mesure de sécurité, il posa sa main sur la garde de son ninjato, près à intervenir.
Un cri retentit sur sa gauche. Kakashi tourna vivement la tête. Une fraction de seconde plus tard, il bondissait. Au moment où Kaito allait s'écraser contre un arbre, le garçon l'attrapa par la taille et parvint in extremis à dévier sa chute. Puis il fit volte face. Déjà, un ninja de Kiri se jetait sur eux. Kakashi s'effaça. Une seconde plus tard, le shinobi ennemi freinait sa course dans un hurlement de douleur, les mains plaquées sur ses paupières déchirées, le visage ruisselant de sang. Le temps qu'il comprenne d'où venait l'attaque, le pied de Kakashi heurtait son menton avec violence et le propulsait dans les airs. Le jeune ANBU attendit calmement qu'il retombe et le cueillit d'un violent coup de genou dans la colonne vertébrale. Les os du dos craquèrent sinistrement et le shinobi ennemi s'écroula dans un bruit sourd, inerte. Kakashi le considéra une seconde en silence puis il lui trancha la tête d'un coup de ninjato rapide. Pas qu'il aimât s'acharner sur un ennemi mais on n'était jamais trop prudent.
Il rengainait son arme quand son Sharingan se mit à lui brûler sans aucun avertissement. Kakashi laissa échapper un gémissement surpris et porta la main à son visage par réflexe.
Pas maintenant, putain!
Le combat n'était pas terminé. La dernière chose dont il avait besoin, c'était que son oeil commence à faire des siennes. Il secoua la tête pour éviter que sa vision ne se brouille puis entreprit d'analyser la situation : à droite, son capitaine et Kamiya bataillaient toujours et le duel restait assez équilibré. En excluant le général, il restait trois adversaires à abattre... dont un particulièrement occupé à défendre sa peau face à un Kaito très remonté. Un autre affrontait Isane tandis que Shinji s'occupait du dernier. Aucun ne semblait avoir besoin d'aide dans l'immédiat, aussi reporta-t-il son attention sur le combat d'Okara.
Les deux hommes continuaient de s'asséner coup sur coup à un rythme qui laissa Kakashi admiratif l'espace d'une seconde ; le temps en fait de remarquer qu'Okara avait lâché son ninjato et que son bras droit était couvert de sang. Pourtant, ses mouvements restaient incroyablement fluides et de là où il se trouvait, le garçon pouvait apercevoir l'expression de Kamiya, clairement impressionnée. Mais aussi sinistrement ravie. Kakashi sentit un frisson courir le long de sa colonne vertébrale et réprima une forte envie de vomir. Une des premières choses que l'on apprenait aux ANBU était de dissimuler leur présence lors de missions ; le cerveau devait ainsi cesser toute activité sensitive et bloquer les réactions émotionnelles engendrées pour faire du corps un simple amas de chair et de sang impossible à détecter. C'était la règle et c'était également vital. Mais il était clair que Kamiya ne s'embarrassait pas de telles précautions, bien au contraire. Kakashi pouvait sentir sa peur sournoise mêlée d'excitation... son désir implacable de meurtre... l'enivrement procuré par la vue du sang qui perle... Si intenses, si puissants. Si primitifs. Sa main droite refermée sur le manche d'un kunaï trembla. Si en soi, ce constat ne posait pas de problème particulier, il était en revanche beaucoup plus gênant de se reconnaître dans ces désirs malsains et de les ressentir au plus profond de son être. C'était une chose d'être un shinobi ; c'en était une autre de se conduire comme un animal et Kakashi ne pouvait nier qu'il était fasciné par l'affrontement mortel entre ces deux grands shinobis.
Son radar ninja capta un mouvement hostile sur le côté. Il tourna la tête. Isane commençait à montrer des signes de fatigue tandis que son opposant redoublait de vigueur. Kakashi s'élançait au secours de sa partenaire quand une aura dangereuse se matérialisa derrière lui. Il fit aussitôt demi tour en décochant son kunaï. Le ninja de Kiri qui lui fonçait dessus para. Kakashi recula d'un bond et forma quelques signes. Un mur de terre se dressa à temps devant lui pour le protéger d'une volée de shurikens. Protection qui vola en éclats comme une vulgaire feuille de papier, pulvérisée par un jutsu d'eau. Trop occupé à esquiver, Kakashi ne vit pas le kirien jaillir de l'ombre et encaissa un formidable coup de poing qui l'expédia à l'autre bout de la clairière. Dans sa chute, il se râpa toute l'épaule droite sur une pierre et sentit ses côtes craquer mais il n'y prêta aucune attention et se releva aussitôt.
D'où tu sors, toi ? Se demanda-t-il tandis qu'il regardait son adversaire.
Il ne se souvenait pas de lui et chacun de ses équipiers se battait toujoursà un contre un.L'homme qu'il avait en face de lui venait donc juste d'entrer en action. Par conséquent, il s'agissait certainement d'un soutien, comme lui.
Du coin de l'oeil, Kakashi vit Isane se faire désarmer par son propre adversaire et tituber en arrière. Il serra les poings et dégaina son ninjato. Pas le temps pour un combat prolongé. Il fonça sur le ninja de Kiri avant même que celui-ci ait pu bouger et fit jouer la lame à toute vitesse.
- Hors de mon chemin, gronda-t-il tandis du sang giclait de la gorge de son adversaire.
Il n'attendit pas que l'homme s'écroule et se précipita vers Isane qui venait de s'effondrer, une main crispée sur son abdomen.
Sa main droite plongea dans sa pochette arrière en même temps qu'il courait vers le ninja de Kiri. Kunaïs et shurikens fusèrent vers le ninja de la brume qui para avec habilité, se désintéressant totalement d'Isane. Kakashi feinta à gauche puis plongea sur la droite et effectua un méchant balayage. Le kirien évita d'un bond et décocha un coup de pied dans les côtes du garçon. La pupille rouge se dilata un instant et Kakashi sut soudain avec précision où le pied allait l'atteindre. Il se déroba avec grâce et profita du fait que l'autre n'avait pas encore reposé sa jambe pour faucher brutalement son point d'appui. Le ninja tomba lourdement mais roula sur le côté, évitant ainsi un coup de poing qui lui aurait certainement broyé le crâne. Kakashi ne lui laissa pas le temps de souffler. Ignorant les protestations de ses côtes, il l'attrapa par le col de sa veste, le ramena vers lui puis lui décocha deux coups de paume dans la poitrine. Déséquilibré, le ninja partit en arrière. La dernière chose qu'il vit fut un kunaï filant droit vers son front.
Essoufflé, les côtes douloureuses, Kakashi regarda son adversaire s'effondrer sans sentiment particulier de triomphe. Puis il se tourna vers Isane qui s'était traînée à l'écart contre un arbre. Il s'approcha d'elle, très inquiet. Son visage était invisible mais sa respiration haletante et irrégulière parlait d'elle-même. Il baissa les yeux vers sa blessure au ventre et déglutit avec peine. La plaie n'était pas grave mais elle saignait beaucoup.
- Asahi, laisse-moi soigner ça...
- Va aider le capitaine, répliqua la jeune femme, la voix hachée par la douleur. Je... je peux tenir...
- Ne discute pas ! Le capitaine n'a pas besoin de moi pour l'instant.
C'était une raison comme une autre mais il valait mieux éviter de lui dire qu'il préférait la soigner à l'option « secourir Okara », lequel le remercierait en plus de son aide d'un coup de pied au cul. Trop faible pour argumenter, Isane obtempéra. Il forma quelques signes et appliqua un jutsu de soin rudimentaire sur sa blessure. C'était sommaire mais ça lui permettrait de tenir jusqu'à leur retour à Konoha.
Un hurlement de douleur mêlée de colère leur fit tourner la tête. C'était Kamiya. A genoux sur le sol, haletant, il fixait Okara, qui peinait à reprendre son souffle, avec une haine indicible, un kunaï enfoncé dans l'épaule et son bras gauche pendant inerte sur le côté.
- Sale ANBU, grinça-t-il, les traits déformés par la haine. SALE ANBU !
Tout se passa alors très vite. D'un geste, Kamiya projeta le jeune homme contre un arbre. Puis il se rua sur lui et leva sa main droite. Les doigts repliés à la manière de griffes heurtèrent la tête de l'ANBU avec une violence inouïe. Le masque vola en éclats. Le visage d'Okara apparut. Trois entailles sanglantes rayaient sa joue. Kamiya le saisit par le cou puis il se pencha et lécha avec délice le sang qui coulait le long de sa tempe.
- Les jeunes gens doués ont toujours un goût particulier, murmura-t-il la voix dangereusement rauque. Ton sang est délicieux… Laisse-moi en boire encore…
Kakashi n'hésita pas plus longtemps. Ses mains se joignirent d'elles-mêmes pour entamer l'incantation ultime.
Singe, Dragon, Rat, Coq, Buffle, Chien, Tigre, Singe.
Des étincelles de chakra bleu crépitèrent au creux de ses doigts. Ouvrant grand son œil gauche, il se précipita vers Kamiya. Plus rien n'existait ; il n'y avait plus que sa cible et lui. Kamiya et lui. L'homme sur le point de tuer son capitaine et lui. Sa course fut si fulgurante que lui-même fut surpris en sentant sa main entrer en contact avec les muscles du dos et les pulvériser. Le sang gicla de toutes parts.
A travers le chant des mille oiseaux, Kakashi crut entendre Isane hurler. Mais il n'arrêta pas ; au contraire, il enfonça sa main plus loin avec acharnement jusqu'à ressortir de l'autre côté. Ce n'est que lorsque le chakra disparut de ses doigts qu'il daigna retirer son bras de la plaie béante. Sans un mot, sans un bruit, Kamiya s'effondra.
Pendant plusieurs secondes, personne ne bougea. Le sentiment de triomphe était inexistant tant la bataille leur avait coûté. Essoufflé, Kakashi essuya sa main droite souillée de sang sur sa cuisse et entreprit de déterminer le nombre de ses côtes cassées.
Ça aurait pu être pire.
Il se retourna vers Okara. A genoux près du corps, le jeune homme reprenait son souffle. Les doigts du général avaient laissé une empreinte violacée sur son cou et sa blessure au bras saignait beaucoup. Kakashi s'approcha.
- Mon capitaine, je peux vous aider ?
Mais Okara se releva et passa devant lui sans lui accorder un seul regard. Ahuri l'espace d'une seconde, Kakashi dut se faire violence pour réprimer un accès de haine envers son capitaine. Dans le genre détestable, on pouvait difficilement faire pire. Ça lui aurait écorché les lèvres de répondre ne serait-ce qu'un « Mmm... » ? Il n'avait pas pour habitude de se vanter mais il venait tout de même de lui sauver la vie.
Tsss...
Kakashi fourra ses mains dans ses poches et tout en maudissant intérieurement Okara et tout ce qui pouvait avoir un lien avec lui, il alla rejoindre son supérieur. Mais en le voyant agenouillé près d'un corps, Isane à côté de lui, il s'arrêta, comme foudroyé. C'était Shinji. Pas d'erreur possible, son masque de grenouille était posé à côté de sa tête. Sa gorge s'assécha brutalement et ses mains se mirent à trembler. Les souvenirs déferlèrent. Un corps... Un cri... Des larmes...
Oh non... Pas ça !
Il courut vers eux. En entendant ses pas précipités, Isane se retourna vers lui et lui fit signe de se calmer avant de désigner Okara du menton. Kakashi s'approcha et retint un soupir de soulagement. Les mains entourées d'un halo vert et l'air très concentré, leur capitaine soignait une grosse plaie au ventre de Shinji. Le jeune homme était très pâle et du sang coulait le long de son menton. Kakashi se crispa. Si jamais son équipier en venait à mourir, il ne pourrait se le pardonner. Il ne se faisait pas d'illusion : Shinji avait du être blessé pendant que lui-même fonçait au secours d'Okara. Pourquoi ? Pourquoi n'avait-il rien vu ? Il aurait dû voir. Il aurait dû prévoir ce genre d'accident. Il avait été formé pour ça ! Mais force était de constater que les résultats n'étaient pas au rendez-vous.
Okara retira finalement ses mains et se pencha vers Shinji.
- Namida, tu m'entends ? ... Fronce les sourcils si tu m'entends.
L'ANBU obéit.
- Est-ce que tu peux bouger ?
Très lentement, la tête pâle se tourna à droite puis à gauche. Kakashi sentit un bloc de glace lui tomber dans l'estomac. Isane se pencha à son tour vers Shinji.
- Tu es sûr ? Tu... tu ne peux vraiment pas ?
Un gargouillis lui répondit et du sang coula à nouveau. Derrière Okara, Kaito lâcha un juron. Le capitaine n'hésita pas longtemps. Il se leva.
- Que fait-on mon capitaine ? Demanda Isane.
- On laisse sur place.
Kakashi ferma les yeux. C'était ce qu'il avait craint.
- Je n'ai plus assez de chakra pour faire un jutsu de soin plus poussé. La blessure est trop grave. Même si on l'emmenait, il ne tiendrait pas jusqu'à Konoha. Et il nous ralentirait.
Isane et Kaito hochèrent la tête mais Kakashi resta immobile. Il avait peine à croire qu'on pût dire ce genre de choses avec un détachement aussi parfait. Bien que visible, le visage d'Okara n'exprimait pas la moindre émotion, à croire qu'il avait l'habitude d'abandonner des hommes sur place. Il se tourna vers Shinji. Le jeune homme avait ouvert les yeux. Il ne semblait même pas choqué par la décision de son chef d'unité… simplement désolé de leur causer un soucis supplémentaire. Kakashi admira secrètement son courage.
- Tu as accompli ton devoir, Namida, dit Okara. Tu es un vrai shinobi de Konoha.
Et il dégaina son ninjato. Shinji ferma à demi les yeux avec un léger sourire. La seconde d'après, il s'affaissait, la gorge entaillée. Kaito et Isane baissèrent la tête en guise d'hommage. Kakashi sentit ses entrailles se retourner en voyant Okara essuyer calmement sa lame sur sa cuisse. C'était la procédure : quand un ANBU était trop sérieusement blessé pour se déplacer, on l'achevait puis on brûlait son corps. Le garçon avait beau savoir que c'était logique et nécessaire, ça le révulsait. Et encore plus de se dire que c'était de sa faute. Jamais plus il ne pourrait regarder Kaito et Isane en face. D'après ce qu'il avait compris, cela faisait plus d'un an que les trois jeunes gens avaient été dans la même unité. Que devaient-ils ressentir en cet instant ?
Sans un mot, Okara se baissa, ramassa le masque de grenouille et le posa sur son propre visage. Puis il se tourna vers ses équipiers.
- Brûlez les corps. Tous.
- Bien taichou.
- Et activez, il se peut que l'alerte ait été donnée. Ookami ? ajouta-t-il en se tournant vers Kakashi.
Le garçon sursauta.
- Taichou ?
- Joli Raikiri.
Et il s'éloigna. Pétrifié, Kakashi resta un moment sans bouger sans savoir si ce qui était en train de lui déchiqueter le coeur était de la haine ou simplement de la culpabilité. Il ne parvenait pas à croire qu'Okara ait pu lui faire une telle remarque : l'ANBU se moquait éperdument du Raikiri et que Kakashi l'ait sauvé grâce à ce jutsu n'y changeait rien. C'était tout simplement sa façon à lui de dire que s'il avait suivi correctement ses instructions, Shinji serait encore vivant. Le pire était que cette façon détournée de critiquer le touchait bien plus qu'un sermon classique. Okara n'était pas idiot ; il devait parfaitement savoir que crier sur un subordonné n'avançait à rien ; alors il préférait jouer sur la prise de conscience. Une méthode cruellement efficace. Kakashi ferma les yeux. Il avait cru... il avait sincèrement cru que ça n'arriverait plus... qu'il n'aurait plus jamais à se reprocher la mort d'un équipier. Il avait cru être assez fort... Il avait eu tord.
La main douce d'Isane se posa sur son épaule. Kakashi la repoussa avec sécheresse. Ce n'était pas le moment de lui faire un discours réconfortant ou moralisateur, il n'était pas d'humeur. Alors pour l'amour du ciel, qu'elle lui foute la paix !
- Kakashi, insista cependant la jeune femme. Aide-nous à brûler les corps si tu ne veux pas que le capitaine te tombe dessus.
Le garçon se tourna vers elle et la considéra un instant. Elle avait parlé d'un ton égal, comme si la mort de Shinji ne l'affectait pas plus que cela. Comme si elle ne lui en voulait pas. Comme l'aurait fait un ANBU en somme. Il serra les dents et hocha la tête. Mais tandis qu'une écoeurante odeur de chair brûlée se répandait dans la clairière, il ne put s'empêcher de penser que ce n'était pas la mort de Shinji, qu'il n'avait au fond pas connu, qui le blessait le plus... Il pouvait bien être supérieur à Isane et Kaito sur le plan technique ; sur le plan mental, c'étaient eux les véritables ANBU, pas lui.
Cette pensée le tarauda pendant tout le chemin du retour. Comment pouvait-il espérer devenir un ninja d'élite digne de ce nom s'il n'était même pas capable de contrôler ses nerfs ? Les ANBU perdaient des équipiers parfois chaque jour mais ça ne les arrêtait pas pour autant. Ils étaient capables de reléguer leur douleur et leur chagrin au second plan, de donner la priorité à leur devoir en toutes circonstances alors pourquoi lui n'y arrivait-il pas ? Quand serait-il enfin capable de protéger les personnes proches de lui ? Depuis toujours il côtoyait la mort, elle ne l'effrayait plus. Il vivait avec elle. Mais ne pas craindre sa propre mort n'impliquait pas forcément qu'il en était de même avec celle des autres. Kakashi doutait d'ailleurs que ce genre de peur pût disparaître complètement un jour, y compris chez des personnes comme Okara. Mais ça n'excusait pas son erreur pour autant…
Personne ne pipa mot de tout le chemin du retour. Okara se contentait d'ordres brefs, parfois monosyllabiques, et Kakashi devinait que Kaito et Isane ne disaient rien par respect envers leur camarade mort, ce qui accentua encore son malaise. Par précaution, ils évitèrent les zones à risques, faisant parfois de longs détours à travers bois, ce qui fit qu'ils n'arrivèrent à Konoha que le lendemain dans la soirée. Etant données leurs blessures, la procédure les autorisait à un repos de 48 heures. Ils se dirigèrent donc tous vers le centre de soins réservé aux ANBU tandis qu'Okara allait faire son rapport.
Allongé sur un lit, Kakashi regardait la médic-nin soigner ses côtes cassées sans réellement la voir. Il redoutait le moment où il devrait faire face à Kaito et Isane, à leur regard blessé et en même temps déçu. Il ne pouvait pas imaginer un seul instant qu'ils ne lui en voudraient pas. Il était tout de même responsable de la mort de Shinji…
Un mort au bout de la 4ème mission chez les ANBU. Félicitations Kakashi, tu t'améliores.
Une infime grimace lui échappa quand l'infirmière fit un geste un peu brusque mais il n'écouta pas ses excuses. Il s'en fichait. La seule chose qui importait était ce que ses équipiers allaient penser de lui. Peut-être devrait-il demander à changer d'équipe… Il tourna légèrement la tête vers Isane qui se faisait soigner l'abdomen, Kaito assis près d'elle. Oui, c'était la bonne, la seule chose à faire. Dès qu'ils seraient tous soignés, il leur en parlerait et ensuite il demanderait à Okara de le changer d'unité. Le capitaine ne céderait sans doute pas facilement mais il pourrait toujours invoquer l'excuse du manque de bonne ambiance au sein de l'équipe… Il savait d'ores et déjà que s'il parlait à Okara de sa culpabilité par rapport à Shinji, l'homme lui rirait au nez et ne prendrait même pas la peine de lui répondre. Ce qui importait à l'ANBU, c'était l'efficacité du groupe. Or, avec une mauvaise ambiance…
- Voilà, c'est terminé, lui annonça la médic-nin. Restez tranquille au maximum jusqu'à ce que vous repartiez en mission. Si vous vous agitez trop, les soudures risquent de ne pas tenir.
- Oui, oui, répondit distraitement le garçon.
- Qu'en est-il de votre œil ? Il ne vous a pas gêné ?
- Une légère brûlure mais rien d'inhabituel.
- Bon, très bien. Prenez cette potion, ajouta la jeune femme en lui tendant une petite fiole au contenu brunâtre. Prenez en deux gorgées à chaque repas, ça accélérera la cicatrisation de vos côtes. Pour votre Sharingan, faites comme d'habitude.
- Merci, répondit Kakashi en rangeant le flacon de verre dans une de ses poches.
Il se leva avec précaution puis voyant qu'il ne ressentait aucune douleur, il quitta l'infirmerie. Dieu bénisse ces médics qui acceptaient ses excuses sans poser de question. Il n'avait en l'occurrence pas menti – son œil l'avait brûlé mais pas plus que d'ordinaire – mais il lui arrivait de cacher certaines crises par commodité. Il fréquentait suffisamment souvent l'infirmerie pour ne pas avoir envie de séances supplémentaires. Cette pièce le rendait malade.
Il referma la porte derrière lui et s'assit sur le banc de l'entrée, attendant que ses équipiers sortent à leur tour. Quelques minutes plus tard, Isane sortait, suivie de Kaito mais ils s'arrêtèrent en voyant Kakashi. Le garçon se leva, les jambes tremblant légèrement. Pendant un long moment, les trois ANBU se dévisagèrent en silence puis Kakashi fit un pas en avant, le cœur battant à un rythme qui aurait certainement fait bondir l'infirmière qui venait de s'occuper de lui.
- Asahi, Shippu, commença-t-il, je… je suis… je ne sais pas comment vous dire… Il croisa le regard froid de Kaito et celui un peu perplexe d'Isane et ne put s'empêcher de baisser les yeux. Je crois qu'il vaudrait mieux que je change d'équipe, acheva-t-il plus fermement.
Kaito resta impassible mais une certaine tristesse apparut dans les yeux dorés d'Isane.
- De quoi tu parles ? demanda-t-elle calmement.
- Je ne peux pas rester dans cette unité, crut bon d'expliquer Kakashi. Je… C'est ma faute si Shinji…
- Nan, coupa sèchement Kaito.
Kakashi leva un regard surpris vers son équipier. Kaito, qui lui avait toujours paru le plus farfelu de ses trois aînés, le dévisageait avec un air sérieux qui ne lui ressemblait pas du tout. Isane elle-même lui jeta un coup d'œil étonné.
- Ne te blâme pas sous prétexte que tu es le plus jeune et que tu as des choses à prouver, c'est trop facile, continua le jeune homme. On était quatre dans l'histoire.
- Kaito a raison, approuva Isane. Et de toutes façons, ce qui est fait est fait. On doit continuer à avancer. Tous les trois.
Kakashi regarda ailleurs. Ce n'était pas ça, non, ce n'était pas ça qu'il voulait entendre. Pourquoi s'escrimaient-ils tous à ne pas lui en vouloir alors que lui se haïssait plus que jamais ? Pourquoi ne voulaient-ils pas comprendre !
- Je ne veux pas que ça se reproduise, articula-t-il péniblement. Pas avec vous…
- Fuir dans une autre équipe ne résoudra pas le problème, riposta Kaito.
Kakashi fronça les sourcils. Fuir ? Qui parlait de fuir ? Il n'était question que d'un transfert. Isane posa une main apaisante sur le bras de Kaito et s'avança vers le garçon.
- Ce qu'il veut dire c'est qu'aller dans une autre équipe n'empêchera pas forcément le scénario d'aujourd'hui de se reproduire, dit-elle avec gravité. Et qu'est-ce que tu feras à ce moment là ? Tu changeras encore d'unité ?
Pris au dépourvu, Kakashi ne répondit pas et regarda ailleurs. Pourquoi son équipe, Okara en tête, trouvait-elle toujours les mots pour le faire se sentir ridicule et puéril ?
- Nous sommes une équipe, continua Isane. Une équipe d'ANBU d'accord, mais une équipe malgré tout. Et les problèmes, c'est ensemble qu'on en viendra à bout.
- Inutile de la jouer perso avec nous, ajouta Kaito qui sourit pour la première fois depuis le début de la discussion. On te laissera pas faire.
Kakashi les dévisagea tour à tour, mentalement bouche bée. Ils ne lui en voulaient pas. Mieux : ils étaient prêts à partager avec lui le lien qui les avait unis à Shinji. Et à cet instant précis, alors que ses deux partenaires le regardaient en souriant avec une bonté qu'il n'avait encore jamais vue chez personne, Kakashi sentit le poids dans sa poitrine devenir plus léger.
Au même moment, au bâtiment administratif, Arashi quittait le bureau du Sandaime moralement épuisé. Que ces réunions étaient donc pénibles ! Les paperasses l'insupportaient au plus haut point, en plus de l'ennuyer profondément. Il serait bien mieux au front, à aider ses hommes, au lieu de rester là à lire des rapports soporifiques. Mais ça faisait partie du devoir d'Hokage à plus de 50 - cette pensée le fit soupirer – et tôt ou tard, il devrait en prendre son parti.
Pourquoi j'ai voulu devenir Hokage déjà ? se demanda-t-il tandis qu'il descendait les escaliers, les yeux dans le vague et ne rêvant plus qu'à un bol de ramens bien chaud.
- Alors, on rêvasse, Hokage-sama ? fit soudain une voix claquante juste à côté de lui
Arashi tressaillit.
Cette voix…
Il tourna la tête. Adossé au mur, un bras étroitement bandé et la tête penchée, un ANBU au masque de grenouille le dévisageait. Un sourire illumina le visage d'Arashi en reconnaissant son interlocuteur.
- Kôji ! Tu vas bien ?
L'ANBU haussa les épaules.
- Je survis. Et toi ? Pas encore dégoûté de la paperasse ?
Arashi sourit.
- Pas encore mais ce n'est qu'une question de semaines, je pense.
- Je vois. Et quand tu seras Hokage, tu feras comment ?
- Officiellement, ce n'est pas encore le cas. Et d'ailleurs comment es-tu déjà au courant ?
L'homme eut un léger rire et releva son masque. Un visage jeune aux grands yeux noirs et la joue barrée de trois coupures apparut.
- Je suis toujours au courant de tout, Arashi. Tu devrais le savoir depuis le temps.
- Je vous trouve bien sûr de vous, capitaine Okara, sourit le Jounin blond. On n'apprend pas la modestie chez les ANBU ?
- Et chez les Uzumaki ? répliqua Okara.
Arashi se mit à rire, ce qui le détendit incroyablement et le sourire amusé de son ami lui fit chaud au cœur. Il n'avait pas changé, ou presque. Okara Kôji avait été son équipier pendant toute une partie de leur formation et ils avaient progressé ensemble. Par la suite, leurs routes s'étaient séparées mais le lien était resté, bien qu'inévitablement plus distendu. La guerre n'avait rien arrangé, et aujourd'hui, discuter avec lui faisait du bien à Arashi. Ça lui rappelait l'innocence – si tant est qu'on pût être innocent à partir du moment où l'on devenait ninja – de ses premières années. Ses yeux bleus se remirent à pétiller.
- Comment tu t'es fait ça ? demanda-t-il en désignant les cicatrices et la le bras bandé de son ami tandis qu'ils sortaient du bâtiment.
Okara effleura les marques du bout des doigts.
- Cadeau d'adieu de notre ami Kamiya Hajime, dit-il sombrement.
Arashi sursauta.
- C'est vrai que toi et ton unité étiez dessus ! L'Hokage me l'a dit hier. Comment ça s'est passé ?
- On l'a eu, répondit simplement le capitaine ANBU.
- Sérieux ? fit Arashi, impressionné. Pas mal, dis donc. Tu vas vite remplacer Shiba à ce rythme.
- Je n'ai pas vraiment de mérite dans l'histoire, répliqua Okara. Et puis j'ai aucune envie de devenir commandant.
Arashi fit la moue.
- Tu me laisserais tout seul en haut de la hiérarchie ?
- Pas mon truc, la politique, sourit Okara. C'est trop théorique et ça complique toujours tout.
- Ouais, je vois. Et sinon, toi et ton élève prodigue ? demanda le Jounin blond tout en invitant son ami à marcher, espérant ainsi avoir des nouvelles de Kakashi. Ça va comme tu veux ?
- Il est prometteur, répondit Okara professant probablement le plus gros euphémisme de toute sa carrière.
- Avec un instructeur comme toi, difficile qu'il en soit autrement…
- Il avait de bonnes bases, répliqua Okara avec un clin d'œil.
Arashi rit de nouveau. Bon sang, que ça faisait du bien !
- Comment il a géré pendant la mission ? Il a été blessé ?
Okara lui jeta un regard en coin.
- Je te trouve bien attaché à ce gosse, Arashi…
- Et après ?
- Rien. Je sais déjà ce que tu vas me dire donc c'est pas la peine de continuer cette discussion.
- Tu peux répondre à ma question, s'il te plait ?
Okara marqua un temps d'arrêt, comme s'il réfléchissait à sa réponse.
- Il y a des éléments à perfectionner, répondit-il. Notamment au niveau de la concentration…
- De la concentration ?
- … et je pense qu'il faudra revoir le travail en équipe, continua l'ANBU comme s'il n'avait pas entendu, mais comme je te l'ai dit, il est prometteur. C'est lui qui a tué Kamiya d'ailleurs.
Arashi cligna des yeux.
- Décidément, il n'a pas fini de m'impressionner, sourit-il.
- Il est vrai que je n'ai jamais vu un élève aussi doué depuis que je forme les ANBU. Il est supérieur à ses équipiers sur bien des points.
- Te connaissant, tu n'as pas du le lui dire...
- Et puis quoi encore ? Ce n'est pas parce qu'il a tué Kamiya que je vais être moins dur avec lui.
- Je ne me faisais pas tellement d'illusion, rassure-toi.
Okara eut un bref sourire.
- Les félicitations, encouragements et autres conneries, c'est bon pour les Genins.
- Reconnais quand même ça les pousse à s'améliorer. Si tu ne les encourages pas, ils n'auront jamais confiance en eux.
- Ce ne sont pas des gamins que j'ai sous mes ordres, Arashi, répliqua durement Okara. Ce sont des hommes, brisés pour la plupart. Beaucoup choisissent cette voie parce qu'ils ne croient plus en rien et que la mort est désormais leur seul but. Mon boulot, c'est d'en faire des assassins prêts à tout pour une cause qui leur passe au-dessus, et tu voudrais que je perde mon temps en distribution de bons points ?
Arashi ne répondit rien. L'espace d'une fraction de seconde, il crut voir de la douleur dans les yeux sombres d'Okara mais l'instant d'après, le visage du capitaine ANBU était redevenu d'un calme serein.
- Kakashi pourrait être le fils du Shodaime lui-même que je le traiterais comme les autres, continua Okara d'un ton tranquille. Quand il sera devenu un véritable ANBU, alors peut-être qu'il aura droit à mon respect. Mais pas avant. Je ne changerai pas mes méthodes pour lui. Ni pour toi, ajouta-t-il en regardant son ami dans les yeux.
- Je ne te demandais rien, répondit froidement Arashi.
Il s'écoula une seconde, une douloureuse seconde au cours de laquelle les deux hommes mesurèrent l'ampleur de leur soudain antagonisme puis Okara sourit.
- Je vais te laisser, Hokage-sama. Tu as sûrement beaucoup à faire.
Arashi tiqua. Le ton se voulait neutre mais il était incontestablement sec. Pourtant, le jeune homme blond se sentit déçu. Il aurait voulu passer encore un peu de temps avec son ami. Dieu savait que les occasions se feraient désormais très rares.
- Tu ne veux pas passer à la maison boire un verre ? proposa-t-il.
Okara lui sourit.
- Profite plutôt de ton temps libre pour t'occuper de ta fiancée, répliqua-t-il. M'est avis qu'elle ne doit pas te voir souvent en ce moment.
Arashi rougit, gêné.
- Oui, c'est vrai… admit-il. Tu sais, on pense sérieusement à avoir un enfant ensemble.
- Survis à cette guerre avant de t'emballer, Hokage-sama.
- Tu me prends pour qui ? Evidemment que je vais survivre. Et toi, quand est-ce que tu te cases, Kôji ?
- Jamais. Pourquoi tu me poses encore cette question ?
- Je me disais que peut-être, l'âge t'aurait fait prendre conscience de certaines choses…
- J'ai certainement pris conscience de certaines choses mais je ne pense pas que ce soit les mêmes que toi.
Arashi ouvrit la bouche pour répondre mais le capitaine ANBU le coupa d'un geste :
- Comprends-moi bien. Je ne méprise pas la vie de famille et j'admire ce qu'il y a entre toi et Haneko. Je ne dis pas qu'en d'autres circonstances, je ne m'y serais pas essayé. Mais ça ne va pas avec la voie que j'ai choisie. C'est tout.
- Tu rates pourtant quelque chose…
- Certainement, répondit Okara en haussant les épaules. Mais c'est aussi pour cela que les gens comme moi existent : pour permettre aux autres, comme toi, d'avoir une vie de famille.
Arashi le considéra, bouche bée.
- Fais pas cette tête. Je ne suis pas en train de pleurer sur mon sort. Alors pourquoi toi, tu le ferais ?
- Ce qui me bluffe, c'est de voir que tu acceptes cette vie sans sourciller, Kôji.
- On en a déjà parlé. Je suis un outil, Hokage-sama. Je me bats pour que toi, en tant que leader, tu puisses continuer à vivre. Pense ce que tu veux mais perdre un kunaï, c'est beaucoup moins embêtant que de perdre une tête.
Arashi soupira. Il y avait de toutes façons bien longtemps que ce qu'il disait n'influençait plus Okara.
- Je dois vraiment y aller maintenant, Arashi, reprit l'ANBU. Mes hommes m'attendent.
Arashi haussa les épaules et soupira.
- Très bien. A bientôt peut-être.
Okara eut un sourire désabusé.
- Ouais. Peut-être…
Il posa son masque sur son visage et d'un bond, il s'envola jusqu'aux toits. De là, il se retourna, adressa un ultime salut à son ami puis disparut dans la nuit. Arashi resta sans bouger quelques secondes puis il fourra ses mains dans ses poches et se dirigea vers son appartement, le cœur un peu lourd. Okara avait toujours été d'une lucidité effrayante – Arashi se souvenait que lorsque Jiraya leur avait demandé leur projet d'avenir, Okara avait simplement répondu « survivre » - mais aujourd'hui, il y avait quelque chose de changé dans ce détachement mêlé de détermination. Comme si… le jeune homme avait définitivement cessé de croire en quoi que ce soit. Sa position par rapport à la guerre et son regard à la fois impassible et las en disaient long. Ce n'étaient pas des choses qui s'acquéraient à force de maximes telles que « ninja outil », non. Il en fallait bien plus pour briser des illusions, Arashi le savait. On pouvait être l'homme le plus réaliste du monde et garder au fond de soi l'espoir d'une vie meilleure. Mais il n'y avait rien de tout cela dans les yeux d'Okara Kôji. Le plus dur était de savoir que le capitaine ANBU était loin d'être un cas isolé. Des hommes comme lui, Konoha en comptait des centaines et en compterait sûrement d'autres au cours des années à venir. Arashi serra les poings et leva ses yeux limpides vers la lune.
Un jour… quand je serai Hokage… je changerai tout ça. Je le jure.
1) noms de code des ANBU : Ookami (loup), Asahi (soleil levant), Shippu (vent violent) et Namida (larme)
Voilà, c'était mon chapitre le plus long toutes fics confondues. Je n'ai pas encore trop réfléchi au prochain chapitre donc je ne sais vraiment pas quand je posterai la suite. J'espère que ça vous a plu en tous cas !
