Eh oui !! I did it !!! Enfin réussi à boucler ce chapitre, certainement un des plus longs de ma carrière de fanficeuse. Ce fut laborieux mais j'y suis arrivée. Je l'aime bien ce chapitre, il devrait vous plaire. Comme prévu, Kyuubi et Gaï font leur apparition

Nougat : ouais ! Une nouvelle revieweuse ! Je suis très contente que tu aimes autant.

DEL : merci à toi ;-) même si tu ne dis rien ou presque, ça me fait plaisir que tu montres que ça t'a plu.

Tsunaade-sama : eh oui, la vie d'un shinobi c'est triste ; c'est comme ça hélas. Ce chapitre est plus joyeux mais ça ne va pas durer évidemment. Pour ce qui est de ce que tout le monde sait que Naruto est le fils du Yondaime, oui effectivement. Tout le monde le sait. Mais être le fils d'un Hokage ne veut pas dire qu'il sera de la même trempe et en plus, le gamin porte Kyuubi en lui. Fils de l'Hokage ou pas, il fait peur. Orochimaru ? Il est toujours là

Ambroise Blue : la suite arrive, elle arrive, pas de panique

Chonaku : c'est vraiment très gentil, merci, je t'adore ! Bien sûr que Konoha ne fait pas que des gentilles choses, d'ailleurs ça se voit aussi dans ce chapitre. Quant au Yondaime ben ouais… Le pauvre n'aura pas eu le temps de savourer la paix. Quelqu'un avait fait une remarque pertinente sur un forum une fois, je ne sais plus qui. Que Arashi avait été un bon chef en temps de guerre et que du coup, on ignorait ce qu'il aurait donné en temps de paix. C'est bien vu.

Aya72 : eh oui, je n'ai pas traité la désertion de notre serpent préféré parce que d'une manière générale, on me disait qu'il désertait une fois que le Sandaime reprend son poste. Par déduction, il est en train de ruminer sa défaite là et de commencer ses expériences malsaines (à supposé qu'il ne l'ait pas déjà fait avant). Gaï arrive, je ne sais pas trop ce que ça donne mais je pense être arrivée à un truc correct. Pour Kyuubi… tu verras Encore merci !!

Erylis : Tu savais que ce serait Isane ? Comment t'as deviné ? Pour l'attente, je suis vraiment désolée, j'écrirais plus vite et plus tout court si je le pouvais. Merci beaucoup beaucoup, tes reviews me font toujours plaisir. J'espère que Gaï te plaira.

Yune-chan66 : merci à toi ma grande, toujours la première à reviewer j'espère que mon style « introspection » continuera à te plaire. Je ferai tout pour en tous cas. Kyuubi et Gaï déjà ? Ben oui, la fic sera longue mais je vais pas m'étendre trois plombes non plus, faut que ça avance. Et puis il est grand temps que quelqu'un donne un coup de pied au cul à Kakashi lol.

Spécial merci à mon tout récent beta reader, j'ai nommé Kanji. Et maintenant, bonne lecture !!


Chapitre XII

Eclaircie

Assis à même le sol, dos au mur, Kakashi lança machinalement un kunaï qui alla se planter dans le panneau en liège utilisé pour afficher les nouvelles les plus récentes et les messages importants accroché au mur avec un bruit mat. Tchac. Puis un autre, tchac, et encore un autre, tchac. On le sermonnerait sans doute sur le fait que les ANBU avaient beau être l'élite, ruiner le matériel n'entrait pas dans leurs prérogatives mais il s'en moquait. Assis sur la table au centre de la pièce, les pieds sur une des chaises, Kaito ne fit pas de remarque. Tous les deux attendaient de rencontrer leur nouveau capitaine et celui qui remplacerait Isane.

Tchac.

Kakashi serra les dents. Il ne s'était pas rendu compte à quel point il avait fini par considérer Okara et Isane comme des éléments familiers de son environnement. A quel point ils avaient été des repères pour lui, des personnes sur lesquelles il avait su qu'il pourrait compter en cas de besoin. A quel point… Il secoua la tête, frustré. A quel point il se sentait vulnérable maintenant qu'ils n'étaient plus là.

Tchac.

Sans avoir été des amis proches – et même sans avoir été des amis du tout en ce qui concernait Okara – ils avaient créé quelque chose pour lui, avec lui. Un nouveau cercle. Un rempart. On avait beau être l'homme le plus solitaire du monde, savoir que quelque part il y avait des personnes que votre existence n'indifférait pas et qui vous ressemblaient, apportait un curieux réconfort. Ça rendait le monde moins laid. Plus supportable.

Tchac !

Kaito tourna légèrement la tête vers son cadet au bruit du kunaï qui s'était cette fois planté dans le panneau avec plus de violence. Kakashi serra le poing. Pourquoi ? Pourquoi avait-il laissé Isane et Okara entrer dans son périmètre ? Au final, ça ne l'avait avancé strictement à rien ! Et pourquoi l'idée de les voir remplacés lui était aussi insupportable ? C'était grotesque. Tout simplement et totalement grotesque. Il avait déjà perdu des gens, alors pourquoi ? Il n'aurait plus dû souffrir, ça n'aurait plus dû avoir une quelconque importance ! Okara n'était qu'un salopard insensible et Isane était morte. Ça ne servait à rien de les regretter. Jamais ils ne reviendraient, jamais.

Tac… bing !

Sa main se plaqua toute seule contre son cœur sans qu'il puisse l'arrêter. Il baissa la tête. Ça faisait mal, vraiment très mal. Et vraiment, ça l'ennuyait. Il avait déjà suffisamment de problèmes avec Obito pour ne pas y ajouter une femme dont il n'avait pas été si proche et un homme qu'il avait profondément détesté. Ça n'aurait pas dû faire mal comme ça, ça n'aurait pas dû !

- Calme-toi, Kakashi…

Le garçon sursauta et leva la tête vers Kaito. Son équipier fixait toujours le mur d'en face comme s'il s'y était déroulé le spectacle le plus fascinant de toute sa vie.

- Ça va foutre une sale ambiance si tu les accueilles en étant aussi agressif.

Il n'ajouta rien de plus. Kakashi le regarda longuement, partagé entre la reconnaissance et un soupçon de malaise. Kaito n'avait pas relevé son masque pour lui parler et il ne lui avait ni fait la morale, ni tenu de discours compatissant. Il ne l'avait même pas regardé. C'était déstabilisant. Son équipier faisait partie de ces ANBU qui s'étaient engagés par vocation et non pour mourir au combat. C'était louable pour un certain nombre de raisons mais au final, la chute était sans doute plus douloureuse pour eux. Kakashi se rappelait la façon dont Kaito l'avait regardé quand Shinji était mort et l'expression incrédule et choquée de son visage lorsqu'il avait vu le corps d'Isane et se demanda s'il serait capable d'accepter leurs nouveaux partenaires. Lui-même ignorait la façon dont il devait se comporter et dont il se comporterait face à eux. L'attitude de Kaito aurait pu paraître détachée et indifférente de la part d'un observateur externe mais Kakashi n'était pas dupe. La scène lui était trop familière pour ne pas la reconnaître. C'était lui, quelques semaines après la mort d'Obito, à essayer de faire illusion pour les autres à défaut de se convaincre lui-même. Il eut un sourire triste. C'était vraiment ironique comme situation. L'espace d'une seconde, il se dit qu'il devrait peut-être parler avec Kaito mais presque aussitôt, il eut envie de rire tant l'idée était ridicule. Lui, dans le rôle de l'ami compatissant ? Et puis pour lui dire quoi ?

Autant demander à Orochimaru de s'inscrire à la chorale du village. Ça aurait certainement la même allure…

Il prit un nouveau kunaï et le lança. Au même moment, la porte s'ouvrit.

Kakashi leva la tête, Kaito se tourna légèrement. Deux ANBU entrèrent dans la pièce, l'un avec de longs cheveux noirs, l'autre plus petit avec de courts cheveux roux ébouriffés. Ce dernier jeta un bref regard au panneau criblé de kunaïs puis s'avança tandis que l'autre restait en retrait. Le silence tomba aussitôt et l'air s'alourdit, comme si chacun essayait de faire valoir sa force tout en mesurant celle de l'autre. Kakashi ne pouvait pas voir leur visage mais il était certain que derrière les masques, les yeux vifs observaient, guettaient. C'était instinctif, presque animal. Et il sentait. Il sentait leur chakra chercher le contact avec le leur, augmenter leur intensité à mesure que le rapport de force s'installait. Il sentait leur puissance, leur volonté, leur expérience. Le chakra du plus grand notamment était puissant, souple, agile. Celui de l'autre était plus anarchique, vivace et remuant. Ni l'un ni l'autre cependant ne lui étaient totalement inconnus. Il se sentit intrigué.

- Hatake ? demanda alors l'ANBU le plus petit, rompant ainsi le silence, en se tournant vers lui.

Kakashi frémit en reconnaissant la voix. Il ferma les yeux.

Merde…

oOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Assis à une table isolée de la taverne, droit sur sa chaise, Kakashi contemplait son verre sans y toucher. Il ne savait pas très bien ce qu'il faisait là et pour tout dire, il s'ennuyait à mourir. Curieuse habitude que celle de venir traîner ici après les missions ou les entraînements… A croire que les gens n'avaient vraiment rien d'autre à faire. Pour sa part, il aurait très bien pu s'en passer mais apparemment, ses équipiers ne pensaient pas de même et avaient tenu à l'emmener. Il posa un regard dénué de tout intérêt sur ce qui l'entourait et retint un soupir. Lugubre. Il ne trouvait pas d'autre mot. La pièce était sombre – pas pratique du tout pour repérer d'éventuels ennemis – le plafond bas, le barman définitivement instable et les clients arboraient tous des mines déprimées ou sinistres… Et détail tout à fait matériel mais qui avait son importance, il était vraiment difficile pour un gamin de dix ans, fût-il un génie, d'apprécier les vertus d'une taverne. A côté de lui, ses équipiers discutaient joyeusement comme si de rien n'était. Il soupira et posa son menton sur ses mains.

- Allez Kakashi, lança le Jounin sur sa gauche. Souris ! On est là pour s'amuser !

- Oui, qu'est-ce qu'on s'amuse, répliqua Kakashi d'un ton acide. Je suis mort de rire.

- Alala… Vivement que tu sois majeur, c'est moi qui te le dis.

- Je ne vois pas le rapport, répondit froidement le garçon.

- C'est tout simple : tu pourras te bourrer la gueule au lieu de tirer la tronche.

Consterné, Kakashi se renfrogna et croisa les bras, fermement décidé à ne plus ouvrir la bouche. Mais il avait à peine formulé cette pensée qu'une espèce de boulet de canon avec ce qui ressemblait à des cheveux le percuta avec tellement de force qu'il tomba en arrière et heurta le sol assez violemment.

- Yo Kakashi-kun !!! hurla une voix stridente dans ses oreilles. Je te cherchais partout ! Où t'étais ? Montre comment tu as grandi depuis la dernière fois ! Des mains lui empoignèrent le col et le remirent d'aplomb. Eh ben ! T'es un vrai petit mec maintenant !

Kakashi tenta de repousser le corps qui lui comprimait la tête, en vain. Les éclats de rire de ses équipiers lui parvinrent aux oreilles. Un cuisant sentiment de honte l'envahit, sentiment qui s'accrut quand les mêmes mains ébouriffèrent ses cheveux – chose dont il avait, c'est évident, un besoin urgent. C'était déjà bien assez dur de se faire respecter quand on était un Chunnin de 10 ans et qu'on atteignait laborieusement le mètre 30 pour ne pas avoir besoin de ce genre de scène. Sa réputation était foutue. La voix se remit à beugler dans ses oreilles.

- Un graaand garçon et un grand ninja d'après ce qu'on dit. Les doigts lui pincèrent la joue droite. Dis-moi, elle a un peu grandi depuis la dernière f… !

Le coup partit tout seul. L'agresseur de Kakashi encaissa de plein fouet et fut projeté contre leur table qu'il fendit légèrement sous l'impact. Ses équipiers cessèrent aussitôt de rire. Il y eut un gros silence dans la taverne au cours duquel toutes les têtes se tournèrent vers leur table. Kakashi vit de multiples éclats argentés briller un peu partout, signe qu'ils n'étaient pas les seuls ninjas à perdre leur temps ce soir. Le Jounin le plus âgé qui l'accompagnait s'empressa de se lever et de s'excuser pour ce dérapage inopiné du en grande partie à la surprise, et peu à peu, les conversations reprirent. Kakashi mit un temps pour reprendre ses esprits puis se releva lentement et fit quelques pas pour identifier la chose qui lui avait sauté dessus. Sa bouche se tordit en une grimace en reconnaissant la personne. Kasaï Sachi, petite, rousse, yeux verts, 14 ans, jeune Chunnin à la voix haut perchée avec qui il avait fait une fois équipe et qui l'avait, pour une raison inconnue, adopté comme « petit frère » - mascotte ou peluche auraient été des termes plus appropriés.

- Tu voulais mourir ou quoi ? aboya-t-il à la jeune fille qui se redressait en se frottant le crâne. La prochaine fois, je te tue.

Sachi lui fit un grand sourire radieux comme si manquer de se faire écraser sur une table par un gamin était la plus belle preuve d'amitié possible, se releva d'un bond léger et bouscula le Chunnin assis juste à la droite de Kakashi, le faisant dégringoler de sa chaise. Celui-ci poussa aussitôt une exclamation indignée mais elle ne lui accorda aucune attention et s'assit à sa place. A ce stade, Kakashi envisagea sérieusement de rentrer chez lui et oublier cette horrible soirée mais Sachi ne l'entendit pas de cette oreille et lui prit la main pour le faire rasseoir. Le garçon la dévisagea un instant, se demandant si un coup peut-être un peu plus appuyé l'assommerait le temps qu'il s'éclipse. C'était tentant, très même, mais d'une, il s'était suffisamment illustré ce soir, de deux, il préférait éviter une éventuelle sanction pour attaque délibérée sur un Chunnin de Konoha désarmé et de trois, même si Sachi était exaspérante et un poil vulgaire, elle n'avait pas un mauvais fond. De très mauvaise grâce, il consentit à s'asseoir à côté d'elle.

Ravie, Sachi se mit à lui raconter tout ce qui lui était arrivé depuis leur dernière rencontre – c'est-à-dire beaucoup de choses puisque cela faisait plus de quatre mois. Tout en faisant mine d'écouter, Kakashi porta la main à son verre et se mit à boire dans le vain espoir d'oublier sa situation dans son eau minérale. Sachi en décida autrement et dans un élan d'enthousiasme, lui donna une grande claque dans le dos alors qu'il avalait une gorgée. Il avala de travers et inspira de l'eau par le nez, manquant de s'étouffer. Il toussa un peu sous les nouveaux éclats de rire de ses équipiers et de Sachi.

- Je vais te buter, haleta-t-il une fois son souffle revenu.

- Oh, fais pas ton dur, répliqua-t-elle avec un sourire attendri. Je sais que tu m'adores…

Pour toute réponse, il lui jeta un regard mauvais.

oOoOoOooOoOoOoOoOoOoOoOoOo

- Hatake ?

- Ouais, marmonna-t-il.

- Eh bien, eh bien… Cache ta joie !

L'ANBU releva son masque et un visage de jeune fille au regard insolent et rieur apparut. Kakashi lutta pour ne pas grimacer.

- Sachi…

C'était bien elle. Ces mêmes yeux pétillants, ce même nez retroussé, ce même sourire à la fois provocateur et joyeux. Tout en elle semblait avoir été conçu pour lui taper sur les nerfs. Cette fille avait le don de l'énerver par sa simple présence, c'était presque épidermique. Elle paraissait pourtant, le ciel soit loué, plus calme et plus mature. Le fait qu'elle ne se soit pas jetée sur lui en arrivant parlait de lui-même et pour accéder au grade de capitaine ANBU à dix-huit ans, il fallait tout de même un minimum de talent. Après tout, en quatre ans, les gens avaient le temps d'évoluer. Il n'y avait qu'à le regarder…

- Ouep ! répondit la jeune fille en levant son pouce, un grand sourire aux lèvres. Tu te souviens de moi, alors…

- Comment aurais-je pu oublier ? marmonna le garçon.

- Toujours pas dépucelé, hein ? T'attends quoi pour t'envoyer en l'air ? Tu serais beaucoup plus fréquentable, c'est moi qui te le dis.

Kakashi roula des yeux exaspérés. Toujours aussi vulgaire.

- Je ne savais pas que tu étais dans l'ANBU… fit Kakashi en espérant vaguement détourner la conversation.

- Ça fait un an et demi ! répliqua fièrement Sachi, toute dignité ou sérieux désormais jeté aux orties. Et déjà capitaine. Aha ! T'es sur le cul, hein ?

- Capitaine, hein ? La perspective d'être dirigé par quelqu'un d'aussi survolté qu'elle lui faisait d'avance regretter Okara. Depuis quand ?

Sachi perdit un peu de sa superbe mais elle se ressaisit vite.

- Je viens d'être promue, dit-elle.

Sur la table, Kaito laissa échapper un reniflement ironique. Sachi se tourna aussitôt vers lui.

- T'as quelque chose à redire, toi ?

- Moi, j'ai un nom, répliqua Kaito sans se laisser impressionner. Et oui, j'ai quelque chose à dire.

Sachi se plaça face à lui et croisa les bras, le menton levé.

- Vas-y, Kaito. Balance.

Celui-ci ne descendit pas de sa table et n'ôta pas son pied de la chaise mais il se redressa et de multiples détails dans sa posture indiquaient qu'il se préparait à une riposte. Kakashi soupira intérieurement. Pourquoi ? Pourquoi était-ce tombé sur lui ?

- Eh bien, le fait est, commença Kaito d'un ton désinvolte mais Kakashi savait qu'il avait choisi ses mots, que notre ancien capitaine était Okara Kôji…

- Tu m'apprends que dalle, là, coupa sèchement Sachi.

- … et qu'il est à présent le commandant en chef de tout l'ANBU, continua Kaito comme s'il n'avait pas été coupé. Il a été désigné unanimement par tous les capitaines avec l'approbation du Sandaime et du Yondaime. Il a été l'élève de Jiraya-sama et l'équipier de l'actuel Hokage. ANBU depuis qu'il a seize ans…

- Retourne jouer avec des kunaïs en bois, le coupa Sachi avec un geste impatient. Si tu crois que tu m'impressionnes, tu te fourres le doigt dans l'œil jusqu'au cul.

Kakashi sut presque aussi certainement que si Kaito n'avait pas porté de masque qu'il venait de sourire. Il ne put s'empêcher de l'imiter. Sachi était tombée dans le panneau tête baissée.

- Ce n'était pas le but, répondit Kaito d'une voix où l'on percevait une note de triomphe, Disons juste que… Il jeta un coup d'œil à Kakashi. Nous sommes habitués à du haut de gamme. On risque d'être exigeants sur la qualité.

Sachi pâlit brièvement de rage mais avant qu'elle ait pu faire le moindre commentaire, Kaito enchaîna :

- Et lui, c'est qui ? demanda-t-il en montrant le deuxième ANBU qui n'avait toujours pas bougé, ni dit un mot.

Sachi fusilla Kaito du regard avant de se tourner vers le ninja et lui fit un signe de tête. Il ôta son masque. Kakashi eut un léger choc. Il jeta un coup d'œil à Kaito et vit qu'il était finalement descendu de la table.

- Un Hyuuga ? fit-il en tentant de ne pas paraître trop surpris.

- Ouais, répondit Sachi apparemment satisfaite de reprendre le contrôle de la situation.

- Hyuuga Shobei, se présenta le ninja aux yeux blancs en inclinant légèrement la tête. Médic-nin. Enchanté.

Kakashi se contenta de hocher la tête en guise de réponse. Il se sentait un peu sonné. Sachi, qui était, d'après ses souvenirs, très bonne au sabre, un Hyuuga et lui-même qui possédait le Sharingan dans une même équipe ?

- Okara a mis le paquet, murmura Kaito, qui apparemment avait eu la même pensée, en se rapprochant.

- Un peu, ouais ! sourit Sachi. Votre ancien capitaine a décidé de faire de nous une des équipes centrales de l'ANBU. Ça veut dire qu'on va rester ensemble tant que le commandant estimera qu'on forme un bon cocktail et qu'on a sa pleine confiance. Et à ce propos Kakashi, t'es officiellement ANBU à part entière maintenant.

Kakashi tressaillit. Equipe centrale ? ANBU à part entière ? Alors… Alors Okara ne les avait pas complètement oubliés… Une douce sensation de chaleur naquit au creux de son ventre. Il se surprit à éprouver un sentiment de satisfaction. Il jeta un coup d'œil à Kaito, puis à Sachi et enfin Shobei. Les deux premiers avaient repris leur joute verbale sous l'œil impassible du troisième. Il leva une main et se frotta la tempe du bout des doigts. D'ordinaire, une fois que les nouvelles recrues devenaient des membres à part entière, ils allaient et venaient d'une équipe à l'autre afin de ne pas créer de lien handicapant – ç'avait du moins été la procédure de Shiba et de ses prédécesseurs – mais cette fois, c'était différent. Il allait accomplir des missions, se battre, survivre avec les mêmes personnes pour une période indéterminée. Les prendre en grippe dès le début ne l'avancerait à rien.

Il inspira profondément. Il y avait longtemps que les mots confiance et amitié avaient perdu leur sens pour lui ; ce serait tout sauf facile. A côté de lui, Kaito finit par hausser les épaules et arrêta de bougonner contre Sachi. Cette dernière sourit et tendit son poing. Kakashi lui jeta un coup d'œil perplexe. Kaito ricana et Shobei resta immobile. Sachi les dévisagea à tour de rôle l'air de se demander ce qu'ils attendaient puis, quand elle comprit qu'ils ne bougeraient pas, une expression de dépit apparut sur son visage.

- Putain, grogna-t-elle en se prenant la tête à deux mains. Vous faîtes une sacrée bande de coincés. Bon, c'est pas grave ! On va se serrer la main. C'est plus viril !

Et elle tendit la sienne à Shobei. Le Hyuuga haussa les épaules en soupirant et serra brièvement la main tendue. Il adressa ensuite un regard à la fois désolé et blasé à Kaito et lui tendit la main. Sachi fit de même avec Kakashi. Le garçon échangea un regard avec Kaito. Sans trop savoir pourquoi, il lui tendit sa main au lieu de serrer celle de Sachi. Il le vit se raidir de surprise et le fixer comme s'il avait soudain été atteint d'une maladie mentale. Sa main trembla. Ç'avait été instinctif, quelque chose en lui lui avait dit que c'était la bonne chose à faire. Il s'écoula quelques secondes au cours desquelles il eut très peur mais quand Kaito releva finalement son masque et répondit à son geste avec un mince sourire, il sut qu'il avait eu raison.

- Eh, oh, fit alors la voix offensée de Sachi.

Kakashi se retourna vers elle et réalisa qu'elle attendait toujours qu'il lui serre la main. Il obtempéra en se retenant de pouffer de rire tandis que Kaito faisait de même avec Shobei.

- Excellent ! cria Sachi quand ce fut fini. Excellent, excellent, les amis ! Rappelez-vous, on donne l'exemple. Je compte sur vous pour ne pas me faire honte !

Il y eut un ricanement étouffé du côté de Kaito et Shobei lui-même eut une esquisse de sourire amusé. Kakashi lui rabaissa son masque avant de s'autoriser à sourire. Il ne s'expliquait pas comment mais la bonne humeur de Sachi était contagieuse, lui faisait un peu oublier ses idées tristes. C'étaient des émotions nouvelles mais joyeuses, des émotions qui ne faisaient pas mal. Ça paraissait presque irréel. Etait-ce le signe qu'il pouvait se remettre à marcher sans craindre de tomber de nouveau ? Peut-être. Il soupira encore.

Ouais… peut-être.

oOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Six mois plus tard…

Et merde, c'est pas vrai ! Je suis en retard !

Kakashi courait à perdre haleine à travers Konoha dans l'ombre rougeoyante du matin, bondissant à travers toits, glissant le long des fils électriques avec aisance, chaque fois un peu plus vite. Arrivé près du quartier de l'académie, il s'arrêta une fraction de seconde au sommet d'un poteau et rebondit en direction du quartier général des ANBU plus rapide que le vent. Il avait du mal à y croire : lui, Hatake Kakashi, ANBU réputé pour sa ponctualité et sa droiture et adepte pendant tellement longtemps du respect des règles, il était en retard. Tout ça à cause d'une bonne femme qui, le voyant courir à toutes jambes à l'aube, avait, pour une raison obscure, semblé croire qu'il avait besoin de se confier à quelqu'un et lui avait tenu la jambe une bonne demi heure à propos des adolescents perturbés qui rejetaient toute forme d'autorité afin d'être plus en phase avec leur conscience et prouver leur existence ou quelque chose du genre. Dieu savait quelles autres inepties elle avait pu sortir en trente minutes, il avait perdu le fil au bout d'un moment, bien plus préoccupé par le temps qui passait. Il voyait d'ici la mine ironique de Sachi et entendait déjà les commentaires sarcastiques de Kaito. Il faudrait qu'il trouve une autre excuse au cours des… dix secondes qui lui restaient avant qu'il ne les rejoigne. Il accéléra encore l'allure. Allez, encore quatre cents mètres et il y était. Plus que trois, plus que d…

- YO KAKASHI !!!

Le garçon tourna la tête vers la droite… et se jeta sur le côté. Une espèce de bolide vert passa en trombe juste à côté de lui et alla littéralement s'encastrer dans le mur du magasin voisin. Il y eut un grand BAOUM ! suivi de chutes de gravas et un nuage de poussière blanche s'éleva pour se propager dans la rue. Stupéfait et tout de même un peu choqué de penser que quelqu'un avait ressenti un enthousiasme suffisant pour lui sauter dessus comme ça et aller s'écraser dans un mur – ce qui n'était pas sans lui rappeler une certaine ninja rousse - Kakashi se releva lentement et s'approcha à pas prudents du trou béant. Il ne vit tout d'abord rien puis il lui sembla distinguer une vague silhouette noire qui se relevait en titubant. Méfiant, il recula et plongea sa main dans sa sacoche, prêt à riposter. Apparemment, cette personne le connaissait et elle le connaissait même suffisamment pour l'avoir reconnu alors qu'il portait son masque d'ANBU et pour vouloir lui sauter dessus à plus de 70 km/h. Il chercha rapidement dans sa mémoire à qui pourrait correspondre un tel signalement mais Sachi exceptée – et pour l'instant, elle n'avait jamais réitéré l'épisode de la taverne – il ne voyait vraiment pas. Il s'écoula de longues secondes, seulement rompues par les protestations des habitants mécontents de se faire réveiller à 6h du matin, assez angoissantes. La silhouette se rapprochait, les doigts de Kakashi se refermèrent sur un kunaï. Et soudain…

- AH AH AH !!! C'était bien évité mon cher rival !! Je n'en attendais pas moins de toi ! Aussi svelte et agile que le tigre !! Tu es l'incarnation même de la flamme de la jeunesse !!

Le cerveau de Kakashi marqua une pause. Incarnation de la flamme de la jeunesse ? Rival ? Quel rival ? Il n'avait pas de rival. Bon sang, sur quel cinglé était-il encore tombé ? Il les attirait ou quoi ? Et pourquoi maintenant alors qu'il était déjà en retard ? Le propriétaire de la voix émergea alors à la lumière du jour et Kakashi dut lutter pour empêcher sa mâchoire de se fracasser par terre sous le coup de l'incrédulité. Qu'est-ce que c'était que cet hurluberlu ? Devant lui se tenait un garçon d'à peu près son âge, avec une coupe de cheveux totalement ringarde et de gros yeux ronds surmontés des sourcils les plus monstrueux qu'il ait jamais vus. Il était vêtu d'une espèce de collants verts et portait son bandeau autour de la taille. A la fin de sa phrase, il leva son pouce et fit un clin d'œil à Kakashi, accompagné d'un sourire de type « Eblouissant +++ » qui lui fit presque mal aux yeux. Le garçon garda la pause une bonne minute puis, devant le manque total de réaction de Kakashi, son sourire se fana un peu… pour resurgir encore plus grand, si toutefois la chose était possible, à peine une seconde plus tard.

- Je vois que tu es stupéfait de ma vitesse ! s'exclama-t-il, radieux, en pointant son doigt vers Kakashi. J'ai travaillé très dur, tu sais. Tu vois, il n'y a rien de mieux qu'un rival dans la vie d'un ninja ! Rien de tel pour donner la détermination nécessaire aux progrès !! Tu es mon Grand Rival, Kakashi, mais sache que désormais, je me rapproche de toi !! AHAHAH !! Prends garde, Kakashi, prends garde !

Par tous les dieux, c'est qui ce type ?

- D'ailleurs, je te défie !! déclara le garçon en beuglant cette fois si fort que Kakashi grimaça – sans toutefois aller jusqu'à se frotter l'oreille, question de dignité. Un cent mètres pour notre premier affrontement, jusqu'à la place là-bas. Alors, qu'en dis-tu, hein, hein, hein ??

Légèrement assommé par ce flot de paroles débité à un volume qui n'aurait pas dû être autorisé à un tel moment de la journée et toujours incapable de se rappeler le nom du gamin bruyant, Kakashi se passa la main devant les yeux. Il hésitait personnellement entre deux options. La première, ignorer totalement cet illuminé vert, rejoindre ses équipiers et limiter ainsi son temps de retard à trois minutes et quarante-six secondes environ. Par là même, il éviterait également ce qui ressemblait fort à un début de migraine. La deuxième, s'enquérir de l'identité de son agresseur, quitte à le vexer - car il ne semblait faire aucun doute dans l'esprit de ce dernier qu'ils étaient de proches connaissances – et agir en conséquences. Mais dans ce cas, impossible de déterminer combien de temps cela lui prendrait. Il lança un regard dans la direction indiquée par le garçon, puis le dévisagea. Son visage était animé d'un enthousiasme tel que Kakashi en avait rarement vu, et jamais sur les traits d'un shinobi. Ce type était vraiment siphonné.

Raison de plus pour s'en tenir éloigné, songea-t-il finalement. Il avait d'autres chats à fouetter qu'un excentrique en collants verts, dont, dans l'immédiat, une fierté à protéger en limitant au maximum son retard. Il créa discrètement un clone d'ombre qu'il envoya faire la course tandis que lui-même filait en sens inverse rejoindre son équipe. Le garçon vert tomba complètement dans le panneau et poussant un cri de joie, il se lança à la poursuite du clone. Tout en courant, Kakashi secoua la tête. L'espace d'une seconde, peut-être moins, il pensa qu'il avait tout de même été un peu grossier mais il écarta rapidement cette pensée. Il était ANBU, il était en retard et il y avait plus urgent à faire que relever des défis stupides – qu'il aurait de toutes façons gagnés.

Lorsqu'il arriva finalement au lieu de rendez-vous, ses trois équipiers l'attendaient. Shobei debout et aussi immobile et droit qu'une statue, comme à son habitude, Kaito assis en tailleur par terre, le visage appuyé sur une main, et Sachi qui faisait furieusement les cent pas. A peine fût-il en vue qu'elle se rua vers lui et l'attrapa par le col.

- T'es à la bourre, grinça-t-elle avec une lueur inquiétante dans le regard. J'avais pourtant dit hier que la mission d'aujourd'hui était importante. Excuse ! ordonna-t-elle d'un ton sans réplique.

Kakashi déglutit. Elle pouvait être effrayante quand elle était en colère, il faudrait qu'il s'en souvienne s'il voulait éviter des ennuis à l'avenir. Mais d'un autre côté, il y avait quelque chose de gratifiant et de hautement satisfaisant à savoir qu'il était la source de son énervement.

- Une femme m'a vu courir sur les toits et m'a fait la morale sur les jeunes en rébellion contre l'autorité, expliqua-t-il posément en se dégageant de la prise de son capitaine. Et ensuite, j'ai été défié par un fou en collants verts.

Il y eut un moment de silence. Kaito et Sachi échangèrent un regard et pouffèrent de rire dans un même mouvement. Fidèle à lui-même, Shobei resta impassible.

- Elle pue ton excuse, ricana Sachi dont la colère semblait avoir totalement disparu.

- Si tu as eu une panne de réveil, tu peux le dire, hein ? ajouta Kaito.

- Mais c'est la vérité, répliqua Kakashi, contrarié qu'on ne le prenne pas au sérieux.

- Allez, avoue, insista Sachi. T'as eu du mal à te dépêtrer des cuisses d'une fille ?

Le garçon manqua de s'étrangler. En retard à cause d'une fille ? Et puis quoi encore ? Et qu'est-ce que c'était que ces questions stupides ? Il ouvrit la bouche pour riposter vivement quand il se rappela à quel point argumenter avec Kaito et Sachi était vain. Au cours des six derniers mois passés à entendre ces deux derniers se chamailler presque continuellement, il en était venu à la conclusion que pour engager un débat avec eux, il fallait être, soit particulièrement en forme, soit psychologiquement atteint, soit intimement persuadé que la thèse défendue en valait la peine. A l'heure actuelle, il ne répondait à aucune de ces trois conditions. La prochaine fois qu'il arriverait en retard – ce qui en théorie n'arriverait jamais mais qui sait ? Juste pour voir la mine furibonde de sa supérieure hiérarchique – il inventerait une excuse plus crédible… enfin qui sonne plus crédible. Il n'arrivait pas à croire qu'il en vînt à penser cela. Ces deux rigolos avaient une mauvaise influence sur lui, il se relâchait. Avec Okara, ou même avec Arashi-sensei, mais avec lui les choses étaient différentes, l'idée d'arriver en retard volontairement pour énerver son capitaine ne lui serait jamais venue à l'esprit. Il n'arriverait plus en retard, c'était un événement isolé et indépendant de sa volonté. Il ferait attention désormais et partirait encore plus en avance. Il soupira et se tourna vers Sachi.

- L'ordre de mission, capitaine ? demanda-t-il.

Il savait que l'une des seules choses capables de rendre son sérieux à Sachi était de se comporter en subordonné obéissant. Elle rendossait immédiatement le rôle du capitaine qui contrôle la situation, ne rit pas du retard de ses hommes et les rappelle à l'ordre et mettait de côté la jeune fille bondissante, souriante et bavarde. Il s'était plusieurs fois demandé ce qu'elle pouvait bien faire dans l'ANBU. Une personnalité pareille aurait davantage eu sa place auprès de Genins ou d'enfants à l'académie, mais après réflexion, il s'était dit que ce n'était peut-être pas si mal ainsi. L'ANBU avait besoin de gens lumineux comme elle pour continuer à exister et il y avait fort à parier qu'Okara l'avait compris aussi.

Il était inutile de le nier : depuis qu'il était dans son équipe, Kakashi se sentait mieux. Réellement mieux. La vie avait repris des couleurs et la douleur d'avoir perdu Isane, Rin et Obito s'était un peu apaisée. Il se sentait plus léger, comme si… les choses étaient devenues plus simples. Il se surprenait à sourire aux blagues stupides de Kaito et Sachi, voire à rire parfois. Les moments qu'il passait avec eux, après la mission, simplement à les écouter parler de tout et de n'importe quoi lui laissaient une agréable sensation de… d'appartenance. Il n'avait jamais fait partie de l'équipe Okara, pas vraiment ; peut-être parce qu'il avait été le nouveau et considéré comme tel jusqu'à la fin. Avec Sachi, Kaito et Shobeï, c'était différent. Il y avait plus d'interactions et aussi… une sorte d'équilibre. Sachi était aussi exubérante que Shobei était silencieux et si Kakashi était profondément agacé par l'une, il se retrouvait dans l'autre. Quant à Kaito, justement parce qu'il était capable d'endosser le rôle de Sachi et de Shobei, il était le lien entre les trois autres et l'élément de familiarité nécessaire à Kakashi pour qu'il se sente en terrain allié. Là encore, Kakashi ignorait si Okara avait vu les choses sous cet angle - probable que oui – mais si tel était le cas, il devait reconnaître qu'il les avait bien faites.

Face à lui, Sachi se redressa et se racla la gorge. Kaito se leva et Shobei se rapprocha. La jeune capitaine sortit un papier de sa poche.

- Assassinat aujourd'hui, les filles, annonça-t-elle. Un chef de gang qui a pris la tête d'un village et y sème la terreur. Vols, meurtres, viols et j'en passe.

- Une ou plusieurs cibles ? demanda Shobeï.

- Sur le papier, une seule. En pratique, certainement beaucoup plus. Cet enculé a une garde rapprochée assez importante visiblement.

Kakashi et les deux autres hochèrent la tête. Dangereux mais rien de très original. En fait, depuis la nomination d'Arashi au poste d'Hokage, Konoha prenait soin à ne pas attirer l'attention sur elle par des opérations trop voyantes tout en continuant d'accepter des missions pour donner le change. Pour l'ANBU, rien n'avait vraiment changé mais le rythme des missions s'était nettement ralenti. Beaucoup d'hommes étaient morts pendant la guerre, il fallait reconstituer les effectifs et épargner les survivants. Sachi les dévisagea les uns après les autres.

- Vous êtes prêts ? Ils hochèrent la tête. Alors c'est par…

- Attendez !

Le groupe se retourna. Un autre ANBU courait vers eux.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Sachi.

L'autre inspira plusieurs fois avant de parler. Manifestement, il courait depuis un moment.

- Ordre du commandant Okara, haleta-t-il. Hatake Kakashi doit le rejoindre dans dix minutes dans son bureau.

- Quoi ?

Les trois équipiers de Kakashi se retournèrent vers lui. Agacé, le garçon haussa les épaules pour leur signifier son ignorance. Il ignorait la raison de cette soudaine convocation et la nouvelle ne l'enchantait pas particulièrement. Il n'avait revu son ancien capitaine qu'épisodiquement au cours des six derniers mois mais ne lui avait plus parlé directement. Si on le lui avait dit après la nomination d'Arashi comme Yondaime, il n'aurait rien répondu, aurait fait comme si la nouvelle l'indifférait mais aurait malgré tout ressenti une pointe de frustration et quelque chose ressemblant fort à du regret. Aujourd'hui, c'était différent. Ne pas voir Okara pendant plusieurs mois s'était révélé tout à fait supportable et même plutôt satisfaisant. Quelque part, il répugnait un peu à ce que cette situation cesse. Sachi le tira de ses pensées en s'adressant à l'ANBU messager.

- Et notre mission ? On peut pas y aller à trois, c'est contraire à la procédure.

- C'est pour ça que je suis ici, répondit l'autre en croisant les bras. Je le remplace. Je suis Neko.

- Ah.

Kakashi haussa un sourcil, un peu étonné du manque d'enthousiasme qu'il percevait dans la voix de sa capitaine. Il s'apprêtait à ouvrir la bouche pour demander ce qu'elle attendait pour donner le signal du départ quand il réalisa soudain que son clone venait de disparaître. Sa connaissance s'ajoutant à la sienne, il comprit aussi avec horreur que le fou en collants verts se dirigeait droit vers eux. Peu désireux d'affronter à nouveau cet original, Kakashi proposa à ses équipiers de la manière la plus sobre et digne possible de se dépêcher de partir mais il n'avait pas achevé sa phrase que le garçon déboulait déjà sur la petite place. Il se rua vers Kakashi et fit une petite pirouette totalement ridicule avant de s'arrêter dans un déhanché du plus mauvais effet.

- Bien essayé, cher rival !! s'écria-t-il avec un grand sourire tandis que Sachi et Kaito ouvraient de grands yeux incrédules, que Shobeï et l'autre ANBU soulevaient leur masque comme pour se persuader qu'ils ne rêvaient pas. Ton clone était rapide, je le reconnais, mais sache que je l'ai devancé d'une demi seconde !! Ahaha !! Qu'est-ce que tu dis de ça, hein ? Avoue le, tu es impressionné par mes talents de sprinter !!

Et il prit la pose en levant de nouveau son pouce, le tout accompagné d'un autre clin d'œil + sourire éclatant en prime. Atterré, Kakashi le gratifia d'un regard vide. Qu'est-ce qui n'allait pas chez ce type ? Pourquoi diable s'acharnait-il à dire qu'ils étaient des rivaux ? Et qu'est-ce que c'était que ces effets de mise en scène tous plus débiles les uns que les autres ?

- T'étais sérieux alors… murmura Kaito qui ne semblait pas en revenir.

- Evidemment.

- Et c'est qui ?

Le garçon se redressa, mains sur les hanches, et bomba le torse.

- Vas-y, présente-nous, Kakashi !! s'écria-t-il. Tes équipiers meurent d'envie de connaître ton rival de toujours ! Comme je les comprends. Mais rassurez-vous : dans très peu de temps, vous verrez, ma réputation ne sera déjà plus à faire !!

Kakashi réprima à grand-peine un sourire ironique.

- Je ne te connais pas, déclara-t-il posément.

Le garçon en collants verts se dégonfla littéralement à la manière qu'un ballon de baudruche percé. Il poussa un grand cri déchirant qui exprimait sans doute le désespoir ou le dépit tandis que, Dieu sait par quel miracle, le monde était plongé dans le noir. Un projecteur apparut et braqua sa lumière bleutée sur le garçon.

- Kakashiiiii, s'écria-t-il en plaquant ses mains sur ses tempes. Tu es cruel !!! Je suis Gaï !! Maito Gaï !! ajouta-t-il d'un ton presque désespéré.

Kakashi cilla. Gaï… Gaï… Non, vraiment, il ne voyait pas.

- Je me souviens du jour de notre rencontre comme si c'était hier, insista le dénommé Gaï avec les yeux brillants d'émotion. J'ai su que nous étions destinés à être des rivaux à la seconde où j'ai croisé ton regard à la fois fier et lointain. Je me rappelle… Son regard se fit rêveur. Tu sortais de l'hôpital alors que moi, j'y entrais. On s'est bousculés. Ah, ce fut l'un des moments les plus forts de toute ma vie ! Son ton se fit adorateur. Tu m'as regardé dans les yeux et tu m'as dit…

Suspens. Kakashi se sentit malgré lui curieux.

- … « Bouge de là ».

Silence. Une petite goutte de sueur apparut sur la tempe de Kakashi. Ce type le considérait comme son rival simplement parce qu'il lui avait dit « Bouge de là » ? Il était vrai que jusqu'à récemment, il avait eu un ego plus que disproportionné et qu'on aurait difficilement pu bien le prendre mais de là à l'idolâtrer comme ça… En tous les cas, pas étonnant qu'il ne l'ait pas reconnu. Triste constat que celui-ci mais Gaï n'était pas la seule personne, et de loin, à qui il avait aboyé des phrases de ce type.

- Je savais pas que t'avais des fans, lui murmura Kaito et au ton de sa voix, Kakashi savait qu'il se retenait avec peine de rire.

- La ferme, lui répliqua-t-il, pas vraiment flatté.

- … ton méprisant et en même temps tellement cool. Des larmes coulèrent à flots sur les joues de Gaï. Tu dégageais un charisme et une classe incroyable. Mais j'ai tout de suite riposté ! J'ai dit « Je t'interdis de me parler sur ce ton ! Je suis Maito Gaï et un jour, je serai le meilleur ninja de taïjutsu du village et je te ferai mordre la poussière ».

Kakashi ne put s'empêcher de sourire, amusé. Ce n'était définitivement pas étonnant qu'il ne se soit pas rappelé de Gaï. Toute une attitude que celle du ninja outil supérieur et méprisant, un rôle où il avait visiblement excellé pendant plus de cinq ans. Cette pensée le fit frémir. La voix hurlante de Gaï le tira hors de ses pensées.

- Mais aujourd'hui, c'est du passé !! brailla-t-il, le poing serré, avec des flammes dans les yeux. Je ne suis plus le petit étudiant qui ne t'arrivait pas à la cheville ! Il pointa le doigt vers Kakashi. Je suis Maito Gaï, le Chunnin le plus rapide qui soit et désormais, je porterai le nom de Fauve de Jade de Konoha !!!

Cling ! Nouveau sourire étincelant et pouce levé.

Silence.

Gros Silence.

ENORME SILENCE.

Et Kaito éclata de rire, vite imité par Sachi. Shobei ne dit rien mais l'autre ANBU se mit à tousser et se détourna, les épaules secouées par un rire silencieux. Ce fut l'électrochoc nécessaire à Kakashi pour le sortir de son état pour le moins léthargique. Tant de ridicule… ça ne frôlait plus la démesure, c'était la démesure même ! Le pire dans l'histoire, c'est que Gaï était on ne peut plus sérieux.

Le Fauve de Jade de Konoha… Où diable est-il allé chercher un truc pareil ?

- Tu es muet d'admiration, hein Kakashi !! Hé hé hé ! Il va falloir t'y faire ! Désormais, je suis tout près de toi, tout ANBU que tu sois ! Plus rapide que l'hirondelle, plus souple que le guépard, plus fort que le buffle, c'est moi !!! Maito Gaï, le Fauve de Jade de Konoha ! Tremblez, ennemis, tremblez !!

Ooook…

Cette fois, Kakashi considéra qu'il en avait assez entendu pour la journée. La bêtise avait ses limites, tout comme sa patience. Il échangea un regard avec ses équipiers qui, bien que toujours hilares, comprirent le message. Sachi lui fit un signe rapide de la main, leva le bras et la seconde d'après, ses équipiers avaient disparu.

- Ohoo ! s'écria Gaï. Quelle vitesse !! Je ne les ai même pas vus partir. Kakashi, savoir que tu fais partie de ce groupe d'élite me remplit de fierté ! Mais je t'ai quand même battu ! ça fait 1 - 0 pour moi, ahahahah !!!

Kakashi ne jugea même pas utile de répondre. Grand bien lui fasse de comptabiliser ce genre de victoires ridicules. Si ça lui faisait plaisir d'avoir gagné contre un clone ne contenant que 20 de sa force réelle…

- Bon, maintenant, je te laisse, Kakashi !! Je vais escalader trente fois le mont Hokage avec un bras attaché dans le dos ! A plus tard !!

Et il démarra en flèche, ne laissant dans son sillage qu'un nuage de poussière. Kakashi cligna des yeux, partagé entre le soulagement et la perplexité. Curieux personnage. Fou mais intrigant. Quoi qu'il en soit, finit-il par penser en secouant la tête, il avait plus urgent à faire que de se préoccuper de ce Maito Gaï, aussi… hem… original fût-il. Et sans plus penser au jeune fou à gros sourcils, il se dirigea vers le QG des ANBU pour y retrouver Okara.

oOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Deux heures plus tard, le jeune ANBU posait un regard à la fois détaché et déconcerté sur les personnes réunies autour de la grande table en bois qui trônait au centre de la pièce. Quand il s'était rendu au bureau d'Okara, il ne s'était certainement pas attendu à cela. Il ne comprenait pas très bien pourquoi son commandant avait tenu à ce qu'il soit là : à priori, une réunion du conseil rassemblait les personnes les plus éminentes du village et non des ennemis potentiels et même si la présence d'Orochimaru et de Danzou faisaient légèrement pencher la balance dans l'autre sens, Okara et les autres étaient suffisamment puissants pour ne pas avoir besoin de lui. Son commandant s'était borné à lui dire qu'il voulait un homme de confiance près de lui pendant la séance et que cela pourrait se révéler instructif quant à la façon dont on faisait la politique à Konoha. Le ton sarcastique avait étonné Kakashi.

Debout contre le mur derrière son chef, il observa les participants sans savoir ce qu'il devait en penser. Arashi était assis en bout de table comme il se devait pour l'Hokage. A sa droite immédiate siégeait Koharu, à sa gauche, le Sandaime. A côté de ce dernier se trouvait Orochimaru paré de son éternel sourire de prédateur, qui semblait se réjouir d'avance du spectacle. Kakashi croisa son regard pendant une fraction de seconde tout au plus mais cela suffit à le faire frissonner des pieds à la tête. Un frisson qui, aussi bref fût-il, lui brûla la peau et lui retourna les entrailles à la manière d'une tunique qu'on aurait lavée. Il déglutit, une violente nausée lui montant à la gorge. Cet homme… cette aura… Cette sensation de force colossale… Comment pouvait-on rester stoïque, comment pouvait-on rester assis à côté de lui sans avoir envie de prendre la fuite ? Qu'est-ce qu'un tel homme faisait au conseil ?

Il se força à détourner les yeux et les posa sur Jiraya, assis juste à la gauche d'Orochimaru. Jiraya apparemment occupé à prendre des notes. Kakashi ressentit un bref sentiment de curiosité qui, plus que toute autre chose, contribua à le détendre et à éloigner de lui cette effroyable sensation d'impuissance que le Sannin brun avait éveillée en lui. A partir de là, ce fut plus aisé. Sa respiration retrouva son rythme normal et ses yeux continuèrent leur route. Okara était à côté de Koharu. Son masque était posé sur la table près de sa main gauche. Sa main droite elle était posée sur sa cuisse, à proximité de sa poche d'armes. Kakashi ne voyait que son dos mais aux commentaires acerbes d'Okara lorsqu'il lui avait expliqué le pourquoi de sa convocation, son expression devait être plutôt contrariée. A sa droite était assis Danzou qui, bras croisés, ne lâchait pas l'Hokage des yeux. Homura occupait l'autre bout de table et jouait machinalement avec un crayon.

Le regard perçant de Kakashi se reposa sur son ancien sensei. Il avait fière allure, c'était incontestable. Il n'était pas le plus grand de la pièce mais il dégageait énormément de charisme et de force. Son visage lisse était sérieux, son regard bleu direct. Kakashi sentit une vague d'admiration et de respect l'envahir. Quoi qu'il puisse se passer, et quoi qu'il se soit passé, cet homme resterait son idole jusqu'à la fin de ses jours. Il avait eu l'air surpris en le voyant entrer avec Okara. L'espace d'une fraction de seconde, Kakashi avait également cru voir de la peine ou de la désapprobation dans son regard mais cette sensation avait rapidement disparu quand son ancien sensei lui avait adressé un bref sourire. Curieusement, ce sourire lui avait laissé une impression étrange. Comme si… comme si un ressort avait cassé dans sa poitrine. Comme s'il avait signifié la fin d'une époque pourtant révolue depuis longtemps…

Un grattement de gorge le tira de ses pensées. Tout le monde s'était assis, le Yondaime en revanche s'était levé. Kakashi se redressa et concentra toute son attention sur ce qui allait être dit.

- Merci à tous de vous être déplacés, commença l'Hokage en inclinant légèrement la tête et en prenant soin de donner à sa voix une inflexion respectueuse.

Il se redressa et promena un regard déterminé et direct sur les membres du conseil. Kakashi le vit s'attarder une seconde dans les yeux jaunes d'Orochimaru, deux dans ceux de Danzou mais fut un peu étonné de voir qu'il évitait ceux d'Okara. Du coup de l'œil, il capta aussi les sourires approbateurs du Sandaime et de Jiraya. Kakashi ne connaissait pas grand-chose à la diplomatie mais il était suffisamment intelligent pour comprendre l'importance du moindre mot prononcé, du moindre froncement de sourcils. Ici, les armes, la puissance ne comptaient pas. Il n'y avait que la voix et les gestes. Il avait hâte de voir comment l'Hokage allait se comporter.

- J'irai droit au but, dit le Yondaime avec gravité. Un ambassadeur d'Ame est venu aujourd'hui. Il était en piteux état et ce qu'il avait à nous dire est extrêmement sérieux. Il fit une pause pour s'assurer que chacun était parfaitement attentif. Le Bijuu à neuf queues s'est manifesté il y a maintenant deux jours en territoire allié et s'en est pris aux villages proches d'Ame.

- Quoi ?!

Kakashi eut l'impression d'avoir reçu un coup de poing en plein estomac. Ses yeux s'écarquillèrent derrière son masque et il eut toutes les peines du monde à rester immobile. Le Bijuu à neuf queues ?! Sa connaissance de ces créatures approchaient du niveau 2 mais il en savait suffisamment pour savoir qu'ils étaient neuf et que plus le nombre de queues était élevé, plus la créature était puissante. Ils avaient donc affaire au plus puissant des Bijuus, Kyuubi lui-même. Dieu seul savait ce qu'un monstre pareil pouvait faire ! Si le village d'Ame était attaqué, il serait rayé de la carte en quelques minutes. Le garçon fut soudain pris d'un vertige. Un murmure de terreur était passé autour de la table. Il vit Okara changer de position sur sa chaise. Le Sandaime et Jiraya se regardaient d'un air alarmé. Koharu avait plaqué sa main sur sa bouche et Homura s'agitait, visiblement très mal à l'aise. Derrière ses lunettes, ses pupilles brillaient d'un éclat intense comme pour se convaincre qu'il n'était pas en plein cauchemar. Un imperceptible sourire était cependant apparu sur les lèvres d'Orochimaru. Il se demanda si Okara et le Yondaime l'avait vu. Seul Danzou restait impassible tout en se frottant le menton, pensif. Pendant un long moment, chacun resta silencieux puis Homura prit la parole.

- Est-ce que… est-ce qu'Ame a une idée des pertes ? demanda-t-il avec peine. Humaines et matérielles, j'entends.

- Trois villages, répondit l'Hokage. Tous détruits. Environ mille morts en tout. Des civils pour la plupart.

Il crut que ses genoux allaient céder.

Mille morts ??

- Mille morts en deux jours, répéta Jiraya dans un souffle. Seigneur…

- Dans quelle direction va-t-il ? demanda le Sandaime.

- D'après l'envoyé, droit sur le village d'Ame. S'il garde une vitesse constante et qu'il ne fait pas de détour, il devrait y être dans une semaine maximum. C'est pour cette raison que je vous ai demandé de venir aujourd'hui : Ame a besoin d'aide. Il faut les secourir.

Un nouveau silence tomba. Kakashi regarda tour à tour les dirigeants. Les visages de Homura et Koharu s'étaient fermés. L'expression de Danzou était impénétrable, celles de Jiraya et du Sandaime hésitantes. Un sourire ironique se dessina sur les lèvres du jeune ANBU. Il comprenait mieux ce qu'Okara avait voulu dire par « instructif ». Effectivement… Le ricanement d'Orochimaru se fit entendre.

- Attends une seconde, fit le Sannin sans même prendre la peine de dissimuler son amusement. Tu veux quoi ?

Une vague de colère traversa l'esprit et le corps de Kakashi à la manière d'une rafale de vent. Il n'eut même pas le temps d'éprouver de la peur. Il vit les traits du Yondaime se durcir et lutta pour réprimer la brûlure dans sa poitrine. Orochimaru ne respectait pas les règles. Non content de voir son adversaire isolé, il enfonçait le clou en outrepassant sa propre position : il tutoyait l'Hokage, il riait à sa proposition, comme un adulte l'aurait fait avec un enfant. Le garçon éprouva une soudaine envie de lui arracher les yeux.

- Je veux aller les aider, vous avez bien entendu, répondit le Yondaime, en ignorant l'offense.

- Que de noblesse, persifla Orochimaru avec un sourire moqueur. Digne de l'Eclair Jaune de Konoha et de sa… réputation.

Kakashi ouvrit la bouche de stupéfaction. Comment osait-il… ? Il insultait ouvertement le maître du village. Il sentit ses entrailles se mettre à chauffer dangereusement. Orochimaru n'avait pas bonne réputation au sein de l'ANBU, ni même où que ce fût et si jusqu'à présent, Kakashi s'était contenté de suivre vaguement le mouvement, il ne l'en avait jamais détesté pour autant. Respecté, oui. Admiré dans un sens, c'était dur à admettre, mais oui. Craint, sans aucun doute. Mais jamais détesté. Il n'en avait jamais eu de réelle raison. Mais à cet instant précis, cette unique seconde au cours de laquelle il vit le mépris danser dans les yeux jaunes, il sut qu'il haïrait Orochimaru jusqu'à la fin de ses jours. On pouvait détester un homme, fût-il aussi parfait qu'Arashi, mais compte tenu de ce qu'il avait fait, de ce qu'il était, le mépriser était intolérable.

Il regarda son ancien sensei et eut soudain du mal à respirer. Le jeune homme s'était redressé de toute sa taille, une lueur glaciale dans ses yeux bleus. Kakashi frissonna en sentant le chakra de l'Hokage gonfler brusquement, emplir la pièce à la manière d'une gigantesque vague pour refluer tout aussi rapidement, lui coupant complètement le souffle. Il sentit la sueur couler long de son menton. Ça n'avait duré qu'une fraction de seconde à peine mais il se sentait aussi essoufflé qu'après une utilisation intensive du Sharingan… Le visage de l'Hokage était comme métamorphosé. Plus grand, plus fort, plus… beaucoup plus impressionnant. Plus de douceur, plus de bienveillance, juste une froide fureur. Autour de la table, aucun des membres n'avait bronché mais une nuance était apparue dans le silence. Kakashi comprit avec un sentiment grandissant d'admiration. Arashi était l'Hokage et le plus haut placé dans la hiérarchie de toutes les personnes présentes. C'était à lui de se défendre, de faire valoir son autorité et pour cela, il ne fallait pas qu'il s'énerve. Orochimaru jouait la carte de la provocation pour le faire sortir de ses gonds et ainsi le discréditer mais le Yondaime était bien trop intelligent pour tomber dans une chausse-trappe aussi grossière.

- Ne me manquez pas de respect, Orochimaru-sama, dit-il poliment mais avec fermeté. Je ne m'abaisserai pas à vous menacer mais sachez que je ne tolèrerai pas que vous vous adressiez à moi sur ce ton plus longtemps.

- Hokage-sama a raison, Orochimaru, intervint Jiraya en posant une main sur le bras de son ancien équipier. Tu vas trop loin.

Le shinobi brun repoussa la main avec un nouveau ricanement mais il ne dit rien de plus.

- Ame a besoin d'aide, reprit l'Hokage Si nous n'intervenons pas, elle va être rayée de la carte. Nous devons intervenir…

- C'est hors de question, coupa Koharu, se décidant enfin à réagir. Enfin Arashi ! Nous sommes au bord du gouffre et tu veux nous envoyer affronter un Bijuu ? Le plus puissant qui existe de surcroît ?

Kakashi secoua imperceptiblement la tête. Argument bien bancal que celui-ci. Ame n'était pas loin. Tôt ou tard, Kyuubi se tournerait vers eux.

- Kyuubi ne restera pas le problème d'Ame très longtemps, répliqua le Yondaime qui pensait visiblement la même chose. Quand il en sera venu à bout, il ravagera d'autres pays et combien de temps croyez-vous qu'il s'écoulera avant qu'il ne débarque à nos portes ?

- Nous devrions justement mettre ce temps à profit pour nous préparer au lieu de gaspiller nos ressources à aider un pays qui sera détruit de toutes façons !

Kakashi eut une mimique sarcastique. De mieux en mieux…

- Nos traités d'alliance nous oblige à une aide financière au minimum, intervint alors le commandant ANBU d'une voix totalement égale. Si nous ne tenons pas à nous mettre d'autres villages à dos, il est indispensable d'au moins garder la face.

Kakashi vit une lueur de reconnaissance passer dans les yeux de l'Hokage. A gauche d'Okara, Danzou leva sa main pour demander la parole. Il se crispa inconsciemment. Il n'allait certainement pas intervenir pour aider l'Hokage. Il n'était pas pour les interventions hors frontière, tout le monde à l'ANBU le savait. Lui non plus n'était guère aimé. Kakashi n'avait encore jamais rencontré de membre de la Racine mais il n'était pas pressé. Faire équipe avec des caricatures de ce qu'il avait été pendant des années ? Sans façon.

- Je suis d'accord avec Hokage-sama. Je pense que nous devrions intervenir.

Un silence, incrédule cette fois, suivit les paroles de l'ANBU. Kakashi cligna deux fois des yeux très vite. Ça devenait définitivement instructif. Jiraya en avait fait tomber le crayon qu'il tenait à la main. Orochimaru lui-même avait l'air pris au dépourvu. Que diable lui prenait-il ? Ce fut une fois de plus Homura qui rompit le silence.

- Explique-toi, Danzou.

L'homme se gratta la gorge avant de parler.

- Clarifions tout de suite les choses : l'intervention dont je parle n'aurait pas pour but d'aider Ame.

- Quoi ? Pourquoi d'autre ?

- Pour capturer le Bijuu bien entendu.

Cette fois, sa phrase fut suivie d'un brouhaha. Les membres du conseil se penchèrent les uns vers les autres, les uns pour protester, les autres pour approuver ou demander des éclaircissements au voisin. Pris de cours, Kakashi resta sans voix. Capturer Kyuubi… Rien que ça. L'homme ne tournait plus rond. Des humains ne pouvaient pas capturer un démon. Non seulement il était stupide de croire le contraire mais aussi plutôt égoïste : ce n'était certainement pas lui, Danzou avec son bras en moins et sa canne, qui allait se charger de la… tâche. Tel que c'était parti, Kakashi voyait déjà sur qui tout cela allait retomber. Cette perspective n'avait absolument rien de réjouissant…

- Développez, dit l'Hokage.

Kakashi ferma les yeux, de nouveau menacé par l'envie de ricaner. Quelle belle invention que le débat participatif. L'ANBU à la tête de la Racine sourit.

- Réfléchissez un peu. Songez à la puissance que nous apporterait un Bijuu comme Kyuubi. Ce serait une arme ultime ! La garantie contre de nouvelles guerres, personne ne pourrait nous vaincre. Et surtout, nous ne serions plus dépendants des alliances pour combattre.

Ah, d'accord...

- A condition d'arriver à contrôler le démon… fit remarquer Koharu.

Et encore…

- J'ai parlé avec les dirigeants de Suna, Chiyo-sama notamment, répondit Danzou. C'est compliqué et ça requiert beaucoup de puissance mais ce n'est pas impossible. Ils l'ont fait plusieurs fois et les Jinchuurikis ont été des réussites.

- Mais il s'agissait d'Ichibi et non de Kyuubi, intervint cette fois Homura. Le démon dont nous parlons est au bas mot dix fois plus puissant.

- Konoha ne manque pas de ninjas de qualité, répliqua Danzou en jetant un regard en coin à Okara qui n'eut aucune réaction.

Ben voyons…

On atteignait vraiment des sommets d'hypocrisie. C'était tellement énorme que c'en devenait réellement amusant. Des ninjas de qualité… Il n'avait pas été aussi poli quelques mois auparavant. Le pire était que ça allait marcher. La flatterie était une méthode aussi ancienne qu'efficace.

- Pardonnez-moi, intervint alors fermement le Yondaime, mais ce n'est pas de la capture de Kyuubi dont nous parlons. Il s'agit de l'aide que nous devons apporter à Ame. On nous appelle à l'aide, allons-nous les ignorer ? Ame nous a aidé à gagner la guerre. Nous nous devons de les aider.

- Sans parler de notre crédibilité auprès des autres villages, marmonna Jiraya. Ne pas répondre à un appel au secours pourrait faire penser que nous sommes faibles…

- Nous sommes faibles, répliqua Okara de façon incisive.

Kakashi eut un nouveau sourire. Il n'y avait vraiment que lui pour sortir des trucs pareils en plein conseil.

- Non, nous sommes forts, contra Danzou. Nous avons les moyens de réussir à capturer Kyuubi, je vous l'assure.

- Dans ce cas, nous avons aussi les moyens de défendre Ame, rebondit aussitôt Arashi.

- D'un strict point de vue humain, fit Homura, il est peut-être plus profitable de s'en prendre à Kyuubi que d'envoyer des renforts à Ame. Et au fond, le résultat sera le même, Arashi. Kyuubi neutralisé, Ame sera sauvée.

Bien entendu. Sauf que récolter les informations nécessaires et tout préparer prendrait plus d'une semaine. L'Hokage devait également l'avoir compris car le masque de sérénité glissa, laissant s'exprimer une colère plus brute.

- Nous ignorons tout de la manière dont il faut sceller un Bijuu ! s'exclama-il. Le temps d'en savoir plus grâce à Suna et de tout mettre en place, Ame aura déjà été détruite ! Nous n'avons pas le temps et je refuse de condamner un village allié simplement pour satisfaire les ambitions de certains !

Kakashi grimaça intérieurement. Il serait vraiment difficile, voire impossible, d'obtenir le moindre soutien après cela. Même lui pouvait le sentir. Arashi était Hokage, il avait un rang à tenir. Un sourire triomphant se dessina sur les lèvres d'Orochimaru. De son côté, Danzou s'était levé.

- Etes-vous en train de m'accuser d'agir dans mon propre intérêt, Hokage-sama ? demanda-t-il.

Malgré sa colère, Kakashi dut prendre sur lui. Si l'on oubliait le contexte, cette phrase valait vraiment son pesant de cacahuètes.

- Veuillez m'excuser, Danzou-sama, dit Arashi en s'inclinant légèrement. Tel n'était aucunement mon intention.

Il y eut un bref ricanement. Kakashi comprit avec un mélange d'étonnement et d'amusement qu'il provenait de la gorge d'Okara. Le sourire qui était apparu sur ses lèvres disparut cependant en voyant la tristesse se peindre un instant sur le visage de l'Hokage. Il se sentit honteux.

- Je vous l'avais dit, fit Orochimaru en s'examinant les ongles avec nonchalance. Trop jeune, trop inexpérimenté…

- Ça suffit, Orochimaru, s'écria Jiraya, visiblement impatienté.

- L'Hokage n'a pas eu une attitude correcte, nous sommes tous d'accord là-dessus, trancha le Sandaime pour calmer le jeu, mais ce n'est pas le problème le plus important. Nous devons décider si oui ou non, nous intervenons au pays de la Pluie. Qui est pour ?

Il jeta un coup d'œil circulaire sur la table. Kakashi retint son souffle. Le Sandaime venait de trouver une solution pour faire avancer le débat mais ça ne réglait qu'une partie de la question. Intervention, oui, c'était quasiment certain, mais pas selon les règles prévues par l'Hokage. Il avait perdu et il le savait. Personne ne bougea pendant quelques secondes puis Jiraya leva la main.

- Je suis également pour, déclara le Sandaime.

Koharu et Homura échangèrent un regard et d'un commun accord, levèrent leur main. Danzou suivit peu après.

- Avec les conditions que j'ai énoncées, précisa-t-il.

Bingo…

Orochimaru se signala à son tour.

- Si la proposition de Danzou-san est suivie, dit-il tout en souriant d'un air aimable en direction d'Arashi, je suis également favorable à une intervention.

Enfoiré…

Une fois de plus, il rappelait qu'il ne reconnaissait pas Arashi comme son supérieur et que ce n'était pas ses choix qu'il décidait de soutenir.

- S'il est avéré et prouvé - il insista sur ce mot - que la capture de Kyuubi peut aboutir, intervint finalement Okara, l'ANBU y prendra part.

Kakashi tressaillit. Avec lui, au moins, les choses étaient claires mais il ne parvenait pas à décider s'il fallait se réjouir d'une telle décision. D'après ce qu'il entendait, si véritablement on décidait de capturer Kyuubi – il ne voyait vraiment pas comment mais qu'importe dans l'immédiat – les ANBU seraient en première ligne. Il avait toutefois eu le bon goût d'émettre une clause de réserve et Kakashi savait qu'Okara n'était pas homme à oublier ce genre de choses, encore moins à laisser les autres – des politiciens qui plus est – le faire.

- Konoha interviendra donc, conclut le Yondaime et Kakashi remarqua que sa voix avait légèrement baissé d'intensité. Merci à vous. Danzou-sama, veuillez prendre contact avec Chiyo-sama de Suna et demandez le plus de précision possible concernant le scellement des Bijuus.

L'interpellé sourit doucement et s'inclina avant de quitter la salle. Okara se leva aussitôt de sa chaise et après un léger signe de tête en direction de l'Hokage, il sortit à son tour à grands pas rapides, comme s'il n'avait attendu que cela. Kakashi pensa une fraction de seconde à s'attarder pour parler avec son ancien maître mais il avait à peine formulé cette pensée que ses jambes l'entraînaient déjà hors de la pièce, sur les traces d'Okara. L'homme ralentit un peu l'allure pour qu'il puisse le rattraper et ils retournèrent au QG ANBU sans rien dire.

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Tout en marchant, Kakashi essayait de faire le point. Il ne réalisait pas bien ce qu'il venait de se passer. Une seule chose était sûre : six mois après avoir signé la paix avec Kiri, Konoha allait de nouveau s'engager dans une guerre contre un adversaire dont on ignorait pratiquement tout. Une guerre où les ANBU seraient la chair à canon des politiciens. Un goût amer lui monta à la bouche. Maintenant que la réunion était terminée, toute trace d'amusement avait disparu, il ne restait plus qu'une douloureuse certitude et un poids lourd dans la poitrine. Il grimaça intérieurement. Faire son devoir ne l'avait jamais dérangé jusqu'ici, alors pourquoi la perspective de mourir pour son village lui était-elle soudain aussi désagréable ?

- Il est parfois préférable de ne pas savoir pourquoi on se bat, n'est-ce pas ? lui demanda alors Okara.

Kakashi ne fut qu'à moitié étonné que son commandant ait deviné ce à quoi il pensait. Il ne répondit pas. Okara n'en avait pas besoin pour le comprendre, ç'avait toujours été un peu comme ça. Au départ, ça l'avait vraiment contrarié, mais aujourd'hui il n'éprouvait plus qu'une sereine indifférence. Ce n'était pas comme si le secret de son âme était détenu par un homme extravagant qui allait tout balancer une fois un peu saoul ou par un olibrius cinglé comme ce Gaï. Kakashi faisait confiance à son commandant. A vrai dire, il éprouvait un curieux réconfort à savoir qu'au moment d'affronter Kyuubi, Okara serait là, devant lui, à lui montrer la voie. C'était peut-être cela qui l'empêchait de céder à la peur. C'était également cela, il le savait, qui le pousserait à combattre le jour venu. Pour lui, pour ce qu'il représentait.

- Et après ils se demandent pourquoi je n'ai pas voulu devenir commandant, marmonna alors Okara si bas que Kakashi l'entendit à peine.

Le cœur du garçon battit deux fois de suite très vite lui faisant presque mal. Pour un auditeur étranger, la remarque aurait pu paraître anodine ; tout au plus aurait-elle surpris par son caractère révélateur mais ce ne fut pas l'information en elle-même qui alarma Kakashi. Okara ne parlait jamais tout seul, encore moins de ses sentiments. S'il avait fait cette remarque à voix haute, c'était uniquement pour que Kakashi l'entende et ça n'avait absolument rien de rassurant. Il savait ce que cela signifiait lorsque les hommes commençaient à verser dans le sentimentalisme. Il s'arrêta. Okara dut s'en rendre compte et éprouver à ce sujet une perplexité suffisante car il s'arrêta et se retourna. Les deux shinobis se dévisagèrent longuement, sans rien dire, sans bouger et Kakashi réalisa tout à coup que quelque chose avait changé. Non pas leur attitude à chacun mais la façon dont ils se percevaient. C'était comme si, pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, ils étaient parvenus à trouver le ton juste pour se parler.

- Bats-toi pour Konoha, Kakashi, finit par dire Okara. Pour Konoha et pour personne d'autre, tu entends ?

Curieusement, Kakashi eut la même sensation que si on lui avait demandé de respirer par les pieds.

- Je ne peux pas… s'entendit-il murmurer. Pas après…

Il n'acheva pas sa phrase mais il vit qu'Okara avait compris. Le commandant eut un geste impatient.

- Imbécile, dit-il froidement. Le conseil ne représente pas Konoha et Konoha ne se limite pas à ses dirigeants. Lorsque l'on se retrouvera face au Bijuu, je veux que tu te battes pour protéger les habitants, pour sauver le village. Tu ne devras pas penser à la politique.

- Pourquoi ?

Là encore, il avait parlé presque sans le vouloir.

- Tout simplement parce que défendre de vieux hypocrites qui vous envoient au casse-pipe n'a jamais motivé qui que ce soit ! Voilà pourquoi.

Kakashi baissa les yeux. Le ton était volontairement dur mais les mots adoucissaient un peu l'ensemble. Il se demanda ce que son commandant essayait de lui dire. Okara ne gaspillait pas sa salive à des échanges d'avis avec ses hommes. S'il parlait, c'est qu'il avait un message à faire passer. Okara croisa les bras et le regarda longtemps sans rien dire comme s'il cherchait à l'évaluer.

- Laisse-moi te dire une chose, Kakashi, dit-il en brossant machinalement son manteau. La plupart des officiers sont fiers de voir que leurs hommes les aiment et se battent pour eux. Il fit une légère pause et se redressa. Il se trouve que ce n'est pas mon cas. Je me fous complètement de ce que tu peux penser de moi.

Kakashi écarquilla légèrement les yeux derrière son masque. Il eut tout à coup un peu de mal à respirer. S'il avait détesté Okara comme ç'avait été le cas au début, ça n'aurait pas posé de problème. Le souci, c'était que justement les choses avaient changé. La complicité qu'il avait éprouvée au début de leur discussion s'évanouit brusquement. Okara eut un geste dramatique.

- Eh oui. Les hommes déçoivent. Et surtout, ils meurent. Les idées, elles, ne font rien de tout cela. Voilà pourquoi se battre pour une personne, surtout son chef, est totalement stupide.

Kakashi se sentit un peu bête. Il n'avait jamais vu les choses sous cet angle. Mais plus que tout, il eut peur de ce que cela pouvait signifier. Okara était-il en train de dire qu'il allait mourir ?

- En plus, choisir son commandant ANBU… Okara secoua la tête comme s'il ne parvenait pas à y croire. S'il y a un homme qui risque de mourir au combat, c'est bien lui. Tu ferais mieux de parier sur l'Hokage, Kakashi…

Kakashi fronça les sourcils, troublé par ce ton sarcastique qu'Okara n'avait jamais eu avec lui jusqu'à présent. Pourquoi lui disait-il tout cela ? Pourquoi lui parlait-il de l'Hokage comme d'un modèle à suivre obligatoirement ? Les choses avaient changé là aussi. Il y a un an, il aurait été d'accord et aurait donné n'importe quoi pour retourner dans l'équipe 7 avec Arashi et Rin. Aujourd'hui, ce n'était plus le cas. Pour la première fois de sa vie, il regardait vers le futur avec ce qui ressemblait étrangement à de la sérénité. Il avait la sensation de s'être trouvé une place, enfin. Avec un supérieur qu'il admirait et des personnes auxquelles il aurait presque pu donner le titre d'amis. L'ANBU était devenu son monde. Il ne voulait pas que ça change.

- Tu veux survivre ? demanda encore Okara, un peu plus doucement. Alors donne t'en les moyens et évite de suivre des chemins qui ne te mèneront nulle part.

Le jeune ANBU accusa silencieusement le coup. Il se sentait désemparé et surtout, blessé. Pourquoi ? Pourquoi Okara ne voulait-il pas être cette personne ? Pourquoi refusait-il de voir qu'il était digne d'admiration ? Et pourquoi parlait-il comme s'il n'allait pas survivre à la guerre ? Ne pas vouloir de l'admiration de ses hommes était une chose. Ne plus vouloir vivre en était une autre et Kakashi refusait catégoriquement de croire que c'était là la raison du comportement d'Okara. Tout le monde avait besoin de lui, il était impossible qu'il fût aussi égoïste. Comme s'il avait senti sa détresse, le commandant eut un geste pour le toucher puis laissa tomber son bras. Ils restèrent silencieux un très long moment, seulement interrompus par le bruit lointain de la foule et des commerçants. Finalement, Okara secoua la tête et réajusta son masque.

- Maintenant que le quart d'heure émotion est terminé, dit-il de son habituel ton dur et sec, on va se remettre au travail si tu veux bien. On a perdu suffisamment de temps comme ça.

Et sur ces mots, il fit demi tour et se remit à marcher. Il ne se retourna plus. Kakashi lui emboîta le pas, le cœur très lourd. Ils ne se reparlèrent plus par la suite.

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Trois jours plus tard, Konoha envoyait ses premières troupes affronter Kyuubi. Pas beaucoup. Juste assez pour faire illusion auprès d'Ame, montrer qu'on avait bien reçu le message et qu'on avait décidé d'y répondre. Officieusement, c'était également pour gagner du temps car la question de l'extraction s'était avérée plus épineuse que prévue. La rencontre se fit aux alentours du lac de Kaigara, à une centaine de kilomètres d'Ame. On ne revit jamais ceux qui y avaient été envoyés.

Une semaine après, des marchands, des paysans et des villageois en fuite affluaient en nombre au pays du Feu avec de terribles nouvelles et d'effrayantes rumeurs. Ame avait été attaquée. Le village était en ruines, dévasté en quelques heures. Les ninjas étaient morts ou disparus, on ignorait où. Les civils avaient fui un peu partout. Quand ils avaient pu fuir, c'était évident. On racontait aussi que le monstre, Kyuubi, faisait plus de trente mètres de haut et qu'avec ses neufs queues, il pouvait créer des tempêtes et provoquer des raz de marée. On ne savait pas où il se trouvait à présent mais certains affirmèrent l'avoir vu se diriger vers l'est. C'est-à-dire vers le pays du Feu et donc vers Konoha. Malgré les efforts du conseil pour endiguer ces rumeurs, la panique se répandit dans le village comme une traînée de poudre. On ferma les commerces, on retira ses enfants de l'académie de ninjas. Certains parlèrent même de quitter Konoha pour fuir vers le sud. On endigua le phénomène comme on put.

Deux jours plus tard, Kyuubi était signalé à moins de trois jours de Konoha.


A suivre !