Chapitre deux

Chapitre deux

« Monsieur Fye n'était pas rentré. Il était tard, pourtant. Nous étions partis ce matin, avec Monsieur Shaolan et Mokona, a la recherche de la plume perdue ; Monsieur Fye et Monsieur Kurogané étaient restés a l'appartement. Monsieur Fye avait voulu venir avec nous, mais Monsieur Shaolan lui avait trouver l'air fatigué et lui avait conseillé de rester pour se reposer.

Nous étions rentrés bredouille, même si Mokona avait senti l'énergie de la plume dans un quartier éloigné de l'appartement que nous avions loué. Quand nous étions revenus, Monsieur Kurogané nous avait simplement dis que Fye était parti depuis pas mal de temps déjà, sans qu'il ait donné l'endroit précis où il se rendait. Selon Monsieur Shaolan, il n'était pas nécessaire de tous l'attendre ; Monsieur Kurogané était donc rester a attendre le retour du magicien tandis que nous étions aller nous coucher. »

« La nuit était tombée depuis longtemps quand je me suis rendu compte que je m'étais perdu. Quelle idée de faire des villes aussi grandes, aussi. Je n'avais, de toutes façon, pas l'intention de retrouver mon chemin tout de suite ; déambuler dans les rues me permettrait de réfléchir, et d'éviter la présence de Kurogané trop près de moi.

Je le détestais. J'avais toujours trouvé la haine comme étant une notion trop simple. C'est vrai ; il est plus simple de détester que d'apprécier les gens. Pour apprécier quelqu'un, il fallait trouver les quelques qualités perdues dans la montagne de défauts que peut contenir l'esprit humain. Moi qui d'habitude tentait de garder un coté « peace and love », ces temps ci, j'avais tout sauf envie de faire dans le compliqué. C'est pourquoi je détestais Kurogané.

Je le détestais pour ce qu'il m'avait fait, pour ses manières, son comportement...je le détestais tout entier. Ses cheveux, ses yeux, son odeur, sa voix, ses fringues, son nez, son sang. Tout.

Tout ce que, dans d'autres circonstances, j'aurais pu aimer. Ca peut paraître gnagnan, mais j'aurais pu aimer plonger dans son regard, passer ma main dans ses cheveux, m'étouffer de son odeur...tout les clichés du genre. Mais c'était plus simple de le détester. Je n'avais pas envie de me fatiguer a lui pardonner et a tirer un trait sur tout ca. C'était hors de question. Et puis, lui ne m'aurais pas pardonner, si je lui avait fait subir ça. Il m'aurais carrément passé sur le fil de sa lame, en fait...

Ce que, finalement, j'avais bien envie de faire, moi aussi. J'en venait presque a regretter d'avoir promis de ne plus utiliser mes pouvoirs rien que pour m'imaginer faire usage de l'Armagedon a la simple intention de Kurogané. Histoire de tout foutre en l'air, rien que pour lui montrer que je le détestais.

Et aussi pour détruire la petite graine de pardon qui avait tendance a germer au fond de mon cœur. Je vous rassure, vraiment tout, tout, tout au fond. Une graine toute, toute, toute petite. Que je tentais d'exterminer a coup de batte cloutée spirituelle. Mokona m'avait raconté un jour que Yûko, la Sorcière des Dimensions, avait insufflé à une batte de base ball le pouvoir de couper uniquement le métal. « Donner un nom a un objet, c'est lui transmettre sa force. » En y repensant, je me voyais déjà avec une batte cloutée spirituelle où il était écrit en gros et rouge « Briseuse de Graines ». Et une autre, une vrai batte cette fois, avec des gros clous bien rouillé, où j'aurais marqué « Défonceuse de Tronche de Kurogané ».

On peut toujours rêver.

Tout en y réfléchissant, je continuais de marcher vers un point que seul le vent semblait connaître. Je déambulais dans les rues qui, quelques heures plus tôt, avaient été bourrées de monde, monde dont il ne restaient a présent que quelques mégots sur le sol. Je posais mon regard vide sur les enseignes a néon qui étaient, dans certains coins, les seules sources de lumières. La pluie avait cessé depuis longtemps, mais l'eau qui imbibait mes vêtements n'avait pas disparu et j'etais parcouru de frissons toutes les trois minutes. Je songeais a me réfugier dans un bar, mais rayais tout de suite cette idée de mon esprit, ne tenant pas a me retrouver entouré de gens heureux en train de bavarder tranquillement. Aucune envie également de me retrouver dans l'appartement. J 'aurais volontiers opté pour un petit café tranquille, où on servait du chocolat bien chaud accompagné de tartines de confiture de groseilles. Malheureusement, il y avait peu de chances que je trouve un endroit de ce genre ouvert quand il était près de minuit. J'en avais conscience, mais ca ne remontait en rien mon moral. »

Kurogané s'en voulait a en mourir. Et son remords n'avait fait qu'augmenter quand il voyait le temps passer sans que le magicien ne veuille réapparaître. Quand il fut minuit, le ninja se décida a partir a sa recherche. Prévoyant, il prit, en plus de son manteau, celui de Fye , ainsi qu'un parapluie en cas de pluie. Il se doutait que Fye avait été trempé par la pluie, ne pouvait s'empêcher de se demander dans quel état il allait retrouver le magicien après qu'il ait passer toute une journée sous l'eau.

« J'écrivais un mot aux gosses et le posais sur la table, au cas où je ne reviendrai pas avant le petit matin. Un mot simple, sans aucune preuve d'affection, comme a mon habitude. Il ne fallait pas s'attendre a grand chose de ma part de ce coté là. Vous avez déjà vu un ninja montrer son affection, vous ? Non, et c'était d'ailleurs en partie pour ça que Fye s'était enfui loin de moi. Je me souvins d'une fois où il m'avait, entre autre, demandé d'être un peu plus précautionneux avec les enfants. Je revoyais son sourire bête de chat quand il m'avait dit ça. Je réfléchis un instant, puis me retournais vers le papier où mon écriture était griffonnée a la hâte. J'ajoutais a la fin « faites attention quand vous vous servirez de la cuisinière », puis me précipitais vers la porte avant que l'envie me prenne de foutre le papier a la poubelle.

Une fois sur le seuil de la porte, je me demandais quel chemin prendre. Dans une ville aussi grande, il pouvait être n'importe où, et je n'avais aucune idée de l'endroit où il pouvait bien se trouver. Ne voyant pas par où commencer, je décidais de prendre une rue au hasard, maudissant celui qui avait inventer les métropoles. »

« Les cris et le bruit de verre brisé avaient attirés mon attention vers cette ruelle un peu plus animé que les autres. De loin, je pouvais voir un gros attroupement sous l'enseigne vert fluo d'un bar appelé le « Dukalyon ». Une femme d'une cinquantaine d'années, qui semblait être la patronne, tenait son balai d'une manière peu engageante et donnais des coups de balais a ceux qui avaient le malheur de s'approcher trop près d'elle.

- Dégagez de là, bandes de délinquants ! Je veux pas de vous chez moi, z'etes bon qu'a foutre la merde !

- Allez, laisse nous boire un coup, un dernier !dit un jeune garçon en titubant. On paiera la prochaine fois...

Il eut le malheur, cependant, de s'approcher un peu trop près au goût de la patronne qui lui enfonça le manche du balai au beau milieu du ventre. Le garçon s'effondra par terre , puis se mit a vomir la plus grande partie de ce qu'il avait dû boire ce soir.

- Ca t'apprendra a trop picoler sans payer, saleté de gamin ! Et les autres, que ça vous serve d'exemple ! Dégagez de là !

Passablement refroidit par cette démonstration de force, le groupe s'éloigna de la devanture en traversant la rue inverse a la mienne. Tout comme moi, la patronne du bar les regarda quitter la zone de lumière verdâtre due a l'enseigne pour plonger dans l'obscurité de la rue adjacente. Malgré tout, j'entendais encore les éclats de rires bruyants et alcoolisés.

Je décidais de m'avancer prudemment vers la devanture du bar. Sans me voir, la femme attendit encore quelques instants, pour s'assurer qu'ils étaient bien partis, puis se retourna pour rentrer dans la boutique. Se faisant, elle dut apercevoir ma silhouette dans l'ombre, car elle se figea sur place avant de s'écrier, son balai toujours bien en main :

- Qui est là ?

Pour ne pas l'effrayer, je m'approchais doucement de la limite entre l'ombre et la lumière colorée. Elle me regarda entièrement, d'abord en tenant son balai fermement dans sa main, comme en présence d'une potentielle menace pour son bar, puis en reposant son balai sur le sol. Elle était de taille moyenne, vêtu d'une grande tunique noire, tombant sur un pantalon large qu'elle avait remonté au dessous des genoux et qui était de couleur bleu. Ses cheveux était épinglés de manières brouillonne su le haut de son crâne, laissant des mèches oranges s'échapper de-ci de la. Son visage fin était a peine ridé par les années, a part les quelques rides d'expressions autour de ses lèvres. Ses yeux intensément vert me fixait toujours ; un grain de beauté rehaussais son œil droit.

Il se passa près d'une minute pendant laquelle elle me détailla du regard des pieds a la tête, puis, lorsque je fus parcouru d'un énième frisson, elle passa son balai par dessus son épaule et me dit en ouvrant la porte du bar :

- T'es trempé, gamin ! entre là-dedans, tu vas te réchauffer !

Je la suivi dans le bar. Elle emprunta une petite porte située au fond de la salle et j'entendis les bruits de pas sonores dans l'escalier qui devait se trouver derrière. Je profitais de son absence pour examiner le lieu. A première vue, l'endroit semblait chaleureux : de nombreux fauteuils entouraient les tables, des tabourets de la même couleur fluo que l'enseigne trônaient devant le comptoir. les verres étaient soigneusement alignés sur les étagères fixées derrière le bar, et un grand et magnifique miroir ouvragé ornait le mur du fond. Une cheminée où brûlait un feu crépitant était encastrée dans le mur opposé. L'endroit devait déjà, en temps normal, être chaud et confortable ; pour moi qui avait passé toute la journée sous la pluie, c'était le paradis sur terre. La voix forte et profonde de la barmaid me fit sortir de ma torpeur.

- Enlève tes fringues mouillés et enfile ça , gamin !

Elle me balança un peignoir et une serviette ; ils étaient agréablement chaud tout les deux. Je me déshabillais pendant qu'elle m'avait soigneusement tourné le dos, et mon moral remonta légèrement lorsque je senti la texture douce et tiède du peignoir se poser délicatement sur mes épaules. Je pris la serviette de bain et entreprit de me frictionner les cheveux afin de les sécher un tant soit peu. Je me retournais alors pour m'apercevoir que la barmaid m'observait depuis le bar. Je détournais mon regard pour commencer a ramasser mes affaires que j'avais par inadvertance éparpiller autour de moi. J'entendis les talons de la femme contourner le bar ; quand je me relevais, elle était devant moi. Elle me prit le tas de vêtements des bras, puis me dit d'un air sobre :

- Tu as le regard bien trop triste pour ton âge, gamin...

Puis elle se détourna de moi pour aller poser mes vêtements mouillés sur un fil qu'elle avait tendu devant la cheminée. Je tentais de reprendre mon sourire habituel pour lui assurer que j'allais bien, mais il était évident que je ne parviendrais pas a lui cacher mon jeu.

- Tes paroles et ton sourire peuvent mentir, gamin, mais certainement pas le regard de chien battu que tu avais devant moi tout a l'heure...approche du bar, qu'est ce que je te sers ?

Je hochais la tête en restant la où j'etais.

- Je vous remercie, mais je n'ai pas d'argent et ...

- C'est moi qui paye. Viens t'asseoir, sinon j'te foutrai des coups de balai !

Ce deal ne m'intéressant pas, je pris place au comptoir, toujours entouré de la douce chaleur du peignoir. La patronne me posa sous les yeux trois tasses : une petite, une moyenne et une grosse.

- Tu le veux comment, ton chocolat, gamin ?

- Euh... le plus gros et le plus chaud possible, c'est faisable ?

Elle me sourit de toutes ces dents pour me répondre d'une voix forte :

- C'est ma spécialité, gamin !

je l'observais sortir du placard une grosse boite de cacao en poudre, ouvrir un tiroir et en sortir une petite cuillère ; se retourner vers les étagères pour y prendre un énorme bol bleu clair où il était écrit en jaune « gros déjeuner ». Elle alluma le percolateur et rempli un petit pichet que je devinais en aluminium de lait, qu'elle fit bouillir a la vapeur. En trente secondes, je sentais à plein nez l'odeur du lait chaud remplir mes narines, odeur qui se transforma en une délicate effluve de chocolat lorsqu'elle versa le liquide bouillant de poudre de cacao. Pour ajouter a mon bonheur, elle me posa sous le nez une demi-douzaine de pots de confitures, gelées, marmelades différentes : fraise, abricot, mûre, citrouille, groseille. Elle ajouta même, à coté de tout ce mélange fruité, un petit tube vert sur lequel je pouvais lire dans une police de caractère ronde et pleine de couleur » wasabi ». J'ignorais ce que c'était , mais me promis intérieurement d'y goûter, promesse oublié a la vue de quatre grosses tranches de pain fumantes qui sortaient du four.

J'avais fini par être convaincu que cet endroit était le septième ciel. Je contemplais le pain encore fumant et les pots de confitures devant moi, la barmaid crut bon de déposer au milieu de cette nourriture une plaquette de beurre, accompagné d'un petit couteau a bout rond.

Je pris entre mes mains la tasse fumante ; sa chaleur me réchauffait agréablement les mains. j'apportais la tasse a mes lèvres et sentis le liquide bouillant couler doucement dans ma gorge, ce qui était plus que réconfortant.

Mais la haine et la déception étaient toujours présents, et malgré le gratitude envers cette femme dont je ne connaissais même pas le nom, je ne pouvais m'empêcher de savoir que, tôt ou tard, il faudrait que je retourne a l'appartement et que j'affronte Kurogané. Que je perde en face de Kurogané. j'etais conscient que quoi qu'il arrive, je ne serais jamais de taille a lutter . Même si je devais en mourir, ou bien devenir fou.

- Tu pleures dans ton chocolat, gamin...

Mes pensées furent interrompues par la voix de la barmaid. Je posais la tasse sur le coté du comptoir et me prit la tête dans les mains. Mes larmes se décochaient en pluies assassines sur le bois ciré du bar, et mes sanglots résonnaient dans le calme silence du bar.

- Tes larmes ressemblent a des mots d'amours...qui peut donc te faire tant de peine ? »

« je tournais et tournais en rond dans la ville, sans aucune piste. Je cherchais Fye depuis près d'une heure maintenant, et mon ressentiment augmentait de minutes en minutes. Plus le temps passait et plus je me rendais compte que je n'avais aucune chance de le retrouver dans une ville aussi grande. »

« - Pourquoi m'appeler vous « gamin » ? Je suis un adulte.

La question s'était échappée de mes lèvres avant que je puisse la retenir. J'espérais ne pas avoir été trop impoli, mais il ne sembla pas qu'elle est mal pris l'interrogative.

- J'en ai vu plus que toi, gamin...je suis plus ou moins sure que je fais le double de ton âge, et de toute façon , je n'ai pas l'intention de te demander ton prénom, alors je peux te surnommer comme j'en ai l'envie, tu ne crois pas ?

la philosophie de cette dame me laissais pantois.

- Et si moi je vous demande votre nom, que me répondrez-vous ?

- Ca ne te sera pas utile...tu devrais te souvenir uniquement du prénom des gens que tu aimes, Gamin !

A cette phrase, le visage de Kurogané me revint en mémoire. Pour je ne sais quelle raison, je me souvenais des sourires cyniques qu'il plantait a tout vents, ou bien de ses phrases assassines qu'il était capable d'allier aux insultes froides sifflées entre les dents. De ses gestes, de ses actes. La patronne, elle, arborait un tendre sourire, qui contrastait habilement avec mes larmes qui ne faisaient pas l'effort de cesser de couler.

- Comment est-il, celui qui te fait tant de peine ?

Je voulu d'abord lui demander comment elle pouvait avoir deviner aussi facilement le pourquoi du comment, puis me rétractais. Peut-être l'âge, peut-être mes mots, peut-être mon visage, peut-être...des tonnes de facteurs qui, finalement, n'avait pas tant d'importance que ca, pour elle comme pour moi. Comme quand on a envie de savoir comment les fleurs crées leurs parfum, avant de se rendre compte qu'on s'en moque, du moment qu'on nous laisse le plaisir de sentir a plein nez les fragrances de leurs pollens.

Mais par où commencer pour décrire Kurogané ? qu'avais-je vu en premier, lors de notre première rencontre dans le monde de la Sorcière des Dimensions lorsqu'il était sorti du sol de cette terre inconnue ? Il était dur de mettre des mots sur des sensations ou des regards, surtouts quand ils fusent a toute allure.

- ...il est...de loin, on a l'impression que c'est un démon qui arrive, tellement sa silhouette est imposante. Ses yeux...rouges écarlate, ils sont aussi tendus que le fil d'un couteau. Avec des envies toutes aussi meurtrières, quand c'est moi qu'il regarde. Quant a son sourire...pff, il ne sait pas sourire, sauf devant la dépouille de son adversaire. Il ne rit pas. Il ne pleure pas. On pourrait presque croire...qu'il ne ressent rien. Qu'il est mort, tout au fond de lui. Ou bien qu'il ne sait pas vivre, qu'on ne lui a jamais appris a profiter de la vie qu'on lui a donné.

Je ne savais pas d'où je sortais tout ca. Mais le dire me faisait du bien.

- Il a une grande gueule, aussi...il ne sait pas se taire. Si il voulait, je suis sur qu'il pourrait faire preuve d'un tout petit peu de tendresse. Pas envers moi, non, mais au moins envers les deux mioches qui nous accompagnent. Je suis sur que s'il arrivait malheur, il serait la pour les protéger.

- Et s'il t'arrivait malheur a toi, gamin, qu'est-ce qu'il ferait, a ton avis ?

Je réfléchis un instant, avant de sentir la crue de larmes remonter a mes yeux.

- Il... s'en ficherait, je pense...il me regarderai avec son sourire de carnivore...et il me regarderais crever comme...comme un chien...parce que je ne suis rien d'autre que son jouet, pour lui. Il passe ses humeurs, c'est tout. Il n'y a aucun sentiment dans ses actes.

- Et c'est ca qui te fais le plus de peine, n'est-ce pas ?

Je la regardais, sans comprendre ce qu'elle voulait dire.

- Tu ne t'es jamais demandé si il y avait une raison a sa violence ? Je pense que c'est de l'amour qu'il ressent ; peu de gens savent comment le montrer.

- De l'amour ? Non, je ne pense pas...si vous voyiez son regard quand il...

Allais-je me résoudre a le dire ?je n'eus même pas besoin de le faire, elle devinait absolument tout.

- ...quand il te viole...

- Oui, dis-je en rougissant violemment. Il... ce n'est pas de l'amour. C'est plus un moyen de faire passer le temps. Il s'occupe.

Ca me faisait bizarre de l'avoir dit. Je ne me sentais ni mieux, ni mois bien. Juste...différent. même mes sentiments avaient changés. La douleur était plus diffuse, quoique toujours aussi profonde. Elle avait, a mon avis réussi a me convaincre de ses propos, mais cela n'excusait rien. Je le savais, et elle aussi ; nous restions dans un silence confondu. Mes larmes avaient enfin cessées de couler quand la barmaid me fit remarquer que mes vêtements étaient secs. Je me dirigeais vers la cheminée et attrapais mes habits du fil qui les retenaient.

- Si tu veux, me proposa-t-elle, tu peux rester là pour la nuit.

Je réfléchis. La proposition était tentante, et la pluie pouvait se remettre a tomber a n'importe quel moment. Seulement...

- Merci, mais je pense que je vais rentrer, dis-je avec un sourire timide.

- Bon choix. Repasse me voir, si t'as le temps, un de ces quatre.

Elle se retourna et se dirigea vers la porte qui se trouvait derrière le comptoir.

Je me défis du peignoir et le posa bien plié sur le comptoir, accompagné de la serviette. Je me rhabillais en songeant que, malgré tout, j'aurais aimé connaître son prénom ; selon sa logique, elle faisait parti des gens dont je voulait me souvenir. Je franchis la porte du bar, me retrouvant comme quelques heures auparavant, dans la lumière coloré de l'enseigne.

- Hey !

je me retournais pour voir la tête de la patronne sortir d'une fenêtre du premier étage, au dessus du néon.

- C'est quoi ton prénom ?

- Fye, répondais-je en souriant.

- Fye, c'est joli... dans mon pays d'origine, ca veut dire « celui qui craint de trouver le bonheur » !

- Pas très optimiste, souriais-je. Et quel est la définition du tiens ?

- Mariko, « celle qui trouve ce qui manque aux autres ». On est plus ou moins complémentaire, tu trouve pas ?

-Oui...je ne l'oublierai pas !

Je me retournais et tenais de retrouver mon chemin dans la pénombre. Au coin de la rue, je me retournais : l'enseigne verte étaient éteinte. Avec un soupçon de regret, je pensais que je n'avais pas goûter le fameux « wasabi ». Je souris intérieurement et continuais mon chemin.

Au bout de quelques rues, ou un bon quart d'heure de marche, je perçus une présence, et relevais la tête.

Parfaitement distincte sous lumière du réverbère, la silhouette de Kurogané se découpait a quelques mètres de moi. »