Pluie.
Encore et toujours.
De la pluie.
Pluie.
C'est bien simple,
En ce moment, il pleut tout le temps.
Pluie.
Et moi, j'en ai marre.
Ras le bol.
Pluie.
Oui, il pleut.
On peut même se demander si c'est pas le déluge.
Pluie.
Quand tu marche dans la rue,
Tu peux même pas éviter de marcher dans une flaque d'eau.
Pluie.
Au bout d'une minute dehors, tu es trempé de la tête au pieds.
Et quand tu as les cheveux mi-longs comme moi, c'est chiant.
Pluie.
Le pantalon trempé,
Le tissu qui te colle à la peau.
Pluie.
Le maquillage qui coule,
Et les cheveux plaqués sur le visage.
Pluie.
Le blanc devient transparent,
Le tissus moulant.
Pluie.
L'eau coule sur ton visage,
Et s'éclate la gueule par terre.
Pluie.
Ce que j'en ai ras le bol de cette pluie.
Et pourtant, je prends même pas de parapluie.
Pluie.
Normal, j'aime pas les parapluies.
Pi, de toute façon, l'eau n'a jamais tué personne.
Pluie.
C'est idiot ce que je viens de penser.
Les noyades, c'est à cause de l'eau…
Pluie.
Bill, ta gueule.
Arrête de réfléchir si c'est pour penser des conneries.
Pluie.
Tom.
Tom.
Pluie.
Gustav.
Gustav.
Pluie.
Georg.
Georg.
Pluie.
Pourquoi je suis tout seul?
Tom, Georg, Gustav, ils sont restés à l'hôtel les idiots…
Pluie.
Ils aiment pas être trempés.
Les fillettes, j'te jure!
Pluie.
Mes yeux louchent pour essayer de voir l'eau qui goutte sur mon nez.
Je m'arrête de loucher, parce que les gens me regardent bizarrement.
Pluie.
Goutte.
Goutte.
Pluie.
Flaque.
Flaque.
Pluie.
Bill, t'es débile ou con?
Les deux, je dirais.
Pluie.
Va peut être falloir voir à m'abriter.
Mais où?
Pluie.
Je remarque qu'en fait, je sais même pas où je me trouve…
Rue de la goutte d'eau.
Pluie.
Sans blague?!
C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase…
Pluie.
Je crois que je vais arrêter de penser…
Parce que si c'est pour sortir des trucs aussi cons que ça…
Pluie.
Ras le bol de la pluie.
Je commence à avoir froid en plus.
Pluie.
Marre.
Shit!
Pluie.
T'es très doué en anglais Bill, on le sait.
Merdeuh!
Pluie.
J'ai de l'eau jusqu'à l'entrejambe maintenant…
Je me gèle légèrement…
Pluie.
Mais c'est vraiment paumé ce coin de la ville.
Y a personne!
Pluie.
Ah! Un abri bus!
Merde! Y a déjà quelqu'un!
Pluie.
Tant pis!
"Bonjour!"
pluie.
Silence.
J'aurais mieux fait de me taire.
Pluie.
"Salut!"
en pleurs.
Pluie.
"Pourquoi tu pleure?"
"Je pleure pas."
Pluie.
"Tu pleure pas?"
"Nan."
Pluie.
"T'es sûre?"
"Est ce que je te demande si tu porte encore des couches?"
Pluie.
Silence.
"Euh… nan… Enfin, je crois pas…"
Pluie.
Silence.
"Mais si tu veux le savoir, non, j'ai arrêté y a pas longtemps."
Pluie.
Elle me regarde.
Quand même!
Pluie.
C'est qu'elle est belle.
Et petite!
Pluie.
Ah mais non!
C'est qu'elle est assise.
Pluie.
"Qu'est ce que tu fait là toi?"
Elle est belle, mais pas très aimable…
Pluie.
"Et toi?"
"Je médite."
Pluie.
"T'as pas répondu."
Que veux tu que je réponde?
Pluie.
"Je me suis perdu…"
"T'es aussi con que tout le monde le dis alors?"
Pluie.
Ok.
"Chui pas con."
Pluie.
"Juste un peu débile alors?"
"On va dire ça comme ça…"
Pluie.
"Pourquoi tu pleure?"
"Tu m'énerve, tu le sais?"
Pluie.
"Maintenant oui."
"Problème familiaux. Ca te vas comme explication?"
Pluie.
"Si tu veux en parler, vas y."
"T'es assistante sociale?"
Pluie.
"Je crois pas. Seulement à l'écoute."
"Je veux pas te saouler avec ma vie."
Pluie.
"Moi aussi je raconte tout le temps ma vie. Alors vas y, pour une fois, ça sera pas moi."
"Tu m'énerve. Tu le sais?"
Pluie.
"Tu la déjà dit."
"M'en fout!"
Pluie.
"Oui, je le sais."
"Ma jumelle est morte."
Pluie.
"Quand?"
"Ce matin."
Pluie.
"Je comprends."
"Non tu comprends pas."
Pluie.
"Si je comprends."
"Et qu'est ce que tu comprends?"
Pluie.
"Que je t'énerve. Que tu sois triste. Que tu te sente mal. Qu'il te manque quelque chose."
Silence.
Pluie.
"Tu dors?"
"J'ai l'air de dormir?"
Pluie.
"C'est que tu parlais plus."
"Je suis pas obligée de te parler, nan?"
Pluie.
"C'est pour toi. Moi, je m'en fout."
Silence.
Pluie.
"Tu crois qu'il va pleuvoir encore longtemps?"
"Pourquoi?"
Pluie.
"Parce que t'es pas causante, alors je veux partir."
"Je te retient pas."
Pluie.
"Je veux pas être trempé."
"T'inquiète! Tu le sera pas plus que tu ne l'es déjà."
Pluie.
Silence.
Silence.
Pluie.
"T'es belle, tu sais?"
"Ouai. Ma jumelle l'était encore plus."
Pluie.
"Pas possible."
"Hein?!"
Pluie.
"Elle était pas plus belle que toi maintenant."
"Hein?!"
Pluie.
"La peine donne au visage une lueur différente."
"Trop compliqué pour moi."
Pluie.
"Nan."
"Hein?!"
Pluie.
"Trop compliqué pour beaucoup. Mais tu peux comprendre, je le sais."
"Tu me connais pas."
Pluie.
"Et j'ai pas envie de te connaître plus."
"Moi non plus."
Pluie.
"Comme ça, on est d'accord."
Silence.
Pluie.
"Comment elle est morte?"
"Suicidé."
Pluie.
"Je peux savoir pourquoi?"
"Elle venait de casser d'avec celui qu'elle aimait comme une dingue."
Pluie.
"Tu m'excuseras, mais elle était con ta jumelle."
"Pardon?!"
Pluie.
"Elle était lâche."
"Tu la connaissais pas."
Pluie.
"Non."
"Alors ta gueule."
Pluie.
"Mais elle aurait du vivre, rien que pour dégoûter celui qu'elle aimait de bien vivre leur rupture."
"T'en sais rien."
Pluie.
"Elle lui a donné raison en mettant fin à ses jours."
"Tais toi."
Pluie.
"Et là, toi, tu réfléchis à un moyen de te tuer?"
"Oui."
Pluie.
"Le fait pas."
"Pourquoi?"
Pluie.
"C'est lâche."
"C'est humain. Les humains sont lâches. Le monde entier est lâche."
Pluie.
"Justement, sois différente des autres."
"Je veux pas être différente des autres."
Pluie.
Silence.
"Le monde est sale. Hypocrite. Menteur."
Pluie.
"Je vois, t'es une démoralisée de la vie."
"Comment voudrais tu que ça soit autrement dans ce monde de merde?"
Pluie.
"Des fois il fait beau."
"Rien à voir."
Pluie.
"Le soleil brille, et réchauffe ton corps."
"Y a longtemps que j'ai l'ai plus vu le soleil."
Pluie.
"Le ciel, il est bleu."
"Merci, je le sais."
Pluie.
"Mais ce qu'il y a dedans, ça tu le sais pas. Des anges. Des étoiles. Brillantes. Filantes. Belles."
"Imagination débordante."
Pluie.
"La pluie, elle te lave."
"Je sais pas pour toi, mais moi, je me lave plutôt dans une douche."
Pluie.
"La pluie, elle coule, et elle te fait oublier ce qui va pas."
"J'ai jamais remarqué : j'oublie pas ma sœur."
Pluie.
"Faut te concentrer sur le flot d'eau, qui coule. Qui goutte."
"J'aime pas me concentrer."
Pluie.
"Après la pluie, quand viens le soleil, y a un arc- en-ciel."
"M'en souvient plus."
Pluie.
"Les fleurs poussent au Printemps. Après vient l'été, avec sa chaleur. L'automne, avec ses tons orangés. L'hiver, avec sa neige."
"Tu compte m'apprendre beaucoup de choses comme ça? Genre les mois? Les jours?"
Pluie.
"Si tu veux. Janvier, c'est la beauté, la neige, encore, la nouvelle année qui commence. Février, c'est le mois le plus court ; c'est la fin de la neige, le ski en France, les animaux qui revivent.. Mars, c'est l'anniversaire à Georg, le retour du printemps, le beau temps, les fleurs et les oiseaux. Avril, c'est l'alternance du mauvais et du beau temps, il fait froid, il fait chaud ; c'est les oiseaux qui chantent, les hommes qui sont gais. Mai, c'est l'été qui se fait sentir, froid et pâlichon, c'est les enfants qui se réjouissent de jouer dehors et de bientôt être en vacances. Juin, c'est l'été, les baignades, les vacances, les papillons blancs et la chaleur ; c'est l'été qui se fait de plus en plus présent ; c'est la joie et la bonne humeur. Juillet, c'est les vacances, la gaieté et la bonne humeur ; c'est les retrouvailles, l'amour et la joie. Août, c'est la fin des vacances, mais les enfants sont heureux car ils retrouveront leurs amis ; c'est les glaces, les coups de soleil, et les séparations. Septembre, c'est la rentrée, heureux et joyeux ; c'est l'automne ; les feuilles tombent, les couleurs virent à l'orange, le froid commence à se faire sentir ; c'est l'anniversaire de Gustav, de Tom et de moi. Octobre, c'est la pluie qui est de retour, les vêtements d'hivers aussi ; c'est le joie de découvrir du gel dans le jardin. Novembre, c'est le froid de plus en plus fort, mordant, c'est la grisaille, c'est le bonheur de retrouver de l'eau gelée dans le jardin, et d'expirer de la vapeur. Décembre, c'est l'hiver, enfin, avec sa neige et tout ce que cela implique, ses bonhommes, sa luge, ses batailles ; c'est la joie de se retrouver en famille ou entre amis pour fêter Noël et le nouvel an."
Silence.
Pluie.
Aucune réaction. Je prends ça comme une invitation à continuer.
" Lundi, retour au lycée, reprise des cours, revoir ses amis. Mardi, c'est la flemme qui s'installe, le bonheur de voir ses amis toute la journée. Mercredi, c'est le milieux de la semaine, l'envie de rester chez soi, de dormir, et de ne pas retourner en cours le lendemain. Jeudi, c'est le retour de force, la joie tout de même, et la fatigue qui se fait sentir. Vendredi, c'est l'énergie des fins de semaines, l'excitation du dernier jour, la joie de partir en week end et même la douleur de ne pas voir ses amis. Samedi, c'est le repos du guerrier, la pause tant attendue, les amis viennent, on va chez eux, c'est la fête et la bonne humeur. Dimanche, c'est les amis, la famille, les devoirs, le dernier jour, le stress, et l'envie de passer ses années en week end. Et ça recommence."
Pluie.
Elle sourit.
Les larmes coulent toujours autant.
Pluie.
Silence.
"L'oubli, ça vient quand on va de l'avant. Et même, on oublie jamais, on fait avec."
"Je saurais pas faire avec."
Pluie.
"T'apprendras, crois moi."
Silence.
Pluie.
"Si tu regarde en face de toi, tu verras des fleurs, y en a une, rouge, qui surpasse toutes les autres."
"Un bouton de rose?"
Pluie.
"C'est un bouton. Mais avec le temps, il s'ouvrira au monde, et alors, le bouton deviendra la plus belle des fleurs."
"Et si le temps ou le monde fait tant et si bien qu'elle peut pas s'ouvrir?"
Pluie.
"Les pétales se fanent, et tombent par terre. Gris. Mornes. La vie les as quitté. Mais la fleur, elle, repousse, et redonne un bouton."
"Comment elle peut faire pour revivre?"
Pluie.
"Elle en a l'envie, et rien ne peux l'empêcher de mourir. Elle à sa terre, sa tige, ses abeilles et sa rosée. Elle est pas seule, et ça change tout."
"Moi, je suis seule."
Pluie.
"Pas tant que ça. Regarde ton portable qui vibre depuis tout à l'heure."
Elle prends son portable dans ses mains.
Pluie.
Larme.
Elle pleure.
Pluie.
"Ma mère s'inquiète. Mon père est en larmes. Mes cousins veulent me voir. L'ex de ma jumelle s'est excusé. Mon ex me redemande de sortir avec lui. La vie me sourit."
"Regarde en face de toi."
Pluie.
"Un arc en ciel!"
"Je crois qu'il pleut plus. Au revoir, prends soin de toi!"
Soleil.
Fff!
C'est que j'ai chaud maintenant!
Soleil!
Allons!
Retourne à l'hôtel Bill!
Soleil!
Souris à la vie, tout n'es pas perdu!
Ta magiqué quelqu'un, t'es pas si désespéré que ça!
Soleil!
