Le chapitre 10, suite directe du 9, est relativement court... A priori, cette histoire devrait s'achever au chapitre 12... Je dis a priori, car j'ai les lignes de la suite en tête, mais comme d'habitude, tant que ce n'est pas écrit, on ne sait jamais ce qui peut s'y ajouter, comment ça peut se découper... Ca peut faire effectivement 2 chapitres, comme 1, comme 3 (qui a dit que c'était le bordel dans ma tête ? XD)... Donc rien n'est sûr.
Un sursis...
Le grenier de cette maison avait son charme. Il y régnait cette odeur particulière, mais pas forcément désagréable, de renfermé, de vieux livres, et de poussière... La traditionnelle vieille horloge qui était l'un des éléments indispensables d'un tel lieu, était bien là, sur le mur du fond... La pièce croulait sous les meubles recouverts de poussières, les tapis roulés en cylindre par terre, les piles de livre... La plancher crissait légèrement à chaque pas... Et franchement, l'on n'y voyait goutte. Pourtant, Tetsu trouva que c'était là une pièce intéressante, en parfaite harmonie avec le reste de la demeure... Son regard se porta sur un bibelot représentant un chat. Il souffla dessus et observa le petit nuage de poussière se soulever et s'évaporer dans l'air... Du bout des doigts, il toucha le bibelot, achevant ainsi de le rendre présentable... C'était bien ce à quoi il pensait. Malgré son aspect délaissé, ce grenier recelait des choses tout aussi belles que les objets qui trônaient dans le salon... Il se redressa et vit Adam qui lui faisait signe, lui montrant quelque chose... En s'approchant de lui, il vit que tout au fond du grenier, à droite, il y avait comme... Un petit balcon, un renfoncement sur l'extérieur. Très petit, presque une petite véranda couverte. Assis là, sûr que l'on devait effectivement bien tout voir... En y repensant, il avait remarqué cet endroit de l'extérieur, le soir de son arrivée... Mais il n'y avait plus songé. Il prit place sur une sorte de balancelle en laquelle il n'avait qu'une confiance modérée, vu son état. Mais cela semblait tenir. Et l'instant d'après, Adam fut assis à côté de lui. Tetsu bougeait légèrement son pied sur le sol, les faisant ainsi doucement balancer d'avant en arrière... Pourvu qu'Adam lui parle, sans quoi, il allait s'endormir ici... Il faisait si bon, dehors... Il était tellement bien, là...
Tu sais, dit enfin Adam, j'ai repensé à ce que tu as dit...
A quel sujet ?
Quand tu disais qu'Akira devrait accorder plus d'importance aux désirs de ses proches... Je crois que je comprends ce que tu voulais dire.
Et qu'est-ce qui vous a fait comprendre ?
Et bien... Je pensais moi, qu'il ne devrait pas céder aux exigences d'autrui... Mais c'est toi qui a raison : en fin de compte, ce n'est pas par désir de l'épargner ou de lui prouver qu'il peut y arriver. C'est par orgueil. Et parce qu'il fait passer ses envies avant les siennes. C'est égoïste, je l'ai compris. Mais te dire comment, ça... acheva-t-il, perplexe.
Avez-vous déjà vécu pareille situation ?
Effectivement. En ce moment même, pour être précis. Le fait d'avoir prié Tetsu de demeurer avec lui, même alors que ce dernier n'avait pas toujours été pour, et que cela risquait de le faire souffrir au final... Adam faisait passer ses envies avant les siennes, quand on y repensait bien. Pas par orgueil, non, mais par égoïsme, sans doute. Pour toutes ces choses qu'il ressentait depuis l'arrivée de Tetsu et qu'il ne voulait pas perdre. Pour l'envie de rire, alors qu'il avait presque oublié en quoi cela consistait... L'envie de comprendre, d'être avec lui, de le voir... Tout cela venait de Tetsu. Alors au début, il avait bien songé à le renvoyer... Mais il n'arrivait jamais à passer à l'action. Il finissait toujours par dire un mot gentil, au contraire. Comment être convaincant en lui demandant de partir, alors qu'il n'en avait aucune envie ? Et Tetsu qui le croyait indifférent, revenu de tout... Alors qu'il était probablement aussi perdu que lui, malgré les airs qu'il se donnait...
Oui... répondit-il enfin, d'une petite voix.
Il ne faut pas vous en faire, Adam, répondit Tetsu sur un ton rassurant. Vous êtes incapable de la moindre méchanceté. Tout le monde à un moment ou à un autre, commet des erreurs. Vous aussi, avez votre lot, c'est bien normal. Vous n'êtes pas parfait, acheva-t-il, comme s'il essayait de s'en convaincre en premier lieu.
C'est un fait. J'ai commis bien des erreurs et je suis passé à côté de bien des choses... murmura l'autre avec amertume.
Rien n'est irrémédiable, Adam...
Si. Certaines choses ne peuvent être changées.
Ne dites pas ça... l'interrompit Tetsu d'une voix blanche.
Pourquoi donc ?
Parce que... Vous m'avez changé. Vous, cet endroit... Je n'ai rien à voir avec celui que j'étais en arrivant ! Avoua-t-il. Alors si vous dites que rien ne peut changer, cela veut dire que... Quand vous partirez, vous emmènerez ça aussi... Laissez-moi au moins cette illusion.
Tetsu...
Trop tard. Tout cela était bien trop tard. Maintenant, quoi qu'Adam puisse dire ou faire, et quelles que soient les résolutions de Tetsu, rien ne changerait. Les pions s'avançaient, comme lors d'une partie d'échecs. C'était méthodique, logique. Et rien n'arrêterait plus le développement qui mènerait à la fin de l'histoire. Une fin déjà écrite, mais que ni l'un ni l'autre n'avait envie de connaître. Pour l'instant, comme une ultime tentative désespérée pour se voiler la face, Tetsu voulait juste profiter de cela : la nuit noire devant lui, la douce chaleur qui y régnait, le mouvement appaisant de la balancelle, l'odeur de la cigarette d'Adam... Ce moment là était à lui, alors il fit en sorte d'en graver chaque détail dans son esprit. Un moment magique, comme toujours. Comme tous les précédents, peut-être plus encore, même... Une étrange mélancolie régnait ce soir là, que Tetsu voulut absolument chasser. Il repousserait l'inévitable autant que possible, même s'il devait lutter pour ne grapiller au final, que quelques dérisoires heures...
Tu sais, dit enfin Adam, tu n'as pas tellement changé depuis le premier soir. Tu es le même, en vérité.
Vous voulez rire...
Non, je suis très sérieux. Crois-tu sincèrement qu'un homme de ton âge, qui n'est plus un enfant, puisse changer du tout au tout en si peu de temps, et avec rien ?
Rien ? Suffoqua Tetsu. Vous divaguez...
Peu importe. J'aime à croire que les hommes ne changent pas. Ils ne changent jamais. Ils évoluent, en vérité. Ce que tu es aujourd'hui a toujours été en toi. Simplement aujourd'hui, c'est apparant.
Impossible, voyons, s'entêta Tetsu. Si vous m'aviez connu plus longtemps avant, vous ne diriez pas ça. J'étais faible, méfiant, agressif, triste... Je n'ai jamais ri autant que depuis mon arrivée aussi. Je m'intéresse à tout, je n'ai plus peur... Ne me dites pas que j'avais déjà ça en moi, c'est absurde.
Et pourtant, c'est l'entière vérité. Tu étais ainsi, c'est ton caractère. Il fallait juste... Un déclic, appelles ça ainsi si tu le désires... Cela ne demandait qu'à sortir... Ta faiblesse n'en était pas une. Ce n'était que de la tristesse et un grand désir d'être aimé.
D'accord... Admettons. De toute façon, si Adam avait décidé qu'il avait raison, autant se taper la tête contre un mur en espérant qu'il vous réponde... Mais de toute façon, se dit Tetsu, cela ne changeait absolument rien à son problème. Rien du tout. Parce que son déclic, c'était lui. Et en partant, il reprendrait tout ce qu'il lui avait donné, c'était certain. Et sans doute sans le moindre regret, lui. Et cela rendait Tetsu incroyablement triste. Non seulement il le perdrait, mais en plus, il retomberait plus bas que terre, en redevenant l'être fade qu'il était avant. On lui avait fait miroiter le ciel, et il resterait désespérément cloué au sol. A cet instant, il souhaita ne jamais l'avoir connu. Ne jamais être entré dans cette maison de malheur. Ne jamais avoir connu tous ces moments merveilleux, qui seraient bientôt des souvenirs douloureux. Adam devina sans peine ses pensées, au vu de l'air qu'il affichait, et il lui souleva délicatement le menton pour l'obliger à le regarder :
Ne sois pas amer d'avoir perdu... Réjouis-toi plutôt d'avoir connu...
Oui, c'était plein de bon sens. Tetsu aurait pu prendre tout cela comme un nouveau départ, une impulsion, et chérir ce temps passé ici, qui l'avait transformé. Ou qui, si l'on en croyait Adam, avait permis à sa personnalité de s'affirmer. Mais dans l'immédiat, il ne pouvait pas. Pas encore. Cela le rendait juste infiniment triste, rien de plus.
Demain, reprit Adam, nous connaîtrons la fin de l'histoire.
Je la veux heureuse... répéta Tetsu, sans trop y croire maintenant.
C'est au protagoniste d'oeuvrer pour cela. Rien ne s'obtient gratuitement, après tout. Par exemple, on ne peut pas espérer avoir la reconnaissance des autres, leur appui, si l'on ne se livre jamais auparavant...
Pourquoi cet exemple ? Demanda Tetsu.
Il me semble que tu es un peu comme cela... Trop réservé... Une façon de te protéger, bien sûr. Mais comment veux-tu te faire aimer ou simplement apprécier, si tu ne montres rien de toi ? Si tu devais me faire un cadeau, j'aimerai que ce soit celui-là : laisses aux gens au moins une chance de se rendre compte de ce que tu vaux.
C'est bizarre...
Pourtant, tu m'as laissé cette chance, à moi... Ou alors je l'ai prise...
Quand il disait ce genre de choses... Tetsu pouvait presque croire... qu'il lui manquerait aussi. Autant qu'Adam lui manquerait. Il s'était plû à croire qu'Adam ne tenait pas tellement à lui, que partir d'ici ne lui ferait pas grand chose... Mais quand il entendait ces mots là... Il avait l'impression de compter. De vraiment compter. Et c'était à la fois une joie démesurée, et une formidable souffrance. Et même si cela devait lui faire plus mal encore, il aurait encore voulu un signe, de la part d'Adam. Une preuve.
Toujours ce léger balancement, qu'il produisait lui même avec son pied, sur le sol... C'était presque hypnotisant... Ou était-ce de nouveau le regard profond d'Adam, qui l'appaisait et le troublait à la fois ? Ce simple regard chassa ses noires pensées, et il se trouva comme au début de leur arrivée dans cet endroit, à vouloir apprécier ce moment là, qui était beau. Il se produisit alors une chose inédite. Pas forcément dans le fond, car Adam s'était déjà livré, en vérité... mais dans la forme. Il ne l'avait jamais fait avec autant de spontanéité, ni de fébrilité. On aurait presque pu le croire stressé... Adam, stressé ? Allons donc... Lui qui semblait toujours dominer la situation...
Tetsu, je ne devrai pas dire cela, mais... Je n'ai vraiment aucune envie de m'en aller... avait-il murmuré.
Mais vous n'avez pas le choix, c'est ça ?
Oui... J'y suis habitué, mais... Cela ne m'aura jamais autant coûté...
P... Parce que... ? Demanda Tetsu, espérant de toutes ses forces.
Parce que je t'ai rencontré. A l'heure actuelle, je ne sais toujours pas si c'est ma punition, ou mon cadeau.
Je ne comprends pas... fit Tetsu.
Aucune importance.
Docile, Tetsu cessa de le questionner. Le moment qui suivit fut silencieux, et il dura longtemps. Tetsu ne pensait plus à rien d'autre qu'à l'obscurité sans fond qu'il observait avec attention, comme s'il voulait voir à travers, droit devant lui. Sa tête était devenue vide, totalement vide de toutes pensées. Il était comme... libre. Et parmi tout ce qu'il avait toujours cherché et qu'il n'avait trouvé qu'ici, il y avait la liberté. C'est ironique, quelque part : il avait souvent dormi à la belle étoile autrefois, et il ne s'était pourtant jamais sentit aussi libre que dans cette grande bâtisse...
Adam était relativement plus agité, intérieurement. Alors que Tetsu se sentait devenir plus fort, lui n'arrivait plus à occulter les conséquences de ses actes. De tous ses actes. Mais au point où il en était, il n'avait plus rien à perdre... Tout le monde n'a pas la chance de savoir à quel moment il devra partir. Lui le savait à peu près. Il avait donc la possibilité de réfléchir à ce qu'il pouvait, voulait faire avant cela. Et ce qu'il voulait faire, c'était se rapprocher de Tetsu, dans l'immédiat. Tetsu qui ne compris pas pourquoi Adam se serra contre lui tout à coup ; il ne faisait pourtant pas froid... Il tourna la tête et trouva son hôte, redevenu serein, qui le fixait en souriant imperceptiblement. Avec les yeux brillants d'un étrange éclat... Tetsu déglutit difficilement. Que voulait-il dire encore, ce regard là ? Fallait-il le déchiffrer ? Nul besoin, puisqu'Adam sut parfaitement se faire comprendre. Il posa sa main sur la joue de Tetsu, qui fut littéralement tétanisé. Cette main un peu froide sur sa joue, et un peu dans ses cheveux... Cela le rendait extrêmement fébrile, impatient... Et soudain... Adam ne fut plus si éloigné de lui, mais bel et bien à quelques millimètres de son visage... Et il posa ses lèvres sur celles de Tetsu, avec une envie non dissimulée. Comme une réponse certes un peu tardive, à cette autre fois où Tetsu avait dérapé... Tetsu qui crut avoir perdu la raison, dans un premier temps. Impossible qu'Adam fasse une telle chose. Inconcevable, même. Et pourtant, c'était diablement réel. Réel et délicieux. Les lèvres d'Adam qui épousaient les siennes à merveille, lentement, il les sentait bel et bien... Elles sentaient le vin, un peu... Un goût agréable. Ce fut encore Adam qui approfondit le baiser, jouant ainsi dangeureusement avec la vie de Tetsu, qui se croyait au Paradis. C'était comme si... Comme si tout ce qu'il avait toujours voulu, tout ce dont il avait toujours eut besoin était là. Ici, dans les mains de cet être merveilleux, sortit de nul part. Cet être qui l'embrassait comme on ne l'avait jamais embrassé, qui lui donnait plus qu'une simple sensation de plaisir. C'était de l'amour, qu'il lui envoyait. En grandes quantités, avec douceur mais détermination. Tetsu, à ce moment là, ne pouvait en douter.
Mais parce qu'il aurait été idiot de mourir asphyxié, il dut lui faire comprendre qu'il fallait s'arrêter. Moins pour reprendre son souffle, en vérité, que pour retrouver un rythme cardiaque proche de la normale. Et maintenant, que faire ? Il aurait pu dire toute une foule de choses, mais elles auraient été bien inutiles. Ils auraient pu en faire, mais elles auraient été vaines... Adam ne lisait-il pas dans ses pensées, après tout ? Nul besoin d'être original : il lui prit la main et la serra fort, très fort, comme pour le remercier pour tout. Et il se blottit contre lui, comme s'il voulait disparaître avec lui, à l'intérieur de son grand manteau. Il s'allongea sur la balancelle, les jambes repliées pour tenir entièrement, la tête sur les cuisses d'Adam. Adam qui caressait ses cheveux avec tendresse, conscient qu'il n'aurait pas dû agir ainsi, pour le bien de Tetsu...
