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14 – Elisabeth leva les yeux vers la personne qui avait frappé à sa porte. Elle fronça les sourcils en identifiant celle-ci.
« John ! Mais qu'est-ce que vous faites debout ? »
Pâle, avançant avec des mouvements lents et mesurés, John se tenait dans l'embrasure de son bureau flanqué du jeune McGowann.
« Carson m'a relâché … sous bonne garde comme vous pouvez le voir. » Il désigna du menton le jeune Marine derrière lui.
Elisabeth soupira. Elle allait dire deux mots à un certain écossais ! Comment avait-il pu laisser --. John qui avait deviné le fil de ses pensées l'interrompit.
« Ne tombez pas trop brutalement sur ce pauvre Carson, il n'a pas eu vraiment le choix. C'était ça, ou je mettais à feu et à sang son infirmerie chérie. Il avait déjà deux menaces de démission à gérer lorsque je suis sorti …»
Elisabeth sourit. Ca, elle lui faisait confiance pour rendre fous Carson et son staff. John et Rodney étaient les pires patients qui soient ! Elle nota aussi avec plaisir que John avait retrouvé son sens de l'humour. Tout n'était donc pas perdu.
« Je vois. Asseyez vous. »
John entra dans le bureau et se laissa littéralement tomber sur la chaise qui faisait face à Elisabeth. Cette dernière fronça à nouveau les sourcils.
« John, franchement, je ne crois pas que cela soit une décision très sage de --»
John leva la main et l'interrompit.
« Vous avez besoin de moi. Je suis passé voir Zelenka mais ils n'avancent pas assez vite. Nous n'avons plus le choix Elisabeth ! Nous devons laisser Carson le faire. »
Il avait haussé le ton. Elisabeth se repoussa dans son fauteuil. Elle savait à quoi il faisait allusion. Carson leur avait dit qu'il était possible d'utiliser les stimulateurs mnémoniques pour visualiser des évènements passés, même s'ils avaient été inconsciemment réprimés.
« John, il y a des risques et dans votre état, il n'est pas -- »
Il se leva brusquement, faisant tomber la chaise sur laquelle il était assis. McGowann fit un pas en avant prêt à intervenir au cas où mais Elisabeth le stoppa d'un signe de la main. John fit mine de ne s'être rendu compte de rien. Ses deux mains posées à plat sur le bureau, il faisait face à Elisabeth. Elle nota les cernes noirs, mais aussi le regard déterminé.
« Elisabeth, nous n'avons plus le choix. Le temps joue contre nous ! Cette décision ne concerne que moi, et moi seul, et je veux le faire. Maintenant. »
Elisabeth aurait pu argumenter mais elle savait que cela n'aurait servi à rien. Et puis, elle avait peur elle aussi, peur pour Rodney. Elle poussa un énième soupir.
« Bien. »
John se détendit aussitôt et se laissa tomber dans la chaise que McGowann avait remise sur pied, ayant visiblement lâché dans cette confrontation, sa dernière réserve d'énergie.
« Mais je vous préviens : si Carson décide qu'il faut arrêter, nous arrêtons tous sur le champ, c'est compris ? »
John lui répondit avec un petit sourire fatigué et un sourcil levé en signe de fausse indignation.
« Elisabeth ! Est-ce qu'il m'est déjà arrivé d'aller à l'encontre de l'avis de Carson ? » Il fit mine de frissonner et rajouta. « Non, merci, il faut être cinglé pour ça, ou masochiste, ou encore s'appeler Kavanaugh. »
Yep, se dit Elisabeth, son chef militaire allait mieux. Il ne lui restait plus qu'à en dire autant de son chef scientifique. Elle soupira et se leva.
"Passons d'abord voir où en est l'équipe de Radek, après nous aviserons."
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« Et merde ! » Cela faisait des heures qu'il essayait de rétablir les vitales de McKay, et pour le moment, on ne pouvait pas vraiment dire que c'était une réussite. Sa température était toujours trop basse et sa tension carrément en chute libre. Il ne pouvait pas le mettre en stase dans cet état, il ne survivrait pas à la procédure. Quelle galère ! Ses connaissances d'aide-soignant étaient bien utiles mais malheureusement insuffisantes pour l'aider. Heightmeyer n'allait pas être contente …
Il regarda sa montre. Ouch, plus que deux petits jours avant l'arrivée du vaisseau. Si cela continuait comme ça, ils n'auraient même pas besoin de le mettre au dodo le McKay !
Il fronça les sourcils, frappé par une idée. Ok, pas le choix. Après tout, il fallait juste qu'il se tienne tranquille, donc … Il farfouilla dans son sac, en sortit une seringue pré remplie et la vida dans la perfusion de McKay.
Le scientifique grogna et ses yeux clignèrent quelques minutes avant de s'ouvrir une fraction de seconde et de se fixer sur le visage au dessus de lui. Pendant un moment, l'homme cru que McKay allait dire quelque chose mais ses yeux se fermèrent et il resta silencieux. Ouais, de toute manière dans son état, même s'il gardait les yeux ouverts, pas sûr qu'il pourrait l'identifier. Et puis il ne serait bientôt plus dans le coin pour identifier qui que ce soit, alors …
Il surveilla son pouls quelques minutes. Données acceptables. Idem pour la respiration. Allez, emballé c'est pesé ! Heightmeyer était bien gentille mais il ne pouvait pas resté ici pendant des heures, son absence allait finir par être remarquée et boum, envolée sa couverture.
Il tapota la joue de McKay en un geste faussement tendre, en lui murmurant un petit « bonne nuit Doc', faites de beaux rêves ! », et sortit, après avoir réactivé les système de survie de la pièce. Au moins, leur précieuse marchandise serait au chaud.
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Elisabeth, suivie de John, entra dans le labo de Zelenka. Le scientifique jurait dans sa barbe en tchèque en donnant des ordres sur un ton qui n'était pas sans rappeler celui qu'utilisait son supérieur. Elisabeth sourit. Rodney déteignait décidément sur tout le monde …
« Radek. Des nouvelles … » demanda sèchement John.
Des nouvelles … il voulait dire de « bonnes » nouvelles bien sûr. Malheureusement, le visage que le tchèque tourna vers eux leur appris mieux que des mots que ce n'était pas le cas.
« Rien … pour le moment. Les scans ne sont pas pleinement opérationnels, celui qui a fait ça, savait ce qu'il faisait, nous devons tout réinitialisé, en procédant quartier par quartier. Nous en sommes à --», il jeta un rapide coup d'œil à son écran de contrôle et soupira. « A moins d'un tiers de couvert. » Il poussa un autre juron avant de se remettre à tapoter furieusement sur son clavier.
John ne dit rien mais ses mâchoires grinçaient tant il les maintenait serrées. Il se tourna vers Elisabeth.
« Contactez Carson et dites lui de tout préparer. »
Son ton était froid et sans appel. Un peu celui qu'elle avait entendu lorsqu'il s'était entretenu avec Ascatus Kolya lors de la tempête. Un ton qui ne laissait aucune place à la discussion. Elle soupira et porta la main à son communicateur.
« Carson ? »
//Oui Elisabeth ?//
Elle soupira. « Soyez prêts. Le Colonel Sheppard et moi nous arrivons. »
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« Carson ? »
« Ah, Elisabeth, Colonel et … euh, Caporal McGowann ? » demanda Carson, sourcil froncé en signe d'interrogation, incapable soudain de se souvenir du grade du jeune homme.
« Oh non. Non, pas Caporal, juste, juste soldat, seconde classe en fait » répliqua Keith, un peu déçu que le médecin en chef ne se souvienne pas de lui, mais bon, après tout, il n'était pas quelqu'un d'important.
« Ah, oui, Soldat McGowann. Comment va votre tête ? Les migraines ont disparu ? »
Ah bah si en fin de compte, il était peut-être plus important qu'il ne le pensait puisque que Beckett se rappelait de ce qui l'avait conduit à être son invité pendant quelques heures.
« Non, merci docteur. »
« Bien, bien. » Carson se tourna vers John. «Et vous Colonel ? Rien de particulier à signaler ? »
Sheppard fit un geste évasif de la main et s'installa sur le lit qui se trouvait au centre de la pièce. « Nous n'avons pas de temps à perdre Carson, alors branchez moi ces, ces trucs qu'on en sache enfin un peu plus. Nous avons besoin d'informations, n'importe quoi, une piste … »
Carson soupira. Nous … plutôt Rodney en fait, encore que … Il se tourna vers le Colonel. Il savait ce qui le hantait et ce n'était pas ces images implantées dans sa mémoire, non, c'était une scène tout ce qu'il y avait de plus réelle, une scène qui avait eu lieu seulement quelques semaines avant leur disparition soudaine. Rodney lui en avait parlé. Il lui avait raconté ce que Sheppard lui avait dit devant le transporteur. Ce qui rongeait Sheppard c'était la culpabilité. Carson avait été furieux contre le militaire : comment avait-il pu dire cela à Rodney ? Lui dire qu'il allait devoir gagner son pardon, lui montrer qu'il était encore digne de sa confiance ! Ridicule. Rodney était … et bien, il était Rodney. Ce qui c'était passé sur Doranda, c'était la face disons scientifique de Rodney, pas forcément la plus glorieuse certes, mais Sheppard entre tous aurait du savoir que Rodney n'était pas que cela, un homme empli d'orgueil et d'ambition, qu'il était aussi autre chose, un ami loyal, courageux à sa manière parfois un peu déconcertante.
Carson croyait en l'erreur. L'erreur est ce qui fait de vous un être humain, fragile et capable d'apprendre mais aussi de sortir grandi de ses fautes. Curieusement, c'était ce qu'ils reprochaient tous – Sheppard, Elisabeth et les autres – à Rodney. Il n'était après tout qu'un homme et il avait failli. Il était tombé de ce piédestal sur lequel on l'avait hissé – avec sa totale approbation, il fallait bien le reconnaître – celui de quelqu'un d'infaillible, celui d'un génie. Peut-être même d'un Dieu … Carson secoua la tête. Quel gâchis !
« Bien Colonel. Voici ce qui va se passer. Je vais activer les stimulateurs mnémoniques et les connecter à cet écran. Kate et moi allons vous poser plusieurs questions, d'abord générales puis de plus en plus précises pour guider vos pensées. Ces dernières devraient être « traduites » en images. »
Kate qui venait d'entrer fit un petit signe de tête à Carson et vint s'installer près de lui après avoir salué Elisabeth, un sourire bienveillant sur les lèvres.
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Keith regardait fasciné les images se former sur l'écran. D'abord floues, comme si les souvenirs du Colonel manquaient eux aussi de netteté, elles devinrent plus nettes, plus colorées aussi.
Heightmeyer menait l'expérience, avec des questions simples du genre de celles que l'on poserait en séance d'hypnose : « Vous venez de quitter le briefing de la mission sur P8T-654 et vous sortez de la salle de commande, vous descendez les marches qui mènent à la salle d'embarquement et vous empruntez le transporteur … », la psy laissant volontairement un silence attendant que son patient remplisse les blancs.
Sheppard avait les yeux ouverts, sa voix était traînante et de la sueur perlait sur son front. Il raconta comment ils avaient été enlevés, le docteur McKay et lui. Ils étaient tous les deux en route pour la salle d'entraînement pour y rencontrer Ronon Dex. Sur l'écran, ils virent tous l'image vaciller brusquement, comme si le caméraman était tombé. Ils entendirent McKay crier le nom du Colonel, puis plus rien jusqu'à ce que ce dernier se réveille à l'infirmerie, persuadé d'avoir tué son coéquipier. Apparemment, qui que ce soit qui ait manigancé tout cela, il avait agi avec prudence, attaquant ses deux victimes par derrière.
« C'était un stunner wraith, je reconnaîtrais cette charmante douleur qui vous vrille le cerveau, entre toute ! » murmura Sheppard les dents serrées, tout en se massant la tempe. Beckett venait d'ôter le petit disque et appliquait une crème sur la petite plaie rouge.
« Oui, c'est possible, » lui répondit le médecin. « Cela pourrait expliquer certains des résultats des examens neurologiques que nous avons pratiqués sur vous après vous avoir retrouvé seulement … » Il ne termina pas sa phrase, se mordant brusquement les lèvres. Seulement ces informations ne les avançaient guère. Tout le monde avait entendu ce qu'il avait voulu dire : aucune identification de l'agresseur, aucune piste, retour à la case départ.
Sheppard se leva brusquement et d'un violent revers de la main envoya tout ce qui se trouvait sur la table d'examen par terre.
« Colonel ! »
« John ! »
Les exclamations fusèrent devant l'explosion de violence. Keith s'avança prudemment vers son supérieur, désolé de devoir intervenir mais bien déterminé à empêcher le Colonel de faire une autre connerie. Ce dernier le regarda un moment puis après un long soupir, se laissa tomber sur une chaise.
« Ca va aller McGowann. »
« Oui Monsieur » répondit Keith, sauf qu'à son ton, tout le monde devait sentir qu'il n'en était pas si sûr que ça. Sheppard leva les yeux vers lui et lui sourit.
« Vous êtes décidé à exercer vos fonctions de garde chiourme jusqu'au bout, hein ? »
Keith hocha la tête. Il n'y avait pas d'animosité dans la voix de Sheppard juste de la résignation.
« Bon sang, il doit bien y avoir quelque chose, n'importe quoi que nous pouvons faire ! »
« Je crois que oui, » fit une voix derrière eux.
Zelenka se tenait devant la porte avec le sourire du chat qui a avalé le canari.
TBC
