Stray cat
Traduction du titre : « Chat errant ». Oui ça sonne mieux en anglais !
Disclaimer : Tout appartient à CLAMP.
L'histoire se déroule à Osaka, ce qui me permet de faire des clins d'œil aux décors de la république de Hanshin. La seconde raison c'est que c'est une ville que j'ai eu la chance de visiter.
Pas de spoilers.
Résumé : Comment chacun cherche son chat…
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Osaka, une matinée de fin d'été.
Fye quitta la gare, le plus rapidement possible. C'était l'heure de pointe mais son physique et sa beauté d'ange l'empêchait de se fondre dans la masse de la population locale. Sa tête, auréolée d'or dans la lumière matinale, émergeait du flot de salary-men stressés se rendant à leur travail. L'écoulement entre un courant humain, docile comme un troupeau, et un autre de véhicules vrombissants était réglé à un rythme mécanique par les feux de circulations.
Oppressé, il délaissa les avenues bondées au profit des petites rues pour rejoindre le centre ville. Il se sentait vulnérable et trop facilement repérable ! Si seulement il avait une casquette, ou quelque chose pour le dissimuler un peu. Il portait juste le jean et le t-shirt, qu'il avait enfilé en vitesse avant de s'enfuir, par chance son portefeuille s'y trouvait.
D'ailleurs Fye : ce n'était pas son vrai nom ! C'était celui qu'il avait donné au groupe de jeunes touristes scandinaves, avec qui il avait discuté pendant le voyage. Ils allaient à Hiroshima et Fye avait saisi l'occasion de se mêler à eux, songeant que ce serait le meilleur moyen de passer inaperçu. Depuis longtemps, il avait appris à cacher sa détresse sous un masque souriant. Et malgré tous ses soucis, il était passé à leurs yeux pour un étudiant américain : pas pour un jeune fugueur !
Alors qu'il avançait depuis un moment, perdu dans ses pensées, il réalisa soudain que la ruelle où il se trouvait n'était pas des plus rassurantes. Il frissonna comme chat qui vient de poser ses pattes sur un territoire dangereux. Mais avant qu'il ne puisse rebrousser chemin, trois Yakuzas l'abordaient !
« Eh toi ! T'es perdu ? » Lança celui qui semblait être leur chef, avec un fort accent du Hanshin. Une sorte de double crête comme coiffure et de petites lunettes de soleil rondes lui donnait un air vraiment grotesque.
« Il pige pas notre langue ! » dit un autre tandis que Fye reculait comme un animal traqué contre un mur.
« Je n'ai pas d'argent sur moi » s'écria t-il.
« J'te crois pas ! Fouillez le vous autres »
« Avec plaisir chef » répondirent ils avec des sourires pervers. Fye se sentait perdu, ce n'était pas le peu d'argent qu'il possédait qui l'inquiétait : ils allaient trouver sa carte d'identité ! Et là… ils reconnaîtraient son nom… le fils adoptif d'une grosse fortune du Japon !
Les Yakuzas ne laisseraient pas passer une telle occasion : ils le livreraient contre une rançon à celui qu'il fuyait !
« Eh vous ! Ôtez vos sales pattes de lui ! »
« Mêles toi de tes affaires ! » grogna le chef qui pâlit en voyant un jeune homme brun, de taille et de carrure impressionnante. Quand celui-ci prit l'expression menaçante d'un chien prêt à passer à l'attaque, les trois Yakuzas s'enfuirent sans demander leurs restes.
Il se tourna alors vers Fye avec un air interrogateur. Le blond le fixait, hébété, remarquant que son sauveur avait un très beau visage anguleux, où brulaient des yeux rubis… Il semblait avoir son âge, c'est-à-dire environ 18 ans.
« Eh ça va ? » s'écria le brun inquiet.
« Ah ! Oui… merci beaucoup » Répondit Fye, comme sortant d'un rêve.
« Tu parles japonais alors ! Qu'est ce que tu fais dans ce quartier ? »
« Je me suis perdu »
« Je vais t'escorter. Ce n'est pas sûr ici, surtout pour un type comme toi ! »
« Merci, je voulais me rendre au château et j'ai cru que ce serait un bon raccourci… ah ah ! »
Dit Fye d'une voix qui essayait d'être enjouée, et avec un faux sourire en bonus.
Le brun fronça les sourcils, ne semblant pas dupe, mais il ne dit rien. Une fois revenus dans une grande avenue, il lui indiqua une direction :
« Tu continues par là, après c'est indiqué. Le château se voit de loin de toute façon ! »
« Merci infiniment » Dit Fye en s'inclinant très bas, puis il s'éloigna rapidement. Il aurait voulu prolonger cette rencontre, lui demander son nom, mais c'était impossible : il ne devait pas s'attarder !
Le brun qui s'appelait Kurogane, le regarda partir Il parle trop bien japonais pour être un touriste…il a l'air d'avoir des ennuis…mais ça ne me regarde pas après tout ! Et il se hâta de rejoindre son lieu de travail.
oOoOo
Fye grimpa la série d'escaliers menant à l'esplanade où se trouvait le château médiéval d'Osaka (1). Sa majestueuse silhouette se détachait sur le ciel, avec ses murs immaculés et ses toits à étages ornés de sculptures scintillantes. Comme beaucoup de monuments japonais il n'était pas d'époque, l'original avait brulé lors des bombardements de la seconde guerre mondiale. Si Fye avait choisit cet endroit, c'est parce que c'était celui où il dénoterait le moins, au milieu des nombreux touristes étrangers. Il resta un moment indécis, se planquant dans la foule. Quand soudain son estomac protesta, lui rappelant qu'il n'avait rien mangé depuis la veille. Il avisa un stand de takoyaki (2), acheta une boisson à un distributeur, et s'assit sur un banc un peu à l'écart dans les jardins alentours. Tandis qu'il mangeait, il vit du coin de l'œil deux lycéennes japonaises rougir, se poussant du coude. Il soupira : sa beauté presque irréelle… la cause de tous ses ennuis en fait !
La nuit dernière, dans la splendide demeure de Tokyo qui était devenue la sienne, tout ce qu'il avait essayé de construire depuis la perte sa famille… avait volé en éclats ! Ashura, son père adoptif avait fait éruption dans sa chambre dans un état d'agitation extrême.
« Tout est de ta faute ! » avait-il crié à un Fye interloqué.
« … si tu n'étais pas si… attirant… ça fait trop longtemps que je me retiens » Et il avait fondu sur lui comme un rapace… Fye s'était mit à hurler, griffant et mordant comme un chat en furie. Le raffut avait alerté plusieurs gardes du corps et il en avait profité pour bondir s'enfermer à double-tour dans la salle de bain. Il s'était habillé en un éclair tandis qu'Ashura menaçait et achetait le silence de ses hommes. Puis il s'était presque jeté par la fenêtre, s'était rué dehors où il avait hélé un taxi, direction la gare.
Et maintenant il était là… il n'avait pas assez d'argent pour une chambre d'hôtel, même minable. Combien de temps pourrait-il échapper à Ashura ? Celui ci avait les moyens de le faire rechercher jusqu'au fin fond de la Sibérie… alors au Japon ! La logique aurait voulu qu'il se rendre dans un poste de police pour expliquer sa situation, mais il savait trop bien que vu le statut d'Ashura, personne ne le croirait ! Le fait que lui, d'origine étrangère ait été adopté par un richissime japonais sans héritier, avait été très mal vu par beaucoup. On l'accuserait d'essayer de salir réputation de son bienfaiteur pour faire main basse sur sa fortune !
Tandis qu'il ruminait ces sombres pensées, le ciel, à l'unisson, se couvrait de nuages menaçants. Et soudain un violent orage d'été éclata. Fye comprit qu'il lui vaudrait mieux éviter les endroits où tout le monde se pressait et il se mit à courir au hasard dans les rues. Ce n'est pas un temps à mettre un chat dehors ! Avisant alors la porte d'un immeuble d'où sortait quelqu'un, il en profita pour s'engouffrer à l'intérieur. Il monta alors jusqu'au dernier étage, et se roula en boule dans un coin du couloir en espérant ne pas tomber trop vite sur un des résidants. Il grelotait, ses vêtements étaient complètement trempés. Alors il se recroquevilla le plus possible sur lui-même et évoqua l'image du beau ténébreux qui l'avait aidé. Sa peau bronzée, ses yeux flamboyants : il essaya de se réchauffer à leurs souvenirs. Puis il finit par sombrer dans une sorte de torpeur.
oOoOo
Quel temps de chien ! grommela Kurogane, qui comme tout le monde n'avait pas pris de parapluie en partant ce matin. Il avait un job d'été de vendeur au « Toramaru sport » (3). Assis derrière le comptoir de la boutique, vide à cette heure de l'après midi, il ne pouvait s'empêchait de repenser au blond. Que devient-il ? Il lui faisait penser à un chat perdu, mais pas un chat de gouttière plutôt le genre « Aristochat ». Un gosse de riche qui fait une fugue ? Soudain la porte s'ouvrit :
« C'est une bonne idée d'avoir prit un parapluie alors que la météo annonçait du beau temps, Yuko-san ! » Déclara un lycéen à lunettes à la femme qui l'accompagnait. Elle était très classe, pas franchement le genre à entrer dans ce type de magasin de sport, nota Kurogane.
« Que vient-on faire là ? » Reprit le garçon.
« Acheter une batte de baseball : j'en veux une en métal rouge ! »
****
Quand il eut terminé sa journée, Kurogane vit avec soulagement que la pluie avait cessé. En chemin, il croisa Toya et Yukito, qui sortaient eux aussi de leur travail dans une petite imprimerie du quartier. Ils décidèrent d'aller manger un morceau dans un resto d'okonomiyaki. Ils parlèrent de choses et d'autres, de leur entrée prochaine à la fac, puis Toya râla à propos du gamin qui tournait autour de sa sœur.
« Shaolan ? Il est dans mon club de kendo, je ne vois pas ce que tu lui reproches. Il est très sérieux ! » Déclara Kurogane surpris.
« Sakura et lui sont amis d'enfance, tout comme nous Toya » Ajouta Yukito en insistant sur les derniers mots.
« Ouais mais maintenant qu'ils ont 14 ans ils pourraient commencer à faire des trucs ensembles ! »
« Ah Ah Ah ! Tu as vraiment le syndrome du grand frère ! » Conclut Yukito en riant.
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Kurogane pris congé du petit « couple » et rentra chez lui, toujours obnubilé par sa rencontre du matin S'il traîne dehors ce soir il va encore avoir des problèmes… Cette pensée ne le quitterait pas de la nuit. Et soudain il vit quelque chose à coté de la porte de son appart : ça ressemblait presque à un chat tellement c'était enroulé sur lui-même… et c'était blond… C'est pas vrai !!! Mais comment a-t-il retrouvé ma trace ? Il a un instinct d'animal ou quoi ?
Abasourdi par ce « cadeau surprise », inconscient et trempé, il l'emporta dans la salle de bain. Mais il ne se réveilla pas quand il le secoua. Alors il décida de commencer par lui ôter ses vêtements mouillés. Tu as de la chance d'être tombé sur moi et pas sur un pervers, baka ! Pensa t-il à la vue d'un torse pâle et finement ciselé. Il hésita en arrivant à la braguette… C'est un garçon … je ne fais rien de mal… qu'est ce qui m'arrive ? Ses mains tremblaient et son cœur battait très fort. Une fois qu'il vint au bout de cette troublante opération, il le retourna sur le ventre, pensant que ce serait moins gênant. Il entreprit alors de lui retirer son jean, ce qui n'était pas facile car le tissu était humide et le blond portait un modèle particulièrement ajusté.
Il est vraiment tout fin… AAAAH !!!!
Kurogane, écarlate, faillit faire une attaque en voyant que le boxer était en train de suivre le pantalon, dévoilant des rondeurs exquises…
oOoOo
Fye se sentait bien, une chaleur très agréable envahissait tous les pores de sa peau… il commença à ouvrir les yeux… et paniqua Où suis-je ? C'est à qui cette main ? Je suis tout nu !?!
Non, il portait toujours son boxer, il était plongé dans un bain très chaud et une main lui maintenait la tête de peur sans doute qu'il ne s'y noie.
« Ouf tu te réveilles enfin Blanche-neige ! »
« TOI !!! Mais que fais-tu là ? » S'écria t-il estomaqué en reconnaissant son sauveur.
« C'est ma question ça ! Je t'ai trouvé devant ma porte comme un chat errant »
« C'est… c'est un hasard… je me suis réfugié là à cause de la pluie ! »
Un hasard ? « Dans ce monde le hasard n'existe pas, tout est inéluctable ! » C'est ce qu'avait dit à un moment son étrange cliente au garçon qui l'accompagnait. Il avait envie de la croire pour le coup. Et le fait d'avoir retrouvé le blond ne lui déplaisait en rien.
« Si tu étais là c'est sans doute parce que tu n'as nulle part où aller ! Je me trompe ? »
« Non… » Soupira Fye et soudain il s'agita de manière involontairement comique « Mais je ne vais pas t'embêter plus longtemps, merci pour tout !!! »
« Je ne sais pas où tu veux aller mais… tu comptes t'y rendre à poils ? » Demanda Kurogane le stoppant net dans son élan en montrant les habits qu'il avait mit à sécher.
« … » Zut, il avait oublié ce détail !
« Je m'appelle Kurogane Suwa, tu peux rester ici cette nuit si tu veux ! »
«Merci beaucoup, moi c'est Fye… » Et il hésita, le brun fit signe que cela lui suffisait.
« Je vais essayer de te trouver des fringues de rechange »
La vie est pleine de surprises ! Songea Fye en se séchant. Il n'avait jamais imaginé revoir ce garçon et maintenant il était chez lui… presque nu. Il m'a déshabillé ! Cette pensée qui aurait du l'effrayer au vu des récents événements, lui faisait au contraire tourner la tête… à moins que ce soit la chaleur du bain !
« Ça risque d'être un peu trop grand » Précisa Kurogane en lui tendant un short et un T-shirt noirs. Quand Fye sortit de la salle de bain, il vit un appartement typique de jeune japonais vivant seul : sol en tatamis, séjour qui servait aussi de chambre et une kitchenette. Le tout était bien rangé, avec une sorte de rigueur martiale.
Comment fait il pour être aussi sexy même habillé ? se dit le brun en voyant que les vêtements trop larges faisaient ressortir sa minceur et apparaître une épaule, semblant sculptée dans du marbre, d'un coté. Il remarqua aussi que les joues du blondinet étaient très rouges…
« Je suis désolé pour le dérangement Kuro… » Et soudain il laissa glisser sa tête contre le torse du brun, où il resta appuyé.
« Mais qu'est ce que tu… » Cria Kurogane avant de comprendre qu'il était de nouveau inconscient et brulant de fièvre ! Il soupira :
« T'as attrapé la crève » Et il le secoua un peu pour lui faire avaler un cachet. Puis il l'installa dans son futon avec un linge mouillé dans une bassine de glaçons sur le front.
Fye se mit à délirer, prononçant des phrases entrecoupées, où il était question de la mort tragique de sa famille et des raisons de sa fugue. Il serrait très fort la main de Kurogane, qui s'efforçait de l'apaiser en lui parlant doucement. Puis peu à peu, le médicament faisant effet, il finit par s'endormir, sans lâcher la main du brun…
oOoOo
Fye se réveilla en se demandant où il était. Une lumière était restée allumée quelque part dans la pièce et il voyait un plafond inconnu. Puis il prit conscience de la présence de Kurogane dont il tenait toujours la main. Ce dernier s'était endormi, assis en tailleur le dos appuyé contre le mur. Fye s'émut en voyant que c'était le milieu de la nuit : Kurogane avait du rester des heures dans cette position, comme un toutou veillant son maître !
Il retira sa main à regret et le brun ouvrit les yeux.
« Je m'excuse je… » Commença Fye confus.
« Tu te sens mieux ? »
« Oui, oui merci je te rends ton futon » Dit-il en se levant brusquement.
« Il n'est pas question que tu dormes par terre, baka ! »
Il ne restait alors qu'une solution : Fye lui proposa de le partager.
« Ça ira ? Tout à l'heure quand tu délirais j'ai compris ce qu'à essayer de te faire celui que tu fuis ! » Il y avait dans sa voix et son regard une colère noire contre le coupable.
Après le terrible accident qui lui avaient arraché non seulement ses parents, mais aussi la moitié de lui-même : son frère jumeau, il avait été adopté par un millionnaire japonais, relation de sa famille. Au début Ashura s'était inquiété que la reconnaissance de l'adolescent pourrait ne pas être sincère mais guidé par sa fortune… Lui qui se sentait si seul. Alors Fye l'avait assuré du contraire et lui avait promis qu'il ferait tout combler le vide de sa vie… il avait caché ses blessures qui ne cicatrisaient pas sous un masque souriant… il avait tenté de lui apporter l'affection d'un fils… tout en trouvant des excuses pour des gestes inappropriés de plus en plus fréquents… Avant de comprendre de la manière la plus cruelle qui soit que ce n'était pas cela qu'Ashura voulait !
Il avait été trahit par la personne en qui il avait placé toute sa confiance… alors pouvait il encore croire quelqu'un ?
Pourtant même si on dit qu'un « chat échaudé craint l'eau froide » il voyait combien l'attitude de Kurogane était différente de celle d'Ashura. Ses actions envers lui étaient simples et directes, et il n'attendait rien en échange !
« Oui ça ira ! Tu n'es pas comme lui » Répondit Fye en lui souriant faiblement.
Kurogane éteignit la lumière et se glissa contre lui, la sensation de ce corps chaud près du sien était loin d'être désagréable. Fye sourit dans le noir, lui qui avait l'habitude d'être entouré de gardes du corps, ne s'était jamais senti autant en sécurité !
oOoOo
Le lendemain, Fye se réveilla assez tard. Kurogane était partit en laissant un mot sur la table basse :
« Hé la marmotte ! Je dois aller au boulot. Je te laisse un double des clés et il y a du bouillon de nouilles au poulet pour toi dans la cuisine. Fais comme chez toi, je rentre vers 17h.
Kurogane »
Fye sourit en imaginant les ruses de ninja que le brun avait du employer pour ne pas faire de bruits ce matin. Après avoir fait une toilette de chat, il fit réchauffer la soupe et se prépara du thé. Son estomac accueillit avec plaisir cette nourriture chaude. Il se sentait beaucoup mieux physiquement, mais ses problèmes était toujours les mêmes.
Je ne peux pas rester ici : je ne dois pas gêner davantage Kurogane et si Ashura apprenait qu'il m'a aidé…il lui causera à coup sûr de gros ennuis !
Il était songeur, assit en tailleur devant la table basse, quand un petit placard dans un coin de la pièce, attira son attention. Son cœur se serra : c'était le genre de meuble dans lequel au Japon, on conserve les souvenirs de ceux qui sont morts ! Il l'ouvrit avec appréhension et y trouva la photo d'un couple... leur ressemblance avec Kurogane était si frappante qu'il n'y avait aucun doute possible : c'était ses parents !
Il est donc orphelin de père et de mère…lui aussi…Les yeux de Fye se remplirent de larmes, la douleur que pouvait éprouver Kurogane, il la connaissait trop bien ! Il resta longuement recueilli, perdu dans ses propres souvenirs… Puis joignant les mains et s'inclinant devant le petit autel : il leur adressa ses plus sincères remerciements d'avoir eu ce fils merveilleux !
Ding !
La sonnerie de l'interphone le fit brusquement sursauter ! Ne sachant s'il devait répondre, il se contenta de décrocher doucement sans rien dire.
« Kurogane ? » Appela une voix féminine très énergique.
«Soma, il doit être au travail à cette heure. Tu es trop impatiente ! » Se moqua une autre fille.
« C'est vrai, je lui téléphonerais tout à l'heure ! » Et elles partirent.
Une douleur étreignait Fye alors qu'il raccrochait, les mains tremblantes. Sa petite amie ? Je ne suis vraiment qu'un horrible égoïste…pourquoi je voudrais qu'il n'en ait pas ? Il est tellement gentil…
Et soudain les paroles qu'Ashura lui avait lancées, pendant qu'il se débattait résonnèrent dans sa tête : « Je suis le seul à t'aimer autant…tu ne trouveras personne d'autre ! »
Fye alluma vivement la télé pour avoir une distraction contre cette voix sinistre… et là il la vit… une solution à ses ennuis !
oOoOo
Pour une fois, Kurogane était pressé de rentrer chez lui ! Mais quand il trouva le double de ses clés dans sa boite aux lettres, il eut un très mauvais pressentiment. Il se rua dans son appart… de Fye il ne restait qu'un bout de papier :
« Je te remercie infiniment pour tout ce que tu as fait pour moi, j'espère de tout cœur pouvoir te le rendre un jour.
Je ne t'importune pas plus longtemps, surtout ne t'inquiètes pas pour moi !
Tu sais, quand on te voit comme ça tu es intimidant comme un chien féroce, mais en réalité tu es vraiment très gentil Kuro-toutou ! Je parie que tu vas râler en lisant ça…et tu ne dois pas non plus aimer qu'on te dise que tu es gentil : mais c'est la vérité, tu es très gentil !
Portes te toi bien !
Fye, le chat errant ! »
Fye avait agrémenté sa lettre d'un dessin de chien, caricaturant le brun, et d'un autre de chat à coté de sa signature.
Ne pas m'inquiéter pour toi ? Baka, comme si c'était possible…où es tu passé ?
Quand son portable se mit à sonner il se maudit de ne pas avoir pensé à lui laisser son numéro !
« Salut c'est Soma, on sors ce soir avec Amaterasu, Arashi et Sorata! Tu viens ? »
« Non »
« Quel enthousiasme ! »
« Désolé mais je ne suis pas d'humeur à ça ce soir ! »
« On dirait que tu t'es fait plaquer ! Mais pour ça il faudrait que tu ais déjà eu une petite amie »
« Je n'en ai pas, contrairement à toi » Il n'y avait pas de sarcasme dans sa voix, c'était juste une constatation.
Après avoir rassuré Soma, il fit le tour de l'appartement : Fye avait fait du ménage, pour le laisser impeccable. Mais aussi comme pour effacer toutes traces de son passage ! Or quand il se coucha, il trouva son futon encore imprégné de l'odeur du blond. Si c'était une consolation, ou au contraire une souffrance supplémentaire ? Il ne put trancher…
oOoOo
Le lendemain, au « Toramaru sport », Kurogane était toujours obnubilé par cette disparition. Il ne connaissait ni son nom… ni même son prénom. Fye, il l'avait compris pendant que l'autre délirait, c'était celui de son frère jumeau décédé ! Une voix le fit sursauter :
« Kurogane-sempaï »
« Ah… qu'est-ce que tu veux gamin ? » Dit-il en reconnaissant Shaolan.
« Je voulais savoir si je pouvais accrocher ça dans la boutique ? » Et il lui montra un de ces avis qu'on met pour retrouver un animal perdu. Ici en l'occurrence un petit chat blanc tout rond, aux oreilles recourbées, répondant au nom de Mokona.
« Ouais, t'as perdu ton chat ? »
« Non, c'est celui de Sakura, il a disparu depuis hier ! »
Après avoir souhaité bonne courage à Shaolan, il rentra chez lui. Appuyé contre le rebord de sa fenêtre ouverte, il contemplait la ville. Où es tu maintenant ?
« Miaou ! »
« Fye ? »
Mais non, triple andouille !!! C'est un chat…Tiens mais cette boule de poils blanche avec ce collier rouge…
Il se dépêcha pour arriver au « Clow impression » avant la fermeture et trouva Sakura et Shaolan devant la porte.
« Je suis désolé Sakura, j'ai cherché partout mais… »
« Tu as fait tout ce que tu as pu, Shaolan, il faut te reposer… Oh Kurogane-sempaï… MOKONA !!! »
Le sourire radieux que lui offrit la jeune fille, valait bien tous les risques qu'il avait pris pour attraper le chat sur le toit ! Sakura se mit à gronder et câliner Mokona tout à la fois, tandis que Shaolan s'inclinait très bas en remerciement. Puis alors que Toya râlait sur le fait que le gamin voulait raccompagner sa sœur à la maison, Kurogane entra dans la boutique :
« Je voudrais faire agrandir ce dessin et l'imprimer sur une série d'affiches, c'est possible ? » C'était le chat dessiné par Fye et censé le représenter !
« Bien sûr, d'ailleurs Toya va te faire un prix pour le service rendu ! » Répondit Yukito.
oOoOo
Le lendemain matin, Sakura et Shaolan se promenaient ensembles, quand ils aperçurent Kurogane accrochant quelque chose sur un mur. Ils se précipitèrent vers lui :
« Vous avez aussi perdu votre chat, Kurogane-sempaï ? »
En plus du dessin, l'affiche portait ces mots :
« Baka neko
Je suis très inquiet
Alors donnes moi au moins de tes nouvelles ! »
Il avait d'abord pensé y mettre son numéro de portable. Mais craignant recevoir beaucoup d'appels de plaisantins, il s'était abstenu. Après tout Fye connaissait son adresse.
« Mais Kurogane-sempaï » Commença Shaolan inquiet « Le dessin n'est pas assez explicite et le texte… »
« Si cet idiot voit ça il se reconnaitra tout de suite ! »
Tandis que Shaolan se demandait s'il ne devait pas appeler les « urgences psychiatriques », Sakura s'écria :
« J'ai compris ! Ça concerne votre petit ami… enfin peut être ex-petit ami ? »
« Ni l'un ni l'autre ! »
« En tout cas c'est quelqu'un qui vous est cher, sinon vous ne vous donneriez pas tout ce mal ! »
Maintenant que la jeune fille le disait, peut être que ses sentiments envers Fye n'étaient pas différents de ceux de Toya pour Yukito !
« On va vous aider Kurogane-sempaï ! » Déclara Sakura super motivée et Shaolan approuva « On va faire pleins d'autres photocopies et en accrocher partout. Je vais aussi prévenir Tomoyo ! »
Kurogane était quelque peu réticent à l'idée de laisser les gamins s'en mêler. Surtout que Tomoyo étant la sœur d'Amaterasu, tout cela parviendrait vite aux oreilles de Soma. Mais c'était surement la meilleure solution pour diffuser amplement son message !
****
Et l'après midi même, une femme à la longue chevelure brune, très élégamment vêtue, détacha une affiche, avec un sourire amusé. Une fois rentrée, elle se dirigea vers un salon arrangé avec goût. Là, vautré au milieu des cousins du divan comme un chat de luxe, un adolescent blond dessinait, entouré de papiers. C'était une sorte de manga très schématique, mettant en scène un chat et un chien, nommé « Toutou matou Reservoir Chronicle » (4). Il finissait un passage où le matou pleurait car son ami s'était blessé la patte en le défendant contre son ancien maître.
« Ah bon retour Yuko-san » Dit il, levant le nez de son chef d'œuvre.
« Je suis désolée que les circonstances te forcent à rester cloitré. J'ai trouvé ça au centre ville, il y en avait un peu partout »
« Kurogane » murmura t-il alors que ses yeux se remplissaient de larmes.
oOoOo
Le jour suivant, Kurogane se leva tôt, pour un dimanche car il était nerveux. Et si malgré tout il ne recevait aucunes nouvelles du blond ? Il préféra sortit faire un tour, plutôt que rester chez lui à tourner en rond. Or en passant devant une palissade où il avait accroché hier une de ses affiches, il vit avec stupeur qu'elle avait été remplacée par une autre. Dessus il y avait cette fois le chien dessiné par Fye et le texte suivant :
« Recherche Gros toutou très gentil
Pour toutes information s'adresser au :
199 rue du Rêve, Quartier Tsubasa »
« Eh ??? » Ça a marché… « Gros toutou » ? Je vais le tuer !!!
« Kurogane-sempaï ! » Sakura Shaolan et Tomoyo arrivaient en courant « Toutes les affiches du quartier ont été remplacées ! »
« Ce matin, j'ai vu de loin deux garçons les mettre… l'un avait des lunettes et n'arrêtait pas de râler contre l'autre ! » Expliqua Tomoyo essoufflée.
« Fye est blond, il n'est pas japonais » Précisa Kurogane.
« Non, c'était des lycéens japonais ! » Ajouta la jeune fille.
« Il faut se rendre tout de suite à l'adresse indiquée ! » S'écria Sakura toute excitée.
Ils atterrirent dans un quartier résidentiel assez chic et s'arrêtèrent devant la grille d'une maison plutôt mystérieuse, entouré d'un magnifique jardin.
« IchiharaYuko » Lu Shaolan sur la sonnette.
« Eh mais ça me dit quelque chose… » Commença Tomoyo « Oui c'est une avocate spécialisée dans le droit des enfants ! C'est elle qui a défendu cette petite voyante qui était exploitée par une chaine de télévision »
« C'est vrai, on en a parlé aux infos récemment, j'étais si contente que tout se termine bien pour Kohane-chan ! » S'exclama Sakura.
Soulagé, Kurogane sonna :
« Je viens pour l'annonce »
« Ton nom ? » demanda une voix féminine.
« Kurogane Suwa ! »
« C'est la bonne formule magique ! » Et une superbe jeune femme portant un kimono brodé de papillons paru sur le seuil. Il reconnu avec stupéfaction son étrange cliente.
« Oh mais tu es le vendeur du « Toramaru », enchantée ! Il t'attends là bas » Dit-elle en montrant une porte. Puis elle invita les trois plus jeunes à entrer également.
Kurogane trouva Fye dans un petit salon. Ce dernier se précipita vers lui avec l'air d'un chaton qui a fait une bêtise.
« Kuro… je suis désolé… tu dois être en colère »
« Baka ! Quand un chat se barre comme ça d'abord on le gronde et ensuite… » Il s'arrêta net, fixant l'un des dessins étalé sur le canapé. On y voyait le chien et le chat blottis l'un contre l'autre, regardant le clair de lune… et il y avait pleins de petits cœurs autour de leurs têtes. Dans le genre « déclaration d'amour indirecte » on ne faisait pas mieux !
« Ah… c'est euh… je … » Kurogane ne le laissa pas bafouiller plus longtemps, le bâillonnant avec sa bouche. Dans le genre « déclaration d'amour très directe » on ne pouvait pas faire mieux !
Yuko avait installé ses invités dans un autre salon. Un garçon à lunettes entra, portant des boisons.
« Je m'appelle Watanuki Kimihiro, je travaille à mi-temps chez Yuko-san ! »
Et l'avocate leur expliqua :
« Fye, de son vrai nom Yui Flowright était le fils d'un homme d'affaire américain résidant au Japon. Quand il a perdu sa famille dans un accident de voiture il y a quelques années, c'est un ami japonais de son père qui l'a adopté »
« Il s'agit d'Ashura-san non ? Cette affaire avait fait couler beaucoup d'encre à l'époque » Déclara Tomoyo.
« C'est exact ! De nombreux conservateurs avaient très mal pris qu'un jeune américain devienne de ce fait l'héritier d'un puissant groupe industriel japonais. D'ailleurs la photo de Yui n'était pas parue dans la presse pour des raisons de sécurité. D'autres personnes avaient au contraire défendu la décision d'Ashura-san comme une action louable » Puis elle continua d'une voix triste « Malheureusement ses intentions envers Yui ont fini par se révéler trop tactiles… Et ce dernier s'est enfui à Osaka pour lui échapper. Puis il est venu me demander mon aide après m'avoir vue aux infos. Ma spécialité c'est de toujours tenir tête à mes adversaires, quelque soit leur puissance et leurs moyens financiers ! Dans cette affaire le fait que Yui demande à ne plus avoir aucuns liens avec Ashura-san, renonçant du coup à l'héritage, devrait faire taire ceux qui pourraient crier à une manœuvre de déstabilisation. Tout dépendra de la réaction d'Ashura-san : il aurait tout à gagner à éviter un scandale, mais j'ai peur qu'il ne soit obsédé par Yui. En tout cas pour l'instant ce dernier est sous ma protection et sa présence ici ne doit pas être connue ! »
« Bien sûr ! » Approuvèrent les trois adolescents.
« Hier, en ville j'ai reconnu sur une affiche le style de dessin que Yui passe son temps à crayonner depuis qu'il est chez moi. Quand je lui ai montré, il m'a parlé du garçon qui l'avait aidé : il l'avait quitté brusquement pour ne pas lui causer d'ennuis. L'idée de Kurogane était excellente : elle ne pouvait attirer l'attention de ceux qui recherchent Yui et les autres personnes y ont juste vu une blague de gamins ! J'ai donc décidé de lui répondre de la même manière ! »
« Et c'est là que ce n'est pas logique : Yui connaissait son adresse » Gémit Watanuki et il continua, sa voix montant dans les aigus « J'aurais très bien pu lui porter un message sans attirer l'attention. Alors pourquoi m'avoir demandé de remplacer les affiches, et avec ce crétin de Doméki en plus ? »
« C'était beaucoup plus marrant ainsi » Déclara Yuko en riant.
« Et tellement romantique ! » S'extasièrent les jeunes filles, tandis que Shaolan compatissait avec le pauvre Kimihiro.
Dans la pièce à coté Yui expliqua en substance la même chose à Kurogane.
« Yui je veux pouvoir être près de toi pour te protéger ! » déclara le brun en lui caressant le bout du nez, adorable comme le museau d'un chat.
Le blond lui offrit un magnifique vrai sourire de remerciement. Puis il entreprit de se faire pardonner son escapade auprès de son toutou avec force de câlins !
Et Watanuki envoyé par Yuko leur demander de se joindre à eux, revint tout rouge :
« Non… là je crois qu'ils sont trop… occupés ! »
Fin
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Merci de votre lecture. Je voulais utiliser le principe des avis de recherche pour animal perdu… c'est aussi un clin d'œil à « Amélie Poulain » !
Une petite review ? Même si c'est pour critiquer (si c'est constructif). Je sais que mon style laisse à désirer, mais j'espère au moins que l'idée est amusante.
Notes :
(1) : Se reporter au château où Primera leur donne rendez-vous dans le tome 2.
(2) : Boulettes de poulpe.
(3) : Celui du tome 1 de Holic.
(4) : C'était mon titre alternatif pour cette série d'OS.
Thème utilisé « recueillir un « animal » errant ». Le chapitre concernant Kuro sera une sorte de remake du manga « Kimi wa pet ».
A suivre : « Stray dog » UA, inspiré de « Kimi wa pet ». Fye, un jeune écrivain, rencontre un Kurogane à la rue, qui lui rappelle étrangement le chien qu'il avait enfant. Il lui offre l'hospitalité en échange du contrat implicite de devenir son animal de compagnie…
