Hello !

Désolée pour ce post plus tardif que prévu, en espérant que la longueur me fera pardonner.

Merci à seirarah, Totorsg, alamanga, Lily Wolf, Karyanawel, MarshxMallow, paffi, Jade212000 et LouiseMentalist. =)

janeandteresa62: Réponse dans ce premier chapitre qui -je l'espère- est plus léger. =) Merci !

FewTime: Je me sens toujours terrible quand ton amour pour Jane joue aux montagnes russes par ma faute. J'espère que tu me pardonneras ? =) Je suis vraiment ravie que tu ais aimé ce prologue malgré le ton tristounet. J'ai un peu de mal avec drama/angst en ce moment, donc même si j'adopte parfois un ton """sérieux""", je ne compte pas écrire une histoire bonne à se suicider. Oh et je suis ravie que la citation de Zeller t'ait interpelé, cet homme est un génie ! Merci un million de fois. =)

Enjoy: Ah les retours de vacances, quelle horreur ! Bon courage pour surmonter cette épreuve. =) J'étais vraiment heureuse de lire que malgré la douleur/tristesse, ça t'a plu. Je me suis cassée la tête à rendre tout ça à peu près cohérent (pas facile sur plusieurs années ^^'). Mention spéciale pour les doigts de ta vie quotidienne, j'ai bugué un moment avant de lire ta 2ème review. ^^ Je ne te remercierai jamais assez pour toutes tes reviews merveilleuses, et milles excuses pour l'attente.


Chapitre 1 : Eléments perturbateurs :

"Pour beaucoup, l'avenir rêvé n'est souvent que le retour à un passé idéalisé."

Robertson Davies.

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Cinq ans après la mort de John LeRouge :

Rigsby insulta son réveil sans prendre de pincettes à la seconde même où les infos du jour retentirent dans la pièce. Il grogna, écrasa son poing sur le vieux réveil, puis se tourna dans son lit dans l'espoir de grappiller quelques minutes de sommeil.

-Il est huit heures Wayne, souffla la jeune femme qui partageait son lit.

-Déjà ? marmotta-t-il, la tête dans l'oreiller.

Il l'entendit rire et se tourna vers elle pour lui lancer un regard noir. Elle se contenta de regarder le plafond avec cet air malicieux qui l'agaçait tellement –mais qu'il adorait secrètement.

-Je ne comprends toujours pas pourquoi tu t'es porté volontaire alors que c'est ton seul jour de repos dans le mois, lança-t-elle en se tournant vers lui.

Il détailla un moment son visage fin, ce regard bleuté si souvent insondable, et cette silhouette qui parvenait à peupler encore bien des rêves après des années de relation. Il ne put s'empêcher de songer une fois encore au combien il avait de la chance, puis il l'attrapa par la taille pour l'amener contre lui avec douceur, nichant son visage dans son cou. Il y fut chatouillé par ses longs cheveux blonds qu'il dégagea d'un geste de la main, puis il déposa un léger baiser sur sa mâchoire.

-Ça ne répond pas à ma question, s'amusa-t-elle.

-C'est mon ami, se résigna-t-il. Il m'a manqué.

-J'aurai donc enfin l'occasion de rencontrer le fameux Patrick Jane ?

-Si tu es sage, rétorqua-t-il aussitôt en la faisant glisser sous lui, un sourire de vainqueur aux lèvres.

Elle roula des yeux, tant amusée qu'exaspérée, puis elle enlaça son cou pour enfin l'embrasser. Il répondit avec ferveur mais fut bientôt expédié hors du grand lit par la force.

-Tu ne joues pas dans les règles June, bougonna-t-il avant d'aller chercher de quoi s'habiller.

Il fit un arrêt par la salle de bain pour se rafraîchir, puis attrapa ses clefs de voiture qui étaient restées dans la poche de son jean de la veille. Avant de partir, il retourna dans la chambre dont June avait ouvert les rideaux et la retrouva assise à la fenêtre, comme elle le faisait chaque fois qu'il partait. Il aimait la savoir là lorsqu'il montait en voiture, et il ne manquait jamais de lui jeter un coup d'œil. La voir à travers la vitre, ou ne serait-ce que la deviner derrière les rideaux, ça lui rappelait qu'elle l'attendait, qu'elle faisait partie de sa vie tout comme il faisait partie de la sienne. C'était une façon comme une autre de l'aimer un peu plus.

Il enlaça sa taille et embrassa sa joue alors qu'elle appuyait son dos contre lui en souriant.

-Ton ami va t'attendre si tu traînes encore… s'amusa-t-elle.

-Et ton journal va t'attendre si tu ne finis pas cet article sur la hausse des loyers dans le centre-ville, la taquina-t-il.

-Arf, va-t-en, protesta-t-elle en riant et en tentant de se détacher de lui.

Il rit mais refusa de la lâcher, préférant s'amuser encore un peu avant de se diriger vers l'aéroport.

Il était le seul à savoir que Jane revenait aujourd'hui, et il ignorait pourquoi Jane n'avait pas voulu avertir les autres. Il avait un peu peur d'avoir ce rôle-là, parce que de ce qu'il avait entendu, Jane ne savait presque rien de leurs vies actuelles. Rigsby ignorait quelle serait sa réaction, ni dans quel état il retrouverait son vieil ami. Il supposait que si Jane voulait revenir, ça ne pouvait que signifier qu'il allait mieux, et cette pensée le rassurait depuis quelques jours. Mais il y avait aussi l'autre possibilité, celle qui lui disait que Jane pouvait revenir encore fragile, et s'effacer face à leurs vies qui avaient continué sans lui. Il se consolait en se disant que quel qu'en soit le résultat, il était content de le revoir.

June le sentit songeur et se tourna pour l'enlacer brièvement. Elle n'était pas vraiment du genre à initialiser ce genre de contacts, Rigsby avait vite appris à faire avec.

-Ça va aller, lui assura-t-elle. Je suis sûr qu'il sera aussi drôle que dans toutes ces histoires que tu m'as racontées sur lui.

-J'espère que tu as raison, avoua-t-il dans un sourire hésitant. Je te passe un coup de fil dès que je peux.

-Ne t'en fais pas pour moi cow-boy, j'ai du pain sur la planche aujourd'hui, je survivrai sans toi.

-Arrête de m'appeler comme ça June, protesta-t-il.

-File, ordonna-t-elle en le poussant vers la porte de leur chambre. Tu as perdu bien assez de temps comme ça.

-Tu me mets dehors ? s'indigna-t-il.

-Exactement, confirma-t-elle en l'embrassant furtivement. Sois un homme et fais face, gros bébé.

-Je préférais le cow-boy en fait.

-Wayne…

Il soupira mais rendit les armes et se décida à partir –non sans avoir fait une halte dans la cuisine pour attraper un beignet.

-N'oublie pas de m'aimer ! lança June depuis le haut des escaliers lorsqu'il ouvrit la porte.

Il rit en la traitant affectueusement d'idiote, puis referma la porte derrière lui. Lorsqu'il monta en voiture, June était installée sur le rebord de leur fenêtre de chambre. Cette vision si rassurante lui arracha un sourire.

Comment pourrait-il l'oublier ?


L'avion de Jane atterrit avec une demi-heure de retard. Rigsby eut donc tout le loisir de spéculer sur ce retour de l'ancien consultant au pays. Il savait que Jane avait gardé contact avec chacun d'entre eux, et plus encore Lisbon.

Au cours des cinq dernières années, il avait reçu un appel toutes les quatre à six semaines et malgré la brièveté de leurs conversations, il en aurait voulu à Jane si un jour il avait cessé d'appeler. Par chance, il n'avait jamais arrêté, et Rigsby était fier de pouvoir de temps à autre être celui qui donnait des nouvelles de Jane aux autres.

Au fil du temps, il était même entré en compétition avec VanPelt, tous deux cherchant à être celui qui avait le plus d'informations. Cho les avait souvent regardés faire avec un léger sourire en coin, d'eux trois, il était celui qui avait les conversations les plus brèves avec Jane, mais tous savaient qu'elles étaient aussi les plus lourdes de sens. Le jeu prenait généralement fin lorsque Lisbon apparaissait. De toute façon, si elle avait joué, elle les aurait battus à plate couture.

Lorsque Rigsby vit enfin la chevelure blonde de Jane se détacher dans la foule de voyageurs à la recherche de leurs bagages, il sut qu'il s'était inquiété pour rien. Le sourire qui illuminait le visage de son ami en témoignait et ils échangèrent une accolade avec enthousiasme.

-Bon sang cinq ans ! lança Rigsby en secouant la tête, incrédule.

-T'as pas pris une ride, s'amusa Jane.

-Toi si, se moqua aussitôt le brun. Allez viens, ma voiture est par là.

Jane rit puis le suivit, ses sacs à la main.

Une fois hors de l'aéroport, il s'arrêta sur le parking et leva les yeux vers le ciel bleu, laissant le vent ébouriffer ses cheveux. Il ferma les yeux, et un sourire doux se dessina sur ses lèvres. Rigsby le regarda faire avec amusement, tout dans le comportement de Jane dénonçait qu'il se sentait enfin chez lui.

-Allons-y, se reprit finalement Jane.

-Où veux-tu aller d'abord ?

-Je n'ai rien contre des œufs, je meurs de faim.

-Très bonne initiative, approuva aussitôt Rigsby.

Jane lui adressa un coup d'œil moqueur mais garda sa remarque pour lui, il aurait tout le temps de faire savoir à son ami qu'il n'avait pas du tout changé.


Au fond d'un café, Jane et Rigsby échangèrent des détails de vie, rien de vraiment compromettant, juste de quoi être confortables et faire la conversation autour d'une tasse de thé et d'un café.

Ce fut lorsque Rigsby sortit son portefeuille pour payer l'addition que Jane lui prouva qu'il n'avait rien perdu de son habileté à tout savoir.

-Depuis combien de temps tu veux demander à la femme qui partage ta vie de t'épouser ? lança-t-il sans préavis.

Rigsby referma son portefeuille immédiatement, rougissant légèrement.

-Elle pourrait trouver la bague en t'empruntant de l'argent, insista Jane. Si tu hésites encore, trouve une meilleure cachette.

-J'attends le bon moment, marmotta-t-il.

-Oh… Qui est-elle ? Une collègue de bureau peut-être ?

-Je vois que tu as toujours le même sens de l'humour aiguisé, s'exaspéra le grand brun. Mais non, c'est une... journaliste.

-Et comment s'appelle cette journaliste ?

-June.

-Joli prénom, se contenta de remarquer Jane.

Rigsby haussa les épaules dans l'espoir de changer de sujet rapidement. Aussi étonnant que ça puisse paraître, il savait exactement ce que faisait Jane. Il feignait de s'intéresser aux détails pour s'approcher progressivement du seul sujet qui l'intéressait vraiment : Lisbon.

-Ça te dit d'aller faire un tour au CBI ? lança Rigsby pour en finir au plus vite avec les hésitations et les années de séparation.

-Il y a toujours mon canapé ? s'enquit immédiatement Jane.

-Lisbon a fait en sorte que personne n'y touche.

Jane lui offrit un sourire qui aurait pu alimenter la ville entière en lumière. Etrangement, Rigsby se sentit soulagé à partir de ce moment. C'était Jane, et quelles que soient les raisons de son retour, il était content qu'il soit là, toujours aussi enquiquinant et fouineur.

C'était un peu comme si cinq ans, ça ne voulait pas dire grand-chose en terme de séparation.


Jane se sentit un peu malade lors de la route le rapprochant du CBI, mais, aussi doué qu'avant, il le dissimula parfaitement bien. Rigsby ne vit pas une once d'appréhension lorsqu'ils descendirent de voiture pour aller passer la sécurité.

Jane entendit très vite des murmures sur leur passage, et dans l'ascenseur, il fut reconnu par quelques personnes qui le saluèrent avec enthousiasme. Il leur offrit politesse et sourire, fidèle à sa réputation, soucieux de ne pas montrer à quel point il redoutait l'ouverture des portes.

Lorsqu'il s'avança dans les bureaux, il put entendre tout l'étage devenir peu à peu silencieux et il sentit tous les regards l'examiner comme s'il était un fantôme.

Il repéra une chevelure rousse familière, assise au même bureau, et le sourire que VanPelt lui envoya avant de se précipiter sur lui pour l'étreindre lui fit chaud au cœur malgré tout. Il referma ses bras sur elle avec hésitation, il ne s'était pas attendu à cette réaction de sa part. Il supposa qu'elle voulait juste éviter d'avoir à lui dire qu'il lui avait manqué, tous deux savaient pertinemment qu'il l'aurait utilisé un jour ou l'autre contre elle si elle l'avait fait.

-Pourquoi tu n'as pas dit que tu rentrais ? s'indigna-t-elle en le relâchant. On t'aurait organisé quelque chose !

-C'est exactement pour cette raison que Rigsby était le seul au courant, sourit Jane. Où est Cho ?

-Dans son bureau en train de préparer l'audience de demain, lui indiqua Grace en désignant le bureau de Lisbon.

Jane fronça les sourcils en faisant aller son regard du bureau à Grace.

-Tu veux dire dans le bureau de Lisbon, rectifia-t-il.

-Tu n'es pas au courant ? s'étonna Grace. On pensait qu'elle te l'avait dit.

-Qu'elle m'avait dit quoi ? l'interrogea-t-il en adressant un regard suspicieux à Rigsby qui semblait mal à l'aise avec la situation.

-Lisbon ne travaille plus dans le service, l'informa-t-elle. C'est Cho qui dirige l'équipe.

Jane sentit son cœur se serrer. Alors son équipe, sa famille, s'était morcelée en son absence ? Il haïssait l'idée.

-Personne ne t'a parlé des changements ? insista VanPelt, clairement soucieuse.

Un regard réprobateur de Rigsby la fit taire cependant et elle n'ajouta rien, laissant Jane plonger dans un brouillard d'incertitudes. Des questions vinrent à l'esprit de l'habituel manipulateur, mais il préférait les poser à Cho. Ce dernier ne porterait aucun jugement sur son ignorance des faits, et il avait grandement besoin de cette attitude-là. Tant pis pour ses précautions, il improviserait.

Il s'excusa auprès de Rigsby et VanPelt et se dirigea vers le bureau familier.

Cho leva la tête en entendant quelqu'un frapper puis entrer, et malgré ses années d'entraînement, il ne put empêcher son visage d'exprimer un peu d'étonnement en voyant Jane.

-Alors ? T'as eu une promotion en mon absence ? lui sourit le blond.

-Faut croire, confirma Cho dans un sourire discret. Je ne m'attendais pas à te revoir un jour, enchaîna-t-il avec sa franchise légendaire.

-Appelle-moi imprévisible, s'amusa Jane. Comment vont les affaires ?

-Le taux de réussite a un peu chuté, mais le nouveau ne s'en sort pas trop mal.

-Nouveau ? releva Jane, curieux.

-Garrett, fraichement débarqué de la LAPD. Il se croit dans un film d'action les trois-quarts du temps mais il n'est pas trop mauvais.

Jane acquiesça distraitement, occupé à analyser la décoration. Les affaires de Lisbon avaient disparu, même le grand canapé blanc n'était plus là. Il n'avait rien contre la touche personnelle et sobre de Cho, mais il avait toujours associé ce lieu à Lisbon, à une sorte de refuge où passer une partie de la nuit lorsqu'elle repoussait l'heure de son départ. Ça avait été le théâtre de mille chamailleries, et de confidences aussi, c'était étrange de devoir l'associer soudain à Cho, ça avait quelque chose de perturbant, comme si les choses n'étaient plus à leur place.

Il se racla la gorge en revenant à la réalité.

-Où est..?

-Lisbon ? termina Cho à sa place.

Jane acquiesça muettement, redoutant la réponse. Il voulait savoir, mais il avait peur d'apprendre qu'elle n'était définitivement plus là. Il ne réalisa qu'il retenait sa respiration que lorsque Cho répondit finalement.

-Elle est dans le grand bureau.

-Dans le grand bureau ? répéta Jane sans comprendre.

-C'est elle la patronne.

-Pardon ?

-Lisbon a pris la place de Laroche il y a trois ans environ, expliqua patiemment Cho.

Jane ne sut quoi répondre, légèrement choqué par l'idée. Il avait pensé à mille changements en revenant à Sacramento, mais assurément il n'avait pas pensé à ce que son ancienne équipe soit la cible desdits changements. Personne n'avait pris la peine de le tenir au courant de ces choses-là. Et soudain il doutait de savoir vraiment ce qui s'était passé dans les vies de ses anciens coéquipiers ces cinq dernières années. C'était inattendu et… dérangeant. Ça ne s'accordait pas avec ses plans de retour.

-Elle doit être encore dans le bâtiment si tu veux lui parler, reprit Cho.

Jane acquiesça, se reprenant. Soit, il s'adapterait d'abord. Ensuite, il adapterait ses plans.

-Je vais aller lui faire savoir que je suis de retour, dit-il enfin.

-Elle va sûrement avoir une crise cardiaque, commenta son vieil ami dans un très léger sourire.

-J'espère que tu te tiendras prêt à venir la réanimer si besoin, j'ai toujours été nul avec ces trucs de premiers secours.

Cho se contenta de lui montrer un peu de son exaspération puis le raccompagna jusqu'à la porte. Jane interpréta le message pour ce qu'il était, Cho était content de le revoir.

Il vit VanPelt lui faire un signe de la main, assise avec Rigsby dans la cafétéria pour discuter. Elle était assurément très enthousiasmée par son retour. Et ça le rassurait un peu, dans le fond, de sentir qu'ils étaient toujours amis malgré ces nouvelles troublantes.

Ça au moins, ça n'avait pas changé.


Plus il approchait du bureau, plus il se demandait comment réagir. Il détestait cette sensation de ne rien contrôler, de ne plus être en terrain connu. Il détestait l'idée que la vie avait continué sans lui ici alors qu'il tentait de s'oublier dans d'autres pays. Et il détestait encore plus d'être ignorant.

Il frappa avec légèreté et la voix familièrement distraite de Lisbon l'invita à entrer.

Il la trouva effectivement derrière le grand bureau, occupée à remplir des formulaires. Elle avait arrangé la pièce à sa manière, et il repéra très vite le grand canapé blanc qu'il lui avait offert, installé à la place de la banquette inconfortable qui avait trôné là des années durant. Chose étrange, il remarqua qu'il y avait un deuxième canapé, inaccessible aux visiteurs, installé derrière son bureau... le sien. Son vieil ami de cuir avait donc passé ces dernières années en compagnie de Lisbon ? Peut-être que ses plans n'étaient pas si entravés qu'il l'avait pensé.

Il fut tiré de ses observations par Lisbon. Elle releva enfin la tête, lui offrant un visage un peu fatigué mais fidèle à ses souvenirs. Ledit visage se transforma cependant rapidement lorsqu'elle écarquilla les yeux sans pouvoir y croire. Jane ne put s'empêcher de rire légèrement alors qu'elle se levait lentement, comme si elle pensait qu'il allait s'évaporer d'une minute à l'autre.

-Alors comme ça votre ancien bureau ne vous allait plus ? lança-t-il en n'attendant aucune réponse.

-Je… Qu'est-ce que vous faîtes là ? le questionna-t-elle en contournant le bureau, ébahie.

-Je rends visite à de vieux amis.

-Je croyais que vous aviez besoin d'air.

-Je n'ai jamais dit que ça devait durer éternellement, rectifia-t-il.

Elle acquiesça sans vraiment avoir écouté, l'effet du choc sans doute. Jane afficha un léger sourire avant d'ouvrir les bras:

-Vous me le faîtes ce câlin ou on va juste rester à se regarder dans le blanc des yeux ?

Il constata non sans malice que c'était toujours aussi facile de s'attirer un regard noir de Lisbon, mais elle n'hésita guère longtemps. S'il fut étonné, il ne le montra pas, il se contenta de profiter de la sensation. Après des années d'errance, il était revenu à elle, il retrouvait enfin cet être si cher qu'il n'avait jamais vraiment su laisser derrière lui.

Ils finirent par se séparer et le silence se chargea de gêne. Elle se reprit et recula de quelques pas.

-Qu'est-ce qui vous ramène à Sacramento ? s'enquit-elle plus pour faire la conversation que par réel questionnement personnel.

-Je suppose qu'à un moment ou à un autre, on ne peut que rentrer chez soi, répondit-il en haussant les épaules.

-Vous restez longtemps ?

Il fut tenté de répondre le « pour toujours » qui avait trotté dans sa tête, mais compte tenu des changements dont il avait été témoin, il préféra prendre ses précautions et préserver son équilibre fragile d'un nouveau coup de son absence :

-Quelques semaines. Et puisque je n'aurais sûrement rien à faire de mieux, n'hésitez pas à me réintégrer dans l'équipe si besoin.

-Et retrouver les formulaires de plaintes ? sourit-elle.

-Ne mentez pas, ils vous ont manqué, plaisanta-t-il. Je suis même sûr qu'il vous en reste quelques uns de pré-remplis.

Elle ne se priva pas de rire, il avait bien trop raison.

-Je vais y réfléchir, convint-elle. Votre DS a été bien entretenue et comme je vous l'avais dit, je ne suis pas montée dedans une seule fois.

-Merci, sourit-il. Je la récupèrerai après avoir trouvé un motel.

-Vous comptez dormir au motel ?

-Vous avez une autre solution ?

-J'ai une chambre d'amis, répondit-elle en haussant les épaules.

-J'en déduis que vous avez changé d'appartement sans me le dire.

-Certaines… circonstances m'y ont obligé, reconnut-elle. Que diriez-vous de continuer cette conversation plus tard ? Je suis attendue. Si vous acceptez de loger chez moi, appelez-moi et dîtes à un membre de l'équipe de vous déposer, ils savent tous où j'habite.

Jane accepta alors qu'elle attrapait ses affaires et se dirigeait vers la porte. Elle se tourna avant de sortir, le tirant de ses pensées.

-Je suis contente de vous revoir, avoua-t-elle dans un sourire.

-Moi aussi, la rassura-t-il, sincère –elle lui avait bien trop manqué pour qu'il ne le soit pas.

Elle lui offrit un dernier sourire, puis elle quitta la pièce, laissant Jane batailler avec tous les renseignements qu'il avait à digérer. Assurément rien ne se déroulait comme prévu, et il se trouva un peu égoïste d'avoir pensé qu'ils l'attendraient sans bouger. Au final, ils avaient avancé quand lui n'avait fait que stagner dans d'autres pays. L'idée idiote que le CBI était immuable l'avait retenue loin de chez lui bien trop longtemps, et il songea qu'il était temps de remettre son nez dans leurs vies. Il avait une place à retrouver.


VanPelt insista pour qu'ils mangent ensemble et le traîna vers la terrasse, ajoutant que Rigsby et Cho devaient se joindre à eux. Les trois hommes obéirent plus par souci de ne pas la froisser que par réel enthousiasme, selon eux, une bière aurait suffi.

-Mais pas longtemps, c'est mon jour de congé, argua Rigsby.

-Et moi j'ai une audience cet après-midi, notifia Cho en prenant place à côté de Jane.

-Vous n'êtes que des rabats joie, protesta VanPelt. Jane est de retour, vous pourriez faire un effort !

Jane regarda Rigsby et Grace se chamailler avec un sourire à peine dissimulé, ce genre de moments lui avait manqué. Cho, fidèle à son souvenir, ne s'en mêla pas, il en profita pour se tourner vers Jane, se détournant de la dispute.

-Que t'as dit Lisbon ? s'enquit-il.

-Que je pouvais loger chez elle pendant quelques temps.

-Tu vas le faire ?

-Sûrement, reconnut Jane distraitement. Je n'ai pas envie de retrouver un motel tout de suite.

-Elle ne t'a rien dit d'autre ?

Jane le regarda avec suspicion, conscient qu'on lui cachait quelque chose.

-Elle aurait dû ?

Cho haussa les épaules sans répondre. Jane voulut insister mais il fut interrompu par un jeune homme brun qui se planta à côté de leurs tables. Il devait avoir à peu près trente ans, mais il avait le visage d'un enfant en constant émerveillement, les yeux pétillants de malice. Il y avait un certain décalage entre cette apparence et son costume impeccable.

-On fait une réunion de famille sans moi ? plaisanta le nouveau venu.

-On ne t'a juste pas vu à l'étage, se justifia VanPelt dans un sourire. Mais joins-toi à nous je t'en prie.

Un sourire illumina son visage et il s'installa en bout de table peu après avoir emprunté une chaise quelque part sur sa droite.

-Garrett, voici Patrick Jane, introduisit VanPelt. Et Jane, c'est Garrett, la nouvelle re...

-Non ! s'exclama ledit Garrett avec l'excitation d'un enfant de six ans. Le Patrick Jane ? L'homme aux mille plaintes ?

-Lui-même, ne put s'empêcher de rire Jane.

-Vous êtes mon héros, s'extasia aussitôt Garrett en lui serrant vigoureusement la main.

-Et son modèle, siffla Rigsby entre ses dents, moqueur.

Il s'attira un regard noir de VanPelt et un sourire de la part de Garrett.

-Bon, pour fêter ça, c'est moi qui invite ! reprit le jeune homme. Qui veut quoi ?

Il prit les commandes puis s'éloigna alors que Rigsby secouait encore la tête, apparemment exaspéré.

-C'est un vrai gamin, sourit VanPelt. S'il pouvait venir travailler en costume de superhéros, il le ferait.

-Il l'a déjà fait, lui rappela Rigsby. Il avait mis la cape de Superman pour aller interroger un suspect.

-C'était pour le déstabiliser, argua la rousse.

-Il a déstabilisé Lisbon aussi, ricana Rigsby. Elle l'a suspendu trois jours et ça a été sans appel.

-La cape est toujours dans un tiroir de son bureau, ajouta Cho. Il espère encore pouvoir la ressortir.

-Il aura peut-être une chance à Noël, se moqua Rigsby.

Jane les écouta parler de Garrett avec amusement. Apparemment, VanPelt était celle qui l'appréciait le plus, le défendant en toutes circonstances contre l'exaspération de Rigsby et le regard du supérieur qu'était désormais Cho. Jane supposa que le comportement de la rousse venait du fait qu'elle avait été la bleue de l'équipe avant lui. Mais alors que la conversation avançait, il put constater que la protection constante qu'elle exerçait sur Garrett était plus maternelle qu'amicale. Il eut un léger pincement au cœur à cette idée, parce que c'était se rendre compte que VanPelt était désormais la seule femme de l'équipe, elle avait pris la place de Lisbon, et c'était elle qui portait un regard de mère sur ses amis.

Garrett revint, le tirant de ses pensées, et Jane profita du repas sans quitter son sourire. Il dut bien s'avouer qu'à la fin, il ne se forçait plus. Il avait retrouvé son équipe, et Garrett, bien qu'immature, n'était pas un mauvais bougre.


Lorsque Rigsby lui proposa de l'emmener chez Lisbon dans le courant de l'après-midi, Jane mit peu de temps à accepter. Il était curieux de savoir où et comment elle vivait désormais. Et peut-être qu'avec un peu de chance, il parviendrait à découvrir tout ce qu'on lui cachait encore.

Il écouta Rigsby parler sans vraiment participer à la conversation, plongé dans ses pensées. Il retourna encore et encore les détails dans sa tête : Rigsby qui voulait se fiancer à une certaine June (tout en étant mort de peur à l'idée de lui demander sa main), Cho qui avait pris la tête de l'unité (et qui -comme Jane l'avait prévu- se méfiait un peu de son retour), Grace qui était devenue la seule femme de l'équipe, Garrett qui tentait désespérément de lui ressembler, et Lisbon qui avait déménagé dans ce grand bureau… Quelque chose n'allait pas dans ce tableau, quelque chose ne collait pas.

Et il comptait bien découvrir ce qu'on lui avait caché si efficacement lors de ses années d'exil.


J'hésite à m'en remettre à mon bon vieux système des extraits pour vous faire patienter. Des suggestions ? =)

(Suite samedi ou dimanche.)