Stray dog
Merci à Mangas-X pour les fidèles reviews sur les deux derniers chapitres, et à Lyra et Ymy-chan pour celles sur « Missing », ça réchauffe le cœur !
Merci à tous ceux qui lisent mes textes !
Néanmoins je suis forcée de constater que mes derniers écrits (ceux qui sont plus « réalistes ») ont beaucoup moins d'adeptes ! (je me base sur le nombre d'avis reçus, mais surtout sur la fréquentation en baisse). C'est sans doute parce que ça fini par tourner un peu en rond tout ça !
Alors j'espère que cette fic vous plaira plus ! (Stress)
Disclaimer : les personnages appartiennent à CLAMP ! Et « Kimi wa pet » à Yayoi Ogawa !
Cette fic reprend uniquement le thème de départ de« Kimi wa pet » (Dans lequel Surime, une jeune femme, recueille un danseur SDF qui lui rappelle son chien Momo), donc pas de spoilers !
De toute façon je n'ai pas lu ce manga, mais il est assez connu et en feuilletant le premier tome je me suis dit que ça irait bien pour un KuroFye !
J'ai tenté également de faire un hommage poétique à l'automne, et j'ai ponctué cet OS d'haïkus (courts poèmes japonais) qui s'intégraient bien dans l'ambiance !
Pour la scène dans les érables j'ai revu le film « Dolls » de Kitano, sublime fresque sur les saisons au Japon (mais tellement triste).
Résumé : UA, Fye, un jeune écrivain, rencontre un Kurogane à la rue, qui lui rappelle étrangement le chien qu'il avait enfant. Il lui offre l'hospitalité en échange du contrat implicite de devenir son animal de compagnie…
Comme un chien errant
Shura, une ville moyenne, entourée de montagnes et située au nord de l'ile de Honshu.
« Sous le souffle de l'automne
Une silhouette se dresse
Seule »
Ryôkan
Assis sur le banc d'un parc, un grand brun enveloppé d'un manteau noir, regardait d'un air absent quelques feuilles mortes emportées par le vent. On était en octobre mais il faisait déjà presque froid, en plus le ciel gris et menaçant semblait prêt à se soulager d'un excès d'humidité.
Kurogane soupira, le moins qu'on puisse dire, c'était qu'il était mal barré : à la rue et sans un sou ou presque !
Il revit l'enchainement de circonstances qui l'avait conduit dans cette fâcheuse situation. Devenu orphelin à l'âge de 11 ans, il avait été recueilli par la famille de sa grand-mère paternelle : le clan Yasha. Son père avait à l'époque, rompu avec les traditions pesantes de cette famille, en se mariant contre leur volonté. Alors les membres du clan avaient accueilli avec mépris et suspicion le jeune Kurogane. Il avait grandi dans une atmosphère austère, noyant sa colère et son désir de rébellion contre leur autorité, dans la pratique intense des arts martiaux. Mais à 18 ans, il avait fini par s'enfuir, échappant du même coup à un mariage arrangé, qui devait servir les intérêts du clan !
Il avait atterri à Hiroshima, où se trouvait la famille du côté de sa mère : ses cousines Amaterasu et Tomoyo. Elles étaient gentilles et fantasques, à l'opposé total des Yasha, et l'avaient accueilli avec joie, mais le jeune homme ne voulait évidemment pas vivre à leurs dépends. Il avait pris une chambre dans une pension, et grâce à l'argent que lui avaient laissé ses parents et à de nombreux petits boulots, il avait pu terminer des études à l'université.
C'est alors qu'il avait reçu un message du clan Yasha : le doyen Soseki, mourant, réclamait sa présence à ses cotés ! En arrivant à Shura, il avait découvert que la demande émanait en fait des autres membres du clan, qui pour se décharger de leurs obligations, comptaient utiliser Kurogane comme un garde-malade, disponible 24h sur 24 et gratuit. Malgré cette prise de conscience, il était resté par égard au vieux Soseki, qui avait toujours était correct avec lui et comme une manière de « rembourser » ce qu'il devait au clan, pour toutes ces années où ils l'avaient hébergé ! Ensuite il ne leur devrait vraiment plus rien !
Pendant presque trois mois il s'était dévoué au chevet du sévère vieillard, tandis que les autres se contentaient de visites éclairs. Puis ce qui était inévitable arriva : Soseki-sama était décédé.
« Sur le cercueil
Jeter un chrysanthème
Rien d'autre à faire »
Sôseki (un homonyme)
Après la cérémonie funèbre du doyen, tous s'étaient retrouvés pour la lecture du testament, qui devait décider de la répartition d'une série de bâtiments. Kurogane n'était là que pour réclamer ce qui lui revenait de droit : le dojo de son père ! Ce bâtiment traditionnel en bois et presque à l'abandon n'avait aucune valeur, mais cela lui allait très bien. D'ailleurs il comptait y habiter pour limiter les frais : cela faisait trois mois qu'il n'avait pas travaillé et ses économies avaient été fortement entamées par sa participation aux frais de la cérémonie et de quoi y être présentable. Mais il avait l'intention de rester à Shura et peut être pourrait il un jour réaliser son rêve : ouvrir une école de Kendo dans le dojo familial !
Or, coup de théâtre, la lecture du testament avait révélé que l'ensemble des biens revenaient à un certain Fei Wan, veuf d'une femme du clan. Tous avaient hurlé au scandale :
« Il n'a jamais été question d'une telle chose ! »
« Allons calmez vous, ce n'est peut être pas ce à quoi vous vous attendiez, mais vous devez savoir que Soseki-sama avait modifié son testament peu avant son départ » répondit Seishiro l'avocat de Fei wan.
« Fei Wan est un ami de longue date de Kyle Rondart qui était le médecin personnel de Soseki-sama, c'est louche ! »
« C'est justement parce que mon client le connaissait bien qu'il l'avait recommandé à Soseki-sama, vous n'aviez rien trouvé à y redire à l'époque » Avait continué l'avocat au sourire glacial.
Alors Kurogane avait vu ses cousins, tous d'accord pour une fois, décider de former une coalition pour attaquer le testament. Evidemment ils ne le comprenaient pas dans cette alliance : il n'existait plus pour eux. Ils avaient tous de bonnes situations et ils s'en fichaient totalement que lui se retrouve sans toit. Il était sortit furieux de l'enceinte du clan, où il ne mettrait sûrement plus jamais les pieds.
Ah si seulement on était encore à l'époque où les conflits se réglaient à coup de katanas, mais ce n'était pas le cas et il ne tenait pas spécialement à finir sa vie en prison ! Ce dont il devait se soucier en priorité c'était d'assurer sa survie.
« Verse l'averse d'automne
Je ne suis
Pas encore mort »
Santôka
Ses cousines étaient quelque part en Inde et il ne pouvait les contacter. Ses meilleurs amis à Hiroshima, Arashi et Sorata, venaient d'avoir un bébé et habitaient dans un petit appartement : il était hors de question qu'il leur demande quoi que soit. Il devait se débrouiller seul !
Il possédait un sac avec quelques vêtements, ses affaires de sport, un peu d'argent, peut être de quoi payer une ou deux nuits d'hôtel, mais ensuite il ne lui resterait rien. Il ne devrait pas trop avoir de problèmes à se trouver un boulot d'agent de sécurité ou quelque chose du genre. Seulement avant de toucher un salaire : il était à la rue et la saison n'était pas propice au fait de dormir à la belle étoile. Son allure athlétique ne passait pas du tout inaperçue, s'il essayait de squatter dans un hall de gare ou ailleurs, il se ferait vite repérer et virer ! Le Japon n'était pas réputé pour sa prise en charge des SDF et à sa connaissance il n'existait aucune structure d'accueil à Shura. Si j'étais un chien errant, j'aurais moins de problèmes ! Grommela t-il entre ses dents. Oh s'il le voulait il n'aurait aucune difficulté à trouver une fille chez qui passer une nuit, son physique de beau ténébreux avait du succès. Mais ça, ça allait à l'encontre de tous ses principes et d'ailleurs il détestait les filles faciles !
« Ahhh… lâchez moi… humf ! »
Tiens en parlant de fille, il y en avait une qui avait des ennuis pas loin. Il se leva brusquement. Dans un bosquet voisin, il trouva non pas une fille mais un jeune homme blond se débattant dans les bras d'un grand type baraqué.
En l'apercevant l'agresseur s'enfuit, Kurogane pensa un instant le poursuivre mais en voyant que le blond perdait connaissance il se précipita pour le rattraper.
Lui !
Fascination
Flash-back
Une nuit où veillait sur Soseki-sama, il avait allumé la télé pour lutter contre le sommeil. Il était tombé sur une émission littéraire dont l'invité était un jeune américain vivant au Japon, qui chose rare venait de sortir un recueil de nouvelles écrites directement en Japonais. Apparemment ces textes très sombres avaient reçu un bon accueil de la critique, surtout pour quelqu'un qui n'était pas d'origine japonaise.
La journaliste qui l'interviewait, sous le charme de son sourire, avait demandé :
« Comment quelqu'un de si joyeux que vous peut écrire des choses aussi tragiques ? »
Elle est aveugle, son apparence souriante n'est qu'un leurre…
Ce genre d'émission n'était pas sa tasse de thé, mais il la regarda jusqu'au bout, fasciné par la beauté peu commune de l'écrivain…
Fin du Flash-back
Et c'était ce type qu'il tenait dans ses bras… avec sa chevelure dorée, sa peau pâle et nacrée… il lui semblait encore plus beau en vrai ! Il commença à ouvrir des yeux bleus embrumés…
« Kuro ? »
Quoi ? Comment il me connaît ?
« Tu connais mon nom ? » Demanda le brun plus qu'étonné.
« Oh non pardon… je t'ai pris pour quelqu'un d'autre ! Merci de m'avoir sauvé ! » S'écria le blond, qui avait l'air fasciné par son apparence et il poursuivit intrigué « Tu t'appelles vraiment Kuro ? »
« Kurogane Suwa ! Avec qui m'as-tu confondu ? » Cela l'intriguait aussi.
« Ah… lorsque j'étais enfant j'avais un chien loup noir qui s'appelait Kuro (1)… quand j'ai ouvert les yeux j'ai cru le voir » il désigna les épis sombres qui servaient de coiffure à Kurogane « Désolé de t'avoir pris pour un chien, je m'appelle… »
« Fye Flowright ! »
« Oh tu me connais ? »
« Je t'ai vu à la télé, c'est tout ! »
« L'émission passait très tard alors peu de monde a du la voir ! »
Soudain deux agent de police surgirent :
« Vous ! Veuillez vous éloigner immédiatement de cet homme ! » Cria l'un d'eux à l'adresse de Kurogane.
« Il y a erreur, ce jeune homme ne m'importune pas ! » répliqua vivement Fye.
« Nous avons reçu le signalement qu'un grand brun harcelait un étranger dans le parc »
« En effet mais ce n'est pas lui »
« Désolé pour la méprise, je suis l'agent Kentaro et voici Takeshi. Connaissez-vous l'identité de votre agresseur ? »
« Fuma Mono, il m'a contacté suite à une annonce que j'avais passé pour un travail de gardiennage. On avait rendez-vous dans un café tout proche. Je n'ai pas aimé la façon dont il se comportait et j'ai mis fin à l'entretien, mais il m'a suivit et agressé dans le parc »
« Un jeune homme a déjà déposé plainte pour harcèlement contre lui. Vous êtes Mr Flowright, vous nous aviez appelés pour un cambriolage récemment ! »
« C'est exact ! C'est à la suite de ça que je voulais prendre un gardien »
« Vous n'avez pas de chance alors… »
« Agents Takeshi et Kentaro ! » Appela une voix de femme très énergique sur l'un de leur talkie walkie.
« Nous devons vous laisser ! Nous ferons un rapport »
« Je suis garé pas loin. Je peux te conduire quelque part ? » Offrit Fye à Kurogane voyant qu'il commençait à pleuvoir.
« Merci mais je ne sais pas encore où je vais aller » Répondit le jeune homme gêné en récupérant ses affaires. Comprenant que son sauveur avait des ennuis, Fye lui fit signe de le suivre jusqu'à son véhicule.
« Entre » dis le blond alors que la pluie gagnait en intensité « Je ne veux pas me mêler de ce qui me regarde pas mais si je peux t'aider »
Assis sur le siège passager, Kurogane lui narra ses déboires : les faits et rien d'autre, il n'était pas du genre à s'apitoyer sur son sort.
« Je vois, ce Fei Wan a sans doute manipulé le testament. Les terrains où se trouvent les bâtiments sont une aubaine pour un promoteur sans scrupules comme lui. Que vas-tu faire ? »
« Le temps que j'arrive à me payer un avocat, le dojo sera rasé ! Ce n'est pas que j'aime jouer les chiens écrasés, mais s'il n'y a vraiment rien que je puisse faire, alors autant mettre une croix dessus, passer à autre chose et ne pas me laisser pourrir la vie avec ça ! »
Fye compris que ce n'était pas de la faiblesse qui le poussait à réagir ainsi mais au contraire une force que trop peu de monde possède : la faculté de ne pas se laisser engloutir par les aléas de la vie et de continuer à avancer. Le sérieux du brun lui plaisait et son étrange ressemblance avec son Kuro le fascinait.
« Tu as besoin d'un logement et d'un travail : j'ai une proposition à te faire ! Comme tu l'as compris je recherche un gardien, ça te convient ? »
Kurogane trouva la proposition très intéressante, en plus d'un bon salaire Fye lui offrait le gîte et le couvert, ainsi il pourrait facilement faire des économies. Il accepta.
« J'ai juste une petite condition » précisa le blond gaiement.
« De quoi ? » grogna Kurogane, soudain soupçonneux.
« Non je ne vais pas profiter de la situation ou quelque chose comme ça, je souffre assez d'être harcelé à droite à gauche » le rassura t-il « C'est juste que tu ressemble tellement à mon Kuro que je crois que je ne pourrais pas m'empêcher de te taquiner là dessus »
« Tu voudrais que je le « remplace » ? » demanda le brun interloqué.
« C'est un peu ça oui » répondit l'autre avec un immense sourire.
« Rahhh d'accord » soupira Kurogane, il avait vu pire : pendant tout le temps passé chez les Yasha, il était traité « comme un chien » (dans le mauvais sens du terme), alors ça il n'allait pas en mourir !
« Ok rentrons à la maison Kuro-wanwan ! » S'écria Fye en démarrant
Misère… dans quelle situation je me suis encore fourré pourvu que ce ne soit pas pire que de rester dehors par ce temps…
Tentation
La maison de Fye se trouvait dans un quartier en bordure de la ville, là où elle commençait à grimper sur la pente des collines. Il lui montra un studio attenant au garage :
« Normalement c'est là que je pensais loger un gardien, mais il reste quelques travaux à faire. Alors plutôt que de te mettre à la niche je te garde avec moi Kuro-toutou »
« Ça ne te dérange pas ? » demanda le brun en essayant encore une fois d'ignorer le détournement de son nom. Même s'il l'avait sauvé, ils venaient juste de se rencontrer !
« Non au contraire. J'ai eu une tentative de cambriolage en pleine nuit il y a quelques jours. Les voleurs ont pris la fuite quand je me suis levé, mais c'était très flippant. Plus l'agression de tout à l'heure, je n'ai pas envie d'être seul ! » Il fouilla ses poches et en sortit triomphalement son trousseau, orné d'un porte-clés « Hello Kitty » qui fit lever les yeux au ciel à Kurogane.
La maison était belle, de type occidental mais dans un style zen de très bon goût. Après l'entrée, on passait dans un vaste salon où les meubles en bois sombre contrastaient avec le canapé et les fauteuils de couleur crème installés autour d'une cheminé en fonte. Une partie de la pièce servait de salle à manger. Le reste du rez-de-chaussée comprenait une cuisine moderne et un bureau bibliothèque rempli de livres jusqu'au plafond. A l'étage, en plus de la salle de bain et d'une buanderie, il y avait deux chambres. L'une avec un grand lit était celle de Fye et celle d'à coté, plus petite était destinée à Kurogane.
« Ça te va ? »
« C'est parfait ! »
« Bon je te laisse t'installer, je serais dans la salle de bain » déclara Fye. Une fois à l'intérieur il poussa le verrou un peu nerveux : en réfléchissant rationnellement, il venait de faire entrer chez lui un parfait inconnu ! En plus vu leurs différences de carrures ce dernier pouvait très bien prendre l'avantage sur lui… Pourtant quand il repensait à ses yeux rouges, il se disait qu'il pouvait lui faire confiance.
De son coté, Kurogane ne mit pas longtemps à ranger ses maigres affaires dans un des placards à portes coulissantes. Tandis que la nuit tombait et que la pluie redoublait, il se dit que malgré les bizarreries du blond, il valait mieux être ici. Puis Fye lui proposa de prendre un bain, ce qu'il accepta avec plaisir.
« Je t'ai sorti une serviette. Je vais m'occuper du diner : tu auras des croquettes ce soir ! »
Quelques instants plus tard alors qu'il allait descendre, la porte de la salle de bain s'ouvrit brusquement sur un Kurogane avec une serviette blanche autour de la taille qui faisait ressortir le bronzage de son splendide torse musclé… les yeux de Fye s'agrandirent comme des soucoupes !
« Dis t'as vraiment rien d'autre que du shampoing à la vanille ? » Demanda le bel éphèbe en montrant un flacon.
« Ah non désolé Kuro-chan »
« Mais c'est un truc de fille » déclara l'autre dégouté.
« C'est que j'ai le « poil » délicat » plaisanta Fye. Une fois la porte refermée il soupira… Hyuuu quel bel animal ! Il avait envie d'aller lui proposer de lui laver le dos, mais il se rappela qu'il lui avait promis de ne pas le harceler. Il n'est sans doute pas intéressé, d'ailleurs il n'est là que parce qu'il n'a nulle part où aller. Je ne dois pas trop m'attacher à lui, sinon je serais blessé quand il partira !
oOoOo
Le bain chaud fit un bien fou à Kurogane, il se sentait prêt à supporter toutes les moqueries du blond ! En arrivant dans la cuisine où flottait une appétissante odeur de friture, il découvrit qu'il y avait bien des croquettes pour le dîner (mais pas pour chien évidement). Fye se retourna, une spatule à la main, et avec un grand sourire :
« Ça va être bientôt prêt ! » Il portait un tablier orné d'un dessin marrant de chat (2) et un mouchoir blanc sur la tête.
Ça tombait bien il avait une faim de loup. Ne voulant pas rester inactif, il mit la table. Après avoir passé des mois en tête à tête avec un vieillard, il avait l'impression de diner avec un ange, tellement Fye était lumineux.
« C'est délicieux ! » Kurogane qui était plutôt avare en compliments devait le reconnaître.
« Merci, j'adore cuisiner, mais pour moi tout seul ce n'est pas pareil. Encore du riz ? »
« Volontiers »
Fye lui appris qu'il avait 25 ans et était né au Japon. Il avait passé les dix premières années de sa vie dans la ville de Yuka, pas très loin d'ici. Ensuite il était retourné aux Etats-Unis. Cela faisait quelques années maintenant qu'il était revenu s'installer sur l'archipel. Il travaillait dans une maison d'édition, traduisant des livres anglais pour leur publication au Japon. L'écriture était plus un hobby qu'un gagne pain pour lui. Kurogane crut comprendre qu'il n'avait plus de famille lui non plus, mais il n'osa pas l'interroger là-dessus, ça ne le regardait pas ! Il aurait aussi voulu lui dire de ne pas se forcer à sourire en sa présence, mais ça non plus ça ne le regardait pas.
Après le repas, ils s'installèrent devant la cheminée avec une tasse de thé vert.
La pluie qui pianotait, le crépitement du feu… composaient une apaisante mélodie ! C'était étrange que deux éléments aussi contradictoires comme l'eau et le feu s'accordent si bien…
Fye raconta qu'à New York, un SDF avec qui il l'avait l'habitude de discuter dans son quartier, lui avait expliqué qu'il ne voulait pas aller dans un centre d'hébergement car on n'y accepterait pas son chien. Et qu'une fois il avait vu une femme lui donner de l'argent en lui précisant bien que ce n'était pas pour lui mais juste pour le chien (3)… c'était effarant ! Kurogane approuva.
Fye resta un moment fixant les flammes, puis il vit que le brun s'était endormi sur le canapé. Ce dernier ronflait doucement et ça donnait une sorte de « grrrrrr…rrrrrr…grrrrr… » qu'il trouvait très mignon. C'est fou comme il ressemble à un chien…Il contempla ses traits de visage soulignés à merveille par l'éclat du feu… et il sentit malgré lui sa main se tendre vers les cheveux d'ébène… il hésita comme s'il risquait de se faire mordre… puis il finit par les effleurer. Comme Kurogane ne bougeait pas, il s'enhardit et plongea sa main fine dans les mèches rebelles … c'était doux et chaud…
Le brun poussa un soupir de bien être et cala confortablement sa tête sur un « coussin » du canapé… coussin qui n'était autre que la cuisse de Fye. Troublé, le blond songea un instant à le repousser, mais finalement il le laissa : c'était tellement agréable ! Il continua à lui caresser les cheveux et même l'échine… Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas ressenti ces sensations.
Kurogane faisait un rêve bizarre : il était devenu un chien et il était blotti sur les genoux de son maitre pour un câlin au coin du feu… sauf que… ce n'était pas vraiment un rêve ! Il se redressa brusquement.
« Ah désolé ! » S'écria t-il terriblement gêné.
« C'est rien » dit Fye tout sourire « tu ressembles tellement à mon Kuro que je vais finir par croire que tu es sa réincarnation ! »
« Réfléchis une minute idiot j'étais déjà né quand ton chien est mort ! »
« Hé hé ! Bonne nuit Kuro-kuro ! »
« Ouais bonne nuit ! » Ils entrèrent chacun dans leurs chambres et Kurogane pensa C'est qui ce type ? Un magicien ou quoi ? J'ai l'impression que si je reste trop longtemps avec lui, il va vraiment finir par me transformer en un gros toutou !
De son coté Fye songeait combien il était agréable d'être dans son lit alors qu'il pleut des cordes dehors et d'avoir une présence rassurante dans la chambre voisine … il s'endormit paisiblement pour une fois.
Une journée de chien !
Kurogane se réveilla assez tard ce qui était inhabituel pour lui, mais entre les dernières nuits auprès de Soseki-sama agonisant et la veillée funèbre, il était en manque de sommeil !
Il trouva un petit mot sur la table de la cuisine :
« Je suis au boulot,
Ton petit dej' est prêt et pour midi tu as le reste de croquettes
Je rentre vers 18h30, voici mon numéro de portable au cas où… »
Puisqu'il gardait la maison, il n'avait pas grand-chose à faire… il nettoya la cuisine et malgré le fait qu'il pleuvait toujours, fit le tour du jardin pour prendre l'air. Il était de style japonais, avec des allées en graviers, quelques pins et ça et là mettant des touches de couleurs : des buissons de chrysanthèmes.
Il accompli ses exercices quotidiens, sur la terrasse couverte devant la baie vitrée du salon.
Je n'ai pas à me plaindre : une maison spacieuse avec un jardin, un maitre « affectueux » et qui cuisine bien… songea t-il avec ironie. C'est ça une vie de chien ? Mais je ne suis pas un clebs !
oOoOo
« T'as invité un inconnu à dormir chez toi ? » s'exclama Yuko.
C'était la pause déjeuné et Fye narrait ses aventures de la veille à une brune d'une trentaine d'année qui était sa grande copine. Elle était directrice d'édition et pouvait passer d'un grand sérieux au délire le plus total. Sinon c'était une amatrice d'haïkus et en écrivait également qui étaient toujours énigmatiques.
« Tout ça parce qu'il ressemble à ton défunt chien ! Et si quand tu rentres ce soir tu trouves ta maison dévalisée ? »
« Kuro-chan a 23 ans et est très sérieux. Il a étudié l'histoire et les traditions anciennes du Japon. Il pratique l'Aïkido et le Kendo, son rêve c'est d'ouvrir une école d'arts martiaux ! C'est vrai qu'il est un peu d'une humeur de chien, tout grognon, mais au fond je sais qu'il est gentil. Et il a un coté loyal comme les samouraïs de jadis ! »
« Kuro-chan ? » Demanda Yuko avec un sourire interrogateur.
« Non ce n'est pas ce que tu crois… il n'est pas attiré par les garçons » Répliqua Fye comme à regret.
« Je pressens qu'il va se passer des choses intéressantes » déclara Yuko avec le ton d'une voyante.
oOoOo
L'après midi, le dit Kuro-chan s'ennuyait un peu. Comme il n'était pas du genre à s'avachir devant la télé, il fit le tour de la bibliothèque à la recherche d'un bon bouquin. Elle était très bien fournie en littérature étrangère et japonaise. Sur une étagère il avisa une photo : on y voyait un blondinet d'une huitaine d'années, blotti contre un molosse noir au milieu d'un gazon piqué de pâquerettes. L'incroyable beauté du petit garçon et son sourire rayonnant, contrastant avec l'aspect presque inquiétant du chien, donnait à la photo un caractère peu banal ! Bon, il ne l'avouerait jamais mais…. il avait envie de voir Fye sourire comme ça et il fallait bien reconnaître que lui-même avait un « air de famille » avec le toutou…
Finalement il dénicha « Le petit prince » en japonais (4). Sa mère le lui lisait le soir quand il était enfant… il n'avait jamais eu l'occasion de le relire ! Il s'installa confortablement sur le canapé et retrouva son passage préféré, avec le renard :
« S'il te plaît, apprivoise-moi… »
Mais dans son esprit c'était les personnages vus sur la photo qui jouaient la scène, la distribution des rôles était parfaite !
Vers 18h il regarda dans le frigo s'il pouvait préparer quelque chose pour le soir… et se décida pour des ramens au porc. Une soupe bien chaude serait la bienvenue par ce temps.
A 19h Fye n'était toujours pas là et il commençait à s'inquiéter. Il tournait sur lui-même comme un chien qui cherche à se mordre la queue. Il essaya de l'appeler sur son portable à partir du fixe mais ça ne répondait pas.
Je dois vraiment avoir l'air d'un toutou qui attend son maitre…et si… il était tombé sur un type bizarre comme hier ?
Vers 19h30 il entendit une voiture s'arrêter devant, et par le judas il vit Fye en compagnie d'un bel homme aux longs cheveux noirs !
Son petit ami ? Il ne faisait aucun doute dans son esprit que Fye était gay.
« Merci de m'avoir raccompagné Ashura »
« De rien c'est un plaisir ! La lumière est allumée chez toi ? »
Et qui n'est apparemment pas au courant de la situation !
« Ah oui, je voulais donner l'illusion d'une présence ! »
« Si tu as un souci même en peine nuit, n'hésite pas à m'appeler Fye ! »
« Merci »
« On se revoit bientôt ? »
« Oui bonsoir »
Kurogane s'était éloigné de son poste d'observation pour ne pas être témoin d'un éventuel bisou. Il avait les poings serrés… Non je ne suis pas jaloux…c'est juste un instinct animal, la tronche de ce type ne me revient pas, c'est tout !
« Désolé Kuro-toutou ! Tu as du t'impatienter, j'ai eu une panne de voiture et la batterie de mon portable était déchargée, je n'ai pas pu te prévenir ! C'est un collègue de travail qui m'a raccompagné »
« Grumf ! Bon retour » Juste un collègue de travail ?
« Oh des ramens… miam » et une fois installé à table il déclara « Toi aussi tu cuisines bien ! Tu ne t'es pas trop ennuyé tout seul ? »
« J'ai l'habitude d'être seul, c'est juste que je suis plus occupé d'ordinaire »
« Demain je reste bosser ici, pas seulement parce que ma voiture est en réparation, je travaille souvent chez moi. Je vais pouvoir prendre soin de toi ! »
*Flippe*
Ils passèrent la soirée devant un vieux film de samouraïs d'Akira Kurosawa.
Moments partagés
« J'ai une surprise pour toi, désolé de ne pas t'avoir montré ça plus tôt » L'informa Fye le lendemain, en le conduisant dans un sous-sol très spacieux :
« Les précédents propriétaires devaient l'utiliser comme salle de gym » Dit il en lui montrant un tas de tatamis dans un coin. Et Kurogane ne put retenir un sourire de satisfaction en découvrant ce nouveau terrain de jeu.
L'après midi, quand Fye descendit, il trouva le brun vêtu d'un hakama, répétant un enchainement au ken (sabre en bois), et fut fasciné par la rapidité et la grâce de ses mouvements.
« Hyuuu ! Quelle classe Kuro-sama ! Que dirais tu d'une petite promenade pour te dégourdir les pattes ? »
Ils se baladèrent dans le quartier et Fye désigna une superette « Il faut qu'on fasse quelques courses »
C'est ainsi que Kurogane, bougon comme à son habitude, se retrouva à pousser un caddy en suivant un blondinet très expansif.
« Ça te convient ? » Demanda celui-ci en lui montrant un shampoing aux extraits de cèdre.
« Oui merci »
« Des « choco neko » ! » s'écria Fye ravi comme un gamin en attrapant un paquet de gâteaux « Tu les aimes toi aussi ? »
« Beurk ! » Répondit Kurogane à la vue de biscuits en forme de tête de chat enrobés de chocolat noir et avec des yeux dessinés au chocolat blanc « je ne mange pas de cochonneries sucrées ! »
« Hum, pas de susucre pour Kuro-wanwan » lui susurra Fye à l'oreille.
Kurogane mort de honte continua à avancer, tandis que Fye cherchait de quoi préparer un ragout. Et il entendit deux filles chuchoter :
« Tu as vu comme il est mignon ce petit couple ! »
« Hé on est pas dans un manga, c'est du gâchis ! »
Quoi ? Juste parce qu'il faisait des courses avec l'autre ahuri, on croyait qu'ils étaient ensemble !
oOoOo
Le lendemain Fye travaillait à ses traductions tandis que Kurogane s'entrainait. Vers la fin de la journée, Ashura devait venir chercher Fye pour le conduire au garage récupérer sa voiture. Ensuite Fye lui avait proposé de lui offrir un verre quelque part pour le remercier de son aide.
« Je ne sais pas à quelle heure je rentrerais, ne m'attends pas pour manger Kuro-kuro » Et il sortit précipitamment en entendant le véhicule d'Ashura, il ne tenait pas à le faire entrer.
Pourquoi je suis nerveux…je prends mon rôle de protecteur trop au sérieux !
Il se rendit dans sa chambre avec un bouquin et environ une heure après son départ, Fye était de retour.
« Kuro tu es là ? » demanda t-il à travers la porte de la chambre.
Il lui ouvrit surpris et tomba sur un Fye tout penaud.
« Je suis désolé »
Mais pourquoi il s'excuse ? Quoi qu'il ait pu faire avec ce type ça ne me concerne pas !
« En fait pour échapper à Ashura qui commençait à devenir entreprenant, je lui ai dit que mon chien attendait à la maison et qu'il fallait absolument que je rentre ! »
« Et alors ? » demanda Kurogane sans comprendre où il voulait en venir.
« J'ai parlé de toi comme si tu étais vraiment un chien, je m'excuse ! »
« Ce n'est pas grave, j'ai vu pire ! Et puis notre « situation » n'est pas des plus faciles à expliquer ! » Le rassura t-il.
Fye paru soulagé, mais soudain une photo sur la table de nuit attira son regard : trois jeunes filles drapées dans des saris chatoyants et pouvant rivaliser de beauté avec les déesses du panthéon hindou. Il y avait deux japonaises aux longues chevelures noires, portant des étoffes améthyste et turquoise, et une indienne à la coupe au carré enveloppée de rouge fuchsia.
« Qui sont-elles ? » s'enquit-il d'un air neutre.
« Tomoyo et Amaterasu, mes cousines et la petite amie de cette dernière : Soma »
« Ce sont-elles qui sont en Inde alors ? »
« Oui, Tomoyo, passionnée de mode, voulait y récolter des échantillons de tissus. Mais une fois sur place elle a décidé de monter un atelier de tissage, de type commerce équitable, aidant des femmes dans le besoin. Sa sœur et Soma l'aident dans cette tâche »
« C'est un excellent projet ! »
Et pendant le repas, Fye demanda :
« Le fait qu'une personne puisse avoir des relations avec quelqu'un du même sexe ne te dérange pas ? »
« Non, tu as peur que te le reproche ? »
« Théoriquement je suis homo »
« Hein ? » Pourquoi théoriquement ?
« Je veux dire je suis attiré par les garçons mais je ne l'ai pas mit en pratique. Bien sûr j'ai beaucoup de propositions, mais c'est toujours des types qui me font peur ! »
« Comme cet Ashura ? »
« Non, lui il est très correct, je crois que c'est juste parce qu'il avait un peu trop bu ce soir. Chaque fois que quelqu'un me serre de trop près je prends peur et je m'enfuis »
« Tu attends de trouver la bonne personne, qui ne soit pas juste intéressée par ton physique. Il n'y a pas de mal à cela »
« Et toi ? »
« Quand j'étais chez les Yasha, je n'ai jamais approché une fille car je l'aurais forcément fait souffrir avec mes problèmes. En plus il y avait ce projet de mariage arrangé qu'ils m'avaient collé sur le dos ! »
« Un mariage arrangé ? » S'écria Fye étonné.
« Ouais, une fille de bonne famille. Elle a été très soulagé quand je me suis barré, je lui faisais peur »
« Kuro-toutou est effrayant ! »
« A Hiroshima, j'étais trop occupé entre mes étude, le sport et une multitude de petits boulots, pour essayer de commencer une relation sérieuse. Il avait bien pleins de filles, attirées par mon physique, qui voulaient que je sorte avec elles. Mais elles savaient que j'étais fauché et que je ne pourrais pas leur offrir de cadeaux ou les emmener au resto. Je ne les intéressais pas pour être un petit ami, elles me voulaient juste pour un coup d'un soir. Non merci, je suis allergique à ce genre de filles ! »
« Kuro-sama est très sérieux, c'est mignon »
Et la nuit cette conversation leur trotta mutuellement dans la tête…
oOoOo
Le matin au petit déjeuné Kurogane commença :
« « J'ai repensé à ce que tu m'as dit hier… comme quoi tu tombais trop souvent sur des gars bizarres et je me suis dit… »
Boum…boum…boum… le cœur du blondinet se mit à battre la chamade…
« … que je pourrais te donner tes cours de self-défense, tu te sentirais plus à l'aise non ? »
Badaboum… je suis un idiot !
« Euh… oui… pourquoi pas ! Je me suis déjà inscrit à ce genre de cours, mais tous les élèves, homme ou femme, et même le prof, me harcelaient ! »
« Justement tu n'as rien à craindre avec moi ! »
Malheureusement…
Et quelques jours s'écoulèrent, Fye travaillait chez lui et pendant ses pauses Kurogane lui enseignait différents techniques de défense. Mais le brun se sentait troublé quand certaines prises collaient leurs corps ensemble, cela ne lui était jamais arrivé auparavant…
En échange Fye lui appris à jouer aux échecs, ce jeu l'avait toujours intrigué. Ils faisaient de longues parties le soir, où le blond, du fait de leurs différences de niveau, lui mettait la pâtée !
Momiji gari
En entendant à la radio que les érables de la région se paraient de leurs atours d'automne, Fye proposa de célébrer le « Momiji gari » (5). Kurogane le guida alors en dehors des sentiers trop courus :
« Je vais te montrer un endroit vraiment spécial » lui avait il promit. Il connaissait comme sa poche les collines environnantes, car autrefois dès pouvait s'échapper de l'enceinte du clan, il venait s'y ressourcer !
Ils grimpèrent un long moment dans une forêt de pins… Puis peu à peu… ils apparurent au loin comme un gigantesque incendie dans une petite vallée… les érables rouges…
oOoOo
La feuille de l'érable avec ses cinq doigts évoque une flamme… est ce justement à cause de sa forme qu'elle choisit un rouge aussi vif comme dernière parure, nul ne sait…
Sur les branches, leurs silhouettes dentelées ressemblent alors à des fleurs flamboyantes… et ces branches réunies forment le brasier qu'est l'érable en automne !
Devant une forêt de ces arbres on retient son souffle, les yeux ne veulent pas croire à une telle explosion de couleur : écarlate, vermillon, carmin, grenat, pourpre…
Un embrasement qui réchauffe le cœur !
Et l'homme mesure ô combien il n'y a que la nature, qui de l'unité au tout peut produire une telle perfection !
oOoOo
Un torrent coulait au fond de la vallée, ses eaux de cristal bondissaient parmi des rochers tachés d'un peu de rouge et entre les berges recouvertes d'un tapis de feuilles.
L'arc d'un pont de bois peint complétait ce magnifique tableau…
Fye comprit alors ce qui faisait le coté spécial de l'endroit… en été ce pont devait trancher avec la verdure environnante, sans pour autant la dénaturer… car les japonais ont cette faculté de pouvoir placer un torii ou un pont peint en rouge au milieu d'un paysage sans que cela fasse criard ou artificiel !
Mais en automne il était la touche finale qui faisait croire qu'on était vraiment passé dans un autre monde…
« C'est incroyable ! » s'écria t-il quand il eu retrouvé la parole « On a l'impression qu'on est arrivé dans un monde rouge ! »
Ils s'arrêtèrent longuement sur le pont… regardant autour d'eux.
Les feuilles détachées par le vent, tournoyaient dans les airs… petites mains écarlates s'agitant comme pour un dernier adieu…
Tombées au sol, un souffle parfois les reprenaient… elles devenaient alors d'espiègles feux follets…
Et celles que le destin déposait à la surface des flots, le courant les emportait en une ultime valse sur une piste d'argent…
Fye saisit adroitement une feuille au vol, et il l'approcha du regard rubis de Kurogane.
« Kuro-chan serait sans mal un habitant de ce monde » Dit il, remarquant à quel point son compagnon était assorti au paysage. Puis il la lâcha rejoindre les autres dans leur ballet aquatique…
Reprenant son coté taquin, il ramassa une brindille et l'agita :
« Kuro-wanwan tu rapporterais ce bâton si je le lançais ? » L'interrogea t-il avec un immense sourire.
« Graou ! C'est toi que je vais attraper ! »
« Kyaaaaa ! » Il se mit à fuir les bras en l'air et Kurogane se lança à sa poursuite. Ils se coururent après un moment et Fye finit par tomber dans un fossé rempli de feuilles mortes. Kurogane l'y rejoignit et ils se bombardèrent de feuilles comme avec des confettis et les jetèrent au dessus de leurs têtes pour les voir retomber en neige sanglante.
Ils jouaient comme des gamins, retrouvant une joie innocente que chacun d'eux croyaient avoir perdu… et Kurogane pu enfin voir un véritable sourire sur le visage du blond…
Mais quand en se relevant il vit Fye étendu sur un brocard précieux de feuilles tirant sur le grenat… haletant… les yeux fermés… les cheveux en désordre… les joues rougies… il fut prit d'un impérieux désir de luxure…
Il le chassa rapidement, il n'était pas un animal, et se contenta de lui tendre la main pour l'aider à se relever… puis il s'ébroua comme un chien pour enlever les feuilles collées à son manteau.
Ils rentrèrent silencieux et arrivant en vue de la maison, Fye dit simplement :
« Je te remercie de m'avoir montré cet endroit »
Et ils tombèrent nez à nez avec Yuko, portant un superbe kimono automnal brodé de chrysanthèmes. Elle jeta un regard soupçonneux sur leurs apparences :
« Hum, vous vous êtes étreints sauvagement dans quelques fourrés ? »
« Non ce n'est pas ce que tu crois ! » Se défendit Fye devenant aussi cramoisi que les érables.
Une nuit de chat !
Il fit les présentations et demanda à Yuko la raison de sa venue.
« C'est la saison pour se faire un nabe autour d'un kotastu (6) et comme c'est toi qui a la plus grande maison ! On a apporté tous ce qu'il faut ! » Et elle brandit une bouteille de saké tandis qu'un jeune couple d'une vingtaine d'années arrivait chargé de provisions.
« Sakura-chan et Shaolan-kun, quelle surprise ! » S'écria Fye en voyant débarquer ses amis.
« C'est une idée de Yuko-san » déclara Shaolan gêné de débarquer à l'improviste.
« Plus on est de fous plus on rit ! » s'écria joyeusement Fye.
Il prépara le bouillon, tandis que Yuko et Sakura s'occupaient de découper tous les légumes, sans oublier les indispensables tranches de carottes en forme de fleurs. Kurogane et Shaolan se chargèrent de la viande et du poisson.
Et bientôt ils se retrouvèrent devant une marmite fumante remplie de bonnes choses !
« Bon appétit ! »
Le repas était très plaisant, Kurogane découvrit que Shaolan pratiquait aussi le kendo ainsi que le kung-fu et ils sympathisèrent. De leur coté Fye et les deux filles papotaient comme des commères.
« Et dire que le binoclard a une réunion de travail ce soir, tant pis pour lui ! » leur appris Yuko, en parlant de son petit ami.
La fin de soirée fut beaucoup plus animée car si Yuko et Kurogane supportaient bien le saké et que Shaolan s'en passa, Fye et Sakura décidèrent rapidement qu'ils s'étaient changés en chats et miaulaient de concert !
Et après avoir raccompagné les invités dehors, Kurogane eu un mauvais pressentiment en retrouvant un Fye alangui sur le canapé, prenant des airs de matou vu (m'as-tu vu).
« Miaou ! Fye-matou veut jouer avec Kuro-toutou ! »
Jouer ?
« Toi tu vas au lit tout de suite ! »
« Nan ! »
Le brun l'attrapa alors et le chargea sur son épaule… la pauvre bête se mit à se débattre :
« Miaou ! Tu vas avoir des problèmes avec la SPA, c'est de la maltraitance d'animal sans défense ! »
« T'es un humain ! »
« Non, je suis un chat ! Miaou ! »
« Dans ce cas, tais toi ou je te transforme en shamisen ! (7) » Et il reçu un petit miaulement apeuré comme réponse.
Il crut qu'il avait gagné la partie en déposant Fye sur son lit, mais celui-ci se jeta brusquement à son cou et le fit basculer avec lui.
« Miaou ! Fye-matou veut dormir avec Kuro-toutou ! »
Rahhh c'est pas vrai ! Comme il n'arrivait pas à s'en dépêtrer, il passa ses mains sous son haut dans le but de le chatouiller à mort… mais il oublia sa résolution dès qu'il effleura sa peau : c'était doux comme la fourrure d'un petit chat… et sans réfléchir il se mit à lui caresser le ventre !
Fye commença à ronronner, se laissant aller sur le dos et remuant ses membres comme un félin satisfait…
Mais qu'est ce que je fous ?
Le matou lui bloqua toute tentative de fuite en venant se pelotonner contre lui, murmurant :
« … chaud… douillet… »
Kurogane poussa le soupir du vaincu et se résigna à lui servir de matelas. Toi alors ! Il huma l'odeur de vanille de ses cheveux, qu'il ne put s'empêcher de caresser. Encore une chose qu'il n'avouerait jamais, mais il aimait ce mélange de senteurs qui formaient le parfum de Fye. Il était sûr de la reconnaître entre mille : l'odeur de son maitre !
Hésitation
Fye se réveilla avec des clochettes plein la tête et l'impression d'être allongé contre un Saint-bernard.
« Kuro ? » Merde je me souviens de rien !
« Euh il s'est passé quelque chose ? » se hasarda t-il.
« Bien sûr que non ! Pour qui te me prends ? » La tuile !
Et au boulot, Yuko lui demanda tout de go :
« Alors tu as pris ton pied ? »
« Mais… pas du tout… on n'a pas couché… » Il s'arrêta net en voyant qu'Ashura les écoutait les sourcils froncés.
« Il m'explique qu'il a du mal à faire obéir son chien aux ordres « Au pied » et « Coucher » ! » déclara Yuko le plus naturellement du monde.
Waouh ! Elle est super forte pour esquiver !
oOoOo
Le soir Fye ne savait pas trop comment se comporter vis-à-vis de Kurogane, et nerveux, se pinça un doigt en refermant un tiroir de la cuisine.
« Aie ! »
« Donne voir la papatte ! » demanda le brun en prenant sa main. Il la porta à sa bouche et donna un grand coup de langue sur la zone douloureuse !
A mon tour de m'amuser avec toi ! Se réjouit-il intérieurement en voyant que Fye ressemblait à un chat électrocuté.
Ils cachaient tous les deux des blessures non cicatrisées : l'un sous une attitude bourrue, l'autre sous un masque souriant. La peur de souffrir les retenaient de se rapprocher d'avantage… ils s'observaient à distance… tout en ressentant une attraction chaque jour plus forte…
« Brise d'automne dans les branches
Neige brune
Avant neige blanche » (8)
Ils aimaient faire de longues promenades ensemble malgré le temps qui se dégradait… les couleurs étaient moins éclatantes aussi et une épaisse couche de feuilles recouvrait le sol. Ça sentait bon l'odeur de la terre mouillée et les champignons !
« Il doit y avoir de magnifiques forêts aux Etats-Unis aussi » dit Kurogane.
« En effet, c'est vrai que tu n'as jamais quitté le Japon »
« Si un jour j'ai les moyens, j'adorerais pouvoir aller un peu partout, en particulier dans les pays où on trouve de grands espaces ! Mais il y a la barrière de la langue et les voyages organisés pour japonais où on est parqué dans un troupeau, non merci ! »
« Moi non plus je n'aime pas ce genre de voyages ! Pour moi ce n'est pas la langue le problème, j'ai peur de voyager seul »
Et ils pensèrent chacun de leurs cotés que ce serait parfait s'ils voyageaient ensemble !
Alors qu'ils contemplaient la brume qui s'accrochait ça et là aux flans des collines, Kurogane repris :
« Tu sais ton masque souriant, ne te forces pas à le porter en ma présence »
Totalement décontenancé par cette déclaration, Fye tenta de s'en sortir avec ses feintes habituelles. Il ne voulait pas que l'autre voit son trouble. Il s'écria :
« Toi alors tu es exactement comme Kuro ! Il savait toujours quand ça n'allait pas et essayait de me consoler ! »
« Ce chien » soupira Kurogane « Il était vraiment important pour toi, mais il n'y a rien qui pourrait le remplacer maintenant ? » Qu'est ce que je dis, on dirait que je suis jaloux d'un clebs !
Gêné il tourna les talons et pris le chemin du retour.
Ce n'est pas ça Kurogane, c'est du passé… tu es tellement important pour moi… mais j'ai si peur que tes sentiments ne soient pas de la même nature que les miens…
Et j'ai peur aussi que tu souffres si tu t'attaches à moi…
En arrivant sur le parking où il avait laissé sa voiture, Fye vit un autre véhicule, dont il identifia immédiatement le propriétaire, arrêté là pour fumer une cigarette.
« Fye-san quel heureux hasard que de vous rencontrer ici » Dit celui ci avec un sourire glacial.
Kurogane eut un choc en voyant Seishiro, l'avocat de Fei Wan : Fye le connaissait ? Il se sentait trahit.
L'avocat fut très surpris en prenant conscience de la présence de Kurogane tandis que Fye se contentait d'un bref salut.
Une fois dans la voiture le brun l'interrogea là-dessus.
« Oui il m'avait abordé dans un bar, c'est exactement ce genre de type qui me fait peur, heureusement que tu étais là »
Et Kurogane fut soulagé. Mais ce soir là encore, aucun d'eux ne parvint à dire à l'autre ce qu'il ressentait !
« Les feuilles tombent
Sur les feuilles
La pluie tombe sur la pluie »
Gyôdai
Kurogane ne trouvait pas le sommeil, en plus de Fye, il repensait aux monologues de Soseki-sama pendant qu'il le veillait. Ce dernier regrettait de n'avoir pas épousé celle qu'il aimait vraiment, pour respecter ses obligations familiales. Alors le brun avait compris que c'était à cause de ce drame que le doyen comprenait finalement la décision de son père de faire un mariage d'amour, même s'il ne l'avait jamais reconnu officiellement !
Et Kurogane se disait qu'il ne devait pas non plus laisser passer sa chance, aussi étrange que pouvait lui paraître le fait d'être tombé amoureux d'un garçon…
Soudain il entendit des sanglots dans la chambre voisine et un bref « Kuro ».
Il se précipita et trouva Fye en larmes :
« Pardon de t'avoir réveillé ! »
« C'est rien, tu as fait un cauchemar sur ton chien ? »
« Non, j'ai rêvé que je te faisais du mal à toi aussi… je porte malheur à tous ceux qui m'approchent trop près ! »
« Qu'est ce que tu racontes ? » demanda Kurogane interloqué, en essayant de l'apaiser. Fye tenta de le repousser un instant puis il finit par éclater en sanglots dans ses bras.
« Là, laisse toi aller » lui chuchota t-il à l'oreille, et Fye pleura longtemps la tête enfouie dans son t-shirt… puis d'une voix hésitante, il lui raconta son passé.
Il avait perdu ses parents dans un accident de voiture quand il était encore un bébé. C'était un couple japonais, les Tsuyuri (9), qui ne pouvait pas avoir d'enfant, qui l'avait alors adopté. Ils lui répétaient souvent qu'ils seraient heureux tout les trois, mais Fye ressentait un vide en lui et il faisait fréquemment des cauchemars. Ses parents étaient toujours là pour le consoler, mais comme ils ne pouvaient pas lui faire un petit frère ou une petite sœur, ils lui offrirent donc Kuro.
« On était toujours ensemble Kuro et moi, je ne me sentais plus seul. Aux yeux de tout le monde on formait tous les quatre une famille idéale. Mais quand j'ai eu 9 ans, Mr Tsuyuri s'est mit à s'absenter souvent. Tous les deux se disputaient de plus en plus… Ils n'étaient plus là pour me rassurer quand je faisais des cauchemars… dès fois quand je les entendais se hurler dessus le soir, j'allais me réfugier dans la niche de Kuro et lui me consolait… »
Kurogane lui caressait doucement le dos, l'incitant à poursuivre.
« Et un jour mon père adoptif est partit pour ne plus jamais revenir. Mme Tsuyuri avait l'air si triste mais je ne savais pas quoi faire pour la consoler, j'essayais de sourire… Puis quelques mois après le départ de son mari, elle nous a fait monter dans la voiture Kuro et moi… je croyais qu'on allait en promenade, on a roulé longtemps. A un moment elle s'est arrêtée sur une aire de repos, mais quand on a voulu remonter dans la voiture… elle était repartie… en nous abandonnant ! Heureusement que Kuro était là parce qu'il y avait des types qui me regardaient bizarrement… chaque fois que quelqu'un tentait de s'approcher, il sortait les crocs, menaçant ! »
Kurogane serra les dents de rage en imaginant Fye, comme un chaton abandonné sur le bord de la route… Comment pouvait-on faire une chose pareille ?
« Finalement un couple s'est arrêté et a appelé la police. Peu après le corps de Mme Tsuyuri a été retrouvé au pied d'une falaise… Elle avait du penser un moment nous entrainer dans sa mort et y avait renoncé ! Comme plus personne ne pouvait s'occuper de moi au Japon, ma garde a été confiée à un oncle aux Etats-Unis. Mais il ne voulait pas de Kuro, alors c'est une voisine à Yuka, Suzuran-san qui m'a proposé de le garder. Je l'aimais bien, j'allais souvent lui rendre visite car elle était toute seule… elle ne s'était jamais mariée. J'ai promis à Kuro que je reviendrais le voir dès que possible ! »
Suzuran-san de Yuka ? Mais c'est l'amour perdu de Soseki-sama !
« Mon oncle ressemblait à une sorte de vieux hippie, avec sa barbe et ses longs cheveux… il était assez bizarre. C'est lui qui m'a appris ce que les Tsuyuri m'avaient caché dans le but de me préserver : j'avais un frère jumeau, Yui, qui était mort dans l'accident ce jour là ! Quand les secours ont retrouvé la voiture dans un ravin j'étais le seul survivant du fait de la position de mon siège d'enfant… mais je crois que lui n'est pas mort sur le coup… j'ai compris la signification de ces cauchemars où quelqu'un pleurait près de moi mais je ne pouvais rien faire pour l'aider… » Ses sanglots redoublèrent et Kurogane le serra plus fort, posant sa joue sur ses cheveux en un geste protecteur.
« Pendant toutes ces années je n'avais jamais pensé à lui car j'ignorais son existence… même si finalement sa présence était gravée dans mon inconscient… je me sentais coupable pour tout ça ! En plus le jour de l'accident … nos bracelets avec nos prénoms avaient été arrachées alors personne ne pouvait dire qui était Yui et qui était Fye. Ils ont donc décidé arbitrairement que celui qui était mort était Yui, mais si ça se trouve c'était le contraire ! Peut être que c'était lui Fye »
Kurogane ne savait plus quoi dire devant tant de douleur… ce n'était pas étonnant que Fye écrive des textes morbides…
« Complètement perdu par ces révélations j'ai appelé Suzuran-san, je voulais parler à quelqu'un, mais je l'ai sentit hésiter au sujet de Kuro… alors je l'ai suppliée de me dire la vérité aussi douloureuse soit elle, cela valait mieux que des mensonges : Kuro s'était laissé mourir de chagrin après mon départ ! Quelques années plus tard mon oncle s'est tiré une balle dans la tête… je crois que moi aussi j'aurais pu devenir fou, mais c'est la pensée de ne pas décevoir mon frère qui me retenait de sombrer, je me suis plongé dans mes études puis mon travail… j'ai tenté d'exorciser mes démons dans l'écriture… Mais j'ai toujours peur de faire souffrir les gens qui sont impliqués avec moi ! »
« Fye tu n'es coupable de rien : ni de cet accident, de l'infidélité de ton père adoptif ou de la folie de ton oncle ! Pour ce qui est de ton chien, je comprends qu'après cet exemple de dévouement tu répugnes à laisser quelqu'un s'attacher à toi… Et je comprends aussi que tu hésites à t'engager auprès de quelqu'un par crainte d'en souffrir, j'ai vécu la même chose ! Mais si tu continues à fuir ainsi tu risques de passer à coté du plus important »
Et il lui conta l'histoire de Suzuran-san et Soseki-sama comme exemple…
« Elle est décédée il y a quelques années… je me doutais d'une histoire comme ça » souffla Fye « Merci Kurogane… » Il voulait lui dire autre chose, que lorsqu'il avait repris conscience dans ses bras le jour où ils s'étaient rencontré, il était prêt à trouver n'importe quelle excuse pour le garder près de lui. Mais que par la suite ses angoisses avaient repris le dessus… Seulement, exténué, il s'endormit blotti dans ses bras.
Espérant que le message était passé, le brun l'embrassa sur le front et se laissa lui aussi glisser dans le sommeil…
Fusion
Fye s'éveilla en premier et il sortit avec précaution du lit… il ne voulait pas réveiller Kurogane qui dormait si bien. Il éprouvait tellement de gratitude envers lui…
Quand le brun arriva finalement dans la cuisine Fye s'apprêtait à partir pour son travail.
« Au fait » commença le brun « en fin de journée Shaolan doit venir me chercher pour visiter son dojo, il m'a dit qu'il pourrait me trouver un job d'enseignant »
Dzing Le blond laissa tomber le bol qu'il avait dans la main.
« Ça veut dire que tu vas partir d'ici ? » s'écria t-il effaré.
« Non, je voudrais rester près de toi, te protéger, mais je ne veux surtout pas que tu me payes pour ça. Je ne supporte pas l'idée de vivre à tes crochets ! »
« Kurogane, tu sais, les sentiments que j'éprouve pour toi n'ont rien à voir avec le fait que tu ressembles à Kuro ! Même sans ça j'aurais craqué pour toi. Est-ce que tu crois que je peux te rendre heureux ? »
« Oui je le crois ! Je me sens bien quand je suis avec toi, comme ça ne m'était pas arrivé depuis très longtemps ! »
« Mais je pensais vraiment que tu n'étais pas attiré par les garçons ! »
« Je ne suis pas attiré par les garçons, je ne suis attiré que par toi ! »
Fye ravi se jeta à son cou et déposa un baiser sur ses lèvres.
« Ce soir on reprendra à ce moment là » Et il sortit, laissant le brun figé.
oOoOo
A son travail tous ses collègues se rendaient compte qu'il n'était comme d'habitude. Pourtant il souriait, mais un sourire complètement diffèrent !
Il aurait voulu tout raconter à Yuko, mais elle était absente. Tant pis ça attendrait lundi matin.
A la fin de la journée il se dépêcha de récupérer ses affaires, impatient : deux jours à passer en tête à tête avec son Kuro !
Et là il tomba sur Ashura qui le regardait bizarrement. Il allait lui souhaiter un bon weekend mais celui ci lança :
« Hier j'ai croisé un de mes potes, Seishiro… J'en ai appris des belles : alors comme ça tu vis avec un bon à rien, un clodo récupéré dans la rue ! En fait c'est lui le « chien » dont tu parlais ! » Et il se rapprocha avec un rictus inquiétant de Fye éberlué « Avec moi tu joues toujours la sainte-nitouche mais tu as l'air d'aimer le coté dominateur : vous devez jouer à des jeux pervers tous les… »
BANG
Sous la violence du coup, Ashura fut projeté contre le mur… il resta abasourdi : jamais il n'aurait cru que Fye puisse frapper aussi fort !
Le blondinet se tenait devant lui, menaçant et le poing encore serré :
« Sur moi tu peux dire ce que tu veux ! Mais je t'interdis de traiter Kurogane de bon à rien ou de pervers ! » Cria t-il en avertissement avant de tourner les talons, très soulagé par ce défoulement. Les leçons de son Kuro-chan avaient bien étaient retenues !
oOoOo
En arrivant chez lui, il constata que Kurogane n'était pas encore rentré, il se rendit donc dans la salle de bain.
Quand le brun se montra finalement Fye était au téléphone avec Sakura, alors il en profita pour passer lui aussi par la case salle de bain. Et ils se retrouvèrent enfin dans le salon l'un en face de l'autre, un peu nerveux et intimidés…
Kurogane décida de faire le premier pas cette fois ci, il prit délicatement son visage entre ses mains :
« Tu avais dit qu'on continuerait à partir de là… » Il se pencha pour l'embrasser… doucement d'abord puis plus passionnément… Fye passa ses bras autour de son cou…
Kurogane sentait sa résolution, celle de ne pas brusquer les choses, s'effriter au fur et à mesure… il enfouit son visage dans le cou et les cheveux du blond… s'enivrant de son odeur, et son corps en demandait encore plus !
Heureusement pour lui, Fye semblait éprouver le même besoin et ils commencèrent à ôter mutuellement leurs vêtements sans tenir compte des bruits de tissus déchirés !
Kurogane le chargea sur son épaule comme la dernière fois et profita de la position pour finir de lui enlever tout ce qu'il portait en bas… Ce fut un petit Fye tout nu qui atterri sur son lit !
A la vue de son amant allongé sur le flanc, tout ses appâts dévoilés, il ne pu retenir un sourire carnassier et il se lécha les babines.
« Kyaaa ! Kuro-toutou veut me manger tout cru ! »
Oui il allait le dévorer de baisers et de caresses, le gouter partout… mais il opta pour la solution de commencer par le déguster lentement, pour faire durer le plaisir… jusqu'à ce que Fye soit à point…
Il se contenta de l'effleurer du bout des doigts et de le parcourir de son souffle… Fye se cambra et gémit de frustration sous cette torture :
« Fye-matou va s'occuper de Kuro-wanwan ! » Et il se retrouva avec un Fye ronronnant, se frottant contre lui de tout son long et faisant bon usage d'une adorable petite langue rose…
Il se laissa faire avec délice puis son coté guerrier et dominateur refaisant surface, il l'attrapa par les poignets et le plaqua contre le matelas. Il l'embrassa pour faire taire ses miaulements de protestations, ensuite il déposa des baisers sur son visage puis son cou, où il insista pour marquer son territoire. Il se mit alors à descendre plus bas… toujours plus bas…
Fye, tout ses sens et son esprit submergés par le plaisir, pensa dans un dernier éclair de lucidité, que Kurogane avait l'air d'être au courant de pas mal de choses…
« Tu as quelques bouquins très instructifs sur la question, et des mangas aussi » répondit l'intéressé quand il parvint à lui en faire la remarque.
Ma collection secrète !
Kurogane le pris au-dessus de lui car il ne voulait pas l'écraser et le laissa faire pour ne pas le blesser… puis peu à peu ils trouvèrent un rythme qui gagna en amplitude. Leur étreinte se fit plus passionnée et même presque sauvage, Kurogane laissant des traces de morsures et Fye des griffures le long de ses biceps : leurs marques respectives !
Et Fye roula brusquement sur le dos, il voulait le sentir de tout son poids sur lui… au plus profond de son corps… Ils atteignirent l'extase en criant leurs prénoms comme si c'était le son le plus érotique du monde…
Reprenant leur souffle, toutes leurs barrières détruites, ils se murmurèrent des mots d'amour… avant de sombrer dans le sommeil.
oOoOo
C'était la troisième fois que Fye se réveillait dans les bras de Kurogane, mais cette fois ci il n'y avait plus une seule fringue dans le secteur ! Et le brun était déjà éveillé, le regardant tendrement, Fye lui fit un doux sourire.
Ils avaient l'impression que le monde extérieur avait été comme effacé et qu'ils étaient entouré d'une barrière protectrice et ouatée !
« Dis Kuro-chan, on a oublié quelque chose hier » annonça le blondinet.
« Hein quoi ? »
« Tu veux que je te mette la puce à l'oreille ? » murmura t-il en la lui mordillant.
« Je donne ma langue au chat » déclara Kurogane en s'emparant de sa bouche.
Mais leurs estomacs gargouillant à l'unisson leur rappelèrent qu'ils avaient sauté le repas au profit d'un autre.
En arrivant en bas, ils s'aperçurent qu'une épaisse couche de neige était tombée dans la nuit…
« Viens
Allons voir la neige
Jusqu'à nous ensevelir »
Bashô
Après un copieux petit déjeuné, ils sortirent en profiter. La neige avait transformé chaque brindille en dentelle étincelante ! C'était au tour de Kurogane, de trouver Fye parfaitement assorti au décor, ressemblant à quelque elfe des neiges…
Ils firent l'inévitable bataille de boules et se roulèrent dans les congères. Et un long moment plus tard, Fye susurra à l'oreille de son toutou, tout ébouriffé et en sueur, d'une voix pleine de promesses :
« Il va falloir que je te fasse prendre ton bain en rentrant Kuro-wanwan »
oOoOo
Et ils tombèrent encore une fois sur Yuko, enveloppée de fourrure comme une tsarine.
« Là ne me dites pas qu'il n'y a rien entre vous, je ne vous croirais pas ! »
« Ben en fait… »
« Je prends ça pour un oui ! Ce n'est pas dans mon intention de vous déranger mais j'ai une nouvelle de la plus haute importance ! Tu sais que Clow Lead, mon fiancé, est inspecteur des finances, et bien hier en s'occupant d'un certain Fei Wan, devine ce qu'il a trouvé dans son coffre : l'original du testament de Soseki-sama ! »
« Quoi ! »
« Testament dans lequel il est stipulé que tous les biens du doyen reviennent à un certain Kurogane Suwa, le seul de tout le clan qui ait fait preuve d'un dévouement totalement désintéressé ! »
« Génial ! Les qualités de Kuro-toutou sont enfin reconnues, comme celles du chien Hachiko ! (10) » s'écria Fye tandis que le brun restait muet de stupeur.
« Mais… ce n'est pas… »
« Kuro-toutou dit qu'il demandait seulement la niche mais maintenant il se retrouve avec un domaine ! » déclara le blond pour traduire le trouble de son compagnon devant un tel retournement de situation.
Epilogue
L'affaire fit grand bruit à Shura, comment le jeune Suwa devint l'héritier des biens des Yasha, et reçu également une partie de la fortune de Fei Wan en dédommagement. Le promoteur, lui, se retrouva en prison pour cette affaire et une série d'autres.
Grand prince, Kurogane laissa l'enceinte principale à ses cousins. Il n'avait aucun bon souvenirs de cet endroit et en plus il savait que pendant qu'ils se la disputeraient, comme une meute de chiens un os, il aurait la paix !
Il récupéra évidement son dojo, dans lequel il ouvrit une école de Kendo. Puis il offrit une des maisons comme cadeau de mariage à Shaolan et Sakura et une autre à Sorata et Arashi. Ses amis venaient s'installer dans le coin, car Sorata venait d'y être muté comme prof d'histoire.
Ensuite il finança divers projets qui pouvaient paraître hétéroclites à ceux qui ne connaissaient pas son histoire : des centres accueillant les SDF et leurs animaux de compagnie et des ateliers en Inde.
On le disait très proche d'un jeune écrivain qui commençait à gagner en notoriété. Certains disaient même qu'ils habitaient ensembles… En tout cas ils partaient fréquemment en voyages tous les deux…
Fin
Merci de votre lecture, j'espère que ce n'était pas trop ennuyeux, parce que le problème avec une histoire « tranches de vie », c'est qu'il manque un peu un scénario ! Et c'est ce qui m'a donné du mal, c'est devenu lisible que lorsque que j'ai fait des petits sous-chapitres avec des titres.
L'écriture de courts textes célébrant la beauté de la nature, c'est quelque chose que je pratique dans mon coin depuis longtemps. Vous avez le droit de trouver le résultat ridicule (le reste aussi d'ailleurs) je ne vous en voudrais pas !
Des reviews, please ! J'ai besoin d'avis pour ne pas rester seule face à mes doutes (je ne sais pas à quoi m'en tenir par rapport à ce que j'écris suite aux raisons évoquées au début). Sinon il faudra que je devine toute seule ce qui va et ce qui ne va pas. J'offre un paquet de « choco neko » à tous ceux qui me laisseront une review !
Kuro : ça n'existe pas d'abord !
Y-S : si Fye et Watanuki viennent de m'en préparer pleins !
Kuro : dans tes rêves !
Y-S : …. Snif snif
Notes :
(1) : En japonais kuro = noir et kurogane = acier noir.
(2) : Celui qu'Himawari offre à Watanuki au début du tome 12 de xxxholic. Je vois bien Fye avec ça !
(3) : J'invente rien, j'ai déjà été témoin de ce genre de scène et pas qu'une fois.
(4) : Cet ouvrage de Saint-Exupéry est très célèbre au Japon. La ville d'Hakone a ouvert un musée entièrement dédié au personnage.
(5) : Littéralement la chasse aux érables. C'est le pendant d'Hanami, la contemplation des cerisiers en fleurs.
(6) : Nabe : fondue japonaise, on fait cuire divers ingrédients dans un bouillon. Kotatsu : table basse avec couverture intégrée.
(7) : Luth japonais, dont la peau tendue sur la caisse de résonnance peut être, aussi dérangeant que ça paraisse, de la peau de chat ! Voir le chapitre 189 de xxxholic.
(8) : Je n'en connais pas l'auteur, mais c'est mon préféré !
(9) : J'utilise les parents de Kohane-chan (xxxholic), vous comprendrez vite pourquoi.
(10) : Chien symbole de la fidélité canine.
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Bon il reste 2 OS, les paires des chapitres 2 et 5, ça c'est sûr. Peut être 4 autres, ça je ne suis pas encore sûre. Mais pour l'instant je fais une pause sur cette série.
