Helloo-o !

Motivée à nouveau pour écrire, c'est dans la bonne humeur que je poste ce chapitre 3 ! Merci !

Et plus précisément, merci à: Paffi, Totorsg, Jade212000, MarshxMallow, Lily Wolf et seirarah. =D

MadMouse: Je suis très heureuse d'arriver à faire passer quelques trucs dans cette histoire. A vrai dire elle me fait très peur. ^^ Donc je suis ravie que tu apprécies Alys ! Et pour Jeff, je ne fais pas sa plaidoierie dès maintenant mais j'ai bon espoir de le faire apparaître aux alentours du chapitre 8. :) L'avenir dira si tes théories -muettes ^^- sont exactes ! Merci beaucoup. =)

FewTime: Tu n'imagines pas le stress en l'attente des réactions à Alys ! J'adore les personnages d'enfants, mais je les redoute toujours un peu (peur des stéréotypes). Tu comprendras la relation Jeff/Lisbon/Alys au fil des chapitres. Jeff n'apparaît physiquement qu'aux alentours du 8ème chapitre. =) Et oui, ralentissons côté Rigsby, le pauvre peine déjà bcp avec sa demande. ^^ J'ai réussi à écrire un chapitre où tu n'as pas envie de tuer Jane, yeah ! :D Oh et j'adore cette histoire du monsieur de fer, je ne connaissais pas ! -Je ne dis rien pour tes théories.- Merci infiniment. =)

janeandteresa62: Ravie que ça t'ait plu !

Anara: Je suis vraiment ravie que cette nouvelle fic te plaise (pour l'instant) ! :D Pour la paternité d'Alys, au risque de spoiler, il faut regarder les dates... =) Merci !

Enjoy: Quel enthousiasme ! :D La paternité de cette petite a interpelé bien du monde... Je suis machiavélique! :D Oh et tu m'as bien fait rire avec les genoux de Rigsby. ^^ J'ai en effet quelques projets pour Jane et Alys. J'ai été aux anges de lire que le monsieur des étoiles t'a plu au fait. =) L'avenir dira si Jane parviendra à faire quelque chose de sa vie ! lol Merci mille fois. =)


Chapitre 3 : Une nouvelle place :

"Si j'avais le pouvoir d'oublier, j'oublierais. Toute mémoire humaine est chargée de chagrins et de troubles."

Charles Dickens - Contes de Noël

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Jane se réveilla aux alentours de midi le lendemain, le décalage horaire l'avait tenu éveillé jusque vers six heures du matin. Il supposa que Lisbon était partie travailler et il se demanda furtivement où était Alys lorsque sa mère s'absentait.

Il descendit les escaliers dans l'idée de trouver son portable pour appeler la propriétaire des lieux mais fut interrompu par du bruit dans la cuisine. Il fronça les sourcils et passa la tête dans la pièce.

Un homme d'une trentaine d'années fouillait les placards en pestant clairement après une certaine Teresa. Il finit par se tourner et se figea en apercevant Jane.

-Bonjour, lança Jane, curieux.

-Euh… hésita l'homme. J'ignorai que ma sœur avait un amant. Elle ne m'a pas prévenu.

-Ami suffira, rectifia Jane dans un sourire embarrassé.

-Oh, ça rend les choses beaucoup moins gênantes.

Il y eut cependant un silence inconfortable. Jane en profita pour essayer de deviner lequel des frères de Lisbon il avait en face de lui. Grand, aussi brun que sa grande sœur, même nez, même façon d'éviter le regard lorsqu'embarrassé, et ce n'était probablement pas Tommy...

-Vous êtes James Lisbon ? suggéra-t-il.

-Lui-même, acquiesça-t-il. Et vous êtes..?

-Patrick Jane.

Le visage de James se ferma immédiatement. Jane fronça les sourcils, surpris, mais il n'eut pas le temps d'analyser la situation, la porte d'entrée les interrompit dans leur face à face silencieux.

-Relaxe James, lança la voix de Lisbon depuis l'entrée.

-Je peux savoir le problème ? s'enquit Jane en faisant aller son regard de Lisbon qui venait d'arriver à James qui le toisait.

-James se prend encore pour mon grand-frère, plaisanta Lisbon en entrant.

-Et ?

-Vous ne voulez pas entendre les détails, lui assura-t-elle dans une grimace.

-D'accord… céda Jane. Vous n'êtes pas au CBI ?

-Je devrais y être, mais j'avais oublié de vous prévenir que James était le baby-sitter d'Alys.

-Et tu as oublié de me prévenir qu'il était revenu, siffla James entre ses dents à l'intention de sa sœur.

-C'est récent, répliqua-t-elle en roulant des yeux. Désolée si ma première impulsion n'a pas été de t'envoyer un sms. Où est Alys ?

-Cachée quelque part dans la maison pour éviter de m'aider à mettre la table, répondit James.

Lisbon parut exaspérée et entra dans le salon sous le regard curieux de Jane. Elle se dirigea vers un placard à côté du bureau et l'ouvrit, y découvrant Alys.

-C'pas du jeu, bougonna la fillette en croisant les bras sur sa poitrine, vexée.

-Si tu voulais gagner, il fallait changer de place, sourit Lisbon en s'agenouillant.

-Mais y a pas d'aut'es cachettes, déplora l'enfant en tendant les bras vers elle.

Lisbon sourit un peu plus et prit Alys dans ses bras avant de se diriger vers la cuisine. Alys adressa un grand sourire à Jane, sourire qui lui fut rendu, puis elle passa des bras de sa mère à ceux de son oncle.

-On mange quoi ? s'enquit-elle.

-Si tu sais où ta mère range les petits pois, on en mangera.

-Deuxième placard du haut à droite de la gazinière, l'informa Lisbon tout en attrapant son téléphone qui vibrait.

Elle s'excusa et quitta la cuisine.

-Alys, les oreilles, ordonna aussitôt James.

-Mais…

-Alys…

L'enfant soupira lourdement mais couvrit ses oreilles de ses mains.

-Que les choses soient claires monsieur Jane, reprit James, vous refaites du mal à Teresa comme vous l'avez fait en partant il y a cinq ans et vous aurez affaire à moi. Je ne suis peut-être pas son grand frère, mais je la protègerai quoi qu'il en coûte. Clair ?

Jane parut un instant sceptique puis jugea qu'il serait plus sage d'accepter compte tenu du regard noir que James lui adressait. La dernière chose qu'il voulait, c'était se mettre un Lisbon à dos.

-Limpide, répondit-il enfin.

-Parfait. Dans ce cas, vous êtes le bienvenu.

James indiqua à Alys qu'elle pouvait écouter à nouveau avant d'enfin mettre la main sur la boîte de petits pois qu'il avait cherchée.

-Vous restez combien de temps ? s'enquit James sur le ton de la conversation.

Jane mit un certain temps à répondre, encore perturbé par l'agressivité de l'homme quelques secondes plus tôt. Désormais il avait adopté un ton plus doux, et il affichait un sourire.

-Je ne sais pas encore, se reprit finalement l'ancien consultant, le temps que votre sœur en ait assez de moi je suppose.

-Longtemps donc, plaisanta James. Je suppose que mon job de baby-sitter va prendre une pause.

-Ne dis pas n'importe quoi, intervint Lisbon en revenant vers eux. Alys et Jane se connaissent à peine. Et puis de toute façon, il risque de trouver un autre travail bientôt.

-Que voulez-vous dire ? s'étonna Jane.

-Le directeur du CBI a eu vent de votre retour, il m'a demandé de vous réintégrer en tant que consultant si vous m'en faîtes la demande. C'est lui qui m'a appelé, précisa-t-elle en désignant son téléphone posé sur la table de cuisine.

-Wow, vous deviez être sacrément doué, sourit James en déposant Alys sur la table pour pouvoir cuisiner.

-Il l'était, répondit Lisbon dans un léger sourire. Mais il était aussi doué pour les plaintes…

Jane ne se priva pas de sourire en réponse au regard que Lisbon voulait réprobateur.

-Si la prochaine enquête me plaît, je considérerai l'offre.

-Parce que monsieur fait le difficile et choisit ses enquêtes ? railla James.

-C'est une question d'ego, rétorqua Lisbon. Il préfère juger le niveau de difficulté de l'enquête pour choisir celle qui le fera paraître le plus génial possible.

-Ahah, ironisa Jane en lui adressant un regard exaspéré. Je vois que je n'ai pas l'avantage ici, je peux utiliser la salle de bain ?

-Faîtes comme chez vous, répondit Lisbon en cherchant dans le réfrigérateur de quoi compléter le repas de son frère.

Jane acquiesça puis fit mine de quitter la cuisine mais Lisbon le retint.

-Je le pensais, dit-elle plus sérieusement. Vous êtes chez vous.

Jane la dévisagea un moment sans trouver quoi répondre, plus touché qu'il ne l'aurait souhaité.

-Merci, articula-t-il finalement dans un sourire confus.

Elle lui rendit un peu de son sourire, puis se détourna de lui pour ordonner à Alys de lâcher son portable avec lequel elle jouait silencieusement depuis plusieurs minutes.


Lisbon eut du mal à se concentrer cet après-midi là. Ses pensées voyageaient sans cesse vers Jane qui était resté chez elle avec Alys et James. Elle ne savait pas quel sens donner à son retour et, déroutée, elle n'aurait su dire si elle était heureuse de le revoir ou si elle se méfiait de lui.

Dire que le voir partir avait été douloureux ne représentait en rien la tristesse qu'elle avait trainé pendant des mois, des années même. Souvent, elle songeait que l'arrivée d'Alys, aussi inattendue fut-elle, l'avait arrachée à sa routine autodestructrice en la forçant à prendre sa vie en main. Elle pouvait certes négliger sa vie, mais l'idée de le faire au dépend d'une petite fille, la sienne, avait fait office d'électrochoc. Elle avait dû se faire à l'idée que Jane ne reviendrait pas en quelques mois là où pendant plus d'un an elle avait échoué.

A la naissance d'Alys, elle avait été emportée dans un tourbillon d'émotions et de devoirs maternels, cette frénésie l'avait empêchée pendant près d'un an de trop penser à son ami exilé. Mais il était toujours resté là, caché, et lorsqu'Alys avait commencé à demander moins d'attention, Lisbon s'était surprise à penser plus d'une fois qu'elle aurait aimé que Jane soit là. Assurément, il aurait adoré Alys et lui aurait appris dès son plus jeune âge toute sorte de tours ayant pour seul et unique but de tourmenter sa mère.

Oh bien sûr, il n'aurait jamais été intrusif, il restait Jane, et il aurait continué longtemps à porter ce masque de distance. Mais peut-être qu'avec le temps, Alys aurait fondu le masque, peut-être qu'avec le temps, il aurait pu sortir la tête hors des eaux tortueuses où il se noyait depuis la mort de John LeRouge.

C'était quand elle commençait à penser au tueur qu'elle réalisait à quel point Jane lui faisait perdre l'esprit. Dans l'état où elle l'avait vu avant son départ, elle était certaine qu'elle ne l'aurait sûrement pas laissé seul avec sa fille. Il était son ami et elle avait une immense -et incompréhensible- confiance en lui malgré tout, cependant, l'instinct maternel était plus fort que cette confiance, et elle savait pertinemment que Jane était tout sauf sain pour une petite fille.

Ça ne l'empêchait pas de penser à chacun des anniversaires d'Alys qu'assurément si Jane avait su, le cadeau qu'il lui aurait offert aurait été le préféré de sa fille.

Pourtant maintenant qu'il était là, tout était différent. Elle ignorait ce qu'il attendait de ce retour, et elle le savait dérouté par les évènements –ce qui prouvait qu'il était encore vulnérable, car jamais elle n'aurait pu affirmer sa déroute s'il avait été aussi assuré qu'avant la mort de John LeRouge cinq ans plus tôt.

Elle se sentait en conflit vis-à-vis de ce retour. Une part d'elle était incommensurablement heureuse de le revoir –et c'était sûrement cette part là qui s'était accrochée désespérément à l'idée de lui pendant cinq ans– mais une autre part lui disait de se méfier, que c'était Jane, et que Jane ne faisait jamais rien sans y avoir longuement réfléchi avant –surtout lorsqu'il acceptait sans rechigner de loger chez elle pour une durée indéterminée.

Comme lors de leur première rencontre, Patrick Jane faisait l'effet d'une bombe dans sa vie et mettait tout sens dessus dessous (son cœur le premier). Elle avait passé des années à faire le deuil de l'emplacement vacant qu'il avait laissé, et il venait d'exploser la fragile reconstruction. Nul besoin d'ajouter que James l'avait vu venir, sa réaction agressive en était la preuve. Il avait passé bien trop de temps à la consoler du départ de Jane pour voir d'un bon œil son retour. Mais James étant James, un sourire et l'assurance que la présence de Jane ne la dérangeait pas avait suffi. Et elle se doutait que très vite, James tomberait sous le charme Jane, tout comme Alys n'allait pas tarder à le nommer son meilleur ami.

Elle connaissait cependant quelqu'un qui ne serait pas ambivalent quant au retour de Jane, et celui-ci, Jane aurait peu de chance de le charmer. Elle avait fait la bêtise de raconter à Jeff qui était Jane et un peu de leur histoire, et elle se doutait qu'à son retour, le père d'Alys ne serait pas enchanté de voir que Jane était de retour en ville –sans oublier le fait qu'il aurait probablement logé plusieurs jours chez eux.

Lisbon chassa cette pensée. Jeff n'était pas encore revenu, et quand il le ferait, elle n'aurait qu'à lui rappeller qui payait les factures.

-Boss ? l'interrompit la voix familière de Cho.

Elle leva la tête du dossier qu'elle n'avait pas lu pour lui montrer qu'il avait son attention.

-J'ai fini le rapport sur le kidnapping de la fille du procureur, annonça-t-il en lui tendant un dossier. Tout est prêt pour l'audience de lundi prochain.

-Oh parfait, tu es toujours aussi efficace, lui sourit-elle en prenant le dossier pour le poser dans un coin de son bureau.

Cho acquiesça vaguement en guise de remerciement, puis resta planté devant son bureau, les bras croisés. Lisbon leva les yeux au ciel.

-Quoi ? soupira-t-elle.

-Rien.

-Je le vois bien que tu as quelque chose à dire, ça a un rapport avec le retour de Jane c'est ça ?

Cho ne répondit pas.

-Je vais bien Cho, lui assura-t-elle. Je suis un peu… surprise, c'est tout. Mais pas de dépression à l'horizon, quoi que j'aurai sûrement des migraines s'il retravaille avec le CBI.

Cho ne cilla pas. Lisbon continua, exaspérée.

-Je te promets d'en parler à quelqu'un si je sens les prémices d'une crise de nerfs, d'accord ? Et je le vire de chez moi si jamais je n'en peux plus.

-D'accord, acquiesça finalement Cho en décroisant les bras. Alys va bien ?

-Elle est très enthousiasmée par sa rencontre avec le monsieur des étoiles.

Comme précédemment, Cho ne bougea pas d'un pouce.

-Jane l'intrigue, traduisit Lisbon en roulant des yeux. Je pense que le courant passe. Mais comme rien ne pourrait lui faire oublier l'agent Cho, je te conseille de passer bientôt sous peine de représailles.

Cho lui offrit l'un de ses rares sourires puis lui promit de passer dès qu'il aurait un moment, avant de quitter le bureau.

Lisbon soupira et se laissa tomber contre son dossier dès lors que la porte se fut refermée. Elle pouvait faire confiance à Cho lorsqu'il s'agissait de lire en elle –à croire que Jane avait été son professeur. Quelque chose lui disait qu'elle n'avait pas fini d'en baver lorsque Jane était impliqué. Aussi étrange que ça puisse paraître, cette pensée la fit sourire.

Au moins, tout n'avait pas changé.


Lorsque Lisbon rentra chez elle en fin de soirée, elle vit que la voiture de James n'était plus garée dans l'allée. Il avait dû se lasser de l'attendre et rentrer chez lui, estimant sans doute que Jane saurait s'occuper d'Alys si besoin. Elle vit qu'en effet son frère lui avait laissé un mot sur le meuble dans son entrée.

« Alys couchée à 20h, journée ok, Jane sympa, restes tout en haut du frigo, espère que ta journée pas trop dure, à demain 8h, TEA. –James »

Lisbon sourit, les vieilles habitudes avaient la vie dure, et la tradition enfantine perpétuée par James faisait partie de ses choses qui lui rappelaient que son enfance n'avait pas toujours été si noire. A cette époque, elle avait eu pour habitude de laisser ce genre de messages lapidaires à l'un de ses frères pour ne pas qu'ils s'inquiètent lors de ses absences, et les lettres TEA avaient toujours été le dernier mot de ses post-its.

Elle sortit son téléphone de sa poche pour rédiger un court sms.

« Merci. TEA. »

Cela fait, elle déposa ses chaussures et sa veste dans l'entrée, puis passa sa tête dans le salon pour voir que Jane s'était endormi sur le canapé. Elle ne put s'empêcher de sourire à cette vision étrangement familière. Elle se dirigea vers lui et s'assit à la hauteur de sa hanche, le réveillant du même fait.

-Bonsoir l'endormi, sourit-elle, un peu moqueuse.

-Je me suis assoupi en vous attendant, reconnut-il.

-Vous auriez dû aller vous coucher, vous avez besoin de sommeil avec le décalage horaire.

-Je ne voulais pas y aller tant que vous n'étiez pas là, pour Alys, avoua-t-il.

-Vous n'êtes pas si mauvais comme baby-sitter, s'amusa-t-elle, je vous engagerai peut-être.

-Dans ce cas, il va falloir renouveler votre stock de thé.

-Et pourquoi ça ?

-Le thé est mon énergie, et l'énergie, il en faut pour suivre Alys.

Lisbon ne put se priver d'un sourire, fière de sa fille. C'était tout de même une prouesse d'arriver à épuiser Patrick Jane.

-Je considérerai le thé alors, répondit-elle finalement. Enfin, tout dépend de si vous voulez le poste.

-Et James ? s'étonna-t-il.

-James n'aura plus d'excuse et sera obligé de chercher du travail, ça ne peut lui faire que du bien.

-Quelles sont les conditions ? s'enquit-il, soupçonneux.

-Vous la gardez pendant une semaine avec James, et si ça se passe bien, vous tentez seul.

-Qu'est-ce que j'ai en échange ?

-Vous êtes nourri, logé et blanchi tant que vous restez ici.

-Ça me semble équitable, acquiesça-t-il. Je vais y réfléchir.

Elle hocha la tête, comprenant que la décision ne se prenait pas impulsivement, surtout lorsqu'on s'appelait Patrick Jane. Cependant, elle préférait le savoir ici à garder Alys plutôt que de le voir revenir au CBI dans les jours à venir. Elle ne souhaitait pas vraiment le voir travailler avec son ancienne équipe sans elle.

Jane et elle avaient toujours formé une bonne équipe, parfois conflictuelle mais toujours efficace et soudée, c'était en partie ce qui avait rendu si dur son départ. Elle refusait de voir Jane retrouver une telle collaboration avec d'autres qu'elle pour l'instant, tant pis si c'était égoïste. Elle avait besoin de temps pour se faire à cette idée, et si elle pouvait éviter d'avoir à s'y faire, alors c'était tant mieux. Le terrain lui manquait déjà en temps ordinaire et si Jane revenait au CBI, les choses se compliqueraient bien plus qu'elles ne l'étaient déjà alors qu'il était installé chez elle.


...

La semaine de test fut un succès pour le duo Jane et Alys. En quelques jours, la petite fille avait totalement adopté ce colocataire amusant. Chaque fait et geste de Jane donnait lieu à un émerveillement de la part de l'enfant qui assurément était sa plus grande fan. Elle l'appelait encore parfois le monsieur des étoiles, arguant auprès de sa mère que même s'ils n'avaient plus besoin des étoiles pour communiquer, il avait des étoiles dans les yeux quand il riait.

Jane rivalisa d'inventivités, l'emmenant au parc, à la fête foraine, au zoo, ou encore dans des confiseries ou des magasins de jouets. Lisbon avait particulièrement détesté cette dernière activité et retenu en otage la plupart des achats de Jane, il était hors de question qu'Alys soit pourrie gâtée –même si Jane avait posé comme argument principal qu'il rattrapait les années manquées.

Lorsque Lisbon rentrait trop tard, Jane se faisait conteur et utilisait une anecdote parmi ses souvenirs de voyage ou bien du CBI avant son départ. Alys avait vite fait savoir que ses histoires favorites concernaient ce passé commun qu'il avait avec sa mère. Il ignorait ce qui pouvait tant plaire à une enfant de cet âge, mais apparemment, la version romancée de sa vie au CBI fascinait Alys.

En une semaine, Jane eut le temps de prendre des repères, et il perdit très vite cette impression de ne plus appartenir à ce monde. Il restait certes principalement chez Lisbon pour veiller sur Alys, mais il s'arrangeait pour rester occupé lorsqu'Alys ne demandait pas d'attention. Aider James dans la lourde tâche de faire vivre la maison lui permit de se sentir un peu plus à sa place, et très vite, James le laissa s'occuper de tout, s'effaçant petit à petit pour permettre à Jane de prendre ses marques.

James était toujours méfiant, Lisbon comme Jane l'avaient senti, mais il gardait les détails pour lui. Il était flagrant que le personnage de Jane lui plaisait, il ne perdait pas une occasion de rire avec lui, mais il y avait toujours cette réserve, celle qui disait qu'il n'oubliait à aucun moment le mal que Jane avait fait. Et même s'il ne connaissait pas toute l'histoire, il ne pouvait s'empêcher de lui en vouloir encore. Parce que dans le fond, il ne se souvenait que trop bien du temps passé à sécher les larmes invisibles de sa sœur.

Tout comme elle avait senti cette réserve de la part de James, Lisbon était elle-même méfiante. Elle ignorait toujours pourquoi Jane était revenu, et elle n'avait pas oublié pourquoi il était parti. Bien sûr, elle était heureuse de le revoir et contente de la place qu'il s'était faite dans sa vie, et elle n'ignorait pas ce que son ancienne équipe disait d'elle dans son dos : qu'elle était plus souriante, plus conciliante aussi, et que le retour de Jane était définitivement une bonne chose. Mais tant que les raisons de Jane resteraient mystérieuses, elle se sentirait en sursis.


Lisbon poussa un profond soupir en déposant un nouveau dossier clos sur la pile déjà bien fournie à sa droite. Elle venait de sacrifier un autre dimanche à faire de la paperasse.

Elle fit pivoter sa chaise de bureau et vit que Jane et Alys étaient toujours installés sur le canapé. Alys était recroquevillée contre Jane, absorbée par le dessin-animé à la télévision alors que Jane s'était endormi discrètement, sûrement épuisé de son après-midi au parc à veiller sur la petite fille.

Lisbon devait reconnaître qu'il était doué, Alys ne s'était pas ennuyée une seule fois en sa compagnie, elle avait pourtant tout de l'enfant hyperactive. Elle supposa avec le sourire qu'entre enfants terribles, ils avaient dû trouver un terrain d'entente.

Le générique du dessin animé défila et Alys força Jane à se réveiller, ce qu'il fit aussitôt, sursautant.

-C'est nul t'as do'mi, le réprimanda la petite fille. T'es pas d'ôle.

-Je suis navré, sois-en sure, s'excusa Jane dans un léger sourire.

En guise de pardon, il fit sortir une pièce de nulle part sous les yeux soudain captivés d'Alys, puis il la fit disparaître dans son autre main. Alys lui adressa un regard sceptique, puis le força à ouvrir la main qui avait tenu la pièce depuis le début.

-Elle est re'tée là, expliqua-t-elle en brisant toute magie.

Lisbon ne put s'empêcher de rire devant l'air surpris de Jane et se leva pour s'approcher.

-Alys, tu devrais aller ranger ta chambre comme je te l'ai demandé ce matin, intervint-elle.

-Maman…

-On ne discute pas jeune fille, la coupa-t-elle dans un léger sourire.

Alys bougonna mais descendit du canapé pour monter à l'étage.

-Vous avez une fille surprenante Lisbon, sourit Jane lorsqu'elle prit place à côté de lui sur le canapé.

-Je sais, répondit-elle joyeusement. Mais le mérite ne lui revient pas pour le tour de tout à l'heure.

-Ah bon ? s'étonna-t-il, curieux.

-C'est June qui le lui a appris.

-June ?

-La petite amie de Rigsby, il vous en a sûrement parlé.

Jane sembla en effet comprendre de qui elle parlait.

-Il l'a mentionnée, en effet. Mais il ne m'a rien dit à part son métier.

-Il a tendance à la surprotéger, sourit doucement Lisbon.

-Et pourquoi ça ?

-Je ne sais pas vraiment, reconnut-elle. June sait se défendre, elle l'a prouvé bien des fois, mais il s'obstine. Je suppose que c'est un truc d'homme, termina-t-elle en riant légèrement.

-Qui est-elle vraiment ?

Lisbon sourit, il n'y avait que Jane pour lire entre les lignes et savoir qu'il y avait une histoire plus complexe derrière la protection vigilante exercée par Rigsby.

-C'était une arnaqueuse, avoua-t-elle. C'est la dernière affaire sur laquelle j'ai travaillé avec l'équipe il y a quatre ans.

-Arnaqueuse ? s'étonna Jane.

-On l'a coincée pour escroquerie, elle avait monté une arnaque aux assurances sur notre victime. Mais elle était aussi soupçonnée pour quelques vols et vente de contrefaçons.

-Je suppose qu'elle n'était pas la tueuse que vous recherchiez.

-Et vous supposez bien, le pauvre homme avait été tué par sa maîtresse, une folle à lier.

-Comment June et Rigsby en sont arrivés à se fréquenter ?

-Disons qu'elle a voulu nous leurrer avant qu'on ne sache qui elle était vraiment et Rigsby s'est trouvé être une cible facile.

-Oh…

-Elle s'est fait prendre à son propre jeu vu la situation actuelle.

-Moi qui croyais que les arnaqueurs allaient en prison, sourit Jane, visiblement amusé par l'histoire.

-Oh, elle y est allée. D'ailleurs Rigsby n'a jamais été autant absent des bureaux que pendant la période où elle était enfermée. Il s'obstinait à aller la voir le plus possible, il lui a même payé un bon avocat.

-Et elle est sortie ?

-Elle est toujours en conditionnelle, sa peine se termine d'ici la fin de l'année.

Jane acquiesça, songeur mais visiblement amusé. Rigsby, si prudent, si droit, était tombée amoureux d'une criminelle.

-Elle est vraiment journaliste ? s'enquit-il.

-Oui, confirma Lisbon. Rigsby a joué d'un de ses contacts à la mairie pour lui trouver une place. Comme vous l'imaginez, en tant qu'arnaqueuse, elle raconte bien les histoires.

-Je suppose qu'elle travaille à domicile ?

-Elle n'a pas le choix, le périmètre de son bracelet électronique est limité à un kilomètre à peine. Si elle veut sortir, elle doit le faire en compagnie d'un représentant de l'ordre.

-Pratique d'avoir Rigsby donc, sourit Jane.

-Non, l'interrompit-elle, elle ne se sert pas de lui. June a sa place parmi nous, et croyez-moi, pour rien au monde elle ne ferait du mal à Rigsby. Il est son héros.

-Si vous le dîtes…

-Ne la jugez pas pour son passé. Elle a trompé beaucoup de monde, et je pense que parfois son ancienne vie lui manque un peu, mais elle aime sincèrement Rigsby, je le sais.

Il l'interrogea du regard, surpris par une telle conviction de la part de Lisbon.

-Qu'a-t-elle fait de si important pour que vous ayez tant foi en elle ? demanda-t-il.

-Elle nous a beaucoup aidés, Alys et moi. Sans elle, nous ne pourrions pas vivre la vie que nous avons. Croyez-moi quand je vous dis que je lui confierai ma vie sans hésiter.

Jane parut estomaqué un moment, et il la dévisagea longuement. Elle rougit légèrement, embarrassée tant de s'être emportée que de se sentir analysée dans les moindres détails.

-Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de Teresa Lisbon ?

-Vous avez été absent pendant presque cinq ans Jane, lui rappela-t-elle. J'ai appris à faire confiance aux gens et à affronter mes vieux démons. Et vous, qu'avez-vous fait en cinq ans ?

Il fut incapable de répondre, pris de court. Elle lui adressa un sourire navré, hésitant sans doute à s'excuser pour être allée si loin dans ses mots, puis elle se leva et monta rejoindre sa fille.

Jane eut l'impression qu'elle venait de lui tirer en plein cœur.


L'extrait vous donnera peut-être quelques pistes pour comprendre Lisbon. =) J'espère que vous avez aimé ! Prochain rendez-vous, vendredi après-midi...

"-[...]Ça ne me dit pas ce que toi tu en penses, et tu le sais puisque tu évites le sujet depuis que Jane est revenu.

-Il n'y a rien à en dire James, se défendit Lisbon. J'ai été surprise de le revoir, je ne m'y attendais plus, et je suis un peu curieuse de savoir pourquoi il est là. [...]

-Arrête de jouer les gentilles, tu veux ? [...] Je sais que tu souffres, que tu as envie de hurler tellement la colère t'étouffe, tu ne peux pas me cacher ces choses-là, pas à moi, pas après les cinq ans que j'ai passés ici."


PS-Explication-Justification-Dämon-raconte-sa-life: Pourquoi James ? Tout simplement parce que je préférai ne pas prendre le risque d'écrire sur un personnage qui se révèlerait totalement différent des vues des scénaristes. Je préfère voir ce qu'ils font de Tommy avant d'écrire sur lui. (J'ai affreusement hâte d'ailleurs de savoir pourquoi Lisbon et lui ne se parlaient plus).