Hello !

Je n'ai pas le temps de vous répondre, je pars pour Toulouse d'ici peu et je n'ai rien de prêt. Bref. Mais j'me rattraperai tout au long du week-end et mettrai à jour ce chapitre afin de tous vous répondre.

Merci mille fois (au moins !) =)


Chapitre 4 : Alys et June :

« J'aime, et je sais répondre avec indifférence ; j'aime, et rien ne le dit ; j'aime, et seul je le sais :
Et mon secret m'est cher, et chère ma souffrance ; et j'ai fait le serment d'aimer sans espérance. »

Alfred de Musset – À Ninon (1837).

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-Mais je comp'ends pas, argua Alys en fixant le banc en face de celui où elle était assise avec Jane. Comment tu sais pou'quoi la dame est contente ?

Jane sourit. Apprendre ses techniques de lecture à froid à une enfant de trois ans n'était pas ce qu'il avait trouvé de plus facile à faire, mais l'activité semblait tellement passionnante pour Alys qu'il n'avait pu se résoudre à l'en priver.

-Tu vois comment elle regarde son téléphone tout le temps ? fit-il à l'intention de la petite fille.

Alys fronça les sourcils, se tordant la bouche du même fait, puis elle acquiesça, levant le nez vers son professeur improvisé.

-Ça veut dire que qu'elle attend un appel qui la rend heureuse, et comme elle rougit beaucoup, tu peux en déduire qu'il s'agit de l'homme qu'elle aime. Elle ne rougirait pas si c'était son patron.

-Elle est amou'euse alo' ? sourit Alys, apparemment enthousiasmée par l'idée.

Jane en déduisit que l'enfant avait passé du temps avec VanPelt, car assurément un tel engouement pour l'amour ne pouvait pas venir de Lisbon.

-Oui, elle est amoureuse, confirma Jane.

-D'un p'ince cha'mant ?

-Ou d'une princesse, répondit Jane en haussant les épaules.

Alys le dévisagea sans comprendre et il rit légèrement.

-Les femmes ne sont pas obligées d'aimer les hommes, développa-t-il. Et les hommes ne sont pas obligés d'aimer les femmes.

-Tu aimes les hommes toi ? s'enquit alors Alys.

Ce fut au tour de Jane d'être surpris –et légèrement embarrassé.

-Non, qu'est-ce qui te fait croire ça ?

-Bah t'es jamais avec une fille, répondit tout simplement Alys.

Jane se sentit un peu plus mal à l'aise et baissa machinalement les yeux vers sa main gauche.

-Qu'est-c'qu'y a ? s'inquiéta Alys en penchant la tête comme pour le décrypter.

-Rien, sourit-il malgré tout, juste un souvenir.

-Ma maman aussi elle a cette tête quand elle a des souveni'.

-Ah bon ? releva Jane plus pour détourner ses pensées.

-Oui, acquiesça Alys. C'était quand elle avait des ca'tes de toi, elle avait des souveni' et elle était un peu t'iste. Des fois même, elle pleu'ait. Mais pas beaucoup, la bague mazgique la consolait.

-La bague ? s'étonna Jane.

-Bah oui la bague du monsieur des étoiles ! C'est toi le monsieur des étoiles hein ? Elle a dit que c'était ta bague.

Il resta interdit, incapable de répondre.

-Elle a dit que c'était ta prrromesse, ajouta Alys en faisant un grand effort de prononciation pour renforcer l'effet, pou' dirrre que tu vas pas la laisser.

Rendu muet par l'aveu, Jane se contenta de passer un doigt sur son annulaire nu.

-Dis Jane, reprit Alys. Si t'aimes pas les hommes, t'aimes qui ?

-… Personne, répondit-il d'une voix grave, fausse.

-Même pas maman ? Et Wayne ? Et G'ace ? Et Cho ? Et James ? … Et moi ?

-Tu as raison, sourit finalement Jane. Il y a des gens à qui je tiens.

Alys sourit, ravie de la nouvelle, puis se blottit contre lui. Il passa un bras protecteur autour d'elle et ébouriffa ses cheveux de son autre main, la faisant rire.

-Si t'as pas d'amou'euse, ça peut ête moi ? suggéra finalement Alys.

Jane lui offrit son plus beau sourire et embrassa le sommet de sa tête.

-Ça peut être toi, souffla-t-il.

-T'es mon p'ince cha'mant ?

-Si tu veux, accepta-t-il.

-Oh chouette ! se réjouit-elle en se mettant debout sur le banc. On va manger une glace maintenant ? termina-t-elle en passant du coq à l'âne.

Jane accepta et ils quittèrent le banc où ils s'étaient installés pour se diriger vers le marchand de glaces. En chemin, Alys glissa sa main dans celle de Jane, et il songea avec soulagement que les souvenirs qu'elle éveillait n'étaient plus douloureux désormais.

Mais c'était une autre histoire lorsqu'Alys lui révélait les souvenirs qu'elle avait de sa mère avant qu'il ne revienne. Il supposait que c'était un blâme de plus à ajouter à son sens aigu de la culpabilité.


Lisbon sourit en trouvant la note de Jane sur le réfrigérateur. D'après l'heure qu'il avait indiquée avant d'emmener Alys au parc, ils ne reviendraient pas avant encore une bonne heure, ce qui lui laissait justement le temps d'envisager un bain dans le calme qu'elle avait appris à chérir.

Elle abandonna son attaché-case et autres soucis liés à son travail et prit la direction de la salle de bain à l'étage pour oublier un instant la tension accumulée ces derniers jours.

Lorsqu'elle ressortit quelques vingt minutes plus tard, vêtue d'un vieux jean troué et d'un t-shirt qui appartenait sûrement à Jeff, elle prit la direction de la cuisine dans l'idée de préparer quelque chose à manger. Elle fut surprise d'y trouver son frère, assis avec une tasse de thé –une fichue habitude que Jane lui avait refilée. Elle le dévisagea, attendant des explications pour cette intrusion, il se contenta de lui sourire légèrement, haussant les épaules.

-Je n'ai plus le droit de venir maintenant que Jane est de retour, c'est ça ? s'enquit-il.

-Bien sûr que si tu as le droit, ne sois pas idiot, s'exaspéra-t-elle en ouvrant le réfrigérateur pour faire l'inventaire du stock disponible.

-Pourquoi tu ne boirais pas un thé avec moi ? suggéra-t-il alors.

Elle fronça les sourcils et lui adressa un regard curieux.

-Je ne bois pas de thé James, lui rappela-t-elle.

-Fais une exception, insista-t-il en désignant la bouilloire derrière elle.

Elle vit qu'il lui avait sorti une tasse et un sachet de thé. Elle en fut d'autant plus intriguée, mais ne chercha pas à le questionner. Le comportement de James trahissait que quoi qu'il ait à l'esprit, il avait l'intention de le partager avec elle de toute façon, alors elle se fit un thé et s'assit face à lui.

Ils se dévisagèrent un moment en silence, elle l'interrogeait du regard quand il cherchait à lire en elle, et le duel aurait pu durer longtemps, ils le savaient tous deux.

-On n'a pas vraiment eu l'occasion de parler dernièrement, déclara finalement James en se redressant. Comment vas-tu ?

-Pitié James, s'exaspéra-t-elle aussitôt en comprenant ce qui se passait dans la tête de son petit frère. Je vais bien, range ta panoplie de psy.

-Teresa… menaça-t-il.

Elle soupira mais céda, lui faisant signe qu'elle l'écouterait malgré sa réticence.

-Tu n'as rien laissé paraître concernant son retour, mais je te connais, tu es bouleversée.

-Je vais bien James, répéta-t-elle. Il s'entend à merveille avec Alys, les autres sont contents de le revoir, il va beaucoup mieux qu'il y a cinq ans, même toi tu as été charmé.

-Je te connais Teresa, tu intériorises jusqu'à ce que ça explose, et crois-moi, tu n'as pas envie que cinq ans de frustration et autres sentiments explosifs parviennent aux oreilles de Jane.

-Qu'est-ce que tu veux entendre James ? soupira-t-elle. Il n'y a rien à dire. Tout le monde est content qu'il soit revenu, je crois même savoir qu'il est invité à la soirée poker de l'équipe. Il y rencontrera June, je pense qu'elle a hâte de le connaître. Rigsby ne semblait pas trop enthousiaste à cette perspective d'ailleurs, mais je suppose qu'il n'est pas vraiment objectif… Il y aura Garrett aussi, je t'ai déjà dit au combien il admire Jane ? Il l'appelle son modèle. Je crois que Cho fera une entorse à la règle et se joindra à eux, VanPelt a été tellement enthousiasmée –tu la connais– qu'elle a déclaré que la soirée aurait lieu chez elle. Oh et il me semble qu'il doit boire un verre avec Minnelli demain soir et…

-Teresa, arrête, la coupa James dans un soupir exaspéré.

Elle se tut et détourna le regard, consciente d'avoir été prise la main dans le sac. James ferma les yeux un moment pour calmer la colère sous-jacente, puis les rouvrit.

-Tu es consciente que tu ne parles que des autres et de leur joie de revoir Jane ? Ça ne me dit pas ce que toi tu en penses, et tu le sais puisque tu évites le sujet depuis qu'il est revenu.

-Il n'y a rien à en dire James, se défendit-elle. J'ai été surprise de le revoir, je ne m'y attendais plus, et je suis un peu curieuse de savoir pourquoi il est là. Je suppose que je le vois toujours comme mon affreux consultant aux motivations doubles.

-Arrête de jouer les gentilles, tu veux ? s'agaça James en la fusillant du regard. Je sais que tu souffres, que tu as envie de hurler tellement la colère t'étouffe, tu ne peux pas me cacher ces choses-là, pas à moi, pas après les cinq ans que j'ai passés ici.

-James…

-Bon sang Teresa il t'a fait souffrir énormément, il a même fui aussitôt après, et toi tu veux me faire croire que le fait qu'il revienne ne provoque rien d'autre que de la curiosité ? Tu penses tromper qui avec ça ? Tu as passé des années à bourrer le crâne d'Alys des histoires de Jane, ce monsieur des étoiles comme elle l'appelle, tu as une boîte cadenassée remplie de ses cartes postales rangée dans ta table de nuit, tu as passé des nuits entières sans dormir, à t'en faire pour lui, tu as failli perdre Alys en refusant de t'alimenter, tu as refusé deux fois de te fiancer à Jeff, tu t'es détruite la santé, tu t'es passée en boucle le jour où il est parti, tu…

-Arrête, souffla-t-elle en fermant les yeux.

-La liste est pas finie, insista James. Il y a aussi cette alliance, la sienne, que tu gar…

-Arrête ! s'emporta-t-elle en tapant du poing sur la table.

James sursauta, soudain sorti de sa transe colérique. Il vit une larme fuir le refuge des yeux de sa grande sœur, et il s'en voulut terriblement, mais il était rassuré, dans le fond, de la voir enfin montrer ses émotions.

-Qu'est-ce que tu veux que je te dise James ? murmura-t-elle faiblement en chassant les larmes de ses yeux. Je l'ai haï si fort que j'étais persuadée que jamais, au grand jamais, je ne le laisserai m'atteindre à nouveau, et pourtant, j'ai toujours décroché le téléphone et j'ai gardé toutes ces cartes postales idiotes. Et oui j'ai gardé son alliance, elle est restée autour de mon cou pendant cinq ans, et parfois j'avais envie de l'enterrer, de la revendre, de m'en débarrasser de la manière la plus horrible qui soit, pour le faire souffrir. Mais je ne l'ai pas fait, je l'ai gardée, je me suis enchaînée à cette fichue alliance, à cette promesse idiote et froide, et tu sais exactement pourquoi je l'ai fait. Alors oui, si tu veux savoir, je suis très en colère, tellement en colère que j'ai peur d'exploser à chaque instant, mais que veux-tu que je fasse ? Je lui en veux, immensément, et il y a encore beaucoup de haine dans tout ça, mais c'est Jane, et aussi loin que je me souvienne, c'est comme ça que nous fonctionnons. Il joue avec mes nerfs, et j'ai une revanche de temps à autre, et crois-moi, lui faire découvrir l'existence d'Alys, c'était une revanche.

-Et qu'est-ce que tu fais de… commença James.

-Du passé ? compléta-t-elle. Pendant cinq ans je me suis repassée en boucle les évènements, et ma réponse reste la même : il s'agit de Jane et nous avons toujours fonctionné de cette manière. Bouleverser l'ordre des choses était une immense erreur et je n'aurai jamais dû me mêler de ce qui ne me regardait pas.

James voulut intervenir mais elle leva une main entre eux pour l'interrompre.

-Je ne vais pas replonger ni même exploser, tout ira bien. Et puis de toute façon, je ne crois pas qu'il ait l'intention de rester.

-C'est justement ça le problème, marmotta James en croisant les bras. Qu'est-ce que tu feras quand il sera reparti ?

-Les mêmes choses qu'avant son retour, répondit-elle en haussant les épaules.

-Tu es une piètre menteuse, déplora-t-il.

Elle eut un vague sourire puis elle repoussa la tasse de thé qu'elle n'avait pas bu pour se lever et retourner au réfrigérateur.

-Teresa ?

-Hm ? répondit-elle distraitement.

-Je ne veux pas avoir l'air de citer Jeff mais… Tu l'aimes encore ?

Elle resta immobile longtemps, pas pour chercher la réponse, elle ne la connaissait que trop bien, mais plus comme on essaye de se décider entre la vérité et le mensonge. Elle sembla opter pour la triste réalité, mais elle eut assez de tact pour l'accompagner d'un léger sourire :

-Que pourrais-je faire d'autre ?

James soupira, mais lorsqu'il redressa la tête, un pâle sourire avait fait son apparition.

-Prends garde à ne pas t'écraser le cœur, lui conseilla-t-il.

Elle lui sourit et sortit une chaîne du t-shirt qu'elle portait pour lui montrer l'alliance qui pendait au bout. James acquiesça avec fatalité.

Evidemment, c'était déjà fait.


-June, on va être en retard ! déplora Rigsby au bas des escaliers. Tu sais au combien Grace aime la ponctualité !

-Et tu sais à quel point je l'abhorre ! répondit la voix étouffée de la jeune femme à l'étage.

Rigsby soupira en roulant des yeux, puis vérifia l'heure. Sa montre le nargua, lui arrachant un nouveau soupir de lassitude.

Cependant, lorsque June descendit les escaliers dans une jolie robe bleue qui laissait ses jambes à la vue de tous regards appréciateurs, il oublia toute réprimande et se sentit fondre sous l'effet du sourire ravageur de sa compagne. Plus tard, il s'exaspérerait sûrement de ce comportement, après des années de vie commune, elle n'avait pas le droit d'avoir un tel effet sur lui.

June s'arrêta sur la dernière marche pour être à sa hauteur et il enlaça sa taille, collant son front au sien tout en pressant leurs corps l'un contre l'autre.

-Je connais cette robe, souffla-t-il en souriant.

-Ah bon ? rit-elle doucement, toute innocente qu'elle n'était pas.

-Tu la portais le jour où je t'ai rencontrée. Tu t'es servie de ces interminables jambes pour me distraire et tu m'as volé vingt-cinq dollars.

-Je te les ai rendus le lendemain, lui rappela-t-elle en embrassant son nez, avec la promesse de ne plus jamais toucher à ton portefeuille.

-Tu avais volé cette robe où déjà ?

-Je crois que le délai de prescription va m'empêcher de répondre à cette question, s'amusa-t-elle.

-Tant mieux, sourit-il. J'aurai détesté devoir la rendre.

Elle échappa un rire cristallin avant de l'embrasser longuement, y faisant passer un peu de cette tendresse immense qu'elle avait pour lui.

-Le vénérable agent Rigsby s'encanaille avec une criminelle, souffla-t-elle en se décalant légèrement. Je pourrai en faire un article, qu'en dis-tu ?

-J'en dis qu'on va être en retard, répondit-il en l'entraînant vers la sortie.

Elle roula des yeux mais le suivit et monta dans la voiture sans faire d'histoire.

-Lisbon sera là ? s'enquit-elle alors que Rigsby manœuvrait pour quitter le parking.

-Non, elle garde Alys.

-Ou elle évite Jane, lança June l'air de rien.

-Je ne vois pas ce qui te fait croire ça.

-Ça doit être plutôt dur de voir Jane à nouveau, alors le voir dans la même pièce que son ancienne équipe ? Ça fait trop de souvenirs d'un coup.

-Elle va bien.

-C'est ce qu'elle dit, rétorqua June, dubitative.

-Et alors ?

-Et alors j'ai appris à la connaître, et quand je l'ai eue au téléphone il y a deux jours, elle était loin d'aller bien. Elle évite le sujet Jane, et d'après mes sources, elle n'a pas vraiment eu de grandes discussions avec lui.

-D'après tes sources ? releva Rigsby, un sourcil levé en guise de scepticisme.

-Un bon journaliste ne révèle jamais ses sources, le taquina aussitôt June. Mais je peux te dire une chose Wayne, si ces deux-là n'ont pas une conversation à cœur ouvert bientôt, ça va mal finir –et je parle surtout de Lisbon.

-Ils s'en sortiront, assura Rigsby.

-J'espère que tu as raison, répondit June en haussant les épaules.

Rigsby fit aller rapidement son regard de la route à June puis soupira. Il sentait déjà les ennuis pointer le bout de leurs nez il savait à quel point l'instinct de June était infaillible lorsqu'il s'agissait de prévoir les catastrophes, il espérait juste pouvoir être là à temps.


Lisbon attendit que la DS de Jane disparaisse au bout de la rue pour monter s'enfermer dans sa chambre. Elle resta longuement collée contre la porte, la tête en arrière, les yeux fermés, puis elle se reprit et marcha jusqu'à son lit.

Elle s'assit à même le sol, le dos contre le bord du lit. Elle resta un moment immobile cette fois encore, puis elle se pencha et attrapa la boîte rangée dans sa table nuit. Elle se débarrassa du cadenas et souleva le couvercle avec l'impression de s'ouvrir le cœur.

Des centaines de cartes postales lui sautèrent aux yeux et elle les fit défiler avant de remettre l'élastique qui les contenait autour de la pile. Elle les déposa à côté d'elle sur le sol, puis attrapa les quelques cartes laissées pêle-mêle, les plus importantes, les seules à comporter plus que la signature de Jane. Elle les passa en revue plus par habitude que par réelle intention, puis elle les déposa à côté de la boîte elles aussi.

Elle attrapa une rose séchée sur laquelle elle ne s'attarda pas, puis sembla trouver ce qu'elle avait cherché en sortant quelques photos de sous le bric-à-brac amassé.

Elle se souvenait de chaque souvenir attaché à ces photos. Il y avait là ce stupide poney qu'il lui avait offert lors de l'un de ses anniversaires, ou encore des photos de la vieille équipe en diverses occasions, et puis il y avait la dernière… Elle était cornée, et les bouts de scotch témoignaient qu'elle avait été déchirée. Jane y riait pourtant, assis sur une balançoire d'enfant qui s'accordait si bien avec cette insouciance surréaliste qu'il dégageait. Il était de profil, tournée vers elle qui l'avait rejoint et qui avait posé une main sur la chaîne de la balancelle. Un léger sourire exaspéré aux lèvres, elle semblait accepter l'une de ses plaisanteries avec autodérision.

Lisbon se souvenait parfaitement de cette journée-là, VanPelt avait insisté pour qu'ils partagent une journée, environ deux mois après la mort de John LeRouge. Personne ne s'était risqué à dire non, la jeune femme s'était montrée bien trop fragilisée par la mort de son fiancé pour que quiconque ose lui refuser la distraction. Ils avaient mangé ensemble, puis Grace avait décrété qu'ils devaient aller faire un tour dans le parc non loin de chez elle. Là encore, personne n'avait osé la contredire.

Si Lisbon avait su que cet après-midi signait les derniers instants paisibles qu'elle partagerait avec Jane, elle aurait trouvé la force de décliner l'invitation.

Ça lui aurait sûrement évité de finir cet après-midi à l'esprit léger sur le toit d'un immeuble, seule avec Jane.


Lorsque Jane se trouva devant la porte close de l'appartement de Grace, le son des conversations enjouées l'informa qu'il était le dernier à arriver. Il sourit en songeant qu'il serait sans doute arrivé plus tôt si Alys n'avait pas insisté pour réviser une dernière fois leur plan pour le week-end. La complicité qu'ils avaient développée lui était chère, et il avait cessé de la voir comme l'échec de tous ses plans. Désormais, elle était sa meilleure alliée, et la tendresse qu'il éprouvait à son encontre le faisait culpabiliser d'avoir un jour posé un regard désapprobateur sur elle.

Il hésita un moment avant de frapper, se demandant comment se comporter lors de cette réunion. A vrai dire, il avait vu Cho plusieurs fois lorsqu'il s'était baladé du côté du CBI, et avait entrevu Grace ou Rigsby le temps de quelques pauses thé, mais il n'avait pas encore eu l'occasion de se retrouver avec eux trois et leurs nouvelles vies dans la même pièce. Il n'avait pas vraiment envie d'entrer et d'encaisser une fois encore ce monde qui avait si bien tourné sans lui, mais il effriterait son masque s'il leur faisait faux bon, et, aussi étrange que ça paraisse –même pour lui– il ne pouvait se résoudre à les décevoir. Il les avait considérés comme sa famille cinq ans plus tôt, et malgré lui, il avait besoin de les retrouver eux aussi.

Peut-être que c'était égoïste, peut-être qu'ils étaient juste un moyen de ne pas se sentir seul et perdu, mais il ne se mentirait pas au point de nier la sincérité du sourire qu'il afficha lorsque Grace l'accueillit d'une étreinte et d'un sourire ravi.

-Toujours à l'heure lors des rendez-vous d'équipe, hein Jane ! lui lança Rigsby en levant sa bière comme pour porter un toast à sa ponctualité.

-J'aime me faire attendre, sourit Jane en retour alors que Grace l'introduisait dans le salon.

Cho était assis sur l'un des fauteuils, une bière à la main, et il le salua d'un signe de tête et d'un léger sourire. Sur le canapé à côté de lui se tenait une jolie blonde aux jambes interminables qui, aux vues de la main possessive de Rigsby sur sa cuisse, devait être l'improbable June. Dans un fauteuil de l'autre côté de Cho se tenait Garrett, son sourire enfantin bien en place et ses yeux brillants d'admiration. Jane ne put s'empêcher de sourire lorsqu'il serra la main au jeune homme; ce geste semblait avoir illuminé sa soirée.

Grace lui indiqua qu'il restait une place sur le canapé où Rigsby et June étaient installés puis elle s'assit sur un énorme coussin au sol tout en lui demandant ce qu'il prendrait. Jane se décida pour une bière tout en s'approchant du canapé. June lui adressa un sourire et fit signe à Rigsby de se décaler avant d'en faire de même afin de laisser Jane s'asseoir entre elle et Cho.

-Je ne crois pas qu'on ait été présenté, lui sourit-elle en tendant la main lorsqu'il fut assis. Je suis June.

-Patrick Jane, répondit-il en serrant sa main.

-Je sais, rétorqua-t-elle sans lâcher son regard.

Jane fronça légèrement les sourcils, cherchant à lire en elle. Le sourire n'était pas totalement faux mais il y avait un détail, une légère crispation qui le rendit immédiatement suspicieux. Elle n'était absolument pas transparente et il n'aurait su dire si elle éprouvait de la méfiance ou juste un peu d'hostilité envers lui.

Il fut tiré du regard bleu de la belle par un toussotement de Rigsby. Il voulut lui adresser un regard moqueur –comme s'il avait de quoi être jaloux– mais fut surpris de constater que le regard réprobateur de Rigsby ne lui était pas destiné.

-Rends-lui tout de suite son portefeuille, gronda-t-il.

Jane porta machinalement sa main à sa poche pour constater qu'en effet, il s'était fait avoir.

-Ouch, c'est douloureux, constata-t-il à voix haute.

Les autres rirent alors que June souriait de toutes ses dents et lui rendait son portefeuille.

-Vérifie s'il y a tout, marmotta Rigsby avant de boire une gorgée de sa bière.

-Il y a tout, s'exaspéra June.

-Vérifie quand même, insista le grand brun.

Sa compagne roula des yeux, marmonnant quelque chose à propos de la confiance.

Quelques secondes plus tard, ce fut au tour de Cho de se racler la gorge et tout le monde se tourna vers lui avec un air surpris.

-Ne m'oblige pas à faire tes poches Jane, déclara-t-il d'un ton monotone.

L'intéressé eut un sourire machiavélique et tendit vers June un fin bracelet en argent. Elle éclata de rire en reprenant le bijou.

-Je suppose que c'était de bonne guerre, conclut-elle sous le regard désespéré de Rigsby.

-Bien, interrompit Garrett, maintenant que les arnaqueurs ont prouvé leur valeur, on mange ?

-Toi et ton estomac… déplora Rigsby.

Il y eut un moment de silence alors qu'ils observaient l'agent avec scepticisme.

-Je plaisante, lança alors Rigsby, qu'est-ce qu'on mange ?

Tous rirent de bon cœur alors que Grace disparaissait dans sa cuisine pour revenir avec le dîner.


Des avis ? =)

Extrait du prochain chapitre (date à venir):

"-Je n'arrive pas à me décider, dit Jane. M'êtes-vous hostile ou est-ce que c'est juste un jeu ?

-Oh, je suppose qu'il y a des deux, sourit June. Je dois dire que le mal que vous avez fait influence mon jugement cependant.

-Lisbon…

-Je ne parlais pas que de Lisbon, le coupa-t-elle. Je parlais aussi d'eux."