Je crois qu'il n'y a pas de mot assez fort pour décrire mon retard. Mon week-end toulousain fut un désastre et il m'a fallu bien du temps pour me remettre en piste. Vous m'en voyez terriblement navrée. Je réponds donc aux reviews des deux chapitres précédents et vous prie d'accepter toutes mes excuses. Merci pour vos encouragements (et votre patience) ! =)
Merci à Jade212000, Sweetylove30, seirarah, Lily Wolf, MarshxMallow, Totorsg, ShaiArg (tu ne reçois pas les MP :( ) et paffi pour vos reviews sur les chapitres précédents !
MadMouse: Wow, quelles reviews ! J'en suis encore rouge. =) La petite fille qui a inspiré Alys avait de grands problèmes avec les R, d'où ce trait de langage d'Alys (j'ai trouvé ça adorable). Oh et ton enthousiasme quant à June me va droit au coeur ! Pour ce qui est de Lisbon, j'ai disséminé des éléments un peu partout, c'est un peu le Petit Poucet...^^' Oh et merci un million de fois pour ton PS, il m'est allé droit dans le coeur. =)
janeandteresa62: Contente que ça te plaise tout ça. En effet je faisais allusion à l'album d'Indochine dans mon titre de chapitre. Merci d'avoir remarqué. =) Tu verras comment June agit bientôt. Merci des reviews !
FewTime: Tu me cloues sur place à chaque reviews, je suis une accro. =) Effectivement, je mets le paquet côté montagnes russes... Mais je ne serai plus Dämon si ce n'était pas le cas, hein ? Jeff arrive au chapitre 8, on verra si tu veux toujours en faire de la chair à paté... =) Oh, et oui, tu as bien compris l'histoire du portefeuille de Rigsby ! (De ce que je devine.) Tu seras fixée sur la paternité de Jane dans ce chapitre si les dates n'ont pas déjà été un indice. Oh et merci pour ton compliment sur Alys, je l'adore mais je ne parle pas couramment l'enfant de 3 ans.. Je suis ravie que James/Lisbon ça t'ait plu au fait! Tous les mercis possibles !
Enjoy: Je travaille en ce moment sur le premier chapitre où l'on verra June et Lisbon en présence. =) Sinon, Toulouse ne m'a pas sorti les pancartes, c'est le moins que je puisse dire! lol J'ai été très contente de lire que le passage sur les Lisbon t'a plu. J'aime énormément ton parallèle June/Jane (je ne dis pas ça parce que c'est le mien, pas du tout lol). Oh, et oui, il y a un lien entre la promesse de June de ne plus toucher au portefeuille de Rigsby et le fait qu'il y cache la bague. C'est effectivement une sorte de test de la part de Rigsby. =) Merci, merci, merci, ... merci !
dawnie: Merci pour tes deux reviews, celle sur Trust Issues et celle ici. J'ai été ravie par ton enthousiasme ! =) J'espère ne pas te décevoir surtout. Merci encore !
Chapitre 5 : Les cartes :
« Souffrir passe. Avoir souffert ne passe pas. »
Louise-Marie de France.
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Le dîner fut ponctué de nombreux rires, permettant à Jane de s'adapter parfaitement à cette nouvelle donne. Il avait l'impression d'être parmi les siens. Il faisait partie de ce monde, et même s'il n'avait pas retrouvé la place qu'il avait occupée auparavant, la nouvelle lui semblait plus lumineuse, moins douloureuse. Il se plaisait ici, et l'idée de son départ ne lui traversa pas l'esprit une minute.
Lisbon, en revanche, fut dans ses pensées. Il regrettait qu'elle ne soit pas venue et à vrai dire, il n'avait pas compris pourquoi elle s'était exclue. Certes, elle avait joué la carte professionnelle, mais à la fin de la journée, tous savaient très bien qu'ils étaient ses amis, patronne ou pas. La distance qu'elle mettait entre eux commençait à l'épuiser. Il avait respecté ses décisions jusque là, mais plus le temps passait, et plus il s'impatientait. Il voulait la retrouver elle aussi. Après tout il était revenu pour elle. Il ne lui avait pas encore tout dit, ce qui expliquait sans doute pourquoi elle avait gardé ses distances, mais elle ne lui avait laissé aucune chance de parler vraiment. Elle avait ruiné tous ses plans, exactement comme cinq ans plus tôt.
-Vous allez bien monsieur Jane ? s'enquit la voix de June.
Il se détourna brièvement de la fenêtre où il avait feint d'observer la rue pour découvrir la jeune femme à côté de lui. Il vit dans son dos que Cho, Rigsby et Garrett étaient toujours engagés dans la partie de poker qu'il avait quittée quelques minutes plus tôt. Grace prenait son rôle d'arbitre très au sérieux, mais quelques secondes permirent à Jane de remarquer qu'elle fermait les yeux sur certains écarts de Garrett.
Il revint à June qui fixait la rue en contrebas, comme si elle ne lui avait pas posé de question.
-Dommage que Lisbon ne soit pas là, déplora-t-elle. Elle les aurait massacrés.
-Ah oui ? sourit Jane, surpris.
-Vous ignoriez qu'elle était redoutable au poker ? s'étonna June en se tournant vers lui.
-Elle n'y jouait pas quand… je ne l'ai jamais vu y jouer.
-Cinq ans de retard, hein ?
Il acquiesça silencieusement.
-Elle semble avoir une haute estime de vous, se reprit-il finalement.
-Sachez que je n'en pense pas moins d'elle, sourit June. Je n'aurai jamais cru dire ça d'un flic, mais son amitié m'est chère.
-Elle dit que vous avez été là pour elle à des moments importants.
-Si vous voulez parler de toutes les fois où elle aurait voulu que vous soyez là, alors, je crois qu'en effet elle a dit vrai.
Jane l'observa un moment, mais le regard de June était tourné vers la fenêtre. Elle était complètement à l'aise avec le fait de statuer des faits mortifiants comme s'ils étaient anodins.
-Je n'arrive pas à me décider, dit-il finalement. M'êtes-vous hostile ou est-ce que c'est juste un jeu ?
-Oh, je suppose qu'il y a des deux, sourit-elle. Je dois dire que le mal que vous avez fait influence mon jugement cependant.
-Lisbon…
-Je ne parlais pas que de Lisbon, le coupa-t-elle. Je parlais aussi d'eux.
Jane se tourna brièvement vers ses amis qui jouaient avec Garrett.
-Je ne peux pas vraiment dire pour Grace, encore moins pour Cho, mais j'ai vécu pendant presque quatre ans avec Rigsby. Les premières fois qu'il a parlées de vous, j'ai cru qu'il vous haïssait. Puis j'ai trouvé le dossier informatique où il range ses photos, et j'ai vu que vous étiez sur beaucoup d'entre elles. Ces photos semblaient bien trop heureuses pour que vous soyez l'objet de leur haine à tous. Lisbon m'a raconté les grandes lignes et j'ai su que la colère qu'ils portaient tous contre vous, c'était celle de vous avoir vu partir.
Jane se sentit trop exposé sous son regard bleuté alors il se détourna légèrement, feignant un intérêt quelconque pour les cadres posés sur le meuble à côté de la fenêtre.
-Ils se sont sentis responsables de votre départ, reprit June. Ils ont passé cinq ans avec l'idée qu'ils n'avaient pas été assez pour vous, qu'ils n'avaient pas su vous aider comme des amis sont supposés le faire.
-Je peux savoir où cette conversation nous mène ? soupira Jane en perdant patience, ses yeux à nouveau vissés dans ceux de la jeune femme.
-Leur avez-vous seulement dit à quel point vous étiez heureux de les revoir ?
Jane ne trouva rien à répondre, pris par surprise. Il vit un sourire désolé prendre place sur les lèvres de June et il sentit un bref sentiment de colère monter en lui, de la colère contre elle qui remaniait les règles à sa manière. Elle quitta leur duel silencieux lorsqu'elle vit Rigsby arriver vers eux et un sourire sincère illumina son visage, comme si le brun s'apparentait au soleil pour elle.
Il s'arrêta à côté d'elle, enlaçant sa taille avant de déposer ses lèvres sur sa tempe.
-Garrett veut tenter une partie contre toi, l'informa-t-il, qu'est-ce que tu en dis ?
-Qu'il est un peu fou, rit-elle doucement. Il a la mémoire courte, je l'ai dépouillé la dernière fois.
-Tu veux parler du fait que tu lui faisais les poches tout en trichant ? lança son compagnon sur un ton vaguement réprobateur.
-Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? sourit-elle. La prochaine fois, évite de choisir une criminelle pour petite amie.
-Sois sure que j'ai déjà pris note, se moqua-t-il.
Elle lui donna un coup dans l'épaule en souriant puis rejoignit les autres.
-Je suppose qu'elle t'a fait savoir qu'elle n'approuvait absolument pas ton comportement, hein ? déplora Rigsby en se tournant vers Jane.
-Tu sembles la connaître par cœur, remarqua Jane.
-Je suis désolé, soupira Rigsby. Elle est très attachée à Lisbon et Alys.
-Et ?
Rigsby se sentit mal à l'aise, conscient que Jane était en position de désirer savoir où il voulait en venir. Il se promit que la prochaine fois, il choisirait le silence.
-Et Lisbon a eu, hem… Elle a eu du mal à se faire à… ton absence. Et puis avec toutes ces rumeurs, ça a pas aidé tu sais ?
-Non je ne sais pas, précisa Jane.
Rigsby se maudit, il venait de louper une prochaine fois.
-Avant que tu partes. Les rumeurs, marmotta-t-il.
L'expression de Jane l'invitait à en dire plus, il semblait vraiment curieux. Rigsby fit aller maladroitement son regard de Jane à tous points n'étant pas Jane.
-Les rumeurs comme quoi Lisbon et toi vous… vous…
Rigsby laissa sa phrase en suspend, incapable de prononcer les mots.
-Nous ? reprit Jane en attendant la suite.
-C'étaient que des rumeurs, ça signifie plus rien maintenant, marmonna Rigsby dans l'espoir d'en finir.
-Ça ne m'empêche pas d'être curieux.
-Je ne suis pas sûr que tu veuilles vraiment savoir, grimaça l'agent.
-Eh bien je suis sûr de vouloir vraiment savoir.
Rigsby hésita un moment puis soupira. Il évita son regard lorsqu'il articula à mi-voix :
-Les rumeurs comme quoi Lisbon et toi vous êtes fréquentés pendant un court moment.
-Oh, ça ? sourit Jane en affichant un air de soulagement.
Rigsby fronça les sourcils, surpris de découvrir que Jane avait apparemment craint ce que ces rumeurs avaient à dire, mais également de le voir souriant après une telle révélation.
-Ces rumeurs-là étaient erronées, argua finalement Jane, de nouveau jovial.
-Ah ? lança Rigsby l'air de rien.
-Je peux comprendre la confusion cependant, puisque nous avons passé beaucoup de temps ensemble à cette époque. Ils ont juste un peu exagéré.
Rigsby resta bouche bée devant la réaction de son ami. Il ne semblait avoir aucun problème avec cette histoire de rumeurs, alors que des années plus tôt, Rigsby avait été de ceux qui avaient pensé que Jane était parti à cause d'elles.
Jane retourna vers les autres avec son sourire à nouveau bien en place. Rigsby réalisa alors que Jane avait utilisé les mots 'erroné' et 'exagéré' et, l'espace d'un instant, l'idée idiote qu'il n'y avait pas de fumée sans feu le plongea dans ses pensées.
-Wayne, ne réfléchis pas trop, tu pourrais te faire du mal, lui lança moqueusement June pour le sortir de son état pensif.
-Dis plutôt que tu as peur de perdre et que tu veux de mon aide, plaisanta Rigsby en retournant auprès de ses amis.
-Je gagnerai les yeux fermés n'importe quelle partie de poker.
-C'est pas un peu dur de trouver la bonne carte pour tricher les yeux fermés ? la défia-t-il, un sourire en coin.
-Si vous voulez vraiment continuer dans cette voie, la chambre de Grace est à droite au bout du couloir, lança Cho en avançant quelques jetons vers le milieu de la table.
-Cho ! s'indigna Rigsby.
-Il a raison, intervint Garrett, ça devenait indécent, vous étiez sur le point de vous jeter sauvagement l'un sur l'autre, l'atmosphère en est encore électrisée, toute cette tension se...
-La ferme Garrett, ordonnèrent June, Rigsby et Cho en chœur.
-Avouez au moins qu'il y a un sérieux degré de refoulé entre vous deux, reprit Garrett. Vous avez pensé à relâcher toute cette tension ?
Rigsby et June lui adressèrent le même regard meurtrier et il eut un sourire coincé, se faisant soudain minuscule.
-Ok, j'ai rien dit, je range le sexologue au placard, se rendit-il en levant les mains.
-Arrêtez un peu de le terroriser, vous voulez ? soupira Grace.
June et Rigsby abandonnèrent le regard noir, et Garrett sembla retrouver son entrain aussitôt, à nouveau à l'aise sous le regard bienveillant de Grace.
Jane, qui avait suivi tous les échanges avec discrétion pour une fois, dissimula un léger sourire, mais en baissant les yeux pour éviter d'être remarqué, il porta son regard sur sa main gauche, nue.
L'absence de Lisbon lui pesait.
(Le surlendemain)
Lisbon fut réveillée en sursaut par un poids soudain sur son lit. Elle ouvrit les yeux immédiatement et vit que le boulet de canon n'était autre qu'Alys. La petite fille affichait un immense sourire et Lisbon ne put s'empêcher de le lui rendre, en moins réveillé sans doute, mais c'était tout aussi sincère.
Alys vint réclamer une étreinte qu'elle lui offrit avec joie, embrassant son front avec douceur.
-Bon annive'sai' maman, lança finalement sa fille avec un immense sourire.
-Tu t'es souvenue de la date toute seule ? sourit Lisbon en caressant les cheveux ébène d'Alys.
-Ouiii ! s'enthousiasma-t-elle aussitôt.
-Donc, le fait qu'il y ait une odeur de pancakes et de bacon dans la maison est juste une hallucination ?
Alys acquiesça vigoureusement.
-Et Jane n'est pas en train de préparer le petit déjeuner, c'est ça ?
Là encore Alys acquiesça.
-J'en déduis qu'il ne t'a pas rappelé que c'était mon anniversaire et que tu ne l'as pas aidé à mettre en place une journée d'anniversaire…
Alys faillit se dévisser le cou tant elle hocha la tête rapidement.
-Tu es une piètre menteuse jeune fille, sourit Lisbon en déposant un baiser sur son front.
-C'est une su'p'ise ! insista Alys. Tu viens ? On va voi' si Jane il est 'éveillé.
-Oui bien sûr, s'amusa Lisbon alors que sa fille descendait du lit. Il est certainement en train de dormir…
Elle sortit de son lit et défroissa son jersey avant de suivre Alys vers la chambre de Jane.
-Oh, feignit Alys, il est pas là. Il doit ête 'éveillé.
Lisbon roula des yeux mais joua le jeu et suivit Alys qui avait agrippé sa main pour la guider vers les escaliers. Elle savait que c'était important pour la petite fille. Elle était souvent absente malgré tous ses efforts pour faire passer son rôle de mère avant tout, et rappeler à Alys de temps à autre qu'elle était ce qui comptait le plus au monde, c'était un devoir auquel elle ne faillirait jamais. Elle espérait juste que du haut de ses trois ans et demi, Alys pouvait le comprendre.
Lisbon sentit l'odeur du petit déjeuner se faire plus forte alors qu'elles descendaient mais n'eut pas l'occasion de vérifier ses suppositions puisqu'Alys lui ordonna de fermer les yeux. Elle soupira mais se plia aux extravagances de sa fille –que ne ferait-elle pas par amour ?
Elle fut guidée par Alys jusqu'à la cuisine, et remercia Dieu de connaître par cœur sa propre maison, car assurément le guidage d'aveugle n'était pas un don d'Alys.
-Tu peux ouv'i' maintenant, c'est ton p'emier cadeau, l'informa Alys non sans enthousiasme.
Lisbon s'exécuta et se trouva nez à nez avec Jane. Il parut légèrement embarrassé et lui montra qu'il avait cherché à atteindre le torchon sur la table au moment où elle avait ouvert les yeux.
-Elle parlait du petit déjeuner, se sentit-il obliger de préciser.
Lisbon ne put s'empêcher de rougir légèrement mais se reprit vite.
-Bon anniversaire Lisbon, lui sourit-il.
-Merci, marmotta-t-elle dans un sourire un peu gêné.
Il acquiesça puis retourna aux fourneaux alors que Lisbon se tournait vers Alys pour la prendre dans ses bras et la remercier. Alys éclata de rire lorsque sa mère en vint aux chatouilles et Jane leur jeta des coups d'œil discrets, se sentant hautement privilégié de voir Lisbon se laisser aller ainsi en sa présence. La scène lui parut soudain étrangement domestique, et il fut infiniment reconnaissant envers James lorsque ce dernier chassa cette pensée en faisant son apparition.
Il souhaita un excellent anniversaire à sa sœur, la soulevant du sol pour l'occasion, puis s'installa à table à côté d'Alys qui lança tout de suite une grande conversation alors que Lisbon rejoignait Jane aux fourneaux.
-Merci, souffla-t-elle en levant ses yeux emplis de reconnaissance envers lui.
-Les idées viennent d'Alys, je n'ai fait que lui demander ce qu'elle voulait faire.
-Ça lui tenait à cœur, elle n'aurait pas pu le faire sans votre aide.
Il haussa les épaules dans un léger sourire, lui signifiant que faire plaisir à Alys était naturel –tout comme il avait été motivé par l'idée de faire sourire sa mère aussi.
Lisbon sembla sur le point d'ajouter quelque chose, mais se contenta en fin de compte d'un dernier sourire avant d'aller s'asseoir.
Ils déjeunèrent dans la bonne humeur alors qu'Alys s'arrangeait pour attirer l'attention sur elle à grand renfort de « pestacles » qu'elle avait inventé avec Jane.
Ce dernier ne remarqua pas les nombreux regards emplis de gratitude que Lisbon lui adressa. Ce matin-là, pour la première fois depuis le retour de Jane, elle ne vit que des bons côtés… Et Alys danser.
James resta manger avec eux à midi, mais partit peu après, au grand désespoir d'Alys qui y voyait la perte d'un spectateur. Lisbon reçut peu après des cartes lui souhaitant bon anniversaire ainsi que quelques bouquets de fleurs.
-C'est dommage, commenta-t-elle en déposant la dernière carte sur la table basse.
-Qu'est-ce qui est dommage ? s'enquit Jane alors qu'Alys disparaissait mystérieusement à l'étage.
-Eh bien, je ne recevrai pas de carte de votre part cette année. Je vais devoir arrêter ma collection.
-S'il n'y a que ça, il y a de très belles cartes de Sacramento, sourit-il.
-Ça manque cruellement d'exotisme, rétorqua-t-elle en ramenant ses jambes contre elle pour s'asseoir en tailleur sur le canapé où ils étaient installés.
-Vous voulez que je reparte ? suggéra-t-il.
-Non ! s'emporta-t-elle aussitôt… Je veux dire, c'est bien que vous soyez là.
Jane lui sourit, puis se tourna vers le couloir en entendant Alys revenir discrètement. Lisbon leva elle aussi les yeux et vit sa fille rentrer dans le salon avec deux paquets cadeaux. Elle rit légèrement et adressa un regard exaspéré à Jane alors qu'intérieurement elle le remerciait infiniment d'avoir permis à Alys d'afficher une telle fierté en organisant l'anniversaire.
-Qu'est-ce que c'est ? s'enquit-elle sur un ton joueur auprès de sa fille.
-Encore des cadeaux ! s'enthousiasma aussitôt Alys.
Lisbon lui sourit et l'approcha d'elle pour embrasser sa tempe. Le visage d'Alys s'éclaira et elle s'installa à côté d'elle pour être aux premières loges de l'ouverture de cadeaux.
Lisbon défit patiemment l'emballage, consciente qu'elle faisait durer la joie d'Alys. Elle rit en découvrant un livre de contes illustré où les étoiles étaient abondantes sur la couverture.
-C'est des nouvelles histoi'es qu'on connaît pas ! lui sourit Alys.
Lisbon la remercia et se vit aussitôt présenter l'autre cadeau. Là aussi, elle prit son temps pour ouvrir, et elle ne put que rire encore en découvrant des pots de pâte à modeler. Elle se souvenait avoir laissé échapper devant Jane qu'elle y jouait parfois avec Alys –pour les plus beaux souvenirs de cette dernière.
-Ça te plaît ? s'inquiéta alors Alys en tentant de sonder son visage comme Jane le lui avait appris.
-Infiniment, lui sourit Lisbon en l'enlaçant longuement.
Alys se blottit contre elle et lui murmura qu'elle était la meilleure maman du monde et qu'elle l'aimait « plus que tout le monde entier ». Lisbon sentit aussitôt ses yeux la brûler et une irrésistible envie de pleurer la prit. Elle resserra sa prise sur le corps frêle d'Alys, embrassant longuement ses cheveux.
Elle vit du coin de l'œil Jane se lever pour les laisser respirer, et lorsqu'il se tourna vers elles une dernière fois avant de quitter la pièce, elle dessina un « merci » sur ses lèvres tremblantes d'émotion.
En fin d'après-midi, Jane refit surface, et il fut aussitôt accueilli par une Alys très enthousiaste, une boite de pâte à modeler dans les mains. Il ne se priva pas d'un sourire amusé et l'étreignit brièvement avant de la laisser filer à l'étage. Il entra dans le salon où Lisbon se battait pour ranger la pâte à modeler bleue.
-Où étiez-vous passé ? s'enquit-elle lorsqu'il se laissa tomber dans le fauteuil.
-Je suis allé réserver votre dîner d'anniversaire, répondit-il le plus naturellement du monde.
-Ah bon ? sourit-elle. J'ai un dîner d'anniversaire ?
-Alys l'a exigé.
-Vous êtes conscient qu'elle n'a pas le droit de se coucher après vingt-et-une heure ?
-Vous ne pouvez pas faire une exception pour votre anniversaire ? déplora Jane.
-Non, désolée, répondit Lisbon.
-Pourquoi ?
-Parce que je suis sa mère, rétorqua-t-elle, exaspérée. C'est une règle de vie, c'est tout.
-Alys va être déçue, laissez-la y aller.
-J'ai dit non Jane, si elle se couche tard, elle est insupportable le lendemain. Elle est petite, elle a besoin de beaucoup plus de sommeil.
-Vous oubliez que j'ai été père, marmotta Jane.
-Vous n'êtes pas le sien, répliqua-t-elle d'un ton sans appel, le regard noir.
Jane perçut qu'il y avait plus qu'une vague dispute sur un horaire de coucher à l'instant même où il sentit cette phrase pénétrer sa chair et le blesser douloureusement.
-Vous n'êtes pas son père Jane, répéta Lisbon d'un ton moins dur, presque désolé. Elle a déjà un père. Un père absent et maladroit, mais un père qui l'aime et qu'elle aime immensément. Vous n'avez pas le droit de prendre sa place.
-Je n'ai jamais…
-Si, l'interrompit-elle. Je l'ai vu dans vos yeux. Alys vous aime énormément, vous êtes le meilleur ami qu'elle ait jamais eu, mais gardez à l'esprit que vous ne serez jamais son père.
Jane resta un moment silencieux, le temps d'encaisser la fatalité, puis il releva les yeux vers elle.
-J'aurai pu l'être, souffla-t-il, comme s'il venait tout juste de comprendre ce qu'il avait manqué en partant trop tôt.
Elle se figea et détourna le regard un instant.
-J'aurai pu être son père, répéta Jane.
Elle se leva brusquement et quitta la maison en claquant la porte.
Lisbon ne revint qu'en soirée, et constata que James était installé dans le salon devant la télé.
-J'allais justement t'appeler pour savoir si tu avais fini de bouder, lui lança-t-il sans bouger.
-Où est Jane ? s'enquit-elle en s'appuyant contre le chambranle de la porte.
-Il raconte une histoire à Alys en attendant que tu rentres, elle a insisté pour qu'il lise jusqu'à ce que tu reviennes.
-Oh…
-Comme tu dis, sourit James, il y est depuis bientôt une heure.
Lisbon acquiesça puis se détourna de son frère pour monter à l'étage. Elle entendit la voix de Jane parler d'une cendrillon quelconque, et se fit discrète dans l'embrasure de la porte.
Jane était couché sur le lit avec Alys et tenait le livre à l'horizontal au-dessus d'eux. Alys, la tête posée sur le torse de Jane, pointait du doigt les images qui retenaient son attention tout en se dispersant loin de l'histoire à grand renfort de « pourquoi ? ».
Lisbon ferma les yeux un instant puis tourna la tête sur le côté avant de les regarder à nouveau, des vestiges de larmes au fond des yeux. Elle n'aurait su dire ce qui était le plus douloureux : voir Alys s'attacher à un homme comme elle aurait dû pouvoir s'attacher à son père, ou voir Jane poser ce regard doux et complice sur une fille qui ne serait jamais la sienne.
Ils finirent par la remarquer et Alys lui adressa un immense sourire en se relevant.
-Maman, Jane c'est mon p'ince ! s'extasia-t-elle.
Lisbon effaça toute mélancolie pour son sourire maternel si rassurant et entra dans la chambre.
-Un jou' il va m'emmener su' un cheval ! continua Alys en se mettant debout sur le lit.
-Ou dans ma DS, rectifia Jane dans une légère grimace.
-Oh oui la DS ! approuva aussitôt Alys. Ça va ête le plus beau jou' de toute ma vie entiè' ! ajouta-t-elle en sautant sur le matelas.
-Pas ce soir jeune fille, la calma Lisbon en l'attrapant dans ses bras. Et puis, Jane doit avoir l'approbation de tes parents avant de t'emmener, ce sont les règles.
-T'es d'acco'd ? s'enquit aussitôt la petite fille. Dis oui maman, dis oui !
-Oui, souffla Lisbon en embrassant son front, mais tu devras aussi demander à ton père.
-C'est quand il rrrent'e ?
-Dans une semaine.
-V'ai de v'ai ? s'écria Alys. Il va êt'e là longtemps hein ?
-Je ne sais pas ma puce, déplora Lisbon dans un sourire navré. Mais assez longtemps pour que tu lui poses ta question.
Alys acquiesça puis entreprit de jouer avec les cheveux de sa mère, songeuse.
-Mais, et Jane ? s'enquit-elle finalement.
-Quoi Jane ? s'étonna Lisbon tout en remarquant que l'intéressé s'était assis sur le lit et écoutait.
-Ben, il va pouvoi' rrrrester même si papa il est là, hein ?
-Eh bien, c'est à Jane qu'il faut demander, reconnut Lisbon en se tournant vers le sujet de conversation.
Alys dirigea aussitôt son regard sur son ami et sembla le supplier du regard. Jane n'eut pas le cœur à lui refuser ce qu'elle voulait entendre et promit qu'il resterait encore un peu. Alys parut satisfaite et se blottit dans le cou de sa mère.
-Bon annive'sai' maman, marmotta-t-elle. Tu es la plus fo'te maman de le monde entier.
-Je sais, rit doucement Lisbon en embrassant sa tempe. Et toi tu vas aller te coucher, termina-t-elle alors que Jane se levait pour libérer le lit.
Lisbon déposa Alys sous les couvertures puis s'agenouilla le temps d'embrasser son front. Elle lui souhaita de beaux rêves puis s'éloigna, laissant Jane s'accroupir à côté d'Alys.
-Tu vas fai' la paix avec maman, hein ? s'inquiéta Alys dans un murmure que Lisbon perçut. Faut pas que vous soyez fâché, elle est t'iste quand t'es pas là.
-Je vais essayer, chuchota Jane en caressant sa joue. Dors bien jolie princesse.
Alys lui offrit un immense sourire puis ferma les yeux pour faire mine de dormir. Jane sourit à son tour puis se leva pour quitter la chambre, laissant le soin à Lisbon d'éteindre la lumière et de fermer la porte.
Lorsqu'elle descendit, Lisbon trouva Jane debout dans le couloir, un post-it à la main. Il lui sourit et tendit le bout de papier vers elle.
« Parti manger à votre place au resto, bon anniversaire sœurette ! TEA – James. »
Lisbon roula des yeux, à moitié amusée, puis croisa le regard de Jane.
-Je suis désolée pour la réservation, soupira-t-elle.
-Je m'en remettrai, répondit-il dans un haussement d'épaules. Que veut dire TEA ? Vous et James le mettez dans tous vos post-its et je ne crois pas que vous soyez une amatrice de thé.
Lisbon sourit et s'assit sur les premières marches de l'escalier alors que Jane appuyait une épaule contre le mur à côté d'elle, lui faisant face avec toute sa curiosité.
-Après la mort de ma mère, mes frères et moi étions tous un peu perdus, et mon père n'a pas arrangé les choses. Mais j'ai toujours tout fait pour qu'ils ne subissent pas trop lourdement les conséquences, alors je m'arrangeais pour qu'ils sachent que malgré tout ce qui se passait, ils étaient aimés. C'est devenu un code, TEA pour « tu es aimé », une sorte de mémento des choses les plus importantes.
Jane lui offrit un sourire reconnaissant, presque surpris qu'elle se soit confiée si facilement.
-L'idée a beaucoup plu à Alys quand je lui ai raconté cette histoire, reprit Lisbon dans un sourire, et d'ailleurs T, E et A sont les seules lettres qu'elle écrit à la perfection. Elle me les écrit sur tous ses dessins.
-Elle l'a écrit sur celui qu'elle m'a offert tout à l'heure, commenta-t-il.
-Vous êtes privilégié alors, constata Lisbon dans un léger sourire. Elle ne l'écrit pas à tout le monde.
Jane acquiesça, mais reprit presque aussitôt un air sérieux.
-Je n'aurai pas dû vous contredire tout à l'heure, vous êtes sa mère et vous savez ce qui est bien pour elle, je suis désolé d'avoir discuté votre autorité, s'excusa-t-il.
Elle hocha la tête pour accepter ses excuses, lèvres pincées.
-Même s'il n'est plus question de restaurant, vous accepterez peut-être pour une fois de manger en ma seule compagnie ? suggéra-t-il.
-Je crois que je peux faire ça, lui sourit-elle en se levant.
Ils furent pendant un moment bien trop proches au goût de Lisbon, et elle chassa le passé avec difficulté. Mais les yeux de Jane avaient la même intensité que dans ses souvenirs et elle se sentit un peu étourdie. Ce fut un soulagement lorsqu'il rétablit finalement les distances de sécurité pour disparaître dans la cuisine.
Ils passèrent la soirée sur le canapé devant des films sans intérêt. Et comme toujours désormais, ils parlèrent peu.
Le passé ne leur laissa aucun répit, cette nuit-là.
J'espère que ça vous a plu un peu ?
Je ne mets pas d'extrait mais vous annonce d'ors et déjà que le prochain chapitre est un chapitre de flash-back. Je posterai dimanche si j'arrive à boucler le chapitre 7 et lundi sinon. (Je suis affreusement en retard...)
