Hello !

En direct de mon duvet (pas d'argent, pas de chauffage... lol), j'ai le plaisir de vous annoncer que le chapitre 7 a été bouclé, je poste donc aujourd'hui ! (oui je sais, c'est idiot de le dire ici, vous le voyez bien que je poste...) J'espère que ces flash-backs vous plairont ! =)

Aveu du jour: Pour une raison que j'ignore (quoique), cette fiction est très souvent écrite sous l'influence des très talentueux David Bonk et Timo Sonnenschein, notamment la chanson "Bevor du gehst" (Avant que tu partes). [La chanson est sur youtube (ne vous fiez pas totalement à la traduction cependant), ajoutez juste /watch?v=vMXQw7fSrxU derrière le nom du site. :)]

Et merci à paffi, Sweetylove30, akina18, Nono2b, ShaiArg, Jade212000, Totorsg, LAurore, Lily Wolf et seirarah.

Dawnie: Merci beaucoup pour ton enthousiasme sur La Faille ! :) Ca fait plaisir de lire que tout ça tient la route. Et merci également pour ta review sur ce chapitre, je suis ravie de lire que ça te plaît !

MadMouse: J'avoue aimer un peu trop les ascenseurs émotionnels comme tu le dis si bien. Je n'ai jamais réussi à corriger ce travers, je ne suis même pas sûre de m'en rendre vraiment compte quand j'écris. :) Côté contenu, June n'a pas fini d'asticoter notre Jane. Et je suis ravie de t'avoir fait apprécier Rigsby ! J'étais embarassée par la discussion sur la paternité, pour moi il allait de soi que Jane n'était pas le père, c'était donc beaucoup moins dur dans ma tête cette discussion. J'ai vraiment adoré ta review, merci beaucoup!

janeandteresa62: Je comprends, mais il y a encore le "problème" Jeff à régler. :) Merci!

Enjoy: June n'a pas fini d'ébranler les certitudes de Jane, il est même possible de la haïr en cours de route. :) A vrai dire, la non paternité de Jane était évidente pour moi, donc quand j'ai écrit la scène, ça paraissait moins terrible! Je suis extrêmement honorée par la référence indirecte à Levy (j'en suis une groupie...) Oh, et juste pour le fun de l'anecdote, j'ai rencontré mon père à l'âge d'Alys. ;)

FewTime: Si on exclue le froid, ce we est bien mieux, merci! Je ne sais pas si ça te plaira, mais à l'avenir, June risque de réitérer cette façon de s'adresser à Jane. :) Ce chapitre te donnera quelques réponses quant aux rumeurs et ce que craignait Jane. Je suis contente que ma vision -étrange- de Lisbon en maman te plaise au fait. :) Figure-toi que, sachant qu'il n'était pas vraiment le père, écrire ce dialogue m'a paru bcp moins violent... désolée! Oh, et pour le "j'aurai pu l'être", ne te chauffe pas les méninges, Jane réalise juste ce qu'il a manqué en partant. :) (Je suis affreusement ambiguë, peut-on dire que ça fait mon charme ? lol) La phrase de fin annonce ce chapitre, navrée pour le plombage de moral, vraiment ! Et merci bcp! :)


Chapitre 6 : Les balançoires :

« Un baiser, qu'est-ce ? Un serment fait d'un peu plus près, un aveu qui veut se confirmer, un point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer; c'est un secret qui prend la bouche pour l'oreille. »

Edmond RostandCyrano de Bergerac

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Cinq ans plus tôt, environ un mois après la mort de John LeRouge :

Lisbon fut interrompue dans la rédaction de son rapport par un bruit sourd. Elle leva les yeux pour observer les alentours et remarqua un attroupement autour des bureaux de ses collègues. Elle leva les yeux au ciel, clairement exaspérée, puis quitta sa chaise pour s'approcher du groupe.

Les premiers à la remarquer firent passer le mot aux autres et très vite, le groupe perdit de son opacité, la laissant passer. Elle porta des regards suspicieux sur ceux qui paraissaient les plus coupables avant de s'intéresser à l'objet de leur attention.

-Jane ? s'étonna-t-elle en dévisageant l'intéressé. Qu'est-ce que vous faîtes ici ?

-Oh hey Lisbon ! la salua-t-il de son plus beau sourire. Je m'ennuyais un peu alors je suis passé.

Aussitôt les traits lumineux du blond se parèrent de l'innocence d'un chat qui vient d'avaler un canari. Elle remarqua qu'il tenait dans l'une de ses mains une agrafeuse, et dans l'autre un tube de colle.

-Je peux savoir ce que vous faîtes ? s'enquit-elle en levant un sourcil sceptique.

-Cours de physique, la renseigna-t-il fièrement.

-Et la leçon du jour est ?

-La gravité, sourit Jane, apparemment réjoui par son idée. A votre avis, qui touchera le sol la première, la colle ou l'agrafeuse ?

-Cinq dollars sur la colle ! lança une voix derrière Lisbon.

-Dix sur l'agrafeuse ! renchérit une autre.

Les paris fusèrent soudain et Lisbon remarqua que Rigsby les prenait en note. Elle secoua la tête, clairement exaspérée par le jeu du moment.

-Je suppose que vous aviez envie de boire un thé en terrasse et que vous n'aviez plus de monnaie, reprit-elle à l'intention de Jane qui regardait les autres parier avec une joie non dissimulée.

-Ne vous plaignez pas, je comptais vous inviter avec les fonds récoltés.

-C'est tellement gentil de votre part, ironisa-t-elle. Un dernier pari et vous remballez tout, c'est un bureau, pas une foire.

-Vous ne voulez pas parier ?

Elle lui adressa le regard qui demandait si elle avait une tête à parier. Il fit une légère grimace compréhensive puis elle tourna les talons pour retourner à son rapport.

Elle entendit un bruit sourd peu après, suivi d'exclamations déconfites, et elle ne put s'empêcher de sourire. Elle aurait en effet parié sur la colle –elle avait vu Jane la lester plus d'une fois lors du même tour.

Elle n'eut que peu de répit. Aussitôt la foule dispersée, Jane rentra dans son bureau.

-Vous venez manger ? lança-t-il.

-Je n'ai pas beaucoup de temps, déplora-t-elle.

-Je vous ai laissée tranquille pendant une semaine, lui rappela-t-il.

-Vous êtes suspendus depuis qu'on a réussi à vous faire sortir de prison.

-Oui je sais, soupira-t-il en s'asseyant face à elle, le CBI ne me veut pas dans ses pattes, il faut que les médias lâchent l'affaire pour que je puisse espérer revenir. Est-ce que ça veut dire que je dois continuer à passer mes journées seul ?

-Je suis désolée Jane, mais je…

-Travaille, la coupa-t-il en finissant à sa place. Mais vous devez avouer que vous en avez un peu marre et qu'un peu d'air frais vous ferez du bien.

Lisbon lui sourit, mais son regard était triste. Elle poussa un léger soupir et il comprit qu'elle allait refuser. Elle vit la déception dans son regard et ses épaules s'affaisser, mais il se reprit pour un léger sourire.

-Tant pis, je profiterai de la vue de Sacramento, se résigna-t-il en tournant les talons.

Lisbon se mordit la lèvre inférieure avant de le rappeler.

-Je n'ai pas le temps ce midi, mais si vous voulez, ce soir..? suggéra-t-elle.

-J'ai une tête si terrible ? s'exaspéra-t-il.

-Non ! se défendit-elle.

Il la fixa un moment, clairement agacé et elle baissa le regard, honteuse.

-Je n'aime pas vous savoir seul à ressasser tout ça, avoua-t-elle. Ça ne va pas vous aider à aller de l'avant de rester seul dans une chambre de motel à revivre encore et encore sa mort. Vous avez eu votre vengeance, pourquoi ne pas aller de l'avant maintenant ?

-Vous voulez me sauver Lisbon ? se moqua-t-il avec un peu de mélancolie.

-Je veux vous aider, rectifia-t-elle. C'est ce que font les amis, non ?

-Je veux revenir, déclara-t-il soudain.

Elle sourit tristement, elle aussi aurait aimé qu'il revienne. Le CBI était moins lumineux sans son sourire.

-Je sais, se contenta-t-elle de répondre.

-J'ai besoin de revenir, insista-t-il. Je vais devenir fou si je ne m'occupe pas l'esprit. Une intelligence telle que la mienne doit être entretenue, ajouta-t-il pour masquer un peu de la gravité de son ton.

-Je ne peux rien faire Jane, j'ai les mains liées. Mes ordres étaient catégoriques et croyez-moi, dès que je croise Laroche, je lui demande de vous réintégrer.

-Vous faîtes ça ? sourit soudain Jane.

-Oh non, je vous vois venir ! Il est hors de question que cette phrase me retombe dessus un jour, oubliez-la tout de suite ou je serai obligée de vous tuer.

Jane ne put retenir son rire et Lisbon parut soudain plus gaie, lumineuse même. Elle avait au moins gagné un peu de joie de sa part, et c'était devenu tellement rare.

Dernièrement, elle n'avait vu qu'un masque sur son visage. Chaque fois qu'il souriait, elle y lisait mensonge et duperie. Il n'y avait qu'avec elle, à de rares moments, qu'il laissait glisser le masque. Ils étaient sortis plus proches de ce dénouement, et pourtant Jane était à des kilomètres du monde réel, s'engageant quelque part dans une spirale sans fin vers le fond.

-Je passerai vous chercher à sept heures, comme d'habitude, conclut-il finalement, abandonnant du même fait sa plaidoirie sans espoir.

-Je serai prête, acquiesça-t-elle dans un sourire désolé.

Il hocha la tête, déjà ailleurs, puis disparut.

Lisbon soupira et ferma les yeux un moment. Elle avait beau se battre contre toutes les rumeurs qui disaient que Jane ne sortirait pas de cette espèce de dépression qui l'étouffait. Jour après jour, elle commençait à douter de ses résolutions. Il n'y avait aucun progrès, et il s'ouvrait à elle de moins en moins.

Tôt ou tard, elle le perdrait.


Cinq ans plus tôt, environ deux mois après la mort de John LeRouge :

Lorsque la voiture de Jane se gara devant chez elle, fidèle aux habitudes, Lisbon resta un moment avec lui dans la DS, l'écoutant finir de plaisanter sur telle ou telle idiotie de la part du service du nouveau restaurant qu'ils avaient essayé.

L'air de jazz en fond sonore la mettait à l'aise et même si elle ne l'avouerait jamais à Jane, son siège était plutôt confortable. Elle aurait pu l'écouter faire le pitre pendant des heures. C'était d'ailleurs ce qu'elle faisait, plusieurs soirs par semaine.

Ça commençait toujours par une impulsion de Jane, les mots étaient toujours les mêmes : « il y a ce restaurant à tel endroit, vous venez l'essayer avec moi ? ». Bien trop heureuse qu'il s'aère l'esprit, Lisbon n'avait pas refusé une seule soirée –de toute façon il payait. Elle savait que leurs escapades gustatives faisaient parler de plus en plus au bureau, mais c'était plus fort qu'elle, le sourire de Jane était plus important que son environnement de travail.

Il avait recommencé à travailler avec eux depuis deux semaines, et la seule affaire qu'ils avaient eu avait été un succès. Cependant, elle l'avait trouvé différent, ailleurs. Il avait repris cette fichue manie de s'isoler dans le grenier au bout du deuxième jour, et elle avait dès lors tout fait pour qu'il continue à l'emmener dans tous les restaurants de la ville. C'étaient les seuls moments où il semblait s'extirper de sa torpeur quasi dépressive, à nouveau le Jane charmant et souriant qu'il avait affiché des mois plus tôt.

-Je vous le répète, sourit Lisbon, il n'y avait aucune erreur, la serviette en papier a été déposée à notre table, et qui d'autre que la serveuse aurait pu la déposer ? Vous lui plaisiez, c'était évident.

-J'aurai pourtant juré qu'elle lançait des regards langoureux au milliardaire assis derrière moi, protesta Jane.

-C'était vous qu'elle regardait, idiot, rit-elle. Sinon pourquoi m'a-t-elle fusillée du regard à chaque fois qu'elle posait les yeux sur moi ?

-Elle a fait ça ? s'étonna-t-il –il aurait vraiment dû se méfier de ce vin italien excessivement cher, ses capacités d'analyse avaient été au plus bas au cours de ce dîner.

Lisbon acquiesça joyeusement, clairement amusée par l'idée.

-Elle devait penser que j'étais votre rendez-vous, développa-t-elle. Alors elle était jalouse.

-Mais vous étiez mon rendez-vous, lui rappela-t-il.

-Je suis votre amie, ça n'a rien à voir avec un rendez-vous. Vous devriez essayer un vrai rendez-vous, avec vos charmes toujours aussi effectifs, vous trouveriez rapidement quelqu'un.

Jane baissa les yeux brièvement puis détourna le regard vers le pare-brise, feignant de trouver de l'intérêt dans la rue déserte autour d'eux.

-Je suis désolée, soupira Lisbon. Je n'aurai pas dû…

-Ce n'est rien, la coupa-t-il dans un faible sourire. Je… Je ne suis pas prêt à ce genre de… choses, articula-t-il sans la regarder.

Elle acquiesça en se mordant la lèvre inférieure, tant embarrassée que mélancolique.

-Je ne suis pas sûr de pouvoir faire un jour plus que nos rendez-vous, avoua-t-il plus bas et en levant finalement la tête vers elle.

Elle lut qu'il cherchait son pardon dans ses yeux, et l'idée qu'il l'associe à cette conversation avec une telle force lui coupa le souffle. Elle dut se détourner un instant, pour se faire à l'idée.

-Ce n'est pas grave, parvint-elle à dire. Personne ne vous le demande.

Elle sentit la main de Jane frôler la sienne entre leurs sièges et si elle frissonna, elle ne se tourna pas vers lui ni ne retira sa main. Il hésita un moment puis dessina des traits abstraits sur le dos de sa main, en redessinant les contours, glissant sur ses doigts, jusqu'à sa paume. Elle le laissa faire sans oser le regarder, tendue. Mais lorsqu'il lia maladroitement leurs doigts, elle emprisonna sa main un peu plus fort qu'il ne l'aurait fallu pour garder la face.

-Je vais partir, souffla-t-il douloureusement.

-Pardon ?

-Je ne peux pas rester ici, je dois partir.

-Très bien, acquiesça-t-elle en lâchant sa main. On se voit au CBI demain ?

Il l'empêcha de quitter la voiture mais ne croisa pas son regard.

-Je parlais de quitter le CBI, quitter Sacramento, et peut-être même quitter la Californie, rectifia-t-il.

-Quoi ? articula-t-elle dans un son proche du gémissement.

-J'ai besoin d'air. Rester ici me rappelle trop le passé, et si je veux apprendre à vivre avec, je dois prendre du recul.

-Mais vous avez une place ici, des amis, une famille, vous ne pouvez pas nous abandonner, protesta-t-elle. Nous pouvons vous aider à surmonter tout ça, c'est ce que nous avons toujours fait, non ?

Il ne lui répondit pas, mais il osa enfin la regarder dans les yeux, et ce qu'elle y lut lui brisa le cœur. Il avait déjà pris sa décision depuis longtemps, elle le sentait, il avait juste repoussé le moment de l'annonce. La douleur fut un instant étouffante, comme un voile opaque qui embrouillait tant sa vision que son esprit. Elle eut du mal à retrouver une respiration égale.

-Quand ? articula-t-elle d'une voix un peu plus aiguë qu'à l'accoutumée.

-Bientôt, avoua-t-il. Je n'ai pas encore fixé de date cependant.

Elle acquiesça dans le vide, le regard perdu, incapable de se fixer, comme si elle avait été vidée de tout éclat de vie. Elle ne parvint pas à prononcer un mot de plus et ouvrit la portière pour quitter l'habitacle. Elle s'était sentie si bien quelques minutes plus tôt, désormais c'était le dernier endroit au monde où elle voulait se trouver.

Plus tard, quand elle ressassera douloureusement cet épisode, elle ne se souviendra pas vraiment d'avoir marché jusqu'à chez elle, mais elle entendra encore le son de la voiture de Jane s'éloignant, elle se verra encore glisser le long du mur et laisser couler des larmes mêlées de colère, de frustration et de douleur.

Le lendemain, un tournesol et un mot d'excuse seront déposés sur le pas de sa porte et elle acceptera de dîner avec lui à la fin de la semaine.

Mais ça n'ira jamais mieux.


Cinq ans plus tôt, environ deux mois et demi après la mort de John LeRouge :

Grace avait choisi le parc comme un terrain neutre après le repas qu'ils avaient tous les cinq partagé. Elle avait utilisé comme argument qu'un peu de marche ne pourrait que leur faire du bien et elle savait pertinemment que personne n'avait osé la contredire par peur de la blesser et non par enthousiasme. Cependant, elle les surprit à échanger des coups d'œil amusés. Jane et Rigsby eurent même l'occasion de parier sur Cho, l'un arguant qu'il pouvait renvoyer la balle aux jeunes jouant au baseball à quelques trente mètres, l'autre qu'il louperait de peu. Jane se fit bien entendu cinq dollars lorsque l'un des joueurs n'eut qu'à tendre la main pour attraper la balle parfaitement envoyée par Cho.

Grace avait amené son appareil photo, arguant que les souvenirs étaient importants et qu'ils avaient trop peu de photos d'eux tous réunis. Les hommes avaient déclaré l'idée sentimentaliste et inutile et Lisbon était restée silencieuse, mais les yeux qu'elle avait levés au ciel en disaient bien assez. Cependant, Grace ne s'était pas découragée, certaine qu'ils la remercieraient tous un jour d'avoir fait ces photos. Là encore, elle savait que seule leur volonté de lui rendre le sourire les força à la laisser utiliser l'appareil.

Elle prit quelques clichés lorsque Jane asticota Rigsby tant et si bien qu'il dut courir pour sa vie. Elle ne se priva pas non plus de tourner l'objectif vers Lisbon et Cho qui souriaient discrètement, exaspérés juste pour les apparences, parce qu'ils étaient dans un lieu public. Elle eut l'occasion d'immortaliser quelques tours de Jane, un défi de Rigsby consistant à manger de la barbe-à-papa en un temps record, et les éclats de rire de Lisbon et Rigsby lorsque Jane parvint à faire monter Cho sur un manège –il lui avait volé son portefeuille.

-Si on m'avait dit qu'aller dans le parc me permettrait de voir Cho enjamber un cheval de manège, je serai venu bien plus tôt, se moqua Rigsby lorsqu'ils se dirigèrent vers l'aire de jeu désertée par les enfants en ce début de soirée.

-Il suffisait de me demander, triompha Jane en prenant place sur une balançoire.

Rigsby s'appuya contre le toboggan à côté alors que Grace s'asseyait en tailleur dans l'herbe pour regarder les photos prises. Cho la rejoignit pour essayer de faire supprimer les photos le concernant, mais elle se montra catégorique et ne lui laissa aucune chance de laver son honneur.

Lisbon attrapa la chaine de la balançoire de Jane pour l'arrêter momentanément dans son jeu.

-Vous voulez ma place ? sourit-il. Je peux vous pousser si vous voulez. Après Cho et le manège, personne ne se moquera de vous.

Elle afficha un air mi-exaspéré mi-souriant et s'apprêta à répondre lorsqu'elle entendit l'appareil de Grace. Elle maudit l'engin et adressa un regard blasé à la rousse qui lui sourit, pas le moins du monde désolée d'avoir immortalisé cet instant.

-Je dois retourner au CBI boucler la paperasse pour lundi, soupira finalement Lisbon à l'intention de Jane.

-Et vous voulez que je vous y dépose maintenant ?

-Pas forcément maintenant, mais le plus tôt serait le mieux, reconnut-elle. Si vous préférez rester, je peux prendre un taxi.

-Non, sourit-il, j'irai où vous irez.

Elle le remercia puis lâcha sa balancelle pour s'asseoir sur sa jumelle et s'y balancer distraitement. Jane l'observa à la dérobée, feignant de faire l'enfant et de se balancer alors qu'il ne la quittait pas des yeux, évaluant, jugeant, pesant pour et contre, hésitant… Il haïssait cet état, et pourtant il devenait familier dernièrement, un peu comme la culpabilité.

Elle dut sentir son regard car elle finit par lever les yeux vers lui, étonnée. Il secoua la tête pour la rassurer et se leva pour annoncer qu'il raccompagnait Lisbon.

Les au revoir furent brefs mais encore empreints de cette joie presque enfantine qui les avait si bien unis cet après-midi là.


Lisbon remarqua très vite que Jane n'avait pas pris la route du CBI mais elle n'osa pas le lui faire remarquer, il paraissait trop concentré, trop loin de la réalité. Elle sentait qu'il se passait quelque chose d'important, quelque chose qui perturbait Jane. Ça ne devait pas être insignifiant puisqu'elle s'en était aperçue facilement. Et le silence qui avait envahi leurs discussions habituelles ne faisait que renforcer l'impression que quelque chose avait changé ou était sur le point de le faire.

Jane s'arrêta au cœur de Sacramento et lui fit signe de sortir de la DS avec lui. Elle obéit plus docilement qu'elle ne l'aurait voulu, mais la curiosité était bien trop grande pour qu'elle proteste.

Il attrapa sa main et elle fit mine de la retirer, exaspérée.

-Je peux vous suivre sans être assistée.

-Je sais, acquiesça-t-il en ne quittant pas son regard un seul instant.

Elle frissonna légèrement puis abandonna toute lutte. Elle le laissa tenir sa main, puisque ça semblait être important pour lui, mais elle s'arrangea pour rester à sa hauteur, se refusant à être littéralement traînée vers leur destination mystère.

-Où allons-nous ? osa-t-elle demander lorsque Jane la fit entrer dans l'ascenseur d'un bâtiment d'entreprise.

Il lui offrit le regard qui disait que c'était une surprise et elle leva les yeux au ciel, cachant au mieux son réel amusement. Ça lui rappelait les chasses au trésor qu'elle organisait pour ses frères lorsqu'ils s'ennuyaient, sauf que cette fois elle était à leur place. Elle ne put que mesurer la frustration qui avait dû envahir ses cadets des années plus tôt.

L'ascenseur s'arrêta au dernier étage et Jane lui fit signe de le suivre sans pour autant lâcher sa main. Il ouvrit les escaliers de service et les fit monter encore. Elle comprit qu'ils allaient se retrouver sur les toits mais était curieuse de voir ce qu'il avait à y montrer.

Le sol était tapi de pierres et le toit était délimité par des barres de fer d'apparence neuve. Le reste était plutôt désert si on oubliait les immenses antennes et le toit de verre de l'une des pièces qui sortait du sol.

Jane la mena vers la rambarde, face aux escaliers qu'ils venaient de monter. La vue lui coupa le souffle, surplombant une bonne partie de la ville éclairée par les premières lueurs de la nuit. Au loin, elle remarqua les derniers rayons de soleil qui disparaissaient, donnant une atmosphère rougeoyante de fin du monde à ce panorama impressionnant. Ils se trouvaient au sommet de l'un des plus grands buildings de Sacramento.

Elle lâcha la main de Jane pour s'appuyer contre la rambarde et regarder en contrebas. Elle fut forcée de reculer, prise d'un léger vertige.

-Pourquoi vous m'avez amenée ici ? s'enquit-elle finalement, curieuse.

-On m'a dit qu'on n'avait rien vu de Sacramento tant qu'on ne l'avait pas vu d'en haut, la nuit, répondit-il en haussant les épaules.

-Je vis à Sacramento, lui rappela-t-elle. Je n'ai pas besoin d'y faire du tourisme.

-Je vais faire le tour du monde, je m'entraîne.

Elle dut lutter pour ne pas mettre fin à cette conversation avant qu'elle ne commence. Elle devait cependant reconnaître qu'il faisait des efforts pour tourner son départ à l'humour, mais aucun trait d'esprit n'aurait pu alléger le poids sur son cœur.

-Et en quoi je vous suis utile ?

-Vous ne m'êtes pas utile, mais vous êtes de très bonne compagnie, rectifia-t-il.

-Je ne serai pas là, trancha-t-elle contre son ton qui se voulait léger.

-Ça ne m'empêche pas de le souhaiter.

Elle ouvrit et ferma la bouche, stupéfiée.

-Pardon ? articula-t-elle sans oser comprendre.

-Vous allez me manquer, se ravisa-t-il avec une nonchalance qui sonnait faux, le regard détourné vers la vue.

Tous deux savaient que jamais elle ne partirait faire un tour du monde avec lui, et Jane était partagé entre le soulagement et la tristesse à l'idée de la laisser derrière lui.

Lisbon était devenue une pensée instable dans son esprit depuis quelques temps. Elle l'attirait autant qu'il avait envie de la fuir, cette envie d'être proche d'elle devenait insupportable et douloureuse avec le temps. Les mots « punition méritée », « culpabilité » et « plus jamais » étaient devenus des mantras lorsqu'elle était dans les alentours –et, de plus en plus, même lorsqu'elle n'était pas physiquement proche de lui. Il ne supportait pas ce trouble, il se sentait nauséeux et fiévreux à la fois, et l'hésitation, cette notion qui avait pourtant quitté son esprit des années plus tôt, avait refait son apparition.

-Vous n'êtes pas obligé de partir, souffla-t-elle, le regard vissé sur la vue depuis quelques instants alors qu'il ne l'avait pas quittée des yeux.

-Vous savez très bien ce qu'il en est Lisbon, ma décision est prise.

Elle acquiesça, de plus en plus habile lorsqu'il s'agissait de cacher douleur et déception. Elle avait eu bien des jours pour s'entraîner. Elle finit par lever les yeux vers lui et remarqua son regard insistant, presque dérangeant par son intensité.

-Pourquoi vous me regardez comme ça ? s'étonna-t-elle.

-Définissez « comme ça ».

-Je ne sais pas, reconnut-elle, mais vous étiez… bizarre.

Ils s'examinèrent un moment, épaule contre épaule, puis Lisbon retourna à l'observation de la vue. Jane garda son attention rivée sur elle.

-Je sens encore le regard bizarre, l'informa-t-elle.

-Définissez « bizarre ».

Elle ne répondit pas, se contentant d'un regard amusé vers lui avant de reprendre son activité passionnante. Jane ne cilla pas, elle le sentait toujours mais elle ne parvenait pas à déchiffrer ce regard.

-On dirait que vous envisagez de faire quelque chose, reprit-elle.

-Définissez « quelque chose », plaisanta-t-il doucement.

Elle se tourna vers lui et plongea dans son regard, cherchant la faille dans ce nouveau jeu. Cependant elle ne trouva ni faille, ni jeu, dans le regard soudain grave de Jane.

-Quelque chose de stupide, souffla-t-elle finalement.

-Définissez « stupide », murmura-t-il plus bas.

Les mots ne lui parvinrent pas, ou du moins, elle les entendit plus qu'elle ne les comprit. Et elle n'eut pas l'occasion de définir quoi que ce soit sous son regard intense. Elle en fut bien sûr embarrassée, mais elle ne parvint pas à dévier son propre regard. Il se passait ce quelque chose de stupide et bizarre dans la tête de Jane, et elle aurait donné beaucoup pour savoir ce qui se jouait dans cet esprit pourtant si vif d'habitude.

Elle était tant absorbée par ses propres réflexions quant à l'interprétation du regard de Jane qu'elle ne comprit pas tout de suite qu'il avait déposé ses lèvres sur les siennes. Sa douceur était teintée d'insécurité, d'hésitation, et sans savoir où elle en trouva la volonté, elle l'encouragea furtivement, le temps d'un retour chaste et bref. Il revint à elle cependant, et s'aventura sur sa lèvre supérieure, y déposant de légers baisers, comme s'il réapprenait les plus vieilles leçons du monde.

Elle sentit bientôt une main se poser dans son cou, et une autre réchauffer son dos alors qu'il continuait sa quête sur ses lèvres. Un sentiment plus fort que sa volonté la poussa à répondre à chaque contact, jusqu'à ce que finalement il lui prenne son souffle sans prévenir, comme s'il venait tout juste de se souvenir.

Elle avait presque sacrifié sa carrière pour lui, et les derniers mois en sa compagnie avaient montré à Jane au combien elle était prête à lui sacrifier sa vie. Et lui, pauvre idiot, il ne lui dirait jamais assez merci, et ce qu'il avait trouvé de mieux pour dire au revoir, c'était briser son cœur pour en garder quelques morceaux, emporter un peu d'elle avec lui, triste égoïste qu'il était.

Il se sentit affreusement seul alors même qu'elle était serrée contre lui, alors même qu'il respirait contre ses lèvres abîmées, à bout de souffle. Il avait l'impression de l'avoir contaminée, d'avoir entachée tout ce qu'elle avait toujours représenté. Et ce qu'il avait fait était si mauvais, si injuste et si peu teinté de considération pour elle, qu'il le regretta immédiatement et s'arracha à son étreinte étrangement douce et rassurante.

Il parvint à aligner des excuses, elle lui fit signe que ce n'était pas nécessaire. Il insista, elle aussi.

C'est en lui apprenant qu'elle était une erreur qu'il la sentit glisser irrémédiablement vers le chemin des regrets et de la douleur, un chemin qu'il ne connaissait que trop bien. Et il sut que si lui ne se pardonnerait jamais, elle non plus ne le pardonnerait pas.

Il la raccompagna sans un mot jusque chez elle, oubliant la paperasse du lundi. Ils ne se saluèrent pas, entre l'embarras et le regret, le tout teinté d'un ressentiment profondément ancré.

A partir de cette nuit-là, le baiser hanta ses rêves.

Et il sut qu'il était perdu.


J'ai hésité longuement à choisir cet extrait... Vous me direz si j'ai bien fait (ou pas, en fait). La suite sera en ligne soit mercredi soir, soit jeudi soir. (Ca dépendra du chapitre 8...)

"... Lisbon [...] le laissait entrevoir une toute autre histoire. Une histoire où il ne serait pas parti cinq ans plus tôt, [...] une histoire où il travaillerait encore au CBI, où il serait un invité d'office et non d'honneur aux soirées poker de l'équipe, une histoire où Alys aurait eu les mêmes yeux bleus mais un an de plus… Une histoire où il n'aurait pas eu peur, où il ne serait pas parti en réalisant qu'il tombait lentement mais sûrement amoureux de Teresa Lisbon."

PS: s'il reste des fautes, j'en suis navrée, j'ai été prise d'une flemmingite aiguë sur ce coup-là...