Hello !

Désolée je suis un peu en retard, mais pour ma défense, j'ai énormément écrit depuis hier soir, j'en suis au dixième chapitre et étant donné que cette histoire devrait s'arrêter sur un 12ème chapitre, je suis plutôt fière de moi. (Ca arrive aux pires comme aux meilleurs, hein? ^^')

Je profite de cette note pour vous remercier mille fois, je sais, je me répète souvent, mais franchement, vous rendez le challenge tellement grisant... J'aimerai vraiment pouvoir faire toujours mieux, et vous remercier à la hauteur de ce que votre enthousiasme signifie pour moi. A défaut de cela, MERCI !

Notamment à ShaiArg, Nono2b, seirarah, paffi, MarshxMallow, Jade212000 et Totorsg.

PleinSoleil : Ah je suis ravie de lire cette review enthousiaste ! :) Cependant je me dois de te décevoir, comme Lisbon l'a dit à Jane, il n'est pas le père d'Alys, c'est bien Jeff... Je suis navrée. Merci beaucoup en tout cas ! :)

MadMouse: Wow, ta review m'a vraiment surprise, j'étais plutôt persuadée que ce chapitre était blasant et en-dessous du reste mais tu m'annonces le contraire. C'est génial. :) Merci beaucoup, je te suis infiniment reconnaissante.

janeandteresa: Oh mais il est déjà revenu. :) Reste à voir s'il saura se rattraper auprès de Lisbon. Merci !

Aliah: Wow, pour une première review tu as mis le paquet. Je me suis sentie bien petite devant mon ordinateur (sans compter les joues rouges!^^). Et j'avoue que dans cette histoire, Jane n'a pas le beau rôle... Je suis ravie que ça ait pu te plaire malgré tout ! Merci merci (...) merci !

Camille: Oh je suis contente que cette histoire donne quelque chose de bien quand on la lit d'un coup. Je me demandais si ça se tenait suffisamment. :) Je suis enchantée, merci beaucoup !

dawnie: Eh bien prions pour que la suite soit à la hauteur ! :) Et je suis ouverte à toute lecture, après, j'avoue être très capricieuse sur mes choix de fictions mentalist, mais si tu te lances, pourquoi pas? :) Merci de la review!

Enjoy: Ce n'était pas grand-chose, juste de quoi faire un peu de psychologie de comptoir. ^^ Je suis en tout cas vraiment contente que ce chapitre t'ait plu et surtout, j'étais ravie de lire que j'ai réussi à rendre Jane presque détestable pour ce qu'il a fait. (c'était le but...) Désolée pour la détresse émotionnelle cependant ! lol Je te suis infiniment reconnaissante pour toutes ces merveilleuses reviews que tu m'offres. Mille mercis. :)

FewTime: Ah, la guerre contre Jane est ouverte... My bad ! :) Je suis navré pour ton coeur, promis, je me rattraperai sur une prochaine histoire (avec toutes les idées que j'ai, je devrais bien avoir de quoi... Enfin, si tu lis, ce qui n'est bien sûr pas obligatoire! lol) J'étais contente de lire que tu as noté le tournesol. J'adore cette fleur, je la trouve hautement symbolique. :) Et puis ta façon de voir leurs mains, c'était chouette! Oh et ton "c'est toi l'erreur" m'a fait exploser de rire, je suis vraiment navrée de ce que je te fais subir ! J'espère vous réconcilier bientôt, et en attendant, tu as toute ma gratitude !

shana18: Merci beaucoup, je suis enchantée de lire que tu as apprécié ce chapitre. :)


Chapitre 7 : Rechute

« Pour réussir dans le monde, retenez bien ces trois maximes: voir, c'est savoir; vouloir, c'est pouvoir; oser, c'est avoir. »

Alfred de Musset – Barberine

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Lorsque Jane ouvrit les yeux en pleine nuit, il constata que le plafond n'était pas celui de sa chambre habituelle. Il fit mine de se redresser et en fut empêché par un poids relativement léger mais bien installé sur son torse. Il sentit son cœur faire un bond lorsqu'il constata que Lisbon dormait avec lui, sur le canapé, blottie contre lui. Ils avaient dû s'endormir ici et bouger pendant la nuit jusqu'à trouver une position confortable –qui se trouvait également être une position embarrassante compte tenu des évènements.

Il n'osa d'abord pas bouger, mais un coup d'œil au cinq heures du matin indiqué par l'horloge numérique du lecteur DVD lui suggéra que Lisbon n'allait pas tarder à ouvrir les yeux et il doutait sincèrement qu'elle ait une réaction agréable. Il soupira silencieusement puis tenta de se dégager avec le plus de douceur possible.

Cependant l'endormie ne semblait pas renoncer au coussin qu'il était –il se doutait qu'en plus, n'étant pas couverte, il était ce qu'elle avait de plus proche d'une source de chaleur, elle s'agrippa donc férocement à sa veste en protestant dans un langage incompréhensible. Jane abandonna la lutte lorsqu'il la sentit se recroqueviller contre lui. Il attrapa la couverture sur le dossier du canapé pour la disposer tant bien que mal sur eux. Quitte à rester, autant ne pas tomber malade.

Il ne put s'empêcher d'observer le spectacle que lui offrait une Lisbon endormie. Il s'attendait à ressentir cette oppression habituelle au niveau du cœur, mais il n'en fut rien. Parce qu'à cet instant, il n'était plus celui qu'il avait été cinq ans plus tôt, et il s'était fait à l'idée. Après tout, il était revenu pour elle. Certes, il n'avait pas imaginé rester chez elle, il n'avait pas imaginé Alys, ni James, ni June et encore moins Jeff, mais il s'était adapté, et il avait une nouvelle place. Il avait retrouvé sa famille, et il l'avait agrandie. Il était conscient des fondations fragiles de cette nouvelle vie, il savait qu'il n'était qu'un invité dans cette maison, mais la présence de Lisbon contre lui laissait entrevoir une toute autre histoire.

Une histoire où il ne serait pas parti cinq ans plus tôt, une histoire où June serait complice de ses arnaques, une histoire où il travaillerait encore au CBI, où il serait un invité d'office et non d'honneur aux soirées poker de l'équipe, une histoire où Alys aurait eu les mêmes yeux bleus mais un an de plus… Une histoire où il n'aurait pas eu peur, où il ne serait pas parti en réalisant qu'il tombait lentement mais sûrement amoureux de Teresa Lisbon.

Il ferma les yeux, bloquant l'afflux d'images. C'était ce qui aurait pu être qui faisait mal désormais. Il se retrouvait à la case départ, mais avec de nouveaux regrets.

Il glissa une main légère dans le dos de Lisbon puis se tourna vers elle, dégageant des mèches de cheveux de son visage endormi. Il eut l'espace d'un instant l'illusion qu'elle était à lui, qu'elle ne lui avait pas échappé, et qu'il ne lui avait jamais fait de mal. Il scruta son visage comme si elle était ce qu'il avait de plus précieux au monde puis il embrassa son front.

Elle gémit dans son sommeil, gênée, mais ne se réveilla pas, se glissant juste un peu plus contre lui, comme pour chercher sa protection alors même qu'il était celui qui l'avait importunée.

Jane songea tristement que c'était l'histoire de leurs vies. Il l'importunait, la blessait, mais elle n'en avait jamais assez, elle le laissait toujours revenir –quand ce n'était pas elle qui allait le chercher. Il se demanda comment elle faisait pour supporter une telle relation. Bien des femmes l'auraient exclu de leurs vies au premier coup bas, mais pas sa Lisbon.

Il sourit enfin en l'enlaçant avec légèreté, soucieux de ne pas la gêner une fois de plus.

Elle avait un fichu caractère et une fierté mal placée, voilà pourquoi il pouvait toujours revenir. Parce qu'elle ne s'avouerait jamais vaincue par lui, plutôt mourir.


Lisbon fut réveillée par son portable qui vibra dans sa poche de jean. Elle pesta contre cette brutalité alors même qu'elle dormait si confortablement. Elle se contorsionna pour attraper le fautif et adressa un regard noir à la fonction réveil de son téléphone qui la sommait de se lever.

Ce fut lorsqu'elle rangea son téléphone qu'elle remarqua qu'elle était sur le canapé, et qu'elle n'y était pas seule. Elle fronça les sourcils jusqu'à se souvenir qu'elle s'était endormie devant la télé avec Jane. Elle jeta un coup d'œil curieux à ce dernier qui semblait encore dormir, pas le moins du monde dérangé par le réveil.

Elle ne sut comment réagir, encore et toujours partagée entre la pensée qu'elle avait cru enfouie (elle l'avait aimé), et l'idée qu'elle bouillonnait intérieurement (elle l'avait haï).

Jane s'étira en ouvrant finalement les yeux et sembla perdu un moment, puis il lui adressa un léger sourire embarrassé. Elle oublia l'avoir haï pendant quelques secondes, et ne décrocha pas son regard du sien, toujours étendue contre lui. Elle ne répondit pas à son bonjour, plus par choc que par intention réelle. Elle aurait voulu bafouiller quelque chose pour se dépêtrer de cette situation, s'enfuir, mais sa fille la coiffa au poteau en faisant irruption dans la pièce de sa démarche mal assurée, encore ensommeillée.

-B'jou' maman, marmotta-t-elle en se dirigeant tout naturellement vers le canapé. B'jou' Jane.

Jane lui répondit dans un léger sourire alors que Lisbon se crispait légèrement, toujours immobile. Alys s'arrêta à côté du canapé puis entreprit de monter maladroitement sur le rebord. Jane la rattrapa avant qu'elle ne tombe et l'aida à se stabiliser sur son ventre. Alys en profita pour rebondir sur lui avec un sourire malicieux, arrachant un « humpf » surpris et douloureux à Jane.

-Doucement, intervint finalement Lisbon en évitant à Alys de basculer.

-Tu fais la sieste avec Jane maman ? s'enquit finalement la petite fille.

-On va dire ça comme ça, marmotta Lisbon, tendue.

-Moi aussi je fais la sieste avec lui des fois ! s'enthousiasma Alys. On aime bien fai'e la sieste, hein Jane !

-Oui Alys, confirma Jane distraitement, cherchant le regard de la brunette immobile.

-C'est quand on déjeune ? quémanda finalement la petite fille.

-Il est tôt Alys, tu es sûre de ne plus être fatiguée ? s'inquiéta Lisbon en passant une main douce dans les cheveux noirs de jais d'Alys.

-Non non non non non, nia-t-elle joyeusement. Je veux voi' Wayne et June !

-Ils ne viennent qu'en fin d'après-midi, lui rappela Lisbon.

Alys baissa la tête en faisant la moue, clairement déçue. Lisbon profita de cet instant pour décréter qu'il était temps d'aller déjeuner. Alys acquiesça vivement et sauta une dernière fois sur le ventre de Jane –humpf– avant de trottiner jusqu'à la cuisine. Lisbon se tourna finalement vers Jane et vit qu'il lui offrait un sourire hésitant, comme s'il attendait sa confirmation. Elle lui adressa un sourire furtif, embarrassé, puis elle l'enjamba rapidement pour disparaître vers la cuisine.

Jane ne put que soupirer de soulagement.


Jane ne croisa pas Lisbon avant qu'elle ne parte au travail, il supposa –à juste titre– qu'elle l'évitait. Mais il ne fit rien pour l'en empêcher, il avait besoin de réfléchir à sa réaction, à leurs réactions. Et plus encore, il avait besoin de temps pour comprendre pourquoi elle avait gardé son alliance autour de son cou.

Il l'avait sentie lorsque Lisbon s'était pressée contre lui pendant la nuit, puis il l'avait aperçue ce matin-même, lorsqu'elle s'était redressée légèrement pour le dévisager. Il n'avait pas vu l'anneau depuis cinq ans, et pourtant, sa proximité était toujours aussi douloureuse. Désormais, il se sentait mieux sans, moins coupable… Mais savoir qu'il avait fait un serment à Lisbon sous la forme de la promesse éternelle faite à une autre femme était douloureux. C'était comme s'il prenait soudainement conscience de la gravité de ses actes, cinq ans trop tard. Il avait laissé Lisbon espérer.

Il était parti pour s'éloigner d'elle, pour tirer un trait sur elle, pour ne plus jamais être tenté de l'approcher… Et il avait osé la laisser espérer. Il avait toujours prévu de revenir la voir, tous les plans qu'il avait envisagés comprenaient cette étape auprès de Lisbon, mais il n'avait jamais prévu de rester ici. Il n'avait jamais prévu de rester pour l'aimer. L'idée lui était toujours apparue comme impossible, idiote même. Il n'avait rien à lui offrir, et ils étaient tous les deux bien assez surchargés en drames. Il avait toujours pensé qu'elle raisonnait de cette façon elle aussi.

Certes, il savait qu'il l'avait blessée. Après tout, il avait semé le doute le premier, il avait laissé toutes ces rumeurs s'installer, il en avait même aidé certaines, dans l'espoir qu'enfin elle en aurait vent. L'idée avait atteint Lisbon, elle avait fini par entendre les rumeurs et se poser des questions. Il l'avait vue le regarder différemment parfois, il avait vu ses yeux se perdre dans le vague, ses joues se colorer quand il l'interrompait dans ses pensées ou la complimentait subtilement… Et il mentirait s'il n'avouait pas qu'il avait aimé ce jeu. Ça avait été ce qu'il avait eu de plus proche de la séduction en bien des années, et Lisbon était la partenaire de jeu idéale.

Puis le jeu avait cessé d'être jeu. Quelque part dans ce mélange de sentiments malmenés, elle avait touché quelques ficelles sans le faire exprès, et il avait été celui qui la regardait différemment… Il avait été celui qui l'avait embrassée. Il avait changé les règles, il lui avait brisé le cœur.

Il lui avait offert l'alliance en guise de promesse de son retour, un lot de consolation cruel.

Il ne méritait pas une seule seconde de ce qu'elle avait fait pour lui depuis son retour.


Rigsby sonda le parc avec anxiété, les sourcils froncés. Il tentait d'adopter une posture détachée avec ses mains dans les poches de sa veste mais le fait qu'il tournait régulièrement sur lui-même pour avoir une vue plus large des environs le trahissait.

Il fut pris de l'horrible sensation qu'on s'était joué de lui, que sa confiance avait été trahie et que son cœur ne s'en remettrait jamais… Mais deux mains se glissèrent sur ses yeux.

Il soupira de soulagement en entendant le rire cristallin de June.

-Tu es en retard, bougonna-t-il lorsqu'elle se présenta face à lui, rayonnante.

-Je sais, mais le rédacteur en chef voulait revoir mon article en détail. Je t'aurai bien envoyé un sms, mais tu sais comment il est avec moi. Je suis toujours une criminelle et il cherche désespérément à me faire virer pour préserver l'image de son précieux journal.

-Tu n'es pas une criminelle, rétorqua Rigsby en se dirigeant vers le marchand de friandises qu'il avait repéré en arrivant dans le parc.

June sourit en glissant sa main dans le creux formé par le coude de Rigsby, s'enchaînant délicatement à lui.

-Tu oublies ce truc super sexy que je porte à la cheville, lui rappela-t-elle alors qu'il louchait sur le chariot à la recherche de son bonheur.

-J'ai confiance en toi, tu n'es plus une criminelle, insista Rigsby.

-Mais c'est chose différente de ne plus l'être. Je l'ai été.

-Et alors ? Cho a fait partie d'un gang, Jane était un arnaqueur.

-Tu comptes te servir de Jane comme d'un exemple de vertu ?

Rigsby sembla considérer l'idée un instant puis grimaça.

-Non, retire-le des exemples.

-C'est bien ce qui me semblait, sourit June.

-Mais Cho reste valide, insista son compagnon en indiquant son choix au vendeur.

-Tu crois qu'on peut changer ? souffla-t-elle, soudain songeuse.

Rigsby paya son achat, puis glissa sa main libre sur la joue de sa jolie blonde, la fixant intensément.

-Je crois qu'on peut choisir, assura-t-il avant d'embrasser son front.

Elle lui sourit, enchantée par sa réponse, puis elle lui vola son muffin et partit avec en trottinant. Il leva les yeux au ciel, exaspéré, puis partit en courant derrière elle.

June éclata de rire et accéléra, slalomant entre arbres et bancs, se retournant de temps à autre pour narguer son poursuivant.

Si Rigsby avait pu penser à autre chose qu'à cette course poursuite enfantine et drôle, il aurait songé à quel point June était l'image de la liberté. Même entravée par ce fichu bracelet, elle n'en faisait qu'à sa tête. Elle défiait l'autorité chaque jour, s'amusant à marcher un kilomètre jusqu'à déclencher son bracelet électronique. Elle le défiait lui, se jouait de lui. Elle aurait pu partir si elle l'avait vraiment voulu. Elle aurait pu disparaître. Elle aurait pu ne jamais aller en prison. Elle aurait pu ne jamais laisser Rigsby l'atteindre. Elle aurait pu s'enfuir, glisser entre ses doigts comme de l'eau.

Et lorsque Rigsby l'attrapa finalement, ce fut parce qu'elle l'avait voulu.

-Wayne ? souffla June en troublant le silence qui les avait entourés jusqu'à présent.

-Hm ? fit-il sans ouvrir les yeux.

Etendu dans l'herbe, June couchée contre lui, il aurait pu rester dans ce parc des heures.

-Comment tu réagirais si ton père et moi on se rencontrait ?

Il se crispa immédiatement et ouvrit les yeux, les fixant sur le ciel bleu au-dessus d'eux.

-Je préfère ne pas imaginer, marmotta-t-il finalement.

-Pourquoi ?

-Je veux qu'il reste loin de nous. Il ne fait pas partie de ma vie. Juste de mon passé.

-Tu ne m'as jamais vraiment dit ce que tu lui reprochais… hésita June.

Il ne répondit pas, la mâchoire crispée, le visage fermé. June se redressa pour l'observer et son regard désolé lui fit perdre de sa résolution à clore le sujet.

-Il ne s'est jamais comporté comme mon père, lâcha-t-il.

-Je l'ai rencontré, avoua aussitôt June en détournant le regard.

-Tu as quoi ? répéta-t-il, atterré.

-Il est venu à l'appartement il y a quelques jours. Il a dit qu'il avait été intrigué quand une femme a répondu au téléphone.

-Tu l'as laissé entrer ? gronda Rigsby en se redressant, la fusillant du regard.

-Non, il est resté sur le pallier.

-Il sait qui tu es ? enchaîna-t-il.

-Je lui ai dit que j'étais la femme de ménage.

Rigsby la dévisagea avec scepticisme et elle haussa les épaules.

-J'ai réussi par le passé à faire croire à un homme que j'arnaquais que j'étais de la société qui lui avait fourni son coffre-fort et que j'effectuais un contrôle de routine. Me faire passer pour une femme de ménage est un jeu d'enfant.

-Vraiment ?

-J'étais en train de faire les poussières de l'appart quand il a sonné, le plumeau que j'avais à la main a joué en ma faveur.

-Reine de l'improvisation hein ? sourit doucement Rigsby en oubliant sa colère.

-Tu parles à la femme qui a volé un Degas sans complice et sans même déclencher une alarme.

-Je suppose que ledit Degas est toujours déclaré comme volé ? s'exaspéra Rigsby.

-Quel sens de la déduction Sherlock.

-Et il est où ce Degas ?

-Aucune idée… L'acheteur avait un fort accent français cependant, admit-elle.

-Tu me rendras fou, déplora-t-il en secouant la tête.

Elle rit et se rallongea dans l'herbe à côté de lui. Il la regarda un moment et sentit son portefeuille le brûler. Ça semblait si facile de glisser sa main dedans et d'en sortir la bague qui changerait leur quotidien…

-Je peux vivre sans en savoir plus sur ton père, si c'est ce que tu veux, reprit June, à nouveau sérieuse.

-Et tu peux vivre sans le grand frisson de l'arnaque ?

-Ce n'est pas ce que je fais depuis plusieurs années ? s'étonna-t-elle.

-Quand les gens te demandent ce que tu fais dans la vie, tu ne réponds jamais journaliste.

-Mais qu'est-ce que je réponds quand ils me demandent qui je suis pour toi ?

-Que tu es la femme de ménage, se moqua-t-il.

-Je ne l'ai fait qu'une fois, s'exaspéra-t-elle.

Rigsby rit et se recoucha à côté d'elle, collant contre front contre sa tempe en fermant les yeux.

-Tu réponds que tu es toute à moi, murmura-t-il contre son oreille.

-Exactement, sourit-elle en se tournant vers lui, faisant se toucher leurs nez.

Ils s'observèrent longuement, oublieux du monde autour.

-Parfois, j'ai l'impression que ce n'est que temporaire, avoua Rigsby. Comme si tu préparais ta fuite dans mon dos. Comme si je n'arrivais pas à te retenir toute entière…

Elle le fit taire d'un doigt léger sur ses lèvres.

-Je suis là pour rester. Pourquoi crois-tu que je n'avais pas encore quitté ma chambre d'hôtel alors même que toutes mes valises étaient dans ma voiture le jour où tu m'as arrêtée ?

Il l'interrogea du regard et elle rit, embrassant furtivement ses lèvres.

-Je t'attendais idiot, souffla-t-elle affectueusement. J'ai adoré la vie d'arnaqueuse, j'ai aimé cette vie de frissons et de luxe, crois-moi. Mais c'est une vie de solitaire. Je ne renoncerai à ta présence pour rien au monde.

-Pas même pour un Degas ? chuchota-t-il, plus ému qu'il ne l'aurait voulu.

-Pas même pour tous les Da Vinci du monde, sourit-elle.

-Et pour ta liberté ?

-Je la retrouverai bientôt, répondit-elle en haussant les épaules.

-Et tu partiras ?

Elle fronça les sourcils, surprise, puis elle comprit qu'il avait voulu poser cette question depuis une éternité et que la réponse lui faisait peur. Elle glissa une main délicate sur sa joue puis souffla :

-Pas si tu me retiens.

Rigsby fut tenté de sortir son portefeuille à cet instant précis, mais June se redressa.

-On doit y aller, Teresa doit être rentrée maintenant.

Il acquiesça, encore un peu sous le choc, et renonça au portefeuille. Bientôt, se promit-il une fois encore avant de se lever pour rejoindre June et glisser sa main dans la sienne.


Jane avait observé Lisbon l'éviter depuis qu'elle était rentrée. Il avait tenté d'engager la conversation sur différentes inepties mais elle avait répondu évasivement à chaque fois avant de trouver mieux à faire. Il s'était donc fait une raison et se contentait de la regarder aller et venir dans la maison, Alys sur ses talons.

La petite fille tentait vainement de lui raconter sa journée avec Jane mais elle sentait que sa mère était distraite, si bien que du haut de ses trois ans, elle se fâcha tout rouge, les poings sur les hanches, une moue boudeuse sur sa frimousse. Lisbon la congédia dans sa chambre pour caprice, et, croisant le regard de Jane, s'en voulut immédiatement et monta les escaliers pour chercher le pardon d'Alys.

Jane soupira et se redressa du canapé où il était couché. S'il avait su que Lisbon serait tellement sur les nerfs, il aurait insisté durant la nuit et l'aurait laissée dormir seule sur le canapé. Il avait franchi une ligne invisible, il le sentait, une ligne que Lisbon avait mise entre eux. Et maintenant qu'il avait franchi cette ligne, elle avait érigé un mur. Elle se protégeait de lui comme d'une maladie contagieuse. Comme s'il pouvait la faire rechuter.

L'idée le laissait incertain. Voulait-il vraiment prendre le risque de jouer avec le feu en sachant qu'il devrait sûrement repartir ? Et puis, il avait toujours un mystère à résoudre. Lisbon avait été très secrète à ce sujet, et même James s'était montré évasif.

Personne n'avait souhaité lui parler de Jeff Valens, l'agent d'Interpol. A part répéter qu'il avait un travail dangereux et qu'il n'avait droit à aucun contact avec sa famille lorsqu'il était « en mission », personne ne lui avait dit qui il était, d'où il venait, ni même l'importance qu'il avait dans la vie de Lisbon. Après tout, elle vivait avec lui et elle avait porté sa fille, leur fille. Pourquoi en faire un mystère ?

Jane fut tiré de ses pensées par la sonnette et il entendit aussitôt du bruit à l'étage. Lisbon descendit avec Alys dans ses bras, apparemment toutes deux réconciliées, et dès lors que les pieds d'Alys touchèrent le sol, elle courut à la porte d'entrée.

-June ! hurla-t-elle en se jetant dans les jambes de la blonde sur le pas de la porte.

June éclata de rire et se baissa pour enlacer la petite fille longuement pendant que Rigsby saluait Lisbon et Jane dans un léger sourire.

-Et moi Alys, tu ne m'aimes plus ? taquina-t-il finalement l'enfant.

L'intéressée releva immédiatement la tête puis, voyant son sourire, elle quitta les bras de June pour tendre les mains vers Rigsby. Ce dernier l'attrapa pour la faire décoller du sol, et elle éclata de rire avant de s'accrocher à son cou.

-Je t'aime toujou' plus que le monde entier de toute la te'e entiè'e ! jura-t-elle en lui plaquant un baiser sur la joue.

-Je préfère ça, lui sourit Rigsby avant de suivre les autres à l'intérieur.

Lisbon offrit thé et café puis prit soin de s'installer à l'opposé de Jane sous le regard inquisiteur de June. Jane regarda la jeune femme avec insistance et elle finit par lui adresser un léger sourire, le regard perçant, avant d'engager la conversation sur le CBI.

Jane écouta très peu, concentré sur le comportement de June. Elle était intelligente, il devait le reconnaître, mais elle était également horripilante. Il avait l'impression qu'elle le surveillait, prête à l'anéantir s'il faisait un faux pas. Et elle loupait peu d'occasion de lui rappeler qu'il avait été absent pendant cinq ans.

Oh bien sûr, c'était toujours subtil, et ni Lisbon ni Rigsby –ce dernier étant bien trop occupé à jouer à la pâte à modeler avec Alys– ne remarquèrent cette confrontation muette.

Jane finit par se lasser de ce divertissement mesquin et proposa à Rigsby d'aller prendre l'air avec Alys. June lui adressa un regard moqueur, et il eut l'impression d'avoir perdu à ce jeu silencieux. Il avait baissé sa garde le premier.

-Alors, tu en es où avec ta demande ? lança Jane lorsqu'ils furent hors de portée de voix, dans le coin d'herbe devant la maison.

-J'étais à deux doigts de la faire aujourd'hui, répondit Rigsby en surveillant Alys qui courait dans l'herbe avec enthousiasme.

-Qu'est-ce qui t'a retenu ?

-Mauvais timing, j'ai loupé le moment opportun, dit-il en haussant les épaules. Tu penses qu'elle dira oui ?

-Elle serait idiote de refuser, la bague est bien plus jolie que le bracelet qu'elle porte à la cheville.

Rigsby faillit se dévisser le cou en se tournant vers lui.

-Qu'est-ce que tu veux dire ? glapit-il, inquiet.

-Alys ne t'éloigne pas, l'interrompit Jane en direction de la fillette qui tournoyait plus loin.

-Tu crois qu'elle verra la bague comme un moyen de l'emprisonner ? C'est une mauvaise idée, c'est ça ?

-Doucement, sourit Jane. Tout ira bien.

-T'es sûr ? déplora Rigsby, découragé.

-M'est avis qu'elle compte rester, bague ou non. Autant lui donner la bague, les femmes aiment les bagues de fiançailles. Ça flatte leur ego.

-On t'a déjà dit que tu tuais le romantisme ? s'exaspéra son ami.

-Une ou deux fois, reconnut Jane, un sourire en coin. Mais je suis sérieux, la bague lui plaira.

Rigsby soupira, peu persuadé. Il préféra changer de sujet et Jane le suivit volontiers, plus à l'aise lorsqu'il ne s'agissait pas de parler de Lisbon ou de la troublante June.


-Qu'est-ce qui s'est passé ? s'enquit June à l'instant même où elle se retrouva seule avec Lisbon.

-Comment ça qu'est-ce qui s'est passé ? rétorqua Lisbon, surprise.

-Tu évites Jane, qu'est-ce qu'il a fait ?

-Rien.

-Rien ? releva June, sceptique.

Lisbon parut coupable un instant mais reprit contenance en buvant une gorgée de café.

-Tu veux une définition de tout ce que tu as enduré ces dernières années à cause de Jane ou bien tu redéfinis ton rien ? réattaqua June.

Lisbon lui envoya un regard noir, reposant la tasse dans un geste exagérément brusque.

-Je me suis endormie sur le canapé, marmotta-t-elle.

-Et ?

-Et Jane s'est endormi sur ce même canapé.

-Oh.

-Quoi oh ? C'est tout ce que tu trouves à dire ? s'exaspéra la brunette.

-Tu voudrais entendre quoi ? Que tu vas briser le cœur de Jeff s'il l'apprend ? Que je t'avais dit que tu n'avais pas guéri de Wonder boy ? Ça ne servirait à rien de te dire que je te l'avais dit, tu sais déjà que je te l'avais dit.

Lisbon haussa les épaules, soupirant.

-Tu veux qu'il parte ? s'enquit June, soudain incertaine.

-Non, soupira Lisbon. J'aimerai qu'il reste. Et ça empire de jour en jour.

-Cet homme est une plaie, déplora June. Incurable qui plus est. Il ne te rend même pas heureuse, qu'est-ce que tu lui trouves à la fin ?

-Tu ne le connais pas, argua Lisbon. Et tu te trompes sur lui.

-Ah bon ? s'étonna June, à moitié sarcastique.

-Je me sens mieux depuis qu'il est là, et ce n'est pas d'avoir dormi sur le canapé avec lui qui me dérange, c'est le fait d'avoir apprécié.

-Houston, nous avons un problème…

-Qu'est-ce que tu veux que je te dise June ? s'agaça Lisbon. Je déteste cette situation autant que toi, et si je pouvais faire un trait sur lui aussi facilement que tu sembles le penser, je n'hésiterai pas.

-Tu oublies un détail dans ton idylle ma chère, lui rappela June, Jeff rentrera un jour.

Lisbon ferma les yeux brièvement puis se redressa comme pour se reprendre.

-Qu'est-ce que tu comptes lui dire ? insista June. Que tu le largues parce que ton prince charmant est de retour en ville ?

-Non, reconnut Lisbon. Je ne ferai pas ça à Jeff.

-Et puis, ce n'est pas comme s'il avait plus de chance de revenir que Jane. N'oublions pas qu'il ne compte pas rester, ton Wonder boy.

Lisbon lui adressa un regard noir.

-Désolée, soupira June, quittant son masque d'ironie. J'ai peur que tu te fasses du mal Teresa. Je me fiche de ta décision concernant Jane et Jeff, tout ce que je veux c'est éviter des dégâts et m'assurer que tu gardes les pieds sur terre.

-C'est parce que je les garde sur terre que j'en suis là, marmotta Lisbon, agacée que quelqu'un d'autre qu'elle prenne ce ton maternel et le dirige vers elle.

-Et pour Jeff ?

-Son retour m'aidera à y voir plus clair, admit Lisbon.

June sourit doucement et se resservit une tasse de thé.

-C'est vrai que Jeff a le chic pour résoudre les problèmes, s'amusa-t-elle. Au moins, il ramènera un peu de joie avec lui.

-Jane ne m'a pas non plus envoyée en dépression, signala Lisbon en roulant des yeux.

Elle croisa le regard de June et eut une grimace amusée.

-Bon d'accord, pas cette fois, rectifia-t-elle.

-Jeff rentre quand ?

-D'ici une semaine.

-Je prévois donc quelques éclaircis à l'horizon dans la maison Lisbon, plaisanta June.

-N'oublie pas d'y ajouter les rires, lui sourit Lisbon. Il a toujours su nous faire rire.

-Et il le fera toujours, lui promit June, comme pour la rassurer.

Lisbon ne put qu'acquiescer, songeuse mais souriante désormais.


Ca sonne un peu cliffhanger, non ? Je suis navrée ! Je posterai un nouveau chapitre lundi ou mardi, d'ici là je vous laisse un extrait et j'espère que ce chapitre vous a plu. =)

"- (...) Pourquoi restez-vous alors qu'il n'y a aucun espoir ? lui demanda June.

-Où irai-je ?

-Vous avez fait le tour du monde.

-Et je ne me suis jamais senti chez moi, rétorqua Jane.

-Vous vous sentez chez vous ici ?

-Je suis chez moi partout où est Lisbon..."