Enfin les réponses aux reviews des chapitres 7 et 8, j'espère n'avoir oublié personne. Je réponds également aux reviews "signées" ici, j'ai un problème avec les MP. Et surtout: MERCI !
[ Prochaine update dimanche. =) ]
seirarah: Tes reviews sont merveilleuses (le mot est faible) et ont le don de me faire rougir à chaque fois -TEA, merci ! ^^
AliahMPS: Lisbon n'a pas dévoilé toute sa vie commune avec Jeff, mais non pas de mariage. :) Ca n'enlève rien au problème, tu as raison! Merci de l'enthousiasme!
Jade212000: Jeff revient au chapitre prochain chapitre :) Je comprends que June t'ait agacé, c'était le but! Merci pour tes reviews détaillées sur tes impressions ! :)
MadMouse: Souvent, quand je lis tes reviews, je me sens douée. C'est assez étrange mais j'aime bien l'idée ! lol Merci mille fois :)
Totorsg: La surprise pour cet "échange J/L" faisait partie de mes objectifs, ça m'a pas empêché d'avoir peur, merci donc de m'avoir un peu rassurée ! :) Profitons du "Jisbon" pendant qu'on le peut encore..! Merci :)
Camille: Merci de l'encouragement !
janeandteresa: c'est ce que j'appelle ne pas louper un seul chapitre! Merci pour le coup de chapeau, ça m'a fait super plaisir ! :D
dawnie: Réponse à tes questions sur Jeff dans le prochain chapitre ! :) Et contente que le 10 t'ait fait plaisir à ce point, c'est génial, merci :D
Enjoy: Dommage pour Mary Poppins, j'ai adoré la référence ! ^^ Surtout que le lendemain, mon prof d'histoire de la langue nous l'a ressorti, j'ai pensé à toi! J'espère que la réaction de June te plaira. :) Merci !
paffi: Oh merci, j'attends toujours tes impressions avec stress. Je suis ravie ! :)
ShaiArg: J'ai été ravie de lire l'effet que faisait June, c'était le but! ^^ Oh et ravie que tu ais aimé l'intermède Jisbon, Jeff arrive bientôt cependant. :) Merci !
MarshxMallow: Merci de ton enthousiasme (et de ton indulgence pour mes retards)! :D Espérons que je ne changerai pas les "bonnes habitudes" de sitôt hein ! ^^'
shana18: Contente de lire que le challenge de la retranscription des sentiments n'est pas un échec! Retour de Jeff bientôt, en attendant merci bcp! :)
Karyanawel: Je ne peux guère t'en vouloir. :) Ne te sens pas obligée de te "rattraper", savoir que tu aimes me fait vraiment très plaisir ! :D merci !
Pepe64: Ne t'excuse pas voyons, recevoir une review est toujours un plaisir, quel que soit le chapitre :) Je suis contente que tu aimes. Le perso d'Alys est inspirée d'une petite fille pleine de ressources. :) Merci de ta review ! :D
FewTime: Aussi étonnant que ça paraisse, je suis ravie que June ait provoqué cette réaction. :) J'ai bcp aimé ton idée du soleil et des étoiles, c'était joli ! Et contente que tu ais aimé la scène J/L :D C'est toi qui est incroyable, tu n'as jamais loupé un seul post, c'est ahurissant, tu devrais être lassée depuis longtemps ! lol Merci :)
Chapitre 9 : Un monde à eux :
Lorsque Jane rejoignit Lisbon et Alys dans le salon, l'enthousiasme d'Alys s'était transformé en sanglots bruyants. Les dessins gisaient au sol, pour la plupart déchirés. Lisbon était assise sur le canapé, la tête d'Alys sur ses cuisses. Elle caressait avec douceur ses cheveux pour la calmer, la rassurer au mieux.
Jane s'approcha sans savoir quoi faire, désarmé par la douleur de la petite fille. Il croisa le regard désormais accablé de Lisbon et lui offrit un sourire contrit, trop faible pour rester sur ses lèvres.
Il s'assit à côté d'Alys sur le canapé et posa une main douce sur elle.
-Il rentrera bientôt, lui intima-t-il. Ce n'est qu'un petit retard.
-Mais il est toujou' en 'eta'd, gémit Alys, les joues inondées.
-Il a un travail difficile Alys, tenta Lisbon. Ton père a beaucoup de gens à sauver, tu le sais.
-Mais il est jamais là, se plaignit Alys. Pou'quoi il est jamais là ?
-Il le sera bientôt, insista sa mère avec la voix de quelqu'un qui promet mais qui a peur de ne pas pouvoir s'y tenir.
Alys leva les yeux vers elle et Jane sentit Lisbon faiblir, blessée au plus profond de sa chair. Il aurait voulu l'aider, il aurait voulu pouvoir faire apparaître Jeff Valens en un claquement de doigt, le ramener chez lui et sécher les larmes d'Alys. Il aurait tellement voulu sauver Alys.
-Tu vas pas pa'ti' maman, hein ? s'inquiéta la petite fille. Tu vas toujou' 'ester avec moi, hein ?
-Bien sûr ma puce, souffla Lisbon en l'enlaçant. Je ne vais nulle part.
Alys acquiesça, les lèvres tremblantes à nouveau, s'agrippant à sa mère comme si elle était toute sa vie. Lisbon leva les yeux vers Jane, comme si elle y cherchait du soutien. Il ne put que poser une main légère sur son genou, à court de mots.
Il s'était pris dans un rôle qui n'était pas le sien, Lisbon avait eu raison. L'idée ne s'était jamais présentée sous cet angle mais elle avait été là, depuis le début. Il avait souhaité si fort qu'Alys soit sa fille qu'il avait finir par y croire. Il se sentait idiot d'avoir pu penser une telle chose. Alys avait déjà un père, et ce père lui manquait plus que tout au monde. Elle était trop jeune pour comprendre pourquoi être un héros le retenait loin de son foyer, loin d'elle.
Sa place dans cette famille était définitivement plus compliquée qu'il ne l'avait pensé.
-Alys, souffla Lisbon avec douceur, je dois aller faire quelque chose à manger, d'accord ?
L'enfant acquiesça silencieusement et se détacha de sa mère, les yeux rouges. Lisbon embrassa longuement son front, fermant les yeux pour retenir toute sa douleur de mère impuissante, puis elle se leva pour se diriger vers la cuisine.
Jane se tourna vers Alys et remarqua le regard perdu qu'elle portait sur lui. A sa place ou pas, il ne pouvait décemment pas la laisser ainsi. Alors il lui tendit la main.
Elle le regarda sans comprendre, les sourcils froncés.
-Tu as ma princesse, non ? s'enquit-il avec un léger sourire.
Elle hocha la tête silencieusement.
-Les princes font danser les princesses lorsqu'elles sont tristes, qu'en penses-tu ?
Un faible sourire prit place sur le visage d'Alys et elle prit sa main. Jane la souleva dans ses bras et la mena jusqu'au vieux tourne-disque. Il installa un disque de Sinatra et un air joyeux envahit la pièce. Il tourna la tête vers Alys, comme pour lui demander si la musique lui plaisait. Elle donna son consentement muet et il s'amusa à danser avec elle dans ses bras. Enchaînant les figures les plus ridicules qu'il pouvait imaginer, il ne tarda pas à voir le sourire de sa princesse renaître. Il tourbillonna avec elle et elle leva les bras au plafond en éclatant de rire avant de s'accrocher à son cou de son mieux.
-Encore ! ordonna-t-elle lorsque la chanson prit fin.
La chanson passa quatre fois de suite. Parfois, Lisbon les observait discrètement, un sourire soulagé aux coins des lèvres. Elle avait oublié le miracle que pouvait être Patrick Jane, et c'était bon de le retrouver.
Il lui avait manqué. Immensément.
Lisbon déposa sa tasse de café vide dans l'évier tout en relisant une dernière fois son programme du jour. Elle sursauta lorsqu'elle faillit entrer en collision avec un Jane mal réveillé.
-Il est à peine sept heures Jane, que fais-tu debout si tôt ? s'étonna-t-elle alors qu'il se dirigeait vers la bouilloire pour la mettre en route.
-Mauvaise nuit, répondit-il d'une voix encore rauque.
Elle haussa un sourcil sceptique, elle ne l'avait pourtant pas entendu bouger pendant la nuit. Elle finit par abandonner, haussant les épaules, puis partit à la recherche de ses chaussures.
Jane se servit un thé et s'assit à la table de la cuisine, tentant vainement de chasser sa nuit de cauchemars en se passant les mains sur le visage.
-Tu es sûr que ça va ? s'inquiéta Lisbon en revenant dans la cuisine.
-Je survivrai, répondit-il en éloignant ce sujet d'un geste de la main. Mais toi, comment vas-tu ?
-Je n'ai pas dormi, répondit-elle.
Un coup d'œil à sa montre lui indiqua qu'elle avait encore un peu de temps devant elle, un deuxième café serait plus que bienvenu.
-Inquiète à propos de Jeff ? s'enquit-il poliment après une gorgée de thé.
-Oui, entre autre, reconnut-elle en s'asseyant à côté de lui, une tasse fumante à la main.
-Entre autre ? releva-t-il.
-J'ai repensé à… hier soir, hésita-t-elle. Je veux dire quand nous…
-Je vois ce que tu veux dire, la coupa-t-il dans un sourire amusé. Tu es celle qui regrette maintenant ?
-Non, non pas du tout, se défendit-elle en évitant son regard.
Il la dévisagea, surpris. Il aurait pourtant juré qu'une nuit écarterait de nouveau Lisbon de lui.
-Je me demandais juste si tu étais conscient que c'est un cul-de-sac, avoua-t-elle.
-Comment ça ?
-Eh bien… Tu sais ce qu'on dit toujours, non ? « La fille tombe amoureuse du mauvais garçon, mais elle épouse le gentil. »
-Oh, ça.
-C'est si peu important à tes yeux ? soupira-t-elle, douchée.
Il lui sourit doucement et glissa sa main sur la sienne.
-Ma chère Teresa, je connais l'histoire. Je suis pour l'instant celui que tu appelles le mauvais, mais tu sais très bien que je peux devenir le gentil. Tout ce que tu as à faire, c'est me demander de l'être.
-Si c'était si facile, tu aurais dormi dans mon lit cette nuit, ironisa-t-elle.
Il échappa un léger rire, clairement amusé d'avoir retrouvé cette Lisbon pleine d'ironie et de franchise.
-Je suis ravi de savoir que tu as envisagé cette possibilité, nous n'aurions fait que dormir ? plaisanta-t-il.
Elle libéra sa main pour lui donner une légère tape sur l'épaule, mais lorsque leurs regards se croisèrent, ils ne purent s'empêcher de sourire.
-D'accord, tu peux garder cette réponse en réserve, sourit-il.
-Je n'ai pas besoin de ton autorisation, lui rappela-t-elle.
-C'est la Lisbon que je connais.
Elle lui sourit puis but une gorgée de café. Elle retrouva cependant son air sérieux lorsqu'elle posa sa tasse vide sur la table.
-Je ne t'ai pas parlé de Jeff, reprit-elle.
-En effet.
-Il compte énormément pour moi, reconnut-elle dans un sourire désolé. Je n'irai pas jusqu'à t'énoncer toutes ses qualités, mais c'est quelqu'un de bien et…
Elle se tut, comme si elle cherchait la force de prononcer les mots qu'il fallait. Jane perdit tout sourire en comprenant ce qu'elle voulait lui dire.
-Tu l'aimes, souffla-t-il à sa place.
Elle ne put qu'acquiescer, un peu tristement.
-Il était là Jane, toutes ces années où tu étais parti, et où je t'ai haï… Il était là. Il n'a jamais eu peur, et il a toujours essayé de me guérir du passé.
-Et pourtant, il est absent en ce moment-même, lui rappela amèrement Jane.
-Tu as été absent cinq ans. Il n'est parti que depuis un mois, et il a promis de revenir.
-Je te l'ai promis moi aussi.
-En m'offrant la bague de ton amour pour une autre femme, répondit-elle aussitôt.
-Pourquoi tu l'as toujours autour du cou si ça te gêne tant ? rétorqua-t-il.
Elle ne répondit pas, elle n'en était pas capable, plus maintenant qu'elle avait parlé de Jeff. Jane soupira lourdement et laissa le silence se prolonger un instant avant de se reprendre.
-Je n'abandonnerai pas.
-Pardon ?
-Tu éprouves peut-être un vague sentiment de reconnaissance envers lui, mais nous savons tous les deux que ce que tu ressens pour moi n'a rien à voir. Et si je dois me battre pour te le faire comprendre, alors je le ferai.
-Ça sera en vain, et tu auras l'air idiot. A vrai dire, rien qu'à dire ça, tu es un idiot.
Elle se leva de table pour déposer sa deuxième tasse dans l'évier. Jane la suivit du regard sans bouger.
-Il ne te vient pas à l'esprit que c'est trop tard ? reprit-elle. Il ne t'apparaît pas évident que tu ne peux pas chambouler mon quotidien et celui d'Alys aussi facilement ? Ce n'est pas parce que nous souhaiterions que les choses soient différentes qu'elles peuvent l'être Jane, grandis un peu.
-Teresa…
-La discussion est close, l'interrompit-elle. Et je dois avouer que c'était un très beau rêve, mais c'est tout ce que ça sera. Un rêve.
Leurs regards s'accrochèrent un instant et Lisbon soupira. Elle posa une main sur son épaule lorsqu'elle passa à côté de lui et il attrapa aussitôt cette main pour la retenir.
-Je suis désolée, lui dit-elle avec toute sa sincérité. Mais tu es arrivé trop tard.
-Parce qu'il y avait une date limite ? ironisa-t-il.
-Il n'y en a jamais, reconnut-elle. Mais il y a un âge à partir duquel ce genre d'histoires ne connaît pas sa fin heureuse.
-Moi qui croyais qu'il n'y avait pas d'âge pour aimer.
-Aimer n'a rien à voir avec mon choix Jane, lui rappela-t-elle. Mais tu m'as côtoyé assez longtemps pour savoir que je suis quelqu'un de rationnel.
-Et tu m'as côtoyé assez longtemps pour savoir que je ne le suis pas. Qui gagnera ?
-Je ne joue pas.
-Moi non plus.
Ils se défièrent un moment du regard et Jane eut soudain l'impression d'avoir retrouvé cette étincelle qu'il avait cru perdue. Lisbon et lui savaient encore rivaliser de répartie, même lorsqu'il s'agissait d'être en désaccord sur un sujet aussi triste que leur histoire gâchée.
-Je dois aller travailler, soupira-t-elle en fin de compte. June devrait arriver en milieu de matinée. Sois gentil avec elle, termina-t-elle sur une note plus joyeuse.
Il acquiesça en relâchant sa main et elle se dirigea vers la porte.
-Je n'abandonne rien Teresa ! lui lança-t-il alors qu'elle était en train de sortir.
Il l'entendit s'arrêter un moment et il devina aisément son exaspération. Une minute plus tard, il perçut le bruit de son SUV s'éloigner dans la rue. Il soupira, puis se leva pour aller se recoucher.
Il avait bien fait de mettre son réveil.
Jane expliqua brièvement à June ce qui était arrivé à Jeff alors qu'Alys sélectionnait les jouets du jour dans sa chambre. La blonde parut inquiète et Jane tenta de la rassurer comme il l'avait fait avec Lisbon et Alys la veille. Il avait l'impression de sonner faux, parce qu'aussi cruel que ça puisse paraître, il commençait à espérer que Jeff ne rentre pas, ou en tout cas, pas si vite. Il lui restait peu de temps avant de repartir. Et il n'avait toujours pas fait ce pourquoi il était revenu. Le temps lui manquait, affreusement.
-Comment le prend Lisbon ? demanda June en rangeant les courses déposées par les soins de James un peu plus tôt dans la matinée.
-Ça aurait pu être pire, répondit Jane en haussant les épaules.
Il préférait éviter que June apprenne comment il avait réussi à distraire Lisbon de cette source d'angoisse. Elle n'était peut-être pas une tueuse, mais il avait la désagréable impression que pour lui, elle pourrait faire une exception. Il n'arrivait toujours pas à discerner si elle l'appréciait ou feignait de l'intérêt envers lui pour mieux le chasser ensuite.
June envoya un sms à son amie avant de prêter attention à Alys qui était redescendue avec la pâte à modeler. Jane croisa le regard de June et elle leva les mains en signe de désistement.
-C'est moi qui m'y suis collée la dernière fois, lui rappela-t-elle.
Jane soupira en levant les yeux au ciel puis adressa un sourire à Alys et la suivit dans le salon pour jouer avec elle.
Quelques minutes plus tard, Jane entendit June parler au téléphone avec quelqu'un, l'appel fut bref et il ne discerna rien de ce qui avait été dit, mais quand il vit June lui adresser un regard noir et lui faire signe de venir dans la cuisine, il comprit qui avait été l'interlocutrice.
-Vous lui avez fait quoi au juste ? gronda-t-elle, suspicieuse.
-On se calme, femme, je ne lui ai rien fait du tout, se défendit-il.
-Alors pourquoi elle semblait au bord de la crise de nerfs ?
-Peut-être parce qu'elle a eu des nouvelles de Jeff ? suggéra Jane en glissant ses mains dans ses poches.
-Jeff ne l'a jamais mise dans un tel état de stress. Vous, si.
Jane présenta ses mains paumes en l'air en signe d'innocence mais le regard inquisiteur de June ne perdit pas une once de sévérité. Il ne cilla pas, et pour une fois elle céda la première, ouvrant la bouche sous la surprise.
-Vous l'avez faite douter, constata-t-elle. Elle n'est pas stressée mais perdue…
Les yeux de June se perdirent un moment avant de se concentrer sur lui à nouveau, plus noirs qu'auparavant.
-Vous n'êtes qu'un sale con Jane, cracha-t-elle. C'était immensément stupide.
-Je n'ai pas besoin de vos conseils June, rétorqua-t-il. Ce sont mes affaires.
-Et ce sont aussi celles de Lisbon, rectifia-t-elle en haussant le ton.
-Justement, ça ne vous concerne pas une seconde.
-Vous n'en avez pas eu assez il y a cinq ans et vous revenez finir le travail, c'est ça ? Il faut que vous la détruisiez complètement pour vous sentir bien ?
-Quand comprendrez-vous que je ne la blesserai jamais sciemment ? s'impatienta-t-il. Quand comprendrez-vous que je n'ai jamais voulu partir ?
-Parce que vous l'avez fait pour elle peut-être ? ironisa-t-elle.
-Vous pensez qu'un homme dans mon état était capable de l'aimer ? Elle méritait mieux.
-Et elle mérite mieux encore aujourd'hui !
Le visage de Jane se ferma et June comprit qu'elle avait touché une corde sensible.
-Qui êtes-vous pour me dire ça ? gronda-t-il. Dois-je vous rappeler ce que vous portez à la cheville ? Dois-je vous énumérer toutes les raisons pour lesquelles Rigsby ne devrait pas vous aimer autant ? Nous savons tous deux de quel monde nous venons et ce à quoi nous avons échappé. Et nous savons pertinemment que la vie que nous avons menée ne tient pas chaud la nuit, alors donnez-moi une seule raison d'abandonner. Donnez-moi une seule raison de regretter ce que j'ai fait.
Le débat ne menait nulle part, ils le sentaient et leurs egos n'arrangeaient pas les choses. Lassé, Jane s'assit et calma son rythme cardiaque emporté par la colère.
June poussa un soupir avant de finalement tirer une chaise de cuisine pour s'y asseoir elle aussi. Elle posa ses coudes sur la table, puis plongea son visage dans ses mains avant de les coller l'une à l'autre contre ses lèvres closes. Assis en face d'elle, Jane se passa une main dans les cheveux, une façon comme une autre de reprendre contenance.
-C'était stupide, souffla-t-elle.
-Vous l'avez déjà dit, répondit Jane dans un murmure.
-Qu'est-ce que vous espériez ? Vous êtes revenu dans sa vie comme si vous ne l'aviez jamais quittée, jamais blessée, comme si vous vous étiez quittés la veille en d'excellents termes.
-Nous n'étions pas en mauvais termes, rectifia-t-il.
-Vous voulez rire ? Tout le monde connaît l'histoire, même Rigsby la connaît, et pourtant Dieu sait tout ce qu'il a fait pour l'éviter.
Jane lui adressa un regard noir puis s'appuya contre le dossier de la chaise, parfaitement à l'aise en apparence.
-Pourquoi venir réclamer maintenant ce que vous avez refusé il y a cinq ans ? reprit June.
-Je suppose qu'à un moment ou à un autre on réfléchit à ses actes.
-Comme si Patrick Jane ne réfléchissait pas, ironisa-t-elle. Elle a passé cinq ans à souffrir, vous savez ? Elle ne le disait pas bien sûr, c'est Lisbon après tout, alors elle a tout refoulé, ça a sûrement fini en ulcère sans qu'elle nous le dise.
Jane acquiesça, il ne pouvait que reconnaître que June avait très bien compris comment Lisbon fonctionnait.
-Pourquoi maintenant? Elle commençait tout juste à aller mieux, à se faire à l'idée, pourquoi avoir détruit le peu de sécurité qu'elle avait retrouvé ?
-Peut-être que j'ai réalisé que je ne voulais pas qu'elle m'efface.
-Vous le lui avez demandé pourtant, il y a cinq ans.
Le visage de Jane se ferma brutalement et il ne répondit pas.
-Quand Jeff est entré dans la vie de Lisbon, elle s'est servie de vous pour tenter de l'évincer.
-De toute évidence ça n'a pas marché, rétorqua-t-il amèrement.
-Vous voulez savoir la question qu'il lui pose tous les soirs depuis qu'elle l'a laissé entrer dans sa vie ?
Jane haussa les épaules, feignant l'indifférence lorsque la curiosité le brûlait.
-Il lui demande si elle vous aime.
Il ne put s'empêcher de lever la tête vers elle, ne sachant qui de son cœur ou de sa raison avait été le premier à défaillir.
-Je ne m'abaisserai pas à vous confier ce qu'elle a répondu pendant toutes ces années, je fais déjà bien assez de tort en vous parlant maintenant.
-Alors ne le faites pas, répliqua-t-il sèchement.
-Lisbon est mon amie et il est hors de question que je la laisse tout perdre pour vous sauver la mise une fois encore. Elle n'est pas votre chose, elle a sacrifié bien assez à votre cause.
-Donc, vous êtes venue ici pour me dissuader, résuma-t-il.
-Non, déplora-t-elle. Je suis venue ici parce que je vous aime bien, et je ne veux pas avoir à vous haïr. Je ne veux pas voir Lisbon replonger dès lors que vous aurez envie d'aller faire un tour du monde.
Jane ne répondit pas et June laissa le silence s'installer un moment. Ils se fixèrent longuement avant que June n'ait un sourire désabusé.
-Vous tenez suffisamment à elle, n'est-ce pas ? soupira-t-elle.
Il acquiesça.
-Et jusqu'où irez-vous ?
-Très loin, sourit-il doucement.
-Loin comment ? insista June, surprise par ce soudain amusement.
-J'ai fait le tour du monde sans but, imaginez ce que ça donne quand j'en ai un...
Elle sembla songeuse un moment, plongée dans l'observation de la table entre eux, puis elle releva la tête vers lui et croisa son regard illuminé d'étoiles, plein d'espoir.
June sourit, Jane avait finalement gagné.
Lorsque Lisbon rentra, elle entendit des éclats de rire dans le salon. Elle fronça les sourcils et jeta un coup d'œil aux canapés où étaient installés June, Jane et Alys. Alys était assise entre les deux adultes et fixaient le téléviseur avec un sourire ravi. Mais ce qui causait l'amusement de June et de Jane semblaient ne rien avoir à voir avec la télévision, ils étaient tournés l'un vers l'autre et parlaient avec enthousiasme d'un sujet apparemment passionnant.
Lisbon afficha un air sceptique. Elle aurait pourtant juré que ces deux-là avaient du mal à se supporter.
-Oh Teresa, tu es rentrée ! sourit June en l'apercevant.
-Maman ! s'extasia Alys en descendant du canapé pour se jeter sur elle.
Lisbon la réceptionna dans un sourire et lui offrit l'étreinte réclamée tout en fixant les deux anciens arnaqueurs d'un œil perplexe.
-June me racontait comment elle a fait pour voler un Da Vinci à Paris il y a quelques années, expliqua Jane avec enthousiasme.
-Est-ce qu'au moins le musée sait qu'il ne détient plus ce Da Vinci ? soupira Lisbon.
-Je ne pense pas, avoua June, à moins qu'ils n'aient fait un inventaire sans que je le sache. Le faux qui le remplace a été peint par l'un des meilleurs au monde.
-Tu es consciente que je devrais t'arrêter pour ce genre de confessions ?
-Le tableau pourrissait dans les réserves depuis deux ans, se défendit June, c'était un sacrilège.
-Et l'histoire vaut largement la peine d'être racontée, s'amusa Jane. Notre amie June est apparemment bien plus physique qu'il n'y paraît.
June lui adressa un léger rire avant de se tourner vers Lisbon.
-De plus, tu devrais justifier le fait que tu as payé tes factures d'électricité de l'année avec l'argent que j'ai obtenu pour ce tableau, lança la blonde l'air de rien.
-Je savais que cet argent n'était pas net, déplora Lisbon. Je n'aurai jamais dû écouter James.
-Maintenant que c'est fait, répondit June en haussant les épaules.
-Rigsby te fait savoir qu'il aura un peu de retard, annonça Lisbon en préférant changer de sujet. Ils ont eu une arrestation musclée tout à l'heure.
June acquiesça alors que Lisbon se dirigeait vers la cuisine pour chercher quoi faire à manger. Alys hésita un moment entre suivre sa mère ou retourner devant le téléviseur mais un signe de tête de June mit fin à ce dilemme et elle revint en trottinant vers le canapé.
Jane sentit le regard insistant de June et se tourna vers elle. Il fut étonné de la voir lui désigner la cuisine, l'invitant à rejoindre Lisbon. Il haussa un sourcil moqueur et elle roula des yeux en mimant de lui donner un coup de pied alors qu'il se dirigeait vers la cuisine.
-Besoin d'aide ? s'enquit-il auprès de la brunette.
Elle accepta dans un sourire enchanté et il ne put s'empêcher de s'émerveiller encore une fois sur le bien qu'avoir retrouvé Lisbon lui faisait.
Rigsby arriva bien plus qu'un peu en retard pour chercher June, et Lisbon –sur un conseil de Jane– les invita à rester manger.
Les plaisanteries fusèrent, Alys leur offrit l'un de ses « pestacles » qu'ils applaudirent avec enthousiasme, et Jane sentit plus d'une fois le sourire de Lisbon lui être dirigé. Oubliant le reste, il emprisonna chaque instant dans sa mémoire, heureux d'enfin récupérer son monde.
-Tu crois que ça ira ? s'enquit Rigsby une fois de retour dans leur appartement.
-De quoi tu parles ? s'étonna June en se déchaussant.
-De Lisbon, répondit Rigsby en s'appuyant contre le mur à côté d'elle.
-Aussi étrange que ça paraisse, je crois que tout ira mieux, avoua June. Jane et elle ont fait d'énormes progrès.
-Mais Jeff va revenir…
-Laisse ce problème de côté pour l'instant. L'important c'est que je n'ai jamais vu Lisbon si rayonnante que ce soir, et c'est bon signe.
Rigsby acquiesça, bien qu'un peu sceptique. June se mit sur la pointe des pieds pour embrasser ses lèvres puis elle lui offrit un sourire.
-Ne t'en fais pas pour eux, je fais confiance à Jane.
-Ah bon ? s'étonna son compagnon. C'est nouveau ça…
-Oui, j'en suis la première surprise, reconnut June en riant. Je crois qu'il saura laisser Lisbon être heureuse comme elle le décidera. Il l'aime assez pour ça.
-Alors tu crois qu'il l'aime ?
-Enfin Wayne, pourquoi serait-il parti il y a cinq ans s'il ne l'avait pas aimé ? Pourquoi serait-il revenu ?
-C'est Jane, je l'ai jamais vraiment compris, reconnut Rigsby en haussant les épaules. Rien que d'essayer de deviner à quoi il pense, j'ai mal à la tête.
June rit et prit sa main pour l'entraîner à l'étage.
-N'essaye pas de le comprendre alors, s'amusa-t-elle, contente-toi de moi.
-Oh, je suis très content, sourit-il en l'embrassant. Infiniment content même, ajouta-t-il gaiement.
-Idiot, rit-elle.
-Je t'aime, souffla-t-il en l'enlaçant.
-Toujours pas de nourriture, on dirait que tu fais d'énormes progrès…
Il lui mordit l'oreille et elle éclata de rire avant de le serrer contre elle.
-Ne pars pas, d'accord ? souffla-t-elle dans son cou, soudain ailleurs.
-Jamais, lui promit-il en embrassant sa tempe. Et puis de toute façon, où voudrais-tu que j'aille ?
Elle acquiesça, satisfaite par sa réponse, puis déclara qu'il était temps d'aller se coucher, chassant la vague d'insécurité qui l'avait envahie alors qu'elle repensait aux mots de Jane.
Elle connaissait tristement très bien de quel monde elle venait et ce à quoi elle avait échappé.
