Bonjour, Bonsoir à toutes!

Alors par où commencer? Peut être par des excuses. Je suis vraiment désolée pour ce long et pénible retard, je n'ai pas toujours eu accès à internet d'où je suis et j'ai eu du mal à finir ce chapitre, faut aussi l'avouer. C'est donc aujourd'hui que je vous retrouve avec un chapitre plus long que les précédents, beaucoup plus long même et j'éspère qu'il vous plaira autant que les précédents.

Je tenais aussi à vous remercier pour vos reviews, vous etes toutes superbes! Merci.

J'ai enfin pris le temps de répondre aux anonymes:

jennyfer: Merci pour ta review, ravie que la rencontre entre Bella et Tanya te plaise, j'avoue avoir été septique au début face au long monologue de Tanya. La suite est pour tout de suite. Bonne lecture

aussidagility: C'est vrai que le début de la fic à été écrit de manière à ce qu'on se doute un peu que Tanya agissait sous le coup de la menace, la rencontre entre Aro et Bella l'avait bien prouvé. Pour ce qui est du fait qu'Edward ne sache pas qui est vraiment Bella, je trouve que c'est un peu tôt pour lui de savoir, c'est vrai qu'il se pose des questions mais est ce que tu penses réellement qu'il trouvera normal de voir que ses réponses se trouvent dans le corps d'une autre personne lol. Je ne sais pas si tu suis un peu ma logique lol. Dans tout les cas merci pour ta review. Bisou à toi

Bling: Review constructive ou pas, la tienne m'a fait énormément plaisir ne t'en fait pas lol. Donc tout d'abord merci. Je suis ravie de voir que tu trouve l'histoire prenante comme tu dis et pour voir comment Bella va s'en sortir à la question qui est Bella, il te suffit de lire ce chapitre^^. Encore désolé pour ce long retard, je ne le ferai plus…enfin j'éspère. Bises

mylene: Merci beaucoup Mylene, la suite est enfin arrivée après un long retard, en esperant qu'elle te tiendra encore en haleine je te souhaite une bonne lecture^^. Bisous

Nomie: Salut Nomie, j'espere juste que tu es toujours en vie et que ton impatience ne t'a pas tuée lol. Comme toujours, avec toi, je vais commencer par un merci, merci pour tout et pour la joie et l'excitation que tu mets dans tes commentaires, je suis obligée de sourire, voir même de rire en te lisant. Les questions que tu te poses auront certainement des réponses, je l'éspère en tout cas. J'espère que tu passes à ton tour de bonnes vacances, à très vite j'éspère et encore merci pour tout. Bisous

ronnie: Salut Ronnie, alors par commencer lol…je dirai tout d'abord que cette fiction n'est pas une traduction, elle est de moi et totalement de moi lol, donc oui j'ai le pouvoir sur le cours de la fiction. Je ne pensais pas qu'on puisse croire que c'était une traduction lol, mais je prends ça comme un compliment, surtout le ''merveilleuse traduction ». Dans tout les cas, merci pour ta review, c'est vrai que Tanya est vraiment à plaindre dans cette fiction, elle a eu le mauvais rôle et qui sait peut être que tout s'arrangera pour elle. La suite est là, en éspérant avoir de tes nouvelles, je te remercie encore une fois pour ton avis.

o0O-Eden-O0o: Coucou, merci pour ta review, après ce long retard la suite est pour maintenant. A bientôt j'éspère, bisous

phinou: Hello ! Merci beaucoup pour ta review et ton avis. En ce qui concerne les questions existentielles, tu as totalement raison, il y en aura certainement dans le chapitre suivant lol. Et comme je vois, tu es dans la situation de tout le monde, tu commences à apprécier Tanya et je crois que c'est ce que j'ai recherché en écrivant cette fiction. Merci encore…

Sandrine: Merci beaucoup pour ta review, contente que le chapitre t'aie plut, donne moi ton avis pour celui-ci. Bisou à toi aussi.

Camille36: Merci beaucoup pour ta review, la suite tu l'as aujourd'hui^^ Par contre, je suis désolée je n'ai pas eu ton adresse, le site ne permet pas de tranmettre les adresses mail je crois. En tout cas ravie que la fiction te plaise autant. Bisou

MystieLil: Moi je dirai merci à toi pour ta magnifique reviews. Ne t'inquiète pas je finirai cette fiction quoi qu'il m'en coûte lol. Merci encore, bisou.

Marion: Coucou ! Merci beaucoup pour ta review et non ton commentaire ne sert pas à rien, au contraire, je vois que tu te poses des questions et que tu as surtout remarqué le Romance/Drama, donc pour te dire si ca va mal finir tout dépend du point de vue. Bien sur tu dois te douter que je ne te donnerai pas la fin, d'ailleurs je doute moi-même que tu la veuilles vu qu'apparemment tu ne veux rien savoir lol. Et puis pour tes pronostiques, je te l'accorde aussi je ne te donnerai aussi aucunes réponses lol. Donc tout comme toi, ma réponse ne sert pas à grand-chose ^^.Dans tous les cas, merci pour tout ton commentaire m'a fait vraiment plaisir. A très vite, j'espère. Bisou !

Sandry: Salut, j'éspère que tu passes aussi de bonnes vacances, en tout cas, merci pour ta review. Je vois aussi que tu as toujours un doute sur l'honnêteté de Tanya, donc je te rassure, elle raconte la vérité, elle a vraiment été corrompue par Aro et tout ce qu'elle fait, elle le fait pour protéger sa famille à sa façon. En ce qui concerne Jacob, il te suffit de lire ce chapitre pour savoir s'il est aussi maladroit que Bella ou pas. Bisou

Merci aussi à :

Habswifes, Kik, aulandra17, ma-aaariee

Voilà je vous souhaite une bonne lecture! Bisous


Je croyais être dans un rêve. Un rêve intense et pénétrant qui me faisait me sentir bien, vivante, complète. Un rêve qui allait certainement ou même sûrement rendre ma journée aussi belle que lui. Ce rêve progressait à une vitesse folle et j'ignorais ce que la suite me réservait. De plus en plus merveilleux, de mieux en mieux et de plus en plus confortable. Puis j'avais changé d'avis. Ce n'était définitivement pas un rêve. J'étais dans un sommeil beaucoup plus profond que cela, beaucoup plus lent et lourd que cela. Je n'étais pas endormie. Non, j'étais morte…

J'avais fait assez de bonnes actions dans ma vie, ou plutôt, je n'avais pas fait énormément de mal dans ma vie pour ne pas avoir droit au paradis. C'était donc cela ; j'étais morte et je me trouvais au paradis. Un endroit encore plus beau que le rêve lui-même. Parce que pour me sentir si bien ici, je devais certainement y être. J'étais dans ce jardin d'Eden. Je n'utilisais peut-être pas ma vision pour le voir moi-même, mais mon esprit me le faisait sentir. C'était sans doute ainsi que nous nous sentions lorsque nous étions morts et au paradis.

J'avais chaud, mais pas d'une chaleur infernale, ni d'une chaleur insupportable. C'était tout autre chose. Toute chose qui se trouvait dans le domaine du confortable comme je l'avais dit précédemment. Ma poitrine se soulevait en accord avec les souffles doux qui se faisaient sentir sur mon dos. Ma taille était délicatement encerclée par ses deux bras forts que j'avais toujours rêvé de sentir et dont je savais qu'ils étaient parfaitement à leur place ici, autour de moi. Et finalement, la douce sensation de cette chevelure qui se baladait contre mon épaule.

Être dans les bras d'Edward Cullen me propulsait sans doute au paradis. Donc oui, j'étais morte et au paradis. Dans mon paradis…qui n'était rien d'autre qu'Edward.

Les yeux clos, je me permis de lever la main pour la poser sur la sienne. Un simple geste qui pouvait signifier beaucoup lorsque nous n'étions même pas supposés se toucher. Je commençai à faire de fins mouvements, faisant des allers-retours entre ses doigts et le haut de sa main. Mais je voulais plus que ce paradis. Je voulais le voir. Sentir sa peau entre mes doigts ne me suffisait pas. Alors j'ouvris tout doucement les yeux et mon rêve ou plutôt mon esprit s'éclaira. J'étais entourée de ces meubles que je commençais à connaître par cœur. Cette commode sur laquelle se trouvait mon Shakespeare préféré, ce dressing qui comportait une multitude de vêtements qui n'appartenaient qu'à Edward, cette partie de la chambre où il aimait se détendre en lisant ses livres à lui, cette fenêtre qui laissait entrer la lumière de la lune, permettant d'éclairer son visage et surtout ses magnifiques traits le plus souvent tirés ou énervés par ma présence. Cette fenêtre qui aujourd'hui laissait passer un doux rayon de soleil qui se projetait sur un des tapis persan de la chambre. Je n'étais définitivement pas morte. Non, j'étais en vie et dans les bras d'Edward.

La douce réalité était encore plus belle à connaître. Je n'avais donc pas vraiment visité le jardin d'Eden ; j'étais réellement dans ses bras, et il était fermement accroché à moi, comme si nous formions réellement un tout. Oui, Edward Cullen était certainement mon paradis, mon jardin d'Eden, mon rêve.

La nuit d'hier se rejouait dans mon esprit comme si j'y étais encore, et même si pour rien au monde je n'aurais changé ma place à l'instant, le fait de repenser à ce qui s'était produit hier soir m'arracha un sourire.

« Qui est Bella ? » M'avait-il demandé. Et j'aurais aimé lui dire que c'était moi, que toute cette histoire n'était pas aussi réelle qu'elle le paraissait. Que ma vie avait pris soin de changer pour que je le rencontre. Que Bella et Tanya ne se connaissaient pas le moins du monde et n'avaient comme point commun que lui et leur vie. Que j'étais tombée amoureuse de lui, de sa voix, de son corps, de son caractère, de ses actions, du Edward qu'il était.

Ma main était toujours posée contre son cœur, la sienne tenant fermement la mienne et mon regard était toujours accroché au sien. Ravageur comme jamais, puisque mon cœur n'avait cessé de faire ces innombrables bonds dans ma poitrine qui menaçait déjà l'implosion.

Je ne pouvais pas lui dire la vérité. Pas dans ces conditions. Pas lorsque mon corps se trouvait dans la pièce d'à côté. Depuis que je connaissais Edward, mes mots étaient presque tous des mensonges. Mis à part lorsque je lui disais combien j'étais désolée pour lui et sa famille et combien je voulais que tout redevienne normal entre lui et son épouse, autrement dit entre nous, tout le reste n'était que mensonge.

Un mensonge lorsque je ne lui avais pas dit que lui, sa famille et peut être moi-même étions en danger à cause d'Aro, un mensonge lorsque je ne lui avais pas dit que je savais comment son père était mort, un mensonge lorsque je ne lui avais pas dit que je ne le connaissais que grâce aux informations ou aux journaux et magazines, et enfin un mensonge lorsque je ne lui avais pas dit que j'étais Bella.

Tous mes silences n'étaient que mensonges. Et moi qui avais toujours pensé que j'étais mauvaise dans ce genre de chose, je me rendais compte à présent que je me trompais. Les mensonges pouvaient être presque faciles à dire lorsque nous n'avions pas le choix et que la peur de la vérité se faisait de plus en plus pesante sur notre cœur.

« Bella et Jacob sont des amis que j'ai connus lorsque j'étais à l'université, » avais-je menti alors en posant mon regard sur nos mains toujours liées. « Je ne me souviens pas d'eux. »

La difficulté dans les mensonges était toujours lorsque je ne savais pas ce que l'autre connaissait de ma vie – c'est-à-dire celle de Tanya – et qu'il s'évertuait à me déstabiliser sans même le savoir.

« Je…je ne t'en ai jamais parlé, voilà pourquoi tu ne peux pas te souvenir d'eux. »

Mon cœur avait certainement sauté plusieurs battements lorsque je lui avais dit cela, mais je continuais de penser que le mensonge valait mieux que la vérité dans des moments pareils.

« Est-ce que leur présence te dérange ? » Lui avais-je demandé en me mordant le coin des lèvres.

La réponse s'était fait attendre, et lorsqu'il avait enfin décidé de me lâcher la main, à mon plus grand regret, celle-ci était derechef retombée et avait retrouvé la froideur de mon propre corps. Je venais de me rendre compte de l'impact que son corps avait sur moi : il me donnait chaud et sans son toucher j'avais froid…

« Non, ils ne me dérangent pas du tout…C'est juste que… »

Il m'avait regardée avec insistance avant de baisser les yeux en souriant.

« Laisse tomber, je ne sais pas pourquoi j'ai imaginé que je connaissais cette personne. »

« Ok…je te souhaite une bonne nuit ? » Lui avais-je dit alors d'une petite voix.

Il avait relevé le regard pour croiser le mien, et pendant que mon cœur battait la chamade, un sourire était né au coin de sa lèvre. Puis, lorsqu'il avait porté une main sur ma joue, cela avait encore une fois été l'apocalypse dans mes entrailles.

À son contact, la première chose que j'avais faite avait été de fermer les yeux pour pouvoir le sentir comme il faut. Cette chaleur et ce doux picotement sur ma peau n'avaient jamais été aussi exquis qu'à cet instant. Seigneur, ce qu'il pouvait me rendre folle quand il commençait à se comporter de la sorte.

« Ne me fais pas regretter ce que je m'apprête à faire, Tanya, » avait-il soufflé d'une voix qui sonnait comme suppliante.

Il m'avait fallu un grand effort pour faire disparaître la boule qui obstruait mon œsophage et déglutir bruyamment.

Que s'apprêtait-il à faire ? Que se passait-il à présent ? Allait-il réellement me laisser cette dernière chance que je rêvais tous les soirs d'avoir ? Étais-je en train de rêver ? Étais-je devenue folle ?

Tant de questions qui m'avaient martelé l'esprit à ce moment là.

« Es-tu en train de me dire que tu me donnes une autre chance ? » Avais-je demandé après avoir laissé le temps à ma voix de reprendre une bonne intonation.

Il s'était mis à rire et avait relâché ma joue pour s'éloigner. Il était allé fouiller dans son dressing et en était ressorti avec un T-shirt blanc.

« Une dernière chance Tanya, mais ne va pas croire que ce sera facile. Tu te doutes que plusieurs personnes ne sont pas prêtes à te pardonner aussi vite, » avait-il lancé en enfilant son T-shirt pour cacher au plus grand dam de mes yeux son magnifique torse.

« Tu parles de Rosalie ? » Avais-je demandé en grimaçant.

« Entre autres. Puis il y a Emmett ; il suit Rose comme son ombre. Donc si elle te déteste, lui aussi te détestera…Mais ça tu dois le savoir, n'est ce pas ? »

« Elle ne me déteste pas. Nous étions très proches et je suis sûre que nous le serons à nouveau »

Il s'était mis à sourire et s'était dirigé vers son coin lecture, avant d'attraper son livre.

« Tes amis peuvent rester autant qu'ils le souhaitent. Seulement… »

Il avait hésité et avait fui mon regard avant de continuer sa phrase.

« Oui ? » L'avais-je encouragé.

« Seulement…je ne veux pas qu'il y ait de problème avec ce Jacob. Il est bien avec ton amie Bella, n'est ce pas ? »

Je n'avais pas vraiment su comment interpréter cela. De la jalousie ? De la possession ? L'envie de m'avoir rien que pour lui ? Ou simplement de me demander d'arrêter de lui mentir et de stopper mes tromperies. Dans tous les cas, cette phrase m'avait vraiment fait chaud au cœur. Et rien qu'en pensant au fait qu'il puisse ouvertement me demander si Jake était casé avec une autre pour ne pas qu'il y ait de malentendu, il y avait matière à sourire.

C'est alors que je m'étais approchée de lui et avais pris place à ses côtés.

« Jake n'est pas avec Bella, si c'est ce que tu veux savoir. »

« Ce n'est pas… »

« Chhht, » lui avais-je dicté en posant un doigt sur ses lèvres. « Je suis à toi Edward. Rien qu'à toi et plus aucun homme ne posera la main sur ce corps…Je te le promets. »

C'était la première fois que j'osais lui dire une chose pareille. La première fois que je lui disais réellement que je lui appartenais et que plus jamais je ne le tromperais. Que je voulais enfin recommencer notre histoire (ou plutôt la leur) pour pouvoir être ce couple d'antan, celui dont Tanya m'avait fait le récit, plus tôt dans la journée.

« Hum…bien, donc c'est réglé, » m'avait-il dit d'une voix détachée.

J'avais mis cela sur le compte de la gêne. Il n'avait pas – ou plus l'habitude de m'entendre parler de la sorte. Mais à ce moment précis, j'avais su que ces paroles étaient une sorte de contrat encore nous. Un contrat que lui-même avait signé et promettant qu'il ne toucherait plus aucune femme, à part moi…

« Bonne nuit Tanya. »

« Oui, bonne nuit Edward. »

Sans que je puisse me contrôler, ma bouche s'était collée sur sa joue pour y déposer un doux baiser. Je ne sais pasoù j'avais pu trouver la force de faire ça, mais le fait de voir qu'il ne me rejetait pas et ne me repoussait pas m'avait donné une confiance absolue en moi et m'avait permis de ne pas rougir après avoir senti la douceur de sa peau caresser mes lèvres.

« Avant d'aller dormir, j'aimerais te demander quelque chose, » lui avais-je dit.

Il lui avait fallu une bonne minute avant de me répondre ; sans doute était-il sonné par mon geste.

« Oui ? »

« Est-ce qu'il serait possible que je t'emprunte un de tes T-Shirts pour…pour dormir ? Mes chemises de nuit sont dans l'autre chambre et je ne veux pas vraiment déranger Jake et Tan…Bella ! »

Je m'étais tue, me mordant la lèvre tout en me fustigeant d'être aussi idiote et d'avoir failli faire une gaffe pareille. Espérons qu'il n'ait rien remarqué !

« Bien sûr, Jake et 'Tan- Bella' n'ont pas besoin d'être dérangés. Sers-toi ! » M'avait-il dit en me souriant tout en me désignant son dressing.

Idiote, idiote et triple idiote ! Bien évidement qu'il l'avait remarqué. Encore une erreur de ce genre et j'allais me retrouver dans un asile, à clamer haut et fort que j'étais Tanya et personne d'autre, que je n'avais jamais pensé être Bella, le tout pour sortir de ma folie, ou faire croire aux psychiatres que j'étais tout sauf folle.

J'avais donc pris la peine de choisir un de ses longs T-shirts blancs, que j'avais pris soin d'enfiler avec hâte, en tentant de ne pas rougir. Ce corps m'appartenait à présent. Edward l'avait certes vu des centaines de fois nu, mais dans mon esprit, c'était tout nouveau.

« Alors Bella et Jacob ne sont pas vraiment ensemble ? » Avais-je entendu sa voix me demander pendant que je tentais de m'adapter à ce T-shirt qui était comme fait pour se porter sur ce magnifique corps. La seule chose regrettable était de ne pas avoir son odeur sur moi et de sentir à la place l'odeur de la lessive de Garrett.

Je m'étais concentrée à nouveau sur sa question, qui bizarrement m'avait plus surprise qu'autre chose et lui avais souri tout en prenant place sous les couettes du lit.

« Pourquoi cette question ? Est-ce que Bella te plaît ? » Avais-je plaisanté.

Mais au fond c'était plus qu'une plaisanterie. Je voulais savoir si un homme comme lui pouvait trouver une fille comme moi séduisante, ou même un tant soit peu regardable. Bien évidemment c'était voué à l'échec depuis que la question avait franchi mes lèvres. La réponse était si prévisible…Mais encore une fois, Edward Cullen avait réussi à me surprendre.

« Pas qu'elle me plaise, non ; je n'ai plus l'espoir de tomber sur une fille qui me plaira depuis que j'ai appris à quel point les femmes peuvent être vaniteuses, mais…elle est charmante…à sa façon, » m'avait-il dit en fronçant les sourcils comme pour essayer de se concentrer sur son bouquin alors qu'il ne le lisait pas vraiment.

J'étais donc charmante à ma façon. Qu'est ce que ça pouvait bien vouloir dire ? Que j'étais un thon et qu'à ma façon je pouvais être charmante ?

« C'est juste que je ne la vois pas vraiment avec ce Jacob, il me semble beaucoup plus superficiel qu'elle. Les gros muscles et les mignonnes filles ne font pas toujours bon ménage. »

Ok, là je peux l'avouer, j'avais rougi. J'avais rougi et mon cœur avait dansé la samba dans ma poitrine. Si j'avais pu, j'aurais moi-même dansé la samba juste parce qu'il me trouvait mignonne. Et sa façon de mettre un adjectif devant le prénom de Jake…AAAh Seigneur, se pouvait-il qu'il puisse réellement me trouver, enfin trouver la Tanya qui se trouvait dans mon corps, enfin trouver mon corps mignon ?

« Tanya ? Tu te sens bien ? »

Je ne m'étais pas rendue compte que je souriais comme une psychopathe, dévoilant toutes mes dents depuis quelques secondes.

« Hum…Oui, oui, très bien même. C'est juste que je ne m'attendais pas à ce que tu trouves Bella mignonne. Elle est si…banale. »

Il fronça les sourcils encore une fois, une drôle d'expression sur son visage. De l'agacement ?

« C'est vrai qu'elle ne semble pas aussi classe et raffinée que tes amis, mais la banalité peut être bien parfois. »

« Je ne dis pas le contraire. Bella est…Elle est simple. Elle est tout le contraire de Tanya et je dois avouer que… »

« Tu le fais encore, » m'avait-il coupée.

« Quoi ? »

« Parler de toi à la troisième personne du singulier »

Voilà, je le savais. Qui d'autre que moi pouvait tomber dans son propre piège ?

« Tu dois commencer à savoir que je m'apprécie beaucoup, » avais-je tenté de plaisanter.

Et ma plaisanterie avait apparemment fonctionné, puisqu'il s'était mis à rire. De son rire cristallin qui provoquait des remous dans mes entrailles et qui faisait bondir mon cœur de joie dans ma poitrine. J'adorais l'entendre rire comme ça. J'aurais puenregistrer son rire et le réécouter toute la journée, ça ne m'aurait pas dérangée le moins du monde.

« Donc tu disais ? Tu trouves Bella charmante ? » Avais-je repris.

« Oui, elle est charmante si je peux juger d'après les cinq minutes durant lesquelles je l'ai vue. Elle me semble être comme une enfant ou une jeune fille presque fragile. Voilà pourquoi je te demandais si elle et ce Jacob étaient en couple. Je ne les imagine vraiment pas ensemble. Après ce n'est certainement pas mes affaires. Et puis, je ne sais pas, mais j'ai comme l'impression de l'avoir déjà vue quelque part. Seulement je n'arrive pas à mettre le point sur cette chose qui me semble si évidente. »

Voilà, ça aussi c'était fait. Me faire descendre de mon nuage aussi vite que j'y étais montée. Il voyait en moi une enfant qui ne pouvait sortir avec un mec aussi beau et baraqué que mon Jake.

«Ils sont simplement amis, » avais-je dit d'une petite voix.

Il avait acquiescé et repris simplement sa lecture.

« Tu ne viens pas te coucher ? »

« Je finis ma lecture avant, dors bien. »

«Merci. »

Sous les draps, j'avais fermé les yeux pour tenter de me reconstruire. Toute cette journée avait été riche en émotions. La chance que m'avait donné Edward, avec qui j'étais sûre de pouvoir reconstruire quelque chose, et puis le fait de m'être rendue compte que ce que je ressentais pour lui était plus que de la simple admiration, que c'était de l'amour. J'étais tombée amoureuse de lui alors que lui allait recommencer à éprouver des sentiments pour sa femme. Des sentiments qui n'avaient jamais cessé, j'en étais convaincue. Des sentiments qui allaient ressurgir très vite, et ce, grâce à moi. Et le problème dans tout cela, c'était que la vraie Tanya était toujours là. Elle n'éprouvait certes plus rien pour lui, mais quelque chose me disait que si un jour je retrouvais mon corps, et elle le sien, Edward serait avec elle et cette dernière ne pourrait pas le rejeter. Il était si simple d'aimer un homme comme lui, et pour elle ce serait encore plus simple. J'allais certainement souffrir, mais paradoxalement je serais heureuse. Heureuse de savoir que lui et sa famille allaient bien et qu'ils avaient retrouvé la paix.

Nous ne savions pas comment nous allions nous débrouiller,mais à nous trois, nous trouverions un moyen de détruire Aro Volturi et sa démence.

J'étais restée très longtemps éveillée sous les couvertures, et lorsqu'enfin je l'avais senti près de moi, j'avais continué de feinter le sommeil. Je ne savais pas comment réagir si je le voyais couché à mes côtés. J'avais attendu ce moment depuis si longtemps, et le jour où c'était enfin arrivé, j'avais eu peur de tout gâcher avec ma poisse légendaire et je m'étais contentée de dormir.

Mais quand j'avais senti sa main sur ma joue me caresser délicatement la peau puis les cheveux, je n'avais pas réussi à calmer les battements trépidants de mon cœur. J'avais le sentiment que lui-même allait se rendre compte de ses battements à mesure que ma cage thoracique se soulevait.

« Bon sang, mais qui es-tu vraiment ? » Avait-il murmuré.

Son souffle avait un moment caressé ma joue, puis plus rien. Il s'était allongé à mes côtés et avait éteint les lumières, tandis que moi, j'étais tétanisée. Pas de peur, mais d'incompréhension. Il s'était rendu compte de quelque chose et surtout, il m'avait donné ma chance…Une chance que je ne gâcherais pour rien au monde.

Voilà pourquoi j'étais heureuse de me lever ce matin. En plus de la soirée d'hier, je venais de me rendre compte que le mythe du 'je m'endors loin de toi-je me réveille près de toi' était vrai.

J'inspirai profondément, profitant du luxe qui était de dormir dans ses bras à lui. Mais très vite, je le sentis bouger contre moi, s'éloignant presque. Seul un de ses bras resta accroché à ma taille. Son visage, quant à lui, s'était à mon plus grand désespoir éloigné, m'empêchant de jouir de son souffle chaud.

C'est alors que tout doucement, je retirai son bras de sur moi et me tournai pour lui faire face. Un ange, voilà ce qu'il était. Je n'avais jamais connu pareil réveil, et le voir profondément endormi, la bouche entrouverte, me crispa l'estomac.

Rien à voir avec les réveils que j'avais souvent eus en compagnie de Jake. Le filet de bave qui s'échappait de sa bouche, noyant avec lui son oreiller, ses yeux se transformant en boules de billard à force d'être enflés de fatigue, son haleine qui avait pour but de me piquer les yeux en étant près de lui. En bref, une description que je m'efforçais jour après jour d'oublier parce que Jake était tout sauf sexy au réveil.

Je posai ma main délicatement sur sa joue tout en essayant de ne pas le réveiller. Mais dès que le contact se fit, dès que ma paume épousa sa joue avec toute la délicatesse dont j'étais capable, dès que mon cœur s'accéléra en sentant cette fine barbe contre mes doigts, ses yeux s'ouvrirent automatiquement. Il lui fallut un certain temps pour se rendre compte de la situation, de son bras autour de moi et de ma main sur son visage, et lorsqu'il la comprit, à en juger par son regard, j'allais très vite redescendre de mon petit nuage.

Je retirai ma main et attendis qu'il fasse lui-même le premier pas.

Il me fixa un instant, noyant son regard dans le mien avant de se relever et de s'étirer. Ce faisant il s'éloigna de moi… d'au moins un mètre.

Qu'étais-je supposée faire ? Lui dire bonjour ? Lui sourire ? Me jeter dans ses bras ? Le forcer à m'embrasser ?

Je commençais sérieusement à divaguer là.

« Tu as bien dormi ? » Me demanda-t-il en brisant le fil de mes pensées stupides.

« Hum, oui et toi ? »

J'avais merveilleusement bien dormie.

« Plutôt, oui » répondit-il en me souriant de son irrésistible sourire en coin. « Je vais me doucher, on se retrouve en bas. »

J'acquiesçai, et le suivis du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse derrière la porte de la salle de bain.

Quant à moi, je descendis à la terrasse où se trouvaient déjà Jake et Tanya.

« C'est pas trop tôt ! Vous faisiez quoi en haut tous les deux ? » Lança Jake d'un ton acerbe.

J'avais oublié le Jacob possessif-hypocrite-jaloux qui détestait me voir avec un autre homme. Au moins j'étais fixée, il savait qui j'étais réellement.

« Bonjour Jake, j'ai très bien dormi merci, » dis-je en levant les yeux au ciel.

Tanya nous regardait, retenant visiblement son rire.

« On vous attendait pour le petit déjeuner. Tanya a eu beau forcer Garrett pour qu'il nous nourrisse, monsieur lèche botte préfère attendre que les 'Cullen' se réveillent, » annonça-t-il, une grimace tordant tout les traits de son visage.

« Mais dis-moi, c'est que tu t'es levé du mauvais pied aujourd'hui ? D'un côté je comprends un peu ton humeur. Ton estomac est vide et ça doit énormément jouer, » le taquinai-je en m'asseyant à ses côtés.

« Ouais, ouais c'est ça, » bouda-t-il.

« T'en fais pas, il est toujours comme ça le matin, » prévins-je Tanya en la voyant froncer les sourcils face à la réaction de Jake. « Il n'y a pas plus jaloux que mon Jacob. »

« Tu sais ce qu'il te dit ton Jacob ? »

« Non et je préfère ne pas savoir ; ta langue est beaucoup trop pendue le matin. »

Tanya se mit à rire, et en voyant l'attitude de mon ami, je fis la même chose jusqu'à ce qu'Edward fasse son apparition. Et quelle apparition ! Ses cheveux étaient encore humides et je pouvais sentir l'odeur de son shampoing jusqu'ici. Si exquis. Si j'avais pu, j'aurais autorisé mon cerveau à dicter les lois de mon corps pour me lever et aller fourrer mes mains dans sa chevelure.

En nous voyant assis à table, son regard s'attarda quelques secondes sur Jake, qui apparemment boudait toujours son ventre, et ensuite sur moi. Il cherchait apparemment à me dire quelque chose ou à m'avertir de quelque chose. Mais je n'eus pas le temps de déchiffrer son attitude car très vite il détourna le regard et s'installa près de Tanya.

« Bonjour, » salua-t-il. « Garrett n'est pas venu pour votre déjeuner ? » S'étonna-t-il.

« Il attendait que nos hôtes se réveillent, » lança Jake d'un ton sarcastique qui me fit lever les yeux au ciel encore une fois.

Edward ne savait pas comment qualifier l'attitude de mon meilleur ami et il me regarda, comme pour me demander ce qu'il se passait. Je haussai les épaules, ma façon de lui dire de laisser couler et Garrett arriva enfin, avec un chariot plein de nourriture.

« Bonjour à tous. »

« Bonjour Garrett. Tu sais, la prochaine fois ne nous attends pas ; si les amis de Tanya se lèvent avant nous, tu peux les servir »

« Bien monsieur, » abdiqua-t-il en posant un plateau plein de croissants et de petits pains devant nous.

Le déjeuner se passa dans un silence assez gênant, fallait le dire. Edward mangeait de son côté, jetant de temps en temps quelques regards vers nos invités ; Tanya fuyait le regard de son époux, et Jacob était bien trop occupé à manger pour se rendre compte qu'il y avait du monde à ses côtés.

Ce fut donc Edward qui brisa le silence en premier.

« Tu comptes voir Aro aujourd'hui ? » Me demanda-t-il par-dessus sa tasse de café.

Un simple coup d'œil vers Tanya et je sus que je devais dire oui. Son regard, non, son visage entier me suppliait de dire oui, pour je ne sais quelle raison d'ailleurs.

« Hum…oui, j'ai…je dois le voir pour régler quelques affaires assez…hum…personnelles, » balbutiai-je.

« Personnelles ? » S'étonna Edward en arquant un sourcil.

Et je me souvins de notre conversation d'hier soir ; une dernière chance voulait certainement dire plus de secrets entre nous.

« Oui, Jacob aimerait travailler pour lui, voilà pourquoi il est ici. »

« Ah bon ? » S'étonna ce dernier en fronçant les sourcils d'incompréhension.

« Oui, c'est bien pour ça que tu es venu. Le chômage ne te réussit pas trop, Jake. »

Il fronça les sourcils et posa son verre de lait.

« Et toi le luxe ne te réussit pas trop, Tanya, » rétorqua-t-il en insistant sur le Tanya.

Un coup de pied sous la table pour lui faire comprendre de ne rien gâcher et ce fut le gémissement douloureux d'Edward qui se fit entendre.

Ok, première règle : ne jamais frapper Jacob sous une table, parce qu'avec la poisse que j'ai, tout cela se retourne forcément contre moi, et à voir l'expression mi-surprise, mi-douloureuse d'Edward, je sus que ma poisse me suivait jusqu'au bout. Le fardeau de toute une vie, la bonne fée me l'avait sans doute légué à ma naissance en contrepartie d'une simple petite vie sans soucis, mis à part la mort simultanée de mes parents, des études qui n'avaient mené nulle part, deux amis, l'un oubliant sans cesse mon existence lorsqu'un vagin sur pattes pointait le bout de son nez, l'autre déménageant à Seattle pour sortir avec la sœur d'un des hommes les plus sexy et les plus riches de la planète. Une vie vouée à l'ennui jusqu'à ce fameux soir…

« Je peux savoir ce qui t'a pris ? » Me demanda Edward en fronçant les sourcils, me sortant par la même occasion de mes pensées.

« Je…euh…un simple spasme musculaire… il m'arrive de ne pas contrôler mon corps, » tentai-je d'expliquer en détournant le regard.

« Un spasme ? » Répéta-t-il. « Peu importe, la prochaine fois essaye de contrôler ton corps, je dois avouer que ça fait sacrément mal. »

« Monsieur Cullen ne supporte pas la douleur, il devrait… » Commença Jacob avant que mon pied ne lui fasse le même traitement qu'à celui d'Edward.

« Ouch ! Bordel, Bella ça fait mal ! » Murmura-t-il entre ses dents. Trop bas pour que nos compagnons ne puissent l'entendre.

« Monsieur Black ne supporte pas la douleur, » répétai-je en plissant des yeux.

« Il faut que j'aille travailler, » nous coupa Edward en se levant. « Est-ce que je peux te parler une minute…mon cœur ? »

Wow,wow, wow, wow ! Étais-je la seule à avoir entendu le surnom que m'avait donné Edward ? À quoi ça rimait tout ça ? Du coup je me demandai s'il pensait que nous étions aussi censés jouer au parfait couple devant mes amis. Je rencontrai le regard de Tanya qui elle-même semblait dans la même situation d'incompréhension.

« Tanya ? » Répéta-t-il en se relevant.

« Oh…euh oui, je te suis. »

Je le suivis jusque devant son bureau, l'esprit toujours torturé à me demander si oui ou non j'étais supposée me ridiculiser devant Jacob en jouant la comédie. Mais ce qui me faisait le plus mal, ce n'était pas vraiment la peur de connaître les moqueries de mon meilleur ami sur mon piètre jeu d'actrice, non, c'était la peur de voir le processus se mettre en marche plus vite qu'il ne le fallait. Ce processus qui s'enclenchait dès lors que je voyais Edward dire ou faire des choses anormales comme de m'appeler 'mon cœur', me toucher les cheveux, ou me toucher tout court…

« Tu as dit que tu allais chez Aro avec tes amis… »

« Tu m'as appelée mon cœur, » le coupai-je.

« Pardon ? »

« Tu m'as appelée mon cœur, » répétai-je en le fixant droit dans les yeux. « Je veux comprendre. »

« Comprendre quoi ? »

« Tu m'as appelée mon cœur, est-ce que c'est parce que Jake et Tanya étaient présents ou simplement parce que… »

« Bella, » m'interrompit-il en me paralysant de la tête aux pieds.

Ça faisait seulement une nuit que Tanya était présente ici, et déjà on ne pouvait garder ce secret plus longtemps. Bien sûr la faute me revenait puisque c'était moi qui foirais tout sans cesse, et aujourd'hui Edward savait qui j'étais ; il savait que j'étais Bella ou que je me prenais pour Bella. Il m'enverrait certainement dans l'hôpital psychiatrique le plus en vogue du pays.

Je n'avais jamais réfléchi à l'attitude que je devais avoir en faisant face à une telle situation. Je n'avais jamais imaginé qu'un jour il puisse se rendre compte de la vérité. J'avais fait tout mon possible pour qu'il reste aveuglé et dans son monde, aussi tranquille que possible. Ok, j'avais décidé de redevenir une épouse aimante du jour au lendemain, j'avais à plusieurs reprises parlé de moi à la troisième personne du singulier, j'avais gardé ma maladresse et ma haine envers les robes, le maquillage et les escarpins à talons ; j'avais en quelque sorte fait changer Tanya, mais il ne s'était rendu compte de rien. Et c'est seulement en invitant la vraie Tanya qu'il ouvrait les yeux…

« Jake et Bella, » continua-t-il en haussant les sourcils.

« Hein ? »

« Tu as dit Jake et Tanya. »

Instinctivement ma main se posa sur ma bouche, l'empêchant de se rouvrir pour sortir une autre connerie. Non, il ne s'était rendu compte de rien, mais il allait certainement le faire très vite si je continuais sur cette lancée.

« Est-ce que tu te sens bien ? » Demanda-t-il en posant sa main sur mon épaule pour ne pas briser la connexion de nos regards.

Le mien idiot, le sien inquiet.

« Hum…oui, je vais bien, c'est juste qu'avec Bella…hum…nous avions l'habitude de s'échanger nos prénoms à la fac…un petit jeu de filles idiot. »

S'échanger les prénoms ? Quelle merde tu fais Bella ! Et rien qu'à son expression qui pesait le pour et le contre afin de savoir s'il devait me faire enfermer dans une maison de fous, j'avais la preuve que j'étais la pire des imbéciles.

« J'imagine que beaucoup d'amis font ça, s'échanger les prénoms, » dit-t-il en souriant cette fois-ci.

« Oui, lorsqu'on s'apprécie, c'était une sorte de mode à l'université. »

«Bizarre que tu n'aies pas voulu m'appeler Tanya et toi Edward dans ce cas. »

J'éclatai d'un rire nerveux, un rire qui sonnait tellement faux, que j'avais l'impression d'être ces pimbêches qui rigolaient pour n'importe quelles idioties sorties de la bouche d'un homme tel qu' Edward.

« Ça ne marche qu'entre personnes du même sexe. »

« Bien évidemment, » acquiesça-t-il en me lâchant l'épaule.

« Tu n'as pas répondu à ma question. »

« Parce que je ne sais pas quelle réponse tu souhaites entendre, » répondit-il en sans pour autant lâcher mon regard.

« La vérité me semble parfaite. »

« Tes amis sont-ils au courant de nos…hum…nos problèmes ? »

« En quelque sorte, oui. Ils savent que nous ne sommes pas les 'Monsieur et Madame Cullen' que tout le monde croit connaître si c'est ce que tu veux savoir, » avouai-je lourdement.

« Bien. Donc je ne ferai plus la même erreur. »

« Bien, » soufflai-je en baissant les yeux de peur qu'il ne voie le dégoût profond que je ressentais à cet instant précis.

Je me sentais d'autant plus stupide que j'avais pensé durant une minute qu'il m'appelait réellement 'mon cœur' pour moi et non pour prouver au monde entier que notre vie était aussi épanouie que possible. Pathétique.

« En revenant de chez Aro, j'aimerais que tu viennes déjeuner chez Esmée, » reprit-il.

Bon sang, à quoi jouait-il ? Il m'appelait 'mon cœur', me disait que c'était une erreur, me piétinant le cœur par la même occasion, puis m'invitait chez sa famille juste après. C'était quoi tout ça au juste ? Une mission 'Écrasons Bella jusqu'à ce qu'elle se rende enfin compte qu'Edward Cullen ne donne pas de seconde chance ?' »

« Je n'aimerais pas que tu fasses une autre erreur, » rétorquai-je un peu sèchement.

Je relevai les yeux vers lui et remarquai l'incompréhension qui gagnait son regard.

« Est-ce qu'il y a un problème, Tanya ? »

« Non, aucun ! » M'exclamai-je.

« Pourtant je vois bien que quelque chose ne va pas, Tanya. »

« Peut-être que je commence à en avoir marre de tes sautes d'humeur, » lâchai-je méchamment.

« Mes sautes d'hum… » Commença-t-il. « Tanya, je n'ai jamais dit que j'allais revenir sur mes pas et recommencer une vie pleine d'amour et de bonheur avec toi, » me fit-il remarquer avec exagération.

Je sentis la colère empiéter sur mes sentiments. Pour qui me prenait-il, bordel ?

« Mais ça, il faudrait me le faire comprendre une bonne fois pour toutes, Edward ! Faire ta putain de comédie de mec idéal commence réellement à me peser ! » Rageai-je en pensant à sa façon de jouer double face avec moi.

« Qu'est-ce que tu me fais là, Tanya ? À quoi tu joues ? Je pensais avoir été clair pourtant ! J'essaye de te refaire confiance, et après ce que tu m'as fait ça n'est vraiment pas la chose la plus facile à faire ! » Tonna-t-il, la colère perçant dans tous les recoins de sa voix.

« Et tu crois que ça l'est pour moi ? Tu crois qu'en te voyant me donner des surnoms débiles, me toucher, me dire du jour au lendemain que tu aimerais coucher dans la même chambre que moi est simple ? » Criai-je en m'approchant de lui.

« Ça devrait l'être pourtant. Tu n'as jamais eu de cœur ; ce n'est pas aujourd'hui que tu en auras un ! » Hurla-t-il à son tour.

Sa remarque me fit arrêter tout mouvement, abasourdie que j'étais par de tels propos. Ça n'en finirait donc jamais... Un rire mauvais sortit du fond de ma gorge quand je pensai à l'absurdité qu'il venait de proférer. S'il savait ce que Tanya endurait pour essayer de le sauver lui et sa famille, l'expression 'avoir un cœur' serait bien trop faible pour elle. Elle avait bien plus qu'un cœur et lui était bien trop aveugle pour le voir.

« Si tu ne veux pas venir chez Esmée, dis-le moi carrément et n'invente pas une foutue crise pour ne pas le faire, » dit-il les mâchoires serrées.

« Je te retrouve chez Esmée, » répondis-je, glaciale.

Il fronça les sourcils.

« Jake et Tanya seront avec moi, » précisai-je en tournant les talons pour couper court à toute conversation et ne plus voir son visage qui commençait réellement à m'insupporter.

~~~0~0~~~

Voilà comment je me retrouvai dans la limousine en direction du manoir des Volturi en compagnie de Jacob et de Tanya. Je n'avais pas cessé de repenser à la dispute que je venais d'avoir avec Edward. J'aurais pu lui donner raison et comprendre qu'il en voulait à Tanya, mais à force de jouer au mec lunatique, c'était devenu lassant pour moi. Oui, j'étais lassée de sentir mon cœur faire de dangereux bons dans ma poitrine lorsqu'il s'approchait trop près de moi, lassée d'arrêter de respirer lorsque j'attendais une réponse à une question que je lui avais posée, lassée de commencer à ressentir tout cet amour qui était en train de me bouffer de l'intérieur à force de me rendre compte que sa réciprocité était quasi improbable. Lassée de lui, tout simplement.

Lorsqu'il avançait d'un pas et que je me rendais compte que notre situation allait changer, tout de suite après il en faisait dix à reculons.

« Ça va, Bells ? » Me demanda Jake en me voyant perdue dans mes pensées.

Je lui fis un mince sourire et calai ma tête contre son épaule tout en lui prenant le bras.

« Ma vie me manque…et tu me manques, » avouai-je la gorge serrée.

Après un lourd silence, je sentis les lèvres de mon meilleur ami se poser sur mon front et me caresser les cheveux.

« On retrouvera notre vie, Bells. Je te le promets. Tu redeviendras la jolie brune de Forks qui adore se faire poser des lapins par son goujat d'ami. »

J'esquissai un mince sourire qui recueillit la larme qui s'était échappée de mon œil.

À cet instant je souhaitais une vie sans tous ces problèmes, une vie sans Edward et sans l'amour que je ressentais pour lui et qui commençais déjà à me consumer.

Je tournai le visage vers la vitre et observai les gratte-ciels, la population de Seattle, les hommes en cravates se dépêchant pour avoir un malheureux taxi, toute cette frénésie que nous n'avions jamais eue à Forks.

Avec un simple vœu, je m'étais mise dans le pétrin le plus total…

Ce fut seulement lorsque la voiture s'arrêta devant la maison Volturi que je refis surface. J'étais là et j'avais promis à Tanya de l'aider, quoiqu'il m'en coûte.

J'entendis le sifflement de Jacob qui ouvrit la portière sans prendre la peine d'attendre que le chauffeur le fasse.

« C'est pas le manoir que j'imaginais, bon sang ! » S'exclama-t-il en levant les yeux vers la gigantesque villa.

J'allais le suivre et descendre quand Tanya me retint par le bras.

« Merci pour tout Bella, pour Edward et pour moi, » me dit-elle en souriant.

« Ne me remercie pas maintenant, je ne sais vraiment pas dans quelle merde je suis en train de nous foutre. »

Elle tourna la tête de droite à gauche en souriant.

« J'ai juste hâte que tout cela finisse. Autant qu'Edward, je crois. »

« Il s'est passé quelque chose entre vous ? » Demanda-t-elle, perplexe.

« La routine. Edward me déteste et je remue ciel et terre pour avoir ne serait-ce qu'un minimum de reconnaissance, » répondis-je en souriant faussement.

« Tu l'as sa reconnaissance. Crois-moi, j'ai vu comment il se comportait avec toi ce matin et sa façon de regarder Jake… »

« Jacob, » la coupai-je froidement. « Il s'appelle Jacob. En plus de ma vie, ne me prends pas mon meilleur ami. »

Je sortis de la voiture, la laissant seule avec son expression surprise. J'avais sans doute été trop dure avec elle, elle ne le méritait peut-être pas. Rien de ce qui arrivait n'était de sa faute, mais j'avais besoin de quelqu'un sur qui me défouler et Tanya semblait être la meilleure proie. Le fait de me prendre ma vie ou de lui avoir offert ma vie n'était plus aussi réjouissant que ce qu'il avait paru au début. En plus de ça, elle n'avait pas le droit de me prendre mon Jacob. Il était à moi, à moi seule.

Comportement puérile, je vous l'accorde et c'est seulement en voyant Tanya apparaître à mes côtés que je me sentis profondément idiote d'agir ainsi. J'allais ouvrir la bouche pour m'excuser, mais elle m'arrêta en levant la main et en me souriant.

« T'en fais pas, ok ? Allons plutôt voir ce salopard, » me dit-elle en pénétrant dans la propriété des Volturi.

Avec Jake, nous la suivîmes main dans la main, mais avant qu'elle ne frappe à la porte, elle fit volte-face en regardant nos mains entremêlées.

« N'oublie pas qui tu es, Bella. Ne lui présente en aucun cas une nouvelle personne en qui tu tiens, » m'avertit-elle d'une voix grave.

Je lâchai la main de Jake et m'avançai vers la porte.

« Et on est supposés faire quoi hein ? Pourquoi sommes-nous ici ? » Paniquai-je.

« Hey Bells, calme-toi ok ! Tu l'as dit toi-même. Je vais demander à travailler pour lui, » répondit Jake en s'approchant pour me prendre par les épaules.

« Quoi ! » M'exclamai-je en écarquillant les yeux, choquée par sa phrase. « J'ai dit ça parce qu'il y avait Edward et puis…Non ! Non Jake ! Ca ne va pas ou quoi ? »

« Bella, tout ira bien, ok ? Tu diras à Aro que Jacob est ton garde du corps. Il ne te dira rien, je le connais, » intervint Tanya.

« Et toi alors ? Je peux savoir qui tu es ? Je peux savoir comment je vais te présenter à lui ? À moins que tu ne veuilles que je lui dise que tu es aussi mon garde du corps ? »

« Non, je…dis lui la vérité. »

« La vérité ? » M'écriai-je d'une voix aigue.

« Enfin, pseudo réalité, je veux dire. Que je suis une journaliste et que je fais un reportage sur Tanya Cullen. Laisse-moi faire, d'accord ? »

« Vérité ? Où est-ce qu'elle est la vérité dans tout ça ? »

« T'es vraiment un vraie trouillarde Bella, » commenta Jake en souriant.

« Oui je suis une trouillarde, une trouillarde lorsque nos vies sont en danger et lorsque tu… »

La porte s'ouvrit, ne me laissant pas le temps de continuer ma phrase, et James apparut, Aro sur ses traces. En nous voyant tous les trois debout sur le seuil de la porte, James fronça les sourcils et Aro plissa des yeux en me toisant. Parfait ! Vraiment parfait tout ça. Bon Dieu, dans quelle merde je nous avais foutus…

« Tanya ? » Demanda Aro d'une voix douce.

La comédie recommençait, m'exaspérai-je.

« Bonjour Aro, comment allez-vous ? »

« Bien, très bien même. Je suis juste assez surpris de te voir ici. Ta présence s'est faite drôlement rare, ces derniers temps. »

Il me fit un sourire mauvais et se tourna vers Tanya elle-même. Celle-ci s'avança vers lui et lui tendit sa main.

« Isabella Swan, je suis reporter pour un magasine de mode et je fais un reportage sur Mme Cullen. Elle nous a permis, à mon garde du corps et à moi, de la suivre jusqu'ici, » expliqua-t-elle en montrant Jake de sa main gauche, la droite toujours tendue vers Aro.

Ce dernier la serra en souriant, dupé par son magnifique jeu d'actrice.

« Donc vous êtes le grand Aro Volturi ? Je mentirais si je disais que je ne suis pas impressionnée de me retrouver devant vous, » continua-t-elle en souriant de toutes ses dents.

Voir un tel spectacle était tout à fait hallucinant. La facilité avec laquelle Tanya pouvait jouer avec mon corps et me rendre aussi puissante qu'elle devait certainement l'être était tout bonnement déconcertant.

« Si je me fie à ce que Tanya m'a dit sur vous, vous êtes une sorte de père pour elle…hum…est-ce qu'il me serait possible de vous poser quelques questions ? Je pense avoir fait le tour avec Mme Cullen et sa famille durant cette dernière semaine. J'ai bien sûr insisté pour passer tout mon temps à ses côtés et l'accompagner ici, chez vous. »

« Et bien que dire ? À part bienvenue chez moi, Mademoiselle Swan, c'est bien cela ? » Questionna Aro en penchant la tête sur le côté.

« Madame Swan, » corrigea-t-elle en glissant sa main contre celle de Jake et en y entremêlant ses doigts.

« Garde du corps et époux ? Original. »

« Toujours joindre l'utile à l'agréable, Monsieur Volturi, » sourit-elle en posant sa tête sur l'épaule de mon meilleur ami.

« C'est ce que je dis toujours ! » S'exclama-t-il. « Je vous laisse un instant en compagnie de Monsieur Salter, le temps d'un petit entretien avec Tanya, » poursuivit-il en désignant James de la main.

Tanya acquiesça en souriant et me regarda.

« À tout de suite Mme Cullen. »

« Hum…oui. »

Je sortis de ma torpeur lorsque je vis Aro m'offrir son bras. Un bras que je pris avec le plus de naturel possible. Il me conduisit à l'écart de Jake et Tanya. Cette dernière, qui m'avait littéralement bluffée, avait accroché son regard dans celui de James, et je commençai à avoir peur de la voir gâcher son pouvoir de manipulatrice en lui sautant dans les bras.

« Une journaliste, Tanya ? » Me demanda Aro lorsque nous fûmes assez loin de mes amis.

« Oui, j'ai tenté de la dissuader de venir, mais elle est plus têtue qu'une mule et croyez-moi, il n'y a pas plus collante qu'elle. ».

« Elle semble très…très sociale. Tu aurais dû la faire venir ici dès le début. Tu sais très bien que je n'ai pas honte de montrer au monde comment je vis. »

« Je le sais ça, mais elle voulait rester avec Edward et moi pour voir à quel point nous nous aimions, » dis-je en grimaçant.

La grimace était certainement facile à faire puisqu'elle était très appropriée face aux termes 'aimer', 'Edward' et 'moi'.

« La prochaine fois que cela arrive, fais-le moi savoir. J'étais à deux doigts de venir moi-même te réclamer, » répliqua-t-il avec un sourire atrocement faux.

« Pas de problèmes…je…je vous le ferai savoir. »

Tanya avait réussi son coup en si peu de temps et avait trouvé une bonne excuse pour justifier mes absences répétées de chez lui. Elle m'avait laissé une ouverture et je devais tout faire pour renforcer l'idée que j'étais toujours à son service et que je n'avais pas changé.

« Elle reste avec moi pendant un mois et demi et doit m'accompagner où que j'aille. Elle et son époux dorment chez moi. Donc j'aimerais savoir si ça vous pose un problème de la voir débarquer ici avec moi, » dis-je en essayant de cacher l'espoir que montrait ma voix.

« Aucun problème. Maintenant que je sais pourquoi tu as été absente tout me va très bien, » concéda-t-il toujours avec le sourire.

« Parfait. »

« Dis-moi, comment va Alice ? J'ai entendu dire qu'elle a eu un léger accident ? » Me demanda-t-il en haussant les sourcils.

Je regardai la monstruosité que j'avais devant moi et avalai la bile que j'avais au fond de ma gorge. Si seulement je pouvais, je lui aurais arraché les yeux.

« Un très léger accident oui. »

« Espérons que rien de similaire ou de plus grave ne puisse leur arriver. »

« Leur ? » Répétai-je sans comprendre.

« Les Cullen bien sûr ! » S'exclama-t-il en souriant comme un malade mental.

« Oui, espérons-le. »

Je fermai les poings de peur de faire quelque chose de stupide et tournai la tête pour voir au loin Tanya rire avec Jake et James. Elle était faite pour tout ça, moi pas. Elle pouvait passer de la fragile Tanya Cullen à l'invincible Tanya en un claquement de doigt, moi pas. Je n'avais pas envie de cette vie là, je ne pouvais certainement pas faire face à sa vie parce que je n'étais pas aussi forte qu'elle, et pourtant je le devais.

La voir rire ainsi et me sortir de la galère en moins d'une minute était incroyable et maintenant, j'avais l'impression que peut-être nous pouvions gagner contre Aro.

Toujours avec Aro, je retournai sur mes pas et retrouvai les trois autres. Tanya riait toujours, sans doute à une blague sortie par Jacob.

« À ce que je vois la bonne humeur est de partie ici, » commenta Aro en souriant à Tanya.

« Mon époux commençait seulement à compter le nombres d'années qu'il lui faudrait pour se payer une fontaine de ce genre, » répondit-elle en montrant la gigantesque fontaine d'anges que les Volturi avaient fait construire dans leur jardin.

« Elle vient de… »

« Volterra , oui je sais, j'ai eu la chance de voir cette fontaine dans un musée il y a bien longtemps, » le coupa-t-elle.

« Exactement, c'est bien cela…Madame Swan, j'aimerais vous inviter à dîner un soir, est-ce que vous accepteriez ? » Demanda Aro en regardant simultanément Jake puis Tanya.

« Dire non serait inconcevable ! Bien sûr je devrai regarder dans mon agenda si j'ai une soirée de libre, je…nous…nous vivons en quelque sorte chez M. et Mme Cullen, donc… »

« Oh, je suis certain que Tanya vous laissera une soirée de libre pour venir dîner auprès de moi, Mme Swan. »

« Appelez-moi Isabella, je vous en prie. »

« Isabella, » souffla-t-il en penchant la tête comme pour mieux l'observer.

Le simple fait d'entendre mon prénom sortir de son ignoble bouche me révulsait. Une chance qu'elle ne lui avait pas permis de l'appeler Bella.

« Vous pouvez prendre la soirée qui vous convient, Isabella, et j'imagine que votre époux vous accompagnera ? » M'enquis-je d'un ton innocent.

Tanya et Jake se tournèrent d'un même mouvement vers Aro, attendant que lui-même réponde à ma question.

« Bien évidemment que M. Swan est invité ! » S'exclama Aro en souriant.

« Black, Jacob Black. Nous avons préféré garder nos noms de famille respectifs. Une idée qui vient de ma femme, » répliqua enfin Jacob. C'était la première fois qu'il ouvrait la bouche depuis notre arrivée.

« Et laissez-moi vous dire que vous avez une femme tout à fait exceptionnelle. »

« Alors laissez-moi vous dire à mon tour que votre propriété est exceptionnelle, » rétorqua Jake en regardant le manoir.

Je réprimai un gloussement alors que Tanya explosait littéralement de rire.

« Voilà pourquoi je l'ai épousé. L'humour est l'atout le plus séduisant chez tout homme. »

Aro se mit par la suite à rire, un rire aussi faux que lui et tendit sa main vers celle de Jake.

« J'ai été content de vous connaître, vraiment. Je vous ferai parvenir la date du dîner par le biais de Tanya. »

« Parfait, » acquiesça Jake en lui serrant la main.

Il fit de même avec Tanya et se tourna finalement vers moi.

« Je t'appelle dans le courant de la semaine, est-ce que c'est bon pour toi, Tanya ? » Me demanda-t-il alors qu'il n'avait nullement besoin de le faire.

« Appelez-moi quand vous voulez. »

« Passez une bonne journée mes amis. À très bientôt j'espère. Tanya, tu peux rester avec tes invités, je n'ai pas vraiment besoin de toi en ce moment, » me dit-il tout en regardant la vraie Tanya.

« Bien Aro. »

Un dernier sourire à Tanya et il tourna les talons pour repartir vers le manoir. Mais avant d'arriver à la maison, il se retourna vers moi une dernière fois et me sourit.

« Je te considère aussi comme ma fille, » dit-il, tout sourire disparut.

Je me retins pour ne pas me jeter sur lui ou lui cracher à la figure et fis un effort surhumain pour lui sourire. Un sourire transformé sans doute en un rictus maladroit.

Une fois qu'il fut hors de notre vue et à l'intérieur de son manoir, je baissai les épaules et soufflai un bon coup, enlevant tout ce poids que j'avais laissé s'installer en descendant de la limousine.

« Tanya, j'aimerai te parler un instant, » entendis-je James me dire.

Je me mordis la lèvre et me tournai vers lui.

« Oui, James ? »

« En privé s'il te plaît. »

Depuis que Tanya m'avait dit qu'il était en réalité un indic, une sorte d'agent secret qui s'aventurait près d'Aro pour le détruire, j'avais tout fait pour essayer de ressentir un minimum de compassion et voir un minimum de bonté chez lui, mais c'était impossible. Il y avait et il y aurait toujours ce mur entre nous, ce mur qui m'empêchait de lui faire totalement confiance. La première rencontre était déterminante et lorsque j'avais vu son attitude avec moi, je l'avais tout de suite haï. Il n'était plus question de haine aujourd'hui, par contre la confiance n'était pas là.

« Bien sûr. »

J'observai un instant Tanya qui, bizarrement, se balançait d'un pied à l'autre, une sorte d'impatience sur son visage qui jadis était le mien, et je sus qu'elle voulait tout lui dire, balancer notre secret d'un trait. Une chose pourtant inconcevable pour moi.

Je me dépêchai donc de lui prendre la main et de l'éloigner d'elle le plus vite possible.

« Je t'écoute, » lui dis-je, une fois assez loin des deux autres.

« Tu te fous de moi ? C'est une blague, c'est ça ? » Demanda-t-il en souriant.

« Explique-moi… »

« Non, toi explique-moi dans quel bordel t'es en train de te foutre, merde ! » S'écria-t-il en montrant Jake et Tanya de la main.

« J'ai été obligée de les amener. Cette fille ne voulait pas me lâcher et… »

«…et tu t'es dit que tu pourrais les amener voir Aro Volturi pour avoir la chance de les ajouter à la liste des personnes à faire buter ?

Je réprimai un frisson face à la vision d'horreur qui me traversa l'esprit et secouai la tête pour chasser la vue de Jake se faisant buter par Aro et pour revenir sur Terre.

« J'ai la chance de ne plus être obligée de venir ici pendant un mois et demi, James, grâce à eux ok ? »

« Ne plus venir ici ? Mais ça fait plus de deux moi que je ne te vois presque plus, Tanya ! Dis-moi ce qu'il se passe parce que là je ne te comprends vraiment plus. »

« Il ne se passe rien du tout, James. »

« J'ai le droit de savoir, » me dit-il d'une voix presque suppliante.

Très vite, j'eus presque pitié de lui, et bizarrement le voir ainsi me fit sentir un peu mal. Il n'avait rien fait pour mériter tout ça de ma part. À part me prévenir de la colère d'Aro, il n'avait vraiment rien fait.

« Tu aimes toujours ton époux, c'est ça ? » Demanda-t-il d'une voix intense et presque triste.

Je baissai les yeux, trouvant soudain mes chaussures plus intéressantes à regarder que lui. Je n'osais pas croiser son regard de peur de craquer et de lui dire la vérité, tout comme Tanya s'apprêtait à le faire. Mais je me repris très vite et pour une fois lui donnai ce qu'il voulait entendre depuis le début.

« Non, c'est toi que j'aime James, et ça, ça ne changera pas. »

Je lui pris la main et la serrai fermement dans la mienne.

« Tu…tu m'aimes ? » Demanda-t-il en fronçant les sourcils.

Ok, à en juger par son expression, Tanya ne lui avait jamais fait le speech du 'je t'aime à en crever' et moi je venais donc de faire le travail pour elle.

« Je…je pensais que tous les deux nous étions enfin… »

Il soupira et leva la main pour la poser sur ma joue. Sa caresse était tout le contraire de celle que j'avais ressentie avec Edward, mais je fis de mon mieux pour jouer la même comédie dont Tanya était capable. J'en étais capable moi aussi.

Je fermai les yeux tout en inspirant, et d'un mouvement de tête me rapprochai plus fermement de sa paume.

« Je suis désolée, James… »

« Je sais, tout s'arrangera, Tanya, je te le promets. »

« Je le sais, je te fais confiance James. »

« Lorsque…lorsque tout ça sera fini, lorsqu' Aro croupira en taule, nous partirons ensemble… »

« Merci James, pour tout ce que tu fais. »

« J'ai pas l'habitude de voir des vies s'effacer juste parce qu'un homme comme Aro Volturi n'apprécie pas qu'on le contredise. C'est mon job de préserver le monde de ce genre de monstre. Et même si je n'apprécie pas vraiment Cullen, je sais que tu l'as aimé et je ferai tout mon possible pour l'aider lui et sa famille…ta famille. ».

« C'est toi ma famille maintenant, » soufflai-je en me jetant dans ses bras.

Après le discours qu'il m'avait fait, il avait le droit d'avoir ce genre de reconnaissance. Est-ce que je lui faisais confiance à présent ? Définitivement oui.

Je m'éloignai de lui et lui fit un mince sourire.

« Je dois retrouver Esmée pour déjeuner. On se verra très vite, ok ? »

Il acquiesça et me raccompagna vers Jake et Tanya. Ces derniers nous avaient sans doute vus de loin, et le 'merci' discret de Tanya confirma que c'était le cas.

Sur le chemin du retour, Tanya se jeta littéralement sur moi pour savoir ce que James m'avait dit. Et lorsque je lui eus parlé des prochains projets de James, un sourire énorme s'étira sur son visage.

« Rien que nous deux ? » Demanda-t-elle les yeux brillants.

« Oui rien que vous deux. Tu devras certainement avoir une conversation avec Edward et surtout retrouver ton corps, parce qu'être avec James, très peu pour moi, » grimaçai-je.

« Merci, merci, merci ! » S'écria-t-elle. « Pour retrouver nos corps, j'ai mon idée ; nous ne l'avons pas testée et je crois que… »

« Se toucher, c'est ce que tu penses ? J'y ai aussi réfléchi hier soir et je l'ai sentie, cette sensation que j'avais ressentie lorsque j'avais fait ce vœu… »

« Moi aussi…Tu…tu veux qu'on le fasse maintenant ? » Hésita-t-elle.

Je regardai Jake, cherchant de l'aide quelque part chez lui.

« Fais-le Bella, mais crois-moi, je ne veux pas rejouer le rôle de l'époux avec toi. »

Je me mis à rire.

Si je retrouvais mon corps, je continuerais à les aider et j'arrêterais tous ces mensonges. Je ne serais certainement plus apte à rester avec Edward, mais ça n'était plus aussi important à mes yeux aujourd'hui. La pseudo relation que nous avions était vouée à l'échec et je n'avais pas la force de souffrir par amour. J'avais assez donné dans ma vie.

Je levai alors la main, le cœur battant comme jamais et je vis le reflet de mon expression dans celui de Tanya. De l'espoir mélangé à de la peur et peut-être même de l'hésitation.

La situation pouvait paraître idiote, voire même ridicule pour une tierce personne, mais pour moi ça ne l'était pas. Aujourd'hui je croyais au surnaturel, aujourd'hui je savais que dans ce monde tout n'était pas que réalité et que peut-être ces fous qui disaient croire aux sorciers, aux fantômes et autres créatures imaginaires, n'étaient peut-être pas aussi fous que cela. Nous étions les fous dans ce monde, aveuglés par la réalité et la peur de se voir incompris.

À seulement un millimètre de distance de la main de Tanya, je lançai un dernier regard vers mon meilleur ami, qui semblait lui aussi retenir son souffle, et enfin je la touchai.

Je la touchai, je sentis sa peau contre la mienne, la moiteur de sa main, ou peut-être était-ce ma main ? Mais quoi qu'il en soit, rien ne se produisit, pas de sensation bizarre, pas de changement de corps. Rien.

J'étais Tanya, elle était Bella et nous semblions réellement ridicules dans cette situation.

« Ça aurait dû marcher, » s'impatienta Tanya en me serrant la main davantage.

« J'en sais trop rien. Nous n'étions pas vraiment sûres de ça de toute façon. »

« Je sais, mais ça devrait marcher ! Tu l'avais senti hier soir et lorsque tu es à mes côtés je me retrouve ! »

Elle serra encore plus fort ma main, me faisant presque gémir de douleur tant j'avais l'impression de me faire broyer les os.

« Ta…Tanya, ce sera pour une…une prochaine fois… » Gémis-je en tentant de reprendre ma main.

« Oui, une prochaine fois, » murmura-t-elle en me relâchant enfin.

Je soupirai, et en voyant l'air déconfit de Tanya, je ne sus plus quoi faire. Elle voulait apparemment reprendre son corps, bien plus que je ne le voulais. Mais malheureusement je me rendais compte à présent que ça n'était du ressort de personne.

Lorsque nous arrivâmes chez les Cullen, ma première impression en voyant la maison fut la surprise. Je m'attendais à une gigantesque maison de riche, avec piscine et jardin de dix hectares, mais ce que j'avais devant moi n'était qu'une simple petite maison familiale. Je n'avais jamais eu l'occasion de rencontrer les Cullen chez eux, ni de voir dans quelle sorte de maison ils avaient pu vivre, en tout cas, c'était tout sauf ce que j'imaginais.

Tanya se mit à mes côtés et regarda la maison en fronçant les sourcils, l'air de se concentrer sur quelque chose.

« Un conseil, ne te retrouve pas seule dans une pièce avec Rose, » me dit-elle avant d'avancer vers la porte d'entrée.

Son conseil, je l'avais appris à maintes reprises. Je fis signe à Jake de me suivre et on frappa à la porte qui s'ouvrit une bonne minute après.

Ce fut Esmée qui nous fit face, un sourire chaleureux sur son visage, un sourire à fendre le cœur de n'importe qui.

« Bonjour Tanya, ça me fait plaisir de te voir enfin ici, » me dit-elle en me laissant passer.

« Merci…hum…j'aimerai te présenter quelques amis. Bella Swan et Jacob Black. »

« Enchantée les enfants, » sourit-elle en leur serrant la main. « Edward n'est pas encore arrivé, par contre Alice et Emmett sont là, je vous laisse avec eux. Tanya, tu sais où se trouve le salon. »

« Bien sûr, » mentis-je en regardant Tanya qui n'avait pas ouvert la bouche depuis notre arrivée.

Un silence s'installa pendant qu'Esmée me regardait, visiblement inquiète. Le problème c'est que je ne savais pas où se trouvait le salon. J'étais dans un hall, et à ma droite il y avait une cuisine et deux portes fermées. J'attendais simplement que la véritable Tanya sorte de son mutisme et fasse quelque chose pour nous amener dans le salon.

« Ne me dis pas que tu as oublié la maison. Rien n'a changé depuis ta dernière visite. »

« Non…bien sûr que non, je n'ai pas oublié la maison, euh…Bella, Jake, passez devant c'est par là, » tentai-je de dire en montrant une des portes de droite.

Tanya reprit enfin ses esprits et me montra discrètement un long couloir à ma gauche. Je fis un dernier sourire à Esmée et m'y engouffrai en compagnie de Jake.

« La prochaine fois tu pourrais m'aider. C'est la première fois que je mets les pieds ici ! » Murmurai-je entre mes dents.

« Désolée, c'est juste que…je suis surprise de voir Esmée aussi gentille avec toi après tout ce que je lui ai fait. »

Je ne répondis pas ; elle devait savoir que les Cullen étaient incroyablement bons.

Le bout du couloir nous conduisit dans une grande pièce, encore une fois assez simple, à l'image d'Esmée. Deux fauteuils près d'une cheminée se faisaient face, et plusieurs tables sur lesquelles se trouvaient des vases décoraient la pièce. À l'autre bout de celle-ci, il y avait un mur sur lequel se trouvaient d'innombrables cadres photos. Sûrement des photos de famille.

« Tanya ? » S'exclama une voix que j'identifiai comme étant celle d'Alice.

Je me retournai et la vis avec une pochette cartonnée à la main.

« Salut Alice, comment vas-tu ? »

« Bien, euh…je ne m'attendais pas à ce que tu viennes…et accompagnée en plus de ça, » fit-elle en désignant mes compagnons de la tête.

« Oui…Edward m'a proposé de venir déjeuner avec vous et…euh…je tenais à te présenter Bella Swan et Ja… »

« Jacob Black ! » S'écria une seconde voix que je connaissais aussi.

Jasper venait de faire son entrée en compagnie d'Emmett, le regard abasourdi.

« Bella ? » S'étonna-t-il en souriant à Tanya qui regardait Jasper sans savoir quoi faire.

«Jazz ! Bon sang, comme ça me fait plaisir de te voir ! » S'écria Jack en le prenant dans ses bras. Une sorte de diversion.

« Moi aussi, c'est juste que…qu'est ce que vous faites là ? »

« Tanya nous a invités et…et nous sommes là, n'est-ce pas Bella ? » Demanda Jack en se tournant vers Tanya.

« Oui, elle…euh…elle nous a invités pour euh…pour…elle nous a invités, » bafouilla-t-elle pitoyablement.

Bordel, où était passée la Tanya Cullen forte et invincible ? Voilà sa kryptonite…les Cullen.

« Je ne savais pas que vous vous connaissiez, » dit Jasper.

« Le monde est petit, » souris-je.

« Drôlement petit, ouais, » confirma Alice en nous regardant les yeux plissés. « Donc tu dis être Bella Swan, une amie de Tanya. La même Tanya qui ma dit être Bella… »

« Pardon ? » M'exclamai-je en me tournant vers elle.

Là j'étais foutue.

« Je peux savoir ce qu'il se passe ici ? » Demanda enfin Emmett en nous regardant à tour de rôle.

« Rien, il ne se passe rien du tout. C'est juste que je connais Jacob et Bella et je les ai présentés à Tanya il n'y a pas longtemps, » lança Jasper en me regardant.

Je fronçai les sourcils d'incompréhension. Là c'était sûr, nous étions dans la quatrième dimension.

« Pourtant tu as été aussi surpris que moi en les voyant ici en compagnie de Tanya, » intervint Alice qui n'allait certainement pas lâcher l'affaire.

« Tu es donc Alice, la fille qui a réussi à voler le cœur de ce débile en un rien de temps ! » S'exclama Jack en croisant les bras. « Je ne sais pas comment tu as fait, mais si un jour vous faites des enfants, je prierai pour qu'ils aient la tête de ta femme et non la tienne, Jazz. »

Une autre diversion, pensai-je en levant les yeux au plafond.

Et une diversion qui marcha puisqu' Alice se mit à rougir en s'approchant de Jasper pour lui prendre le bras.

« Il n'y a pas plus beau que mon Jasper, » souffla-t-elle d'une voix douce.

« J'imagine qu'elle n'a pas eu l'occasion de voir cette petite malformation héréditaire que tu as au… »

« Hep, Hep, Hep ! Jack mon vieux ! Est-ce que je t'ai dit que ça me faisait vraiment plaisir de te voir là, avec nous et Bella ! » Le coupa-t-il en lui faisant de gros yeux.

Jake se mordit la lèvre pour ne pas exploser de rire pendant qu'Alice le regardait avec perplexité.

« De quelle malformation est-ce qu'il parle ? »

« Malformation ? Qui a parlé de malformation ? » S'étonna Jasper en nous regardant en haussant les sourcils.

« Mais ton ami a dit que… »

« Il n'a rien dit, il n'a même pas parlé. N'est-ce pas Jacob ? »

« Non, non je n'ai pas parlé, » sourit ce dernier.

« Si, tu as dit qu'il avait une… »

« 'Une' rien du tout ! » La coupa Jasper en lui donnant un baiser sur le joue.

« Mais… »

« Sérieusement les gars, il se passe quoi ici ? » Demanda Emmett une seconde fois.

« Oui, qu'est-ce qu'il se passe ici ? »

D'un même mouvement, nous nous retournâmes tous vers la source de la question qui n'était autre que Rosalie. Une Rosalie qui allait certainement faire du bruit vu son expression.

« Qu'est ce qu'elle fout là ? » Tonna-t-elle en me désignant de la tête.

« Edward lui a proposé de déjeuner avec nous, Rose, » répondit Alice.

« Un déjeuner qui se fera sans moi ! »

« Bébé… » Tenta de l'amadouer Emmett en lui prenant la main.

« Pas de ça Emmett, je ne veux pas la voir dans la même pièce que moi, et surtout pas sous ce toit ! Si ce cher Edward veut se refaire avoir et signer un nouveau pacte avec ce diable, qu'il le fasse. Mais je lui interdis de nous l'imposer ! » S'écria-t-elle avec rage.

« Rose, je… » Commençai-je en m'approchant d'elle.

« Et je t'interdis de m'adresser la parole ! »

Sur ces mots, elle tourna les talons et disparut, emportant son imposant ventre avec elle.

Un nouveau silence maladroit se fit sentir pendant que nous nous regardions tous dans le blanc des yeux. Et ce fut, à mon plus grand étonnement, Tanya qui le brisa la première.

« J'aimerais aller lui parler, essayer de la raisonner, » dit-elle en se tournant vers Emmett.

« Je…euh…ma femme est vraiment têtue quand elle le veut et crois-moi, le mieux c'est de ne pas se retrouver dans… »

« …la même pièce qu'elle, je le vois bien. Mais je tiens vraiment à lui parler. »

« Elle est dans la première chambre à l'étage, » confia-t-il en levant le doigt vers le plafond.

Tanya acquiesça et suivit les traces de Rosalie.

« Et ne lui parle surtout pas si tu la trouves près d'une lampe ! » Lança une dernière fois Emmett par-dessus son épaule.

Oui, Rosalie faisait vraiment peur et je n'étais pas la seule à le penser. Mais apparemment Tanya voyait là une chance de lui parler sans qu'elle ne lui lance véritablement une lampe à la figure.

« Il faut que j'aille poser ça en haut et je reviens, » dit Alice en nous montrant sa pochette.

« Emmett, tu devrais aller t'assurer que Bella ne se fait pas arracher les cheveux par Rosalie, » proposa Jasper.

« Ouais, t'as certainement raison. »

Il suivit Alice et c'est ainsi que je me retrouvai seule en compagnie de Jacob et de Jasper. Ce dernier donna une énorme frappe sur la tête de son voisin en fronçant les sourcils.

« Ouch ! Bordel qu'est-ce qui te prend ? » S'indigna Jake en se grattant les cheveux.

« Une malformation héréditaire ? C'était l'une des choses qu'on s'était promis de ne pas balancer ! »

« Je tentais de changer de sujet ! »

« Quoi ? Le sujet bizarre du Tanya est en réalité Bella ? » Lança Jasper en me regardant plus attentivement.

J'écarquillai les yeux et me tournai vers lui.

« Tu comptais te cacher combien de temps, Bella ? »

« Quoi ? Co… »

« Sérieusement, je te connais, et la Bella que j'ai vue aujourd'hui, c'était tout sauf toi ! »

« Comment ça tout sauf moi ? »

« Des chaussures à talons ? »

J'ouvris la bouche pour parler mais rien ne sortit.

« Jasper est fou, je le savais ce mec est un malade mental ! Il m'a fallu je ne sais pas combien de temps pour encaisser cette nouvelle et toi en seulement deux minutes tu trouves normal de savoir que Bella se trouve dans le corps d'une autre. »

« Alice a émis cette hypothèse, elle m'a parlé d'une Bella et j'ai commencé à me poser certaines questions. Je sais que c'est fou, je sais surtout que ce qu'il se passe là ne relève pas de la réalité. »

« SI Jasper ! Le problème c'est ce que tout est réel ! J'ai fait ce vœu de demander à changer de corps avec Tanya Cullen et … »

« Vœu de psychopathe, faut le dire, » coupa Jacob en croisant les bras.

Je le fis taire d'un regard noir et poursuivis, « Voilà comment je me retrouve ici avec un changement de corps bizarre. Et je suis dans une totale merde parce que… »

« Parce que tu es Bella Swan, » continua Jasper en souriant.

« Oui et que… »

« Et qu'il n'y a pas plus poissarde que toi, » conclut-il.

Je soupirai devant la vérité et baissai les yeux quand Jasper me prit dans ses bras.

« Tu m'as manqué, Bells. Maintenant tu n'es plus seule, enfin je veux dire tu n'es plus seule avec Jacob. Ce mec ne sert pas à grand-chose, tu as du t'en rendre compte… »

Jacob fit un superbe doigt d'honneur à Jasper qui me fit un baiser sur le front.

« Alors, dites-moi, est-ce qu'il y a un moyen de tout faire revenir dans le bon ordre ? » Demanda-t-il en me lâchant.

« Aucune idée, je… »

Je fus coupée par Alice qui revint vers nous en souriant.

« Tanya, ma mère aimerait te voir, » me dit-elle.

« Oh…euh…oui, bien sûr. »

Je fis un mince sourire à Jasper et sortis de la pièce pour rejoindre le hall, la cuisine étant juste à côté.

Ainsi Jasper était un allier. Ça ne m'étonnait pas vraiment de le voir découvrir la vérité aussi vite. J'avais plusieurs fois gaffé avec lui, et entre lui et Jacob, il était le plus enclin à croire à ce genre d'histoires bizarres.

« Tanya, te voilà, » me lança Esmée qui était devant la cuisinière.

« Oui, Alice m'a dit que tu voulais me voir. »

« J'ai entendu ce que Rose t'a dit, » commenta-t-elle en guise de réponse.

« Oh…je ne m'attendais pas vraiment à ce qu'elle me pardonne, » dis-je en souriant tristement.

« Il lui faut du temps. À elle, à Edward aussi. Alice est quelqu'un de très ouvert et elle ne peut pas détester quelqu'un. »

« Je sais. »

« Malgré tout ce qu'il c'est passé, Tanya, je sais qu'au fond de toi tu restes quelqu'un de bien. »

« Esmée, je… »

« Edward t'aime toujours, je le sais, je connais mon fils. La façon qu'il a de te regarder, je le sais tout simplement. »

« Je ne mérite pas son amour, Esmée… »

« Vous avez réussi à surmonter beaucoup de problèmes ; celui-ci est l'un des plus difficiles que vous ayez connus… »

« Je l'ai trompé, il m'a trompée, il ne dort plus avec moi et il m'a dit en face qu'il ne se passera plus jamais rien entre nous... Est-ce que tu penses que ce problème est simple à régler ? »

« Sois la Tanya que je connais. Que Carlisle connaissait ! »

« Je…je suis tellement désolée Esmée, » murmurai-je, triste pour elle, triste de voir à quel point cette femme pouvait être bonne, même avec une personne qui l'avait détruite elle et sa famille.

« Je sais Tanya, je le sais très bien. »

Elle me prit dans ses bras et me caressa les cheveux. Tout ce que je voulais aujourd'hui c'était les aider, peu importe que je finisse avec son fils ou non, tant qu'ils retrouvaient leur vie d'antan, ça m'allait. Il n'y aurait plus jamais d'Edward et de Tanya si celle-ci retrouvait son corps, et il n'y aurait certainement jamais d'Edward et Bella. Cet homme était programmé pour ne plus jamais aimer, même si sa mère disait le contraire.

« Vous êtes encore jeunes, Tanya, vous ne savez pas ce qu'est la vie et vous avez le temps pour vous reconstruire et mûrir, » souffla-t-elle en continuant de me caresser les cheveux.

Qui était cette femme qui était prête à faire table rase du passé et pardonner sa monstrueuse belle-fille ? Paradoxalement, je me sentais mal, vraiment mal. Je savais que Tanya ne méritait pas tant de reconnaissance de sa part, et je ne voulais certainement pas être aimée par elle. Son fils avait raison sur tout. Rosalie aussi.

« Tu ne peux pas me pardonner pour ce que j'ai fait, Esmée. Sérieusement, à ta place je ne pourrais jamais accorder mon pardon à une personne comme moi ; je vous ai causé tellement de problèmes, et puis il y a eu ton époux. Quel genre de personne partirait en vacances pendant l'enterrement de son beau-père ? »

Elle s'écarta de moi et prit mon visage entre ses mains. Je pouvais voir à travers l'humidité de ses yeux noisette qu'elle avait souffert pour son époux. Elle me sourit tendrement et pencha la tête sur le côté.

« Le passé c'est le passé. Carlisle t'aimait et te considérait comme sa fille. Tu ne lui as jamais manqué de respect de son vivant et je sais, non, je suis sûre que tu l'aimais comme tu aimes Eleazar. »

Je voulus répondre, sortir une phrase de remerciement, mais je ne pus ouvrir la bouche. J'avais l'impression d'être une voleuse de vie ; toutes ces belles choses qu'elle venait de dire n'étaient pas censées m'être adressées.

Un raclement de gorge me sortit de mon mutisme et je tournai le regard pour croiser celui d'Edward.

Il nous regarda Esmée et moi, faisant des allers-retours entre sa mère qui avait les mains posées sur mon visage, et moi.

« Edward, mon chéri tu es là ! » S'exclama-t-elle en me lâchant pour l'embrasser.

« Bonjour maman, désolé du retard, j'ai eu un léger contretemps, » s'excusa-t-il en me regardant par-dessus l'épaule de sa mère.

Je baissai les yeux, voulant fuir à tout prix son regard si captivant.

« Tanya, est-ce que je peux te parler ? » Me demanda-t-il malgré tout.

J'acquiesçai et le suivis après avoir souri gentiment à Esmée.

Il nous mena hors de la maison et le froid glacial du jardin me fit regretter de ne pas avoir pris mon manteau avec moi.

« Tu as froid ? » Me demanda-t-il soudainement.

« Non, je vais très bien, » répondis-je plus sèchement que ce que je voulais.

« Ça n'était pas une question, mais une affirmation. Tu trembles, Tanya. »

Je levai la tête vers lui et croisai son regard mi-amusé, mi-sérieux. D'un coup, toute la colère que j'avais ressentie envers lui s'évapora. Je ne pouvais définitivement pas lui en vouloir de ne pas faire confiance à une personne comme Tanya.

À ma plus grande surprise, il retira sa veste et me la mit sur les épaules.

« Pourquoi tu fais ça, Edward ? » Lui demandai-je en serrant les poings sur le col de sa veste pour la maintenir sur moi.

« Je tenais à m'excuser. Je suis désolé d'avoir réagi aussi méchamment ce matin… »

« Edward… »

« Non, Tanya, j'ai été le salaud dans l'histoire. Tu n'as rien fait pour que je m'acharne sur toi de la sorte. »

« Je n'ai rien fait ? » M'étonnai-je en arquant un sourcil.

Avait-il oublié ce que sa femme lui avait fait ?

« Non, tu n'as rien fait de répréhensible depuis des mois. Je sais que tu as changé, en bien. En très bien, même. Tu as de nouveaux amis qui sont tout sauf les amis que tu avais avant, et même ton attitude a changé. Littéralement. »

Je me mordis le coin de la lèvre, heureuse de voir qu'il parlait enfin de moi et non de Tanya. Pour une fois, je pouvais me sentir visée.

« Je t'ai vu avec Esmée, » me dit-il alors, « et elle a raison sur une chose. Carlisle t'aimait vraiment et savait que tu étais quelqu'un de bien au fond… »

« Edward, ne dis rien s'il te plaît. J'ai fait des… »

« Lasse-moi finir, » me coupa-t-il en serrant la mâchoire.

Je me tus et le regardai, les lèvres enflées à force d'être torturées par mes dents.

« J'ai confiance en toi. Je sais que tu ne feras plus rien contre moi et que toutes les menaces que tu m'avais faites précédemment n'existent plus. »

Il avait confiance en moi, c'était bon pour moi. Très bon même. Peut-être que la chance existait réellement et que le couple Cullen allait renaître…

« Oui, mais…où est-ce que tu veux en venir au juste ? »

« Je demande le divorce, » dit-il d'un ton sans un appel.

Un ton qui me coupa la respiration d'un coup sec. Divorce…un mot que je n'aurais jamais pensé entendre de sa bouche. Étais-je autorisée à accepter ? Normalement oui, parce que je savais que Tanya voulait aussi le quitter. Seulement, la réciprocité n'était pas identique avec moi. Il voulait divorcer, m'effacer de sa vie pour de bon.

« Tu…tu veux divorcer ? » M'étranglai-je.

« J'expliquerai aux journalistes que la décision venait de toi et que j'ai eu le malheur de te tromper. Je ne salirai pas ton image, si c'est ce que tu veux savoir. »

Je tournai la tête de droite à gauche et me fis violence pour ne pas lui balancer mon poing à la figure. Mon image, il pensait que j'allais m'inquiéter pour mon image ! J'en avais vraiment assez de lui et de ses conneries. J'avais la gorge nouée et je ressentais encore cette bataille incessante qui me disait de choisir entre partir et le frapper réellement. Lui faire voir que moi aussi je pouvais avoir un cœur et que même s'il avait était sali, il continuait de battre. Que moi aussi j'étais humaine et que j'avais un semblant de sentiments en moi. J'avais besoin de lui dire tout cela et encore plus à cet instant.

« Visiblement tu te trompes sur toute la ligne, Edward. Tu ne penses pas vraiment que j'ai changé…tu ne le penseras jamais, » lui crachai-je avec dégoût.

« Tanya, si… »

« J'accepte de divorcer, par contre je n'accepterai pas de mensonges. Plus aucun mensonge, Edward. Et je me fous de ma putain d'image ! » M'écriai-je en tournant les talons.

Un pas, un second, et me voici soudainement retournée avec force, et avant que je ne puisse esquisser le moindre mouvement, ses lèvres s'écrasèrent violemment sur les miennes. Une puissante sensation ensevelit tout mon être. Cette sensation que j'attendais depuis plus d'un mois était présente…


Voilà voilà, dites moi ce que vous en avez pensé. Ca vous a plu? Trop long? Le baiser à la fin? Dites moi tout!

Merci à ma fromidable bêta Milk, qui a reussi à rendre ce texte plus facile à lire^^.

A dans deux semaines!

Bisous

Lina