C'est au tour de Daphné de garder Scorpius. Et d'en faire les frais, aussi.
Sans oublier des énormes mercis pour les reviews encourageantes de l'OS précédent :)
Disclamer: L'univers d'Harry Potter appartient à JKR.
Toile de soleil.
Daphné lui avait recommandé tout en lui fournissant de la peinture:
« Ne bouge pas, je m'absente un court instant, voilà de quoi t'occuper. Il y a des parchemins sur la table. Sois sage, d'accord ? »
Il avait acquiescé et ensuite, elle s'était rendue dans le dépôt attenant à sa galerie d'art. Dans le fauteuil de cuir noir habituellement occupé par sa tante lorsqu'elle s'entretenait longuement avec ses acheteurs potentiels, Scorpius leva les yeux vers le plafond. La salle était construite en forme de dôme fait de verre, la lumière y perçait sans mal et illuminait les nombreuses œuvres d'art que Daphné exposait et vendait.
Il se pencha sur le bureau, attrapa ce qui lui semblait être un parchemin mais en l'observant de plus près, il distingua du tissu blanc étendu sur un cadre de bois rectangulaire. Une toile où trônait un simple rond noir. Il s'arma d'un pinceau et commença à dessiner.
Dehors, le soleil commençait à se coucher.
Les doigts tâchés, Scorpius interpella sa tante qui venait nouveau d'entrer dans la galerie.
« Tante Daphné, regarde, il est beau mon dessin, hein ? »
Sa tante s'était approchée derrière lui et avait jeté un œil sur l'œuvre. Du bleu zigzaguait dans du jaune poussin qui s'étendait sur toute la largeur du tableau, entrecoupé de tâches vert brillant, de points orangés ainsi que de traits violets.
« C'est un très joli tableau que tu m'as ébauché là » complimenta la jeune femme.
Elle se figea soudainement. Tableau ? Tableau, comment ça, tableau ? Tableau, comme… tableau ? Un doute s'insinua dans son esprit. Oh par Morgane, il n'avait pas osé…
« Scorpius, où as-tu déniché cette toile ?
- Là, sur la pile de parchemins, indiqua son neveu en pointant du doigt le tas en question. On pourra l'accrocher dans ma chambre ?
- Sur la pile de parchemins ? Mais, sur les papiers il y a… »
Il avait donc osé. Daphné ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Scorpius dévisagea sans comprendre sa tante immobile devenue brusquement blême. Elle ressemblait à une de ces statues grises exposées dans sa propre galerie où elles étaient assises autour d'une table, sauf que la jeune sorcière n'était pas figée en train de prendre le thé.
« Petit emmerdeur, réussit-elle à formuler à voix basse. Digne fils de son père. »
Puis elle sembla se ranimer quand son regard se posa à nouveau sur l'objet du sacrilège.
« Cette toile était la représentation existentielle du sorcier, d'un génie de l'alchimie, Philippus Theophrastus Aureolus Bombastus Von Hohenheim, autrement dit Paracelse ! Une œuvre du XVème siècle ! Qui avait survécu aux aléas du temps ! Un bijou du patrimoine sorcier ! Et voilà que toi, tu… »
Représentation existen-quoi ? Philius Théomachin Von qui ? Quel parapluie ? Scorpius se renfrogna. Un point noir qui ressemblait à une mouche écrasée était plus beau que son soleil ?
« Mais, tante Daphné, tu as dit que mon tableau était joli. » dit-il d'une petite voix.
La jeune femme inspira profondément. Se calmer, ne pas penser au longs mois coûteux et teintés d'efforts pour obtenir le tableau. Se calmer, se calmer, se calmer…
« Ça, c'était avant que je découvre que tu as dessiné un soleil, très joli je te l'accorde, sur l'œuvre que je dois vendre, répondit-elle plus doucement avant de se souvenir d'un détail. Par Merlin, la cliente doit venir ici à l'instant ! »
Son neveu sentit ses yeux le picoter et ses lèvres se mettre à trembler.
« On l'accrochera pas dans ma chambre alors ? »
La réponse de cette dernière se perdit dans la mélodie cristalline du carillon de la porte. Daphné tordit nerveusement une mèche de ses longs cheveux dorés avant de se recomposer un masque impassible. Elle se tourna vers le fils de sa sœur.
« Assis et pas un mot. »
L'héritier Malefoy jugea sage de ne pas bouger du fauteuil.
« Ah, c'est toi la cliente. »
Scorpius trouvait que sa tante avait la même expression à la fois dégoutée et exaspérée de sa mère lorsqu'elle trouvait une tâche microscopique sur sa moquette importée d'Italie.
« Le client. Mais oui, effectivement, c'est moi, bonjour, je vais bien et toi ?
- Parrain ! s'écria Scorpius du fauteuil noir alors qu'ils se rapprochaient du bureau.
- Bonjour, bonhomme, le salua à son tour Blaise. Tu es resté toute la journée ici ?
- Oui, et après, tante Daphné a dit qu'on irait manger une glace. Enfin, j'espère qu'elle m'emmènera parce qu'elle a l'air pas très contente. On va y aller, hein, tante Daphné ?
- T'en fais pas pour ça, bonhomme, elle n'a pas encore l'air d'une harpie enragée, le rassura son aîné.
- Une quoi ? interrogea l'enfant.
- Je suis sûre qu'Astoria sera enchantée d'apprendre le vocabulaire fantastique que tu inculques à ton filleul.
- C'est rien, Scorpius ! s'exclama précipitamment Blaise. Je n'ai rien dit du tout…
- Mais si, tu as dit que…
- Scorpius, tu te souviens de ce que je t'ai dit avant que ton adorable parrain n'entre ? »
Scorpius tenait plus à sa glace qu'à l'enrichissement de son lexique, aussi il se contenta de hocher la tête et de continuer à suivre la conversation de son fauteuil.
« Revenons à nos gallions. Tu as décapité la cliente pour acquérir l'œuvre en premier ou quoi ?
- Ça veut dire quoi « décapité » ? ne put s'empêcher de questionner le jeune Malefoy.
- Scorpius. »
Il se ratatina dans son fauteuil tandis que son parrain lui adressait un regard plein de compassion.
« Pour répondre à ta question, c'est ma mère qui a passé la commande à l'origine. Elle refait le salon, alors elle cherchait un nouveau tableau. Tableau que je dois d'ailleurs récupérer. Je peux le voir ? »
C'était le moment que redoutait Daphné. Elle saisit le tableau et le lui prêta.
« Tiens, le voilà. »
Merlin, Morgane et même l'inventeur des chocogrenouilles, pourvu que…
« C'est étrange, on m'avait pourtant assuré que le tableau de Paracelse représentait un rond noir au milieu d'un monde blanc !
- Mais où diable t'es-tu fait conseiller ? Au Chaudron Baveur ou à la Tête de Sanglier ? Tu étais encore ivre, c'est ça ? Un rond au milieu d'un monde blanc ? C'est une plaisanterie, j'espère, un point au milieu d'une toile, c'est digne d'un enfant de cinq ans.
- Mais on me l'avait certifié, insista bravement l'ancien Serpentard, ce rond représente…
- Tu sous-entends que je débite des inepties ? Que je cherche à arnaquer mes clients ? Ou alors que je suis incompétente dans mon travail ? » s'offusqua l'aînée des Greengrass.
Ses yeux céladon se dardèrent sur Blaise qui prit sur lui pour ne pas reculer d'un pas. Scorpius nota mentalement de demander à sa tante de lui apprendre à jeter ce même regard terrifiant.
« Est-ce que j'ai l'air d'une blonde écervelée qui vend des doxys séchés sur le marché ? Sache que je suis hautement qualifiée en tant galeristomage, je te rappelle que j'ai été diplômée par la plus grande école d'art et depuis deux ans, les commandes du monde entier ne cessent de me parvenir ! Et figure-toi que le ministre suédois, un très bel homme si tu veux mon avis, est venu en personne m'acheter trois sculptures grecques !
- Oui, et j'ajouterai que, si tu veux mon avis, il n'est pas venu rien que pour les sculptures grecques, grommela Blaise.
- Ou alors, en plus de me dénigrer, moi, tu insultes également l'art de Philippus Theophrastus Aureolus Bombastus Von Hohenheim ? Un point au milieu d'une peinture vierge ? Décidément, j'aurai tout entendu. Ridicule. Grotesque. Et aberrant de surcroît.
- Paracelse, c'est plus court. »
Elle l'ignora et planta littéralement la peinture sous le nez du parrain de Scorpius.
« Les recherches infructueuses de Philippus Theophrastus Aureolus Bombastus Von Hohenheim l'ont tellement affecté, qu'il a esquissé cette magnifique toile dans sa tourmente. Tout ce jaune pur lumineux, tu vois ? » demanda la galeristomage en tapotant du doigt l'œuvre.
Les yeux du sorcier semblèrent suivre le mouvement de son index et la tante de Scorpius rapprocha encore le tableau de son visage, si bien qu'il frôlait le bout de son nez.
« C'est le désespoir criant de ne jamais atteindre l'or tant espéré, tu vois ? énonça l'ancienne Serpentard tandis que Blaise semblait à présent loucher. Cependant, cela ne semble pas te toucher outre mesure, aussi je vais devoir te demander d'avoir l'obligeance de quitter ma galerie, j'ai d'autres acheteurs très cultivés et bien renseignés qui m'attendent. »
Alors qu'elle se détournait et que ses talons rouges commençaient à claquer sur le carrelage brillant, Daphné sentit une main retenir son bras.
« D'accord, d'accord, il se peut que j'ai bu un verre de trop ce soir-là. Je l'achète, de toute façon, c'est ma mère qui l'a commandée. Elle va sans doute adorer cette toile. »
Quelques minutes plus tard, sous le regard attentif de Scorpius, Blaise remit une bourse pleine de gallions à la galeristomage qui pensa que ce petit dépasserait certainement un jour Philippus Theophrastus Aureolus… enfin, Paracelse quoi.
« Parrain, tu viens manger une glace avec nous ?
- Eh bien… »
Derrière le visage enjoué de son filleul, Blaise sentit le regard particulièrement assassin de Daphné le cribler d'Avada Kedavra. De son pouce, elle traça silencieusement une ligne droite imaginaire au niveau de son propre cou, ne laissant planer aucun doute sur son sort s'il venait à accepter la proposition. Dire que Scorpius voulait savoir ce qu'était la décapitation…
« Une autre fois, peut-être.
- Mais tu manges tout le temps des glaces ! s'étonna Scorpius. En plus, tu as dit que la serveuse était jolie. »
Blaise eut un rire gêné tout en se grattant nerveusement l'arrière du crâne.
« Ah, moi j'ai dit ça ?
- Tu as pas beaucoup de mémoire, parrain. Elle t'a donné ta glace à la patacitrouille et à la pistache, elle t'a fait un grand sourire, tu as fait aussi un grand sourire, et puis après, tu lui demandé son nom et son numéro de che…
- Par Salazar ! s'exclama l'ancien Serpentard d'une voix forte qui couvrit aussitôt les révélations de son filleul. Ma mère doit certainement s'impatienter.
- Non, attends, parrain, j'ai pas encore raconté à tante Daphné la fois où on était dans la boutique bleue. Tu sais, avec la madame au chapeau… »
Au moment où sa tante allait lancer de la poudre verte dans la cheminée, Scorpius tira légèrement la manche de sa tante. Daphné se baissa vers son neveu aux yeux implorants.
« Tu le diras pas à maman, hein ? »
Un sourire narquois vint éclairer sa mine renfrognée.
« A condition que toi, tu ne dises rien à ton parrain ! »
Et vous, vous la voyiez exercer quel métier, la Daphné ? :D
A vendredi prochain !
Hazelhat.
