Qui dit vendredi, dit nouvel OS. Il paraît que les sorciers vivent longtemps…

Bonne lecture :)

Et des gigantesques mercis à Ermessende et à Furie-nocturne.

Disclamer: L'univers d'Harry Potter appartient à JKR.


Lancers de vases.


« J'ignorais qu'il se tenait un concours de lancers de vases. »

Allongée dans ses draps de soie du mardi, Druella Black, née Rosier, prit tout son temps pour rajuster ses lunettes. Toujours avec une lenteur calculée, elle se redressa dans sa multitude de coussins et referma son journal. Elle entreprit de le plier en deux, en trois, puis en quatre sous le regard exaspéré de sa fille.

« Ils sont aimables à la Gazette, à me consacrer tout un article dans la rubrique personnalités de l'année.

- Maman, pourquoi diable as-tu encore jeté un vase à la figure de Lucius ?

- …tout ça c'est de la flatterie bien sûr, ces journalistes sont pires que des nifleurs accrochés à une bourse. S'ils croient que je vais leur donner ne serait-ce qu'une mornille à leur infâme petit quotidien de pacotille… »

Narcissa se retint de pousser un soupir qui aurait certainement fait vaciller la demeure.

« Maman. C'est le sixième aujourd'hui.

- Ah, mais que veux-tu, ma fille, ce n'est certainement pas de ma faute si la communauté sorcière compatit à mon sort et m'envoie autant de fleurs. »

Elle désigna négligemment d'un mouvement de tête les bouquets de fleurs qui s'entassaient dans sa chambre. A défaut de ne plus avoir de place sur sa commode sculptée et sur son antique coiffeuse, l'elfe de maison avait dû répartir en plusieurs rangées les gerbes colorées le long des murs. Narcissa songeait que la pièce ressemblait davantage à une serre foisonnante qu'à une chambre impériale digne d'une Black. Le professeur Chourave se serait-elle reconvertie en une décoristomage d'intérieur de toute évidence sans le moindre talent ?

« T'avais-je déjà dit que mon nouvel elfe est d'une lenteur incroyable ? reprit Druella. Dire qu'il faut les rémunérer maintenant ! Tout ça à cause de cette sang-de-bourbe qui travaille au département de contrôle et de régulation des créatures magiques ! C'est scan-da-leux, tu n'es pas d'accord, Cissy ?

- Si. Mais pour l'amour de Merlin, pourrais-tu simplement arrêter de canarder Lucius ?

- J'ai bien visé au moins, hein ? »

Narcissa ne put confirmer sa sixième performance de la journée car son petit-fils fit irruption par la porte restée ouverte.

« Grand-mère, grand-père est dans le salon, il t'appelle. C'est drôle, il se tient le nez en se roulant par terre, il fait le verre de terre ?

- Tu vois, Scorpius a hérité de l'humour des Black.

- Je ne sais pas si hériter de ton humour noir est une bonne chose, répliqua sa fille en roulant des yeux. Je vais aller voir Lucius. Tu lui as probablement une nouvelle fois fracturé le nez. »

Narcissa sortit de la pièce à grands pas tandis que Scorpius s'assit au bord du lit moelleux.

« Grand-grand-mère Druella, tu es encore malade ?

- Allons, tu sais bien que j'ai horreur de cette appellation.

- Mamie Druella, rectifia Scorpius, c'est quand que tu vas guérir ?

- On ne se débarrasse jamais de la vieillesse, mon petit.

- La vieillesse, c'est être comme toi ? Des cheveux tout blancs et la peau plissée ? »

Druella ne se sentit pas évidemment flattée par la courte description que lui dressait son arrière-petit-fils. Elle eut envie de sortir toutes ses coupures d'articles où Sorcière Hebdo vantaient chaque année ses cheveux, certes un peu blancs, mais des cheveux soyeux et rayonnants. Bon, pour les rides elle n'y pouvait rien…

Elle hocha donc la tête de mauvaise grâce.

« Alors c'est vrai que tu vas mourir ?

- Qui t'a dit ça ?

- Des tas de gens. Maman, grand-père, parrain…

- Eh oui, beaucoup de gens qui vont sûrement être très tristes quand je ne serai plus là. Enfin, ils sont déjà très tristes actuellement puisque je vais bientôt les quitter.

- Triste, gra… mamie Druella, c'est quand on pleure ? »

Des tas de gens la pleuraient avant même son trépas ? Druella se sentit rassurée. L'aristocratie sorcière entière ne serait bien sûr plus du tout la même une fois partie. Ils seraient comme des pauvres brebis égarées sans berger…

« Oui on peut dire ça comme ça. La plupart des gens pleurent lorsqu'ils sont tristes.

- Mais alors, parrain il est pas triste. Il dit qu'au moins on entendra plus tes cris de vieille chouette raisonner dans toute la maison. »

Evidemment, toujours ce stupide fils de la célèbre empoisonneuse pour se réjouir de sa prochaine mort. Druella félicita ses ancêtres de ne pas avoir lié leur arbre généalogique à cette branche tordue du nom de Zabini.

« Des cris de vieille chouette ? Tu diras à ton parrain d'aller consulter un guérisseur spécialisé dans les oreilles, le pauvre garçon finira sûrement sourd avant l'âge.

- D'accord, je lui dirais demain si tu veux.

- Bien. Je pense que ta mère, elle au moins, doit avoir les yeux rouges à force de pleurer.

- Oh oui, ils sont très, très rouges… »

Ah, voilà une personne de son arbre qui serait éplorée à sa perte.

« …comme son nez. Et comme celui de grand-père Lucius aussi. Mais maman, elle fait beaucoup atchoum. C'est parce que grand-père Orphée lui a donné des fleurs. Des lilas. T'as vu, j'ai appris un autre nom de fleur !

- C'est bien, mon chéri. »

Astoria n'osait vraisemblablement pas mettre un pied hors de chez elle. Très bien, elle contemplerait ses tapisseries un peu plus longtemps, il devait certainement avoir quatre ou cinq bouquets de lilas dans sa chambre, elle demanderait à son elfe de les lui livrer.

Druella tenta de décrisper son sourire. Par Salazar, étaient-ils tous insensibles ?

« Oui, eh bien, je suis convaincue que Narcissa est très triste. Je l'ai entendue passer une commande de mouchoirs.

- Oh oui, grand-mère m'a demandé d'en choisir un. Elle a dit que c'est pour assortir avec une robe noire. Elle a acheté trois robes différentes, elle sait pas laquelle elle va mettre pour ton enterrement. »

La chair de sa chair songeait déjà à accessoiriser sa robe de cérémonie ?

Scorpius parut ne pas remarquer la mine déconfite de son arrière-grand-mère, aussi il continua :

« Et puis elle a dit qu'elle en avait assez d'écouter grand-père se plaindre. Et grand-père, il dit qu'il est pressé d'assister à ton enterrement. »

Le gendre indigne. Voilà, c'était lui qui corrompait sa Cissy. Comment avait-il pu représenter à l'époque le meilleur parti d'Angleterre ? De toute façon, l'aristocratie anglaise serait bientôt secouée de sanglots à sa perte, elle pleurerait de quoi remplir les six vases jetés sur Lucius.

« Et toi, Scorpius, tu seras triste lorsque je ne serais plus là ?

- Ben… quand on pleure, on est moche, on a les yeux et le nez qui arrêtent pas de couler et on devient tout rouge. Donc, je crois que je serais pas triste, je veux pas être moche. Et puis, j'ai jamais vu d'enterrement. Grand-père m'a dit qu'on mangeait beaucoup aux enterrements, ça a l'air chouette non ? »

Il tapota ensuite gentiment l'épaule de son aïeule.

« T'en fais pas, mamie Druella, on pensera à toi pendant la fête. »

Il fallait qu'elle revoie sérieusement son testament.

Elle rajusta ses draps soyeux.

« Dis Scorpius… Tu veux bien aller chercher ton grand-père ? J'ai quelque chose d'important à lui dire.

- D'accord, à plus tard, mamie Druella ! »

Il sauta du lit et courut hors de la chambre alors que Druella attrapait précautionneusement un vase d'orchidées.


Je crois que je ne me lasse pas d'en faire voir de toutes les couleurs à la famille de Scorpius…

Hazelhat.